
Rappel: Le Pr. Bandazhevsky recteur de l'Institut de médecine
de Gomel avait été arrêté en juillet
1999 sur une accusation de soi-disant pots de vin qu'il aurait
reçus pour favoriser l'inscription d'étudiants à
l'institut qu 'il dirigeait. Les chefs d'accusation sont
fallacieux et ressemblent aux machinations de l'époque
soviétique qu'on croyait révolue. En réalité
il semble bien que les poursuites du gouvernement de M. Loukachenko
contre Yuri Bandazhevsky sont liées à ses activités
scientifiques qui mettent en évidence les graves conséquences
sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl dont les effets sont
toujours visibles aujourd'hui et vont en croissant. De plus, il
a publié un rapport critiquant radicalement la façon
dont certains scientifiques et le Ministre de la santé
du Belarus ont utilisé les fonds alloués aux études
médicales sur les conséquences de Tchernobyl. C'est
probablement la cause principale de son arrestation.
Démis de ses fonctions il a été maintenu
en prison dans des conditions très sévères
(isolement, maladie) pendant plus de 5 mois et libéré
fin décembre 1999 (en attente de son procès) grâce
à une rapide réaction internationale. Il a été
déclaré comme "prisonnier de conscience potentiel"
par Amnesty International. Depuis l'an dernier il a été
astreint d'abord à rester à Minsk puis en Belarus
(il n'a pas pu venir à Paris recevoir le prix que lui a
décerné l'association internationale des médecins
pour la prévention des guerres nucléaires). Grâce
au Pr. Nesterenko qui dirige l'institut indépendant BELRAD
il a pu continuer ses travaux et rédiger des monographies
extrêmement importantes sur l'effet sur l'organisme de la
contamination interne par le césium 137 chez les enfants,
en particulier sur le système cardiovasculaire. Son procès
qui a débuté en février 2001 au tribunal
militaire de Gomel a montré les faiblesses de l'accusation,
mais le 18 juin 2001 le Pr. Yuri Bandazhevsky a été
condamné à 8 ans de réclusion (travaux pénibles,
isolement, pas de livres, 3 visites par an de la famille). [Voir la
video en Realvideo]
Le verdict est un coup terrible, non seulement pour lui et sa
famille, mais pour tous ceux qui veulent connaître les conséquences
réelles de la catastrophe de Tchernobyl sur la santé
des enfants vivant au Bélarus dans les zones contaminées
par les radionucléides. N'oublions pas qu'un accident nucléaire
grave est possible partout et aussi chez nous!
Entre autres pathologies, le Pr. Bandazhevsky a montré
qu'une charge corporelle en césium 137, même relativement
faible avec les critères habituels utilisés en radioprotection,
pouvait conduire à des dysfonctionnements importants du
système cardiovasculaire des enfants et pour certains enfants
il s'agit d'une pathologie irréversible, comme s'ils étaient
atteints d'un vieillissement prématuré.
C'est parce que le Pr. Bandazhevsky est " gênant "
pour les autorités de radioprotection non seulement du
Bélarus mais aussi pour les autres pays nucléarisés
qu'il est ainsi attaqué et qu'il risque sa santé
et sa vie.
CRIIRAD
471 avenue Victor HUGO 26000 VALENCE
Tél : + 33 (0)4 75 41 82 50
Fax : + 33 (0)4 75 81 26 48
www.criirad.org
contact@criirad.org
Professeur Youri Bandazhevsky
Minsk, le 29 décembre 2005
Aux collaborateurs de la CRIIRAD,
Chers amis, chers collègues!
Il m'est
personnellement très agréable de vous souhaiter
un bon nouvel an pour l'année qui arrive. Tout le
meilleur qui a eu lieu cette année dans ma
vie vous est lié. Cette année vous avez commencé
le travail immense de créer le laboratoire «CRIIRAD
& Bandazhevsky» dans la République du Belarus. Il
nous donnera la possibilité de continuer les études
scientifiques du problème de l'influence des polluants radioactif
sur l'organisme. L'objectif est de comprendre les
maladies apparues après la catastrophe de Tchernobyl.
Vous
avez payé l'amende que m'a infligée la
cour suprême. Ceci a beaucoup facilité mon
existence actuelle. Vous avez traduit en langue française mon
projet de livre «la Philosophie de ma vie» et
passé un contrat pour son édition. Et le plus
agréable pour moi cette année est d'avoir était embauché
à la CRIIRAD. Je suis devenu un des vôtres.
Au seuil de la nouvelle
année qui arrive, je veux vous saluer, et vous dire
des mots de reconnaissance. Vous avez cru en la véracité
de mon travail scientifique, et dans l'importance et la nécessité
du travail, que je faisais, lorsque j'étais le
recteur de l'institut de médecine de Gomel, travail auquel
je reste toujours fidèle.
Je vous souhaite une
bonne santé, du bonheur, des joies et de la chance,
dans votre combat noble, ainsi que dans toutes vos nouvelles
initiatives et vos projets. Que l'an prochain vous ayez des
nouveaux succès dans votre travail et que tous
vos désirs soient exaucés.
J'adresse
également tous mes voeux de bonheur pour 2006 aux cofondateurs
du laboratoire "CRIIRAD & Bandazhevsky", à ceux
qui ce sont mobilisés pour payer l'amende que
m'a infligée le tribunal, ainsi qu'à tous ceux
qui m'ont soutenu dans les épreuves que j'ai traversées.
Avec tout mon respect et
toute mon amitié,
Votre Iury Bandazhevsky.
CRIIRAD
Commission de Recherche et d'Information Indépendantes
sur la Radioactivité
471 avenue V. Hugo - 26000 Valence
Site Internet : www.criirad.org
Contact presse : Romain Chazel
06.88.94.73.07 / 04.75.98.58.01
6 août 2005 - Comme
elle le fait régulièrement depuis plusieurs mois,
la Criirad a téléphoné à l'épouse
du professeur Youri Bandazhevsky, le docteur Galina Bandazhevskaya
à Minsk ce matin. A notre grande surprise, c'est le professeur
Bandazhevsky qui a répondu :
"Je suis libre depuis hier soir, c'est une grande nouvelle,
vous êtes les premiers à le savoir, même ma
femme n'est pas au courant car elle est absente en ce moment.
Je veux que vous soyez les premiers à l'annoncer au monde
entier et à tous ceux qui m'ont soutenu. Merci, merci,
merci, nos chemins sont liés pour la construction du laboratoire Criirad-Bandazhevsky à
Minsk. La recherche scientifique, c'est ma vie, ensemble, nous
la continuerons".
Le professeur Youri Bandazhevsky était en relégation depuis fin Mai 2004 après avoir purgé plusieurs années de prison. Il n'a pas encore l'autorisation de voyager, il est important pour lui de retrouver ses moyens de recherches sur les effets pathologiques des incorporations chroniques de produits radioactifs et d'installer un laboratoire biomédical au Belarus, pays le plus touché par les retombées de Tchernobyl.
Il est resté en prison parce qu'il n'a pas voulu céder dans son combat pour la vérité scientifique sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, nous avons la chance qu'il ait survécu, à nous de bâtir avec lui le laboratoire CRIIRAD-Bandazhevsky cf. www.criirad.org
Une information plus détaillée avec notamment les premières réactions du professeur Bandazhevsky sera diffusée Dimanche ou Lundi par la CRIIRAD.
Contact presse : Romain Chazel
06.88.94.73.07 / 04.75.98.58.01
Interview
du Professeur Youri Bandajevsky (Réalisée
par la CRIIRAD le 5 août 2005)
CRIIRAD
471 avenue Victor HUGO
26000 VALENCE
France
www.criirad.org
Contact : Romain Chazel : 06.88.94.73.07
Bonjour,
Dans le cadre des échanges quotidiens que nous avons avec le professeur Youri Bandazhevsky, celui-ci nous a appris aujourd'hui 6 mai 2005, que son avocat venait de lui apprendre qu'il bénéficierait d'une amnistie de un an.
Il pourrait donc être libéré plus rapidement que prévu. Une commission va se réunir d'ici quelques jours, ou quelques semaines pour statuer sur ce qu'il va faire pendant les 6 mois de peine qui lui restent à effectuer (rappel : la peine devait expirer début 2007).
Cela faisait maintenant plusieurs jours que le professeur Bandazhevsky et ses proches attendaient cette nouvelle.
Nous vous tiendrons informés, dès que que nous en saurons plus.
Rappel : Nous appelons tous le monde à
se mobiliser en urgence pour que le professeur Youri Bandazhevsky
puisse retrouver ses moyens de recherche en dirigeant le laboratoire
"CRIIRAD - Bandazhevsky".
Vous pouvez devenir co-fondateurs de ce laboratoire : www.criirad.org
Wladimir Tchertkoff
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
e-mail : s.m.fernex@wanadoo.fr
Avec les hauts et les bas psychologiques de
tout un chacun, la moral de Youri Bandajevsky est excellent. Le
soutien international, qui s'élargit de plus en plus dans
la société civile et dans les institutions publiques
les plus proches des citoyens, l'a sauvé du découragement,
le protège contre l'hostilité de ceux qui voudraient
le faire plier, et lui donne l'espoir de pouvoir reprendre dans
un proche avenir son travail de chercheur, qui est le sens de
sa vie. C'est en résumé ce qu'il m'a dit tout à
l'heure au téléphone, en me priant de transmettre
son "immense" gratitude et son amitié aux homme
et aux femmes qui, à un certain moment, ont réellement
pensé à lui et ont fait le geste de soutien qui
le protège. Il promet de ne pas les trahir, car ce serait
se trahir lui-même. Personne ne se sauve seul.
Le moral est excellent, mais la santé de Youri Bandajevsky
est sérieusement compromise. Ceux qui l'ont soumis à
la torture morale et physique depuis 1999 en portent l'entière
responsabilité, aggravée par les raisons qui les
ont guidés et les guident : l'empêcher de porter
à la connaissance du monde ce qu'il a observé et
décrit en 9 ans de recherches scientifiques rigoureuses;
de discuter avec ses pairs les mécanismes biologiques qui
expliquent la catastrophe sanitaire chez les populations biélorusses
atteintes par la contamination interne de radioactivité
à faibles doses, suite à l'explosion de la centrale
de Tchernobyl.
Le diagnostic de la santé de Bandajevsky reste le même
et, en l'absence d'un suivi clinique régulier, il ne s'améliore
pas avec le temps. En automne, à Minsk on lui a découvert
une métaplasie focale de la muqueuse de l´intestin
et de l´estomac considérée comme une maladie
précancéreuse. Selon les données des statistiques
dans le domaine médical cette maladie se transforme rapidement
en cancer de l´estomac si elle n´est pas convenablement
traitée et suivie par les médecins. Ce mal suppose
qu´il faut procéder une fois tous les trois mois
à une fibro-gastroscopie diagnostique de l´estomac
avec biopsie de la muqueuse, à des consultations chez l´oncologiste
et le gastroentérologue. Bandajevski est actuellement traité
par des ferments de remplacement sans lesquels sa nourriture n´est
ni digérée, ni absorbée.
En outre, Youri Bandajevsky aurait besoin d'un diagnostic sérieux
dans une clinique spécialisée pour la question des
tendons et des ligaments. En novembre 2004 il a été
opéré pour rupture du tendon du biceps de l´épaule
gauche sans que l´on ait pu déterminer la cause de
la détérioration des ligaments. La lésion
de l´appareil ligamentaire se manifeste également
à hauteur des articulations tibio-tarsiennes. La marche
est entravée et douloureuse. Selon le traumatologiste ce
processus peut conduire à l´atrophie et à
la rupture des tendons même lors d´un effort physique
insignifiant. Ces altérations pathologiques dans l´organisme
sont dues à un trouble du métabolisme mais pour
pouvoir traiter correctement ce mal et aider réellement
le malade il faut commencer par en déterminer la cause.
Cependant Bandajevski ne dispose pas de cette possibilité
aujourd´hui. Seule une commission médicale après
un examen approfondi pourrait définir la gravité
de son état.
Galina Bandajevskaya a exposé tout cela au ministre de
l'Intérieur Naumov, qui lui a fait répondre par
le directeur du département d'exécution des peines,
Kovtchour, que si Bandajevsky veut se faire soigner il n'a qu'à
se faire hospitaliser à l'hôpital de la prison. Bandajevsky
n'accepte pas le contrôle médical dépendant
du contrôle policier.
Comme n'importe qui, Bandajevsky est sensible et réactif
à la violence subie et à la provocation. Dans ses
conditions, la répercussion sur la santé est directe
et difficilement évitable. Même s'il a la perception
lucide du contexte, il n'a pas la distance suffisante pour atténuer
le coup. Car la pression des sbires continue sur lui périodiquement
dans l'espoir d'obtenir finalement une "confession",
qui les justifierait. On l'inquiète, on le tourmente et
on le provoque de multiples façons. Dernièrement
on l'a convoqué à la direction du camp pour lui
intimer brutalement et avec des menaces (retourner dans le camp)
l'ordre d'écrire une lettre, par laquelle il renoncerait
définitivement et complètement à l'assistance
de l'avocat Garri Pogoniailo, dirigeant du Comité Helsinki
de Minsk et détesté par Loukachenko. Bandajevsky
a resisté dans une dure confrontation et n'a accepté
de signer que sur l'inutilité de recevoir en ce moment
une visite de Pogoniailo dans son lieu de relégation.
Mais il a maintenu que Pogoniailo continue à le représenter
auprès du Comité des Droits de l'Homme à
Genève, où une plainte est déposée.
Suite à ce conflit Bandajevsky a eu de fortes douleurs
au coeur et dans le dos : reflet neurologique (radiculite) sur
l'altération dystrophique des disques de la colonne vertebrale.
Bien qu'en relégation les détenus aient le droit
de recevoir des visites, on rappelle continuellement à
Bandajevsky et aux visiteurs qu'il est un reclus. Au début
de mars, un réalisateur documentariste de télévision,
en mission au Bélarus pour "TV5", a rempli toutes
les conditions et a obtenu l'autorisation de rencontrer Bandajevsky
avec son équipe de tournage. Arrivés à peu
distance du village de Peskovtsy, les visiteurs ont été
bloqués par un coup de téléphone, qui annulait
l'autorisation.
Visite de l´Ambassadeur de France
Stéphane Chmelewsky et de l´Ambassadeur d´Allemagne
Martin Hecker au professeur Bandajevsky
Le 22 mars 2005, l´Ambassadeur
de France en République de Biélorussie Stéphane
Chmelewsky et l´Ambassadeur d´Allemagne en République
de Biélorussie Martin Hecker, accompagnés de leurs
épouses respectives, ont rendu visite au professeur Youri
Bandajevski qui se trouve actuellement dans le village de Peskovtsy,
lieu de sa relégation qu´il ne pourra quitter avant
d´avoir purgé la totalité de sa peine. Les
deux Ambassadeurs en ont profité pour rencontrer le même
jour la mère du professeur Bandajevsky, âgée
de 79 ans, qui séjourne également à Peskovtsy.
Au cours de cette visite, les Ambassadeurs ont discuté
avec le professeur Bandajevsky de ses problèmes de santé
et notamment de l´actuelle insuffisance de l´assistance
médicale dont il est victime.
Ils ont par ailleurs souligné l´attention et le soutien
croissants de la part de la France et de l´Allemagne à
son endroit, exprimant le souhait de voir les autorités
biélorusses annuler dans les plus brefs délais la
condamnation à l´encontre du professeur Bandajevsky
ou du moins de modifier celle-ci de telle sorte que le professeur
puisse bénéficier d´une assistance médicale
aussi efficace qu´elle peut l´être à
l´étranger. Enfin, ils ont insisté sur l´idée
de lui permettre de poursuivre ses recherches scientifiques.
La visite des deux Ambassadeurs a eu lieu à la demande
de leurs gouvernements respectifs. Les publics français
et allemand suivent avec une grande attention le sort de Youri
Bandajevsky, ainsi que la manière rendant possible ses
recherches ultérieures sur les conséquences de la
catastrophe de Tchernobyl. Une photo de Youri et des deux
ambassadeurs est sur le site de l´ambassade: www.ambafrance-by.org/article-imprim.php3?id_article=592
Colloque et projets scientifiques
Au
cours d´un Colloque international, les 1er
et 2 avril, organisé par la CRIIRAD sur la prévention
des risques (Contaminations radioactives et protection des
populations : les enseignements de Tchernobyl) et sous l´égide
du Conseil Régional de la Région Rhône Alpes,
les recherches des Bandajevsky sur les faibles doses ont été
exposées en particulier par Galina Bandajevskaïa et
par le Pr. Nesterenko.
Le Pr. Lazjuk et le docteur Baverstock (l´épidémie
de cancers de la thyroïde) et le Pr. Goncharova (génétique et
cytologie - le résultat des observations conduites sur
les animaux et les êtres humains), ont présenté
leurs travaux sur les conséquences médicales de
l'accident de Tchernobyl.
Les Pr. Okeanov (l´augmentation des cancers chez les
victimes de Tchernobyl - liquidateurs et populations) et Titov
(les effets des rayonnements sur le système immunitaire
des enfants) étaient également invités.
Dirigeants d'instituts d'État du Belarus, ils n'ont pas
été autorisés par le minisre de la Santé
de leur pays à venir à ce colloque international.
Projet d´un laboratoire Bandazhevsky-CRIIRAD
à Minsk
Mardi 5 avril 2005 a eu lieu dans les locaux de la CRIIRAD
à Valence, la signature d´un contrat de travail entre
le docteur Galina Bandazhevskaya, médecin pédiatre
et cardiologue, épouse du Professeur Youri Bandazhevsky
(BELARUS) et la CRIIRAD représentée par son président
Roland Desbordes (FRANCE)
« L'objectif est de permettre la poursuite des recherches
du professeur Youri Bandazhevsky sur les effets sanitaires des
incorporations chroniques de produits radioactifs (en particulier
les effets du césium 137 sur la santé des enfants).
Cette question est en effet cruciale. Au Belarus, en Ukraine et
en Russie, des millions de personnes vivent aujourd´hui
encore dans les zones contaminées par Tchernobyl
et sont contraintes de s'alimenter avec des denrées contaminées.
»
« Le coeur du projet " Bandazhevsky-CRIIRAD "
est l'installation, à Minsk, d'un laboratoire de recherches
bio-médicales, qui sera constitué sur les mêmes
principes d'indépendance et de transparence que le laboratoire
de radioécologie que la CRIIRAD a installé en 1986
à Valence. Il sera dirigé par le docteur Galina
Bandazhevskaya en attendant la libération du Pr. Youri
Bandazhevsky. »
Pour le financement de ce projet s´adresser à la CRIIRAD
Soutien Financier à Youri Bandazhevsky:
Enfin,
les frais de relégation de Youri (location de l´isba,
nourriture, voyages de la famille etc.) - qui s´élèvent
à 550 euros par mois - restent assurés par l´ONG
: « Enfants de Tchernobyl Belarus », c'est
à dire par vos dons (c/o M. et S. Fernex, 68480 - Biederthal,
en mentionnant au dos « Fonds Bandajevsky »), déductibles
des impôts .
Pour toute information : s.m.fernex@wanadoo.fr
Projet de création d'un laboratoire CRIIRAD - Bandajevsky
LYON (1 avril 2005) -
La CRIIRAD va créer un laboratoire de recherche
biomédicale à Minsk afin de poursuivre les travaux
du spécialiste de médecine nucléaire Iouri
Bandajevski condamné à huit ans de réclusion
au Bélarus pour avoir notamment critiqué la gestion
de l'après Tchernobyl,
a-t-on appris vendredi auprès du président de la
CRIIRAD.
L'épouse du Pr Iouri Bandajevski, Galina Bandajevskaïa,
devrait être nommée directrice de ce laboratoire
privé, a indiqué Roland Desbordes, en marge d'un
colloque international sur la prévention des risques nucléaires,
à Charbonnières (Rhône). Laboratoire privé
créé après l'accident de la centrale ukrainienne
de Tchernobyl le 26 avril 1986, la Commission de Recherche et
d'Information Indépendantes sur la Radioactivité
(CRIIRAD) a organisé ce colloque qui se tient au siège
du conseil régional Rhône-Alpes, vendredi et samedi.
"Nous souhaitons faire connaître et publier les travaux
du Pr Bandajevski", actuellement assigné à
résidence, qui devrait rejoindre le laboratoire "dès
qu'il sera libre", a ajouté M. Desbordes, précisant
qu'il n'avait pas encore demandé les autorisations aux
autorités biélorusses. Lors du colloque de vendredi,
Mme Bandajevskaïa a présenté les travaux de
son époux sur les relations entre les problèmes
cardiaques et le taux de contamination en césium 137 des
enfants vivant encore en zone contaminée, près de
Gomel, dans le sud du Bélarus, non loin de Tchernobyl.
Ancien recteur de l'institut de médecine de Gomel, Iouri
Bandajevski est considéré par Amnesty International
comme un prisonnier d'opinion. Il a été arrêté
fin 1999 et condamné en juin 2001 pour "corruption"
à huit ans de détention en camp. Il a notamment
accusé le pouvoir de son pays d'irresponsabilité
dans la gestion des retombées de la catastrophe de Tchernobyl
sur la santé des populations et d'en cacher la véritable
ampleur.
Le Monde, 17/03/2005 :
Un paradoxe majeur du débat scientifique
sur les conséquences de Tchernobyl est qu'un de ses principaux
protagonistes est privé de liberté. Les travaux
du professeur Iouri Bandajevski l'ont conduit à proposer
l'hypothèse que les faibles doses radioactives peuvent
entraîner des pathologies non cancéreuses. Cette
interrogation renouvelle le paradigme dominant sur les conséquences
de la contamination radioactive. Mais M. Bandajevski est toujours
en relégation (ou résidence surveillée) à
Peskovtsi, à l'est de Minsk, après avoir été
emprisonné quatre ans (Le Monde du 24 juin 2003).
Cette situation, qui révolte de nombreuses associations
de droits de l'homme, vient d'être dénoncée
par le Réseau international des droits de l'homme des académies
et sociétés savantes. Dans une lettre datée
du 8 mars, le Réseau, dont François Jacob (Prix
Nobel 1965) et Claude Cohen-Tannoudji (Prix Nobel 1997) font partie
du Comité exécutif, appelle les académies
à écrire au président de la Biélorussie,
Alexandre Loukachenko, pour "demander respectueusement que
le professeur Bandajevski soit libéré rapidement".
Le texte précise que le chercheur est "considéré
par la communauté scientifique internationale comme un
prisonnier de conscience qui a passé la majeure partie
de sa carrière à aider les victimes biélorusses
du désastre de Tchernobyl". L'analyse du procès
d'Iouri Bandajevski en juin 2001 fait apparaître qu'il "a
été arrêté pour sa critique ouverte
des politiques du gouvernement biélorusse à l'égard
des conséquences sanitaires du désastre de Tchernobyl
sur la population locale".
De son côté, le Parlement européen a demandé
le 10 mars "la libération immédiate et sans
conditions" des "opposants politiques" au "dictateur"
Loukachenko. Les eurodéputés demandent également
"la libération immédiate" de M. Bandajevski.
Celui-ci, après avoir purgé trois ans de prison,
a été envoyé dans une colonie de relégation
en mai 2004. Son état de santé s'est fortement dégradé.
Il a dû être opéré plusieurs fois pendant
l'hiver. Le 31 janvier, la liberté conditionnelle, à
laquelle il avait en principe droit, lui a été refusée.
Hervé Kempf
Le Monde, 17/02/2005 :
Nous nous réjouissons de votre victoire, M. Viktor Iouchtchenko, et n'oublions pas votre déclaration, le 7 décembre 2004, alors que vous n'étiez que candidat à la présidence de l'Ukraine : "Personne n'étouffera la liberté de notre Ukraine." Une question cependant : cette liberté pourra-t-elle s'exprimer dans tous les domaines, même dans celui, si controversé, des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, et alors que vos voisins russe et biélorusse ont étouffé, voire interdit toute recherche scientifique autour de cette catastrophe ? Nous le savons pour nous être occupés du sort du professeur Youri Bandajevsky, médecin et scientifique biélorusse, accusé sans preuve de corruption et condamné à 8 ans de prison en juin 2001. Il est d'ailleurs toujours en "relégation", privé de liberté et de ses droits civiques. En 1999, il avait critiqué la politique de santé de son gouvernement et rendu publiques ses recherches sur les méfaits du césium 137 sur la santé des populations. Au travers de cette affaire, nous avons découvert des réalités insoupçonnées, et notamment un accord signé le 28 mai 1959 entre l'OMS et l'AIEA (WHA 12.40), par lequel ces deux organismes de l'ONU ne peuvent rien entreprendre, ni dans leur programme ni dans leur activité, qui puisse nuire l'une à l'autre. Et les suites de la catastrophe de Tchernobyl donnent une lecture sans équivoque de cet accord : lorsque l'OMS organise à Genève, du 20 au 23 novembre 1995, une conférence internationale sur "Les conséquences de Tchernobyl et d'autres accidents radiologiques sur la santé" en présence de 700 médecins et experts, les actes de ce colloque ne seront jamais publiés, malgré les demandes réitérées des participants. Six mois plus tard, l'AIEA convoque, du 8 au 12 avril 1996, une autre conférence à Vienne, intitulée "Une décennie après Tchernobyl". C'est là qu'elle établit le bilan définitif de la catastrophe : 32 morts, 200 irradiés et 2 000 cancers de la thyroïde chez les enfants. Rien sur les maladies nouvelles dont souffrent les populations et en particulier les enfants, rien sur le sort des 800 000"liquidateurs" soviétiques envoyés sur la centrale pour éteindre l'incendie, couler un sarcophage, décontaminer alentour, etc. Faute de pouvoir assurer une protection efficace contre la radioactivité, les autorités soviétiques avaient choisi de répartir l'exposition en un nombre le plus large possible d'intervenants dont le temps d'intervention devait se compter, selon les risques, en minutes. Beaucoup ont reçu des doses d'irradiation dépassant les limites des compteurs censés les mesurer. Dans une autre conférence de l'OMS à Kiev (4-9 juin 2001), il fut demandé au docteur Nakajima - son directeur en 1995 - pourquoi les actes du colloque de novembre 1995, à Genève, n'avaient jamais été publiés. Sa réponse fut : "L'AIEA dépend du Conseil de sécurité de l'ONU et l'OMS du Conseil économique et social : en matière atomique, c'est l'AIEA qui a autorité." Dans cette même conférence de 2001, on a aussi vu s'affronter les experts internationaux de l'AIEA, de l'Unscaer et les chercheurs qui travaillent sur le terrain. Ces derniers n'ont eu aucun moyen de faire valoir les résultats de leurs travaux. "Seuls les chiffres en provenance des Etats peuvent être pris en compte", annonça le représentant du département des affaires humanitaires de l'ONU, pour ajouter aussitôt : "Aucun des Etats concernés, Russie, Biélorussie et Ukraine, ne nous envoie de chiffres !", et pour évaluer à 9 millions le nombre des victimes à long terme... Maintenant que vous êtes au pouvoir, M. Iouchtchenko, allez-vous lutter contre cette politique du secret et du mensonge et prendre la tête d'une "glasnost" sur la catastrophe de Tchernobyl et ses effets sur la santé ? Et, en premier lieu, rendre justice à ces "liquidateurs" qui ont sacrifié leur vie et leur santé, souvent celle de leur descendance, évitant ainsi que l'Europe devienne inhabitable par l'explosion thermonucléaire qui menaçait alors ? En plus du sort des "liquidateurs", comment prendre en compte celui des populations dans les zones contaminées et savoir de manière scientifique et incontestée ce qu'il en est de leur état de santé et de son évolution ? Allez-vous favoriser, dans votre pays, les études épidémiologiques ? Elles ont été stoppées en Biélorussie : avec la disparition de l'Institut d'Okeanov, qui tenait un registre des cancers depuis 1972, et avec l'abandon - juste après l'incarcération de Y. Bandajevsky - du programme d'étude de son institut portant sur l'effet sanitaire des faibles doses de césium 137 ingéré et incorporé. Un sujet de recherche devenu tabou et qui reste pourtant pertinent, puisque ce radionucléide ne perd la moitié de sa radioactivité qu'après trente ans.C'est en tant que citoyens d'Europe et du monde que nous nous sentons concernés par ce qui s'est passé depuis Tchernobyl. Nous ne sommes pas à l'abri d'une catastrophe similaire à l'Est comme à l'Ouest, et nous avons besoin de savoir quels sont les risques réels encourus. Mais, au-delà de la connaissance intéressée, il y a l'exigence éthique d'une vérité scientifique et historique, le refus de ce qu'on peut appeler un véritable "négationnisme", mis en oeuvre par des organismes internationaux qui sont censés donner la parole objective des experts, tant au niveau des risques - pour l'AIEA et l'Unscaer - qu'au niveau de la santé pour l'OMS. C'est contre ce déni du réel que nous vous demandons d'ouvrir un véritable chantier de la recherche scientifique où pourront trouver leur place des chercheurs d'une totale liberté de penser et dont l'éthique ne cède devant aucun pouvoir politique ou financier. "La vérité doit être entendue. Selon moi, là est la tâche principale des hommes qui ne sont pas indifférents au destin de l'humanité tout entière", disait Youri Bandajevsky du fond de sa prison. Puissiez-vous, en tant que président de l'Ukraine, vous inscrire parmi eux et faire ainsi une brèche dans le deuxième "sarcophage" de Tchernobyl, celui de la parole et de la recherche interdites.
Maryvonne David-Jougneau, docteur en sociologie, est responsable du comité Bandajevsky.
Wladimir Tchertkoff
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
e-mail : s.m.fernex@wanadoo.fr
Février 2005 - Les nouvelles de Youri sont glacées : -26°, la nuit dehors. L'eau gèle dans la chambre, le seau en plastique a claqué. Le vieux poële-four russe fume et ne chauffe pas. Il y a quatre jours, Youri a paniqué. Les sbires sont venus le réprimander sévèrement parce qu'il vit seul, sans personne de la famille avec lui. C'est le règlement, à la discrétion du directeur de la Colonie de Relégation. Beaucoup d'autres détenus vivent seuls, sans problèmes, comme il a vécu jusqu'à maintenant. Ils paissent les troupeaux, quand la saison le permet, s'occupent de travaux divers, deviennent des habitants intégrés dans les villages. Cette réprimande annonce peut-être la volonté de le faire retourner dans la colonie.
Galina a demandé à son père de venir passer une semaine avec lui. Il est venu avec la voiture chargée de bois de chauffage, a réparé le poële autant qu'il a pu en cette saison, mais a dit à Galina que le problème n'était pas là : toute la chaleur s'en va par le haut. Le plafond est fait de planches sans aucune isolation. On entend les rats se balader. Avec la quantité de bois qu'il a ramené, ils chauffent jour et nuit.
La semaine prochaine Galina remplacera son père. Après? Après on verra, il faudra trouver des volontaires. Le retour dans la colonie serait une catastrophe du point de vue hygiénique et sanitaire, dit Galina. A Minsk, où il s'est soigné d'octobre à fin décembre, on lui a découvert une métaplasie focale de la muqueuse de l'intestin et de l'estomac lors de nombreuses analyses histologiques d'échantillons de muqueuse d'estomac obtenus par biopsie. La métaplasie de la muqueuse de l'estomac est considérée comme une maladie précancéreuse. Selon les données des statistiques dans le domaine médical cette maladie se transforme rapidement en cancer de l'estomac si elle n'est pas convenablement traitée et suivie par les médecins. Ce mal suppose qu'il faut procéder une fois tous les trois mois à une fibro-gastroscopie diagnostique de l'estomac avec biopsie de la muqueuse, à des consultations chez l'oncologiste et le gastroentérologue. Bandajevski est actuellement traité par des ferments de remplacement sans lesquels sa nourriture n'est ni digérée, ni absorbée. En outre, Youri aurait besoin d'un diagnostic sérieux dans une clinique spécialisée pour la question des tendons et des ligaments. Deux ans dans la colonie, à 6-8 détenus dans une chambre, c'est le risque de l'invalidité.
Youri vient d'avoir un entretien du genre tendu
avec le président du kolkhose, qui l'emploie, rentré
de vacances. Cet homme a peur et n'est pas heureux d'avoir ce
genre de client.
Pendant le week-end, Galina a écrit à Loukachenko
et au Ministre de l'Intérieur, leur demandant de remettre
de l'ordre dans les illégalités commises par leurs
subordonnés; elle a rédigé la réponse
au Comité des Droits de l'Homme de l'ONU et s'est adressée
avec un appel à la presse occidentale. Tout cela fait sourire
Youri, qui n'écrirait aucune de ces lettres. Il sait qu'il
devra durer encore deux ans et s'organise pour résister
dans sa tranchée. Il a demandé à Galina certains
livres et des revues pour re-travailler entre autres choses ses
conférences, celles du temps où il donnait des cours.
Moralement, avec des hauts et des bas, il résiste bien.
Mais Galina s'obstine, en me citant en russe le vieux proverbe
latin gutta cavat lapidem non vis sed saepe cadenda (goutte
à goutte la perre se creuse non par la force, mais par
la fréquence de la chute). Il faut continuer, dit-elle.
Je l'ai remerciée en lui disant que c'est ce que nous faisons
depuis cinq ans et que nous continuerons.
La commission de la colonie de relégation, qui s'est réunie le 31 janvier pour refuser, sur ordre venu d'en haut, la liberté conditionnelle à Youri Bandajevsky, a caractérisé le détenu comme une personne franche et sincère et a jugé qu'il a démontré par son comportement d'être sur la voie de l'amendement. C'étaient les condition nécessaires et suffisantes, formellement requises par la loi, pour transmettre au tribunal la demande de liberté conditionnelle. Le refus s'est basé sur deux arguments illégitimes, car ils n'étaient pas du ressorte de cette commission : la non-reconnaissance de la culpabilité et le non-paiement de l'amende de 35 483 819 roubles. Seul un tribunal pouvait éventuellement se prévaloir de ces arguments. Éventuellement, car en principe ces conditions sont celles de la grâce présidentielle et non celles de la liberté conditionnelle, qui découle automatiquement des deux tiers de la peine purgée.
Le lendemain de la réunion, le 1er février, le directeur des prisons biélorusses, Kovtchour, a répondu à Galina, qui, le 20 janvier, sollicitait la liberté conditionnelle. Dans sa réponse il dit le contraire de ce qui est écrit dans le procès verbal de la commission, que Banajevsky a lu et signé: "Il a été décidé de refuser la soumission au tribunal de la demande de libération conditionnelle pour la raison que le détenu n'a pas suffisamment fait ses preuves dans les conditions du régime de la colonie de relégation pour que l'on puisse admettre qu'il se soit corrigé." Et pour justifier cette affirmation il ajoute un argument extravagant : "le 30 janvier 2005 [Bandajevsky] avait de fait purgé 4 mois en colonie de relégation." En réalité Bandajevsky, entré le 29 mai 2004 en relégation, avec 5 mois de retard sur son droit!, avait passé 7 mois à la colonie de Guesgaly. Kovtchour soustrait les 3 mois, que Bandajevsky a passés dans les hôpitaux de Minsk pour les analyses et pour l'opération à la demande même du Directeur de la Colonie Pénitentiaire. Cette soustraction est à la fois contraire à la loi, qui ne décompte pas le temps des soins de celui de la relégation, et rend illégitime la commission elle-même, réunie de ce fait avant terme. Kovtchour continue ses justifications, en affirmant "Cette décision, prise par l'administration de la colonie-relégation est légale et justifiée." - comme s'il en sentait lui-même la fragilité (car personne n'avait encore eu le temps de contester cette décision). Au total, en pleine illégalité, l'administration carcérale a volé de fait 8 mois de relative liberté à Bandajevky, qui lui revenait de droit. Leur propre loi ne leur suffit pas. Le ministre de l'Intérieur devrait y mettre de l'ordre.
En ce qui concerne la santé, dans sa réponse à Galina, Kovtchour la balaye du revers de la main : "Conformément à l'article 186 (point 6) du Code d'exécution pénale de la République du Bélarus, le détenu peut être libéré de l'exécution de sa peine pour raison de maladie grave. Or les maladies mentionnées dans sa fiche médicale ne peuvent servir de fondement pour lui appliquer l'article 92 du Code pénal de la RB ." Les ordres sont les ordres.
En réalité, l'état de santé de Bandajevsky reste inquiétant et requiert des soins appropriés et une surveillance particulière. Le 8 février, Galina, dans sa lettre au ministre de l'Intérieur, Naumov, le résume ainsi : " En novembre 2004 Youri Bandajevski a été opéré pour rupture du tendon du biceps de l'épaule gauche sans que l'on ait pu déterminer la cause de la détérioration des ligaments. La lésion de l'appareil ligamentaire se manifeste également à hauteur des articulations tibio-tarsiennes. La marche est entravée et douloureuse. Selon le traumatologiste ce processus peut conduire à l'atrophie et à la rupture des tendons même lors d'un effort physique insignifiant. Ces altérations pathologiques dans l'organisme sont dues à un trouble du métabolisme mais pour pouvoir traiter correctement ce mal et aider réellement le malade il faut commencer par en déterminer la cause. Cependant Bandajevski ne dispose pas de cette possibilité aujourd'hui. Seule une commission médicale après un examen approfondi pourrait définir la gravité de son état.".
1°) Face à cette situation nous pensons que la meilleure cible d'une action est le Ministre de l'Intérieur NAUMOV. C'est pourquoi nous proposons une avalanche de lettres individuelles à partir du texte ci-joint (Lettre à Naumov) élaboré par les associations qui l'ont cosigné. D'autres associations peuvent s'y ajouter. Vous pouvez aussi l'envoyer sans les logos des associations... Il suffit d'imprimer le texte, de compléter avec sa propre adresse, de signer et de l'expédier par la poste (O.75 cents).
2°) Parallèlement, Galina a fait un appel aux médias occidentaux, en joignant la lettre qu'elle a adressée au Président Loukachenko. Que chacun sollicite les médias qu'il lit pour demander qu'il y ait de l'information sur Bandajevsky, en leur envoyant les nouvelles de Relégation et le contenu de l'action que nous proposons. Si cela vient d'un peu partout, ils seront peut-être moins sourds
3°) Il serait bon de recontacter tous les politiques qui peuvent, en particulier par des questions au Parlement, relancer l'affaire de manière publique.
Appel de
Galina
Le même jour, Galina Bandajevskaïa se tourne vers les médias occidentaux pour dénoncer l'acharnement à l'égard de son mari, reconnu par Amnesty International et de nombreuses associations comme un "prisonnier d'opinion". Elle nous charge de faire parvenir aux médias occidentaux sa lettre au Président Loukachenko.
Moi, Galina Bandajevskaya, je m'adresse aux médias occidentaux pour les prier de publier la lettre que j'adresse au Président du Bélarus, Alexandre Loukachenko. Elle ne pourra lui parvenir qu'à travers la presse. Toutes les lettres que je lui ai adressées jusqu'à présent ne sont jamais arrivées jusqu'à lui. C'est la situation désespérée à laquelle a été acculé mon mari, le détenu Youri Bandajevszki, professeur en médecine, et toute notre famille, qui me contraint de m'adresser à vous. Ayant perdu tout espoir de voir triompher la justice et de pouvoir défendre mes droits dans mon pays, je vous prie de faire connaître à la communauté internationale les actes d'arbitraire perpétrés à notre égard.
Galina Bandajevskaya
Minsk, le 8 février 2005
Honoré Alexandre Grigoriévitch !
Voilà 5 ans que je m'adresse à
vous personnellement au sujet de l'affaire de mon mari, Youri
Ivanovitch Bandajevski, avec l'espoir de trouver en la personne
du Président de mon pays un défenseur des droits
de l'homme. Cependant votre administration ne m'a jamais fait
l'hommage de pouvoir être entendue par vous, honoré
Alexandre Grigoriévitch. J'aimerais croire que cette lettre
sera lue par vous personnellement.
A la télévision je vous ai entendu admonester vos
subordonnés, leur reprochant d'utiliser trop souvent votre
nom comme un drapeau, comme une couverture lorsqu'il faut prendre
des décisions. Aussi ai-je décidé de vous
informer de la façon dont sont violés les droits
de l'homme, garantis par la Constitution du Bélarus et
dont, en tant que Président, vous êtes le garant,
dans l'affaire de mon mari Y.Bandajevski.
Youri Ivanovitch Bandajevski a été arrêté
par les forces de l'ordre le 13 juillet 1999. Sur mandat du Procureur
général on lui a appliqué la mesure de détention
préventive de 30 jours prévue par le Décret
du Président de la République du Bélarus
N°21 du 21 octobre 1997 " Des mesures d'urgence dans
la lutte contre le terrorisme et autres crimes violents particulièrement
dangereux ". Je voudrais souligner que Bandajevski Y.I. était
soupçonné du délit prévu à
l'article 430 ch.2 du Code pénal de la République
du Bélarus : " Corruption passive ", ce dont
témoigne l'acte d'accusation. Ce délit n'a rien
à voir ni avec le terrorisme ni avec tout autre
crime violent et particulièrement dangereux.
La détention préventive de 30 jours prévue
par le Décret N°21 du Président de la République
du Bélarus n'a jamais été appliquée,
que je sache, dans des affaires de corruption.
En appliquant illégalement le Décret N°21 à
Bandajevski Y.I., l'organe chargé de l'enquête l'a
sciemment privé de son droit à la défense.
La maison d'arrêt spécialisée de la ville
de Gomel où Bandajevski est resté en garde à
vue du 13 juillet 1999 au 04 août 1999 n'est pas prévue
pour y garder les prévenus. La cellule de garde à
vue n'avait pas de lit, il fallait dormir par terre, il n'y avait
aucun droit de visite ni pour la famille, ni pour l'avocat.
Voici le tout dernier exemple des actes arbitraires commis à
l'égard de Bandajesvski. Le 16 décembre 2004 l'Etat
avait répondu au Comité des Droits de l'Homme à
Genève : " Conformément à l'article
90 du Code pénal de la RB, après le 6 janvier 2005
l'administration de l'établissement pénitentiaire
est tenue d'examiner la question de la possibilité d'adresser
au tribunal une requête demandant l'application à
Youri Bandajevski de la libération conditionnelle. La décision
définitive concernant la libération conditionnelle
est du ressort du tribunal ".
La Commission de la colonie-relégation N°26 s'est réunie
le 31 janvier 2005 et a examiné la question de la possibilité
d'accorder la libération conditionnelle au détenu
Bandajevski. " Il a été décidé
de refuser la soumission au tribunal de la demande de libération
conditionnelle pour la raison que le détenu n'a pas suffisamment
fait ses preuves dans les conditions du régime de la colonie
de relégation pour que l'on puisse admettre qu'il se soit
amendé (le 30 janvier 2005 il n'a de fait purgé
que 4 mois en colonie de relégation,et il n'a pas la moindre
intention de rembourser le dommage de 35 483 819 roubles qui lui
a été imputé) "
Le texte montre bien que la commission justifie en premier lieu
son refus de soumettre la requête de libération conditionnelle
au tribunal par le fait que le détenu n'a pas purgé
entièrement sa peine car au 31 janvier 2005 il n'avait
passé que 4 mois en relégation au lieu de 7. Le
détenu Y.Bandajevski s'est effectivement trouvé
pendant 3 mois en dehors de la colonie avec l'accord et sous le
contrôle permanent du directeur de la colonie Koliada V.V.
car il a du subir une opération chirurgicale puis un traitement
à Minsk où sa famille a son domicile permanent.
La Commission en déduit que le détenu n'a pas suffisamment
montré qu'il s'était amendé dans les conditions
de la colonie-relégation. Ce refus va non seulement à
l'encontre des lois de la Constitution et du Code civile de la
République du Bélarus mais à l'encontre de
l'humanité la plus élémentaire.
Il est dit à l'article 90 du Code civile de la RB : après
que le détenu aura purgé de fait les deux-tiers
de sa peine, la colonie-relégation est en droit de requérir
auprès du tribunal l'adoucissement de sa peine. Si l'administration
de la colonie-relégation N°26 considérait que
Bandajevski n'avait pas purgé de fait le temps
de peine prévu, elle n'avait pas à réunir
la Commission. Il s'avèrerait donc qu'elle aurait réuni
la Commission avant terme sciemment, en violant l'ar.90 du code,
dans le seul but de pouvoir justifier son refus.
Si on se réfère au Code pénal, on voit clairement
que cet argument de la Commission est un faux argument car le
temps passé par le détenu hors de la colonie pour
raison de traitement en hôpital est compté dans son
temps de peine.
La colonie a présenté à la Commission une
attestation du détenu Bandajevski qu'on lui a fait lire
personnellement. L'attestation dit que Bandajevski avance fermement
dans la bonne voie de l'amendement et se distingue par une grande
sincérité. Où est donc la vérité
? La direction de la colonie-relégation explique sa façon
d'agir par votre réponse à la demande de grâce
du condamné Bandajevski. Pourquoi n'est-ce pas le tribunal
qui décide en dernier ressort ? Tous doivent être
égaux devant la loi. L'article 90 du Code civil de la RB
a été appliqué à nombre de détenus,
en particulier à Ravkov V.N., condamné dans la même
affaire que Bandajevski. Avec Ravkov la loi a été
strictement appliquée mais lorsqu'il s'agit de l'affaire
Bandajevski, on se couvre toujours du nom du Président.
Honoré Alexandre Grigoriévitch, je vous prie en
tant que garant de la Constitution et Président de notre
pays chargé de contrôler l'application des lois,
de décider en toute justice de la libération conditionnelle
de mon mari. Lorsque vous déciderez du sort du professeur
Youri Bandajevski, je vous prie de prendre en compte son très
mauvais état de santé (deux opérations chirurgicale
en 2003 et 2004, ulcère à l'estomac, gastrite atrophique
chronique avec métaplasie de la muqueuse de l'estomac).
Veuillez croire ....
Galina Bandajevskaya
08.02.2005
Tous ceux qui le soutiennent s'accordent sur ce point : c'est en tant que scientifique et pour le contenu de ses recherches que Youri Bandajevsky a été mis en prison, de manière illégitime et illégale. Le procès, avec ses irrégularités, a permis de le mettre hors de la communauté scientifique, en jetant à la fois le soupçon sur l'homme et en détruisant la plus grande partie de ses données scientifiques. C'est pourquoi nous devons tout faire pour l'aider à réintégrer cette communauté scientifique, et en particulier obtenir qu'il ait une totale liberté de circulation dès la fin de sa relégation. Seule, une mobilisation des scientifiques au niveau international, jointe à celle des politiques et des citoyens pourra nous permettre d'atteindre ces nouveaux objectifs.
NB. Une précédente
lettre au Ministre Naumov a été adressée
a certains destinataires. Elle a été modifiée,
suite aux nouvelles informations parvenues entre-temps.
A quand la fin de la relégation ?
Le 6 janvier 2004, Youri avait droit de quitter la prison pour aller en relégation. Nous avons déjà raconté les hésitations des autorités à l'époque entre une colonie pénitentiaire où sa santé, voire sa vie, pouvait être en danger et le maintien en prison. (Cf les Nouvelles de prison des 21.03.04 et 7.05.04) L'action de ses avocats et la mobilisation du soutien international avec en particulier l'envoi de 30.000 cartes à l'Ambassade de Biélorussie en France demandant l'application de la loi, s'est traduite par une troisième solution : Youri Bandajevsky, le 28 Mai 2004 est parti en relégation dans le village Peskovtsi où il a été bien traité. Compte tenu d'une dégradation brusque de sa santé en automne (Nouvelles de relégation de décembre), le directeur de la colonie pénitentiaire l'a envoyé à Minsk afin d'être soigné et opéré. Il y est resté jusqu'à la fin de l'année. Aujourd'hui, la crise aiguë, qui a déterminé son transfert momentané à Minsk, est surmontée. Il est toujours sous cure médicamenteuse. Son état de santé actuel demande un suivi médical et paramédical, en particulier de la kinésithérapie du bras opéré, dont les mouvements sont incomplets et douloureux. En février un test sur la présence de l'hélicobacter, une fibrogastroscopie et une biopsie devront vérifier l'état de l'estomac et des intestins.
Cependant, le 4 janvier 2005, Youri Bandajevsky
a dû rejoindre le village Peskovtsi, dans la maison assignée
par la colonie de relégation. La maison inhabitée
est humide en cette saison. Le vieux poêle fissuré
fume plus qu'autre chose. Pour sécher les murs qui suintent
et chasser l'odeur de moisi, un bon fourneau électrique
devrait être allumé nuit et jour. Mais l'électricité
coûte cher. C'est l'hiver. Les toilettes, une cabine en
bois, et le puits pour l'eau sont dehors, entre 150 et 200 mètres.
En principe et selon la loi, deux jours après ce retour
en détention, le 6 janvier Bandajevsky devait légalement
jouir de la liberté conditionnelle. Mais ...
Les difficultés recommencent...
Le 10 janvier, Galina raconte :
"J'ai eu aujourd'hui la ferme conviction que les organes
chargés du respect des lois font tout pour retarder au
possible le moment de présenter au tribunal le dossier
de Youri pour alléger sa peine. Je vois que j'ai besoin
d'aide et que je n'arriverai jamais à percer ce mur toute
seule. Vous savez que le 6 janvier de cette année est la
date à laquelle selon la loi Youri a droit à la
liberté conditionnelle. Mais ils recommencent à
jouer au chat et à la souris. Le Comité d'exécution
des peines (___) répond que ces questions ne sont pas de
son ressort, que tout dépend du chef de la colonie rééducative
de relégation ___-26 (IKP-26). Le chef affirme lui qu'il
attend les consignes d'en haut. Il m'a déclaré aujourd'hui
qu'ils ont besoin de papiers complémentaires (mon autorisation
d'enregistrer Youri à mon adresse à Minsk, l'original
de sa fiche médicale) . Pour l'enregistrement j'avais proposé
au chef de la relégation V.V.Koliada de lui donner cette
autorisation le 04.01.05 lorsque j'ai accompagné Youri
à Peskovtsi. Il m'avait répondu que ces choses-là
se faisaient par l'intermédiaire de la milice de Minsk
et qu'ils allaient eux-mêmes leur envoyer une demande (le
04.01). Lundi (le 10.01) j'ai téléphoné à
la milice et je leur ai demandé s'ils avaient reçu
une demande de la colonie. Ils m'ont répondu que non. Peut-être
que cela tient aux fêtes de fin d'année ? Pour ce
qui est de sa fiche médicale liée aux soins ambulatoires
qu'il a reçus, je ne comprends pas non plus. Nous leur
avons fourni au fur et à mesure tous les originaux des
analyses et des certificats médicaux. Pourquoi se les procurer
de nouveau ?
"On m'a fait savoir de l'OSCE qu'eux aussi s'étaient intéressés auprès du Comité d'exécution des peines au sujet de la décision judiciaire à propos de Youri. On leur a répondu que cette question n'était pas de leur ressort. Que toutes ces questions sont l'affaire de la colonie de relégation, c'est leur travail, ils sont payés pour ça. Aujourd'hui (10.01) j'ai téléphoné à l'OSCE et je les ai prié d'essayer de savoir pourquoi on ignorait toujours les lois lorsqu'il s'agissait de Bandajesvski. Lorsqu'il s'était agi de Ravkov (le vice-recteur de l'Institut de Gomel), condamné à la même peine, tout s'était déroulé strictement dans le cadre de la loi. Il y a un an on le mit en liberté conditionnelle malgré le fait qu'il n'avait pas remboursé la somme que le tribunal lui avait adjugée. Avec nous les complications s'accumulent toujours. Maintenant la colonie de relégation ___-26 justifie son impossibilité à appliquer la liberté conditionnelle à son cas par le fait que le Président à répondu à la demande de grâce de Youri que ce dernier devait reconnaître sa culpabilité et compenser le dommage qu'il avait fait subir à l'Etat. A l'heure actuelle ce papier du Président fait peur à tous ses subordonnés, qui attendent qu'on décide pour eux et craignent de tomber en disgrâce aux yeux du chef d'Etat. L'avocat Pogoniailo avait bien raison d'affirmer que Youri était le prisonnier personnel du Président pour qui les lois n'existaient pas et qui déciderait lui-même quand et comment libérer le détenu Bandajevski. C'est bien pour cela qu'ils font traîner les choses en longueur."
Galina me dit que le climat général s'est durci au Belarus. Arrestations et condamnations se succèdent sans arrêt parmi des personnages publics, hommes d'affaires, opposants. Une peur généralisée règne dans le pays. Il y a une semaine, l'ex-ambassadeur en Lettonie, Marinitch, arrêté il y a huit mois, a été condamné à 5 ans de prison. Les gens ont peur de leur ombre.
Comité des Droits de l'Homme de l'ONU
Le ping-pong légal continue sur un autre plan. Avant-hier, mercredi 12 janvier, Galina a reçu une lettre du Comité des Droits de l'Homme de l'ONU (Genève), accompagnant une nouvelle réponse du Parquet biélorusse, sur 3 pages, aux dernières objections de l'avocat Pogoniailo (12 mars 2004). Ces objections répondaient aux justifications des organes de répression d'avoir emprisonné le scientifique sur la base du décret de Loukachenko "Des mesures urgentes dans la lutte contre le terrorisme et autres crimes violents". Bandajevsky a deux mois pour adresser à l'ONU ses observations sur cette lettre. La missive biélorusse termine par le paragraphe suivant : "Conformément à l'art.90 du Code pénal biélorusse, à expiration des deux tiers de la peine de détention, c'est à dire dès le 6 janvier 2005, l'administration de la colonie de rééducation est tenue d'examiner dans le délai d'un mois la possibilité d'une requête au tribunal, demandant l'application de la liberté conditionnelle à Youri Bandajevsky. La décision définitive (positive ou négative) de la libération conditionnelle de la peine est prise par le tribunal. En cas d'une décision négative, une seconde requête est possible au bout de 6 mois."
Le jour même, Galina a écrit au directeur du Comité d'exécution des peines, V.A.Kovtchour, et au directeur de la Colonie de rééducation, V.V.Koliada, en citant ce paragraphe et en demandant : "Compte tenu de l'état de santé actel de mon mari, Youri Bandajevsky, en présence d'une maladie pré-cancéreuse de l'estomac (gastrite atrophisante chronique avec foyer de métaplasie de l'intestin, ulcère peptique), qui nécessite des cures régulières et un suivi médical oncologique, je vous prie d'accélerer la présentation de la requête au tribunal pour sa libération conditionnelle. J'espère qu'en conformité avec la loi, vous prendrez la juste décision et ferez preuve d'humanité envers ce scientifique."
Ce matin, Galina a téléphoné au directeur de la colonie en lui lisant le paragraphe de l'article 90 du Code pénal. Celui-ci lui a répondu : "Je vous comprends. Avant la fin du mois, nous réunirons la commission et présenterons le dossier au tribunal. Mais ils ne savent pas ce qu'ils écrivent. Nous ferons de manière à favoriser sa libération de la colonie de relégation. Nous ne demanderons pas la liberté conditionnelle, car elle sera refusée. Nous demanderons l'assignation aux travaux de rééducation." Ces travaux servent à compenser le dommage que le condamné aurait fait subir à l'État. Mais cette condition ainsi que le repentir, exigés pour l'obtention de la grâce, n'ont rien à voir avec la loi sur la liberté conditionnelle. M. Koliada, le directeur de la colonie, a poursuivi : "Comprenez bien que je ne suis pas seul à décider. Éventuellement, seul l'état de santé pourrait, peut-être, faire obtenir la liberté." Galina lui a demandé pourquoi Ravkov, qui a eu exactement la même condamnation dans le même procès, a bénéficié, sans la moindre hésitation, des droits prévus par la loi? Ravkov c'est Ravkov. Bandajevsky c'est Bandajevsky - fut le réponse.
Youri Bandajevsky est bien "le prisonnier personnel du Président", comme l'a défini l'avocat et vice-président du Groupe Helsinki de Minsk, Garri Pogoniailo. Galina s'est souvenue de la phrase de Konopliov. Ce vice-président du Parlement, qui faisait des visites d'ami à Bandajevsky en prison pour le convaincre de se repentir, l'a averti : "Si tu ne reconnais pas ta culpabilité, tu resteras en prison pendant toutes les années de la condamnation." Il s'agissait de détruire le respect de soi de Bandajevsky et sa crédibilité devant la communauté scientifique, pour l'empêcher de poursuivre sa recherche de la vérité sur les conséquences médicales de la catastrophe de Tchernobyl et de communiquer ses données au monde.
Dans la lettre, que l'avocat Pogoniailo avait envoyée le 26 avril 2004 au Comité des Droits de l'Homme pour protester contre le maintien illégal du détenu en prison, alors qu'il avait droit à la relégation, il est dit en conclusion : "Conformément à la loi, à partir de janvier 2005, la liberté conditionnelle peut être appliquée au condamné en présence d'une conduite exemplaire prouvant son amendement.
Les défenseurs des droits de l'homme et les parents de Y.Bandajevsky n'excluent pas que les autorités du Belarus le retiendront en détention pendant le maximum de temps consenti pour des motifs politiques. Le gouvernement, le Président Loukachenko critiquent précisément en ce moment les mesures prises précédemment, d'évacuer les habitants des territoires contaminés suite à la catastrophe de Tchernobyl et d'exclure les terres contaminées des travaux agricoles. Ils impriment un virage de 180 degrés à la politique sur ces questions, en encourageant le repeuplement des terres précédemment abandannées et leur récupération pour les besoins de l'agriculture.
Or, les recherches scientifiques du professeur Y.Bandajevsky montrent le grave danger des faibles doses de radioactivité pour la santé et de leur concentration dans l'organisme (en particulier par le césium137). Les conclusions du scientifique contredisent radicalement la politique du gouvernement, selon laquelle la population peut vivre dans les territoires contaminés par les radionucléides sans aucun préjudice pour la santé."
Comme nous l'avons fait lors des atermoiements pour la relégation, nous devons être de plus en plus nombreux à exiger avec force que la loi soit appliquée et que le professeur Bandajevsky soit libéré, pour la justice et pour la science. Quel que soit le moment où il sera mis en liberté conditionnelle, il est nécessaire, dès maintenant, de récolter les fonds pour lui permettre de mener à bien sa recherche... Voir l'appel financier ci-joint.
W.Tchertkoff
13 janvier 2005
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
s.m.fernex@wanadoo.fr
L'Yonne Républicaine, 27/12/2004 :
2501,40 euros pour être précis : tel est le montant du chèque remis par le groupe Auxerre-Joigny d'Amnesty International à l'association Les Enfants de Tchernobyl, afin de venir en aide à Yuri Bandajevsky.
Citoyen d'honneur d'Auxerre
Condamné en 2001 à huit ans d'emprisonnement
pour avoir dénoncé les conséquences de la
catastrophe nucléaire de Tchernobyl, ce médecin
biélorusse, nommé citoyen d'honneur de la ville
d'Auxerre l'an dernier, a été envoyé en camp
de travail en juin dernier. Un premier pas en attendant sa libération
conditionnelle ? Si rien n'est encore acquis, ses défenseurs
espèrent une issue heureuse dans les tous prochains mois.
Présentation de films sur Tchernobyl en mars La section
locale d'Amnesty - qui a adopté le scientifique comme prisonnier
d'opinion - a pu réunir cette somme grâce à
sa bourse aux livres organisée les 10 et 11 décembre
derniers à Monoprix.
Cette action contribuera à améliorer le sort de
Yuri Bandajevsky et de son épouse, elle-même médecin,
qui vivent sans aucun moyen et peuvent heureusement compter sur
le soutien de plusieurs groupes d'Amnesty et celui des Enfants
de Tchernobyl.
Afin de sensibiliser le grand public, le groupe Auxerre-Joigny
d'Amnesty - qui apporte chaque mois 50 euros de dons à
l'association, basée dans le Bas-Rhin et fondée
par le couple de scientifiques Michel et Solange Fernex - prévoit
de présenter plusieurs films consacrés aux conséquences
de la catastrophe de Tchernobyl, en mars prochain à Auxerre,
en présence du réalisateur.
L'intégralité des bénéfices de la
bourse aux livres d'Amnesty a été reversée
à Éliane Hadley, de l'association Les enfants de
Tchernobyl.
Youri Bandajevsky Docteur Honoris Causa
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
E-mail : s.m.fernex@wanadoo.fr
Aujourd'hui, Youri Bandajevsky, prisonnier scientifique au Belarus, qui a accusé voici cinq ans le pouvoir de son pays d'irresponsabilité dans la gestion des retombées radioactives sur la santé des populations et de cacher la véritable ampleur de la catastrophe sanitaire causée par l'explosion de Tchernobyl, est isolé, miné dans sa santé, privé de dignité et de moyens d'existence.
Pour neutraliser cette source d'informations incontrôlable, les forces coalisées contre la révélation des vraies conséquences pour la santé des populations de la catastrophe nucléaire ont commencé par arracher Bandajevsky à son milieu naturel de chercheur scientifique et ont tenté de le faire plier par la calomnie, par la torture, par la prison. Il a résisté. Aujourd'hui, sa situation de paria sans droits dans le no man's land de la relégation peut s'avérer plus dangereuse que la prison : la direction était directement responsable de la santé du prisonnier. Bandajevsky n'est plus protégé par personne et, depuis l'été dernier, la répression du régime a pris une forme plus sournoise et plus dure.
Ce qui n'a pas marché il y a cinq ans, - l'élimination discrète du scientifique gênant dans les cachots de Loukachenko, - ses adversaires semblent vouloir l'obtenir aujourd'hui. Effacer, faire oublier Bandajevsky. L'opinion publique internationale a été rassurée par sa sortie de prison et par la gentillesse de la direction du camp de relégation, qui lui a permis de s'installer dans une maison abandonnée d'un village voisin. Mais le proscrit est toujours interdit, exclu de la société et du travail scientifique. Il est coupé du monde. Sauf un cas exceptionnel, on lui interdit de rencontrer des journalistes étrangers, en le menaçant de le renfermer dans le camp s'il n'obéit pas (seul Le Figaro a été autorisé en période pré-electorale biélorusse). La communauté scientifique internationale dans sa grande majorité reste indifférente à son sort et ne s'intéresse pas à ses recherches, les seules pourtant qui aient étudié de façon globale, - clinique, histologique et expérimentale, - les conséquences sanitaires de la plus grande catastrophe nucléaire de l'Histoire sur les lieux mêmes de l'accident. Des opérations ambiguës, ostensiblement généreuses d'aide aux populations contaminées, "occupent" subrepticement le terrain dans le cadre d'un Programme financé par l'Union Européenne (CORE). Elles recueillent des données (CEPN), s'occupent de mémoire et de patrimoines perdus ("Patrimoine sans frontières"), font de la sociologie (Lasar), promettent l'aide économique, mais pour rester finalement sourdes et aveugles devant la gravité sanitaire causée par la radioactivité, surtout chez les enfants, les victimes les plus vulnérables. Ce Programme refuse d'appliquer un moyen simple et peu coûteux pour protéger les centaines de milliers d'enfants malades et mourants dans les territoires contaminés du Belarus. L'ONG "Médecins du monde", qui sert d'alibi médical à l'opération CORE, déprécie et minimise l'intérêt et l'importance des travaux de Bandajevsky et ne reconnaît pas l'urgence de distribuer à grande échelle aux enfants contaminés les adsorbants prophylactiques à base de pectine préconisés par le professeur Nesterenko, sous le prétexte que les travaux de ce deux scientifiques n'ont pas été publiés dans des revues sérieuses. [Ce qui est faux depuis les publications sur "Cardinale" (Tome XV - n°8 - Octobre 2003) et sur Swiss Medical Weekly www.smw.ch (Vol 133, p 488; Vol 134, p 24; et dans le Volume sous presse : Bandajevskaya, Maladies cardiovasculaires des enfants liées à une surcharge en Cs-137)]. L'étude randomisée, double aveugle versus placebo, réalisée selon les normes occidentales (comité d'éthique, consentement informé, etc) et publiée dans Swiss Medical Weekly, montre en effet que les cures de pectine de pomme, prises aux repas pendant 3 semaines, parviennent à réduire de 2/3 la charge en Cs-137 accumulé dans l'organisme. Des mesures, réalisées par ailleurs par l'Institut Belrad de Nesterenko, ont montré qu'avec 3-4 cures dans l'année, on obtient une diminution de la charge en Cs-137 au dessous des limites que Bandajevsky considère comme cause de dommages tissulaires irréversibles, soit 30 Bq/kg de poids. Les mesures associées aux cures coûtent 110 euros par enfant et par an. 500 000 enfants du Bélarus en ont besoin. 80% des enfants du Belarus sont malades suite à la catastrophe de Tchernobyl. Les enfants malades n'étaient que 20% avant 1986 : données officielles du ministère de la santé. [Déclaration du Président de l'Académie des sciences du Belarus, en décembre 1999, confirmée par le Vice-ministre de la santé du Belarus à l'audition parlementaire sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, en avril 2000.]
Le plus inquiétant dans ce contexte d'isolement, de dénégation et de dénigrement systématique est que la santé de Youri Bandajevsky s'est soudain détériorée, après une période de force et d'euphorie à la sortie de prison. En trois semaines il a perdu 4 kilos, il a vieilli, la mère de Galina Bandajevskaya a dit au pire moment de sa crise que, si elle l'avait croisé dans la rue, elle ne l'aurait pas reconnu. Il se plaint de douleurs à l'estomac, au foie, aux reins, il a des problèmes inflammatoires (bursite solide) aux tendons d'Achille, une déchirure ligamentaire au biceps. Galina parle d'une brusque désagrégation de l'état de santé global de Youri. Est-ce la prison qui a ruiné sa santé? S'agit-il d'une infection inconnue?
Ayant perdu tous ses droits, n'ayant plus un domicile, Bandajevsky ne bénéficie de soins gratuits qu'au camp de relégation ou dans un dispensaire. Se rendant compte de son état, la direction du camp l'a bien autorisé d'aller se soigner à Minsk, mais à ses frais. Les soins, l'hospitalisation, les médicaments, les opérations, les narcoses coûtent cher, mais Bandajevsky n'a pas de travail. Ses pairs de la communauté scientifique ont peur de ce pestiféré : personne ne se risque à lui donne un travail rémunéré dans sa profession, où pourtant il est maître. Ni consultations, ni conférences, ni recherches évidemment, qui requièrent laboratoires et financements. Pire, trois grands professeurs consultés, ses collègues, ont refusé de voir ce malade et n'ont pas osé intervenir afin qu'il soit hospitalisé gratuitement pour se protéger eux-mêmes. Une grande peur règne dans le pays, m'ont dit les Bandajevsky hier. "Les amis ont peur, il ne faut pas les juger."
A Minsk Youri a consulté des spécialistes pour les tendons et pour la rupture du ligament au biceps du bras gauche, et il a été examiné au dispensaire, mais au bout de 7 jours, sans attendre les résultats de la biopsie du foie et de l'estomac on l'a fait hospitaliser pour soins immédiats. Le compte rendu des analyses du dispensaire parle, entre autres, d'hépatite chronique d'étiologie non précisée. Mais Bandajevsky n'avait pas d'hépatite avant son arrestation. Il a été opéré à l'épaule. L'opération s'est bien passée, son bras est sous plâtre pour 4 semaines, mais il a dû quitter l'hôpital avant le terme prescrit par les médecins par manque d'argent. On ignore la cause des déchirures ligamentaires répétées dont il souffre. Cette maladie qui a conduit Youri à sa dernière opération n'a pas de nom, pas de cause, pas d'étiologie reconnue. Les médecins ont dit qu'elle était très rare. Il est certain que l'incarcération prolongée a nui à la santé du prisonnier. Cet homme dans la force de l'âge a dû subir ces derniers mois des opérations importantes pour des maladies qui ne sont pas apparentées, semble-t-il. De très robuste, Youri est devenu un homme très fragile.
Cependant, il reste fort moralement, déterminé à suivre sa vocation jusqu'au bout. Par devoir et aussi par gratitude pour l'énorme soutien moral qu'il reçoit. Mal à l'aise de devoir "demander", de parasiter sur la générosité de personnes qui doivent elle-mêmes gagner leur pain, Youri souhaite ardemment pouvoir travailler. Aidé par Michel Fernex il soumettra prochainement aux collègues occidentaux un projet de recherche. Les protocoles ont trait à la teratologie (étude des anomalies et des monstruosités des êtres vivants) du Cs-137 chez le rat blanc et le hamster syrien. Il prévoit d'étudier également la protection de la gestation et du fétus par la pectine, en présence de Cs-137 incorporé. Ces travaux nécessiteront des financements, que nous devrons chercher.
Les frais d'hospitalisation, financés par notre association, en plus des 550 dollars que nous versons à la famille Bandajevsky mensuellement, son les suivants : 342 dollars : l'opération elle-même + bandes, seringues, gants, alcool, perfusion et solutions diverses = 150 dollars ; anesthésie, drogues, analgésiques = 50 dollars ; examens (analyse générale et biochimique du sang, ECG) = 50 dollars ; frais de séjour à l'hôpital (12 dol par jour) = 72 dol.
Merci à tous les amis pour leurs dons. Nous venons de recevoir, ce jour, d'un ami 500 euros!!!
"Enfants de Tchernobyl Belarus"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
Compte bancaire: 00029876060, Crédit
Mutuel, 68220 - Leymen, France
www.comite-bandajevsky.org
Lors de chaque conversation, Youri et Galina Bandajevsky, que j'ai appelés hier et aujourd'hui pour rédiger ces nouvelles, me prient de transmettre leur gratutude émue à tous leurs amis connus et inconnus, grâce auxquels leur vie, bien que dure et inquiète, n'est pas triste.
Wladimir Tchertkoff
Le 5 décembre 2004
P.S.
Toute dernière nouvelle, que je reçois ce matin
par fax et qui confirme le durcissement du régime au Bélarus.
L'article du journal russe "Komsomolskaya Pravda" informe
sur la poursuite judiciaire contre Garri Pogoniailo, avocat, défenseur
des droits de l'homme et vice-président du Comité
Helsinki du Bélarus, qui a déposé la plainte
au Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies pour
violation des Articles 7, 9, 14, 17 et 19 du Pacte international
sur les droits civiles et politiques, lors de l'arrestation
du professeur Youri Bandajevsky. Cette plainte a été
jugée recevable par le Comité des DH, qui devrait
se prononcer au printemps 2005.
KOMSOMOLSKAYA
PRAVDA au Bélarus
2 décembre 2004
Une instruction criminelle est ouverte contre l'avocat pour calomnie contre le président. Les juges ont trouvé des déclarations séditieuses dans une cassette vidéo confisquée à des journalistes suédois.
Le 18 août 2004, Garri Pogoniailo a donné une interview à la télévision suédoise, TV 4. "Les journalistes préparaient une émission sur le Bélarus, sur les hommes politiques biélorusses disparus. Nous avons parlé pendant environ une heure. Quelques jours plus tard, j'ai appris que les journalistes suédois ont été retenus à la frontière et que la cassette vidéo avec mon interview leur a été confisquée. Il semble qu'elle a été d'abord visionnée par le KGB, puis transmise au Parquet", - nous raconte Garri Pogoniailo.
Le 30 novembre, trois mois et demi après l'interview aux Suédois, Pogoniailo a été convoqué au Parquet de la ville de Minsk. On lui a remis l'acte de mise en accusation pour calomnie contre le président et d'autres hauts fonctionnaires. La condamnation peut aller jusqu'à cinq ans de prison. Pour le moment, aucune explication n'a été demandée à Pogoniailo. "J'ai l'intention de faire appel contre cet acte d'accusation à mon encontre. Oui, dans l'interview j'ai nommé les hauts fonctionnaires, qui sont impliqués, à mon avis, dans les disparitions politiques. S'ils n'ont rien à voir avec cela, pourquoi l'enquête sur la disparition de Gontchar, de Krassovsky et de Zavadsky n'est toujours pas terminée? Tant que cela n'est pas fait, les soupçons sur l'implication des hauts fonctionnaires dans ces crimes demeurent", - explique Pogoniailo.
En même temps, aujourd'hui 2 décembre, le leader du parti Union citoyenne, Anatoli Lebedko, a été convoqué au Parquet de l'arrondissement central de Minsk. Le motif était encore une fois les relations avec les journalistes étrangers. Le journal polonais "Gezéta vybortcha" a publié une interview avec Lebedko, dans laquelle l'homme politique raconte ce que Loukachenko a dit à la réunion consacrée au référendum.
En un mot, les censeurs biélorusses sont déjà arrivés aux éditions occidentales. Et nous ne sommes pas moins inquiets pour ceux qui viennent chez nous. Récemment, Adriane Sévérine, le délégué du Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies, n'a pas pu entrer au Bélarus.
Olga Antsipovitch
9/11/2004 :
Youri Bandajevski, un spécialiste de
médecine nucléaire condamné à huit
ans de réclusion au Belarus pour avoir notamment critiqué
les autorités pour leur gestion l'après-Tchernobyl,
a été hospitalisé mardi soir sans que l'on
connaisse avec précision son état de santé,
a annoncé son épouse à l'AFP. Selon Galina
Bandajevskaïa, les médecins ont dans un premier temps
diagnostiqué un ulcère, une gastrite et une hépatite,
puis ils ont ordonné un examen de l'ensemble de son appareil
digestif avant de se prononcer. Elle-même médecin,
elle a insisté sur le fait que son mari n'avait pas d'hépatite.
Le Figaro, 12/10/2004 :
Minsk (Biélorussie) : de notre envoyé
spécial Fabrice Nodé-Langlois
Pour la première fois depuis sa condamnation à huit
ans de prison, le scientifique biélorusse Youri Bandajevsky
s'exprime dans la presse internationale. Le Figaro l'a rencontré
à Minsk. Accusé de corruption, il a été
en réalité réduit au silence parce que ses
prises de position et ses travaux iconoclastes sur les conséquences
sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl dans son pays dérangeaient
le pouvoir.
Clin d'oeil au sort, c'est place de la Liberté, à Minsk, que se déroule la rencontre avec le prisonnier biélorusse le plus connu à l'étranger. Condamné à huit ans de prison en 2001 pour corruption, Youri Bandajevsky a bénéficié au printemps dernier, après trois années de détention (plus six mois de préventive en 1999), d'une mise en relégation. Il vit dans un kolkhoze, à l'ouest du pays, près de la frontière polonaise. Dans sa résidence surveillée près de Grodno, il a reçu quelques visites, dont celles d'une dizaine de diplomates occidentaux en juin.
Le Figaro avait reçu l'autorisation officielle de le rencontrer dans sa «colonie de relégation». Quatre jours avant le rendez-vous, le Pr. Bandajevsky reçoit l'ordre de prendre un congé, pour aller se faire soigner. C'est pourquoi le rendez-vous a finalement lieu dans la capitale, cadre jugé sans doute plus présentable par les autorités pour des interviews (1). Le séjour à Minsk du condamné se prolonge depuis plus de deux semaines.
En cette journée ensoleillée d'automne, Youri Bandajevsky est ravi et ému de cette première rencontre avec un journaliste étranger depuis sa condamnation. L'ancien directeur de l'Institut médical de Gomel, 47 ans, affiche une bonne mine. Galina, son épouse, indéfectible soutien pendant les moments difficiles de la détention, paraît beaucoup plus soucieuse. De temps à autre, le regard du chercheur balaie la salle : «L'australopithèque, assis au fond du café est un policier en train de nous surveiller.» Fausse alerte, semble-t-il, mais l'ambiance est donnée.
Sur ses trois années de cellule, Youri Bandajevsky ne souhaite pas s'étendre. «Il y avait tous les agréments de la prison... les gardiens pour rien au monde n'auraient voulu se trouver à ma place. Le plus dur, ça a été l'isolement. Et pourtant, pendant deux ans, j'étais en cellule dans le bloc médical avec un autre prisonnier, j'avais la télé, je pouvais écrire.» Une amélioration qu'il doit sans doute à la visite, au bout d'un an, de députés européens. Pour autant, la santé et le moral du prisonnier ont vacillé. «Il y a un an, j'ai été opéré d'une péritonite. Les gardiens m'ont dit après qu'ils pensaient que j'allais mourir.»
En 1999, Youri Bandajevsky, médecin chercheur installé à Gomel, dans ce quart oriental de la Biélorussie contaminé par les retombées de la catastrophe de Tchernobyl, est arrêté. Motif : il aurait perçu des pots-de-vin d'étudiants en échange de leur réussite aux examens. Non seulement l'accusation ne colle pas à sa réputation de savant intègre, mais lors de son procès, en 2001, aucune preuve ne sera présentée. Le principal témoin se récuse tandis que l'OSCE (l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) relève plusieurs illégalités dans la procédure. «C'est un prisonnier politique», déclare sans ambages l'ambassadeur de France à Minsk, Stéphane Chmelewsky, qui n'a pas ménagé son soutien au chercheur, comme ses prédécesseurs. «Nous considérons qu'il a été victime d'une machination, car les travaux qu'il réalisait sur Tchernobyl étaient inquiétants pour le gouvernement.» Outre ses recherches iconoclastes sur la contamination des populations (lire ci-dessous), ses prises de position sur la mauvaise utilisation des fonds publics consacrés à la gestion de la catastrophe de Tchernobyl sont assurément la cause de ses ennuis.
La transformation de la peine de prison en relégation, une disposition prévue par le Code pénal biélorusse, a été accueillie comme un immense soulagement par Youri, sa femme et leurs deux filles Olga et Natalia âgées de 25 et 16 ans. «A ma sortie de prison, j'étais plein d'énergie, je me sentais fort.» «Son teint a changé», confirme Galina. Cependant, «depuis un mois, j'ai des douleurs aux jambes, des vertiges». Le chef de la colonie lui a dit d'aller se soigner à Minsk. Mais, exemple de ces situations kafkaïennes que le régime du président Loukachenko s'ingénie à créer : trois médecins ont refusé de prendre en charge Bandajevksy, privé de passeport. L'un d'eux ne lui a pas caché qu'il craignait pour sa carrière.
En relégation, Youri Bandajevsky occupe une isba dans un kolkhoze (la collectivisation des terres est encore d'actualité en Biélorussie) où il est le seul condamné. La colonie proprement dite est à plusieurs kilomètres, sur une ancienne base de missiles soviétiques. Il reçoit du courrier, de façon irrégulière. «En trois ans de prison, j'ai reçu 50 000 lettres, raconte Youri, dont 15 000 des États-Unis. En les lisant, souvent, je pleurais. Aujourd'hui, on m'envoie des travaux scientifiques. Mais le courrier est filtré. Ce n'est pas par hasard. Ils savent qu'à mes yeux, les livres et les informations ont plus de valeur que la nourriture.»
Il n'empêche que le condamné doit tout de même penser aux nourritures terrestres. Or le relégué travaille gratuitement on lui a attribué un poste de gardien de nuit pas trop contraignant mais il doit payer nourriture et logement. Il n'a pas d'eau. Il doit aller s'approvisionner au puits. Et les toilettes sont à cinquante mètres de la maison. Les conditions spartiates sont encore acceptables en ce début octobre «sur les rives du Niemen, l'endroit est magnifique, concède le condamné, je suis né dans cette région» mais l'hiver continental approche. Galina lui a acheté des bouteilles de gaz et un réchaud.
Les visites de la famille ne sont pas limitées. Mais Galina doit travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Elle a été embauchée par l'Institut Belrad, le seul laboratoire indépendant consacré aux retombées de Tchernobyl.
Le Pr. Bandajevsky n'a qu'une envie. Reprendre ses travaux. Il a toujours vécu pour la science, depuis ses années de thèse, où, jeune marié au début des années 1980, il élevait dans l'appartement familial un millier de rats pour des travaux de toxicologie. En prison, s'amuse-t-il, «j'ai inventé un test pour distinguer différentes variétés de thé. J'ai observé la croissance et la reproduction des vers de terre qui vivaient dans des pots de fleur, que je nourrissais avec du thé. Des collègues académiciens m'ont dit que je devrais publier. Disons que ça a de la valeur pour montrer qu'on peut faire de la recherche en condition d'isolement. Ça m'a aidé à survivre.» Le Dr Bandajevsky a aussi rédigé un manuel de survie à destination de ses codétenus, où il mêle conseils nutritionnels et notions de méditation apprises dans des livres lus en prison.
Si Youri Bandajevsky était libéré, aujourd'hui, il quitterait vraisemblablement la Biélorussie. «Ce pays est une cage. Je ne m'intéresse pas à la politique, mais je ne peux pas travailler ici ni exprimer mes pensées scientifiques. Et puis toute ma famille a souffert.» Le regard mêlé de force et d'amertume, il lâche : «On m'a exclu du monde civilisé.»
(1) Une équipe d'Arte l'a également rencontré à Minsk. «Arte reportage», demain soir, 13 octobre, 21 h 45.
Minsk, le 5 juin 2004
NARODNAYA VOLIA ("La volonté du peuple")
Comme l'annonçait hier " La Volonté du peuple ", Youri Bandajevski, l'éminent scientifique travaillant dans le domaine de la médecine radiologique, docteur, professeur et ancien recteur de l'Institut de médecine de Gomel, membre de plusieurs académies, citoyen d'honneur de villes françaises, a été transféré de la prison au lieu de sa relégation.
Sa femme Galina fut la première à lui rendre visite dans ce nouveau lieu au milieu d'un bois de pins. Les journalistes suivirent poussés par la curiosité de voir un homme si populaire à l'étranger et considéré comme hors la loi dans son propre pays .
Pourquoi n'aime-t-on pas les innovateurs de talent dans notre pays ? Pourquoi met-on en prison ceux qui disent la vérité sur les conséquences de Tchernobyl ? Pourquoi cherche-t-on à compromettre les jeunes organisateurs dans le domaine de la médecine ?
Ayant passé trois ans et demi en prison sur les huit ans de détention de sa peine, Youri Bandajevski a dorénavant droit aux visites. Il peut sortir par les grilles du poste de contrôle et bavarder avec ses visiteurs debout dans la pinède. Tous ceux qui souhaitent le voir peuvent se rendre à la Colonie de reclassement par le travail N°26 dans la région de Diatlovo près du village de Gezgaly et demander à l'homme de garde d'aller chercher le professeur. Nous verrons venir à nous un homme qui ne ressemble pas du tout à ses photos d'il y a trois ans publiées par les journaux au moment du procès en 2001 . Aujourd'hui ce n'est plus un homme perdu ni écrasé, mais un homme qui respire la dignité et le calme.
Son discours avare d'émotions mais fort précis laisse deviner une intelligence exceptionnelle. Il a continué à travailler dans sa cellule quelles qu'aient été les difficultés, pour donner de l'entraînement à son cerveau. Il a rédigé un système pour survivre dans les conditions extrêmes, destiné au large public, et des ouvrages consacrés aux pathologies génétiques et à la régulation immunitaire, destinés aux spécialistes. L'amour de la réflexion et de la science a été son salut. Son cerveau entraîné à la recherche (en 1988 Bandajevski devient le plus jeune des docteurs ès sciences en URSS) ne pouvait pas s'arrêter de fonctionner dans la prison, il réclamait de l'exercice et des résultats.
Pendant ces années Youri Bandajevski un homme déjà mûr a remis en question son ancien point de vue sur la vie, la mentalité des gens et la religion. Ce qui arrive à la Biélorussie est le résultat des traditions soviétiques plus profondément enracinées ici qu'ailleurs. L'ancien système étreint et ne veut pas lâcher la jeune génération. La misère et l'envie écrasent à tel point la population que, pendant les années de prison, Bandajevsky n'a ressenti, on peut dire, aucun soutien de la part de ses concitoyens. Par contre le flux de lettres en provenance de l'étranger ne tarissait pas : près de 15000 lettres par an ! Il en a amassé en tout plus de trois cents kilos. Les lettres des adultes étaient pleines de bonnes paroles, celles des enfants pleines d'images. Le soutien des habitants de France, d'Allemagne, d'Irlande, de Belgique, de Hollande et d'autres pays a permis à Bandajevski de survivre. Pour un homme qui a subi de telles épreuves, la foi en Dieu n'est pas un vain mot mais un sentiment réel et profond.
En octobre dernier, Youri Bandajevski a subi une opération d'appendicite grave qui a failli lui coûter la vie. Mais les médecins de l'Hôpital républicain où l'on traite les détenus ont fait l'impossible pour qu'il vive. Quatre jours après l'opération Bandajevski s'est forcé à se mettre debout et à marcher. Il multipliait chaque jour les exercices et l'entraînement physique. Aujourd'hui c'est un homme fort qui se tient bien droit aux muscles entraînés, avec un tour de biceps de 45 cm.
Il a parlé pendant presque une heure de sa vie, jugeant des processus sociaux du pays, et toute sa personne irradiait l'assurance de soi, la certitude d'avoir choisi la voie juste.
Ludmila Griaznova
05 .06.2004
N.B.
La journaliste autrice de cet article est une ex-députée
du Parlement biélorusse de la 13-me convocation, que Loukachenko
a dissous en arrivant au pouvoir et a remplacé par une
assemblée à sa botte. Griaznova est une active opposante
au régime, elle a été arrêtée
plusieurs fois au cours de démonstrations et réunions
politiques et a été emprisonnée pendant de
courtes périodes allant d'une semaine à 2 mois.
Il y a un an, elle a publié un important article sur les
travaux scientifiques du professeur Bandajevsky. Peu de jours
après, elle a été emprisonnée pendant
15 jours.
Le mot "volia" signifie en russe à la fois volonté et liberté. "Narodnaya volia" est un journal d'opposition encore publié au Belarus.
L'article a été écrit
la véille de l'installation de Bandajevsky dans une maison
louée dans le village de Peskovtsy au bord du Niémen,
à 30 km de la colonie, avec liberté d'organiser
son temps et son travail scientifique.
5 juin 2004
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
e-mail : s.m.fernex@wanadoo.fr
Les "Nouvelles de prison" sont terminées. Ces nouvelles "Nouvelles" changent de ton et de perspective. Depuis le samedi 29 mai, Youri Bandajevsky se trouve en relégation au centre ouest du Belarus, dans une ex-base militaire de lancement de fusées, située dans un territoire non contaminé par la radioactivité, à mi-chemin entre Minsk et Grodno. Son adresse actuelle est :
231318 Grodnenskaya oblast
Lidski rayon
PESKOVTSY
ul. Oktiabrskaya, 2
Valiuk for Bandazhevsky Y.I.
BELARUS
Suivant la loi, Youri Bandajevsky devra y rester jusqu'à la liberté conditionnelle, fin décembre 2004. Il ne peut pas quitter le territoire administré par la colonie, mais il peut recevoir les visites de l'étranger, parler à des journalistes. Il arrive que cette colonie propose une libération anticipée.
Moins d'un mois s'est écoulé depuis la diffusion des "Nouvelles de prison" n.27 (7 mai 2004), qui décrivaient les contorsions du régime de Loukachenko pour justifier le déni du droit à la relégation de Bandajevsky (forme de détention de type ouvert), et qui publiaient son démenti formel aux assertions du gouvernement sur le prétendu suivi médical dont il aurait fait l'objet en prison, qu'il a adressé à la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies.
Le 5 mai dernier, guéri de ses espoirs
illusoires, Bandajevsky avait dit à sa femme : "Je
n'attends plus rien d'eux. Je continuerai mon travail. Ils ne
peuvent plus rien contre moi. Je suis déterminé
à porter ma croix jusqu'au bout. Je ne me trahirai ni ne
m'humilierai devant eux. " Quand Galina lui a parlé
de l'Europe et du Comité des Droits de l'Homme, dont nous
attendions les actions et des résultats, il lui a répondu
qu'il n'y mettait pas un grand espoir. Maintenant, le chapitre
prison est clos.
L'action convergente de son avocat, de la Présidence de
l'Union Européenne, de l'Assemblée parlementaire
du Conseil de l'Europe (APCE), de l'OSCE, des ambassadeurs européens
à Minsk et des appels de l'opinion publique indignée
ont sorti l'effet, modeste à vrai dire, de faire respecter
par les autorités du Belarus leurs propres lois, en accordant
au prisonnier cette forme de peine plus légère.
Changements et problèmes matériels
La Colonie Rééducative de Relégation ("Ispravitelnaia Kolonia Posélénia") de Gezgaly se trouve à 220 km à l'ouest de Minsk. Le transfert des détenus de différentes prisons s'est effectué pendant la nuit du vendredi au samedi dans le plus pur style soviétique. Les prisonniers avec les menottes aux poignets étaient escortés par de militaires armés et des chiens. Pendant les haltes, leurs sacs étaient jetés sur la route, les soldats les ouvraient, éparpillaient les affaires avec leurs bottes et ordonnaient ensuite de les ranger. Cette scène humiliante s'est répétée à trois reprises dans la nuit. Par contre, l'accueil sur le territoire de la colonie fut un retour dans la civilisation : l'officier qui les a reçus humainement était sans armes ni chiens. Après les tensions nocturnes, le noeud à la gorge s'est desserré par quelques larmes.
En relégation, les détenus sont entièrement à la charge de la famille. On ne les nourrit pas, même pas avec la tambouille indigeste des prisons, ce qui ne change pas grand chose pour Bandajevsky. Galina est allée là-bas mardi dernier, accompagnée par le frère de Nesterenko, Vladimir, avec douze sacs, colis et paquets de victuailles et d'affaires. Au début, elle a trouvé Youri désorienté par la nouvelle situation de "liberté", comme un animal traqué qui ne trouvait pas sa place. Au bout d'une heure de conversation avec elle, il s'est recentré. Il l'a priée de nous transmettre à tous un énorme merci de l'avoir soutenu au cors de ces années et finalement libéré.
Le climat humain, très différent comparé aux rigidités de la prison, semble justifier cette sensation de libération, qui lui donne le vertige. Galina a parlé avec le directeur de la colonie (elle n'a pas retenu son nom de famille, seulement Vassili Vassilievitch). Cet homme ressemble plus à un clinicien qu'à un directeur de prison. Sa tâche consiste à réhabiliter les détenus pour un retour à la vie normale. Jugeant que la personnalité et les capacités de Youri ne sont pas exploitées au mieux dans les travaux de bûcheron, ni adaptées à une cohabitation avec les détenus de droit commun, il a proposé d'emblée de lui trouver une maison à louer dans un village voisin, pour qu'il puisse s'y organiser pour travailler à sa science et recevoir des personnes de sa famille ou des amis, pour ne pas vivre complètement seul. Dernières nouvelle du 5 juin : Solution rapide et inespérée, Youri habite depuis le 4 juin dans une maison louée dans le village de Peskovtsy au bord du Niémen, à 30 km de la colonie. Le Directeur de la colonie a accompagné Youri, Wladimir Nesterenko (frère de Vassili) et Sasha Slesar (frère de Galina) pour trouver la maison. Il a confié Youri à la Présidente du Conseil de village, Valentina Tadeuchevna, et au président du kolkhoze, Viktor Genrikhovitch, qui l'emploiera formellement comme gardien, avec liberté d'organiser son temps et son travail scientifique. Belrad lui fournira un vieil ordinateur. Le problème du téléphone est en cours de règlement. Cette installation est entièrement aux frais de note association.
Galina a sa fille adolescente, Natacha, et son travail à Belrad : elle ne peut pas quitter Minsk en permanence. Son frère, Sacha (Alexandre), sa fille Olga, Vladimir, le frère de Nesterenko sont d'accord de venir habiter à tour de rôle avec Youri. Ce lien, ces distractions de personnes de leurs activités professionnelles, les transports fréquents entre Minsk et le village impliquent des coûts, pour lesquels nous devrons trouver une continuité de financements complémentaires. Nous avons demandé un décompte mensuel des dépenses engagées, que nous avons promis de couvrir avec votre aide.
Cet équipement minimum, une ligne téléphonique,
un ordinateur, Internet, permettra à Youri Bandajevsky
d'entrer librement dans le réseau de la science internationale.
Dans son commentaire aux informations que le gouvernement a fait
parvenir à la Commission des Droits de l'Homme à
Genève, Bandajevsky a écrit le 5 mai dernier : "Ce
n'est qu'après la visite que des membres du Parlement européen
me firent, que des changements survinrent dans mes conditions
de détention et qu'on me fournit un ordinateur destiné
à la recherche scientifique. Je dois souligner que
cet ordinateur, je ne pouvais l'utiliser qu'en guise de machine
à écrire. La direction de la colonie avait interdit
de transmettre sur disquettes des informations scientifiques aussi
bien dans le sens de la prison que dans l'autre, d'autant plus
de me servir d'Internet ou de la poste électronique. Peut-on
parler de recherche scientifique dans ces conditions?"
Les droits et les devoirs de la science
L'infamie de la violence et de l'humiliation infligées
au scientifique Bandazhevsky, qui mériterait estime et
soutien de l'état au lieu du goulag, exige une réparation
complète. Nous espérons que le Comité des
Droits de l'Homme des Nations Unies saura rétablir la justice
dans le domaine de sa compétence. La communauté
scientifique devra se faire un point d'honneur d'accueillir dignement
un des siens, injustement persécuté, membre de cinq
Académies et décoré de cinq Prix internationaux.
Dignement, c'est à dire dans un dialogue scientifique sérieux.
Dans son pays Bandazhevsky devra se faire restituer son honneur,
sa chaire et ses instruments de recherche, qu'il avait mis au
service de la population menacée d'un véritable
génocide suite à la catastrophe de Tchernobyl. Génocide
provoqué et couvert par le lobby de l'industrie nucléaire.
A l'Institut de médecine de Gomel, dont il était recteur de 1990 jusqu'à son arrestation illégale en juillet 1999, Bandajevsky et son équipe de collaborateurs ont décrit des "processus pathologiques interdépendants au niveau du cur, du foie, des reins, des glandes endocrines, et du système immunitaire." Toutes ces lésions engendrées par un processus pathologique semblable, ces chercheurs l'ont appelé "syndrome des radionucléides de longue période incorporés". C'est le résultat d'une investigation rigoureuse de l'état de santé de milliers d'adultes et d'enfants, habitant dans les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl, effectuée par toutes les unités de recherche de l'institut. Pendant 9 ans, 25 chaires ont travaillé sur la même thématique suivant trois directions de recherche : clinique, expérimentale sur animaux de laboratoire et anatomopathologique. Le jour de son arrestation, l'Institut de Gomel avait 200 enseignants, 300 employés auxiliaires et 1500 étudiants. Cet instrument de recherche unique au monde, car situé dans une situation expérimentale unique au monde, a été détruit. Le nouveau recteur-bureaucrate a abandonné ce programme, en déclarant que ce programme n'était pas digne d'un établissement d'enseignement supérieur.
Interview du Professeur Michel Fernex, professeur émérite à la Faculté de médecine de l'Université de Bâle, et de Solange Fernex, députée honoraire du Parlement européen et co-présidente de la section française de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et Liberté (WILPF) :
Question : Connaissiez-vous l'Institut du Professeur Bandajevsky ?
Professeur Michel Fernex : "En automne 1998, j'ai visité l'Institut de Médecine de Gomel. Le niveau de cette Faculté de Médecine m'a beaucoup impressionné . Les échanges avec quelques enseignants m'a montré l'étendue de leurs connaissances sur les conséquences de Tchernobyl sur la santé. Les étudiants participaient très activement aux cours.
Il s'agit de travaux d'une importance exceptionnelleBandajevsky a décrit en particulier la "cardiomyopathie du Césium" (Cs137) : troubles cardiaques chez le petit enfant, mais aussi chez l'adolescent et l'adulte, avec atteinte dégénérative du muscle cardiaque. Il s'agit d'une insuffisance cardiaque progressive, avec troubles du rythme, d'une maladie irréversible à partir d'une certaine durée d'intoxication par le Cs137. La mort subite peut survenir à tous les âges, même chez l'enfant
Cette cardiomyopathie portera un jour le nom de "Maladie de Bandajevsky", car c'est lui qui, avec l'aide des physiciens de l'Institut de Radioprotection "Belrad" a démontré la corrélation constante entre un taux élevé de Cs137 dans l'organisme et les troubles fonctionnels du coeur.
A l'autopsie de ces malades, il a mesuré le taux de Cs137 / kg de coeur et décrit les altérations morphologiques caractéristiques des cardiomyopathies : dégénérescence des fibres cardiaques en l'absence d'infiltrats cellulaires importants ou d'inflammation, en l'absence aussi d'oblitération coronarienne."
Question : Bandajevsky souhaitait-il donner son nom à cette maladie ?
Professeur Michel Fernex :
"Non. Bandajevsky a une vue plus globale. Pour lui, le Cs137
provoque une maladie métabolique généralisée
avec atteinte de tous les organes, même du cerveau.
Parmi les organes qu'il a étudiés, ce sont les glandes
endocrines, la thyroïde, la surrénale et le pancréas
qui accumulent le plus de Cs137. Le coeur et la rate (système
immunitaire) viennent en 2e et 3e position. Chez la femme enceinte,
c'est le placenta qui fixe l'essentiel du césium, protégeant
ainsi l'enfant à naître. Malheureusement, le placenta
souffre de cette concentration de Cs137. Il en r