L'ex-prisonnier "politique" de Tchernobyl

Professeur Youri Bandazhevsky

Rappel: Le Pr. Bandazhevsky recteur de l'Institut de médecine de Gomel avait été arrêté en juillet 1999 sur une accusation de soi-disant pots de vin qu'il aurait reçus pour favoriser l'inscription d'étudiants à l'institut qu 'il dirigeait. Les chefs d'accusation sont fallacieux et ressemblent aux machinations de l'époque soviétique qu'on croyait révolue. En réalité il semble bien que les poursuites du gouvernement de M. Loukachenko contre Yuri Bandazhevsky sont liées à ses activités scientifiques qui mettent en évidence les graves conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl dont les effets sont toujours visibles aujourd'hui et vont en croissant. De plus, il a publié un rapport critiquant radicalement la façon dont certains scientifiques et le Ministre de la santé du Belarus ont utilisé les fonds alloués aux études médicales sur les conséquences de Tchernobyl. C'est probablement la cause principale de son arrestation.
Démis de ses fonctions il a été maintenu en prison dans des conditions très sévères (isolement, maladie) pendant plus de 5 mois et libéré fin décembre 1999 (en attente de son procès) grâce à une rapide réaction internationale. Il a été déclaré comme "prisonnier de conscience potentiel" par Amnesty International. Depuis l'an dernier il a été astreint d'abord à rester à Minsk puis en Belarus (il n'a pas pu venir à Paris recevoir le prix que lui a décerné l'association internationale des médecins pour la prévention des guerres nucléaires). Grâce au Pr. Nesterenko qui dirige l'institut indépendant BELRAD il a pu continuer ses travaux et rédiger des monographies extrêmement importantes sur l'effet sur l'organisme de la contamination interne par le césium 137 chez les enfants, en particulier sur le système cardiovasculaire. Son procès qui a débuté en février 2001 au tribunal militaire de Gomel a montré les faiblesses de l'accusation, mais le 18 juin 2001 le Pr. Yuri Bandazhevsky a été condamné à 8 ans de réclusion (travaux pénibles, isolement, pas de livres, 3 visites par an de la famille).
[Voir la video en Realvideo]
Le verdict est un coup terrible, non seulement pour lui et sa famille, mais pour tous ceux qui veulent connaître les conséquences réelles de la catastrophe de Tchernobyl sur la santé des enfants vivant au Bélarus dans les zones contaminées par les radionucléides. N'oublions pas qu'un accident nucléaire grave est possible partout et aussi chez nous!
Entre autres pathologies, le Pr. Bandazhevsky a montré qu'une charge corporelle en césium 137, même relativement faible avec les critères habituels utilisés en radioprotection, pouvait conduire à des dysfonctionnements importants du système cardiovasculaire des enfants et pour certains enfants il s'agit d'une pathologie irréversible, comme s'ils étaient atteints d'un vieillissement prématuré.
C'est parce que le Pr. Bandazhevsky est " gênant "  pour les autorités de radioprotection non seulement du Bélarus mais aussi pour les autres pays nucléarisés qu'il est ainsi attaqué et qu'il risque sa santé et sa vie.


Voeux du professeur Youri Bandazhevsky

CRIIRAD
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Tél : + 33 (0)4 75 41 82 50
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Professeur Youri Bandazhevsky 

Minsk, le 29 décembre 2005
 
Aux collaborateurs de la CRIIRAD,


                Chers  amis, chers collègues!
 
            Il m'est personnellement très agréable de vous souhaiter un bon nouvel an pour l'année qui arrive. Tout le meilleur   qui a eu lieu cette année dans ma vie vous est lié. Cette année vous avez commencé le travail immense de créer le laboratoire «CRIIRAD & Bandazhevsky» dans la République du Belarus. Il nous donnera la possibilité de continuer les études scientifiques du problème de l'influence des polluants radioactif sur l'organisme. L'objectif est de comprendre les maladies apparues après la catastrophe de Tchernobyl.
 
           Vous avez payé l'amende que m'a infligée la cour suprême. Ceci a beaucoup facilité mon existence actuelle. Vous avez traduit en langue française mon projet de  livre «la Philosophie de ma vie» et   passé un contrat pour son édition. Et le plus agréable pour moi cette année est d'avoir était embauché à la CRIIRAD. Je suis devenu un des vôtres. 
  
         Au seuil de la nouvelle année qui arrive, je veux vous saluer, et vous dire des mots de reconnaissance. Vous avez cru en la véracité de mon travail scientifique, et dans l'importance et la nécessité du travail, que je faisais, lorsque j'étais le recteur de l'institut de médecine de Gomel, travail auquel je reste toujours fidèle.
 
        Je vous souhaite une bonne santé, du bonheur, des joies et de la chance, dans votre combat noble, ainsi que dans toutes vos nouvelles initiatives et vos projets. Que l'an prochain vous ayez des nouveaux succès dans votre travail et que tous vos désirs soient exaucés.
 
         J'adresse également tous mes voeux de bonheur pour 2006 aux cofondateurs du laboratoire "CRIIRAD & Bandazhevsky", à ceux qui ce sont mobilisés pour payer l'amende que m'a infligée le tribunal, ainsi qu'à tous ceux  qui m'ont soutenu dans les épreuves que j'ai traversées.
 
        Avec tout mon respect  et toute mon amitié,
 
        Votre Iury Bandazhevsky.
 

 Pour devenir co-fondateur du laboratoire "CRIIRAD & Bandazhevsky"


CRIIRAD
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Contact presse : Romain Chazel
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Le professeur Youri Bandazhevsky vient d'être libéré

6 août 2005 - Comme elle le fait régulièrement depuis plusieurs mois, la Criirad a téléphoné à l'épouse du professeur Youri Bandazhevsky, le docteur Galina Bandazhevskaya à Minsk ce matin. A notre grande surprise, c'est le professeur Bandazhevsky qui a répondu :
"Je suis libre depuis hier soir, c'est une grande nouvelle, vous êtes les premiers à le savoir, même ma femme n'est pas au courant car elle est absente en ce moment. Je veux que vous soyez les premiers à l'annoncer au monde entier et à tous ceux qui m'ont soutenu. Merci, merci, merci, nos chemins sont liés pour la construction du laboratoire Criirad-Bandazhevsky à Minsk. La recherche scientifique, c'est ma vie, ensemble, nous la continuerons".

Le professeur Youri Bandazhevsky était en relégation depuis fin Mai 2004 après avoir purgé plusieurs années de prison. Il n'a pas encore l'autorisation de voyager, il est important pour lui de retrouver ses moyens de recherches sur les effets pathologiques des incorporations chroniques de produits radioactifs et d'installer un laboratoire biomédical au Belarus, pays le plus touché par les retombées de Tchernobyl.

Il est resté en prison parce qu'il n'a pas voulu céder dans son combat pour la vérité scientifique sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, nous avons la chance qu'il ait survécu, à nous de bâtir avec lui le laboratoire CRIIRAD-Bandazhevsky cf. www.criirad.org

Une information plus détaillée avec notamment les premières réactions du professeur Bandazhevsky sera diffusée Dimanche ou Lundi par la CRIIRAD.

Contact presse : Romain Chazel
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Interview du Professeur Youri Bandajevsky (Réalisée par la CRIIRAD le 5 août 2005)

 

 


CRIIRAD
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Contact : Romain Chazel : 06.88.94.73.07

Bonjour,

Dans le cadre des échanges quotidiens que nous avons avec le professeur Youri Bandazhevsky, celui-ci nous a appris aujourd'hui 6 mai 2005, que son avocat venait de lui apprendre qu'il bénéficierait d'une amnistie de un an.

Il pourrait donc être libéré plus rapidement que prévu. Une commission va se réunir d'ici quelques jours, ou quelques semaines pour statuer sur ce qu'il va faire pendant les 6 mois de peine qui lui restent à effectuer (rappel : la peine devait expirer début 2007).

Cela faisait maintenant plusieurs jours que le professeur Bandazhevsky et ses proches attendaient cette nouvelle.

Nous vous tiendrons informés, dès que que nous en saurons plus.

Rappel : Nous appelons tous le monde à se mobiliser en urgence pour que le professeur Youri Bandazhevsky puisse retrouver ses moyens de recherche en dirigeant le laboratoire "CRIIRAD - Bandazhevsky".

Vous pouvez devenir co-fondateurs de ce laboratoire : www.criirad.org




Wladimir Tchertkoff
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
e-mail : s.m.fernex@wanadoo.fr

La recherche scientifique en relégation
Situation de Youri Bandajevsky à Peskovtsy
Avril 2005

Avec les hauts et les bas psychologiques de tout un chacun, la moral de Youri Bandajevsky est excellent. Le soutien international, qui s'élargit de plus en plus dans la société civile et dans les institutions publiques les plus proches des citoyens, l'a sauvé du découragement, le protège contre l'hostilité de ceux qui voudraient le faire plier, et lui donne l'espoir de pouvoir reprendre dans un proche avenir son travail de chercheur, qui est le sens de sa vie. C'est en résumé ce qu'il m'a dit tout à l'heure au téléphone, en me priant de transmettre son "immense" gratitude et son amitié aux homme et aux femmes qui, à un certain moment, ont réellement pensé à lui et ont fait le geste de soutien qui le protège. Il promet de ne pas les trahir, car ce serait se trahir lui-même. Personne ne se sauve seul.
 
Le moral est excellent, mais la santé de Youri Bandajevsky est sérieusement compromise. Ceux qui l'ont soumis à la torture morale et physique depuis 1999 en portent l'entière responsabilité, aggravée par les raisons qui les ont guidés et les guident : l'empêcher de porter à la connaissance du monde ce qu'il a observé et décrit en 9 ans de recherches scientifiques rigoureuses; de discuter avec ses pairs les mécanismes biologiques qui expliquent la catastrophe sanitaire chez les populations biélorusses atteintes par la contamination interne de radioactivité à faibles doses, suite à l'explosion de la centrale de Tchernobyl.
 
Le diagnostic de la santé de Bandajevsky reste le même et, en l'absence d'un suivi clinique régulier, il ne s'améliore pas avec le temps. En automne, à Minsk on lui a découvert une métaplasie focale de la muqueuse de l´intestin et de l´estomac considérée comme une maladie précancéreuse. Selon les données des statistiques dans le domaine médical cette maladie se transforme rapidement en cancer de l´estomac si elle n´est pas convenablement traitée et suivie par les médecins. Ce mal suppose qu´il faut procéder une fois tous les trois mois à une fibro-gastroscopie diagnostique de l´estomac avec biopsie de la muqueuse, à des consultations chez l´oncologiste et le gastroentérologue. Bandajevski est actuellement traité par des ferments de remplacement sans lesquels sa nourriture n´est ni digérée, ni absorbée.
 
En outre, Youri Bandajevsky aurait besoin d'un diagnostic sérieux dans une clinique spécialisée pour la question des tendons et des ligaments. En novembre 2004 il a été opéré pour rupture du tendon du biceps de l´épaule gauche sans que l´on ait pu déterminer la cause de la détérioration des ligaments. La lésion de l´appareil ligamentaire se manifeste également à hauteur des articulations tibio-tarsiennes. La marche est entravée et douloureuse. Selon le traumatologiste ce processus peut conduire à l´atrophie et à la rupture des tendons même lors d´un effort physique insignifiant. Ces altérations pathologiques dans l´organisme sont dues à un trouble du métabolisme mais pour pouvoir traiter correctement ce mal et aider réellement le malade il faut commencer par en déterminer la cause. Cependant Bandajevski ne dispose pas de cette possibilité aujourd´hui. Seule une commission médicale après un examen approfondi pourrait définir la gravité de son état.
 
Galina Bandajevskaya a exposé tout cela au ministre de l'Intérieur Naumov, qui lui a fait répondre par le directeur du département d'exécution des peines, Kovtchour, que si Bandajevsky veut se faire soigner il n'a qu'à se faire hospitaliser à l'hôpital de la prison. Bandajevsky n'accepte pas le contrôle médical dépendant du contrôle policier.
 
Comme n'importe qui, Bandajevsky est sensible et réactif à la violence subie et à la provocation. Dans ses conditions, la répercussion sur la santé est directe et difficilement évitable. Même s'il a la perception lucide du contexte, il n'a pas la distance suffisante pour atténuer le coup. Car la pression des sbires continue sur lui périodiquement dans l'espoir d'obtenir finalement une "confession", qui les justifierait. On l'inquiète, on le tourmente et on le provoque de multiples façons. Dernièrement on l'a convoqué à la direction du camp pour lui intimer brutalement et avec des menaces (retourner dans le camp) l'ordre d'écrire une lettre, par laquelle il renoncerait définitivement et complètement à l'assistance de l'avocat Garri Pogoniailo, dirigeant du Comité Helsinki de Minsk et détesté par Loukachenko. Bandajevsky a resisté dans une dure confrontation et n'a accepté de signer que sur l'inutilité de recevoir en ce moment une visite de Pogoniailo dans son lieu de relégation. Mais il a maintenu que Pogoniailo continue à le représenter auprès du Comité des Droits de l'Homme à Genève, où une plainte est déposée. Suite à ce conflit Bandajevsky a eu de fortes douleurs au coeur et dans le dos : reflet neurologique (radiculite) sur l'altération dystrophique des disques de la colonne vertebrale.
 
Bien qu'en relégation les détenus aient le droit de recevoir des visites, on rappelle continuellement à Bandajevsky et aux visiteurs qu'il est un reclus. Au début de mars, un réalisateur documentariste de télévision, en mission au Bélarus pour "TV5", a rempli toutes les conditions et a obtenu l'autorisation de rencontrer Bandajevsky avec son équipe de tournage. Arrivés à peu distance du village de Peskovtsy, les visiteurs ont été bloqués par un coup de téléphone, qui annulait l'autorisation.

C´est dans ce contexte que la visite des ambassadeurs rompt pour un moment  cet isolement.

Visite de l´Ambassadeur de France Stéphane Chmelewsky et de l´Ambassadeur d´Allemagne Martin Hecker au professeur Bandajevsky
Le 22 mars 2005, l´Ambassadeur de France en République de Biélorussie Stéphane Chmelewsky et l´Ambassadeur d´Allemagne en République de Biélorussie Martin Hecker, accompagnés de leurs épouses respectives, ont rendu visite au professeur Youri Bandajevski qui se trouve actuellement dans le village de Peskovtsy, lieu de sa relégation qu´il ne pourra quitter avant d´avoir purgé la totalité de sa peine. Les deux Ambassadeurs en ont profité pour rencontrer le même jour la mère du professeur Bandajevsky, âgée de 79 ans, qui séjourne également à Peskovtsy.
 
Au cours de cette visite, les Ambassadeurs ont discuté avec le professeur Bandajevsky de ses problèmes de santé et notamment de l´actuelle insuffisance de l´assistance médicale dont il est victime.
 

Ils ont par ailleurs souligné l´attention et le soutien croissants de la part de la France et de l´Allemagne à son endroit, exprimant le souhait de voir les autorités biélorusses annuler dans les plus brefs délais la condamnation à l´encontre du professeur Bandajevsky ou du moins de modifier celle-ci de telle sorte que le professeur puisse bénéficier d´une assistance médicale aussi efficace qu´elle peut l´être à l´étranger. Enfin, ils ont insisté sur l´idée de lui permettre de poursuivre ses recherches scientifiques.
La visite des deux Ambassadeurs a eu lieu à la demande de leurs gouvernements respectifs. Les publics français et allemand suivent avec une grande attention le sort de Youri Bandajevsky, ainsi que la manière rendant possible ses recherches ultérieures sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl.
Une photo de Youri et des deux ambassadeurs est sur le site de l´ambassade: www.ambafrance-by.org/article-imprim.php3?id_article=592 

 

Colloque et projets scientifiques
            Au cours d´un Colloque international, les 1er et 2 avril, organisé par la CRIIRAD sur la prévention des risques (Contaminations radioactives et protection des populations : les enseignements de Tchernobyl) et sous l´égide du Conseil Régional de la Région Rhône Alpes, les recherches des Bandajevsky sur les faibles doses ont été exposées en particulier par Galina Bandajevskaïa et par le Pr. Nesterenko. Le Pr. Lazjuk et le docteur Baverstock (l´épidémie de cancers de la thyroïde) et le Pr. Goncharova (génétique et cytologie - le résultat des observations conduites sur les animaux et les êtres humains), ont présenté leurs travaux sur les conséquences médicales de l'accident de Tchernobyl.
Les Pr. Okeanov (l´augmentation des cancers chez les victimes de Tchernobyl - liquidateurs et populations) et Titov (les effets des rayonnements sur le système immunitaire des enfants) étaient également invités. Dirigeants d'instituts d'État du Belarus, ils n'ont pas été autorisés par le minisre de la Santé de leur pays à venir à ce colloque international.

Projet d´un laboratoire Bandazhevsky-CRIIRAD à Minsk
 

Mardi 5 avril 2005  a eu lieu dans les locaux de la CRIIRAD à Valence, la signature d´un contrat de travail entre le docteur Galina Bandazhevskaya, médecin pédiatre et cardiologue, épouse du Professeur Youri Bandazhevsky (BELARUS) et la CRIIRAD représentée par son président Roland Desbordes (FRANCE)
« L'objectif est de permettre la poursuite des recherches du professeur Youri Bandazhevsky sur les effets sanitaires des incorporations chroniques de produits radioactifs (en particulier les effets du césium 137 sur la santé des enfants). Cette question est en effet cruciale. Au Belarus, en Ukraine et en Russie, des millions de personnes vivent aujourd´hui encore dans les zones contaminées
par Tchernobyl et sont contraintes de s'alimenter avec des denrées contaminées. »
« Le coeur du projet " Bandazhevsky-CRIIRAD " est l'installation, à Minsk, d'un laboratoire de recherches bio-médicales, qui sera constitué sur les mêmes principes d'indépendance et de transparence que le laboratoire de radioécologie que la CRIIRAD a installé en 1986 à Valence. Il sera dirigé par le docteur Galina Bandazhevskaya en attendant la libération du Pr. Youri Bandazhevsky. »
Pour le financement de ce projet s´adresser à la CRIIRAD


Soutien Financier à Youri Bandazhevsky:

 
           Enfin, les frais de relégation de Youri (location de l´isba, nourriture, voyages de la famille etc.) - qui s´élèvent à 550 euros par mois - restent assurés par l´ONG : « Enfants de Tchernobyl Belarus », c'est à dire par vos dons (c/o M. et S. Fernex, 68480 - Biederthal, en mentionnant au dos « Fonds Bandajevsky »), déductibles des impôts .
Pour toute information : s.m.fernex@wanadoo.fr  

 

 Projet de création d'un laboratoire CRIIRAD - Bandajevsky

LYON (1 avril 2005) - La CRIIRAD va créer un laboratoire de recherche biomédicale à Minsk afin de poursuivre les travaux du spécialiste de médecine nucléaire Iouri Bandajevski condamné à huit ans de réclusion au Bélarus pour avoir notamment critiqué la gestion de l'après Tchernobyl, a-t-on appris vendredi auprès du président de la CRIIRAD.
L'épouse du Pr Iouri Bandajevski, Galina Bandajevskaïa, devrait être nommée directrice de ce laboratoire privé, a indiqué Roland Desbordes, en marge d'un colloque international sur la prévention des risques nucléaires, à Charbonnières (Rhône). Laboratoire privé créé après l'accident de la centrale ukrainienne de Tchernobyl le 26 avril 1986, la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) a organisé ce colloque qui se tient au siège du conseil régional Rhône-Alpes, vendredi et samedi. "Nous souhaitons faire connaître et publier les travaux du Pr Bandajevski", actuellement assigné à résidence, qui devrait rejoindre le laboratoire "dès qu'il sera libre", a ajouté M. Desbordes, précisant qu'il n'avait pas encore demandé les autorisations aux autorités biélorusses. Lors du colloque de vendredi, Mme Bandajevskaïa a présenté les travaux de son époux sur les relations entre les problèmes cardiaques et le taux de contamination en césium 137 des enfants vivant encore en zone contaminée, près de Gomel, dans le sud du Bélarus, non loin de Tchernobyl. Ancien recteur de l'institut de médecine de Gomel, Iouri Bandajevski est considéré par Amnesty International comme un prisonnier d'opinion. Il a été arrêté fin 1999 et condamné en juin 2001 pour "corruption" à huit ans de détention en camp. Il a notamment accusé le pouvoir de son pays d'irresponsabilité dans la gestion des retombées de la catastrophe de Tchernobyl sur la santé des populations et d'en cacher la véritable ampleur.

 

Le Monde, 17/03/2005 : 

Le "savant de Tchernobyl" toujours... privé de liberté

Un paradoxe majeur du débat scientifique sur les conséquences de Tchernobyl est qu'un de ses principaux protagonistes est privé de liberté. Les travaux du professeur Iouri Bandajevski l'ont conduit à proposer l'hypothèse que les faibles doses radioactives peuvent entraîner des pathologies non cancéreuses. Cette interrogation renouvelle le paradigme dominant sur les conséquences de la contamination radioactive. Mais M. Bandajevski est toujours en relégation (ou résidence surveillée) à Peskovtsi, à l'est de Minsk, après avoir été emprisonné quatre ans (Le Monde du 24 juin 2003).
Cette situation, qui révolte de nombreuses associations de droits de l'homme, vient d'être dénoncée par le Réseau international des droits de l'homme des académies et sociétés savantes. Dans une lettre datée du 8 mars, le Réseau, dont François Jacob (Prix Nobel 1965) et Claude Cohen-Tannoudji (Prix Nobel 1997) font partie du Comité exécutif, appelle les académies à écrire au président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, pour "demander respectueusement que le professeur Bandajevski soit libéré rapidement".
Le texte précise que le chercheur est "considéré par la communauté scientifique internationale comme un prisonnier de conscience qui a passé la majeure partie de sa carrière à aider les victimes biélorusses du désastre de Tchernobyl". L'analyse du procès d'Iouri Bandajevski en juin 2001 fait apparaître qu'il "a été arrêté pour sa critique ouverte des politiques du gouvernement biélorusse à l'égard des conséquences sanitaires du désastre de Tchernobyl sur la population locale".
De son côté, le Parlement européen a demandé le 10 mars "la libération immédiate et sans conditions" des "opposants politiques" au "dictateur" Loukachenko. Les eurodéputés demandent également "la libération immédiate" de M. Bandajevski.
Celui-ci, après avoir purgé trois ans de prison, a été envoyé dans une colonie de relégation en mai 2004. Son état de santé s'est fortement dégradé. Il a dû être opéré plusieurs fois pendant l'hiver. Le 31 janvier, la liberté conditionnelle, à laquelle il avait en principe droit, lui a été refusée.

Hervé Kempf



Le Monde, 17/02/2005 : 

Retour à Tchernobyl

Nous nous réjouissons de votre victoire, M. Viktor Iouchtchenko, et n'oublions pas votre déclaration, le 7 décembre 2004, alors que vous n'étiez que candidat à la présidence de l'Ukraine : "Personne n'étouffera la liberté de notre Ukraine." Une question cependant : cette liberté pourra-t-elle s'exprimer dans tous les domaines, même dans celui, si controversé, des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, et alors que vos voisins russe et biélorusse ont étouffé, voire interdit toute recherche scientifique autour de cette catastrophe ? Nous le savons pour nous être occupés du sort du professeur Youri Bandajevsky, médecin et scientifique biélorusse, accusé sans preuve de corruption et condamné à 8 ans de prison en juin 2001. Il est d'ailleurs toujours en "relégation", privé de liberté et de ses droits civiques. En 1999, il avait critiqué la politique de santé de son gouvernement et rendu publiques ses recherches sur les méfaits du césium 137 sur la santé des populations. Au travers de cette affaire, nous avons découvert des réalités insoupçonnées, et notamment un accord signé le 28 mai 1959 entre l'OMS et l'AIEA (WHA 12.40), par lequel ces deux organismes de l'ONU ne peuvent rien entreprendre, ni dans leur programme ni dans leur activité, qui puisse nuire l'une à l'autre. Et les suites de la catastrophe de Tchernobyl donnent une lecture sans équivoque de cet accord : lorsque l'OMS organise à Genève, du 20 au 23 novembre 1995, une conférence internationale sur "Les conséquences de Tchernobyl et d'autres accidents radiologiques sur la santé" en présence de 700 médecins et experts, les actes de ce colloque ne seront jamais publiés, malgré les demandes réitérées des participants. Six mois plus tard, l'AIEA convoque, du 8 au 12 avril 1996, une autre conférence à Vienne, intitulée "Une décennie après Tchernobyl". C'est là qu'elle établit le bilan définitif de la catastrophe : 32 morts, 200 irradiés et 2 000 cancers de la thyroïde chez les enfants. Rien sur les maladies nouvelles dont souffrent les populations et en particulier les enfants, rien sur le sort des 800 000"liquidateurs" soviétiques envoyés sur la centrale pour éteindre l'incendie, couler un sarcophage, décontaminer alentour, etc. Faute de pouvoir assurer une protection efficace contre la radioactivité, les autorités soviétiques avaient choisi de répartir l'exposition en un nombre le plus large possible d'intervenants dont le temps d'intervention devait se compter, selon les risques, en minutes. Beaucoup ont reçu des doses d'irradiation dépassant les limites des compteurs censés les mesurer. Dans une autre conférence de l'OMS à Kiev (4-9 juin 2001), il fut demandé au docteur Nakajima - son directeur en 1995 - pourquoi les actes du colloque de novembre 1995, à Genève, n'avaient jamais été publiés. Sa réponse fut : "L'AIEA dépend du Conseil de sécurité de l'ONU et l'OMS du Conseil économique et social : en matière atomique, c'est l'AIEA qui a autorité." Dans cette même conférence de 2001, on a aussi vu s'affronter les experts internationaux de l'AIEA, de l'Unscaer et les chercheurs qui travaillent sur le terrain. Ces derniers n'ont eu aucun moyen de faire valoir les résultats de leurs travaux. "Seuls les chiffres en provenance des Etats peuvent être pris en compte", annonça le représentant du département des affaires humanitaires de l'ONU, pour ajouter aussitôt : "Aucun des Etats concernés, Russie, Biélorussie et Ukraine, ne nous envoie de chiffres !", et pour évaluer à 9 millions le nombre des victimes à long terme... Maintenant que vous êtes au pouvoir, M. Iouchtchenko, allez-vous lutter contre cette politique du secret et du mensonge et prendre la tête d'une "glasnost" sur la catastrophe de Tchernobyl et ses effets sur la santé ? Et, en premier lieu, rendre justice à ces "liquidateurs" qui ont sacrifié leur vie et leur santé, souvent celle de leur descendance, évitant ainsi que l'Europe devienne inhabitable par l'explosion thermonucléaire qui menaçait alors ? En plus du sort des "liquidateurs", comment prendre en compte celui des populations dans les zones contaminées et savoir de manière scientifique et incontestée ce qu'il en est de leur état de santé et de son évolution ? Allez-vous favoriser, dans votre pays, les études épidémiologiques ? Elles ont été stoppées en Biélorussie : avec la disparition de l'Institut d'Okeanov, qui tenait un registre des cancers depuis 1972, et avec l'abandon - juste après l'incarcération de Y. Bandajevsky - du programme d'étude de son institut portant sur l'effet sanitaire des faibles doses de césium 137 ingéré et incorporé. Un sujet de recherche devenu tabou et qui reste pourtant pertinent, puisque ce radionucléide ne perd la moitié de sa radioactivité qu'après trente ans.C'est en tant que citoyens d'Europe et du monde que nous nous sentons concernés par ce qui s'est passé depuis Tchernobyl. Nous ne sommes pas à l'abri d'une catastrophe similaire à l'Est comme à l'Ouest, et nous avons besoin de savoir quels sont les risques réels encourus. Mais, au-delà de la connaissance intéressée, il y a l'exigence éthique d'une vérité scientifique et historique, le refus de ce qu'on peut appeler un véritable "négationnisme", mis en oeuvre par des organismes internationaux qui sont censés donner la parole objective des experts, tant au niveau des risques - pour l'AIEA et l'Unscaer - qu'au niveau de la santé pour l'OMS. C'est contre ce déni du réel que nous vous demandons d'ouvrir un véritable chantier de la recherche scientifique où pourront trouver leur place des chercheurs d'une totale liberté de penser et dont l'éthique ne cède devant aucun pouvoir politique ou financier. "La vérité doit être entendue. Selon moi, là est la tâche principale des hommes qui ne sont pas indifférents au destin de l'humanité tout entière", disait Youri Bandajevsky du fond de sa prison. Puissiez-vous, en tant que président de l'Ukraine, vous inscrire parmi eux et faire ainsi une brèche dans le deuxième "sarcophage" de Tchernobyl, celui de la parole et de la recherche interdites.

Maryvonne David-Jougneau, docteur en sociologie, est responsable du comité Bandajevsky.

 


Wladimir Tchertkoff
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La recherche scientifique en relégation

En pleine illégalité, l'étau se resserre de nouveau autour de Youri Bandajevsky

Février 2005 - Les nouvelles de Youri sont glacées : -26°, la nuit dehors. L'eau gèle dans la chambre, le seau en plastique a claqué. Le vieux poële-four russe fume et ne chauffe pas. Il y a quatre jours, Youri a paniqué. Les sbires sont venus le réprimander sévèrement parce qu'il vit seul, sans personne de la famille avec lui. C'est le règlement, à la discrétion du directeur de la Colonie de Relégation. Beaucoup d'autres détenus vivent seuls, sans problèmes, comme il a vécu jusqu'à maintenant. Ils paissent les troupeaux, quand la saison le permet, s'occupent de travaux divers, deviennent des habitants intégrés dans les villages. Cette réprimande annonce peut-être la volonté de le faire retourner dans la colonie.

Galina a demandé à son père de venir passer une semaine avec lui. Il est venu avec la voiture chargée de bois de chauffage, a réparé le poële autant qu'il a pu en cette saison, mais a dit à Galina que le problème n'était pas là : toute la chaleur s'en va par le haut. Le plafond est fait de planches sans aucune isolation. On entend les rats se balader. Avec la quantité de bois qu'il a ramené, ils chauffent jour et nuit.

La semaine prochaine Galina remplacera son père. Après? Après on verra, il faudra trouver des volontaires. Le retour dans la colonie serait une catastrophe du point de vue hygiénique et sanitaire, dit Galina. A Minsk, où il s'est soigné d'octobre à fin décembre, on lui a découvert une métaplasie focale de la muqueuse de l'intestin et de l'estomac lors de nombreuses analyses histologiques d'échantillons de muqueuse d'estomac obtenus par biopsie. La métaplasie de la muqueuse de l'estomac est considérée comme une maladie précancéreuse. Selon les données des statistiques dans le domaine médical cette maladie se transforme rapidement en cancer de l'estomac si elle n'est pas convenablement traitée et suivie par les médecins. Ce mal suppose qu'il faut procéder une fois tous les trois mois à une fibro-gastroscopie diagnostique de l'estomac avec biopsie de la muqueuse, à des consultations chez l'oncologiste et le gastroentérologue. Bandajevski est actuellement traité par des ferments de remplacement sans lesquels sa nourriture n'est ni digérée, ni absorbée. En outre, Youri aurait besoin d'un diagnostic sérieux dans une clinique spécialisée pour la question des tendons et des ligaments. Deux ans dans la colonie, à 6-8 détenus dans une chambre, c'est le risque de l'invalidité.

Youri vient d'avoir un entretien du genre tendu avec le président du kolkhose, qui l'emploie, rentré de vacances. Cet homme a peur et n'est pas heureux d'avoir ce genre de client.
Pendant le week-end, Galina a écrit à Loukachenko et au Ministre de l'Intérieur, leur demandant de remettre de l'ordre dans les illégalités commises par leurs subordonnés; elle a rédigé la réponse au Comité des Droits de l'Homme de l'ONU et s'est adressée avec un appel à la presse occidentale. Tout cela fait sourire Youri, qui n'écrirait aucune de ces lettres. Il sait qu'il devra durer encore deux ans et s'organise pour résister dans sa tranchée. Il a demandé à Galina certains livres et des revues pour re-travailler entre autres choses ses conférences, celles du temps où il donnait des cours. Moralement, avec des hauts et des bas, il résiste bien. Mais Galina s'obstine, en me citant en russe le vieux proverbe latin gutta cavat lapidem non vis sed saepe cadenda (goutte à goutte la perre se creuse non par la force, mais par la fréquence de la chute). Il faut continuer, dit-elle. Je l'ai remerciée en lui disant que c'est ce que nous faisons depuis cinq ans et que nous continuerons.

La commission de la colonie de relégation, qui s'est réunie le 31 janvier pour refuser, sur ordre venu d'en haut, la liberté conditionnelle à Youri Bandajevsky, a caractérisé le détenu comme une personne franche et sincère et a jugé qu'il a démontré par son comportement d'être sur la voie de l'amendement. C'étaient les condition nécessaires et suffisantes, formellement requises par la loi, pour transmettre au tribunal la demande de liberté conditionnelle. Le refus s'est basé sur deux arguments illégitimes, car ils n'étaient pas du ressorte de cette commission : la non-reconnaissance de la culpabilité et le non-paiement de l'amende de 35 483 819 roubles. Seul un tribunal pouvait éventuellement se prévaloir de ces arguments. Éventuellement, car en principe ces conditions sont celles de la grâce présidentielle et non celles de la liberté conditionnelle, qui découle automatiquement des deux tiers de la peine purgée.

Le lendemain de la réunion, le 1er février, le directeur des prisons biélorusses, Kovtchour, a répondu à Galina, qui, le 20 janvier, sollicitait la liberté conditionnelle. Dans sa réponse il dit le contraire de ce qui est écrit dans le procès verbal de la commission, que Banajevsky a lu et signé: "Il a été décidé de refuser la soumission au tribunal de la demande de libération conditionnelle pour la raison que le détenu n'a pas suffisamment fait ses preuves dans les conditions du régime de la colonie de relégation pour que l'on puisse admettre qu'il se soit corrigé." Et pour justifier cette affirmation il ajoute un argument extravagant : "le 30 janvier 2005 [Bandajevsky] avait de fait purgé 4 mois en colonie de relégation." En réalité Bandajevsky, entré le 29 mai 2004 en relégation, avec 5 mois de retard sur son droit!, avait passé 7 mois à la colonie de Guesgaly. Kovtchour soustrait les 3 mois, que Bandajevsky a passés dans les hôpitaux de Minsk pour les analyses et pour l'opération à la demande même du Directeur de la Colonie Pénitentiaire. Cette soustraction est à la fois contraire à la loi, qui ne décompte pas le temps des soins de celui de la relégation, et rend illégitime la commission elle-même, réunie de ce fait avant terme. Kovtchour continue ses justifications, en affirmant "Cette décision, prise par l'administration de la colonie-relégation est légale et justifiée." - comme s'il en sentait lui-même la fragilité (car personne n'avait encore eu le temps de contester cette décision). Au total, en pleine illégalité, l'administration carcérale a volé de fait 8 mois de relative liberté à Bandajevky, qui lui revenait de droit. Leur propre loi ne leur suffit pas. Le ministre de l'Intérieur devrait y mettre de l'ordre.

En ce qui concerne la santé, dans sa réponse à Galina, Kovtchour la balaye du revers de la main : "Conformément à l'article 186 (point 6) du Code d'exécution pénale de la République du Bélarus, le détenu peut être libéré de l'exécution de sa peine pour raison de maladie grave. Or les maladies mentionnées dans sa fiche médicale ne peuvent servir de fondement pour lui appliquer l'article 92 du Code pénal de la RB ." Les ordres sont les ordres.

En réalité, l'état de santé de Bandajevsky reste inquiétant et requiert des soins appropriés et une surveillance particulière. Le 8 février, Galina, dans sa lettre au ministre de l'Intérieur, Naumov, le résume ainsi : " En novembre 2004 Youri Bandajevski a été opéré pour rupture du tendon du biceps de l'épaule gauche sans que l'on ait pu déterminer la cause de la détérioration des ligaments. La lésion de l'appareil ligamentaire se manifeste également à hauteur des articulations tibio-tarsiennes. La marche est entravée et douloureuse. Selon le traumatologiste ce processus peut conduire à l'atrophie et à la rupture des tendons même lors d'un effort physique insignifiant. Ces altérations pathologiques dans l'organisme sont dues à un trouble du métabolisme mais pour pouvoir traiter correctement ce mal et aider réellement le malade il faut commencer par en déterminer la cause. Cependant Bandajevski ne dispose pas de cette possibilité aujourd'hui. Seule une commission médicale après un examen approfondi pourrait définir la gravité de son état.".

1°) Face à cette situation nous pensons que la meilleure cible d'une action est le Ministre de l'Intérieur NAUMOV. C'est pourquoi nous proposons une avalanche de lettres individuelles à partir du texte ci-joint (Lettre à Naumov) élaboré par les associations qui l'ont cosigné. D'autres associations peuvent s'y ajouter. Vous pouvez aussi l'envoyer sans les logos des associations... Il suffit d'imprimer le texte, de compléter avec sa propre adresse, de signer et de l'expédier par la poste (O.75 cents).

2°) Parallèlement, Galina a fait un appel aux médias occidentaux, en joignant la lettre qu'elle a adressée au Président Loukachenko. Que chacun sollicite les médias qu'il lit pour demander qu'il y ait de l'information sur Bandajevsky, en leur envoyant les nouvelles de Relégation et le contenu de l'action que nous proposons. Si cela vient d'un peu partout, ils seront peut-être moins sourds

3°) Il serait bon de recontacter tous les politiques qui peuvent, en particulier par des questions au Parlement, relancer l'affaire de manière publique.


Appel
de Galina

Le même jour, Galina Bandajevskaïa se tourne vers les médias occidentaux pour dénoncer l'acharnement à l'égard de son mari, reconnu par Amnesty International et de nombreuses associations comme un "prisonnier d'opinion". Elle nous charge de faire parvenir aux médias occidentaux sa lettre au Président Loukachenko.

Moi, Galina Bandajevskaya, je m'adresse aux médias occidentaux pour les prier de publier la lettre que j'adresse au Président du Bélarus, Alexandre Loukachenko. Elle ne pourra lui parvenir qu'à travers la presse. Toutes les lettres que je lui ai adressées jusqu'à présent ne sont jamais arrivées jusqu'à lui. C'est la situation désespérée à laquelle a été acculé mon mari, le détenu Youri Bandajevszki, professeur en médecine, et toute notre famille, qui me contraint de m'adresser à vous. Ayant perdu tout espoir de voir triompher la justice et de pouvoir défendre mes droits dans mon pays, je vous prie de faire connaître à la communauté internationale les actes d'arbitraire perpétrés à notre égard.

Galina Bandajevskaya
Minsk, le 8 février 2005

 

Honoré Alexandre Grigoriévitch !

Voilà 5 ans que je m'adresse à vous personnellement au sujet de l'affaire de mon mari, Youri Ivanovitch Bandajevski, avec l'espoir de trouver en la personne du Président de mon pays un défenseur des droits de l'homme. Cependant votre administration ne m'a jamais fait l'hommage de pouvoir être entendue par vous, honoré Alexandre Grigoriévitch. J'aimerais croire que cette lettre sera lue par vous personnellement.

A la télévision je vous ai entendu admonester vos subordonnés, leur reprochant d'utiliser trop souvent votre nom comme un drapeau, comme une couverture lorsqu'il faut prendre des décisions. Aussi ai-je décidé de vous informer de la façon dont sont violés les droits de l'homme, garantis par la Constitution du Bélarus et dont, en tant que Président, vous êtes le garant, dans l'affaire de mon mari Y.Bandajevski.

Youri Ivanovitch Bandajevski a été arrêté par les forces de l'ordre le 13 juillet 1999. Sur mandat du Procureur général on lui a appliqué la mesure de détention préventive de 30 jours prévue par le Décret du Président de la République du Bélarus N°21 du 21 octobre 1997 " Des mesures d'urgence dans la lutte contre le terrorisme et autres crimes violents particulièrement dangereux ". Je voudrais souligner que Bandajevski Y.I. était soupçonné du délit prévu à l'article 430 ch.2 du Code pénal de la République du Bélarus : " Corruption passive ", ce dont témoigne l'acte d'accusation. Ce délit n'a rien à voir ni avec le terrorisme ni avec tout autre crime violent et particulièrement dangereux.

La détention préventive de 30 jours prévue par le Décret N°21 du Président de la République du Bélarus n'a jamais été appliquée, que je sache, dans des affaires de corruption.

En appliquant illégalement le Décret N°21 à Bandajevski Y.I., l'organe chargé de l'enquête l'a sciemment privé de son droit à la défense. La maison d'arrêt spécialisée de la ville de Gomel où Bandajevski est resté en garde à vue du 13 juillet 1999 au 04 août 1999 n'est pas prévue pour y garder les prévenus. La cellule de garde à vue n'avait pas de lit, il fallait dormir par terre, il n'y avait aucun droit de visite ni pour la famille, ni pour l'avocat.

Voici le tout dernier exemple des actes arbitraires commis à l'égard de Bandajesvski. Le 16 décembre 2004 l'Etat avait répondu au Comité des Droits de l'Homme à Genève : " Conformément à l'article 90 du Code pénal de la RB, après le 6 janvier 2005 l'administration de l'établissement pénitentiaire est tenue d'examiner la question de la possibilité d'adresser au tribunal une requête demandant l'application à Youri Bandajevski de la libération conditionnelle. La décision définitive concernant la libération conditionnelle est du ressort du tribunal ".

La Commission de la colonie-relégation N°26 s'est réunie le 31 janvier 2005 et a examiné la question de la possibilité d'accorder la libération conditionnelle au détenu Bandajevski. " Il a été décidé de refuser la soumission au tribunal de la demande de libération conditionnelle pour la raison que le détenu n'a pas suffisamment fait ses preuves dans les conditions du régime de la colonie de relégation pour que l'on puisse admettre qu'il se soit amendé (le 30 janvier 2005 il n'a
de fait purgé que 4 mois en colonie de relégation,et il n'a pas la moindre intention de rembourser le dommage de 35 483 819 roubles qui lui a été imputé) "

Le texte montre bien que la commission justifie en premier lieu son refus de soumettre la requête de libération conditionnelle au tribunal par le fait que le détenu n'a pas purgé entièrement sa peine car au 31 janvier 2005 il n'avait passé que 4 mois en relégation au lieu de 7. Le détenu Y.Bandajevski s'est effectivement trouvé pendant 3 mois en dehors de la colonie avec l'accord et sous le contrôle permanent du directeur de la colonie Koliada V.V. car il a du subir une opération chirurgicale puis un traitement à Minsk où sa famille a son domicile permanent. La Commission en déduit que le détenu n'a pas suffisamment montré qu'il s'était amendé dans les conditions de la colonie-relégation. Ce refus va non seulement à l'encontre des lois de la Constitution et du Code civile de la République du Bélarus mais à l'encontre de l'humanité la plus élémentaire.

Il est dit à l'article 90 du Code civile de la RB : après que le détenu aura purgé de fait les deux-tiers de sa peine, la colonie-relégation est en droit de requérir auprès du tribunal l'adoucissement de sa peine. Si l'administration de la colonie-relégation N°26 considérait que Bandajevski n'avait pas purgé de fait le temps de peine prévu, elle n'avait pas à réunir la Commission. Il s'avèrerait donc qu'elle aurait réuni la Commission avant terme sciemment, en violant l'ar.90 du code, dans le seul but de pouvoir justifier son refus.

Si on se réfère au Code pénal, on voit clairement que cet argument de la Commission est un faux argument car le temps passé par le détenu hors de la colonie pour raison de traitement en hôpital est compté dans son temps de peine.

La colonie a présenté à la Commission une attestation du détenu Bandajevski qu'on lui a fait lire personnellement. L'attestation dit que Bandajevski avance fermement dans la bonne voie de l'amendement et se distingue par une grande sincérité. Où est donc la vérité ? La direction de la colonie-relégation explique sa façon d'agir par votre réponse à la demande de grâce du condamné Bandajevski. Pourquoi n'est-ce pas le tribunal qui décide en dernier ressort ? Tous doivent être égaux devant la loi. L'article 90 du Code civil de la RB a été appliqué à nombre de détenus, en particulier à Ravkov V.N., condamné dans la même affaire que Bandajevski. Avec Ravkov la loi a été strictement appliquée mais lorsqu'il s'agit de l'affaire Bandajevski, on se couvre toujours du nom du Président.

Honoré Alexandre Grigoriévitch, je vous prie en tant que garant de la Constitution et Président de notre pays chargé de contrôler l'application des lois, de décider en toute justice de la libération conditionnelle de mon mari. Lorsque vous déciderez du sort du professeur Youri Bandajevski, je vous prie de prendre en compte son très mauvais état de santé (deux opérations chirurgicale en 2003 et 2004, ulcère à l'estomac, gastrite atrophique chronique avec métaplasie de la muqueuse de l'estomac).

Veuillez croire ....
Galina Bandajevskaya
08.02.2005

Tous ceux qui le soutiennent s'accordent sur ce point : c'est en tant que scientifique et pour le contenu de ses recherches que Youri Bandajevsky a été mis en prison, de manière illégitime et illégale. Le procès, avec ses irrégularités, a permis de le mettre hors de la communauté scientifique, en jetant à la fois le soupçon sur l'homme et en détruisant la plus grande partie de ses données scientifiques. C'est pourquoi nous devons tout faire pour l'aider à réintégrer cette communauté scientifique, et en particulier obtenir qu'il ait une totale liberté de circulation dès la fin de sa relégation. Seule, une mobilisation des scientifiques au niveau international, jointe à celle des politiques et des citoyens pourra nous permettre d'atteindre ces nouveaux objectifs.

NB. Une précédente lettre au Ministre Naumov a été adressée a certains destinataires. Elle a été modifiée, suite aux nouvelles informations parvenues entre-temps.

 


Janvier 2004

Youri Bandazhevsky, le prisonnier personnel du Président

A quand la fin de la relégation ?

Le 6 janvier 2004, Youri avait droit de quitter la prison pour aller en relégation. Nous avons déjà raconté les hésitations des autorités à l'époque entre une colonie pénitentiaire où sa santé, voire sa vie, pouvait être en danger et le maintien en prison. (Cf les Nouvelles de prison des 21.03.04 et 7.05.04) L'action de ses avocats et la mobilisation du soutien international avec en particulier l'envoi de 30.000 cartes à l'Ambassade de Biélorussie en France demandant l'application de la loi, s'est traduite par une troisième solution : Youri Bandajevsky, le 28 Mai 2004 est parti en relégation dans le village Peskovtsi où il a été bien traité. Compte tenu d'une dégradation brusque de sa santé en automne (Nouvelles de relégation de décembre), le directeur de la colonie pénitentiaire l'a envoyé à Minsk afin d'être soigné et opéré. Il y est resté jusqu'à la fin de l'année. Aujourd'hui, la crise aiguë, qui a déterminé son transfert momentané à Minsk, est surmontée. Il est toujours sous cure médicamenteuse. Son état de santé actuel demande un suivi médical et paramédical, en particulier de la kinésithérapie du bras opéré, dont les mouvements sont incomplets et douloureux. En février un test sur la présence de l'hélicobacter, une fibrogastroscopie et une biopsie devront vérifier l'état de l'estomac et des intestins.

Cependant, le 4 janvier 2005, Youri Bandajevsky a dû rejoindre le village Peskovtsi, dans la maison assignée par la colonie de relégation. La maison inhabitée est humide en cette saison. Le vieux poêle fissuré fume plus qu'autre chose. Pour sécher les murs qui suintent et chasser l'odeur de moisi, un bon fourneau électrique devrait être allumé nuit et jour. Mais l'électricité coûte cher. C'est l'hiver. Les toilettes, une cabine en bois, et le puits pour l'eau sont dehors, entre 150 et 200 mètres. En principe et selon la loi, deux jours après ce retour en détention, le 6 janvier Bandajevsky devait légalement jouir de la liberté conditionnelle. Mais ...

Les difficultés recommencent...

Le 10 janvier, Galina raconte :
"J'ai eu aujourd'hui la ferme conviction que les organes chargés du respect des lois font tout pour retarder au possible le moment de présenter au tribunal le dossier de Youri pour alléger sa peine. Je vois que j'ai besoin d'aide et que je n'arriverai jamais à percer ce mur toute seule. Vous savez que le 6 janvier de cette année est la date à laquelle selon la loi Youri a droit à la liberté conditionnelle. Mais ils recommencent à jouer au chat et à la souris. Le Comité d'exécution des peines (___) répond que ces questions ne sont pas de son ressort, que tout dépend du chef de la colonie rééducative de relégation ___-26 (IKP-26). Le chef affirme lui qu'il attend les consignes d'en haut. Il m'a déclaré aujourd'hui qu'ils ont besoin de papiers complémentaires (mon autorisation d'enregistrer Youri à mon adresse à Minsk, l'original de sa fiche médicale) . Pour l'enregistrement j'avais proposé au chef de la relégation V.V.Koliada de lui donner cette autorisation le 04.01.05 lorsque j'ai accompagné Youri à Peskovtsi. Il m'avait répondu que ces choses-là se faisaient par l'intermédiaire de la milice de Minsk et qu'ils allaient eux-mêmes leur envoyer une demande (le 04.01). Lundi (le 10.01) j'ai téléphoné à la milice et je leur ai demandé s'ils avaient reçu une demande de la colonie. Ils m'ont répondu que non. Peut-être que cela tient aux fêtes de fin d'année ? Pour ce qui est de sa fiche médicale liée aux soins ambulatoires qu'il a reçus, je ne comprends pas non plus. Nous leur avons fourni au fur et à mesure tous les originaux des analyses et des certificats médicaux. Pourquoi se les procurer de nouveau ?

"On m'a fait savoir de l'OSCE qu'eux aussi s'étaient intéressés auprès du Comité d'exécution des peines au sujet de la décision judiciaire à propos de Youri. On leur a répondu que cette question n'était pas de leur ressort. Que toutes ces questions sont l'affaire de la colonie de relégation, c'est leur travail, ils sont payés pour ça. Aujourd'hui (10.01) j'ai téléphoné à l'OSCE et je les ai prié d'essayer de savoir pourquoi on ignorait toujours les lois lorsqu'il s'agissait de Bandajesvski. Lorsqu'il s'était agi de Ravkov (le vice-recteur de l'Institut de Gomel), condamné à la même peine, tout s'était déroulé strictement dans le cadre de la loi. Il y a un an on le mit en liberté conditionnelle malgré le fait qu'il n'avait pas remboursé la somme que le tribunal lui avait adjugée. Avec nous les complications s'accumulent toujours. Maintenant la colonie de relégation ___-26 justifie son impossibilité à appliquer la liberté conditionnelle à son cas par le fait que le Président à répondu à la demande de grâce de Youri que ce dernier devait reconnaître sa culpabilité et compenser le dommage qu'il avait fait subir à l'Etat. A l'heure actuelle ce papier du Président fait peur à tous ses subordonnés, qui attendent qu'on décide pour eux et craignent de tomber en disgrâce aux yeux du chef d'Etat. L'avocat Pogoniailo avait bien raison d'affirmer que Youri était le prisonnier personnel du Président pour qui les lois n'existaient pas et qui déciderait lui-même quand et comment libérer le détenu Bandajevski. C'est bien pour cela qu'ils font traîner les choses en longueur."

Galina me dit que le climat général s'est durci au Belarus. Arrestations et condamnations se succèdent sans arrêt parmi des personnages publics, hommes d'affaires, opposants. Une peur généralisée règne dans le pays. Il y a une semaine, l'ex-ambassadeur en Lettonie, Marinitch, arrêté il y a huit mois, a été condamné à 5 ans de prison. Les gens ont peur de leur ombre.

Comité des Droits de l'Homme de l'ONU

Le ping-pong légal continue sur un autre plan. Avant-hier, mercredi 12 janvier, Galina a reçu une lettre du Comité des Droits de l'Homme de l'ONU (Genève), accompagnant une nouvelle réponse du Parquet biélorusse, sur 3 pages, aux dernières objections de l'avocat Pogoniailo (12 mars 2004). Ces objections répondaient aux justifications des organes de répression d'avoir emprisonné le scientifique sur la base du décret de Loukachenko "Des mesures urgentes dans la lutte contre le terrorisme et autres crimes violents". Bandajevsky a deux mois pour adresser à l'ONU ses observations sur cette lettre. La missive biélorusse termine par le paragraphe suivant : "Conformément à l'art.90 du Code pénal biélorusse, à expiration des deux tiers de la peine de détention, c'est à dire dès le 6 janvier 2005, l'administration de la colonie de rééducation est tenue d'examiner dans le délai d'un mois la possibilité d'une requête au tribunal, demandant l'application de la liberté conditionnelle à Youri Bandajevsky. La décision définitive (positive ou négative) de la libération conditionnelle de la peine est prise par le tribunal. En cas d'une décision négative, une seconde requête est possible au bout de 6 mois."

Le jour même, Galina a écrit au directeur du Comité d'exécution des peines, V.A.Kovtchour, et au directeur de la Colonie de rééducation, V.V.Koliada, en citant ce paragraphe et en demandant : "Compte tenu de l'état de santé actel de mon mari, Youri Bandajevsky, en présence d'une maladie pré-cancéreuse de l'estomac (gastrite atrophisante chronique avec foyer de métaplasie de l'intestin, ulcère peptique), qui nécessite des cures régulières et un suivi médical oncologique, je vous prie d'accélerer la présentation de la requête au tribunal pour sa libération conditionnelle. J'espère qu'en conformité avec la loi, vous prendrez la juste décision et ferez preuve d'humanité envers ce scientifique."

Ce matin, Galina a téléphoné au directeur de la colonie en lui lisant le paragraphe de l'article 90 du Code pénal. Celui-ci lui a répondu : "Je vous comprends. Avant la fin du mois, nous réunirons la commission et présenterons le dossier au tribunal. Mais ils ne savent pas ce qu'ils écrivent. Nous ferons de manière à favoriser sa libération de la colonie de relégation. Nous ne demanderons pas la liberté conditionnelle, car elle sera refusée. Nous demanderons l'assignation aux travaux de rééducation." Ces travaux servent à compenser le dommage que le condamné aurait fait subir à l'État. Mais cette condition ainsi que le repentir, exigés pour l'obtention de la grâce, n'ont rien à voir avec la loi sur la liberté conditionnelle. M. Koliada, le directeur de la colonie, a poursuivi : "Comprenez bien que je ne suis pas seul à décider. Éventuellement, seul l'état de santé pourrait, peut-être, faire obtenir la liberté." Galina lui a demandé pourquoi Ravkov, qui a eu exactement la même condamnation dans le même procès, a bénéficié, sans la moindre hésitation, des droits prévus par la loi? Ravkov c'est Ravkov. Bandajevsky c'est Bandajevsky - fut le réponse.

Youri Bandajevsky est bien "le prisonnier personnel du Président", comme l'a défini l'avocat et vice-président du Groupe Helsinki de Minsk, Garri Pogoniailo. Galina s'est souvenue de la phrase de Konopliov. Ce vice-président du Parlement, qui faisait des visites d'ami à Bandajevsky en prison pour le convaincre de se repentir, l'a averti : "Si tu ne reconnais pas ta culpabilité, tu resteras en prison pendant toutes les années de la condamnation." Il s'agissait de détruire le respect de soi de Bandajevsky et sa crédibilité devant la communauté scientifique, pour l'empêcher de poursuivre sa recherche de la vérité sur les conséquences médicales de la catastrophe de Tchernobyl et de communiquer ses données au monde.

Dans la lettre, que l'avocat Pogoniailo avait envoyée le 26 avril 2004 au Comité des Droits de l'Homme pour protester contre le maintien illégal du détenu en prison, alors qu'il avait droit à la relégation, il est dit en conclusion : "Conformément à la loi, à partir de janvier 2005, la liberté conditionnelle peut être appliquée au condamné en présence d'une conduite exemplaire prouvant son amendement.

Les défenseurs des droits de l'homme et les parents de Y.Bandajevsky n'excluent pas que les autorités du Belarus le retiendront en détention pendant le maximum de temps consenti pour des motifs politiques. Le gouvernement, le Président Loukachenko critiquent précisément en ce moment les mesures prises précédemment, d'évacuer les habitants des territoires contaminés suite à la catastrophe de Tchernobyl et d'exclure les terres contaminées des travaux agricoles. Ils impriment un virage de 180 degrés à la politique sur ces questions, en encourageant le repeuplement des terres précédemment abandannées et leur récupération pour les besoins de l'agriculture.

Or, les recherches scientifiques du professeur Y.Bandajevsky montrent le grave danger des faibles doses de radioactivité pour la santé et de leur concentration dans l'organisme (en particulier par le césium137). Les conclusions du scientifique contredisent radicalement la politique du gouvernement, selon laquelle la population peut vivre dans les territoires contaminés par les radionucléides sans aucun préjudice pour la santé."

Comme nous l'avons fait lors des atermoiements pour la relégation, nous devons être de plus en plus nombreux à exiger avec force que la loi soit appliquée et que le professeur Bandajevsky soit libéré, pour la justice et pour la science. Quel que soit le moment où il sera mis en liberté conditionnelle, il est nécessaire, dès maintenant, de récolter les fonds pour lui permettre de mener à bien sa recherche... Voir l'appel financier ci-joint.

W.Tchertkoff
13 janvier 2005
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
s.m.fernex@wanadoo.fr

 

 

L'Yonne Républicaine, 27/12/2004 :

2500 euros pour soutenir Yuri Bandajevsky à l'initiative d'Amnesty

2501,40 euros pour être précis : tel est le montant du chèque remis par le groupe Auxerre-Joigny d'Amnesty International à l'association Les Enfants de Tchernobyl, afin de venir en aide à Yuri Bandajevsky.

Citoyen d'honneur d'Auxerre

Condamné en 2001 à huit ans d'emprisonnement pour avoir dénoncé les conséquences de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, ce médecin biélorusse, nommé citoyen d'honneur de la ville d'Auxerre l'an dernier, a été envoyé en camp de travail en juin dernier. Un premier pas en attendant sa libération conditionnelle ? Si rien n'est encore acquis, ses défenseurs espèrent une issue heureuse dans les tous prochains mois.
Présentation de films sur Tchernobyl en mars La section locale d'Amnesty - qui a adopté le scientifique comme prisonnier d'opinion - a pu réunir cette somme grâce à sa bourse aux livres organisée les 10 et 11 décembre derniers à Monoprix.
Cette action contribuera à améliorer le sort de Yuri Bandajevsky et de son épouse, elle-même médecin, qui vivent sans aucun moyen et peuvent heureusement compter sur le soutien de plusieurs groupes d'Amnesty et celui des Enfants de Tchernobyl.
Afin de sensibiliser le grand public, le groupe Auxerre-Joigny d'Amnesty - qui apporte chaque mois 50 euros de dons à l'association, basée dans le Bas-Rhin et fondée par le couple de scientifiques Michel et Solange Fernex - prévoit de présenter plusieurs films consacrés aux conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, en mars prochain à Auxerre, en présence du réalisateur.
L'intégralité des bénéfices de la bourse aux livres d'Amnesty a été reversée à Éliane Hadley, de l'association Les enfants de Tchernobyl.

 

 

Youri Bandajevsky Docteur Honoris Causa

 


"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
E-mail : s.m.fernex@wanadoo.fr

La recherche scientifique en relégation

Oublier Bandajevsky ?
Décembre 2004

Aujourd'hui, Youri Bandajevsky, prisonnier scientifique au Belarus, qui a accusé voici cinq ans le pouvoir de son pays d'irresponsabilité dans la gestion des retombées radioactives sur la santé des populations et de cacher la véritable ampleur de la catastrophe sanitaire causée par l'explosion de Tchernobyl, est isolé, miné dans sa santé, privé de dignité et de moyens d'existence.

Pour neutraliser cette source d'informations incontrôlable, les forces coalisées contre la révélation des vraies conséquences pour la santé des populations de la catastrophe nucléaire ont commencé par arracher Bandajevsky à son milieu naturel de chercheur scientifique et ont tenté de le faire plier par la calomnie, par la torture, par la prison. Il a résisté. Aujourd'hui, sa situation de paria sans droits dans le no man's land de la relégation peut s'avérer plus dangereuse que la prison : la direction était directement responsable de la santé du prisonnier. Bandajevsky n'est plus protégé par personne et, depuis l'été dernier, la répression du régime a pris une forme plus sournoise et plus dure.

Ce qui n'a pas marché il y a cinq ans, - l'élimination discrète du scientifique gênant dans les cachots de Loukachenko, - ses adversaires semblent vouloir l'obtenir aujourd'hui. Effacer, faire oublier Bandajevsky. L'opinion publique internationale a été rassurée par sa sortie de prison et par la gentillesse de la direction du camp de relégation, qui lui a permis de s'installer dans une maison abandonnée d'un village voisin. Mais le proscrit est toujours interdit, exclu de la société et du travail scientifique. Il est coupé du monde. Sauf un cas exceptionnel, on lui interdit de rencontrer des journalistes étrangers, en le menaçant de le renfermer dans le camp s'il n'obéit pas (seul Le Figaro a été autorisé en période pré-electorale biélorusse). La communauté scientifique internationale dans sa grande majorité reste indifférente à son sort et ne s'intéresse pas à ses recherches, les seules pourtant qui aient étudié de façon globale, - clinique, histologique et expérimentale, - les conséquences sanitaires de la plus grande catastrophe nucléaire de l'Histoire sur les lieux mêmes de l'accident. Des opérations ambiguës, ostensiblement généreuses d'aide aux populations contaminées, "occupent" subrepticement le terrain dans le cadre d'un Programme financé par l'Union Européenne (CORE). Elles recueillent des données (CEPN), s'occupent de mémoire et de patrimoines perdus ("Patrimoine sans frontières"), font de la sociologie (Lasar), promettent l'aide économique, mais pour rester finalement sourdes et aveugles devant la gravité sanitaire causée par la radioactivité, surtout chez les enfants, les victimes les plus vulnérables. Ce Programme refuse d'appliquer un moyen simple et peu coûteux pour protéger les centaines de milliers d'enfants malades et mourants dans les territoires contaminés du Belarus. L'ONG "Médecins du monde", qui sert d'alibi médical à l'opération CORE, déprécie et minimise l'intérêt et l'importance des travaux de Bandajevsky et ne reconnaît pas l'urgence de distribuer à grande échelle aux enfants contaminés les adsorbants prophylactiques à base de pectine préconisés par le professeur Nesterenko, sous le prétexte que les travaux de ce deux scientifiques n'ont pas été publiés dans des revues sérieuses. [Ce qui est faux depuis les publications sur "Cardinale" (Tome XV - n°8 - Octobre 2003) et sur Swiss Medical Weekly www.smw.ch (Vol 133, p 488; Vol 134, p 24; et dans le Volume sous presse : Bandajevskaya, Maladies cardiovasculaires des enfants liées à une surcharge en Cs-137)]. L'étude randomisée, double aveugle versus placebo, réalisée selon les normes occidentales (comité d'éthique, consentement informé, etc) et publiée dans Swiss Medical Weekly, montre en effet que les cures de pectine de pomme, prises aux repas pendant 3 semaines, parviennent à réduire de 2/3 la charge en Cs-137 accumulé dans l'organisme. Des mesures, réalisées par ailleurs par l'Institut Belrad de Nesterenko, ont montré qu'avec 3-4 cures dans l'année, on obtient une diminution de la charge en Cs-137 au dessous des limites que Bandajevsky considère comme cause de dommages tissulaires irréversibles, soit 30 Bq/kg de poids. Les mesures associées aux cures coûtent 110 euros par enfant et par an. 500 000 enfants du Bélarus en ont besoin. 80% des enfants du Belarus sont malades suite à la catastrophe de Tchernobyl. Les enfants malades n'étaient que 20% avant 1986 : données officielles du ministère de la santé. [Déclaration du Président de l'Académie des sciences du Belarus, en décembre 1999, confirmée par le Vice-ministre de la santé du Belarus à l'audition parlementaire sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, en avril 2000.]

Le plus inquiétant dans ce contexte d'isolement, de dénégation et de dénigrement systématique est que la santé de Youri Bandajevsky s'est soudain détériorée, après une période de force et d'euphorie à la sortie de prison. En trois semaines il a perdu 4 kilos, il a vieilli, la mère de Galina Bandajevskaya a dit au pire moment de sa crise que, si elle l'avait croisé dans la rue, elle ne l'aurait pas reconnu. Il se plaint de douleurs à l'estomac, au foie, aux reins, il a des problèmes inflammatoires (bursite solide) aux tendons d'Achille, une déchirure ligamentaire au biceps. Galina parle d'une brusque désagrégation de l'état de santé global de Youri. Est-ce la prison qui a ruiné sa santé? S'agit-il d'une infection inconnue?

Ayant perdu tous ses droits, n'ayant plus un domicile, Bandajevsky ne bénéficie de soins gratuits qu'au camp de relégation ou dans un dispensaire. Se rendant compte de son état, la direction du camp l'a bien autorisé d'aller se soigner à Minsk, mais à ses frais. Les soins, l'hospitalisation, les médicaments, les opérations, les narcoses coûtent cher, mais Bandajevsky n'a pas de travail. Ses pairs de la communauté scientifique ont peur de ce pestiféré : personne ne se risque à lui donne un travail rémunéré dans sa profession, où pourtant il est maître. Ni consultations, ni conférences, ni recherches évidemment, qui requièrent laboratoires et financements. Pire, trois grands professeurs consultés, ses collègues, ont refusé de voir ce malade et n'ont pas osé intervenir afin qu'il soit hospitalisé gratuitement pour se protéger eux-mêmes. Une grande peur règne dans le pays, m'ont dit les Bandajevsky hier. "Les amis ont peur, il ne faut pas les juger."

A Minsk Youri a consulté des spécialistes pour les tendons et pour la rupture du ligament au biceps du bras gauche, et il a été examiné au dispensaire, mais au bout de 7 jours, sans attendre les résultats de la biopsie du foie et de l'estomac on l'a fait hospitaliser pour soins immédiats. Le compte rendu des analyses du dispensaire parle, entre autres, d'hépatite chronique d'étiologie non précisée. Mais Bandajevsky n'avait pas d'hépatite avant son arrestation. Il a été opéré à l'épaule. L'opération s'est bien passée, son bras est sous plâtre pour 4 semaines, mais il a dû quitter l'hôpital avant le terme prescrit par les médecins par manque d'argent. On ignore la cause des déchirures ligamentaires répétées dont il souffre. Cette maladie qui a conduit Youri à sa dernière opération n'a pas de nom, pas de cause, pas d'étiologie reconnue. Les médecins ont dit qu'elle était très rare. Il est certain que l'incarcération prolongée a nui à la santé du prisonnier. Cet homme dans la force de l'âge a dû subir ces derniers mois des opérations importantes pour des maladies qui ne sont pas apparentées, semble-t-il. De très robuste, Youri est devenu un homme très fragile.

Cependant, il reste fort moralement, déterminé à suivre sa vocation jusqu'au bout. Par devoir et aussi par gratitude pour l'énorme soutien moral qu'il reçoit. Mal à l'aise de devoir "demander", de parasiter sur la générosité de personnes qui doivent elle-mêmes gagner leur pain, Youri souhaite ardemment pouvoir travailler. Aidé par Michel Fernex il soumettra prochainement aux collègues occidentaux un projet de recherche. Les protocoles ont trait à la teratologie (étude des anomalies et des monstruosités des êtres vivants) du Cs-137 chez le rat blanc et le hamster syrien. Il prévoit d'étudier également la protection de la gestation et du fétus par la pectine, en présence de Cs-137 incorporé. Ces travaux nécessiteront des financements, que nous devrons chercher.

Les frais d'hospitalisation, financés par notre association, en plus des 550 dollars que nous versons à la famille Bandajevsky mensuellement, son les suivants : 342 dollars : l'opération elle-même + bandes, seringues, gants, alcool, perfusion et solutions diverses = 150 dollars ; anesthésie, drogues, analgésiques = 50 dollars ; examens (analyse générale et biochimique du sang, ECG) = 50 dollars ; frais de séjour à l'hôpital (12 dol par jour) = 72 dol.

Merci à tous les amis pour leurs dons. Nous venons de recevoir, ce jour, d'un ami 500 euros!!!

"Enfants de Tchernobyl Belarus"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
Compte bancaire: 00029876060,
Crédit Mutuel, 68220 - Leymen, France
www.comite-bandajevsky.org

Lors de chaque conversation, Youri et Galina Bandajevsky, que j'ai appelés hier et aujourd'hui pour rédiger ces nouvelles, me prient de transmettre leur gratutude émue à tous leurs amis connus et inconnus, grâce auxquels leur vie, bien que dure et inquiète, n'est pas triste.

Wladimir Tchertkoff
Le 5 décembre 2004

P.S.
Toute dernière nouvelle, que je reçois ce matin par fax et qui confirme le durcissement du régime au Bélarus. L'article du journal russe "Komsomolskaya Pravda" informe sur la poursuite judiciaire contre Garri Pogoniailo, avocat, défenseur des droits de l'homme et vice-président du Comité Helsinki du Bélarus, qui a déposé la plainte au Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies pour violation des Articles 7, 9, 14, 17 et 19 du Pacte international sur les droits civiles et politiques, lors de l'arrestation du professeur Youri Bandajevsky. Cette plainte a été jugée recevable par le Comité des DH, qui devrait se prononcer au printemps 2005.

 

 

KOMSOMOLSKAYA
PRAVDA au Bélarus
2 décembre 2004

Garri Pogoniailo menacé de cinq ans de prison

Une instruction criminelle est ouverte contre l'avocat pour calomnie contre le président. Les juges ont trouvé des déclarations séditieuses dans une cassette vidéo confisquée à des journalistes suédois.

Le 18 août 2004, Garri Pogoniailo a donné une interview à la télévision suédoise, TV 4. "Les journalistes préparaient une émission sur le Bélarus, sur les hommes politiques biélorusses disparus. Nous avons parlé pendant environ une heure. Quelques jours plus tard, j'ai appris que les journalistes suédois ont été retenus à la frontière et que la cassette vidéo avec mon interview leur a été confisquée. Il semble qu'elle a été d'abord visionnée par le KGB, puis transmise au Parquet", - nous raconte Garri Pogoniailo.

Le 30 novembre, trois mois et demi après l'interview aux Suédois, Pogoniailo a été convoqué au Parquet de la ville de Minsk. On lui a remis l'acte de mise en accusation pour calomnie contre le président et d'autres hauts fonctionnaires. La condamnation peut aller jusqu'à cinq ans de prison. Pour le moment, aucune explication n'a été demandée à Pogoniailo. "J'ai l'intention de faire appel contre cet acte d'accusation à mon encontre. Oui, dans l'interview j'ai nommé les hauts fonctionnaires, qui sont impliqués, à mon avis, dans les disparitions politiques. S'ils n'ont rien à voir avec cela, pourquoi l'enquête sur la disparition de Gontchar, de Krassovsky et de Zavadsky n'est toujours pas terminée? Tant que cela n'est pas fait, les soupçons sur l'implication des hauts fonctionnaires dans ces crimes demeurent", - explique Pogoniailo.

En même temps, aujourd'hui 2 décembre, le leader du parti Union citoyenne, Anatoli Lebedko, a été convoqué au Parquet de l'arrondissement central de Minsk. Le motif était encore une fois les relations avec les journalistes étrangers. Le journal polonais "Gezéta vybortcha" a publié une interview avec Lebedko, dans laquelle l'homme politique raconte ce que Loukachenko a dit à la réunion consacrée au référendum.

En un mot, les censeurs biélorusses sont déjà arrivés aux éditions occidentales. Et nous ne sommes pas moins inquiets pour ceux qui viennent chez nous. Récemment, Adriane Sévérine, le délégué du Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies, n'a pas pu entrer au Bélarus.

Olga Antsipovitch


9/11/2004 :

Hospitalisation de Youri Bandajevski

Youri Bandajevski, un spécialiste de médecine nucléaire condamné à huit ans de réclusion au Belarus pour avoir notamment critiqué les autorités pour leur gestion l'après-Tchernobyl, a été hospitalisé mardi soir sans que l'on connaisse avec précision son état de santé, a annoncé son épouse à l'AFP. Selon Galina Bandajevskaïa, les médecins ont dans un premier temps diagnostiqué un ulcère, une gastrite et une hépatite, puis ils ont ordonné un examen de l'ensemble de son appareil digestif avant de se prononcer. Elle-même médecin, elle a insisté sur le fait que son mari n'avait pas d'hépatite.

 

Le Figaro, 12/10/2004 :

Bandajevsky, le relégué de Tchernobyl
Rencontre avec le savant biélorusse, condamné pour ses travaux dérangeants sur les effets sanitaires de la catastrophe de 1986

Minsk (Biélorussie) : de notre envoyé spécial Fabrice Nodé-Langlois
Pour la première fois depuis sa condamnation à huit ans de prison, le scientifique biélorusse Youri Bandajevsky s'exprime dans la presse internationale. Le Figaro l'a rencontré à Minsk. Accusé de corruption, il a été en réalité réduit au silence parce que ses prises de position et ses travaux iconoclastes sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl dans son pays dérangeaient le pouvoir.

Clin d'oeil au sort, c'est place de la Liberté, à Minsk, que se déroule la rencontre avec le prisonnier biélorusse le plus connu à l'étranger. Condamné à huit ans de prison en 2001 pour corruption, Youri Bandajevsky a bénéficié au printemps dernier, après trois années de détention (plus six mois de préventive en 1999), d'une mise en relégation. Il vit dans un kolkhoze, à l'ouest du pays, près de la frontière polonaise. Dans sa résidence surveillée près de Grodno, il a reçu quelques visites, dont celles d'une dizaine de diplomates occidentaux en juin.

Le Figaro avait reçu l'autorisation officielle de le rencontrer dans sa «colonie de relégation». Quatre jours avant le rendez-vous, le Pr. Bandajevsky reçoit l'ordre de prendre un congé, pour aller se faire soigner. C'est pourquoi le rendez-vous a finalement lieu dans la capitale, cadre jugé sans doute plus présentable par les autorités pour des interviews (1). Le séjour à Minsk du condamné se prolonge depuis plus de deux semaines.

En cette journée ensoleillée d'automne, Youri Bandajevsky est ravi et ému de cette première rencontre avec un journaliste étranger depuis sa condamnation. L'ancien directeur de l'Institut médical de Gomel, 47 ans, affiche une bonne mine. Galina, son épouse, indéfectible soutien pendant les moments difficiles de la détention, paraît beaucoup plus soucieuse. De temps à autre, le regard du chercheur balaie la salle : «L'australopithèque, assis au fond du café est un policier en train de nous surveiller.» Fausse alerte, semble-t-il, mais l'ambiance est donnée.

Sur ses trois années de cellule, Youri Bandajevsky ne souhaite pas s'étendre. «Il y avait tous les agréments de la prison... les gardiens pour rien au monde n'auraient voulu se trouver à ma place. Le plus dur, ça a été l'isolement. Et pourtant, pendant deux ans, j'étais en cellule dans le bloc médical avec un autre prisonnier, j'avais la télé, je pouvais écrire.» Une amélioration qu'il doit sans doute à la visite, au bout d'un an, de députés européens. Pour autant, la santé et le moral du prisonnier ont vacillé. «Il y a un an, j'ai été opéré d'une péritonite. Les gardiens m'ont dit après qu'ils pensaient que j'allais mourir.»

En 1999, Youri Bandajevsky, médecin chercheur installé à Gomel, dans ce quart oriental de la Biélorussie contaminé par les retombées de la catastrophe de Tchernobyl, est arrêté. Motif : il aurait perçu des pots-de-vin d'étudiants en échange de leur réussite aux examens. Non seulement l'accusation ne colle pas à sa réputation de savant intègre, mais lors de son procès, en 2001, aucune preuve ne sera présentée. Le principal témoin se récuse tandis que l'OSCE (l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) relève plusieurs illégalités dans la procédure. «C'est un prisonnier politique», déclare sans ambages l'ambassadeur de France à Minsk, Stéphane Chmelewsky, qui n'a pas ménagé son soutien au chercheur, comme ses prédécesseurs. «Nous considérons qu'il a été victime d'une machination, car les travaux qu'il réalisait sur Tchernobyl étaient inquiétants pour le gouvernement.» Outre ses recherches iconoclastes sur la contamination des populations (lire ci-dessous), ses prises de position sur la mauvaise utilisation des fonds publics consacrés à la gestion de la catastrophe de Tchernobyl sont assurément la cause de ses ennuis.

La transformation de la peine de prison en relégation, une disposition prévue par le Code pénal biélorusse, a été accueillie comme un immense soulagement par Youri, sa femme et leurs deux filles Olga et Natalia âgées de 25 et 16 ans. «A ma sortie de prison, j'étais plein d'énergie, je me sentais fort.» «Son teint a changé», confirme Galina. Cependant, «depuis un mois, j'ai des douleurs aux jambes, des vertiges». Le chef de la colonie lui a dit d'aller se soigner à Minsk. Mais, exemple de ces situations kafkaïennes que le régime du président Loukachenko s'ingénie à créer : trois médecins ont refusé de prendre en charge Bandajevksy, privé de passeport. L'un d'eux ne lui a pas caché qu'il craignait pour sa carrière.

En relégation, Youri Bandajevsky occupe une isba dans un kolkhoze (la collectivisation des terres est encore d'actualité en Biélorussie) où il est le seul condamné. La colonie proprement dite est à plusieurs kilomètres, sur une ancienne base de missiles soviétiques. Il reçoit du courrier, de façon irrégulière. «En trois ans de prison, j'ai reçu 50 000 lettres, raconte Youri, dont 15 000 des États-Unis. En les lisant, souvent, je pleurais. Aujourd'hui, on m'envoie des travaux scientifiques. Mais le courrier est filtré. Ce n'est pas par hasard. Ils savent qu'à mes yeux, les livres et les informations ont plus de valeur que la nourriture.»

Il n'empêche que le condamné doit tout de même penser aux nourritures terrestres. Or le relégué travaille gratuitement ­ on lui a attribué un poste de gardien de nuit pas trop contraignant ­ mais il doit payer nourriture et logement. Il n'a pas d'eau. Il doit aller s'approvisionner au puits. Et les toilettes sont à cinquante mètres de la maison. Les conditions spartiates sont encore acceptables en ce début octobre ­ «sur les rives du Niemen, l'endroit est magnifique, concède le condamné, je suis né dans cette région» ­ mais l'hiver continental approche. Galina lui a acheté des bouteilles de gaz et un réchaud.

Les visites de la famille ne sont pas limitées. Mais Galina doit travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Elle a été embauchée par l'Institut Belrad, le seul laboratoire indépendant consacré aux retombées de Tchernobyl.

Le Pr. Bandajevsky n'a qu'une envie. Reprendre ses travaux. Il a toujours vécu pour la science, depuis ses années de thèse, où, jeune marié au début des années 1980, il élevait dans l'appartement familial un millier de rats pour des travaux de toxicologie. En prison, s'amuse-t-il, «j'ai inventé un test pour distinguer différentes variétés de thé. J'ai observé la croissance et la reproduction des vers de terre qui vivaient dans des pots de fleur, que je nourrissais avec du thé. Des collègues académiciens m'ont dit que je devrais publier. Disons que ça a de la valeur pour montrer qu'on peut faire de la recherche en condition d'isolement. Ça m'a aidé à survivre.» Le Dr Bandajevsky a aussi rédigé un manuel de survie à destination de ses codétenus, où il mêle conseils nutritionnels et notions de méditation apprises dans des livres lus en prison.

Si Youri Bandajevsky était libéré, aujourd'hui, il quitterait vraisemblablement la Biélorussie. «Ce pays est une cage. Je ne m'intéresse pas à la politique, mais je ne peux pas travailler ici ni exprimer mes pensées scientifiques. Et puis toute ma famille a souffert.» Le regard mêlé de force et d'amertume, il lâche : «On m'a exclu du monde civilisé.»

(1) Une équipe d'Arte l'a également rencontré à Minsk. «Arte reportage», demain soir, 13 octobre, 21 h 45.

 



Minsk, le 5 juin 2004
NARODNAYA VOLIA ("La volonté du peuple")

LE DESTIN D'UN HOMME
Youri Bandajevski

Comme l'annonçait hier " La Volonté du peuple ", Youri Bandajevski, l'éminent scientifique travaillant dans le domaine de la médecine radiologique, docteur, professeur et ancien recteur de l'Institut de médecine de Gomel, membre de plusieurs académies, citoyen d'honneur de villes françaises, a été transféré de la prison au lieu de sa relégation.

Sa femme Galina fut la première à lui rendre visite dans ce nouveau lieu au milieu d'un bois de pins. Les journalistes suivirent poussés par la curiosité de voir un homme si populaire à l'étranger et considéré comme hors la loi dans son propre pays .

Pourquoi n'aime-t-on pas les innovateurs de talent dans notre pays ? Pourquoi met-on en prison ceux qui disent la vérité sur les conséquences de Tchernobyl ? Pourquoi cherche-t-on à compromettre les jeunes organisateurs dans le domaine de la médecine ?

Ayant passé trois ans et demi en prison sur les huit ans de détention de sa peine, Youri Bandajevski a dorénavant droit aux visites. Il peut sortir par les grilles du poste de contrôle et bavarder avec ses visiteurs debout dans la pinède. Tous ceux qui souhaitent le voir peuvent se rendre à la Colonie de reclassement par le travail N°26 dans la région de Diatlovo près du village de Gezgaly et demander à l'homme de garde d'aller chercher le professeur. Nous verrons venir à nous un homme qui ne ressemble pas du tout à ses photos d'il y a trois ans publiées par les journaux au moment du procès en 2001 . Aujourd'hui ce n'est plus un homme perdu ni écrasé, mais un homme qui respire la dignité et le calme.

Son discours avare d'émotions mais fort précis laisse deviner une intelligence exceptionnelle. Il a continué à travailler dans sa cellule quelles qu'aient été les difficultés, pour donner de l'entraînement à son cerveau. Il a rédigé un système pour survivre dans les conditions extrêmes, destiné au large public, et des ouvrages consacrés aux pathologies génétiques et à la régulation immunitaire, destinés aux spécialistes. L'amour de la réflexion et de la science a été son salut. Son cerveau entraîné à la recherche (en 1988 Bandajevski devient le plus jeune des docteurs ès sciences en URSS) ne pouvait pas s'arrêter de fonctionner dans la prison, il réclamait de l'exercice et des résultats.

Pendant ces années Youri Bandajevski ­ un homme déjà mûr ­ a remis en question son ancien point de vue sur la vie, la mentalité des gens et la religion. Ce qui arrive à la Biélorussie est le résultat des traditions soviétiques plus profondément enracinées ici qu'ailleurs. L'ancien système étreint et ne veut pas lâcher la jeune génération. La misère et l'envie écrasent à tel point la population que, pendant les années de prison, Bandajevsky n'a ressenti, on peut dire, aucun soutien de la part de ses concitoyens. Par contre le flux de lettres en provenance de l'étranger ne tarissait pas : près de 15000 lettres par an ! Il en a amassé en tout plus de trois cents kilos. Les lettres des adultes étaient pleines de bonnes paroles, celles des enfants pleines d'images. Le soutien des habitants de France, d'Allemagne, d'Irlande, de Belgique, de Hollande et d'autres pays a permis à Bandajevski de survivre. Pour un homme qui a subi de telles épreuves, la foi en Dieu n'est pas un vain mot mais un sentiment réel et profond.

En octobre dernier, Youri Bandajevski a subi une opération d'appendicite grave qui a failli lui coûter la vie. Mais les médecins de l'Hôpital républicain où l'on traite les détenus ont fait l'impossible pour qu'il vive. Quatre jours après l'opération Bandajevski s'est forcé à se mettre debout et à marcher. Il multipliait chaque jour les exercices et l'entraînement physique. Aujourd'hui c'est un homme fort qui se tient bien droit aux muscles entraînés, avec un tour de biceps de 45 cm.

Il a parlé pendant presque une heure de sa vie, jugeant des processus sociaux du pays, et toute sa personne irradiait l'assurance de soi, la certitude d'avoir choisi la voie juste.

Ludmila Griaznova
05 .06.2004

N.B.
La journaliste autrice de cet article est une ex-députée du Parlement biélorusse de la 13-me convocation, que Loukachenko a dissous en arrivant au pouvoir et a remplacé par une assemblée à sa botte. Griaznova est une active opposante au régime, elle a été arrêtée plusieurs fois au cours de démonstrations et réunions politiques et a été emprisonnée pendant de courtes périodes allant d'une semaine à 2 mois. Il y a un an, elle a publié un important article sur les travaux scientifiques du professeur Bandajevsky. Peu de jours après, elle a été emprisonnée pendant 15 jours.

Le mot "volia" signifie en russe à la fois volonté et liberté. "Narodnaya volia" est un journal d'opposition encore publié au Belarus.

L'article a été écrit la véille de l'installation de Bandajevsky dans une maison louée dans le village de Peskovtsy au bord du Niémen, à 30 km de la colonie, avec liberté d'organiser son temps et son travail scientifique.

 

5 juin 2004
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"
20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)
e-mail : s.m.fernex@wanadoo.fr

Le Professeur Youri Bandazhevsky en relégation

Les "Nouvelles de prison" sont terminées. Ces nouvelles "Nouvelles" changent de ton et de perspective. Depuis le samedi 29 mai, Youri Bandajevsky se trouve en relégation au centre ouest du Belarus, dans une ex-base militaire de lancement de fusées, située dans un territoire non contaminé par la radioactivité, à mi-chemin entre Minsk et Grodno. Son adresse actuelle est :

231318 Grodnenskaya oblast
Lidski rayon
PESKOVTSY
ul. Oktiabrskaya, 2
Valiuk for Bandazhevsky Y.I.
BELARUS

Suivant la loi, Youri Bandajevsky devra y rester jusqu'à la liberté conditionnelle, fin décembre 2004. Il ne peut pas quitter le territoire administré par la colonie, mais il peut recevoir les visites de l'étranger, parler à des journalistes. Il arrive que cette colonie propose une libération anticipée.

Moins d'un mois s'est écoulé depuis la diffusion des "Nouvelles de prison" n.27 (7 mai 2004), qui décrivaient les contorsions du régime de Loukachenko pour justifier le déni du droit à la relégation de Bandajevsky (forme de détention de type ouvert), et qui publiaient son démenti formel aux assertions du gouvernement sur le prétendu suivi médical dont il aurait fait l'objet en prison, qu'il a adressé à la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies.

Le 5 mai dernier, guéri de ses espoirs illusoires, Bandajevsky avait dit à sa femme : "Je n'attends plus rien d'eux. Je continuerai mon travail. Ils ne peuvent plus rien contre moi. Je suis déterminé à porter ma croix jusqu'au bout. Je ne me trahirai ni ne m'humilierai devant eux. " Quand Galina lui a parlé de l'Europe et du Comité des Droits de l'Homme, dont nous attendions les actions et des résultats, il lui a répondu qu'il n'y mettait pas un grand espoir. Maintenant, le chapitre prison est clos.
L'action convergente de son avocat, de la Présidence de l'Union Européenne, de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), de l'OSCE, des ambassadeurs européens à Minsk et des appels de l'opinion publique indignée ont sorti l'effet, modeste à vrai dire, de faire respecter par les autorités du Belarus leurs propres lois, en accordant au prisonnier cette forme de peine plus légère.

Changements et problèmes matériels

La Colonie Rééducative de Relégation ("Ispravitelnaia Kolonia Posélénia") de Gezgaly se trouve à 220 km à l'ouest de Minsk. Le transfert des détenus de différentes prisons s'est effectué pendant la nuit du vendredi au samedi dans le plus pur style soviétique. Les prisonniers avec les menottes aux poignets étaient escortés par de militaires armés et des chiens. Pendant les haltes, leurs sacs étaient jetés sur la route, les soldats les ouvraient, éparpillaient les affaires avec leurs bottes et ordonnaient ensuite de les ranger. Cette scène humiliante s'est répétée à trois reprises dans la nuit. Par contre, l'accueil sur le territoire de la colonie fut un retour dans la civilisation : l'officier qui les a reçus humainement était sans armes ni chiens. Après les tensions nocturnes, le noeud à la gorge s'est desserré par quelques larmes.

En relégation, les détenus sont entièrement à la charge de la famille. On ne les nourrit pas, même pas avec la tambouille indigeste des prisons, ce qui ne change pas grand chose pour Bandajevsky. Galina est allée là-bas mardi dernier, accompagnée par le frère de Nesterenko, Vladimir, avec douze sacs, colis et paquets de victuailles et d'affaires. Au début, elle a trouvé Youri désorienté par la nouvelle situation de "liberté", comme un animal traqué qui ne trouvait pas sa place. Au bout d'une heure de conversation avec elle, il s'est recentré. Il l'a priée de nous transmettre à tous un énorme merci de l'avoir soutenu au cors de ces années et finalement libéré.

Le climat humain, très différent comparé aux rigidités de la prison, semble justifier cette sensation de libération, qui lui donne le vertige. Galina a parlé avec le directeur de la colonie (elle n'a pas retenu son nom de famille, seulement Vassili Vassilievitch). Cet homme ressemble plus à un clinicien qu'à un directeur de prison. Sa tâche consiste à réhabiliter les détenus pour un retour à la vie normale. Jugeant que la personnalité et les capacités de Youri ne sont pas exploitées au mieux dans les travaux de bûcheron, ni adaptées à une cohabitation avec les détenus de droit commun, il a proposé d'emblée de lui trouver une maison à louer dans un village voisin, pour qu'il puisse s'y organiser pour travailler à sa science et recevoir des personnes de sa famille ou des amis, pour ne pas vivre complètement seul. Dernières nouvelle du 5 juin : Solution rapide et inespérée, Youri habite depuis le 4 juin dans une maison louée dans le village de Peskovtsy au bord du Niémen, à 30 km de la colonie. Le Directeur de la colonie a accompagné Youri, Wladimir Nesterenko (frère de Vassili) et Sasha Slesar (frère de Galina) pour trouver la maison. Il a confié Youri à la Présidente du Conseil de village, Valentina Tadeuchevna, et au président du kolkhoze, Viktor Genrikhovitch, qui l'emploiera formellement comme gardien, avec liberté d'organiser son temps et son travail scientifique. Belrad lui fournira un vieil ordinateur. Le problème du téléphone est en cours de règlement. Cette installation est entièrement aux frais de note association.

Galina a sa fille adolescente, Natacha, et son travail à Belrad : elle ne peut pas quitter Minsk en permanence. Son frère, Sacha (Alexandre), sa fille Olga, Vladimir, le frère de Nesterenko sont d'accord de venir habiter à tour de rôle avec Youri. Ce lien, ces distractions de personnes de leurs activités professionnelles, les transports fréquents entre Minsk et le village impliquent des coûts, pour lesquels nous devrons trouver une continuité de financements complémentaires. Nous avons demandé un décompte mensuel des dépenses engagées, que nous avons promis de couvrir avec votre aide.

Cet équipement minimum, une ligne téléphonique, un ordinateur, Internet, permettra à Youri Bandajevsky d'entrer librement dans le réseau de la science internationale. Dans son commentaire aux informations que le gouvernement a fait parvenir à la Commission des Droits de l'Homme à Genève, Bandajevsky a écrit le 5 mai dernier : "Ce n'est qu'après la visite que des membres du Parlement européen me firent, que des changements survinrent dans mes conditions de détention et qu'on me fournit un ordinateur destiné à la recherche scientifique. Je dois souligner que cet ordinateur, je ne pouvais l'utiliser qu'en guise de machine à écrire. La direction de la colonie avait interdit de transmettre sur disquettes des informations scientifiques aussi bien dans le sens de la prison que dans l'autre, d'autant plus de me servir d'Internet ou de la poste électronique. Peut-on parler de recherche scientifique dans ces conditions?"

Les droits et les devoirs de la science

L'infamie de la violence et de l'humiliation infligées au scientifique Bandazhevsky, qui mériterait estime et soutien de l'état au lieu du goulag, exige une réparation complète. Nous espérons que le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies saura rétablir la justice dans le domaine de sa compétence. La communauté scientifique devra se faire un point d'honneur d'accueillir dignement un des siens, injustement persécuté, membre de cinq Académies et décoré de cinq Prix internationaux. Dignement, c'est à dire dans un dialogue scientifique sérieux. Dans son pays Bandazhevsky devra se faire restituer son honneur, sa chaire et ses instruments de recherche, qu'il avait mis au service de la population menacée d'un véritable génocide suite à la catastrophe de Tchernobyl. Génocide provoqué et couvert par le lobby de l'industrie nucléaire.

A l'Institut de médecine de Gomel, dont il était recteur de 1990 jusqu'à son arrestation illégale en juillet 1999, Bandajevsky et son équipe de collaborateurs ont décrit des "processus pathologiques interdépendants au niveau du cur, du foie, des reins, des glandes endocrines, et du système immunitaire." Toutes ces lésions engendrées par un processus pathologique semblable, ces chercheurs l'ont appelé "syndrome des radionucléides de longue période incorporés". C'est le résultat d'une investigation rigoureuse de l'état de santé de milliers d'adultes et d'enfants, habitant dans les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl, effectuée par toutes les unités de recherche de l'institut. Pendant 9 ans, 25 chaires ont travaillé sur la même thématique suivant trois directions de recherche : clinique, expérimentale sur animaux de laboratoire et anatomopathologique. Le jour de son arrestation, l'Institut de Gomel avait 200 enseignants, 300 employés auxiliaires et 1500 étudiants. Cet instrument de recherche unique au monde, car situé dans une situation expérimentale unique au monde, a été détruit. Le nouveau recteur-bureaucrate a abandonné ce programme, en déclarant que ce programme n'était pas digne d'un établissement d'enseignement supérieur.

 

Interview du Professeur Michel Fernex, professeur émérite à la Faculté de médecine de l'Université de Bâle, et de Solange Fernex, députée honoraire du Parlement européen et co-présidente de la section française de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et Liberté (WILPF) :

Question : Connaissiez-vous l'Institut du Professeur Bandajevsky ?

Professeur Michel Fernex : "En automne 1998, j'ai visité l'Institut de Médecine de Gomel. Le niveau de cette Faculté de Médecine m'a beaucoup impressionné . Les échanges avec quelques enseignants m'a montré l'étendue de leurs connaissances sur les conséquences de Tchernobyl sur la santé. Les étudiants participaient très activement aux cours.

Il s'agit de travaux d'une importance exceptionnelleBandajevsky a décrit en particulier la "cardiomyopathie du Césium" (Cs137) : troubles cardiaques chez le petit enfant, mais aussi chez l'adolescent et l'adulte, avec atteinte dégénérative du muscle cardiaque. Il s'agit d'une insuffisance cardiaque progressive, avec troubles du rythme, d'une maladie irréversible à partir d'une certaine durée d'intoxication par le Cs137. La mort subite peut survenir à tous les âges, même chez l'enfant

Cette cardiomyopathie portera un jour le nom de "Maladie de Bandajevsky", car c'est lui qui, avec l'aide des physiciens de l'Institut de Radioprotection "Belrad" a démontré la corrélation constante entre un taux élevé de Cs137 dans l'organisme et les troubles fonctionnels du coeur.

A l'autopsie de ces malades, il a mesuré le taux de Cs137 / kg de coeur et décrit les altérations morphologiques caractéristiques des cardiomyopathies : dégénérescence des fibres cardiaques en l'absence d'infiltrats cellulaires importants ou d'inflammation, en l'absence aussi d'oblitération coronarienne."

Question : Bandajevsky souhaitait-il donner son nom à cette maladie ?

Professeur Michel Fernex : "Non. Bandajevsky a une vue plus globale. Pour lui, le Cs137 provoque une maladie métabolique généralisée avec atteinte de tous les organes, même du cerveau.
Parmi les organes qu'il a étudiés, ce sont les glandes endocrines, la thyroïde, la surrénale et le pancréas qui accumulent le plus de Cs137. Le coeur et la rate (système immunitaire) viennent en 2e et 3e position. Chez la femme enceinte, c'est le placenta qui fixe l'essentiel du césium, protégeant ainsi l'enfant à naître. Malheureusement, le placenta souffre de cette concentration de Cs137. Il en résulte des troubles endocriniens, avec anomalies chez le foetus, avortements, morts périnatales ou enfants fragiles après leur naissance"

Question : Peut-on guérir la cardiomyopathie ?

Professeur Michel Fernex : "Bandajevsky a travaillé dans ce domaine avec le professeur de physique nucléaire Vassili B. Nesterenko. Ils ont montré qu'avec un régime alimentaire propre, pauvre en Cs137, chez l'enfant et l'animal de laboratoire, on peut éviter des dommages irréversibles au niveau du coeur.

Dans leur enseignement au niveau des écoles de la région de Gomel, ils se sont attelés à la "prévention" : apprendre à manger propre. Malheureusement le régime sans césium coûte cher. Les pauvres continuent depuis la catastrophe à se contaminer à partir des produits de leur terre (légumes, fruits et lait de leur propre vache) ainsi que des produits de la nature : baies, champignons, poissons.

Dans les situations les plus dramatiques, la meilleure solution serait de déplacer les familles dans les zones non contaminées comme le préconisait Nesterenko dès 1986. Comme cela n'a pas été possible, il faut faire appel à la prise intermittente de pectine, un sucre extrait des pommes, qui accélère l'élimination du césium."

Question : Le fait que l'UNSCEAR (Comité Scientifique des Nations Unies pour les Effets des Rayonnements Atomiques) ne cite pas les travaux de Bandazhevsky est-il une preuve de leur médiocrité?

Solange Fernex : "Le rapport 2000 de l'UNSCEAR sur Tchernobyl a été très sévèrement critiqué à l'Assemblée des Nations Unies par les délégations du Belarus et d'Ukraine. Contre toute évidence, il ne reconnaît, comme seule conséquence de la catastrophe de Tchernobyl, que1800 cancers de la thyroïde chez l'enfant et l'adolescent, rien de plus : "aucune augmentation de l'incidence globale des cancers (paragraphe413), "le risque des leucémies n'a pas augmenté"
(paragraphe 413) "ni augmentation des malformations congénitales, ni enfants mort-nés ou prématurés" (paragraphe 383), en résumé, l'UNSCEAR affirme que "un avenir positif attend la plupart des individus de la région de Tchernobyl" (paragraphe 421).

Et pourtant, en septembre 2000, le Président du Belarus, A. Loukachenko a lancé un appel vibrant au Sommet du Millénaire des Nations Unies à New York, pour obtenir une aide internationale pour le Belarus, où 25% du territoire est contaminé, et où la population est malade. Si l'affirmation de l'UNSCEAR était vraie, et que 1800 cancers de la thyroïde étaient les seules conséquences de Tchernobyl, le Belarus n'aurait besoin d'aucune aide internationale. L'UNSCEAR décourage les pays donateurs d'aider les pays contaminés par Tchernobyl.

En effet, le 6 juin 2000 le Directeur Général de l'UNSCEAR, Lars Erik Holm a clairement déclaré que les rapports sur une détérioration de l'état de santé de la population suite à Tchernobyl, n'ont aucune base scientifique et ont pour seul objectif d'extorquer une aide financière non justifiée.

A la Conférence de Kiev sur Tchernobyl (4 - 8 juin 2001), le Dr. Gentner de l'UNSCEAR a expliqué comment son organisme sélectionne les travaux qu'il retient et cite. Il les fait expertiser par des "autorités scientifiques reconnues", à savoir les laboratoires de Los Alamos (Nouveau Mexique, USA) et du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA, France), deux laboratoires qui ont fabriqué la bombe atomique, et qui ne sont pas neutres dans le domaine des effets des radiations sur la santé. Avec ce genre d'expertise, jamais l'UNSCEAR ne citera des travaux du Professeur Bandazhevsky sur les conséquences des radiations sur la santé.

Ne pas être cité par l'UNSCEAR apparaît donc davantage comme une garantie d'objectivité et de transparence scientifique que comme un point défavorable.

Lors de son Conseil Exécutif International des 1 - 4 août 2001, la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (WILPF) a adopté une résolution sur Tchernobyl, dans laquelle elle demandait que les Nations Unies tiennent compte des nombreux travaux qui décrivent les souffrances des victimes de Tchernobyl et non plus des conclusions de l'UNSCEAR et de l'AIEA, qui sont biaisées par des conflits d_intérêts.

Le modèle de risque des radiations sur la santé doit être revu, comme le demande une résolution adoptée le 28 avril 2001 par le Parlement européen, en tenant compte de l'expérience de Tchernobyl, où les victimes incorporent des radionucléides depuis 18 ans par la nourriture.

Nous avons également demandé la libération immédiate du Professeur Bandajevsky, ainsi qu'un arrêt des ennuis administratifs causés aux chercheurs indépendants de Tchernobyl, physiciens et médecins."

Malgré les demandes réitérées du Professeur Nesterenko, La Commission Européenne, promotrice (avec l'ONU, l'UNESCO, la Banque mondiale, les Ambassades de France et d'Allemagne, la Suisse) du Programme CORE - réhabilitation des conditions de vie dans les territoires contaminés du Belarus - ne finance pas la distribution de la pectine aux enfants vivant dans les territoires contaminés, qui en ont un besoin vital et urgent. Ce serait comme trouver des bacilles de Koch dans les expectorations d'un enfant, sans traiter correctement sa tuberculose. Continuer à refuser cette prophylaxie, pendant qu'on recueille sur le terrain et dans les organismes les données sur la contamination radioactive, ressortit au crime médical.

Controverses et contradictions aux sommets

Le lundi 17 mai, lors de l'Assemblée Mondiale de la Santé, qui se tient tous les ans aux Nations Unies, Solange Fernex a eu un entretien de 15 minutes avec la Ministre de la santé du Belarus, Madame Postoyalko. Celle-ci lui a dit deux choses importantes : 1. "Il y aura bientôt du nouveau pour Bandajevsky". C'est fait. On y est. 2. "A Minsk, les travaux de Bandajevsky sont très appràciés. Il est détenu pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la médecine." C'est la première fois qu'un ministre de la santé biélorusse s'exprime ainsi. Ses prédécesseurs, Zélenkévitch et Ostapenko, n'ont eu que des propos durement négatifs au sujet de Bandajevsky et de ses travaux. En outre, la Ministre a raconté spontanément à Solange que cette année, avec ses collègues de Russie et d'Ukraine, ils avaient protesté toute une journée à l'AIEA à Vienne contre les "32 morts", chiffre scientifique officiel des victimes de Tchernobyl. Les trois ministres se seraient donc battus pour que soit reconnu le désastre sanitaire majeur, causé par la catastrophe, et non un simple accident technologique. Quand Solange a fait remarquer à Madame Postoyalko que le résultat de leurs discussions était nul, Gonzales ayant une fois de plus prononcé les mots rituels "32 morts" dans son communiqué de presse pour les 18 ans de l'accident, celle-ci a eu l'air sincèrement indignée.

Le conflit entre les énormes intérêts - économiques, stratégiques, humains -, que l'explosion de Tchernobyl a mis en contradiction, crée des tensions aux sommets.

De même que les agences de l'ONU publient des conclusions diamétralement opposées concernant les conséquences de Tchernobyl - pour Kofi Annan et OCHA: "9 millions de victimes" - pour AIEA, UNSCEAR et OMS: "32 morts", - de même Loukachenko tout seul, d'un côté déclare au Sommet du Millénaire de l'ONU "Le devoir moral des Nations Unies est de mobiliser les ressources mondiales pour éliminer les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. La Biélorussie est la principale victime." de l'autre, il affirme à la télévision "La vie est possible sur ces terres, la radioactivité a pourri désormais, elle a disparu! Ces terres doivent être ensemencées, nous devons y faire croître nos enfants! Ce fut une grande bêtise d'en évacuer les habitants!" (Nouvelles de prison 27). Et sa Ministre de la santé actuelle mène la bataille qu'il faut (est-ce parce qu'elle est une femme, une mère, une grand-mère? Est-ce parce que la politique du gouvernement est en train de changer, de chercher une issue?).

Il n'y a pas de doute, à notre avis, que les intérêts de nos ONG et des scientifiques indépendants qu'elles soutiennent, et ceux du gouvernement biélorusse, sont en réalité, et contrairement aux apparences, convergents : faire reconnaître l'ampleur du désastre de Tchernobyl face aux mensonges de l'AIEA. Les conséquences de cette reconnaissances seraient tellement importantes, et auraient des développements tellement imprévisibles, que tout le monde cherche à minimiser, fait la politique de l'autruche. Cette minimisation acharnée et outrancière des vraies conséquences de la catastrophe coïncide avec l'intérêt de survie du pouvoir politique en place, quel qu'il soit. Que le gouvernement soit autoritaire ou démocratique, le Belarus, isolé et replié sur lui-même, n'a pas les moyens financiers pour faire face à la catastrophe de deux millions de citoyens, dont 500 000 enfants, qui mangent du césium et du strontium tous les jours depuis 18 ans. Et aucun des pays riches, surtout ceux qui possèdent centrales et armes nucléaires, n'a intérêt à affronter vraiment ce problème. A nous de les convaincre en élargissant les brèches de leurs contradictions.

Avant-hier soir, pour la première fois depuis 3 ans, j'ai pu téléphoner à Youri Bandajevsky et lui parler 5 minutes. Une conversation très brève, à la joie retenue pour laisser la place aux autres détenus, (que les familles ne peuvent appeler qu'entre 18 et 21 heures locales, 17-20h en France), au cours de laquelle Youri a tenu à préciser qu'il était "toujours le même, plus solide et impatient de reprendre son travail".

Il vous aime tous, vous embrasse tous et vous est profondément reconnaissant.

Wladimir Tchertkoff
Secrétaire de l'Association

 

 

7 mai 2004

Bandajevsky, un oublié du droit

Les autorités biélorusses ne cherchent même plus à revêtir d'oripeaux juridiques formels leur comportement illégal à l'encontre du brillant scientifique, qui a osé défier les dogmes officiels sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl.

Le 8 février dernier l'amnistie générale a été appliquée à Youri Bandajevsky arrêté pour terrorisme et condamné, en juin 2001, sans preuves à 8 ans d'emprisonnement pour corruption, dans un procès au cours duquel l'OSCE a dénombré 8 infractions au code pénal du Belarus. Début mars, ayant purgé la moitié de la peine réduite de 2 ans par 2 amnisties, s'il était un détenu normal, Bandajevsky aurait pu quitter la prison et aller en relégation dans un village du Belarus dans des conditions de détention de type ouvert. Plus de trois mois se sont écoulés depuis que M. Kovtchour, le directeur du Comité d'exécution des peines, a dit à Galina :: "Si vous voulez mon opinion, il restera en prison encore un an." Galina : "Mais la relégation..." - Kovtchour : "Vous savez où il a demandé d'aller?! Il a demandé Vetka! C'est un territoire contaminé à plus de 40 Ci au Km2. [...] Nous refuserons pour raisons de santé, nos médecins n'accepteront jamais. [...] Mon opinion est qu'il restera chez nous encore un an."

Galina vient de voir son mari du 3 au 5 mai dans "l'hôtel des visites" de la prison. Bandajevsky est maintenant convaincu que Kovtchour exprimait une décision déjà prise en haut lieu. Il pense qu'on le tiendra en prison jusqu'à la fin de sa peine, sans le faire bénéficier de la relégation ni de la liberté conditionnelle, à laquelle il aurait droit en janvier 2005 (aux 2/3 de la peine). Dans l'état actuel, sauf une nouvelle amnistie annuelle (probable, vu l'engorgement des prisons), la fin de la détention échoit en janvier 2007. L'argument Vetka était un mensonge, Youri n'a jamais demandé d'y aller, c'est eux qui lui ont imposé ce lieu, pour pouvoir ensuite jouer la carte des 40 curies de contamination . Ensuite ils ont utilisé l'argument santé : on a su qu'un document de l'hôpital a été transmis à la direction de la prison, disant qu'il ne pouvait pas aller en relégation. Puis, ce document a été retiré, car il contredisait la prose du gouvernement au Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies, où il était question de la bonne santé de Bandajevsky grâce aux soins empressés et attentifs dont il était l'objet en détention. Alors, les geôliers ont inventé la "restructuration" des lieux de relégation, qui retardait celle-ci, disaient-ils, pour tous les détenus. Ce qui n'est pas vrai, car, au contraire, la prison est en train de se vider : la commission interne, qui se réunit une fois par mois, expédie en ce moment une quantité de dossiers chaque semaine, pour libérer des locaux et agrandir ceux de l'hôpital à cause d'une recrudescence des tuberculoses.

Un "Avis" est affiché en prison : il dit que quatre amnisties générales ont été décrétées de 1999 à 2004, et qu'elles s'appliquent également à ceux dont l'affaire était encore en instruction pendant cette période. Cet avis se réfère à un arrêt de février 2003 de la Cour Constitutionnelle. Sur cette base Bandajevsky, dont la peine serait réduite à 4 ans, jouirait de la pleine liberté en janvier 2005. Mais, jusqu'à ce jour, son dossier n'a pas été soumis à l'étude de la commission interne pour la relégation. On l'ignore tout simplement. Les autorités cherchent toutes sortes de prétextes pour remettre à plus tard la déposition du dossier au tribunal et ne reconnaissent à Bandajevsky que 2 ans de réduction de peine.

L'avocat Pogoniailo, qui a écrit aux autorités compétentes pour connaître le motif de la non application à Bandajevsky du droit à la relégation, ne reçoit pas de réponse. Il a téléphoné à Kovtchour qui n'a pas l'intention de lui écrire et a esquivé les questions de droit (continuant à se contredire) : "Vous êtes au courant. Nous ne considérons pas la relégation possible pour raisons de santé", lui a-t-il répondu.

Le directeur de la prison est passé et a jeté, narquois, sur le lit de Bandajevsky les lettres envoyées par les 4 associations françaises, qui demandaient le respect de la loi : "Voilà, vous pouvez lire ça. C'est pour vous!" Une façon méprisante de faire savoir qu'il n'est pas concerné par ces appels.

Cette franchise répressive leur est imposée sans doute par l'extrême durcissement du régime de Loukachenko en ce moment. Le rapporteur du comité juridique de l'APCE, Christos Purgurides, vient de faire voter l'exclusion de la délégation officielle du parlement biélorusse des séances de l'Assemblée de Strasbourg, même sous la forme informelle d'observateurs: "Le temps des compromis et des yeux fermés sur ce qui se passe au Belarus est passé. Nous avons été trop démocratiques, en espérant en une amélioration de la situation. Et voilà le résultat de notre excessive indulgence: Loukachenko ferme les journaux, il persécute plus que jamais les journalistes, les organisations non gouvernementales, les syndicats et l'opposition politique."

Un autre signe du durcissement et de l'arbitraire du régime de Loukachenko, qui décide du droit à la tête du client, est la restriction du droit de visites de l'avocat en prison. Jusqu'à présent, l'avocat pouvait venir s'entretenir avec le détenu à tout moment et sans limitation de temps. Maintenant, une demande écrite doit être adressée à la direction de la prison, qui décidera si l'accorder ou pas. L'avocat Tsourko, qui travaillait pour l'OSCE et qui avait suivi l'affaire Bandajevsky pendant un certain temps au début de la détention, a dit à Galina qu'il ne pourrait plus s'en occuper, car on ne lui renouvelle plus sa licence d'avocat.

Loukachenko prêche à grande voix le repeuplement des territoires contaminés par Tchernobyl : "La vie est possible sur ces terres, la radioactivité a pourri désormais, elle a disparu! Ces terres doivent être réhabilitées, elle doivent être ensemencées, nous devons y faire croître nos enfants! Ce fut une grande bêtise d'en évacuer les habitants!" Si la morbidité y a augmenté 8 fois, "c'est parce que nos médecins travaillent bien", déclare Loukachenko à la télévision. Dans le cadre de cette politique officielle Garri Pogoniailo estime que Youri Bandajevsky est "un prisonnier personnel du Président." Il a dit à Galina : "pour le moment nous sommes impuissants".

Pour le moment, sur l'essentiel la politique de la communauté internationale ne se distancie pas beaucoup de celle de Loukachenko. En juin 2003, nous avons envoyé aux parlementaires européens, sous le signe de Bandajevsky, une critique détaillée du Programme international CORE, en l'accompagnant de cette mise en garde, adressée également aux commissaires européens responsables de l'opération :

 Aux députés du Parlement européen et aux associations et initiatives
qui aident les enfants victimes de la catastrophe de Tchernobyl

Les 13 initiateurs du Programme CORE - "Coopération pour la réhabilitation des conditions de vie dans les territoires de Biélorussie contaminés par l'accident de Tchernobyl " - sont :

- Le Comité de Tchernobyl du gouvernement du Belarus
- Le Programme de développement des Nations Unies
- L'Ambassade de France
- L'Ambassade l'Allemagne
- La Commission Européenne
- La Direction pour le Développement et la Coopération de Suisse
- L'UNESCO
- La Banque mondiale
- Le Comité européen de partenariat et de préparation du Programme CORE
- Le Comité exécutif du district de Braguine
- Le Comité exécutif du district de Svetlogorsk
- Le Comité exécutif du district de Stoline
- Le Comité exécutif du district de Tchetchersk

Ce Programme, qui doit démarrer au second trimestre 2003, fait abstraction des problèmes de santé dans une région où plus de 80% des enfants sont malades, suite à la catastrophe de Tchernobyl, alors qu'ils n'étaient que 20% avant 1986.

Le Mémorandum du Programme CORE, souscrit par les 13 partenaires, prévoit un audit international indépendant au bout de 5 ans d'activité, pour en évaluer l'efficacité. A notre avis, l'analyse critique que nous vous adressons, doit être largement connue et diffusée dès l'origine de ce Projet. La catastrophe sanitaire dans les territoires contaminés par l'explosion du réacteur de Tchernobyl s'aggrave et se répand comme une épidémie majeure. Les populations contaminées, abandonnées depuis 17 ans par la communauté internationale, ne peuvent pas attendre ces 5 années supplémentaires d'un projet qui ne prévoit pas d'intervention médicale qualifiée.

Association "Enfants de Tchernobyl Belarus"
68480 Biederthal - France
www.comite-bandajevsky.org


Depuis sa récente résurrection, Youri se porte bien, il est toujours combatif et ne mâche plus ses mots. Il a dit devant Galina, à voix forte, à un détenu apeuré arrivé en prison depuis peu (directeur d'une grosse entreprise de Minsk), une phrase qu'auparavant il n'aurait osé prononcer qu'en chuchotant dans les toilettes : "Mon cher, avec ce pouvoir-là nous ne sortirons pas de si tôt à cause d'une amnistie!".

Le 10 mars 2004, le Gouvernement du Bélarus a envoyé une information complémentaire au Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies, où il est question d'un prétendu suivi médical en prison de la santé de Bandajevsky et de la visite que le Chef de la mission de l'OSCE lui a faite le 3 décembre 2003. Le texte ci-dessous est la réponse que Bandajevsky vient de signer pour le Comité des Droits de l'Homme de l'ONU :

 COMMISSIONER FOR HUMAN RIGHTS
UNITED NATIONS OFFICE OF THE HIGH COMMISSIONER FOR HUMAN RIGHTS

Palais des Nations
CH-1211 GENEVE 10
SWITZERLAND
Maria Francisca Ize-Charrine
Chief, Support Services Branch

Chère Maria Francisca Ize-Charrine!

Je vous envoie mes commentaires concernant la réponse du Gouvernement du 10 mars 2004 (dossier N°1100/2002)

Le professeur Youri Bandajevsky
Rue Chougaiéva 3-1-454
220141 Minsk
Belarus

1 . Moi soussigné Youri Bandajevsky je confirme que je souffre depuis plusieurs années d'un ulcère au duodénum. Depuis le jour où l'on m'a jeté en prison je n'ai jamais eu droit à un suivi médical concernant mon ulcère ni à un traitement anti-récidive courant pendant la période automne-printemps, lorsqu'on observe surtout les signes d'aggravation du mal (douleurs à l'estomac, aigreurs, perte de poids). Pendant la période d'aggravation, je n'ai eu droit à la colonie à aucun régime alimentaire diététique, je n'étais pas autorisé à recevoir des colis supplémentaires de chez moi sauf les 30 kg réglementaires une fois tous les quatre mois. Ce rythme des colis alimentaires ne permet pas d'assurer une alimentation adéquate, surtout une diète, quant à la nourriture de la prison, elle ne convenait pas du tout à mon estomac. Mais c'étaient " mes problèmes ". Grâce au fait que nous sommes, mon épouse et moi, tous deux médecins, nous arrivions à parer par nos propres moyens aux aggravations de ce mal, cependant c'était un traitement à tâtons dans le noir, sans examens ni observation médicale. Je recevais les médicaments nécessaires de mes collègues de France et de Suisse. Pendant les trois ans de ma détention je n'ai même jamais su que j'étais inscrit pour observation préventive et suivi médical auprès du médecin généraliste de la colonie N°1 ; pendant tout ce temps je n'ai jamais été examiné et n'ai reçu aucun traitement préventif comme malade souffrant d'un ulcère.

A propos du rapport du chef de la mission de l'OSCE à Minsk

1. On lit dans le rapport que M. Kovtchour a déclaré : après l'amnistie les autorités auront de bonnes raisons pour s'adresser au tribunal en demandant de remplacer la détention en prison par une forme de peine plus légère.

Mon temps de peine a été abrégé d'un an le 8 janvier 2004. Mais les autorités n'ont jusqu'à présent déposé aucune demande d'allègement de ma peine auprès du tribunal. Elles cherchent toute sorte de prétextes pour remettre à plus tard la déposition du dossier au tribunal. C'était d'abord la nécessité de me soumettre à une expertise médicale pour voir si mon état de santé permettait que j'exécute un travail physique en relégation ; puis la déposition des papiers fut encore repoussée de deux mois pour la raison que la colonie changeait soi-disant de statut. Pourtant les articles 90 et 91 du Code pénal de la République du Belarus déclarent que la peine de réclusion du condamné peut être remplacée par une forme de peine plus légère après l'écoulement de la moitié de son temps de réclusion. Tout ceci crée de nouveaux stress et est éprouvant pour les nerfs.

2. Il est dit dans le rapport que Bandajevsky a connu des périodes de dépression et des problèmes cardiaques. Ceci est vrai. Pendant la période fin 2002 ­ 2003 j'ai connu un état de dépression qui était justifiée par la réclusion prolongée et par l'isolement du monde extérieur.

3. On améliora les conditions de ma détention au bout d'un an de prison. Jusqu'alors je me trouvais dans un baraquement avec 80 autres détenus condamnés selon les articles les plus variés. Les demandes réitérées de ma femme et de ma mère auprès de la direction de la colonie pour que mes conditions de détention soient améliorées et que je puisse me consacrer à mon travail scientifique n'eurent aucun résultat.

Ce n'est qu'après la visite que des membres du Parlement européen firent au professeur détenu, que des changements survinrent dans mes conditions de détention et qu'on me fournit un ordinateur destiné à la recherche scientifique. Je dois souligner que cet ordinateur, je ne pouvais l'utiliser qu'en guise de machine à écrire. La direction de la colonie avait interdit de transmettre sur disquettes des informations scientifiques aussi bien dans le sens de la prison que dans l'autre, d'autant plus de me servir d'Internet ou de la poste électronique. Peut-on parler de recherche scientifique dans ces conditions ?

Y.Bandajevsky


Youri a été très surpris de recevoir dernièrement des lettres réjouies, qui le complimentaient et l'encourageaient sur la voie de son rétablissement moral et de sa reprise de lucidité sur le sens de ce qui lui arrive. Il ne comprenait pas : "comment le savent-ils? comment l'ont-ils compris?!" Alors Galina, qui craignait d'avoir été trop optimiste dans sa précédente communication, s'est décidée à lui montrer les Nouvelles de prison n°26 ("Ne crois rien, ne crains rien, ne demande rien"). Il a approuvé cette information, il l'a relue plusieurs fois, satisfait qu'elle soit transcrite ainsi et envoyée à tout le monde : "C'est comme si je l'avais écrite moi-même."

Youri exhorte ses amis à parler librement, à abandonner toute prudence, à ne pas craindre de dénoncer durement et en termes clairs la répression et les silences criminels sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl. Il a dit à Galina, qu'il ne craint plus rien pour lui-même : "Ils ne me laissent pas en paix. Je me sens sous une constante et attentive surveillance, mais c'est égal. J'ai compris. Je n'attends plus rien d'eux. Je continuerai mon travail. Ils ne peuvent plus rien contre moi. Je suis déterminé à porter ma croix jusqu'au bout. Je ne me trahirai ni ne m'humilierai devant eux. " Quand Galina lui a parlé de l'Europe et du Comité des Droits de l'Homme, dont nous attendons les actions et des résultats, il lui a répondu qu'il n'y mettait pas un grand espoir.

Il se rend compte que ses geôliers souhaitent éteindre la clarté et la vivacité de son cerveau en le privant de son activité principale. Pour cela, il s'efforce d'exercer son esprit en écrivant beaucoup à partir de ses connaissances acquises et des envois de publications qu'il reçoit (il réfléchit et travaille sur la structure des cellules, canaux de calcium dans les membranes). Mais son vrai, son plein travail est la recherche sur la matière vivante, et cela lui manque indéniablement.

Youri a été très touché par une belle poétique surprise pendant la visite de Galina. A un certain moment, on le convoque par haut parleur dans le local des gardiens. Galina s'inquiète. Il y va et revient avec un paquet. Les gardiens ont voulu ouvrir devant lui un colis qu'il a reçu et en faire l'inventaire. Il contenait un rameau de laurier, des glands de chêne, deux pots de miel (dont un brisé) et des pruneaux. Un mot en français les accompagnait, que Youri a traduit à sa femme et qu'elle me répète au téléphone : "Nous vous souhaitons courage, force et santé." (Maude Chatillon - Le Coudray, 44630 Plessé - France). La couronne de lauriers ceignait le courage des vainqueurs à Olympie, le chêne symbolise la force, le miel et les pruneaux sont bénéfiques pour la santé. Il a été touché aux larmes. Ce sont les joies du prisonnier.

Wladimir Tchertkoff

 

21 mars 2004, nouvelles de prison du professeur Youri Bandazhevsky:

"Ne crois rien, ne crains rien, ne demande rien."

Devant le refus de la grâce, que les autorités avaient fait miroiter, devant le déni de la relégation, à laquelle l'amnistie donnait droit, je constatais dans les précédentes nouvelles de prison qu'un jeu cruel avait repris de la part des autorités biélorusses pour détruire Bandajevsky.

Par surprise, ce jeu a sorti l'effet contraire à celui qui était probablement escompté par ses ennemis. La honte de s'être plié à redemander la grâce, à laquelle il ne croyait plus, l'humiliation d'être pris en dérision par le refus sarcastique de Loukachenko, qu'il prévoyait, semblent avoir guéri Youri Bandajevsky d'une longue maladie. Il est toujours en prison, mais cette fois-ci en homme libre, déterminé à se battre. Il s'est affranchi de la peur. Les promesses trompeuses, les délires tactiques, les espoirs irrationnels, qui secouaient ses nerfs et paralysaient son esprit, sont tombés en poussière. En poussant jusqu'au bout leur mystification, en lui signifiant clairement qu'il n'y avait rien à attendre d'eux, les ennemis de Youri, qui pensaient sans doute l'abattre, ont détruit en réalité leur crédibilité et l'ont restitué à lui-même. Les dissidents soviétiques ont forgé la maxime qui exprime par 3 refus la détermination de rester libre dans un goulag: "Ne crois rien, ne crains rien, ne demande rien." L'attitude actuelle de Bandajevsky se résume dans cette formule. C'est un autre homme, - calme et déterminé, - que Galina a écouté et observé pendant les 3 jours de visite qu'elle vient d'avoir en prison. "Il a grandi. Il est supérieur à ce qu'il était avant l'arrestation", m'a-t-elle dit.

Les quelques lettres, que Galina avait reçues de Youri après le double bluff des autorités, avaient déjà un autre ton. Elle avait l'impression qu'il y avait une nouvelle solidité et lucidité en lui. "Sois tranquille, je connais tous mes lycanthropes", lui écrivait-il, sans se soucier de la censure, en réponse à ses recommandations de bien réfléchir avant de décider quoi que ce soit. Tandis qu'auparavant Youri se plaignait et se lamentait dans ses lettres, maintenant il consolait la famille et l'exhortait à tenir le coup. Il semblait se préparer à rester encore longtemps en prison. Galina n'osait pas croire, mais la visite a confirmé ce changement.

Youri ne se pardonne pas d'avoir demandé la grâce une seconde fois. Il s'exprime sans crainte. " Si la relégation, à laquelle j'ai droit depuis l'amnistie, m'est refusée, il faudra attaquer durement par tous les moyens, juridiques, diplomatiques, dans la presse nationale et à l'étranger. En réalité, ce sont des couards. Ils craignent ceux qui parlent, non ceux qui se taisent. Pourquoi m'a-t-il fallu tout ce temps pour comprendre?"

Le troisième jour, avant de partir, Galina a osé dire à Youri que l'avocat Pogoniailo, dans une interview mordante à journal de l'opposition (BDG), avait ironisé sur les réponses, que le gouvernement biélorusse a adressées au Comité des droits de l'homme de l'ONU. Dans un texte de 7 pages, le gouvernement, qui s'est longuement étendu sur le bien fondé de l'accusation, argument qui n'intéresse pas le Comité, n'a rien répondu aux accusations d'avoir violé les articles 7, 9, 14, 17, et 19 du Pacte international sur les droits civils et politiques. "Pourquoi ne m'as-tu rien dit? C'est important!" - "Avant, tu me réprimandais pour ces choses, tu disais que cela te nuisait." - "J'étais un imbécile Je ne suis plus le même. Je me suis rétabli...

La mère de Youri, présente à la visite de 3 jours, continuait à le raisonner pour qu'il soit prudent et qu'il renonce à cette plainte devant le Comité des droits de l'homme l'ONU. Il lui a répondu : "Mère, tu appartiens à la vieille génération communiste. Toute ma vie tu m'as inculqué cette peur"

Galina est frappée par la transformation psychique et aussi physique de Youri. Il a une excellente mine. Il fait de la gymnastique et de longues marches quotidiennes dans l'aire de la prison. (Il lui a demandé de nouvelles chaussures de marche, les siennes étant usées.) Son système nerveux s'est rééquilibré. Il dort quand la nuit arrive, tandis que Galina a de la peine à s'endormir. Le teint gris a disparu de son visage. Il est en bonne santé et plein d'énergie. "Tu ne t'y attendais pas! Je me sens l'énergie de mes vingt ans. Je travaille à un grand manuscrit, vous serez étonnés Je n'abandonnerai jamais ma science. Si j'ai enduré ces trois années, je saurai parcourir dignement mon chemin jusqu'au bout."

La situation juridique est la suivante. L'amnistie générale a été appliquée au cas de Bandajevsky, qui de ce fait a droit à la relégation à partir du 3 janvier 2004. La direction de la prison l'a hospitalisé pendant quelques jours pour une expertise médicale, qui doit établir si il peut être envoyé en relégation. Entre le 20 et le 25 mars (plus probablement le 25) la direction décidera sur la transmission ou pas de son dossier au tribunal, qui viendra siéger en prison, au plus tard le 10 avril, pour formaliser l'adoucissement de la peine.

Devant les doutes de Galina, Youri a juré qu'il n'a jamais rien signé concernant la relégation à Vetka et que cette prétendue signature de documents n'est même pas requise. Kovchur a menti à Galina. En outre, Youri peut, c'est son droit, demander au tribunal d'être assigné dans un lieu proche de la famille, par exemple à Molodetchino, à 70 Km de Minsk. Troisièmement, même si le tribunal décidait d'autorité de l'envoyer à Vetka, il n'y aurait pas de quoi remettre en question la relégation. Bandajevsky est mieux armé que les habitants de Vetka, pour savoir comment limiter la contamination. Tout cela, ce sont des prétextes pour dramatiser son cas et refuser la relégation. Au début de 2005, Youri aura droit à la libération conditionnelle.



Youri et Galina nous demandent d'envoyer le plus rapidement possible
à

KOVCHUR Vladimir Alexandrovich
KIN ­ Komitet Ispolnenia Nakasaniy
Ul. Oranskogo, 1
220006 Minsk,
BELARUS
Fax : 00375 172 261801
00375 172 261806


et au directeur actuel de la prison :

BARINKOV Youri Alexandrovitch
U.Z.H. 15-1
Ul. Kalvarijskaia, 36
220600 Minsk
BELARUS

le maximum de lettres individuelles, dans le même style que celles envoyées le 25 février par nos 4 ONG françaises au même Kovchur et au Ministre de l'Intérieur. Des lettres qui ne soient pas des demandes de libération pour des raisons humanitaires, mais, pour commencer, des exigences pour que le droit à la relégation de Youri soit respecté. On peut se référer au Code pénal: "Conformément aux art. 90-91 du Code pénal de la République du Belarus, la peine de Y. Bandajevsky peut être remplacée par une peine plus légère après qu'il ait purgé pas moins de la moitié de la peine fixée par le tribunal, c'est à dire après 06.03.2004."
En réalité, les deux amnisties ayant réduit la peine à 6 ans, la moitié, 3 ans, échoit selon mes calculs le 3 janvier 2004 (première arrestation du 13.07 au 27.12.1999 + deuxième arrestation du 18.06.2001 au 03.01.2004 = 3 ans).

Youri a rempli 9 grandes boîtes en carton de lettres qu'il a reçues depuis qu'il est en prison. Galina lui a suggéré de réduire cette masse, de faire un choix. "Pas question, ce sont des personnes vivantes qui m'ont écrit, c'est ma vie. Je les conserve toutes." Il regrette que les envois soient diminués ces derniers temps, sans doute à cause de l'attente de son éventuelle libération. Il est sensible au moindre petit mot, à la petite branche séchée que quelqu'un lui envoie, aux dessins d'enfant. Il demande de ne pas arrêter de lui écrire et de l'excuser s'il ne répond pas. Les envois de publications scientifiques sont très précieux. Il a reçu dernièrement des textes très intéressants, dit-il, accompagnés de crèmes after shave.

Revenant à sa seconde naissance, à sa reprise en mains de soi-même, il dit "Ne craignez pas de parler ni d'écrire."

Si les villes de France, qui ont honoré le dissident scientifique, ainsi que les avocats du réseau du "Mémorial de Caen", où l'injustice faite à Bandajevsky a été stigmatisée par la victoire de la plaidoirie de l'avocat québecois Choinière, écrivaient en masse aux autorités biélorusses, en réclamant le respect du droit, ce serait une excellente chose en ce moment.

Ce sont les nouvelles de prison, que je peux vous transmettre aujourd'hui.

Wladimir Tchertkoff

 

 

13 - 27 février 2004, Wladimir Tchertkoff
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"

Nouvelles sur une relégation sans cesse différée

Le jeu cruel a repris en plein pour détruire les Bandajevsky. Peut-être était-il scientifiquement préparé de longue date. La grâce présidentielle a été refusée au courant du mois de janvier et Youri Bandajevsky est toujours en prison, bien que la seconde amnistie générale, votée par le parlement biélorusse depuis son incarcération, lui donne droit de sortir des 4 murs qui l'enserrent depuis trois ans et d'aller en relégation.

Entretien Galina -Kovtchour

Le matin du vendredi 13 février, Galina est allée parler à M. Kovtchour (Comité exécution peines CEP), pour essayer de négocier pour Youri une destination différente de celle de Vetka. Elle lui a annoncé un seul argument à discuter : "Le destin de mon mari à partir de maintenant". Réponse : "Si vous voulez mon opinion, il restera en prison encore un an." Prise de court, déstabilisée, Galina : "Mais la relégation..." - Kovtchour : "Mais savez-vous, où il a demandé d'aller?! Il a demandé Vetka! Nous lui avons proposé d'autres endroits. Il brûle d'aller seulement là-bas. Il l'a motivé par la volonté de continuer ses recherches dans le territoire contaminé. Nous refuserons pour raisons de santé. C'est un territoire contaminé à plus de 40 Ci au Km2, il devra faire des travaux durs, abattre les arbres dans la forêt, un froid à pierre fendre. Avec son ulcère, les problèmes au coeur qu'il a eus, nos médecins n'accepteront jamais." Galina : "Comprenez qu'il est psychiquement malade. Si vous le retenez encore un an, ce sera un zombie qui sortira de chez vous." Kovtchour : "Il a signé sa demande. Le tribunal ne peut pas l'obliger par la force." Galina suppliante: "Mais, quand même, faites quelque chose, vous savez dans quel état de nerfs et mental il se trouve." Kovtchour (argument de repli?) : "Quel que soit le lieu de la relégation, les travaux seraient de toute façon trop durs pour lui. Dans un an il aura la libération conditionnelle." Galina : "Ce n'est même pas sûr, car le refus de la grâce précise qu'il doit restituer 35.449.200 roubles à l'État, sinon c'est toute la durée de la peine en prison." (A vérifier. w.t.) Et, à supposer que nous trouvions cet argent, ce serait la reconnaissance formelle de la culpabilité." Kovtchour : "Mon opinion est qu'il restera chez nous encore un an."

L'impression de Galina est que Kovtchour n'est pas libre, qu'il lui répond suite à des ordres reçus.

La conversation s'est déroulée dans son bureau, continuellement interrompue par des collaborateurs, qui venaient faire signer des documents, soumettre des problèmes, rendre compte de questions en cours. Dès qu'ils se trouvaient seuls, Galina, désespérée, le suppliait de chercher une solution. A la fin, il a dit "Bien. J'irai le voir, je ne lui ai pas encore parlé. Mais, je ne suis pas seul à décider. En ce moment, je ne suis pas en mesure de traiter cette question avec vous, de faire quelque chose. Attendons une paire de mois." - "Pourquoi deux mois?" - "Le début du printemps, que finissent les grands froids." Mais l'impression de Galina est que c'était une façon de mettre fin à l'entretien.

Kovtchour n'est pas un mauvais type, mais, bien que chef de son administration ayant pouvoir de décision, il semble que dans le cas présent sa latitude de décider se soit subitement restreinte.

Pourquoi Youri a-t-il demandé Vetka ?

Donc, Youri n'aurait pas dit la vérité à Galina, quand il disait qu'il n'avait pas le choix quant au lieu de destination de sa relégation (cf. NP du 8.02.04).

Pourquoi? Une des hypothèses de Galina et de Vassili est qu'il a été persuadé par Konopliov (le député, qui manipulait Youri avec de fausses promesses pour qu'il rompe avec Galina - cf. NP du 12.06.02 et suiv.), que la seule possibilité d'obtenir la relégation était de la motiver par le travail scientifique dans les territoires contaminés, conformément à l'appel des parlementaires à Loukachenko en juillet 2003 (cf. NP du 23.08.2003). Youri serait tombé dans le panneau.

Son choix s'est effectué avant le refus de la grâce. Les fonctionnaires du CEP ont présenté à Youri les documents à signer le 6 janvier, date à laquelle sa détention en prison atteignait les 3 ans et à partir de laquelle il avait droit à la relégation, suite à la seconde amnistie générale votée par le parlement. A cette date, Youri pouvait soit opter pour la relégation, soit attendre pendant un an en prison la libération conditionnelle anticipée. Doutant que Loukachenko lui concède la grâce, sans attendre la réponse du Président, il a signé pour obtenir au moins la relégation à Vetka. Ceci n'empêchait pas Loukachenko de le gracier. Mais la motivation de continuer les recherches sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl pouvait et a pu irriter le chef de l'État, au moment où tous les instituts spécialisés dans ces recherches sont en voie de démantèlement définitif. Était-ce un piège tendu par ceux qui voulaient empêcher le scientifique de poursuivre son oeuvre? C'est une explication possible.

Bandajevsky monnaie d'échange ?

D'autre part, il y a cette phrase que l'ambassadeur français a prononcée à Galina, lors d'un entretien qu'ils ont eu le 9 février dernier : "L'actuel ministre des Affaires étrangères a compris que Bandajevsky pouvait constituer une monnaie d'échange. Ils veulent quelque chose." Il l'a dit avant de connaître ce revirement de Kovtchour. Donc sur une impression qu'il a eue indépendamment, par d'autres signes. Se profile alors une autre hypothèse : derrière l'intransigeance de Kovtchour, faire mettre le prix dans une négociation éventuelle

Toutes les manoeuvres et signaux dans la direction d'une grâce possible n'auraient été alors qu'un miroir aux alouettes pour susciter un espoir et une attente chez ceux qui luttent pour libérer Youri et faire pression pour qu'une négociation avantageuse s'enclenche. En même temps on offre une justification "plausible" pour refuser la relégation, au nom de la santé, et donc avoir à sa disposition tant le bâton que la carotte pour négocier.


Démarches auprès des autorités bélarusses

Le sentiment de totale impuissance et d'isolement, à la merci d'un pouvoir illimité, comme aux premiers jours de l'arrestation, en juillet 1999, m'a été transmis par Nesterenko, quand il m'a demandé que nous fassions des appels à tous les niveaux de l'administration et du pouvoir politique biélorusses. Il s'est repris aussitôt, se rendant compte que tout cela a déjà été joué et que les autorités biélorusses s'en moquent. L'impression est que quelque chose ne pourra être obtenu que par des donnant donnant politiques entre l'Occident libre et le Belarus...

Néanmoins, il reste le dossier sur les violations des droits de l'homme au Haut Commissariat des Nations Unies. Dans sa réponse aux observations et aux critiques du Commissariat le gouvernement du Belarus esquive l'essentiel en parlant de ce qui justifierait le procès et la condamnation de Bandajevsky, - ce qui n'intéresse pas Genève, - sans répondre sur les violations des droits de l'homme incriminées. Parmi les arguments avancés le gouvernement a insisté sur la parfaite santé de Bandajevsky, grâce aux parfaites conditions de détention. Garri Pogoniailo, qui rédige en ce moment ses commentaires à cette auto-justification du gouvernement, qu'il devra transmettre à Genève au plus tard le 2 mars, suggère de contre-attaquer sur cette contradiction : d'un côté le gouvernement soutient que Bandajevsky est en bonne santé, de l'autre il apparaît que la prison en a fait in invalide incapable de travailler en relégation. Dans une lettre adressée, le 24 février, par quatre organisations françaises au Ministre de l'Intérieur du Belarus, NAUMOV, il est dit :

"Nous avons été informés que des conditions de vie particulières ont été créées [en prison] pour le professeur, ainsi que des conditions de travail lui permettant de poursuivre en partie sa recherche scientifique. Nous considérons que c'est uniquement grâce à cela que l'état de santé physique et moral de Youri Bandajevsky a pu être estimé comme " satisfaisant " par les médecins de l'Hôpital républicain du ministère de l'Intérieur, dans la réponse que votre gouvernement a adressée au Haut Commissariat aux Droits de l'Homme des Nations Unies.
Nombre d'organisations internationales non gouvernementales ainsi que les scientifiques du monde entier sont préoccupés par le sort futur du chercheur biélorusse dont les travaux présentent un énorme intérêt pour l'humanité tout entière. 15 villes de France, y compris Paris, ont octroyé à Youri Bandajevsky le titre de Citoyen d'honneur. 13.000 personnes ont signé un texte demandant sa libération.
Le professeur est en prison depuis plus de trois ans. Dans cet intervalle de temps il s'est vu par deux fois appliquer la loi sur l'amnistie et son temps de peine a été diminué de deux ans.
En présence des ambassadeurs de France et d'Allemagne, qui ont rendu visite au détenu à la colonie, le 9 avril 2003, ainsi que lors de la visite du responsable de la délégation de l'OSCE, monsieur Heyken, le directeur du Comité d'exécution des peines a déclaré, en se fondant sur les art. 90 et 91 du Code de droit commun de la République du Bélarus, qu'après écoulement de la moitié du temps de peine, assigné par la Cour, la peine de Bandes-vidéo serait remplacée par une punition moins lourde.
Nous vous saurions gré d'appliquer au professeur l'adoucissement de la peine prévue par la loi en mettant fin à son séjour en prison le plus tôt possible. Ce sera une mesure pleine d'humanité à l'égard de ce grand savant dont le sort préoccupe le monde entier.
Nous ne doutons pas qu'une fois libéré, Youri Bandajevsky continuera son travail scientifique pour la protection des populations, vivant dans les régions du Bélarus contaminées par la catastrophe de Tchernobyl.
Nous vous prions de bien vouloir nous communiquer votre décision au "Comité Bandajevsky".
Avec nos remerciements anticipés, veuillez croire, Honoré Vladimir Alexandrovitch, à nos sentiments distingués.

Pour Amnesty International, Carine Hahn;
Pour France Libertés, Anne Guérin;
Pour Enfants de Tchernobyl Belarus, Solange Fernex;
Pour le Comité Bandajevsky, Maryvonne David-Jougneau

 

Une lettre analogue a été adressée au directeur du Comité d'exécution des peines, Vladimir Kovtchour.

Deux lettres de la famille Bandajevsky

Hier, Galina m'a envoyé cette correspondance entre Youri et sa famille, pour que je la fasse lire à ses amis d'Occident.

Bonjour, mes chéries, mes bien-aimées
Nous sommes le 22 février, dimanche. C'est aujourd'hui le jour du pardon [le dimanche qui précède le carême dans la tradition orthodoxe] aussi je vous demande pardon à vous, mes chéries, à mes amis et aux gens que je ne connais pas mais qui m'ont soutenu pendant tout ce temps. Je demande pardon pour toutes les difficultés que je vous ai créées et pour la vie dure et difficile à laquelle j'ai condamné mes plus proches, celles que j'aime le plus. Je vous aime tous beaucoup, votre sollicitude et votre soutien me sont très précieux. Je voudrais par dessus tout être utile et nécessaire non seulement à ma famille mais à mon peuple. Je pourrais parler longuement de cela mais les conditions ne me le permettent pas encore.
Courage, mes chéries! C'est dur mais que faire, nous devons tous rester unis, nous devons être patients. Courage et surtout pas de larmes. Nous n'avons à attendre de miséricorde, de compassion ni surtout de justice de personne. Je l'ai définitivement compris. Je vous appelle, mes chéries, à porter votre croix avec dignité. Il y a beaucoup de choses que nous ne pouvons comprendre dans ce monde. Je veux vraiment survivre et j'essaie de ne pas dépérir. Si je tiens encore le coup, c'est bien grâce à vous et aussi, bien sûr, à mes amis. Merci à vous tous.
Je bavarde constamment avec notre Ekatérina qui me regarde de sa photo et me demande "Alors grand-père, qu'est-ce qu'on fait?" Et je ne veux pas me montrer faible devant elle. Les enfants sont notre avenir et nous devons les aider à devenir forts et en bonne santé. C'est ce qui me pousse à continuer à vivre et me fait penser que je suis encore capable de leur être réellement utile. Le sort a voulu que dans ma famille il n'y ait que des femmes, aussi je vous souhaite à toutes une excellente Fête du Printemps [il appelle ainsi la fête des femmes du 8 mars.] Beaucoup de santé et de bonheur!
Je vous embrasse et je vous aime beaucoup!
Youri

La famille a répondu

Bonjour cher petit papa et grand-père!
Nous avons reçu ta lettre. Nous sommes les 26 février. C'est formidable que tu gardes ainsi ton moral et qu'en plus tu essaies de nous encourager et de nous soutenir. Je comprends à quel point c'est dur et pénible mais il faut continuer à vivre. Je suis heureuse de voir que tu gardes ton calme et que leur nouvelle tromperie ne t'a pas brisé. En toute sincérité, j'avoue que j'ai eu très peur que cela n'arrive. Chez nous les lois prennent la forme qu'on leur donne au gré des besoins. En ce qui nous concerne, ils les manient comme bon leur semble. C'est partout tromperie et mensonge. Dieu est leur juge.
Nous sommes toujours à tes côtés, nous te soutenons, nous vivons de tes problèmes et de tes soucis. C'est plus facile quand on est ensemble. Soyons courageux et cherchons de quoi nous consoler même dans cette vie si pénible. Quelle joie pour toi que tes ouvrages commencent à vivre, que tu aies des amis fidèles, une famille qui t'aime et qui tient à toi. Ménage-toi, la santé est notre bien le plus précieux. Si tu gardes la santé, tout le reste viendra avec. Je te souhaite beaucoup de sagesse, de force morale et de foi en la justice. La justice finira par triompher un jour, j'en suis sûre.
Nous t'embrassons, te serrons dans nos bras et attendons avec impatience ton retour à la maison
Ta famille

Dernière nouvelle

Galina m'a appelé au moment où je terminais ces Nouvelles pour me dire, que le jeudi 26 février, la télévision d'état du Belarus a transmis un service sur le congrès international des organisations non gouvernementales de défense des droits de l'homme, qui s'est tenu récemment pendant trois jours à Minsk. La télévision a déclaré que l'objectif de ce congrès était de subvertir l'ordre établi au Belarus, avec la participation de l'épouse du Prof. Bandajevsky, le scientifique ex-recteur de l'Institut de médecine d'état de Gomel, incarcéré pour concussion. La télévision a montré Galina en gros plan pendant ce commentaire du journaliste, qui a eu aussi des expressions peu flatteuses à l'encontre de l'ambassade de France. Galina, qui est restée deux heures à ce congrès pour rencontrer entre autres les représentants d'Amnesty International et de la FIDH, venus de Londres et de Paris, et pour les remercier de leur soutien à son mari, est évidemment sous le choc et se demande ce que cela peut présager. Elle m'a dit que Youri est le seul détenu "politique" en ce moment au Belarus, du fait que c'est le seul au sujet duquel l'Occident fait des appels de libération.

S'agit-il d'une surenchère pour inciter les pays occidentaux, qui défendent les droits de l'homme, à entamer des négociations politiques pour la libération de ce prisonnier de conscience?
S'agit-il - dernière hypothèse, la moins optimiste - de la volonté de Loukachenko de salir au maximum Youri Bandajevsky (et sa famille), voire de le restreindre dans son droit au moment où le Belarus risque d'être condamné par le Haut commissariat aux droits de l'Homme, face en particulier à son opinion publique au Belarus ?

Wladimir Tchertkoff

www.comite-bandajevsky.org

 

2 février 2004

Grâce présidentielle refusée

Le 12 janvier dernier, Galina Bandajevskaya a appelé l'administration du président Loukachenko pour savoir si une décision avait été prise concernant la grâce de son mari. On lui a répondu : "La semaine dernière, la Commission des grâces, qui instruit les dossiers, a émis une conclusion positive. Mais tout dépendra de la décision du Chef de l'État." - "Quand pourrai-je la connaître?" - "Appelez dans une semaine."

Au bout d'une semaine, même réponse.

Le 29 janvier, Galina apprend au Comité d'exécution des peines que la grâce a été refusée et que Youri a signé la demande d'être envoyé en relégation dans le district de Vétka. L'amnistie, entrée en vigueur le 14 janvier, réduisant sa peine d'une autre année, lui donne ce droit. "C'est la voie la plus légère pour moi" - lui a-t-il dit, lors d'une conversation téléphonique, qui leur a été autorisée. Il restera un an à Vétka, soumis à des travaux qui avec la science n'auront rien à voir. A partir du 6 janvier 2005, il pourra bénéficier d'une remise conditionnelle de peine, qui le rendra libre sur tout le territoire du Belarus.

Dans la lettre de refus de la grâce il est dit que Bandajevsky pourra réitérer sa demande, à condition de se repentir et de restituer les milliers de dollars que soi-disant il doit à l'état.

Loukachenko, qui a laissé croire qu'il était enclin à faire le beau geste et a déclenché la procédure de demande de grâce, s'est joué de tout le monde, y compris la Commission des grâces, qui a donné un avis favorable. Il s'est moqué des appels de l'opinion publique occidentale, qui a espéré, eu égard à l'insistance avec laquelle l'administration carcérale a fait pression pour que Youri écrive au Président : l'administration n'aurait jamais pu prendre cette initiative de son propre chef sans un ordre venu d'en haut. (Voir Nouvelles de prison du du 14 déc. 2003 - Le directeur du Comité d'exécution des peines à Galina : " je m'interoge, pourquoi m'ont-ils tellement pressé pour la transmission du dossier de demande de grâce?"). Loukachenko a tourné en dérision les démarches diplomatiques des pays riches, dont il sait que le contrôle sous lequel il tient les populations contaminées par l'industrie nucléaire arrange beaucoup de monde. Les 8 violations au Code Pénal du Belarus, dénoncées par l'OSCE au cours du procès, ne sont pas son affaire. Il a dédaigné la requête des scientifiques de Russie, qui l'ont prié de "mettre fin aux poursuites, selon nous non fondées, dont le prof. Y.Bandajevski est la victime, et de lui donner la possibilité de poursuivre ses recherches sur les effets sanitaires des radionucléides incorporés, recherches dont la portée ne peut être surestimée". Loukachenko s'est joué de tout le monde, mais singulièrement il n'a pas dupé Bandajevsky, qui n'y croyait pas. En choisissant la relégation au lieu d'attendre encore un an en prison la remise de peine, Youri a choisi la voie la plus légère.

Loukachenko a méprisé l'appel même de son Parlement. En juillet 2003, un groupe de députés de la Chambre des Représentants, membres de l'Assemblée nationale du Belarus, lui a adressé un pressant appel, qui se terminait par ces mots :

[.....] nous nous adressons à vous, Alexandre Grigorievitch, avec la prière de prendre une décision politique et humanitaire en libérant le professeur Y.Bandajevsky, en considération de ses mérites scientifiques et de l'utilité qu'il pourra encore apporter à notre peuple, victime de la catastrophe de Tchernobyl.

[.....] seul vous pouvez aujourd'hui permettre à Youri Bandajevsky de reprendre ses recherches si essentielles pour les aides que le monde doit fournir à notre pays victime de la contamination radioactive. Dans l'intérêt de notre peuple, dans l'intérêt de toutes les victimes de cette catastrophe et pour la santé de ceux qui pourraient être victimes un jour d'un pareil malheur, nous vous prions instamment de mettre un terme à ce que le monde appelle l'"affaire Bandazhevsky".

Le 8 août, le Vice président de la Commission des droits de l'Homme du Parlement biélorusse écrivait au Comité Bandajevsky à Grenoble :

Le Président envisage la possibilité d'examiner une deuxième fois la question de la concession de la grâce à Y.I. Bandajevsky, si celui-ci en fait la demande au Président de la République du Belarus suivant les formes requises.

En même temps, le Comité d'exécution des peines et la direction de la prison recevaient l'ordre d'obtenir rapidement la demande de grâce du détenu. Ils ont dû insister à plusieurs reprises, pendant le mois d'août, pour que Youri Bandajevsky, qui n'y croyait pas et ne voulait pas se soumettre en vain à une nouvelle humiliation, écrive encore une fois au Président pour lui demander la liberté. Galina lui a dit : "de toute façon, tu n'as rien à perdre. Il faut le faire. Tes amis de l'étranger, Nesterenko, moi, tes filles le souhaitons et te le demandons." Il le fit finalement à notre demande, sans se repentir d'un délit qu'il n'avait pas commis. (voir Nouvelles de prison du 23 août 2003)

Le seul fait incompréhensible c'est le choix de Vétka, alors que Galina et Natacha, leur fille plus jeune, vivent désormais à Minsk. Vétka est un territoire contaminé jusqu'à 40 Curies par kilomètre carré et il est tout proche de Gomel, ville dont l'establishment est hostile à Bandajevsky. Cela inquiète Galina, qui craint l'emprise et le contrôle des forces hostiles à son mari. Il n'est pas exclu que le député Konopliov, qui s'est introduit en Juin 2002 dans la vie du prisonnier, n'ait pas lâché prise. Il est possible que, bien qu'on n'ait plus entendu parler de lui depuis un an (Nouvelles de prison 8.12.02), il ait continué à le conditionner en le persuadant que, si à la sortie de prison il allait reprendre contact avec Belrad, où Galina travaillait déjà, les choses pourraient prendre une mauvaise tournure pour lui. Youri pourrait avoir voulu marquer un temps de transition, une distance par rapport aux questions qui ont causé son malheur, pour calmer ses ennemis. Mais il aurait pu demander un autre territoire. Galina craint à Vétka précisément ses ennemis.

Wladimir Tchertkoff eandreoli@vtx.ch
"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"

 

 

"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"

Professeur Youri Bandazhevsky

Nouvelles de prison: 14 décembre 2003

Le 9 décembre, Galina Bandajevskaya est rentrée à Minsk d'Allemagne, où elle accompagnait le professeur Nesterenko, invité pour des conférences par les associations qui soutiennent ses derniers 20 Centres locaux de contrôle radiologique dans les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl. Le 10, elle est allée en prison pour une visite de 2 jours à son mari.

La veille de son départ pour l'Allemagne, le 2 décembre, Galina a eu un entretien avec M. Kovtchour, directeur du Comité d'exécution des peines, pour le consulter sur l'opportunité de présenter une demande de libération de Bandajevsky pour raisons de santé. Kovtchour a déconseillé de le faire, parce que la santé de Youri n'était pas suffisamment alarmante en ce moment pour garantir une réponse positive, mais surtout parce que sa libération  était proche, selon lui, grâce à la prochaine amnistie générale. Parallèlement il semblait que le Service de citoyenneté et de grâce du Président examinait la demande de libération, que Bandajevsky avait récemment adressée à Loukachenko, à la demande de l'administration pénitentiaire elle-même. 

Deux sont les voies, en effet, pour la libération de Bandajevsky, et toutes les deux semblent se préciser depuis les dernières nouvelles :

1) L'amnistie - Le 2 décembre dernier, Kovtchour a été explicite et formel avec Galina  : "Je vous garantis que nous proposerons la libération du professeur Bandajevsky en tête de liste. Nous en avons assez de lui. Grâce à la loi d'amnistie, dont le Parlement a commencé la seconde lecture, il sortira au plus tard en avril, sinon en février si la loi est votée avant la fin de l'année. Ceci dit, je m'interoge aussi : pourquoi m'ont-ils tellement pressé pour la transmission du dossier de demande de grâce?" Le Code Pénal de la République du Belarus établit que c'est le Comité d'exécution des peines qui décide de la transmission de la demande de grâce au président de la République, en formulant "une appréciation sur la personnalité du condamné, sur sa conduite, sur son attitude face au travail et à l'éducation pendant qu'il purge sa peine, sur son attitude par rapport au délit commis, ainsi que d'autres circonstances qui méritent attention et qui confirment que le condamné a atteint un certain degré de redressement." Kovtchour a assuré Galina, qu'ils ont fait le nécessaire pour aider à la libértion de Youri. Il l'a dit également à l'actuel directeur de l'OSCE à Minsk.

2) La grâce - Ce serait la meilleure issue, car Bandajevsky serait immédiatement et totalement libre, alors que s'il n'était libéré que par l'amnistie, il serait bloqué au Belarus jusqu'en 2009, avec obligation de se présenter régulièrement au commissariat de police. En outre, l'exercice des fonctions administratives lui serait interdit jusqu'en 2014.

Galina a prié Kovtchour de téléphoner au directeur du service des grâces de l'administration du Président pour en savoir plus. Kovtchour a préféré s'abstenir. Alors Galina a demandé à sa belle-mère de le faire, vu que déjà en 2001 elle a été reçue par ce personnage. Il lui a répondu : "Nous ne pouvons pas encore vous réjouir, ni vous attrister non plus. Car nous avons encore beaucoup de cas à examiner." Cette réponse confirme l'information qui circule parmi les journalistes de Minsk, selon laquelle Bandajevsky est inséré dans la liste des candidats pour la grâce présidentielle. Ils seraient en train de décider.

Le contexte politique - Les rapports entre Loukachenko et Poutine ne s'améliorent pas et le premier semble en ce moment moins contraire à l'Occident, auquel il demande de l'aide pour ses problèmes avec les immigrants clandestins d'Asie et d'Extrême Orient, et pour le flux d'armes et même d'uranium enrichi, qu'il intercepte en provenance de l'est. (Reuters, 06.12.03) Il y a trois jours, Loukachenko a déclaré au sommet de l'information à Genève : "Nous avons de quoi informer les chercheurs et les étudiants du monde sur la santé des habitants contaminés par la catastrophe de Tchernobyl."

Youri Bandajevsky - Tout ceci peut continuer à nous donner de l'espoir, mais ne suffit pas à rassurer Youri Bandajevsky, dont l'esprit, confronté à l'arbitraire absolu depuis quatre ans, a perdu toutes les références au droit, à la justice et à la vérité concernant son sort. Il est intimement convaincu qu'ils peuvent dire et faire n'importe quoi avec lui. Tout, à ses yeux, pourrait n'être qu'un théâtre trompeur. Il a dit à Galina que quand et si il sera libéré, il lui faudra au moins six mois pour retrouver une appréhension objective et normale de la réalité.

Le 3 décembre dernier, le responsable actuel de l'OSCE à Minsk est venu le voir. Cette rencontre a été précédée par une certaine agitation de la direction de la prison. Le directeur est venu se rendre compte de l'état de sa cellule et a ordonné quelques réparations. L'hôte et le détenu ont été invités dans le bureau du directeur, où une tasse de thé leur a été servie. Le directeur et son assistant étaient présents, discrètement absorbés par leur travail dans un coin du bureau, mais le thème de la conversation n'a pu, évidemment, qu'être très général.

Son état de santé - Physiquement Galina a trouvé son mari amaigri. Il n'est plus bouffi, il a un aspect plus sain, malgré la grippe, le rhume et la toux. Moralement c'est toujours la dépression, une profonde insécurité, l'obsession compulsive d'un doute permanent. Il interrompait sans cesse la conversation avec Galina par les mêmes questions, "Tu y crois? Tu crois que je sortirai bientôt?". Il tournait comme un écureuil en cage.

La moindre violence, - la prison est faite de violences continuelles, quasi "normales" - lui fait perdre le contrôle de ses nerfs à fleur de peau. Le colis que Galina lui a apporté était très lourd. A cause de la cicatrice de l'appendicite encore fraîche, il ne devait pas le soulever. La règle veut que chaque détenu s'arrange lui-même avec son colis. Il s'est mis d'accord avec un gardien pour que quelqu'un l'aide à le porter jusqu'à sa cellule. Mais au moment de quitter la chambre de la visite, le gardien n'était plus le même. Quand Youri est sorti pour lui demander de l'aide, il s'est fait rabrouer méchamment (Galina entendait derrière la porte) : "Alors quoi, tu te crois spécial chez nous? Ici, tu es comme tout le monde! Arrange-toi." Youri a tenté de lui expliquer, qu'il ne pouvait pas et que si on ne l'aidait pas, il resterait sans nourriture, mais l'autre l'a repoussé durement. Quand il est rentré, il était blanc comme un drap, en sueur, pris d'un tremblement incontrôlable, désorienté : "Je resterai sans rien à manger. Dans un mois c'est Noël (le 7 janvier, orthodoxe) : qui sait quand vous pourrez revenir la prochaine fois?!" Au bout d'un moment, un autre gardien, qui a assisté à la scène et a vu dans quel état il était, est entré : "Calme-toi, nous résoudrons ton problème positivement." A la fin, le colis a été transporté par un détenu. "Ils m'humilient continuellement".

Galina observe que Youri est complètement différent des autres détenus. Elle a assisté à des scènes analogues entre femmes porteuses de colis, gardiens, qui faisaient obstacle à la transmission des denrées, et maris ou frères détenus, qui voulaient les prendre. Les conflits se résolvaient tantôt avec des jurons accompagnés parfois de rigolades, tantôt dans la soumission, en acceptant l'humiliation, sans tragédies.

Galina souligne que les détenus traitent Bandajevsky avec respect et même avec une certaine sollicitude et affection. Ils ont de la peine pour lui

Publications scientifiques - Youri a été littéralement transfiguré en voyant ses articles publiés dans les journaux scientifiques "Cardinale" et "Swiss Med Wkly" (fruit du symposium organisé par Michel Fernex à l'Université de Bâle), que Galina lui a apportés discrètement. Comme d'habitude, son regard était triste quand elle est arrivée avec Natacha, sa fille plus jeune.  En s'intéressant à la vie de Natacha, en les questionnant sur Katia, sa petite-fille de Gomel et sur la santé de Olga, peu à peu la vie a reflué en lui. Mais quand il a vu les publications et qu'il s'est mis à lire ses propres textes en français et en anglais dans ces belles revues scientifiques, il a ressenti comme un choc, ses yeux se sont mis à briller. Il s'est vu rétabli dans la dignité. "C'est ma vraie réhabilitation! Un grand merci au professeur Fernex pour ce magnifique cadeau. C'est la première fois que je sens qu'il y a aussi de la noblesse en moi. Merci."

Galina lui a apporté ces publications en cachette, pour qu'il les voie. Elle a dû les reprendre et lui enverra des photocopies, car pour rester chez lui, elles doivent passer la censure. Elle raconte qu'il n'a pas dormi jusqu'à 3 heures du matin, en les feuilletant, en les lisant et les relisant des dizaines de fois.

Youri lui a dit qu'il travaille. Il écrit au moins deux pages par jour. Il travaille de mémoire (qui paraît-il est grande) et grâce aux publications que lui passe l'Ambassade de France.

 

 

- Le site Web sur Yuri Bandazhevsky -

1) Visite de l'avocat Baranov, le 31 mars 2003 et "Les enfants de Tchernobyl servent-ils de cobayes aux USA?"

2) Situation sanitaire en Belarus (Biélorussie)

3) Le procès du Pr. Youri Bandazhevsky au tribunal militaire de Gomel

4) La situation dramatique de Youri Bandazhevsky

5) Les actions et protestations pour aider Youri Bandazhevsky

Urgence pour le Pr. Youri Bandajevsky emprisonné à Minsk, est en train de mourir, demandez son amnistie, (Site de soutien). Amnesty International le considère comme prisonnier d'opinion. Nouvelles de prison. Action: - lettre au Président Loukachenko - lettre au Directeur de l'hôpital. Galina Bandajevskaya invitée par Amnesty International à Paris. Iouri Bandajevski nommé citoyen d'honneur de la Ville de Paris. Galina Bandajevskaya à Paris, et en Realaudio: "Le monstre vit encore" et "Le mensonge"

 

Nouvelles de la famille Bandajevsky

22 novembre 2003

Après la période dramatique qu'ils ont traversée dernièrement, l'état de santé de Youri, de Olga et de la petite fille nouveau-née se normalise peu à peu. Toute la famille a senti la solidarité et le soutien venus de l'Occident. Hormis la gynécologue, qui n'a pas assisté à l'accouchement difficile de Olga (l'abandonnant entre les mains de la sage femme), qui l'a mal traitée humainement et mal suivie médicalement ensuite, les médecins et les chirurgiens tant du second hôpital, qui a opéré Olga suite à l'hémorragie, que ceux de la prison, qui ont opéré Youri, ont réagi avec professionnalité et humanité. La direction de la prison a assoupli, dans un premier temps, la rigidité du règlement en autorisant des colis plus fréquents de nourriture pour le prisonnier.


Nouvelles de prison

Maintenant, terminée cette parenthèse exceptionnelle, la loi de la prison a repris son train-train. En raison du temps de détention écoulé, les visites en cabine téléphonique à travers la vitre sont désormais mensuelles, avec chaque fois un colis alimentaire de 30 kg. Galina a vu son mari le 10 novembre dernier et a constaté aussi que le régime de domination humiliante sur les personnes a repris entièrement ses droits.

Youri Bandajevsky se trouve toujours injustement détenu en prison et il n'est pas guéri du point de vue moral. Galina l'a vu arriver déprimé à l'entrevue. A peine ont-ils commencé à parler, il s'est mis à pleurer. "Je suis torturé par la dépression. Le médicaments ne me font plus rien, sinon des allergies. Je suis fatigué moralement et psychiquement." Souvenons nous de ses oscillations.

"Je veux me concentrer. J'ai encore des choses à dire." ­ juillet 2001, peu de semaines après la condamnation,.

"Pouvoir travailler me sauverait". "Mon système nerveux ne réussit pas à s'adapter". "Je ne réussirai pas à tenir le coup ici" ­ Octobre 2001.

"Je travaille dans la mesure où mon cerveau me le permet, par la mémoire des connaissances dont je disposais autrefois Je m'efforce de me tenir en mains. Il m'est très, très difficile d'être ici. Je suis en train de perdre le contact avec la réalité", Mai 2002.

"Ma position n'a pas changé : je reste fidèle à ma science Ne vous inquiétez pas pour moi, je tiendrai le coup. Il faut supporter. Je comprends tout cela."­ Juin 2002 (amélioration des conditions matérielles de détention).

"Tout m'est égal, tout m'est égal, tout m'est égal... Je ne peux pas t'expliquer ici l'énorme pression que je subis. Mon cerveau est comme un disque fêlé, qui revient toujours au même sillon. Je ne comprends pas ce qui m'arrive, je suis incapable d'avoir un regard lucide sur moi-même. Je n'écrirai plus rien. Je ne m'occuperai plus de Tchernobyl. Tu collabores avec le KGB. Je ne crois pas en ton aide " ­ Août 2002 (Substances psychotropes? Travail de Konopliov sur Youri et sur sa mère? : il avait beaucoup insisté pour avoir ses coordonnées.).


Dans sa lettre de supplication à l'ONU Galina écrit en septembre :

"On voit que c'est un homme malade, victime de notre système pénitentiaire: ils sont arrivés à dédoubler sa personnalité, à lui faire douter de lui-même, à le désorienter. C'est devenu un homme incapable de résister, une sorte de pâte à modeler dont on peut faire n'importe quoi, qu'on peut diriger à sa guise. Dans ses lettres il m'écrit une chose, à mes questions il en répond une autre. J'avais devant moi un autre homme, un homme écrasé, indifférent à tout ce qui l'entourait. Ses yeux vides au regard éteint reflétaient une énorme souffrance. C'était un homme à l'identité dédoublée, au psychisme brisé."

Nous sommes en novembre 2003. Depuis un an, de notre point de vue - l'espoir aidant - quelques signes positifs semblent se faire jour du côté des geôliers, Youri est sorti de ses égarements des premiers temps, il a compris les duperies et les manipulations dont il était l'objet, mais, de fait, depuis le 18 juin 2001, Youri Bandajevsky se trouve toujours dans la même situation d'emprisonnement, sous un contrôle arbitraire, sans aucune certitude objective, sinon celle qu'il est condamné à huit ans de prison.

A peine ont-ils commencé à parler, il s'est mis à pleurer. Comme toujours, Galina a essayé de le raisonner, en énumérant les signes positifs apparus dernièrement. Animal pris au piège, il l'écoutait de sa cabine et ce qu'elle disait passait outre. Oui, l'amnistie générale, qui entrera en vigueur en avril, donne en principe la possibilité de sortir en juin 2004. "Mais il n'y a aucune garantie. Ils font ce qu'ils veulent. Ils peuvent m'y laisser aussi bien tous les 8 ans." - "Le Haut Commissariat aux Droits de l'Homme des Nations Unies s'est saisi de ton affaire". - "Oui, oui, mais même s'il y a un blâme, qui ne concerne pas le procès mais les droits de l'homme, ils ne seront pas obligés de me libérer." - "Ils ont insisté pour que tu réitères ta demande de libération " - "Qui te dit que ce n'est pas une mise en scène. " La spirale du doute, l'absence de toute certitude, mine son esprit, maintient constante l'angoisse au creux de l'estomac, l'empêche de penser calmement. Le régime de domination humiliante dont sont faits les murs qui l'enserrent, la discipline de caserne, l'arbitraire à tous les échelons de commandement sur les soumis, ne laissent pas de marges pour la sérénité. C'est la normalité de la prison. Il est difficile d'imaginer la "normalité" d'une prison soviétique (mais sans doute de toutes les prisons).

Galina avait avec elle le colis de 30 kg, qu'elle devait passer aux gardiens à travers le guichet, avant de le quitter. Agité, il lui a dit "Tu verras, ils refuseront de le prendre. Je n'ai plus rien à manger. J'ai terminé le colis précédent." - "J'ai l'autorisation du Comité d'exécution des peines." (Nouvelles de Prison 11.10.2003) - "On ne peut pas croire à ces gens." Et en effet, le gardien a refusé le colis : "C'est l'ordre du directeur de la colonie. Vous avez épuisé le droit au colis de 30 kg. avec les colis précédents." - "Faites-moi parler avec le directeur." - "Il est absent." - "Avec son adjoint." - "Il est allé déjeuner à la maison." A la fin, le gardien a pris un saucisson et un poulet préparé par Galina. "J'attendrai l'adjoint dehors." - "Il ne faut pas Galia, ne t'humilie pas, il est impitoyable" lui a dit Bandajevsky. "J'ai l'autorisation du Comité avec moi."

Galina a attendu M. Los', l'adjoint du directeur, pendant 40 minutes, dehors, avec son colis de 30 kg. (Los' est un homme dur, que les détenus craignent et qui ne se fait voir que dans des cas où la poigne de fer ou l'intimidation sont nécessaires.Voir les Nouvelles de prison du 9.12.2002), Des détenus qui passaient se sont étonnés de la voir dehors avec le colis. Quand elle leur a expliqué : "Eh ma bonne, il fallait graisser la patte. Toute la prison vit de ça Nous connaissons Youri Ivanovitch, il souffre beaucoup N'attendez rien de Los', c'est une bête féroce." Quand la voiture est arrivée, Galina s'est armée de toupet et l'a approché. "Excusez mon impertinence de vous aborder ainsi, dehors, mais je n'ai pas pu laisser le colis pour mon mari, le professeur Bandajevsky. Pourquoi, alors que j'ai l'autorisation écrite?" Los' lui a fait l'aumône, en lui disant de choisir des denrées pour une dizaine de kg et de les laisser à l'entrée. Quelques minutes plus tard, Galina a entendu le haut parleur : "Détenu Bandajesvsky, se présenter à l'entrée pour un colis." Jeu du chat avec la souris, abaissement, humiliation. "Pour obtenir notre droit, me dit-elle, nous devons nous incliner et prier humblement." Quelques jours plus tard, elle a reçu une lettre de Youri qui la remerciait pour cet apport : "il ne me restait plus rien". Galina me dit qu'à l'exception de l'alcool tous les colis en provenance de l'étranger sont régulièrement donnés à Youri. On respecte l'étranger, on méprise les siens.

La prochaine visite avec les 30 kg aura lieu le vendredi 12 décembre. Du 4 au 11 décembre Galina accompagnera Nesterenko en Allemagne, où ils seront reçus par des associations d'aide aux victimes de Tchernobyl, qui soutiennent les derniers 20 Centres locaux de contrôle radiologique contrôlés par Belrad dans les villages contaminés.

Nouvelles de dernière minute, dimanche 23, 18 h. J'appelle Galina, qui me lit la lettre qu'elle a reçu hier de Youri, datée du mercredi 19 novembre. "Je vous suis énormément reconnaissant de ne pas m'oublier. Mon état de santé n'est pas des meilleurs. Je suis écrasé par la dépression. Je vois des cauchemars, éveillé. Les médicaments sont inutiles et donnent une grande quantité d'effets secondaires, des allergies. Je n'ai plus de forces. Et tout n'est pas en ordre en bas dans le ventre." Je demande à Galina ce que signifie la dernière phrase. Elle me dit qu'il s'agit de la suture de l'incision pour l'opération de l'appendicite. Il écrit par allusion, car il leur est interdit de parler de ces arguments dans leurs lettres. Pendant leur entretien du 10 nov. Il a dit que la blessure suppurait. Je demande s'il en parle aux médecins. Galina me dit non. Elle ajoute qu'après l'opération il s'est pratiquement enfui de l'hôpital au bout de quatre jours, voulant absolument rentrer "chez lui", dans sa cellule. Le médecin a dit qu'il avait une profonde dépression et vu qu la cicatrisation semblait en bonne voie, il l'a laissé partir. J'ai demandé à Galina d'aller sonder le directeur du Comité d'exécution des peines sur les chances d'une réponse positive, si elle demandait une libération pour raisons de santé, comme cela a été fait en décembre 1999. Car faire cette requête sans avoir l'assentiment de l'administration peut avoir l'effet contraire : le détenu passe devant une commission médicale qui, si elle n'est pas orientée dans la bonne direction "d'en haut", elle le boucle définitivement. En 1999 ce fut le procureur qui a conseillé de faire la demande de libération pour raison de santé et cela a marché. Galina a très peu de temps à disposition, prise comme elle est, à partir de demain lundi, entre une période de formation obligatoire tous les 5 ans pour conserver son statut de médecin et son obligation de faire des heures de présence obligatoires chaque mois en clinique, pour la même raison. Le 4 décembre elle devra accompagner Nesterenko en Allemagne. Le temps passe. J'ai demandé à Nesterenko de faire en sorte que Galina puisse parler avec le directeur du Comité d'exécution des peines avant son départ pour l'Allemagne.


Nouvelles de Gomel

J'ai parlé avec Olga. Elle supporte courageusement, avec patience, sa convalescence, qui semble se dérouler normalement après l'hémorragie provoquée par son accouchement difficile. Elle remercie tous ceux qui de loin pensent à elle, l'ont soutenue et entourée, et dont je me suis fait l'interprète. Elle a dit à sa mère qu'elles ne sont pas seules.

La petite nouveau-née s'est appelée Alexandra pendant les premières trois semaines, puis, à la quatrième semaine, on l'a enregistrée avec le nom de Ekaterina (Katia), à la demande du grand-père. La petite est nerveuse, empêche les parents de dormir la nuit, mais semble en bonne santé. Elle a de l'appétit. Son poids augmente. La maman l'allaite au sein.

Wladimir Tchertkoff

 

Nouvelles de Minsk et de Gomel, 10 0ctobre 2003.

Réponse positive du Comité d'exécution des peines.
Naissance difficile de la petite-fille.

Minsk. Contrairement au scepticisme de Galina Bandajevskaya, le Comité d'exécution des peines a répondu positivement à sa requête d'apporter de la nourriture fraîche à son mari. Dans la lettre qu'elle a reçue hier il est dit qu'exceptionnellement, pour favoriser le rétablissement de Youri, elle pourra lui apporter des colis en dehors des périodes réglementaires (selon le règlement, elle avait droit à un colis de 30 kg. jusqu'à la fin de l'année). Il n'est rien dit sur la fréquence ni sur le poids des colis autorisés. Mais la lettre indique que les jours possibles sont tous les jours ouvrables de la semaine sauf le mercredi. Galina a décidé de lui préparer deux fois par semaine des légumes frais, des potages, des bouillons de viande, du poulet, des fruits, du yaourt, du fromage blanc, des jus de fruits etc., bref de la nourriture saine et vitaminée pour retaper le convalescent. Elle a fait plus ou moins ces mêmes achats, qu'on lui a permis de passer le lundi 6, et elle a calculé que cela lui coûtera environ 120 euros par semaine. Elle pense que cette autorisation ne durera pas plus d'un mois.

A propos de la diète, lors de leur rencontre le lundi 6, Youri a dit à Galina de remercier les familles de la ville de Caen, qui lui ont donné une caisse remplie de boîtes de différentes salades en conserve de leur préparation, que Galina lui a apportée à son retour de France en juillet dernier. "C'était un vrai régal. Cela faisait longtemps que je n'avais pas mangé aussi bien!"

L'ambassade de France a fait savoir à Galina que le gouvernement français a envoyé une note au Ministère des Affaires étrangères du Belarus au sujet de son mari.

Hier, Galina a reçu une lettre de Youri, datée du mardi 7 : "Je me sens beaucoup mieux. Ne t'inquiète pas. Essaie de reprendre de la bonne humeur. Je me suis libéré de l'infection."

Gomel. Aujourd'hui, Galina est partie en voiture avec son beau-fils (et un landau offert par les collègues de "Belrad") pour Gomel, où elle restera une semaine auprès de sa fille Olga, qui vient de mettre au monde une petite fille. La petite pèse 3,8 kg. et mesure 56 centimètres. L'accouchement, arrivé dans l'après midi du 8 octobre avec une dizaine de jours de retard, stimulé médicalement, a été très difficile : des vaisseaux sanguins se sont rompus. On s'en est aperçu plus tard, vers 21 heures, quand Olga étai déjà dans son lit. Elle sentait une pression douloureuse dans l'aine et ne sentait plus sa jambe gauche. La température était montée à 38. Quand il l'a vue, le gynécologue l'a aussitôt opérée pour la libérer d'un hématome, qui s'épandait dans l'épaisseur des tissus mous sous la matrice. Il n'a pas pu faire l'anesthésie générale, car, affamée, Olga avait mangé. Il a extrait 150 millilitres de sang, mais, limité par la souffrance de la patiente, n'a pas résolu le problème, il n'a pas tout enlevé. La fièvre n'a pas baissé, l'hémorragie a continué. Dans la journée du jeudi 9, on l'a opérée une deuxième fois, cette fois-ci sous anesthésie générale. Bien nettoyée, suturée, la fièvre a disparu. Elle se sent moins faible, mais souffre beaucoup car on ne lui fait pas d'injections analgésiques, pour ne pas compromettre l'allaitement. Les moeurs sont encore primitives dans cet hôpital de Gomel : on ne laisse pas les nouveaux-nés auprès de leurs mères, seulement au moment de l'allaitement. Après avoir mangé, la petite dort un moment heureuse auprès de sa mère, mais dès qu'on l'enlève elle hurle à faire déchirer les tympans. Il semble que l'énergie vitale ne lui manque pas.

Différentes personnes, désireuses d'envoyer quelque chose aux Bandajevsky et à leur fille, m'ont demandé ce qui pourrait leur faire plaisir et comment l'envoyer. J'en ai parlé à Galina. Elle m'a dit que l'argent était la chose la plus nécessaire, la plus appropriée dans leur situation. Je propose donc à ces personnes d'envoyer leurs dons à Solange Fernex, sur le compte de notre association, en spécifiant que c'est pour la famille Bandajevsky. A la fin du mois de novembre, Nesterenko viendra quelques jours à Paris pour discuter de radioprotection avec des experts français. Nous lui remettrons les sommes parvenues, pour qu'il les donne à Galina.

Wladimir Tchertkoff


Jeudi 2 octobre Youri Bandajevsky a subi une opération difficile en prison.
Il semble maintenent hors de danger.

Le samedi 4 octobre, à 9 heures du soir, Galina Bandajevskaya a reçu deux coups de téléphone de parents de détenus, lui disant que son mari avait subi une opération difficile, qu'il était en très mauvais état et qu'il fallait le transférer d'urgence dans un bon hôpital, "sinon vous risquez de le perdre". Ils n'ont pas su dire ni quand, ni de quoi il a été opéré.

Pendant le week-end aucun contact n'était possible avec la prison. Galina a immédiatement appelé le Comité d'exécution des peines (CEP). La direction était absente. Elle a parlé avec un fonctionnaire de garde, qui lui a conseillé de se présenter à la prison lundi pour avoir des nouvelles. Elle lui a répondu que si dans les 20 minutes il ne se mettait pas en contact avec la direction de la prison et ne l'informait pas, elle déclencherait un scandale international. (Entretemps le Professeur Nesterenko se mettait en contact avec l'ambassade de France, demandant de l'aide. M. Chakhtakhtinsky, premier secrétaire de l'ambassade, l'a assuré qu'il se mettrait immédiatement en contact avec les autorités. Le Ministère des Affaires étrangères du Belarus a, nous a-t-on dit, manifesté son mécontentement suite à cette intervention nécessaire et utile.) Le fonctionnaire du CEP a rappelé Galina au bout de 20 minutes, lui disant que Youri a été opéré jeudi de l'appendicite, qu'il était à l'hôpital de la prison, lucide et bien portant et que "lundi on va le transférer dans la salle de l'hôpital." - "Transférer d'où?" - "De la réanimation", - a échappé au fonctionnaire. "Je ne crois pas à ce que vous me dites. On ne tient pas un opéré d'appendicite pendant 4 jours en réanimation." - "Allez lundi à la prison et informez-vous."

Les 40 heures qui ont suivi dans l'ignorance et dans l'incertitude furent un enfer d'angoisse. Galina n'a pu parler avec le directeur de la prison et avec le chirurgien-chef, qui a opéré Youri, que lundi 6 octobre à midi. A 13 heures, elle a obtenu de voir Youri face à face, sans vitre ni téléphone, seulement après avoir de nouveau menacé un scandale international. Sa visite n'était pas prévue, il n'y avait pas de chambre disponible, le règlement de la prison n'autorisait pas de l'introduire à l'hôpital, ni dans la cellule du détenu. On les a fait se rencontrer dans la chambre-vestiaire, où les gardiens mettent leurs uniformes. Youri est venu à pied, accompagné. Il avait les traits tirés, mais le teint rose, meilleur que la fois précédente, quand il a eu la crise cardiaque. Que s'était-il passé?

Dans la journée du lundi 29 septembre, Youri a eu des douleurs au ventre, qui sont allées en s'accentuant. Dans la nuit elles sont devenues insupportables. Au début, il a pensé que son ulcère s'était ouvert. Mardi 30, il s'est adressé à un jeune médecin de garde. Celui-ci a dit qu'il exagérait et a commis deux erreurs, deux interventions que les manuels de médecine proscrivent quand on ne sait pas ce qui se passe exactement dans la cavité abdominale. Il lui a fait un lavement et une injection antidouleur, ce qui, d'un côté, risque de faire éclater ou percer ce qui tient encore dans l'abdomen et, d'autre part, diminue les possibilités d'observation clinique. Ayant liquidé la besogne, le médecin a renvoyé le détenu dans sa cellule. Au lieu d'un soulagement les choses ont empiré, le ventre a gonflé, tendu comme un tambour, nausée, forte douleur constante. Par chance, depuis quelques jours on avait placé un co-détenu dans la cellule de Youri. Mercredi 1 octobre, il lui a demandé d'aller à l'hôpital et dire qu'il fallait l'hospitaliser. On l'a mis sur un matelas sans draps, sur lequel il a passé toute la nuit suivante en tremblant de fièvre et de douleurs. Il avait demandé una analyse du sang, pensant maintenant que c'était plutôt une appendicite. On lui a répondu que c'était impossible car la laborantine était à sa maison.

Le matin du jeudi 2 octobre, on s'est rendu compte à l'hôpital que la situation était très grave et ce fut le branle-bas, la panique. Le médecin-chef chirurgien, Touchinsky, de cet Hôpital Républicain du ministère de l'Intérieur situé dans l'aire de la prison, est descendu personnellement, a pris la situation en mains et a évité la catastriophe. "Encore quelques heures et tu aurais pu assister à mon enterrement, Touchinsky a les mains en or", - a dit Youri à Galina.

Tous les médecins de l'hôpital ont été mis en action, la laborantine appelée d'urgence de chez elle, le technicien des ultra-sons a dû revenir de son lieu de vacances.

L'analyse du sang a montré une forte infection (18.000 leucocytes - "déplacement vers la gauche de la formule leucocytaire"). Les examens et l'opération ont révélé une appendicite gangréneuse phlégmoneuse négligée, avec péritonite. L'opération a duré 2 heures et demie. L'incision, longue d'environ 10 centimètres, n'a pas été fermée complètement, un drain y a été posé. L'infection remontait à pas mal de temps, l'appendice avait une position atypique, retournée vers l'estomac.

Actuellement l'analyse du sang serait normale. Youri lui-même a confirmé qu'il allait mieux. Il ne souhaite pas se faire transférer dans un autre hôpital en ville, pour deux autres raisons : il refuse l'humiliation d'aller se faire soigner par des collègues avec les menottes aux poignets, deuxièmement il sent qu'il lui faudra une longue période de re-adaptation au monde. On l'a fait monter à un certain moment dans le bureau de Touchinsky, dont les fenêtres sont sans grilles et sont proches d'une grande rue de la périphérie de la ville. Le seul fait de voir le mouvement libre des gens au carrefour, de sentir le bruit de la circulation lui a fait un effet violent et lui a donné le sentiment qu'il n'appartenait plus à ce monde, qu'il n'y était plus adapté. Ce sera un long travail de retour personnel vers la vie normale, mais non dans la situation du paquet qu'on transporte avec des menottes, qu'on dépose, qu'on manipule, qu'on remmène en prison. Pour le moment il préfère rester dans sa cellule. Ce dont il a vraiment besoin c'est de nourriture adaptée, fraîche (pas limitée aux conseves et au saucisson sec), des jus de fruits. Galina a écrit à la direction du Comité d'exécution des peines pour qu'on l'autorise à lui apporter des victuailles deux fois par semaine. Elle ne pense pas qu'on le lui accordera.

Les autorités les plus proches, directement responsables du détenu Bandajevsky, ont eu réellement peur. Dimanche 5 octobre, des représentants du Comité d'exécution des peines sont venus trois fois demander à Youri comment il se sentait, quelle était son appréciation sur sa santé. Il leur a dit qu'ils devaient interroger les médecins qui le soignaient. Comme l'avait dit le cardiologue de la prison, qui avait parlé le 23 septembre avec Galina, la vraie médecine pour Youri est la liberté, la sérénité, une nourriture saine et équilibrée, son travail de chercheur.

Le médecin-chef, Touchinsky, a dit à Galina que Youri serait libéré prochainement. "Comment pouvez-vous l'affirmer?", lui a-t-elle demandé. Sa réponse fut : "Depuis 20 ans que je travaille ici, je n'ai jamais vu que la direction de la prison ait appuyé la demande de libération d'un détenu." Il serait en effet surprenant que ce soit précisément avec Bandajevsky que la direction se mette à improviser et à innover. Il est plus vraisemblable qu'un ordre est venu d'en haut.

Dernière nouvelle : mercredi 8 octobre, dans l'après-midi, Olga, la fille de Youri et de Galina, a mis au monde une petite fille.

Wladimir Tchertkoff

 

Le directeur de la prison a appuyé la demande de Bandajevsky

23 septembre 2003 - Hier Galina a apporté les médicaments en prison et a eu un entretien avec le directeur, qui a sobrement confirmé que les documents avec la demande de libération sont partis en direction de Loukachenko (en passant par le Comité d'exécution des peines). Après quoi le directeur lui a fait rencontrer le médecin qui soigne Youri.

C'était un bon entretien entre collègues, humain et ouvert. Le médecin a dit à Galina de ne pas s'inquiéter. Pour le moment il n'y avait rien de catastrophique avec le coeur sur le plan organique. A son avis tout s'explique par la profonde et constante dépression dont souffre le prisonnier. Je recopie les paroles du médecin, telles que je les ai notées en écoutant Galina. "Un homme de son intelligence, contraint à n'avoir de rapports qu'avec l'humanité de la prison, est un homme à qui manque l'air pour respirer. Il souffre de dépression. Et sur le terrain de la dépression tout est possible. Il a été examiné également du point de vue psycho neurologique et nous l'aidons de ce côté aussi. Les médicaments que vous apportez sont utiles. Mais son vrai médicament c'est la liberté. Dès qu'il sera hors de prison, il se libérera rapidement de ces symptômes. A ce propos les papiers sont partis. Et je dois vous dire que c'est la première fois, depuis que je travaille dans cette prison, que je vois la direction appuyer la requête du prisonnier et demander sa libération. Ne vous faites pas du mauvais sang, nous connaissons le professeur, nous savons tout et nous comprenons tout. Notre comportement est bienveillant à son égard. Ménagez vos nerf, car tout repose sur vous. Nous ferons tout le nécessaire pour l'aider."

Voilà textuellement ce que Galina m'a dit. C'est assez surprenant. Je lui ai demandé des précisions : "Vous êtes une personne intuitive, ces paroles et ce comportement humains vous ont semblé sincères, réels?" Sa réponse a été : "Oui, absolument. C'était une franche conversation entre collègues." Il est vrai que c'est la première fois qu'elle parlait avec un collègue médecin. Jusqu'à présent ses rapports étaient avec des gardiens, dont les personnalités bonnes ou mauvaises sont primitives et, en plus, ce sont des militaires, qui agissent en obéissant à des normes de caserne. Toutefois Galina se rend compte d'un changement, qui peut s'expliquer de deux manières différentes.

D'abord, ce directeur est nouveau, depuis déjà 8 mois environ (je l'apprends seulement maintenant). Rien à voire avec le vieux d'avant, qui a géré toute le période de pressions exercées sur Youri par le député Konopliov, d'hostilités induites contre Galina, de visites secrètes de sa mère, également montée contre la bru. Celui-ci est civilisé et humain, au point que Galina pense qu'il ne durera pas longtemps. Il écoute les gens et essaie de les aider dans la mesure de ses moyens. Il se rend parfaitement compte du degré d'inadaptation de ce détenu intellectuel aux conditions de la prison. C'est "l'équation personnelle" de ce nouveau directeur, qui peut expliquer sa décision de soutenir la requête de Youri en demandant sa libération.

Mais pas totalement, et c'est l'autre explication possible : quelle que soit sa personnalité humaine, le directeur de la prison est un militaire et il est difficile de penser qu'il puisse improviser en dehors ou même contre les normes. Il a appuyé la requête de Youri nonobstant la non reconnaissance de la culpabilité par ce dernier. Suivant la norme on transmet dans ce cas les documents sans intercéder en faveur du détenu non repentant. Galina fait le rapprochement avec ce que KOVTCHOUR du Comité d'exécution des peines lui avait dit le 22 août : "Si vous voulez mon opinion, il faut absolument que le professeur Bandajevsky écrive au Président. De notre côté nous ferons tout pour favoriser et soutenir une décision positive. Sans la grâce et avec la nouvelle amnistie prévue en mars 2004, il ne sortirait au mieux que dans un an. Et depuis que je l'ai vu la dernière fois, je suis persuadé que psychologiquement il ne tiendra pas le coup jusque là. Essayez de le persuader." Cette déclaration était précédée par la réponse du Vice-président de la Commission des droits de l'homme de l'Assemblée nationale de la République du Belarus, qui écrivait au Comité de soutien de Bandajevsky : Le Président envisage la possibilité d'examiner une deuxième fois la question de la concession de la grâce à Y.I. Bandajevsky, si celui-ci en fait la demande au Président de la République du Belarus suivant les formes requises.

Attendons et voyons.

Wladimir Tchertkoff

 

 

La santé de Youri Bandajevsky s'est brusquement aggravée

15 septembre 2003 - Galina Bandajevskaya avait une visite de 3 jours en prison, du lundi 8 au jeudi 11 septembre. Elle a dû l'interrompre mardi, pour permettre à son mari d'avoir accès aux médicaments, qu'il a dans sa cellule mais qui sont interdits dans les locaux des rencontres.

Depuis 3 mois, Youri Bandajevsky se plaignait de douleurs au cur, qui sont devenues plus fréquentes et aiguës à partir du lundi 1 septembre. Dans la nuit du lundi 8 au mardi, une sérieuse crise cardiaque leur a fait peur : violentes douleurs avec élancements dans le bras et dans le dos, difficulté de respiration, lèvres bleuies, teint gris. Galina ne l'a jamais vu ainsi. Selon le docteur Fernex ces symptômes indiquent qu'on n'est pas loin de l'infarctus, qui a peut-être déjà eu lieu (léger?) ou peut se produire à tout moment : Bandajevsky doit être hospitalisé sans tarder dans une bonne clinique, examiné (ECG, pression) et soigné par de bons cardiologues.

Rentrée chez elle, Galina a écrit à Loukachenko, au chef du service médical du Comité d'exécution des peines et au chef de l'hôpital du Ministère de l'Intérieur.

A ces derniers : Je vous prie de faire passer un examen médical complet à mon mari Bandajevsky Youri Ivanovitch. [...] Il souffre d'accès de douleurs au coeur avec irradiation dans le bras gauche et sous l'omoplate. Pendant l'accès on note une subite pâleur du visage avec bleuissement des lèvres et du bout du nez. Les douleurs sont tellement fortes que même la prise de nitroglycérine n'apporte qu'un fort bref soulagement. Le 09.09.03 comme il se trouvait mal il a même fallu interrompre la visite de trois jours avec sa famille. En tant que médecin, je considère qu'il est au bord de l'infarctus, ce qui peut avoir de graves conséquences. La tension extrême de tout l'organisme due à la situation dans laquelle il se trouve, son âge, la présence de nombreuses pathologies chroniques et l'absence d'aide médicale opportune ­ tout cela peut se terminer par une issue létale.

Je vous prie instamment de le faire examiner le plus rapidement possible par des cardiologues et de lui faire suivre une thérapie adéquate. Je remercie à l'avance mes chers collègues.

A Loukachenko : Honoré Alexandre Grigoriévitch! Je renouvelle ma demande auprès de vous au sujet du sort de mon mari le professeur en médecine Bandajevsky Y.I., condamné le 18 juin 2001 par le Tribunal militaire de la Cour Suprême à 8 ans de détention et purgeant actuellement sa peine à la colonie à régime renforcé de la rue Kalvariïskaya, 36.

Le long isolement a eu un effet destructeur sur son état de santé. Lorsque j'ai rendu visite à mon mari le 8 septembre 2003, étant moi-même médecin, j'ai noté une brusque aggravation de son état. [même texte qu'aux médecins] En tant que médecin, je considère qu'il est au bord de l'infarctus, ce qui peut avoir de graves conséquences, mes enfants et moi pouvons le perdre.

Je vous prie instamment de satisfaire la demande qu'il vous a adressée et d'adopter une attitude humaine vis à vis de ce scientifique, en lui accordant la grâce.

Jusqu'à présent Youri Bandajevsky n'a jamais voulu se faire soigner à l'intérieur de la prison. Il craint ceux qui veulent sa perte, même si l'administration pénitentiaire a montré clairement ces derniers temps qu'elle souhaitait qu'il ne lui arrive rien de mal, pour ne pas devoir en répondre. La pression constante de l'opinion publique étrangère a rendu la gestion de ce détenu problématique pour eux. Quand Galina a appelé, les surveillants sont intervenus rapidement pour le faire rentrer, l'ont aidé à transporter le colis de 30 kilos, ce qu'ils ne font jamais, le directeur est passé pour se rendre compte de la situation. Mais Youri pense, sans doute avec raison, que des forces hostiles à lui existent toujours et ne sont pas forcément contrôlées. Cela rend plus difficile sa situation, si la fragilité de sa santé s'accentue.

Aujourd'hui, 15 septembre, Galina a reçu une lettre de lui datée du 11. Il la rassure. Le coeur a "desserré". On m'a mesuré la pression. J'ai beaucoup dormi. Je vais beaucoup mieux. Ne t'inquiète pas. Pour le reste tout s'est bien passé. Le "reste" c'est la commission interne de la prison qui l'a interrogé jeudi 11, au sujet de sa demande de libération, adressée à Loukachenko avant la visite de Galina. La direction avait fortement insisté pour qu'il réitère sa demande, ce qu'il a fait finalement, avec retard à cause de sa réticence, de l'absurdité humiliante de se soumettre à ce rituel auquel il ne croit pas. Ce retard lui a fait rater la commission, qui ne se réunit qu'une fois par mois. Mais quand il a dit qu'il écrivait, ils se sont précipités dans sa cellule pour prendre la lettre et ont re-convoqué la commission hors délais réglementaires. Le coeur de Galina a desserré aussi, mais l'infarctus n'est pas une maladie chronique, dit-elle, il peut survenir à l'improviste, à tout moment et les symptômes qu'elle a vus son inquiétants.

Dans sa lettre à Loukachenko Youri Bandajevsky s'est référé à la précédente d'octobre 2001, dans laquelle il ne demandait pas d'être pardonné, mais d'être libéré pour être utile à son pays. Aujourd'hui, je m'adresse à vous de nouveau avec la même prière. Il parle de l'isolement prolongé, qui a ruiné sa santé, ce qui lui rend impossible de continuer son travail scientifique de manière productive. Il se reconnaît responsable des erreurs commises dans le choix des cadres de l'institut de médecine de Gomel, créé sous sa direction et demande à Loukachenko d'avoir de l'indulgence et de prendre une décision humaine à son égard.

Nous ne savons rien de plus pour le moment sur ce qui se trame autour de lui, ni sur l'état réel de sa santé à l'instant où j'écris. Quatre jours sont passés depuis sa dernière lettre. Youri Bandajevsky est toujours prisonnier, derrière les barreaux, sous la responsabilité du régime de Loukachenko. Je vous tiendrai au courant au fur et à mesure que les nouvelles arriveront.

Wladimir Tchertkoff


La libération s'approche?

Plusieurs faits convergents font penser que prochainement il pourra y avoir du nouveau au sujet de la libération du professeur Bandajevsky.

1) - La lettre ci-dessous, que la Chambre des représentants de l'Assemblée nationale de la République du Belarus a adressée au Comité de soutien au professeur Bandajevsky en France, invite de fait le détenu à réitérer sa précédente demande de "grâce" au président Loukachenko, refusée en octobre 2001 : cette fois-ci, vu le temps de détention écoulé, le Président pense pouvoir considérer de nouveau la question.

08.08.2003

Assemblée nationale de la République du Belarus
Chambre des représentants
Commission des droits de l'homme

au
Comité de soutien au professeur Bandajevsky
France

En réponse aux nombreux appels que vous avez adressés à la Chambre des représentants de l'Assemblée nationale de la République du Belarus au sujet de la grâce du professeur Y.I. Bandajevsky, nous vous informons que le 18 juin 2001 le professeur Y.I. Bandajevsky a été condamné par le Tribunal militaire de le Cour suprême de la République du Belarus, sur la base du par. 2 art. 430 du Code pénal de la R.B. (concussion), à 8 ans de privation de la liberté avec confiscation des biens et interdiction pendant 5 ans d'occuper des fonctions avec responsabilités d'organisation.

En octobre 2001 il s'est adressé à l'Administration du Président de la République du Belarus avec une demande de grâce, qui cependant lui a été refusée du fait qu'il n'avait purgé qu'une partie insignifiante de sa peine.

En juillet 2003 un groupe de députés de la Chambre des représentants de l'Assemblée nationale de la République du Belarus s'est adressée au Président de la R.B. en lui demandant la grâce pour Y.I. Bandajevsky.

Le Président envisage la possibilité d'examiner une deuxième fois la question de la concession de la grâce à Y.I. Bandajevsky, si celui-ci en fait la demande au Président de la République du Belarus suivant les formes requises.

Vice président de la Commission A.V. Svirid

N.B. Bandajevsky ne se reconnaît pas coupable et n'a jamais demandé la grâce. En protestant son innocence par rapport au délit qui lui a été imputé il a demandé à Loukachenko de le libérer par un acte d'humanité, pour lui permettre de continuer ses recherches scientifiques. "En poursuivant mes travaux scientifiques pour la protection des habitants de la région de Tchernobyl, je serai plus utile pour la préservation de la nation que je ne puis l'être dans une Colonie de ré-education, où je suis détenu." C'est ce que Bandajevsky est en train d'écrire, aujourd'hui même, une seconde fois à Loukachenko. L'expression "suivant les formes requises" de la lettre de la Chambre des représentants concerne le cheminement bureaucratique de la requête et non l'éventuelle reconnaissance de la faute ou le repentir du prisonnier : la demande de Bandajevsky devra être adressée à la direction de la prison, qui réunira une commission, interrogera le détenu, jugera son comportement et prononcera ses conclusions, avant d'acheminer le dossier à l'Administration du Président. La direction de la prison peut également intercéder, en appuyant la demande de grâce, ou ne pas le faire. Elle ne le fera pas dans le cas présent, car Bandajevsky ne se reconnaîtra pas coupable de concussion, mais elle acheminera la requête de Youri au Président (voir plus loin). Galina m'a expliqué que Loukachenko a la faculté de gracier ou non, une fois que la demande lui aura été présentée, quelle qu'en soit la formulation ou les motifs du détenu.

2) - Appel d'un groupe de députés du Belarus.

Au courant du mois de juin, Garri Pogoniailo, l'avocat qui a formé le recours près le Comité des Droits de l'Homme de l'ONU, m'a informé de l'intention d'un groupe de députés biélorusses, le "Groupe Respoublika", d'adresser un appel à Loukachenko pour la libération de Bandajevsky. Je lui ai envoyé des extraits de textes précédents de Michel Fernex, de Marie Anne Isler Béguin, de Bella Belbéoch, ce qui a donné l'appel ci-dessous, dont parle la lettre de la Chambre des représentants.

APPEL
Au Président de la République du Belarus
Loukachenko A.G.

Estimé Alexander Grigorievitch, le 18 juin 2000, le Pr. Youri Bandazhevsky, ex-recteur de l’Institut de médecine de Gomel, accusé de corruption, a été condamné par le tribunal militaire de la Cour Suprême du Belarus à huit ans de prison à régime sévère. Nonobstant le fait que l'avocat défenseur a dénoncé des violations de normes du code pénal et du code de procédure pénale au cours du procès, l'accusé n'a pas pu bénéficier du droit d'appel contre le verdict, car la décision de la Cour Suprême n'est pas sujette à recours. Actuellement, la communication individuelle de l'avocat dans les intérêts de Y. Bandajevsky est examinée au Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies à Genève (Suisse).

L'affaire de Y. Bandajevsky continue à susciter un énorme intérêt au Belarus et à l'étranger. Il s'agit d'un scientifique de renommée internationale, qui travaillait dans le domaine de la médecine radiologique.

Pour ses travaux dans le domaine de la médecine radiologique, Y.Bandajevsky a été décoré de la prestigieuse médaille et de l'Etoile d'Or de Albert Schweitzer et l'organisation internationale Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (IPPNW) l'a décoré de la médaille d'Hippocrate. Selon les informations provenant de France il a été élu citoyen d'honneur de Clermont Ferrand, ville jumelée avec Gomel. En mars 2003, la mairie de Paris a conféré, pour la première fois dans son histoire, le titre de citoyen d'honneur de la ville à un Biélorusse, au professeur Youri Bandajevsky.

Une conséquence de l'extrême attention portée à l'affaire de Y.Bandajevsky a été la décision du Parlement européen de lui attribuer un "Passeport pour la Liberté". La célèbre organisation de défense des droits de l'homme, "Amnesty International", considère Y.Bandajevsky comme prisonnier d'opinion et entreprend des actions pour sa libération. Le sort de Y.Bandajevsky préoccupe de nombreuses organisations internationales et des gouvernements, dont les représentants visitent la colonie où il purge sa peine.

Alexandre Grigoriévitch, dans votre intervention à New York, lors du Sommet du Millénaire de l'ONU, vous vous êtes adressé à la communauté internationale afin que notre pays reçoive enfin des aides dont il a besoin, pour atténuer les conséquences sanitaires et économiques de l'explosion de la centrale de Tchernobyl.

De nombreux parlementaires européens que nous rencontrons connaissent les travaux du Professeur Uri I. Bandazhevsky. Les médecins et chercheurs indépendants d'Europe, qui attribuent une importance exceptionnelle aux travaux de l'ancien Recteur de Gomel, ont réagi positivement à votre demande. En accord avec le Secrétaire Général des Nations Unies, qui évalue en 9 millions les victimes de Tchernobyl et affirme que la tragédie ne fait que commencer, ils réfutent la politique de l'AIEA et de l'UNSCAER, qui ne veulent pas admettre les conséquences de Tchernobyl sur la santé. Ces agences ont mis plus de cinq ans à accepter, du bout des lèvres, que l’épidémie de cancers de la thyroïde chez les enfants était bien due aux iodes radioactifs émis par Tchernobyl, et ne veulent reconnaître rien d’autre, à part des effets " psychologiques ". Elles n’admettent pas l’augmentation de morbidité chez les enfants, qu’il s’agisse d’anémies, de troubles du système cardio-vasculaire, des systèmes musculo-squelettique, génito-urinaire, d’asthme, de troubles mentaux, de retard de puberté, de diabète etc. Les deux Agences ne reconnaissent jusqu'à présent que la mort de 32 pompiers des premières heures de la catastrophe, 200 cancers causés par irradiation aiguë et 2000 tumeurs à la thyroïde comme conséquences de l'accident de Tchernobyl, alors que des dizaines de milliers de jeunes "liquidateurs" en pleine santé sont déjà morts et continuent de mourir. Le lobby nucléaire et la médecine officielle condamnent sciemment des millions de cobayes humains à expérimenter dans leur corps des pathologies nouvelles dans le vaste laboratoire des territoires contaminés par Tchernobyl.

Depuis 1985, suite à la catastrophe de Tchernobyl la natalité a chuté au Belarus de près de la moitié: elle était en 1985 de 17,5‰ et est aujourd’hui de 9,1 ‰, alors que la mortalité a augmenté de 9,2‰ à 13,5‰. Depuis 1993, la mortalité dépasse la natalité et met en péril l’existence même de la nation. Selon les données officielles du ministère de la Santé, avant 1986 les enfants malades au Belarus étaient 20%, aujourd'hui ils sont 80%. [Auditions parlementaires sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl en avril 2000.] Chaque année la population du Belarus diminue de près de quarante mille unités.

Les travaux de Y. Bandazhevsky révèlent une action nocive des radionucléides incorporés d’une façon chronique sur l’état sanitaire des habitants de notre pays. Il devient évident aujourd'hui que cette nocivité ne peut pas être expliquée correctement par les concepts de base de la radioprotection, concepts élaborés principalement à partir de l’irradiation externe et non sur l’irradiation interne chronique à laquelle sont exposés nos compatriotes.

Tous demandent que les travaux de l'Institut de pathologie de Gomel, effectués sous la direction de Y.Bandajevsky, reprennent. C’est là qu’a été révélée au monde la corrélation qui existe entre la charge tissulaire de radiocésium et les dommages causés aux organes. Le niveau de morbidité dans la population des régions contaminées est directement proportionnel à cette contamination. Deux millions de personnes, dont 500 000 enfants, vivent dans les territoires contaminés de notre pays. Ainsi, toutes les mesures qui parviendraient à permettre aux enfants de suivre leur scolarité dans de bonnes condition de santé, méritent le soutien de tous.

Nous ne désirons pas discuter ou critiquer l'aspect judiciaire de l'affaire Bandajevsky, mais nous nous adressons à vous, Alexandre Grigorievitch, avec la prière de prendre une décision politique et humanitaire en libérant le professeur Y.Bandajevsky, en considération de ses mérites scientifiques et de l'utilité qu'il pourra encore apporter à notre peuple, victime de la catastrophe de Tchernobyl.

Estimé Alexandre Grigorievitch, seul vous pouvez aujourd’hui permettre à Youri Bandajevsky de reprendre ses recherches si essentielles pour les aides que le monde doit fournir à notre pays victime de la contamination radioactive. C’est pourquoi, dans l'intérêt de notre peuple, dans l'intérêt de toutes les victimes de cette catastrophe et pour la santé de ceux qui pourraient être victimes un jour d'un pareil malheur, nous vous prions instamment de mettre un terme à ce que le monde appelle l’"affaire Bandazhevsky".

Députés de la Chambre des représentants, membres de l'Assemblée nationale de la Rép. du Belarus

 

3) - Vendredi 22 août, conseillée par Vassili Nesterenko, Galina Bandajevskaya est allée interroger le directeur du Comité d'exécution des peines, KOVTCHUR. Avec un peu d'ironie elle lui a dit : "Je viens chez l'homme le plus proche, pour me consulter sur ce qu'il faut faire." - "Si vous voulez mon opinion, il faut absolument que le professeur Bandajevsky écrive au Président. Mais il ne veut pas le faire," fut sa réponse très sérieuse, pressante. En effet, le Comité et la direction de la prison étaient déjà au courant de la réponse de la Chambre des représentants, en avaient informé Youri et lui demandaient d'écrire. Kovtchur a dit à Galina que pour lui et pour la direction de la prison ce sera un soulagement, une libération, le jour où Bandajevsky sortira de prison. Son cas, auquel s'intéressent les chancelleries d'Europe, le Parlement de Strasbourg, Amnesty, les organisations humanitaires et maintenant le Parlement biélorusse, leur a ôté le sommeil, la gestion tranquille de leur galère. "De notre côté nous ferons tout pour favoriser et soutenir une décision positive." Mais après toutes les lettres qu'il avait déjà envoyées à Loukachenko, tant de son propre chef que sur incitation du député Konopliov, sans obtenir de résultat, Youri temporisait, n'y croyait plus, ne voulait plus le faire. Kovtchur a dit à Galina que sans la grâce et avec la nouvelle amnistie prévue en mars 2004, il ne sortirait au mieux que dans un an. "Et depuis que je l'ai vu la dernière fois, je suis persuadé que psychologiquement il ne tiendra pas le coup jusque là. Essayez de le persuader." - "Autorisez une rencontre."

4) - Le même jour, Galina et Youri ont parlé pendant deux heures et demie dans un parloir libre de barrières vitrées et de téléphones cassés. Youri lui a confirmé que depuis quelques jours il était pressé quotidiennement par la direction de la prison d'écrire son n-ème "demande de grâce". Jeudi prochain, le 28 août, se réunit la commission de la prison qui devra instruire une sorte de procès interne du détenu, de sa conduite, des motifs et de la teneur de sa requête etc., pour transmettre ses appréciations au Comité d'exécution des peines, qui, à son tour, rédigera ses conclusions avant de transmettre le dossier à l'Administration du Président. Mais il faut la lettre de Youri, qui n'arrive pas. Ils sont nerveux. Curieusement les rôles sont renversés. Il a expliqué à Galina que tout ce théâtre, qu'il a déjà vécu, n'apportera rien et qu'il est humiliant. Il sera debout comme un écolier devant ces flics-commissaires primitifs, ne sachant plus quoi leur dire quand ils lui demanderont ce qu'il vient fiche devant eux s'il ne se reconnaît pas coupable et ne se repent pas. Il faut se rappeler que, du point de vue de l'énergie psychique, Bandajevsky est un boxeur sonné, à bout de forces. Devant ce mélange d'injustice, de mauvaise foi et de bêtise, dans lequel il est plongé depuis 4 ans, son cerveau ne réussit plus à formuler de réponses. En deux heures de conversation, Galina l'a fourni de formulations logiques minimales. Les prendre, sinon de haut, à distance : "Si vous voulez comprendre pourquoi je suis innocent, donnez vous la peine de relire mon procès, qui, avec au moins huit violations du code pénal et de la procédure pénale, n'a su fournir aucune preuve de ma culpabilité. Je demande au Président Loukachenko d'user de son pouvoir de grâce pour libérer le scientifique innocent que je suis, pour que je puisse continuer à être utile à mon pays." A la fin, Youri a remercié Galina de l'avoir aidé à prendre sa décision : "de toute façon, tu n'as rien à perdre. Il faut le faire. Tes amis de l'étranger, Nesterenko, moi, tes filles le souhaitons et te le demandons." Il écrira sa lettre pendant le week end et ira au "procès" jeudi.

Le 8 septembre, Galina aura sa visite réglementaire à travers la vitre par téléphone. Elle lui demandera la formulation exacte de ce qu'il aura écrit.

Zinaida Gontchar, épouse de l'un des opposants à Loukachenko "disparus", conseille à Galina de ne pas trop y croire. A son avis la réponse de la Chambre des représentants est une réponse standard, qui n'aura aucune conséquence. Il y a eu des précédents. Chacun récite sa part dans ce théâtre absurde, à la fin, Loukachenko fait ce qu'il veut. Galina me dit en effet n'y croire qu'à 50%, je suggère 20.

Mais, il y a quand même des coïncidences…

5) - Le 14 septembre, la délégation du Parlement de Strasbourg arrive à Minsk.

6) - Le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies s'occupe finalement de l'affaire Bandajevsky.

7) - En prison Galina a su que la Cour Suprême a demandé à la direction de la prison, à la grande surprise de cette dernière, un compte rendu et des appréciations sur le détenu Bandajevsky. C'est la première fois que cela arrive.

8) - Des rumeurs se sont mises à circuler dans le pays. Une journaliste de Gomel a appelé Galina : "Est-ce vrai que le professeur Bandajevsky est en liberté pour raisons de santé?" … A la clinique où Galina travaille, des collègues lui on demandé si c'était vrai que son mari a été libéré.

Dans les semaines qui viennent nous devrions voir quelle est la part de mise en scène instrumentale et celle d'une évolution positive réelle. Et dans ce second cas dans quelle mesure elle sera positive. La seule mesure acceptable est la libération sans conditions, avec droit de voyager à l'étranger, poursuivre les recherches scientifiques, faire des conférences. Guérir.

Wladimir Tchertkoff, 24 août 2003

 

Lire le Mini dossier en PDF de LaRevuDurable N°6.

 

Le professeur Youri Bandajevsky, nommé citoyen d'honneur de la ville de Paris

Mardi 24 juin, à 10 heures 30, à l'Hôtel de Ville, Galina Bandajevskaya, se verra remettre par Pierre Schapira, Maire adjoint chargé des relations internationales, le titre de citoyen d'honneur décerné par la ville à son époux actuellement emprisonné à Minsk.

Youri Bandajevsky, médecin et anatomo-pathologiste biélorusse a :

- découvert une relation quantifiable entre la dose de radioactivité de Césium 137 mesurée dans l'organisme et la gravité des symptômes cardiaques chez les enfants,
- dénoncé l'usage des fonds internationaux par le Ministère de la santé.

Il y a 2 ans, il a été condamné à une peine de 8 ans de prison.

Pour plus d'information : www.comite-bandajevsky.org

Contact presse :
- Anne Guérin, France Libertés : 06.74.29.78.54
- Carine Hahn, Amnesty International : 06.08.35.04.57

 

Le Monde 24/06/03
La faute de Iouri Bandajevski

 

Libération 23/06/03
Portrait


Le Monde du 24.04.03

Libérez Youri Bandajevski

Depuis juin 2001, le professeur Youri Bandajevsky est en prison.

Médecin et anatomopathologiste, il est nommé, en 1990, recteur de l'Institut Gomel en Biélorussie, zone très touchée par les retombées de Tchernobyl. Il étudie, avec sa femme, pédiatre et cardiologue, les effets du césium 137 sur les enfants : maladies cardio-vasculaires, cataractes, vieillissement précoce... Il découvre une relation quantifiable entre la dose de radioactivité mesurée dans l'organisme et la gravité des symptômes.

En 1999, il rend publics ses résultats, au moment où beaucoup ont intérêt à tourner la page de Tchernobyl et veulent réhabiliter les territoires encore contaminés. En tant qu'expert, il est amené à critiquer l'usage, par les autorités -biélorusses-, des fonds internationaux destinés aux suites de cette catastrophe. C'est peu après qu'il est arrêté, dans le cadre d'un décret "antiterroriste".

Il est alors accusé, sans preuve, d'avoir reçu des pots-de-vin pour l'admission d'étudiants dans son Institut. Au terme d'un procès devant un tribunal militaire, où les observateurs ont dénoncé de nombreuses irrégularités et où son principal accusateur s'est rétracté, affirmant qu'il avait agi sous la contrainte, Youri Bandajevsky a été condamné à huit ans de prison à régime sévère. Amnesty International l'a adopté comme prisonnier d'opinion.

Mais nous pensons que les droits de la défense n'ont pas été les seuls à être bafoués. Au-delà de l'opinion de chacun sur le nucléaire, ce qui se joue, dans cette affaire, c'est le droit à la vérité, le droit de la chercher et de la dire pour le scientifique, le droit de la connaître pour les populations, sans être entravé par des considérations politiques et/ou des intérêts économiques.

L'indépendance de toute recherche au service de l'humanité est un principe aussi fondamental que l'indépendance de la justice. L'incarcération de Youri Bandajevsky bafoue ces deux principes. C'est pourquoi nous demandons la libération du professeur Bandajevsky, afin qu'il puisse poursuivre, hors de toute contrainte, ses travaux au sein de son institut.

Parmi les premiers signataires de cet appel figurent : Hubert Reeves, Albert Jacquard, Jacques Testart, Pierre Vidal-Naquet, Claude Lorius, Françoise Héritier, Danielle Mitterrand, Noël Mamère, des scientifiques de l'Ecole normale supérieure et de l'Ecole des mines, des universitaires, des députés européens et des élus locaux. www.comite-bandajevsky.org


Sauver le professeur Bandajevski

La communauté française continue à exiger la libération du professeur Iouri Bandajevski, prisonnier de conscience qui purge sa peine à la colonie pénitentiaire N°1 de Minsk. Une des missions de la visite au Bélarus d'une délégation de l'association CRIIRAD de Valence, ville du Midi de la France, était de remettre aux présidents des chambres du Parlement biélorusse un appel à sa libération.

La CRIIRAD (Commission de Recherche et d'Information Indépendante sur la radioactivité) a été créée à Valence au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl par un groupe de citoyens qui désiraient connaître la vérité sur le niveau de contamination de la France par les retombées radioactives dispersées par le vent en ce jour fatidique d'avril 1986. Au cours des 17 ans qui ont suivi la catastrophe, la CRIIRAD avec ses propres laboratoires et spécialistes a acquis de l'autorité dans le domaine de l'information radiologique. Notons que l'association est entièrement financée par les dons de simples Français. Elle considère le combat pour la libération du professeur Bandajevski comme un de ses devoirs: "Nous connaissons bien les travaux scientifiques du professeur Bandajevski, dit Romain Chazel, vice-président de la CRIIRAD. ­ Ces travaux font partie du patrimoine scientifique du monde entier car le professeur Bandajevski a prouvé que la contamination chronique par de faibles doses de radiation entraînait toute une suite des conséquences néfastes pour la santé des populations." Monsieur Chazel a souligné que la CRIIRAD n'était pas une organisation politique "mais lorsque un savant connu dans le monde entier se trouve en prison, on n'a pas le droit d'accepter cette situation".

Les membres de la CRIIRAD, qui ont rencontré au Belarus de nombreux amis de Bandajevski, ont l'intention de poursuivre leurs appels en faveur de la libération du professeur. "Que le professeur soit en prison, cela arrange nombre d'organisations faisant partie du lobby nucléaire, y compris l'AIEA. Mais cela n'arrange pas les simples citoyens qui veulent connaître la vérité sur les effets sanitaires de la radioactivité. Nous considérons que Bandajevski doit poursuivre ses recherches car le système de radioprotection de nombreux pays en dépend", - a déclaré le vice-président de la CRIIRAD.

Irina Makovetskaïa



1 ) Visite de l'avocat Baranov, le 31 mars 2003

L'avocat Baranov a eu un entretien d'une heure et demie avec Youri Bandajevsky, le lundi 31 mars dernier. Il confirme les observations de Galina, qui l'a vu deux semaines auparavant. Il a trouvé le prisonnier maigri, affaibli, mais complètement changé. Bandajevsky semble vraiment sorti du brouillard psychique et mental des derniers mois. Selon Baranov, intellectuellement Bandajevsky maîtrise parfaitement la situation dans laquelle il se trouve et a une compréhension lucide de l'enjeu qu'il représente. L'avocat, qui lui-même parle souvent en termes plutôt voilés et réticents, a dit à Galina que le prisonnier sait et comprend maintenant beaucoup plus de choses que lors de ses précédentes visites, au sujet de ce qui se trame autour de lui. Youri lui a demandé, et a écrit à sa femme, de transmettre aux amis occidentaux qui le soutiennent sa gratitude tant pour le soutien, qui l'aide beaucoup et le protège, que pour "la juste compréhension des erreurs, dans lesquelles il a été induit depuis l'été dernier, et de l' interprétation qu'ils ont donnée des raisons de la répression qu'il subit".

Il semble que l'attention politique du régime, qui tient le professeur Bandajevsky en prison, se soit accrue ces derniers temps envers ses capacités, ses travaux et ses connaissances. Il a été récemment soumis à un test linguistique pour établir son degré de maîtrise du français et de l'anglais. La correspondance qu'il reçoit de sa femme et de l'étranger (surtout celle en français, langue qu'il connaît mieux) subit des retards parfois longs et lui arrive froissée et salie, comme si elle était passée par plusieurs mains. Un fonctionnaire du Comité d'Exécution des Peines est venu de la part du Ministère des affaires étrangères lui demander la liste de ses derniers travaux, qu'il a publiés entre ses deux arrestations.

Galina raconte qu'une élève de Bandajevsky, devenue médecin gynécologue régional du district de Buda-Kochélev, atterrée par la quantité de malformations, d'avortements, de morts périnatales qu'elle observe chez ses patientes, s'est mise à mesurer la radioactivité des placentas et a reçu cet avertissement d'un supérieur local : "Eh bien, le destin de Bandajevsky ne te suffit donc pas?! Décris les pathologies tant que tu veux, mais abstiens-toi de les mettre en relation avec le Césium137". Cette jeune femme a un enfant qu'elle doit nourrir. Elle ne peut pas perdre son travail. Elle a renoncé à faire ses analyses.

Les titres des travaux récents du professeur Bandajevsky, publiés entre ses deux arrestations et qui intéressent le Ministère des affaires étrangères du Bélarus, sont les suivants :

- Effets médico-biologiques du césium radioactif incorporé dans l'organisme. Minsk, 2000. – 70p. - Radiocésium et cœur : aspects pathophysiologiques. Minsk, 2001. – 63p.

- Le rôle du césium radioactif dans la pathologie de la glande thyroïde PSR / IPPNW Suisse, 2001. - Radiocésium et développement intra-utérin du fœtus. Minsk, 2001. – 59p.

- Processus pathologiques dans l'organisme en présence de radionucléides incorporés. Minsk, 2002. – 130p.).

Le martèlement de Youri Bandajevsky sur cette corrélation, scientifiquement étayée mais ignorée par la science internationale, dérange la volonté de silence. Aujourd'hui, l'ignorance, en ce qui concerne les conséquences médicales de Tchernobyl, est érigée en dogme. Le lien de cause à effet entre les pathologies nouvelles des territoires de Tchernobyl et la radioactivité à faibles doses est défini comme un "problème épistémologique insoluble", selon l'expression de M. Gonzales, fonctionnaire de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique. Pour imposer cette loi d'ignorance et d'incertitude, pour contraindre par la crainte tout le monde au silence, on a frappé au sommet : on a jeté au goulag le doyen d'un Institut de médecine, qui a osé faire les recherches qu'il fallait dans le vaste laboratoire à ciel ouvert de Tchernobyl, que le professeur Pellerin avait envié, en y passant peu de temps aprés la catastrophe, mais où personne n'est allé faire des recherches, hormis Bandajevsky. C'est la première répression de ce genre d'un académicien depuis les années 30 de l'ère stalinienne, effectuée cette fois-ci à l'abri de l'omerta de la science officielle.

Couverts par l'omerta officielle, des personnages investis de responsabilités scientifiques et politiques, tant au Belarus qu'en Occident, ont intérêt à ce que le professeur Bandajevsky ne sorte pas de prison de si tôt. Car si la corrélation entre les pathologies nouvelles, de plus en plus fréquentes chez les enfants de Tchernobyl, et le taux de radioactivité par Césium 137, incorporé dans leur organisme, est scintifiquement fondée, et s'il est vrai qu'en deçà d'un seuil de contamination ces pathologies sont réversibles, tandis qu'elles ne le sont plus audelà, - comme l'a montré Bandajevsky et comme cela a été confirmé par une recherche présentée récemment à la faculté de médecine de l'Université de Bâle, - la politique d'abandon des 500 000 enfants contaminés du Belarus est un crime de non assistance à personnes en danger.

Aujourd'hui, Youri Bandajevsky semble avoir rétabli la paix dans son esprit, en intégrant le sens de son emprisonnement. Son rétablissement moral n'est pour le moment qu'un espoir pour nous, suite à ce qu'il a dit à son avocat et à ce qu'il a écrit à sa femme, en s'adressant à ses amis étrangers. Il ne pourra nous le dire clairement lui-même qu'à sa libération. Mais si son état psychique semble avoir émergé de la confusion et des erreurs qui le tourmentaient, son état de santé est toujours très alarmant. Le temps qu'il passe en détention l'aggrave de jour en jour.

Intérêts en jeu et indifférence pour les victimes dans les coulisses de l'omerta scientifique

Le comportement des Etats-Unis, décrit dans l'article qui suit, n'est qu'un exemple parmi d'autres d'une approche et d'une politique des pays riches occidentaux, qui utilisent les territoires contaminés de Tchernobyl comme laboratoire et leurs habitants comme cobayes. La collecte de données scientifiques, accompagnée de l'abandon des victimes à elles-mêmes du point de vue sanitaire, de la radioprotection et de la prévention prophylactique, est le comportement commun d'institutions privées et publiques d'Occident, telles que le projet européen de Coopération pour la réhabilitation ETHOS-CORE, le "Otto Hug Institut" allemand du Pr. Lengfelder ou le Programme d'aide européen TACIS. Le premier refuse de financer, tandis que le second combat ouvertement, l'emploi prophylactique d'adsorbants à base de pectine, que l'institut indépendant de radioprotection biélorusse "Belrad" (Pr. Nesterenko) donne aux enfants, pour accélérer l'élimination des radionucléides de l'organisme et les protéger contre des pathologies irréversibles. Quant au

Programme européen TACIS, il a écarté de son programme de financements les quatre projets de radioprotection et de suivi médical, présentés par l'institut "Belrad" au mois de mai 2002.

***
Zeit-Fragen, 11. Jahrgang Nr. 10, 17. März 2003, S. 7, ISSN 1022-2448, Schweiz, Deutschland, Österreich

 

Les enfants de Tchernobyl servent-ils de cobayes aux USA?
(voir: Responsabilités occidentales dans les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl)

Docteur Sebastian Pflugbail

Président de l'association de radioprotection, Berlin

Les autorités de Minsk connaissent-elles les dessous du programme de 30 ans des États-Unis, consacré au suivi diagnostique des citoyens biélorusses victimes de Tchernobyl?

Quand il est question de leurs intérêts, les USA n'ont aucun scrupule, tant dans leur propre pays, que dans l'arène internationale. Et quand il est question de l'emploi de leurs militaires, et qu'un grand nombre de soldats américains perdent leur santé dans ces actions, Washington conteste systématiquement toute responsabilité et abandonne les victimes à leur propre sort. Les vétérans qui ont participé aux essais de la bombe atomique, les soldats de la guerre du Vietnam, les soldats de la première campagne contre l'Irak atteints du syndrome du Golfe Persique, beaucoup d'autres en ont fait l'expérience sur eux-mêmes.

En 1994, le ministère de l'énergie des États-Unis s'est adressé au ministère de la santé du Belarus avec la proposition de réaliser en commun un projet scientifique, prévu pour au moins 30 ans, dénommé projet BELAM. Le but du projet était d'effectuer une étude de longue durée pour établir combien de cas de cancers et d'autres pathologies de la glande thyroïde se manifesteront chez des groupes d'habitants du Belarus, ayant reçu des niveaux différents de doses d'iode radioactif, rejeté par le réacteur de Tchernobyl. Environ 13 000 personnes ont été sélectionnées, qui doivent être régulièrement examinées pendant trois décennies. Naturellement, le Belarus apprécie la coopération internationale dans l'études des conséquences de Tchernobyl et il apprécie également le soutien apporté à la médecine du pays. Le ministère de l'énergie des États-Unis a débloqué un financement de 10 millions de dollars USA pour le projet commun.

Des instituts et des personnes ont été sélectionnés du côté biélorusse pour la coopération : de grands spécialistes du ministère de la santé sous la direction du ministre lui-même, l'Institut de médecine radiologique et d'endocrinologie, qui en dépend (1), ses filiales à Minsk et à Gomel, le dispensaire spécialisé de Gomel et d'autres. Du côté américain le partenaire est l'institut national du cancer (National Cancer Institut) du gouvernement des Etas-Unis. Les questions financières ont été réglées et le contrat signé. Le projet est en cours depuis déjà plus de 6 ans. Ses participants du côté biélorusse se réjouissent probablement de faits concomitants tels que la livraison d'équipements et de matériels consommables, de fréquents voyages aux USA et d'honoraires en dollars, qu'ils reçoivent des Américains pour la collecte et la transmission des données médicales.

L'augmentation des cancers sous le boisseau du secret

En réalité, les Biélorusses auraient dû être plus prudents. Dans les années 1990-91, les États-Unis, d'autres pays industriels occidentaux et l'Union Soviétique avaient effectué, sous la direction de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), une étude des conséquences de l'accident du réacteur. Comme résultat de la réalisation du projet international de Tchernobyl l'AIEA avait diffusé la déclaration du professeur américain Fred Mettler sur l'absence de pathologies causées par la radioactivité chez les habitants. Mettler avait été spécialement choisi pour diriger le groupe scientifique, qui s'occupait des conséquences médicales. A cette époque, les pathologistes biélorusses et ukrainiens avaient déjà montré que le nombre des cancers de la thyroïde avait augmenté plusieurs fois chez les enfants, néanmoins l'AIEA ne les avait pas entendus.

L'information diffusée par l'AIEA, qu'il n'y avait pas de maladies, a eu pour effet l'absence de programmes d'aide médicale aux états victimes de Tchernobyl.

Il a été prouvé que les affirmations de l'AIEA étaient mensongères, que Mettler possédait, déjà en 1990, de nombreuses préparations histologiques d'enfants opérés de la région de Tchernobyl, qu'à cette époque déjà il avait découvert le cancer de la thyroïde. Cependant, lui et son équipe mentaient au monde, en affirmant qu'il n'y avait rien. Ainsi, le Belarus, le pays le plus touché par Tchernobyl, et où il y a eu le plus grand nombre de cas de cancers de la glande thyroïde, est resté sans aide de la communauté internationale, aide qui lui était nécessaire pour soigner les malades en constante augmentation.

Des humains comme cobayes

Conformément à l'accord, le projet BELAM se limite aux diagnostics, au dépistage et à l'épidémiologie des maladies de la glande thyroïde. Une fois le cancer découvert, rien n'intéresse plus l'Amérique : après, c'est l'affaire du Bélarus. Difficile à croire, mais le Bélarus n'a pas exigé des États-Unis, dès le début du projet et dans l'intérêt de ses propres patients, un traitement qualifié de toutes les maladies observées de la glande thyroïde, ni son financement comme partie intégrante du projet. Les Biélorusses ne sont aujourd'hui que les cobayes d'un énorme laboratoire radiologique, où les États-Unis recueillent leurs données scientifiques.

Il est surprenant aussi qu'il ne se soit trouvé au Belarus une seule personne responsable, qui ait cherché à connaître la vraie raison, ou les dessous, du pourquoi l'Amérique s'intéresse tellement à l'apparition du cancer de la glande thyroïde et à ce projet de recherche, prévu pour des dizaines d'années. Les personnes initiées du Japon, de la Commission des Communautés européennes et aussi de Moscou connaissent sans

doute depuis longtemps cette raison si importante. Le 1 avril 1996, après une longue enquête, la télévision britannique a transmis le film "Tchernobyl 10 ans après" et a livré des faits à l'attention de l'opinion publique. La BBC commence sa documentation par l'observation qu'elle veut éclairer un fait, que l'industrie atomique aurait volontiers mis en oubli. La télévision convainc de mensonge l'Américain Mettler, qui avait affirmé en 1991 qu'il n'y avait pas d'atteintes à la santé, causées directement par les radiations après Tchernobyl.

Dissimulation des conséquences des essais atomiques

La BBC montre aussi que de tous les pays participant aux recherches autour de Tchernobyl, les États-Unis s'opposent avec le plus de vigueur à l'établissement d'une corrélation entre l'iode radioactif et le cancer de la thyroïde. "Le gouvernement américain a des raisons particulières pour être sur ses gardes. Dans les années 50 le ministère de l'énergie des USA avait consciemment lâché un nuage d'iode radioactif dans l'atmosphère pour vérifier dans quelle mesure il était possible d'observer la trace d'un nuage radioactif. Cela a aggravé la contamination provoquée par les essais de la bombe atomique".

Le professeur Williams, pathologiste britannique, expert en pathologie de la glande thyroïde de la Commission des Communautés européennes et de l'Organisation Mondiale de la Santé a dit dans l'interview à la BBC : "Il existe des preuves du fait que de vastes espaces aux USA ont été contaminés par l'iode radioactif à faible concentration. Le gouvernement en est certes très troublé car il ne voudrait pas se trouver en situation de devoir avouer qu'il a, selon toute vraisemblance, lui-même causé ces cancers de la thyroïde et qu'il devra compenser le préjudice. Je pense que le gouvernement américain souhaite sincèrement que le lien de cause à effet entre l'iode radioactif et le cancer de la thyroïde ne soit pas confirmé".

Déformation des conséquences de Tchernobyl

Williams part du fait que des cercles influents en Occident ont faussé les résultats concernant le cancer de la glande thyroïde après Tchernobyl. La crainte des revendications, qui commençaient à exiger des compensations pour le préjudice, et l'inquiétude de l'industrie atomique face à la détérioration de son image publique ont jeté un voile sur les recherches.

Aux États-Unis on sait que dans les États contaminés par la traînée radioactive provoquée par l'expérimentation à l'iode radioactif du ministère de l'énergie, le nombre des cancers de la glande thyroïde a augmenté. Aujourd'hui, les victimes exigent que l'état verse des compensations pour le préjudice subi. Celui-ci conteste ces réclamations en se fondant sur le fait qu'il n'y a pas encore de preuves scientifiques, qui confirment l'existence d'une corrélation entre l'iode radioactif et l'augmentation des cancers de la glande thyroïde.

Les victimes des États-Unis ont avancé l'argument, selon lequel l'augmentation dramatique du nombre de cancers de la thyroïde après Tchernobyl constitue justement la preuve définitive de la corrélation avec l'action néfaste de l'iode libéré dans l'atmosphère. Les spécialiste du gouvernement américain – ceux de l'institut précisément, avec lequel le Belarus collabore dans le cadre du projet BELAM – ont contesté cela également et ont déclaré qu'il fallait d'abord effectuer des recherches précises de longue durée dans l'Union des États Indépendants et seulement après avoir une opinion certaine sur cette question. Selon la législation américaine le gouvernement de Washington s'attend à des requêtes de compensations pour le préjudice de l'ordre de milliards de dollars, tandis que les dépenses pour le projet BELAM constituent moins de 1% de cette somme! Voilà probablement le coup du cavalier politique et juridique, par lequel les Etat-Unis lancent pour des dizaines d'années le projet BELAM au Belarus (UKRAM en Ukraine), pour parvenir à un "éclaircissement de la question". Qui parmi les Américains-victimes sera encore en vie à l'achèvement de la recherche au bout de 30 ans, pour lutter ensuite pour ses droits? Dans ce contexte il devient clair, que le principal intérêt des USA consiste dans l'établissement d'un contrôle absolu sur la science, sur les données et sur l'information, concernant l'augmentation du cancer de la thyroïde suite à Tchernobyl. Pourquoi donc le Bélarus prête-t-il la main aux machinations des États-Unis?

Du point de vue de l'éthique médicale, aux Etat-Unis et dans les pays européens, la recherche scientifique sur les maladies des patients n'est pas admise, si dès le départ leur traitement complet n'est pas garanti. Pourquoi cela doit-il être différent, si les recherches des Etat-Unis ont lieu au Belarus?

Tenez la population dans l'ignorance

C'est sans doute une tradition politique profondément ancrée dans le monde entier, quand, dans des situations problématiques, ou en cas de danger, non seulement la propre population du pays n'est pas informée ou n'est informée qu'à moitié, mais elle est nourrie de demi-vérités, sinon de mensonges. Ces façons de faire ne dépendent pas de la forme du gouvernement. On peut les trouver tant dans les systèmes

autoritaires que dans les pays à démocratie classique. En vérité, la maxime "tenez la population dans l'ignorance", mise au monde par le président Eisenhower, est devenue un programme. Il n'était plus possible de cacher les images terribles des conséquences du bombardement atomique de Hiroshima et de Nagasaki et, à titre de soupape de pression, le programme "atome pour la paix" a été inventé. Le fait que la maxime de Eisenhower soit un mot d'ordre approprié dans la politique de désinformation de l'administration Bush, à la veille de l'agression à l'Irak, n'a pas besoin d'explications.

Les pays occidentaux, qui utilisent intensivement l'énergie atomique, voudraient établir, à l'aide d'un autre projet scientifique au Belarus, un contrôle absolu sur l'utilisation de l'information médicale concernant le cancer de la glande thyroïde. Les États-Unis, le Japon et la Commission des Communautés européennes – une espèce d'alliance atomique – ont imposé au ministère de la santé de la République du Belarus (ainsi qu'aux ministères de la santé d'Ukraine et de Russie) le projet de création d'une banque de tissus et de données du cancer de la glande thyroïde suite à Tchernobyl. La partie occidentale décide cependant, par la majorité de ses voix, quel groupe scientifique du monde aura l'autorisation de faire des recherches sur les tissus opératoires, de manière à "éviter des publications croisées (…) et à parvenir à des conclusions réussies", comme il est dit dans la description du projet.

Intérêt pour les données scientifiques, pas pour les patients

Suivant le désir des promoteurs, ce projet doit s'occuper, avant tout, de l'étude de la corrélation du cancer de la thyroïde après Tchernobyl non seulement avec l'iode radioactif, mais aussi avec les facteurs génétiques des malades, ainsi qu'avec les facteurs de pollution de l'environnement stimulateurs du cancer. Il se peut qu'ensuite, en dernière analyse, il apparaîtra que ce sont les gènes insolites des Biélorusses ou l'environnement pollué, et non l'iode radioactif de Tchernobyl, qui sont fautifs de l'augmentation dramatique du cancer de la thyroïde. Bien qu'il n'y ait pas encore d'accord signé avec le Belarus, le projet est de fait en cours de réalisation avec l'accord de Minsk, depuis déjà plusieurs années. Et encore une fois l'alliance est intéressée seulement aux données scientifiques, alors qu'aux patients et au Belarus on laisse le droit de s'occuper d'eux-mêmes. Qui surprendra-t-on par le fait que la banque centrale des données de ce projet se trouve à Londres? N'est-ce pas l'Angleterre l'allié le plus fidèle des États-Unis, quand il est question de la défense de leurs intérêts dans l'arène mondiale?

Le gouvernement de Minsk a créé un nouveau Centre scientifique et pratique républicain de médecine radiologique et d'écologie humaine dans la ville biélorusse de Gomel. Dans l'avenir, il devra réunir les recherches médicales de Tchernobyl et la coopération internationale. Le dispensaire spécialisé de Gomel, étroitement lié au projet BELAM, est investi du rôle directeur du nouveau centre. Quels scientifiques et quels établissements étrangers voudront collaborer avec ce centre en présence de ces conditions biélorusses? Certainement pas ceux qui veulent étudier les vraies conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, en informer l'opinion publique internationale et aider activement le Belarus dans l'élimination de ces conséquences.

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(1) Il s'agit de l'Institut dont les travaux ont été sévèrement critiqués par Bandajevsky, peu de semaines avant son arrestation. Un milliard de roubles seulement sur 17 a été dépensé utilement, selon lui, pour des recherches et recommandations effectuées en 1998 sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl. Dans le rapport qu'il avait adressé au Président Loukachenko et au gouvernement le professeur Bandajevsky écrivait notamment : "On propose un schéma général de modernisation des mesures de protetion existantes, basé sur le refus du principe de mesures obligatoires dans les zones concernées, et le passage à une application volontaire et sélective des mesures de protection. On conseille de prendre obligatoirement en compte des facteurs autres que l'irradiation (facteurs économiques, sociaux et psychologiques) […] On n'indique nulle part quelle est la part de ces facteurs. De cette façon, les recommandations des auteurs du rapport […] se résument à refuser le principe du respect obligatoire et universel de mesures de protection. Derrière ces paroles, on peut subodorer le principe "Chacun pour soi!", l'État ne portant plus aucune responsabilité pour la santé des populations. Ceci est en opposition flagrante avec la Constituttion de la République du Belarus et avec la Loi sur la Santé Publique..."

 





2) Situation sanitaire en Belarus (Biélorussie)


A) Interview du Professeur Yuri Bandazhevsky
par les médias irlandais, lors de la conférence de presse de Ady Roche. (Minsk, avril 2000)

- Votre brillante carrière a commencé à Grodno. Pourquoi êtes-vous venu à Gomel après la catastrophe à la centrale atomique de Tchernobyl? Quel âge aviez-vous alors?

Y.Bandazhevsky J'ai vécu mon enfance dans la province de Grodno. Ayant terminé mes études à l'Institut de médecine de Grodno en 1980 j'ai passé la spécialisation en anatomie pathologique et ai commencé à travailler dans le Laboratoire central de recherche scientifique du même institut. Quand j'étais encore étudiant j'ai commencé à m'occuper activement de recherches scientifiques et à réaliser de nombreuses expérimentations sur des animaux de laboratoire, que j'élevais moi-même à la maison. Le sujet principal de mes recherches était alors l'étude de l'influence de différents facteurs (physiques, chimiques et biologiques) de l'environnement sur la gestation, le développement embryonnaire et la formation des différents organes et systèmes. Ce travail a abouti à la préparation de la thèse de candidat au doctorat, que j'ai soutenue avec succès en 1983. J'ai soutenu la thèse de doctorat en 1987. La même année j'ai été nommé directeur du Laboratoire central de recherche scientifique.

La catastrophe de Tchernobyl a produit sur moi, comme sur un grand nombre de personnes, un énorme choc psychologique. Je considérais que mon devoir de médecin me dictait d'apporter mon aide à la solution des problèmes liés à cette catastrophe. Aussi dès 1988-1989 m'étais-je adressé officiellement à l'Académie des sciences et au Ministère de la santé avec des propositions de recherches scientifiques globales sur l'influence de la radioactivité sur les systèmes et les organes vitaux dans la période de formation. Il me semblait que tout ce qui était entrepris alors était insuffisant pour résoudre les problèmes existants. Il s'agissait avant tout de l'absence d'une vision claire des mécanismes d'action des radionucléides incorporés dans l'organisme sur la structure et sur la fonction des cellules et des tissus, sur le métabolisme. Mon expérience dans mes travaux scientifiques précédents, qui avait été reconnue par les principales écoles de l'URSS (Moscou, Leningrad), me confortait dans l'idée que les sujets proposés étaient valables. En 1990 le destin a voulu que je fasse directement connaissance avec la vie des populations de Gomel et de sa province. Je pris la décision de poursuivre mes recherches scientifiques là bas sur place. J'ajoute que je projetais de me consacrer exclusivement au travail scientifique dans l'institut de médecine radiologique qui s'ouvrait alors. Toutefois, en automne de la même année j'ai été invité à prendre la direction de l'institut de médecine qui était en voie d'élaboration à Gomel. J'avais alors 33 ans.

- Quelles sont les nouvelles maladies que vous avez découvertes suite à vos recherches?

Y.B. Les nombreuses recherches scientifiques, tant cliniques qu'expérimentales, ont montré l'action défavorable de quantités même faibles de radionucléides incorporés dans l'organisme, en premier lieu du césium radioactif, sur les systèmes et les organes vitaux. En premier lieu je voudrais signaler l'atteinte du système cardio-vasculaire, qu'on observe même chez les petits enfants. Une dépendance linéaire proportionnelle a été constatée entre la quantité du césium radioactif incorporé dans l'organisme et dans le muscle cardiaque, et la fréquence de même que la gravité des altérations morphologiques et fonctionnelles. En examinant les lésions dans l'ensemble des différents organes et systèmes, il a été possible de déterminer les processus pathologiques interdépendants tant au niveau du coeur, du foie, des reins, des organe endocriniens, que du système immunitaire. En conséquence, m'étant consacré pendant de nombreuses années à la pathologie, je pense que, sous l'action des radionucléides incorporés dans l'organisme, avant tout le césium-137, des lésions morphologiques et fonctionnelles interdépendantes entraînent des troubles métaboliques dans tous les systèmes et organes vitaux,. En outre, les lésions de certains organes peuvent avoir leurs caractéristiques propres, comme par exemple, dans les reins on observe la destruction des glomérules avec apparition de cavités. Cependant toutes ces lésions découlent d'un processus pathologique semblable, que nous appelons syndrome des radionucléides de longue période incorporés. Sur la base des données obtenues, la moindre quantité de césium radioactif incorporé dans l'organisme humain ou des animaux, peut provoquer l'altération de la structure et de la fonction d'organes et de systèmes, et entraîner de nouvelles maladies (maladie du coeur et des vaisseaux, tumeurs malignes, maladies du foie, des reins, de la glande thyroïde et des autres organes endocriniens) ou aggraver les maladies préexistantes. L'altération du système immunitaire est l'une des causes principales de l'augmentation des maladies infectieuses, comme la tuberculose et l'hépatite virale.

- Quel danger y a-t-il aujourd'hui pour les habitants des régions sinistrées?

Y.B. Les recherches que nous avons effectuées ont montré que le plus grand danger est représenté par l'action des radionucléides incorporés dans l'organisme, en premier lieu du césium radioactif. Si nous ne mettons pas fin à ce processus, les conséquences peuvent être tragiques. C'est pourquoi un contrôle rigoureux de la présence du césium radioactif dans les produits alimentaires est indispensable. Cela concerne surtout les enfants, qui sont plus sensibles au césium radioactif. A ce propos la situation démographique me préoccupe beaucoup, car la mortalité de la population dans la province de Gomel dépasse la natalité de 1,6 fois. Je souligne que cela ne concerne pas seulement ni même avant tout les tumeurs malignes, mais aussi les altérations pathologiques des systèmes à métabolisme intense, comme le systèmes cardio-vasculaire, systèmes nerveux, immunitaire, endocrinien, urinaire, digestif et de reproduction.

Le césium-137 exerce son action défavorable avant tout sur le système énergétique des cellules fortement différenciées, ce qui provoque leur nécrose, ainsi que finalement, dans beaucoup de cas, la mort de tout l'organisme.

- Quel est le danger pour les futures générations?

Y.B. Compte tenu de l'action directe du césium radioactif sur les jeunes, sur la formation de leur système reproductif et sur les autres systèmes essentiels, ainsi que des modifications génétiques dans les cellules sexuelles, nous avons le devoir d'être inquiets pour la santé des futures générations.

- L'aide fournie à la République de Belarus pour la liquidation des conséquences de la catastrophe de la centrale atomique de Tchernobyl est-elle suffisante?

Y.B. Afin de pouvoir apprécier la valeur de cette aide il est nécessaire de déterminer la gravité du dommage causé à la santé des populations, suite à la catastrophe de Tchernobyl. Je pense que l'aide la plus importante doit être orientée sur la prévention des maladies qui peuvent surgir, que j'ai évoquées plus haut. Le problème de Tchernobyl est le problème du monde entier. Je pense que l'aide de la communauté mondiale est nécessaire pour la liquidation de ses conséquences.

- Vous venez de commencer à travailler à l'institut "Belrad". De quel appareillage aurez-vous besoin pour votre travail?

Y.B. Dans cet institut j'ai l'intention d'étudier les problèmes liés à l'action du césium radioactif sur la physiologie des systèmes et des organes vitaux. Je souhaite développer des méthodes de protection radiologique. Il est nécessaire pour cela de créer un laboratoire d'histopathologie, collaborer avec des groupes scientifiques pour mieux saisir les changements structrels-métaboliques des tissus et des cellules du corps humain et des animaux suite à l'incorporation du césium radioactif. Il faut en parallèle étudier les symptômes cliniques au niveau du système cardio-vasculaire chez les enfants qui vivent dans les territoire contaminés par des radionucléides. Je souhaite pour cela avoir le soutien et recevoir l'aide nécessaire qui puisse déboucher sur une étroite collaboration avec des scientifiques du monde entier. L'aide pourrait venir d'organisations sociales ou de bienfaisance, auxquelles le destin des personnes victimes de la radioactivité n'est pas indifférent, mais aussi de fondations scientifiques. Je voudrais espérer que le résultat de cette collaboration puisse permettre la création d'un Centre scientifique international de la pathologie des radiations, pour que de nombreux chercheurs, travaillant sur le problème de la protection des personnes contre l'action des rayonnements, puissent unir leurs efforts pour faire progresser nos connaissances.

- Quels moyens de protection voyez-vous aujourd'hui contre l'action des éléments radioactifs incorporés dans l'organisme humain?

Y.B. Sur la base de mes recherches, ainsi que sur celle des recherches effectuées par les collaborateurs de l'institut "Belrad", on peut attester l'efficacité des produits à base de pectines d'origine végétale pour mobiliser ou éliminer partiellement le césium radioactif de l'organisme par voie naturelle. Ces produits parviennent à corriger les troubles métaboliques dus à la présence dudit radionucléide.

Minsk, avril 2000




B) L'hebdomadaire russe "Arguments et Faits", diffusé en 3 millions d'exemplaires sur le territoire de la Communauté des Etats Indépendants, publie cet article sur le scientifique biélorusse emprisonné.

"Argumenty i Facty"
N°40 (1093). - Octobre 2001

TOP SECRET
MUTATIONS

A défaut de pouvoir emporter sa tête pleine d'idées dangereuses, les hommes en civil venus perquisitionner chez le professeur Bandazhevsky ont confisqué son ordinateur.

Le chercheur s'installe derrière sa machine à écrire et se met au travail. Il sait qu'il sera arrêté d'ici peu et se hâte de rédiger son nouveau livre "Le développement du fœtus", le dernier de ses essais consacrés aux radiopathologies. Une large part des données dont il a besoin est restée dans l'ordinateur mais il a sa mémoire pour le dépanner. La veille du procès le manuscrit est terminé. Sera-t-il jamais publié?

Après la catastrophe de Tchernobyl Youri Bandazhevsky, docteur en médecine et professeur à 33 ans, vient s'établir à Gomel pour y prendre la tête de l'Institut de médecine qu'on vient de créer pour former des médecins à partir des habitants de cette zone contaminée : il n'y a pas de volontaires pour venir faire des études de médecine dans cette région radioactive. Bandazhevsky regarde ses étudiants avec les yeux d'un médecin. L'électrocardiogramme de la quasi totalité des étudiants présente des altérations. Quatre ans plus tard la situation ne fait qu'empirer. Pourquoi ces jeunes sont-ils frappés d'infarctus? Serait-ce à cause du césium accumulé dans leur cœur? Pourtant on affirme que le radiocésium s'accumule uniformément dans tous les tissus? Secondé de ses collègues, il va chercher la réponse à cette question à la morgue : 285 autopsies. Les altérations pathologiques des poumons, des reins, du foie, du cœur des morts se révèlent identiques à celles observées chez les animaux servant de cobaye et nourris de grains radioactifs. Les mesures montrent que pour une moyenne de 100 Bq/kg de radionucléides incorporés dans l'organisme, il y en a 1000 dans le cœur, 3000 dans les reins… Pas de doute, l'incorporation est différenciée!

Tchernobyl, ce n'est pas Hiroshima

Les enfants incorporent bien plus de radionucléides que les adultes: moindre poids du corps, métabolisme plus rapide. Il faut donc examiner en premier lieu les enfants. Et pour cela, se rendre sur place, dans les villes et villages. Comment faire si l'Etat ne donne pas un sou? Alors le professeur, accompagné de sa femme Galina et de ses étudiants, se met lui-même à sillonner la Biélorussie. En 9 ans ils ont examiné plusieurs milliers de garçons et de filles. La plupart des enfants avaient accumulés 50 Bq/kg et plus (seuil au-delà duquel les altérations pathologiques des organes vitaux commencent). Certains en avaient jusqu'à 500 ou même 800. 80% de ces enfants souffraient de troubles cardiaques. Au niveau des cellules le potassium est évincé par le césium radioactif, ce qui perturbe le rythme du muscle cardiaque. Pourtant on n'a jamais observé ce phénomène chez les victimes d'Hiroshima. Pourquoi? La population d'Hiroshima a subi une forte irradiation ponctuelle qui a tué un grand nombre de gens mais cette population n'a pas dû ensuite se nourrir de manière chronique d'aliments contaminés comme celle du Belarus, pays pauvre couvert de retombées radioactives.

Le professeur savait qu'il allait d'un moment à l'autre passer sous le rouleau compresseur de l'Etat mais au lieu de se ronger les freins, il se mit à élever des hamsters. Dès que la femelle tombait enceinte, il lui inoculait 100 Bq de césium. 59% des petits naissaient avec des malformations! Aujourd'hui 2500 enfants naissent annuellement au Belarus avec des malformations génétiques: becs de lièvre, malformations des os, 6 doigts au lieu de 5, anomalies des organes internes, anencéphalies (absence du cerveau), absence ou développement retardé des membres. L'examen à Gomel d'une centaine d'adolescentes fit l'effet d'un choc: il s'avéra que les cellules génitales féminines étaient évincées par des cellules masculines!

Huit livres — huit ans de prison

En poursuivant ses recherches en radiopathologie, Bandazhevsky ne pensait pas faire peur à la société. Ses recherches pouvaient-elles effrayer davantage que la blouse blanche du médecin? Pour protéger la nation et son avenir il fallait coûte que coûte protéger les enfants en éliminant les radionucléides de leur organisme à l'aide d'adsorbants comme la pectine, il fallait évacuer les femmes enceintes et les enfants de moins de 3 ans des zones contaminées vers des régions propres… Il fallait faire tout ce qui était économiquement possible par des moyens simples et abordables.

Cet été le tribunal militaire de la Cour Suprême de la République du Belarus a condamné Bandazhevsky, accusé soi-disant de corruption, à 8 ans de détention. Le procureur qui réclamait 9 ans de prison a ajouté par erreur (ou a trahi une intention?) qu'après sa libération le savant ne serait pas autorisé à poursuivre ses activités scientifiques pendant 5 ans.

L'auteur de la dénonciation qui a déclenché la poursuite a repris son travail à l'institut. Le nouveau recteur a mis un point final aux recherches en radiopathologie. Quant à Bandazhevsky, il a occupé sa place à la colonie à régime renforcé de Minsk.

Liudmila PROCHAK
Gomel.

 

C) Les conséquences de Tchernobyl en République de Bélarus

Vladimir Tsalko,
Président du Comité sur les conséquences de la catastrophe à la centrale nucléaire de Tchernobyl de la République de Bélarus.

La république de Bélarus, une des ex-républiques de l'URSS, a acquis son indépendance en 1991. Sa population est 10 millions d'habitants, sa superficie -207 600 km2. Elle est limitrophe avec la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, l'Ukraine et la Russie.
La communauté internationale connaît parfaitement la date de a catastrophe de Tchernobyl -le 26 avril 1986-. Mais en fait peu de gens connaissent le vrai impact de cet accident sur des millions d'habitants des trois pays slaves : le Bélarus, l'Ukraine et la Russie. Il est difficile de surmonter le stéréotype : comme cette catastrophe s'était produite dans la ville ukrainienne de Tchernobyl, donc c'est uniquement ce pays qui en a souffert le plus. En réalité, la plus grande partie du nuage radioactif s'est dirigée vers le Bélarus ayant aussi touché par une de ses ailes la Russie et par l'autre - un certain nombre de pays européens.
Notre pays a reçu le choc principal de la catastrophe, 23% du territoire du Bélarus a été contaminé par les radionucléides de longue durée, 70% des déchets radioactifs ont pénétré le sol bélarussien pour des décennies à venir.
Un habitant sur cinq est affecté, soit plus de 2 millions de personnes. Une grande quantité des terres (2 640 km2) et plus d'un quart des massifs forestiers sont exclus de l'exploitation.
Selon les calculs scientifiques, le préjudice économique porté à notre pays par cet accident est équivalent à 32 budgets annuels du Bélarus de l'année 1986, soit 235 milliards de dollars américains nécessaires pour en surmonter les conséquences pendant une période de 30 ans.
Mais revenons en 1986.
Jusqu'en 1991, la lutte contre les premières suites de la catastrophe, l'évacuation des habitants de la zone de 30 km, leur déménagement dans les régions propres du Bélarus, la prise des mesures de première urgence, la définition des normes et niveaux admissibles de la contamination radioactive ainsi que beaucoup d'autres sujets étaient décidés par les dirigeants de l'URSS.
Les moyens nécessaires ont été alloués du budget de l'Union composée de 15 républiques. Après la dissolution de l'Union Soviétique, la République de Bélarus s'est retrouvée seule face au fardeau des conséquences de la catastrophe. Au cours des premières années après cet accident le Bélarus consacrait aux problèmes de Tchernobyl, jusqu'à 25% de son budget. Actuellement ce chiffre est un peu inférieur.
En 1988 les Nations Unies ont reconnu le caractère planétaire des conséquences de Tchernobyl en tant que catastrophe écologique radioactive globale, ayant concentré son attention sur les problèmes les plus aigus de la population qui a souffert suite à cette catastrophe considérée comme une tragédie humanitaire internationale de longue portée.
La protection et les soins des victimes de cette catastrophe étant une des principales fonctions de l'État, les autorités du Bélarus ont appuyé l'initiative de lancement d'un programme spécial de liquidation des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl.
Vu l'échelle de la contamination et le fait que plus de trois mille villes et villages se trouvent en zone de risque radiologique, force est de constater le manque énorme de moyens pour la mise en oeuvre de tout l'éventail des mesures nécessaires à minimiser l'impact de l'irradiation sur la population et l'environnement du Bélarus. Et pourtant, les autorités de la République de Bélarus n'ont pas abandonné leurs citoyens et, 14 ans après cette tragédie, prêtent beaucoup d'attention à la situation dans les régions affectées et aux gens qui y habitent.
En conformité avec le programme de minimisation des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, tout un nombre de mesures d'urgence et de longue portée sont déjà réalisées, d'autres sont en train d'être mises en place. 135 mille personnes ont été déménagées dans les régions propres. De nouvelles habitations et infrastructures ont été construites par l'État pour les personnes déménagées. 5 mille citoyens bélarussiens ont encore droit au déménagement et l'État leur garantit ce droit.
Les efforts de déménagement signifient non seulement des dépenses matérielles considérables, mais aussi la nécessité d'accorder de l'aide psychologique, car il faut expliquer aux gens le danger provenant d'un ennemi invisible et non palpable, il faut chercher et trouver des mots pour persuader les gens de quitter leurs lieux d'habitation traditionnelle et ceux de leurs ancêtres sans parler de la nature magnifique du sud du Bélarus.
Actuellement, plus de 1,5 millions de personnes habitent dans la zone de contamination radioactive. Et nous disons avec douleur que 437 mille d'entre elles sont des enfants.
Chaque année l'État bélarussien dépense plus de 50% du budget consacré aux conséquences de Tchernobyl pour la mise en oeuvre des mesures de réhabilitation pour les enfants. Malgré le manque constant de ressources, l'État réalise des programmes spéciaux pour enfants dont le programme présidentiel "Enfants de Bélarus" qui inclut le sous-programme spécial "Enfants de Tchernobyl".
La loi sur la protection sociale des citoyens affectés par la catastrophe à la centrale nucléaire de Tchernobyl prévoit la remise en forme des enfants affectés, deux fois par an, dans les centres pour la réhabilitation et remise en forme se situant dans les territoires propres. La nutrition gratuite des enfants par des aliments propres est organisée dans les établissements préscolaires et scolaires. Les examens médicaux et traitements gratuits se font chaque année. L'attention importante est accordée à l'élaboration des programmes et manuels éducatifs spéciaux destinés à développer chez les enfants la nouvelle culture écologique. Nous travaillons pour apprendre aux enfants les habitudes pratiques de comportement dans les conditions de risque continu à leur santé.
Les enfants et la jeunesse ayant appris la culture de vivre dans les territoire contaminés sauront gérer les risques et éviter les dangers pour leur santé. Dans ce sens notre pays a encore un grand travail à accomplir qui doit être mené d'une façon systématique et basé sur les données scientifiques.
Malheureusement, l'État bélarussien ne dispose pas de moyens suffisants pour résoudre les problèmes liés aux conséquences de Tchernobyl dans tous les domaines de l'économie. Et pourtant la spécificité de la contamination radioactive est qu'aucun pays du monde n'est capable de les surmonter pendant une courte période du temps. C'est pour cette raison que nous devons unir nos efforts pour liquider les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. En aidant le Bélarus, la communauté internationale va mieux comprendre la nature réelle de l'atome, son utilité et son mal, élaborer les moyens de protection et les transmettre aux populations. Le problème de Tchernobyl doit être hors de la politique parce que la radiation ne connaît pas les frontières et ne respecte pas les conditions des conventions internationales.


D) A propos de la situation sanitaire au Belarus

Gazette Nucléaire n°187/188 janvier 2001

Nous avons été quelque peu surpris de la demande faite par l'Ambassade du Bélarus à Paris de publier dans la Gazette Nucléaire l'article du Pr. Vladimir Tsalko sur les conséquences de Tchernobyl en République de Bélarus. Cet article n'a pas pu être publié pour la date de fermeture de la centrale de Tchernobyl le 15 décembre 2000, comme le demandait M. Romanovsky, Attaché de presse de l'Ambassade car la Gazette était déjà sous presse.
Le texte du Pr. Tsalko montre l'ampleur de la catastrophe, souligne l'impuissance du gouvernement bélarusse à résoudre les problèmes malgré ses efforts et demande l'aide de la communauté internationale.
Année après année nous avons insisté dans la Gazette Nucléaire sur la dégradation de la situation sanitaire dans les zones contaminées d'Ukraine, de Biélorussie et de Russie, suite à la catastrophe de Tchernobyl. Nous avons incité médecins et journalistes à aller enquêter sur place en Biélorussie à une époque où tous se précipitaient dans la zone interdite. Nous essayons de faire entendre la voix de ceux qui disent autre chose que la version des experts internationaux. La situation est particulièrement dramatique au Bélarus (ex-Biélorussie). Qui plus est, le Belarus n'a rien à monnayer contrairement à l'Ukraine qui a joué sur la fermeture définitive de la centrale de Tchernobyl.
Ainsi les lecteurs attentifs des dossiers de la Gazette Nucléaire consacrés à Tchernobyl ne sont pas sans ignorer qu'il y a deux versions complètement contradictoires concernant les conséquences sanitaires de Tchernobyl dans les trois républiques de l'ex-URSS qui ont été les plus contaminées par les retombées de Tchernobyl  : la version des experts officiels pour qui il ne s'est quasiment rien passé à Tchernobyl et celle des médecins et scientifiques de terrain pour qui la situation sanitaire ne fait que s'aggraver pour les habitants des zones contaminées.
On ne peut pas dire qu'on est aidé par les médias. Un exemple, le journal Le Monde rapportera fidèlement les mutations observées chez les hirondelles devenues blanches mais ne produira que la version très partiale de l'IPSN (Institut de protection et sûreté nucléaire) visant à nier un quelconque effet lorsqu'il s'agit des mutations minisatellites observées chez des enfants nés de parents vivant dans les zones contaminées du Bélarus. Et dans ce cas vous pouvez toujours écrire au courrier des lecteursÖSuccès nul garanti.
Ce sont pratiquement les mêmes experts qu'on retrouve dans toutes les commissions nationales, européennes et internationales. (Un bon exemple était fourni par le Pr. Pellerin). Les experts de l'UNSCEAR (le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations atomiques et), avaient dès 1988 entériné la dose collective estimée par le Pr. Iline, le responsable de la radioprotection soviétique (lui aussi on le trouve dans tous les comités), dose révisée à la baisse par rapport à celle du rapport soviétique à l'AIEA d'août 1986 ce qui diminuait d'autant les effets à long terme de la catastrophe, cancers mortels et effets génétiques.
Pour les experts internationaux du " Projet International Tchernobyl " réalisé sous l'égide de l'AIEA (agence internationale de l'énergie atomique) le rapport final présenté à Vienne en mai 1991 indiquait que les rayonnements n'avaient eu aucun effet nocif sur la santé de la population des régions contaminées. Il a même été dit que les mesures prises par le pouvoir central soviétique pour protéger la population contre les effets à long terme des radiations furent " excessives ". Rappelons que les délégués scientifiques d'Ukraine et de Biélorussie ont quitté la séance de clôture en signe de protestation.
Dans les conclusions du dernier Rapport UNSCEAR 2000 Sources and Effects of Ionizing Radiation on peut lire au sujet de Tchernobyl qu'il y a eu 30 morts dans les jours et quelques semaines qui ont suivi l'explosion du réacteur parmi les travailleurs, qu'il y a eu des lésions dues à l'irradiation chez plus d'une centaine d'autres. Dans la population "il y a eu environ 1800 cas de cancers de la thyroïde chez des enfants exposés au moment de l'accident et si cette tendance se poursuit il pourrait y avoir plus de cas durant les prochaines décades. Mis à part cet accroissement il n'a pas été mis en évidence d'impact sanitaire majeur pour la population pouvant être attribué à une exposition aux radiations 14 ans après l'accident ". Pas de preuves d'augmentation de cancers, ni de leucémie même chez les liquidateurs (Ö). Et enfin, (je souligne) :" Pour la grande majorité de la population il est improbable qu'elle soit l'objet de conséquences sanitaires sérieuses qui résulteraient d'une irradiation due à l'accident de Tchernobyl ".
Fait nouveau et à marquer d'une pierre blanche, le Monde publie un article de Nathalie Nougayrède (Le Monde 20 mai 2000) " Les enfants de Tchernobylface à la " mort invisible" ". La journaliste témoigne de la vie quotidienne dans les zones contaminées de Belarus, (là vivent 500 000 enfants), elle rapporte les combats et les déboires du Pr. Vassili Nesterenko, qui tente d'aider les familles à lutter contre les effets de l'irradiation. Cet article a fait tilt, il n'est pas dans la ligne de l'UNSCEAR.
D'où le courroux du Pr. Lacronique, qui dirige l'Office de protection contre les rayonnements ionisants (OPRI, Office ayant remplacé le SCPRI, service central de protection contre les rayonnements ionisants). Ce Professeur, désormais membre de la sphère des experts officiels en radioprotection, est tout naturellement membre de l'UNSCEAR comme le fut autrefois son prédécesseur le Pr. Pellerin. Par un courrier au Monde (4 juillet 2000) titré " La vérité sur Tchernobyl " il " réagit " à l'article de Nathalie Nougayrède. Le Pr. Lacronique, chef de la délégation française venait justement de participer à deux semaines de travail dans le cadre de l'UNSCEAR. Le courroux du Pr. Lacronique est encore plus grand vis-à-vis de Ross Mountain, directeur du bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) qui a adressé un courrier au Monde le 27 mai, texte " grossièrement tendancieux " selon le Pr. Lacronique.
Ainsi on perçoit comme un " frémissement " du côté des affaires humanitaires, on ne prend plus pour argent comptant ce que racontent les officiels car le décalage est trop grand entre leurs déclarations lénifiantes et ce qui se vit journellement sur le terrain.
Un combat entre les dinosaures et les modernes qui veulent tout simplement être plus crédibles ? Serait-il plus difficile aujourd'hui d'envoyer en Ukraine et en Biélorussie le Pr. Pellerin parmi les trois experts de l'OMS dont le rapport de juin 1989 indiquait " que les scientifiques [locaux] qui n'ont pas de profondes connaissances sur les effets des radiations ont attribué divers effets biologiques et sanitaires à l'exposition aux rayonnements ". En somme des incompétents ces scientifiques locaux. Suivi d'un couplet sur le fait que ces effets étaient bien plus vraisemblablement dus à des facteurs psychologiques et au stress. Il serait probablement impossible aujourd'hui d'envoyer Croix-Rouge et Croissant-Rouge en Biélorussie et en Ukraine comme cela a été fait en 1990 et de leur faire conclure, comme précédemment l'OMS, que nombre de symptômes physiques étaient dus au stress psychologique. Entre temps il y a eu l'épidémie des cancers de la thyroïde des enfants, impossibles à nier (bien qu'ils aient été niés au début)...

C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la demande faite à la Gazette Nucléaire par l'Ambassade du Belarus à Paris de publier un article du Pr. Tsalko sur les conséquences de Tchernobyl en République de Belarus où l'aide internationale est sollicitée.
Il faut signaler que nous avons fait appel à Monsieur l'Ambassadeur du Belarus à Paris à plusieurs reprises depuis le mois d'octobre 1999 et nous le remercions ici pour avoir effectué toutes les démarches que nous lui avons demandées.
Tout d'abord pour avoir transmis notre courrier du 16 octobre 1999 au Procureur de la République du Belarus afin d'obtenir des précisions au sujet de l'arrestation du Pr. Youri Bandazhevsky, Recteur de l'Institut de médecine de la ville de Gomel, et des conditions de sa détention.
Rappelons que le Pr. Bandazhevsky a étudié les conséquences sanitaires de l'incorporation de radionucléides par les habitants des zones contaminées de la région de Gomel en particulier du Césium 137 chez les enfants et montré que les effets nocifs, entre autres sur le système cardio-vasculaire, le système immunitaire, les organes de la vision, augmentent avec la charge en césium 137 par kilogramme de poids de l'enfant.
Le Pr. Bandazhevsky a été considéré par Amnesty International comme un prisonnier de conscience potentiel. Si nous avons été heureux de la libération du Pr. Bandazhevsky après plus de 5 mois de détention pour les fêtes en fin d'année dernière, nous avons été atterrés d'apprendre que sa détention dans des conditions très difficiles a notablement affecté sa santé. D'autre part il a été destitué de son poste et son procès n'a toujours pas eu lieu.
En date du 27 février 2000 nous demandions à M. l'Ambassadeur de faire parvenir notre lettre au Président de la République du Bélarus, M. Alexandre Loukachenko, afin qu'il autorise la venue à Paris du Pr. Bandazhevsky pour recevoir la médaille du 14ème congrès mondial de l'IPPNW pour l'ensemble de ses travaux. Malheureusement cette autorisation ne lui a pas été accordée.
Puis nous avons été très préoccupés par les attaques émanant du Ministère de la santé de la République de Belarus contre le Pr. Nesterenko, Directeur de l'Institut indépendant BELRAD. Cet Institut vise à améliorer la radioprotection des habitants vivant en zones contaminées. Il possède plusieurs unités mobiles et effectue sur des enfants des mesures par spectrométrie gamma de la charge en césium 137 incorporé via la nourriture en se déplaçant dans les villages contaminés. Ce sont des anthropogammamètres simplifiés enregistrant les raies du césium 137 et du potassium 40.
Cet institut a effectué depuis 1996 des mesures sur plus de 55'000 enfants dans les écoles et les crèches grâce à 6 laboratoires mobiles. Rappelons qu'il a ainsi été décelé que certains enfants ont des charges en césium 137 allant jusqu'à plus de 7 000 Bq/kg dans des villages du district de Narovlia! Or, d'après les travaux du Pr. Y. Bandazhevsky des troubles apparaissent dès que la charge est supérieure à 25-50 Bq/kg.
Contrairement à la loi, le Ministère de la santé conteste le droit au Pr. Nesterenko d'effectuer ces mesures sous le prétexte fallacieux que ce serait un acte médical (notre lettre du 16 août 2000 adressée au Ministre de la santé du Bélarus).
Ces mesures de charge incorporée sont très importantes pour la surveillance radiologique des enfants. En effet il est possible d'éliminer une fraction importante du césium 137 en fournissant aux enfants un complément alimentaire sous la forme de comprimés à base de pectine (présente dans de nombreux fruits), ce qui se fait également en Ukraine.
Nous sommes alors intervenus par courrier du 21 septembre 2000 auprès de M. Alexandre Loukachenko, Président de la République du Belarus.
C'est là qu'il devient difficile de comprendre les attaques subies par les Pr Bandazhevsky et Nesterenko. Certes c'est moins grave que l'emprisonnement, mais d'autres scientifiques ont subi des pressions, il y a eu des remaniements de laboratoires, des réorganisations dont le résultat est la cessation de certaines études etc.
Le texte du Pr. Tsalko montre bien que la situation sanitaire au Belarus est très préoccupante. C'est à l'OPRI, à l'IPSN, au ministère de la santé, au Parlement que le Pr. Tsalko doit envoyer son texte mais aussi à l'UNSCEAR pour obtenir une aide internationale en disant la vérité sur la situation réelle, en fustigeant ceux qui mentent lorsqu'ils disent qu'il est improbable que la population ait à subir des effets néfastes suite à Tchernobyl alors qu'elle les subit déjà.
Il faut que le gouvernement du Belarus ait une position claire:
- ou il est d'accord avec les instances telles que l'UNSCEAR et alors il ne peut attendre aucune aide internationale quelle qu'elle soit puisque pour ces experts il ne s'est rien passé à Tchernobyl, hormis quelques enfants atteints de cancers de la thyroïde.
- ou il dit la vérité sur les conséquences néfastes de Tchernobyl et demande ouvertement l'aide internationale. Mais il faut pour que la vérité soit reconnue qu'il soutienne ses scientifiques qui osent encore faire face à ce qui ressemble fort à un complot international et alors il faut que cessent les brimades, l'arbitraire, que cesse la répression à leur encontre, et au contraire il faut les encourager à poursuivre leurs travaux.
Nous voulons espérer que, comme dans tout État de droit, la société civile puisse avoir la liberté d'entretenir une collaboration directe avec ces chercheurs et puisse soutenir financièrement les travaux qui ont une portée bien en dehors des frontières du Belarus, car personne n'est à l'abri d'un accident nucléaire dans son propre pays.

Bella Belbéoch, 7 janvier 2001

 

 

E) Nous marchons depuis longtemps sur du radiocésium, mais nous n'avons pas encore goûté aux fruits de la catastrophe de Tchernobyl à l'état pur, estime Bandazhevsky

Service d'information

L'ancien recteur de l'Institut de Médecine de Gomel, Yuri Bandazhevsky, est de nouveau derrière les barreaux. Peu avant il avait répondu aux questions du correspondant de "BGD". Il y a de grandes chances que ce soit sa dernière interview d'homme libre.

- Si je ne m'abuse, les maladies cardio-vasculaires représentent la première cause de mortalité dans le monde entier?

- C'est vrai. Mais regardez un peu cette photo. Ce n'est pas une route pavée, comme on pourrait le croire à première vue, c'est la structure histologique du muscle cardiaque d'un habitant de Dobrouch, décédé subitement à l'âge de 43 ans. Vous voyez cet énorme œdème? Quant à ces "trous", ils se sont formés à la place des cellules tuées par le radiocésium, quoique sa concentration n'ait pas été excessive dans ce cas précis, pas plus de 45 Bq/kg. Pourtant c'est un fait, il marchait, il est tombé et il est mort. C'est un cas parmi une multitude de cas semblables. Voilà pourquoi je ne serai jamais las de répéter que c'est un crime de fermer les yeux sur les effets chroniques de la radiation et sur l'incorporation des radionucléides dans l'organisme humain. Le cœur est un organe énergétique au travail intense qui comporte un mécanisme de contraction et de relâchement des structures cellulaires du myocarde. Ce mécanisme est extrêmement sensible à la quantité d'énergie amenée. Le césium attaque les systèmes enzymatiques responsables pour la "livraison" de cette énergie et provoque ainsi l'arrêt du cœur: la contraction commence mais le relâchement "freine".

- C'est effrayant…

- Et comment! Mais il fallait s'effrayer bien avant. En 1993 nous avions déjà mis en évidence la corrélation directe qui existe entre les troubles cardiaques chez l'enfant et la quantité de radiocésium incorporé. Ma femme, Galina Bandazhevskaya, qui est cardiologue pédiatre, s'est consacrée à l'étude de ce problème. Quand les Japonais ont découvert son article dans une revue médicale, ils sont venus exprès pour faire un film sur nos recherches. Des journalistes occidentaux ont également fait plusieurs documentaires sur les études en radiopathologie de l'Institut de médecine de Gomel. Seule la porte du Ministère de la Santé du Belarus nous est toujours restée fermée.

- Vous espérez qu'ils vous ouvrent maintenant, la veille du jour où sera prononcée la sentence?

- Pensez-vous! Je n'ai même pas l'intention de perdre mon temps à critiquer le Ministère de la Santé, cette occupation étant absolument vaine. Je voudrais simplement demander à ces messieurs: "Que faites-vous donc?" D'ailleurs, je peux très bien répondre à leur place: "Vous faites tout pour que les gens ne soient pas en bonne santé".

- Mais ces déclarations ne servent qu'à les taquiner… A quoi bon?

- Pour moi, il n'y a pas de plus grande valeur que la vérité. Le rôle de la radiation dans l'étiologie de divers cancers est aujourd'hui évident pour de nombreux médecins. Mais ils se taisent en justifiant leur silence par l'absence de preuves. Eh bien, trouvez-les! Mais au lieu de les chercher, on prescrit des poudres contre la migraine sans essayer d'en déceler les causes, on "traite" la tuberculose à l'aide de rayons X. N'allez pas imaginer que c'est le désespoir d'un "coupable innocent" qui parle en moi, bien qu'il y ait des preuves qu'ils veulent ma peau, pour appeler les choses par leur nom. Je souffre de voir que ce dont j'avais mis en garde il y a 10 ans est en train de se réaliser aujourd'hui. Le nombre de malformations innées chez les enfants augmente. Et il ne cessera d'augmenter pendant plusieurs générations car nous n'avons pas encore goûté aux fruits de la catastrophe de Tchernobyl à l'état pur. Ce que nous observons aujourd'hui, c'est le résultat des essais d'armes nucléaires dans lesquelles l'humanité s'est lancée dans les années 50. Il y a déjà pas mal de temps que nous marchons sur du radiocésium.

- La médecine officielle ne semble pas approuver ce point de vue.

- Bien entendu! Aujourd'hui la région relativement peu touchée de Vitebsk leur sert de référence. Ils regardent le taux de morbidité dans cette région et s'exclament: "Oh, là, là, pour certaines maladies le taux de morbidité est plus élevé que dans la région de Gomel! Alors ne nous rabattez par les oreilles avec votre radiocésium". Il s'agit soit d'une impardonnable ignorance, soit du plus pur cynisme. Il y a 30 ans les scientifiques soviétiques avaient découvert dans les pays Baltes un taux de radiocésium particulièrement élevé dans le lait et avaient expliqué ce phénomène par les retombées radioactives dues aux explosions nucléaires. Se peut-il que les pays Baltes aient souffert mais non la région de Vitebsk qui leur est limitrophe? Toute personne sensée vous dira que cette affirmation est absurde. Le radiocésium était présent dans la région de Vitebsk bien avant Tchernobyl, ce qui explique le taux élevé de morbidité. J'espère que le Forum de l'OMS de juin pourra faire quelque chose de réel pour protéger l'humanité de l'agression nucléaire contrairement à la conférence hypocrite de l'AIEA qui s'est tenue également à Kiev en avril.

- Pourquoi en voulez-vous donc tant à la Conférence de l'AIEA?

- Mais c'est un "cheval de Troie", ils tentent de cacher leur total mépris pour la santé des gens en jouant la sollicitude. Tu parles : ils ont reconnu la présence d'une "crise démographique durable" au Belarus, en Ukraine et en Russie! Et ils se sont même plaints du financement insuffisant des mesures visant à liquider les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl! Qu'y a-t-il de positif dans tout cela, surtout quand on lit dans la même résolution qu'avant la catastrophe, les territoires contaminés n'avaient été sujets qu'aux " effets de divers éléments non radioactifs"? L'AIEA cache volontairement le fait que l'Union Soviétique, comme les autres pays nucléaires, procédait régulièrement à des essais d'armes de destruction massive. Car il suffit de reconnaître que les retombées de radiocésium constituent un problème pour devoir reconnaître également qu'elles ruinent la santé des populations de nombreux pays du globe.

- Ce que vous dites est assez désespérant… Il se peut qu'on vous comprenne à Kiev, ou même qu'on vous entende quelque part en Nouvelle Guinée, mais surtout pas au Belarus.

- Dieu et mon sort auront donc voulu qu'il en soit ainsi. Mais vous savez, je suis sûr que si on ne m'entend pas aujourd'hui, on m'entendra demain. Les graines du bon sens finiront bien par germer. L'essentiel est de les semer.

 

3) Le procès du Pr. Youri Bandazhevsky au tribunal militaire de Gomel

Belarus : au tribunal militaire de Gomel procès du Pr. Youri Bandazhevsky, ex-recteur de l'Institut de médecine de Gomel et de 7 co-inculpés

Le 17 mai 2001 le Procureur a requis contre le Pr. Bandazhevsky 9 ans de détention sévère et la confiscation de tous ses biens. Aucune preuve de corruption n'a pu être relevée contre lui. Il est accusé d'être le chef d'une bande de malfaiteurs.
Parmi les co-inculpés le Pr. Ravkov (ex-vice-recteur de l'Institut de médecine de Gomel) a réitéré publiquement que ses premiers aveux sur lesquels il était revenu d'accusation de corruption à l'encontre de Y. Bandazhevsky lui ont été extorqués

(Une extrême attention portée à l'encontre du prochain procès de M. Bandazhevsky a pris forme au Parlement européen, par l'attribution d'un "Passeport pour la Liberté" au nom du remarquable professeur. Ce document témoigne ainsi, au travers de sa Charte et de ses Parlementaires co-signataires, la solidarité, la garantie morale et le soutien actif des Parlementaires.)

Le site Web sur Yuri Bandazhevsky

A) Un "piège" pour le professeur, selon Yuri Bandazhevsky, il a été victime d'une provocation

D'après le journal Belorusskaya Delovayazeta: "Youri Bandazhevsky est à nouveau en prison à Gomel en attendant la sentence du tribunal le 18 juin : il a été victime d'une provocation. Alors qu'il devait se rendre à Minsk par le train il s'est retrouvé à la frontière ukrainienne comme s'il tentait de fuir. Heureusement ce sont les garde-frontières qui ont procédé à son arrestation (en présence des agents de la Direction du comité chargé des organisations criminelles du ministère de l'intérieur) et lui ont permis de téléphoner à sa femme".

BELORUSSKAYA DELOVAYA GAZETA
(Journal biélorusse des affaires )
N°85 (981) 13 juin 2001

La poursuite judiciaire intentée contre l'éminent scientifique biélorusse Yuri Bandazhevsky se poursuit aussi étrangement qu'elle a commencé en juillet 1999. Dimanche dernier, l'ancien recteur de l'Institut de Médecine de Gomel a été appréhendé au poste de police de Novaïa Guta au moment où il tentait soi-disant de passer en Ukraine avec un faux passeport.

Cette information a été diffusée à l'aube du 11 juin par le service de presse de la Direction de l'Intérieur du comité exécutif de la région de Gomel. Selon cette source, Yuri Bandazhevsky a été appréhendé au poste de police de Novaïa Guta en compagnie de trois citoyens ukrainiens dont l'un présenta une carte de député de la Rada Suprême. Il avait un passeport au nom d'Ivan Kriatchko, citoyen ukrainien. Les agents de la Direction du Comité chargé des organisations criminelles pour la région de Gomel auprès du Ministère de l'Intérieur du Belarus (UKOP) ont secondé les gardes-frontière dans leurs efforts pour empêcher la sortie illégale du professeur du pays. A propos, c'est précisément l'UKOP qui avait procédé en juillet 1999 à l'arrestation du professeur Bandazhevsky, accusé plus tard d'avoir été soudoyé par les parents de candidats à l'admission dans son institut, ainsi que d'abus de pouvoir. C'est toujours ce même chef de l'UKOP, Vladimir Kartsev, qui a déclaré le 11 juin dans une interview à l'ATN que Bandazhevsky voulait s'enfuir "pour échapper à la peine". Pourtant dans la séquence filmée sur les lieux on ne voit pas de Bandazhevsky.

Le 11 juin l'avocat de Bandazhevsky, Alexandre Baranov, n'a pas réussi à rencontrer son client. Comme il l'a dit au correspondant de "BDG", les gardes-frontière l'ont assuré que les avocats ne participaient pas aux affaires de caractère administratif et lui ont conseillé de s'adresser au parquet. Au parquet, on lui a dit la même chose et on lui a conseillé de s'adresser … aux gardes-frontière. On a su le même jour qu'une affaire avait été déclenchée contre Bandazhevsky pour infraction administrative en vertu de l'art. 184 du Code administratif du Belarus ("Violation des règles d'entrée en zone frontalière"). L'article prévoit comme sanction soit un avertissement, soit une contravention égale à trois salaires minimums. Néanmoins Bandazhevsky est toujours gardé à vue. Selon l'avocat, c'est illégal. Au préalable le professeur aurait été placé en garde à vue pour trois jours pour vérification d'identité. Ce prétexte est aussi ridicule qu'absurde puisque les gardes-frontière eux-mêmes ne cachent pas que ce n'est personne d'autre que le professeur Bandazhevsky qu'ils ont appréhendé.

Le 12 juin, à la reprise de l'audience de l'affaire Bandazhevsky, le tribunal militaire auprès de la Cour Suprême a pu se rendre compte lui-même que la personne qu'il avait devant lui était bien Bandazhevsky. L'audience a duré cinq minutes mais on avait passé plus d'une heure à la préparer. Près de 12 agents de la milice avaient fait irruption dans la salle. Trois d'entre eux portaient des gilets pare-balles et étaient armés de fusils-mitrailleurs. On vit aussi venir un milicien accompagné d'un berger allemand qui renifla consciencieusement tous les recoins de la salle. Le suppléant du chef de l'UKOP, Vladimir Koudriavtsev, s'y affairait aussi.

Les journalistes ne perdirent pas leur temps pendant cette longue attente: l'épouse du professeur Bandazhevsky fit une déclaration à la presse:

"Yuri Bandazhevsky avait des raisons de craindre pour sa vie. Ces derniers temps il tenait même un journal. Quand je l'ai lu, j'ai compris qu'il craignait par dessus tout de disparaître avant le procès. Pendant les dix-huit mois qu'il était en liberté surveillée, il aurait pu obtenir l'asile politique dans n'importe quel pays. Mais son but n'a jamais été de fuir. Il tenait à défendre son innocence devant le tribunal. Pourquoi se serait-il enfuit à un jour et demi de la sentence? Il ne s'agit pas d'une évasion, comme on veut nous le faire croire, mais d'une provocation".

Selon Galina Bandazhevskaya, l'accusation de corruption est cousue de fils blancs. "Un homme corrompu aurait-il combattu la corruption comme il l'a fait aussi bien dans son établissement que dans les institutions de santé publique? Ceux qui se font soudoyer restent tranquilles. Ils lèchent un endroit précis aux personnalités haut placées et essaient de ne jamais faire parler d'eux. Un homme corrompu aurait-il avancé ses propres idées scientifiques à l'encontre de tous ceux qui nient et cachent les conséquences de Tchernobyl? Bandazhevsky, lui, ameute tout le monde en affirmant que nous allons tous périr. Notez qu'aucun de ses ouvrages n'a paru au Belarus. Même si c'est un homme corrompu mais un bon scientifique, qu'est-ce qui empêche de publier ses articles? On voit que la corruption n'y est pour rien. Il faut creuser plus profond. En réalité, ils veulent nous cacher que nous sommes vraiment tous en train de périr", a déclaré Galina Bandazhevskaya.

Après la fin de l'audience, Yuri Bandazhevsky a lui-même confirmé que "samedi et dimanche, ma vie s'est réellement trouvée en danger, ainsi que celle de ma famille". Quand on lui a demandé s'il s'était vraiment trouvé au poste frontière de Novaya Huta, il n'a pas répondu. "Je dois d'abord sauver ma vie", a-t-il déclaré. Il a dit qu'il avait été victime d'une provocation.

La sentence dans "l'affaire Bandazhevsky" sera prononcée le 18 juin.

Irina MAKOVETSKAYA, Gomel


B) Un nouveau chef d'accusation était donc nécessaire?

Dès que nous avons appris ce qui s'était passé à la frontière avec l'Ukraine, nous avons contacté l'épouse du professeur tombé en disgrâce, Galina Bandazhevskaya. Elle pleurait, elle avait du mal à parler…

- Que pouvez-vous dire sur ce qui s'est passé?

- Je peux seulement faire des suppositions. C'est un nouveau piège tendu au professeur Bandazhevsky. Dimanche j'ai compris une fois de plus à quel point mon mari était dangereux pour les autorités. C'est vraiment un scientifique exceptionnel.

Comme vous le savez, le procureur a demandé pour lui une peine de 9 ans de détention de régime sévère avec confiscation des biens. Et avec interdiction de faire des recherches scientifiques pendant 5 ans après la fin de sa peine. Mais même après, ils n'ont pas besoin de lui… Les organes de sécurité ont pensé qu'étant soutenu à l'étranger comme il l'était, le professeur allait tenter de quitter le pays pour échapper à sa peine. Mais près de deux semaines se sont écoulées après la dernière audience du tribunal et mon mari continuait à travailler: il publiait des articles dans des revues étrangères, il terminait son dernier ouvrage…

Les autorités ont dû comprendre qu'elles avaient commis une erreur impardonnable en le laissant en liberté surveillée. Alors elles ont décidé d'agir par d'autres moyens.

- S'est-il passé quelque chose ces dernier temps qui aurait pu vous servir d'avertissement?

- Jeudi il y a eu un coup de téléphone d'un étranger qui s'est présenté comme étant un agent des organes de sécurité. Il m'a priée de dire à mon mari (qui n'était pas à la maison) qu'il appelait de la part du juge d'instruction Vajkov pour convoquer mon mari à un interrogatoire. Quel interrogatoire? Le procès touchait déjà à sa fin! C'est à peine si nous avons dormi cette nuit-là. Nous sommes allés trouver notre avocat et avec lui nous avons téléphoné à Vajkov. Ce dernier a dit qu'il n'avait confié à personne de convoquer mon mari… Pendant toute la semaine notre téléphone était sur écoutes, la maison était surveillée. On ne pouvait pas faire un pas sans qu'ils le sachent.

- Que s'est-il donc passé dimanche?

- Il restait un jour et demi jusqu'à la dernière séance du tribunal où devait être prononcée la sentence. Et le professeur ne prenait toujours pas la fuite! Alors il a bien fallu qu'ils organisent eux-mêmes cette évasion, je pense…

Voilà comment les choses se sont passées:

Dimanche mon mari a terminé la monographie à laquelle il travaillait. La cinquième depuis le début des persécutions. Elle est consacrée à l'action du radiocésium sur la fréquence des cas de malformations innées dans l'organisme. Le 10 juin il s'apprêtait effectivement à partir, pas en Ukraine mais dans la direction opposée, à Minsk, pour mettre au propre son manuscrit. Il m'a dit: "Mon frère a un ordinateur, je vais pouvoir le faire. Dans quelques jours, ils vont m'enfermer, il faut que je fasse le maximum, ce sera à toi de faire le reste après…"

Mon mari est parti à la gare. Il m'avait promis de m'appeler dès qu'il serait arrivé à Minsk. Je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite mais il m'a appelé dimanche plus tôt que je ne pensais, à 19 h 30. Yuri m'a dit littéralement ceci: " Ne t'inquiète pas. J'ai été arrêté par les gardes-frontière qui m'ont autorisé à t'appeler. Ces gens, tu dois leur être très reconnaissante. Il le fallait. Tu comprendras plus tard." Je suis reconnaissante aux gardes-frontière qui l'ont arrêté et n'ont pas permis qu'il disparaisse comme tant de personnes connues dans notre pays.

- Pourquoi les services de sécurité avaient-ils besoin d'organiser l'évasion de Bandazhevsky selon vous?

- Le tribunal n'avait aucune preuve. J'ai assisté pendant quatre mois aux audiences. J'ai tout pris en notes et je suis sûre de ce que j'affirme. Il leur fallait un autre chef d'accusation!

Vadim DOVNAR


4) La situation dramatique de Youri Bandazhevsky


A) Le Pr. Youri Bandajevsky emprisonné à Minsk, est en train de mourir

Rome, le 7 novembre 2002

J'ai parlé hier soir avec Galina Bandajevskaya.
Le 4 novembre dernier il y a eu la visite longue de 3 jours en prison. Cette fois une chambre plus grande a été mise à disposition, pour accueillir toute la famille, sur trois couchettes. La mère de Youri est restée 3 jours, les deux fille, Olga et Natalia, sont restées 2 jours, Galina a parlé intensément avec Youri pendant 2 heures et a laissé la place aux autres (le règlement prescrit 3 visiteurs au maximum : le directeur de la prison a concédé exceptionnellement 2 heures à Galina).

Malgré la joie initiale qu'elle a éprouvée, en voyant le bonheur de Youri, quand il les a vues toutes les trois arriver vers lui, Galina ne s'est pas encore remise du sentiment opprimant que cette rencontre lui a laissé. Elle voit que cet homme jeune et dynamique est en train de s'éteindre. "Il est difficile de transmettre avec des mots, me dit-elle, comment il est changé en si peu de temps. C'est un homme malade. Il est très faible, il n'a plus aucune énergie. A la fin de la conversation de 2 heures il était tout en sueur et avait besoin de se coucher, car les forces lui manquaient. Le mal de tête est constant; la douleur au coeur est une habitude; l'appétit l'a complètement abandonné, il se force de manger et en réalité ne mange presque pas. La dépression ne le quitte pas. Il a tout le temps peur de l'assassin qui dort dans sa cellule et le surveille."

La pression qu'on exerce sur Bandajevsky est toujours très forte. Il a dit à sa femme que ses geoliers ont obtenu qu'il signe "un mauvais papier" : une déclaration comme quoi il ne veut plus rencontrer personne en dehors de la famille, pas de défenseurs des Droits de l'Homme, pas de représentants d'ONG, pas d'hommes politiques. Par contre, le fameux Konopliov continue à le visiter fréquemment, sans s'annoncer, et réussit à lui faire croire qu'il est sincèrement désireux de l'aider, mais que "son pouvoir n'est pas illimité".

L'élément positif de la rencontre de lundi dernier est qu'au bout de longs mois de silence et d'incompréhension, le père et les deux filles se sont pleinement et profondément retrouvés (voir les précédentes "Nouvelles de prison"). Les filles sont rentrées rassurées de ne pas avoir perdu l'affection de leur père. Mais ils se sont retrouvés dans la crainte, la douleur et la tristesse. Car c'est un père méconnaissable, mourant, qu'elles ont retrouvé. Galina continue à ne pas comprendre ce qui le mine à ce point. Elle lui a demandé : "que veux-tu transmettre à tes amis étrangers?" - "Qu'ils obtiennent une expertise médicale indépendante de mon état de santé. Je suis médecin, je connais notre monde, les notres ne diront que ce qu'on leur dira de dire." - "Mais les laissera-t-on venir t'examiner?" - "Je ne sais pas...".

Galina ne sait plus quoi faire. Sentiment d'impuissance et quasi-dépression. Pression artérielle à 180. Je lui ai rappelé la situation dans laquelle elle s'était trouvée quand, après les premiers 22 jours d'enfermement total de Youri , elle l'a apercu un bref instant à travers les grilles dans la cour de la prison, avant qu'on ne l'emmène, amaigri de 20 kg., chancelant, vers une destination inconnue. Interrogée, la prison de Gomel vers laquelle il était transféré ne l'avait pas vu arriver. Tout le monde les avait abandonnés et elle avait craint pour sa vie. Conseillée par le professeur Nesterenko, elle avait envoyé un télégramme au Président Loukachenko pour lui dire sa crainte et lui demander de retrouver son mari. On le retrouva dans un cachot de Moguilev (à 300 km de Minsk et de Gomel), presque mourant, et il fut transféré dans l'hopital du Ministère de l'Intérieur de Minsk. Hier, j'ai dit à Galina que le tableau qu'elle trace de l'état de santé du professeur Bandajevsky est aussi grave qu'alors, sinon pire à cause de ce progressif et constant dépérissement "dans la normalité de la prison", et qu'il faut mettre un terme à cette situation en placant les autorités, formellement et par écrit, devant leurs responsabilités. Je lui ai dit d'écrire au "gentil" Konopliov pour une rencontre urgente, comme femme du prisonnier et comme médecin, car la situation demande une intervention immédiate pour ne pas devenir irréversible. Ils sont en train de détruire un scientifique de grande valeur pour leur pays. Je lui ai dit d'écrire la même chose au Président Loukachenko. Ces lettres doivent etre transmises à Sergei Kovalev, qui présidera le 24 novembre prochain la réunion de la sous-commission du Conseil de l'Europe sur les disparus au Bélarus. L'adjoint de Kovalev, Valentin Mikhailovitch GEFTOR a rencontré Galina. Il est directeur du "Comité de défense des droits des scientifiques" de Moscou et veillera, a-t-il dit, à ce que la cause de Bandajevsky soit discutée. Il propose que son Comité et le Comité des Droits de l'Homme de l'APCE s'adressent par écrit au Président Loukachenko en lui demandant de modifier les conditions de détention du scientifique, pour lui permettre de travailler vraiment et en bonne santé dans son domaine.

J'ai interrogé également l'avocat Garri Pogoniailo, vice-président du Groupe Helsinki de Minsk, au sujet de la controverse, s'il est correct ou pas de demander à Loukachenko une "amnistie individuelle" pour Bandajevsky, vu que l'amnistie est un acte du pouvoir législatif. Il m'a répnodu qu'il faut connaitre leur pays et leur Président pour savoir que Loukachenko, qui a créé un Parlement à sa botte, exerce également le pouvoir législatif et ne s'en cache pas. Il agit par décrets et c'est lui qui décide en dernière instance des amnisties. Il convoque le Président de la Cour Suprème du Belarus, Soukalo, et lui dit ce qu'il doit faire... et ne s'en cache pas, s'en vante en télévision. Il a libéré un espion italien condamné par un tribunal à 4 ans de prison (il ne s'agissait pas de "grâce", mais d'amnistie individuelle), ce qui fut considéré comme un geste humanitaire. M. Chirac devrait demander au collègue Loukachenko de faire ce geste humanitaire envers le professeur Bandajevsky, geste qui serait apprécié.

Je transmets ces informations pour que ceux qui peuvent agir, agissent.

Bien amicalement
Wladimir Tchertkoff

P.S. Galina était passée dans les douches proches du lieu de la rencontre. Il y avait là un rat de 1 kg, tranquillement assis. Il y a des détenus malades de tuberculose dans cette prison. Elle a demandé à son mari s'il toussait. Non, il ne tousse pas. Pour le moment...

 

 

B) Demande pour l'engagement de la procédure d'urgence dans l'affaire Bandazhevsky à l'ONU


Lettre de Galina Bandazhevskaia épouse de Youri Bandazhevsky

Galina Bandazhevskaia
oul. Chougaiéva, 3-1, appt 454
Minsk - Belarus

 

Minsk, le 6 septembre 2002

 

Messieurs,

Je m'adresse à vous pour que vous m'aidiez à sauver le professeur Youri Bandazhevsky, qui se trouve depuis un an et demi en prison à Minsk.

En tant que médecin, je suis inquiète de voir que son état de santé s'est brusquement aggravé. Certes, la prison n'est pas un sanatorium et le séjour entre ses murs ne vous refait pas une santé. Parfois il y est bien difficile de simplement survivre et de ne pas succomber sous les coups du système pénitentiaire. Le seul moyen de tout supporter et de tenir bon est de croire avec force en quelque chose.

Mon mari croyait fermement en la science. Elle était son dieu, il savait que sa cause était juste et qu'il travaillait pour le bien des hommes.

Je pensais qu'avec l'aide de ceux qui soutenaient ses recherches et l'amélioration des conditions de son incarcération il pourrait tenir le coup et sortirait vainqueur.

Mais c'est précisément après l'amélioration des conditions de sa détention que de brusques changements survinrent dans son état physique et dans son comportement. Le professeur Bandazhevsky était pourtant reconnaissant et ravi de sa nouvelle situation. Il avait été transféré du détachement où ils étaient 80 détenus dans une chambre pour 3 personnes avec une télévision et on lui avait même fourni un ordinateur pour son travail. Il m'écrivait alors: "Je suis heureux de pouvoir enfin faire un travail productif dans les limites du permis".

Les premiers temps toute la famille s'était sentie soulagée car nous comprenions que le fait de travailler, de se consacrer de nouveau à ce qu'il aimait l'aiderait à tenir le coup, à tout supporter, à garder la tête claire même dans ces conditions difficiles.

Mais notre joie s'avéra prématurée. Ces conditions nouvelles que je considérais comme une amélioration se révélèrent être un piège : je voyais mon mari changer de jour en jour. Avant il écrivait à sa famille des lettres quotidiennes, il nous faisait partager ses pensées, il exposait son programme du lendemain, il nous envoyait des textes scientifiques. Malgré les conditions de détention extrêmement pénibles dans ce grand détachement de détenus, il trouvait la force de vivre, de travailler et de soutenir le moral de sa famille par ses lettres.

Après le 5 juin (date de l'amélioration des conditions), les lettres de mon mari sont devenues de plus en plus rares, il ne voulait plus y parler de science, ne s'intéressait plus à ses enfants, aux affaires de famille.

Lorsque je revis mon mari après une interruption de trois mois (pendant tout ce temps il n'y a pas eu de droit de visite), je ne pus le reconnaître. J'avais devant moi un autre homme, un homme écrasé, indifférent à tout ce qui l'entourait. Ses yeux vides au regard éteint reflétaient une énorme souffrance. C'était un homme à l'identité dédoublée, au psychisme brisé.

Il m'a demandé le divorce tout en ajoutant que je ne devais pas croire à ce qu'il me disait ou faisait en ce moment. Il m'a prié de prendre en compte la situation dans laquelle il se trouvait et tout ce qui se tramait autour de lui. Je voyais qu'il souffrait, qu'il ne pouvait pas me dire ouvertement tout ce qu'il voulait. D'ailleurs il semblait même incapable d'exprimer ses pensées clairement. Il m'a dit que ses pensées s'embrouillaient dans sa tête et que les mêmes idées revenaient constamment comme sur un disque rayé. "Je ne comprends pas ce qui m'arrive, je suis incapable d'avoir un regard lucide sur moi-même", me dit-il.

Il m'a dit que ses dents s'effritaient et qu'il avait constamment des maux de tête. Je suis médecin et je voyais bien que j'avais devant moi un homme malade, un homme qui — grâce aux efforts de ses adversaires - avait perdu toute confiance en soi. Il ne croyait même plus à ce qui avait été jusque là sacré pour lui : son travail scientifique lié aux problèmes de Tchernobyl. Tout cela lui était devenu indifférent, l'effrayait et lui paraissait dangereux. Il m'a plus d'une fois répété qu'une fois sorti de prison, il ne ferait jamais plus de la recherche scientifique : "je n'y toucherai plus jamais, à cette science liée à la radiation". Lorsque je lui demandai comment pouvait-il trahir sa cause et tout abandonner, il me répondit : "J'ai peur pour nos enfants".

Je ne reconnais plus mon mari. Lorsqu'il état venu s'installer dans la zone radioactive avec ses enfants encore petits, il avait clairement conscience qu'il prenait des risques, mais il savait qu'ils étaient justifiés par l'aide qu'il venait apporter aux populations des territoires contaminés. Il me disait alors : " Nous sommes médecins et s'il arrive quelque chose à nos enfants nous saurons leur venir en aide, à eux et à nous mêmes, mais des milliers d'autres enfants vivant dans ces territoires ont besoin de nous eux aussi".

Et voilà qu'après tout ce qu'il a enduré pour défendre sa vérité, il me déclare qu'il abandonne! Il parle comme un homme effrayé, poussé à bout, manipulé, un homme en permanence sous le chantage et la pression, un homme qu'on pousse à choisir entre la science et ses enfants.

Dans ses lettres il m'écrit une chose, à mes questions il en répond une autre.

Comment de tels changements ont-ils pu survenir si brusquement après l'amélioration de ses conditions de détention?

A l'heure actuelle il a complètement coupé tout contact avec moi et ses enfants. Il ne veut plus nous voir aux visites en expliquant qu'il ne fait même plus confiance à sa famille.

On voit que c'est un homme malade, victime de notre système pénitentiaire: ils sont arrivés à dédoubler sa personnalité, à lui faire douter de lui-même, à le désorienter. C'est devenu un homme incapable de résister, une sorte de pâte à modeler dont on peut faire n'importe quoi, qu'on peut diriger à sa guise.

Je vous supplie de ne pas laisser périr ce scientifique. Actuellement je ne sais qu'une chose: nous sommes en train de le perdre. Je crains que dans quelques mois il n'y ait plus personne à sauver.

Je vous prie donc d'accélérer l'examen du recours déposé à la Commission de l'ONU.

Je continue d'espérer qu'au XXI siècle on ne permettra pas qu'un innocent soit détruit.

G.Bandazhevskaia



C) Lettre précédente de Galina Bandazhevskaya, adressée à Wladimir Tchertkoff après la visite à son mari

Boujour Vladimir Sergueievitch,
A votre demande je décris les derniers événements liés au destin du professeur Bandazhevsky.
Le 10 janvier j'ai eu droit à une brève visite avec mon mari à la colonie à régime renforcé. On a droit à ces visites une fois tous les quatre mois et on peut transmettre au détenu un colis de produits alimentaires de 30 kg. "Brève visite" signifie une rencontre avec le détenu et une conversation par téléphone dans une cabine divisée par un verre transparent. Il est vrai que cette fois-ci le téléphone ne marchait pas et nous avons du communiquer par gestes et par cris. Mais ce n'est pas le pire de ce que nous avons dû endurer ces derniers temps, aussi les petits désagréments de ce genre sont-ils acceptés comme une chose somme toute ordinaire.
Youri fait tout pour ne pas perdre le moral, il ne cesse de travailler même dans les conditions où il se trouve. Il est autorisé à se servir de la bibliothèque où on lui a réservé une place pour travailler. Il travaille énormément, de plus l'éclairage n'est pas excellent et ses yeux s'en ressentent : il a ces derniers temps des problèmes de vue. Il est possible que sa vue ait baissé aussi à cause du terrible stress nerveux qu'il a enduré. Je peux certes me tromper, c'est peut-être tout simplement une question d'âge. On lui permet d'écrire autant qu'il veut mais pour lui faire parvenir de la littérature scientifique, nous nous heurtons à des difficultés. Il n'a droit qu'à un seul colis par an. Aussi sommes-nous obligés de lui envoyer la littérature sous forme de "lettres" (c'est ainsi que la poste appelle tous les plis de moins de 2 kg). Si le livre dépasse ce poids, il faut donc le démembrer en plusieurs parties.
Pour améliorer les conditions de son travail de recherche, il faudrait absolument qu'il ait accès à un ordinateur, même si cet accès est limité et soumis à certaines conditions. Nous sommes au XXI siècle et même dans les colonies il devrait y avoir certaines exceptions pour les scientifiques. Ses recherches ne sont pas un caprice. Elles sont importantes et même indispensables pour toutes les victimes des catastrophes nucléaires. Un ordinateur, ce n'est pas un lit moelleux, une chambre isolée ou une bonne nourriture. C'est un instrument de travail indispensable à un scientifique. Or le travail n'est pas interdit à la colonie! Et le tribunal ne lui a pas enlevé son titre de scientifique. Il faudrait qu'on lui permette de travailler, d'avoir accès à un ordinateur même si c'est sous l'il vigilant des surveillants, à certains jours et à certaines heures. Les conditions sont du ressort de la colonie, à eux de choisir le régime de travail qui leur convient. Mais pour l'instant il ne dispose pas de cette possibilité. Pourtant les avocats disent qu'il faut persévérer à adresser des demandes et que nous serons peut-être entendus. Je pense aux demandes des associations, des médecins, des scientifiques étrangers. Les avocats, c'est notre point faible, on peut difficilement compter sur eux.
L'avocat du Comité Helsinki du Bélarus, G.P. Pogoniaïlo, se consacre à la rédaction de la plainte à l'ONU (au Comité des Droits de l'Homme). C'est un travail ardu et complexe. Le plus important est que la plainte soit composée en parfaite conformité avec les exigences de ce comité.
Quelques mots maintenant sur la recherche dans notre institut (il s'agit de l'Institut fondé par Youri Bandazhevsky à Gomel, dont il a été le recteur pendant 9 ans, jusqu'à son arrestation n.d.t.). Nous avons reçu à l'institut la visite d'une délégation de scientifiques de l'université de Nagasaki, venus dans le but de conclure un contrat de coopération entre les centres médicaux de nos deux villes, victimes toutes les deux du nucléaire - bombes atomiques et accident. Le recteur de l'institut de médecine, qui est pourtant professeur, médecin et chercheur, a demandé aux Japonais s'ils ne savaient pas quels devraient être les sujets de recherches des médecins et scientifiques de la région de Gomel, quels travaux devaient-ils entreprendre pour comprendre l'impact de la catastrophe de Tchernobyl sur l'organisme humain. A l'heure actuelle, les chercheurs de l'institut étudient n'importe quoi sauf l'action du Césium-137 sur l'organisme humain après l'accident à la centrale de Tchernobyl.
Je poursuis ma lettre pour vous, Vladimir Sergueievitch. Deux mois se sont écoulés depuis notre précédente rencontre avec Youri. Je vous informe que les 8-10 mars nous avons eu l'autorisation d'une longue visite. On a le droit à ces visites deux fois par an. Elles durent trois jours. Elles sont certes indispensables pour s'entretenir, pour soutenir son moral, lui redonner des forces et la foi en l'avenir. Cette fois il est venu à la visite un peu malade. L'épidémie de grippe n'a pas épargné son détachement et il l'a attrapée, lui aussi, mais d'après moi sous une forme légère. En trois jours il s'est un peu rétabli. Il est d'humeur sombre, déprimé mais la parution de son livre à la veille de la visite avec l'aide du professeur Nesterenko lui a remonté le moral. Le livre a pour titre "Processus pathologiques dans l'organisme en présence de radionucléides incorporés". La foi qu'il a dans la science et le sentiment d'être utile aux hommes lui donnent des forces. Il voudrait tant que toutes les données scientifiques qu'il a réunies au cours de ses dix années de recherches dans la région de Gomel (et c'est un très gros dossier) soient utiles aux médecins et aux scientifiques qui ne sont pas indifférents à la santé de ceux qui vivent dans les conditions de risques écologiques, c'est à dire dans les territoires contaminés par les radionucléides. Voilà pourquoi il fait tout pour publier ces matériaux sans ménager ni ses forces ni sa santé.
A l'heure actuelle il continue à travailler mais plus les jours et les mois de sa détention s'écoulent, plus il ressent que l'information scientifique lui manque. Tout ce que nous lui envoyons par "lettres" (livres et revues scientifiques) - ce sont surtout des publications biélorusses - ne peut satisfaire ses besoins. Cela le chagrine beaucoup. Il a peur de prendre du retard sur les idées scientifiques d'aujourd'hui. Il a besoin d'échanges avec les scientifiques du monde entier.
Il m'a demandé d'exprimer son énorme gratitude à tous ceux qui le soutiennent, qui lui envoient des lettres et des livres à la colonie. Ce soutien est extrêmement important pour lui.
La veille de la visite j'ai reçu un colis de produits alimentaires pour lui de la part d'Amnesty International. La joie de savoir qu'on pense à lui lui a fait venir les larmes aux yeux. Il dit qu'il n'aurait jamais supposé qu'un jour il devrait être entretenu par d'autres. Actuellement les détenus parlent beaucoup de l'amnistie et l'attendent. Son projet est déjà prêt et remis à Loukachenko. On ne sait pas encore quand il sera adopté et approuvé.
Dans le train à mon retour de Minsk j'ai lu ce qui suit : " Il n'y a rien à donner à manger aux détenus, a déclaré le ministre de l'Intérieur Vladimir Naoumov. Il a informé le pays que le ministère de l'Intérieur présentera au parlement un projet de loi sur une nouvelle amnistie. La dernière amnistie a eu lieu en 2000". (journal Svobodnyié Novosti, N°9, 7-14 mars 2002).
Le plus terrible est que l'article selon lequel Youri a été condamné n'est pratiquement pas amnistiable. La seule possibilité est de diminuer sa peine de détention d'un an. En tous cas, jusqu'à présent c'était comme ça, et peut-on espérer un miracle?
Voici nos nouvelles. Chaque rencontre me coûte beaucoup de forces et de santé mais nous arrivons à tenir, nous essayons de ne pas perdre le moral, la maîtrise de soi et la foi dans les hommes. Et tout cela grâce au soutien général qui nous aide beaucoup, ma famille et moi.
Encore une fois merci à vous et à tous ceux qui soutiennent le professeur Bandazhevsky et sa famille.
Merci.
Recevez mon respect et ma gratitude

Galina Bandazhevskaïa



5) Les actions et protestations pour aider Youri Bandazhevsky

- Modèle de lettre pour écrire (à plusieurs citoyens avec adresses et signatures) au Président de la République française, Monsieur Jacques Chirac -


Ecrire au Pt Loukachenko pour qu'il accorde l'amnistie individuelle au Professeur Bandajevsky. Adresser une copie à l'ambassade du Bélarus à Paris:

Respublika Belarus
220016 g. Minsk
Ul. Karla Marksa, 38
Administratsia Prezidenta
Respublika Belarus - Prezidentu LUKASHENKA A. H.
République de Biélorussie

Lieu, date
Monsieur le Président,
Très inquiets de l'état de santé du Professeur Youri I. Bandajevsky, actuellement emprisonné à Minsk, nous vous demandons instamment de lui concéder l'amnistie individuelle. Ce geste humanitaire serait apprécié par l'opinion publique en Europe et dans le monde.
En vous remerciant à l'avance, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre considération distinguée.

Copie
Son Excellence M. Vladimir Senko,
Ambassadeur du Bélarus en France
Ambassade du Bélarus - 38 Bd Suchet, 75016 Paris
Fax 0144146970


Écrire à M. Oleg Bozhelko, Procureur de la République de Belarus, Fax 00375172264166,
à M. l'Ambassadeur de Belarus à Paris pour qu'il intervienne auprès du Procureur, 38 Bd Suchet, 75016 Paris, fax 0144146970,
au Premier ministre de la République du Belarus, 220010 g-Minsk, Dom Pravitelstva ul. Internationalnaya Sovet Ministrov Respubliki Belarus Primyer Ministru Linhu S. S. (fax 00375172296955).


Contacter Amnesty International (CEI) fax 0153385500, 76 Bd de la Villette, 75940 Paris Cedex 19.


12/01/2001
- Cyberaction urgente : Libérez Bandazhevsky
- Lettre de l'Ambassadeur de la république de Bélarus en France à propos des conséquences de Tchernobyl (et pétition)
- La femme du Prof. Bandazhevsky, prisonnier du dictateur du Bélarus Loukachenko, reçoit son Passeport Européen.

12/01/2000
Yuri Bandazhevsky répond aux questions de la Belorusskaia Delovaia Gazeta


31/12/1999
Nouvelle de Biélorussie : premier succès de la protestation internationale, le Pr. Yuri Bandazhevsky a été libéré, il s'est adresse sur le site Internet à tous ceux qui l'ont aidé.

Le Pr. Yuri Bandazhevsky, ex-Recteur de l'Institut d'État de médecine de Gomel, incarcéré sans jugement depuis le 13 juillet dernier a été libéré ce 27 décembre dans l'après-midi.
D'après le Pr. Nesterenko qui l'a accueilli à sa sortie de prison il est malade et très affaibli par plus de cinq mois de détention arbitraire dans des conditions très difficiles.
Le Pr. Bandazhevsky est assigné à résidence à Minsk dans l'attente de son procès et interdiction lui est faite de retourner travailler à Gomel dans l'Institut qu'il dirigeait. Son contrat n'a pas été renouvelé (ce qui le laisse sans ressources) et un nouveau recteur a été nommé à sa place *.
Ainsi, sa libération, si importante soit-elle, en particulier pour sa santé, n'est-elle qu'un premier pas pour que justice lui soit complètement rendue.

Il est nécessaire d'assurer au Pr. Bandazhevsky des conditions matérielles lui permettant de se soigner.
Il est nécessaire de maintenir la pression afin que son procès ait lieu rapidement, que toute la lumière soit faite sur les charges qui lui sont reprochées, que soient appliquées des procédures respectant les critères internationaux qui seuls permettent de lui assurer un jugement équitable.
Il est nécessaire que le Pr. Bandazhevsky puisse reprendre rapidement ses activités scientifiques. En effet, contrairement aux affirmations officielles tant à l'Est qu'à l'Ouest, Tchernobyl, ce n'est pas fini. La catastrophe de Tchernobyl est, malheureusement, une "expérience" inédite dans le champ des effets des radiations ionisantes affectant toute une population ayant subi une irradiation externe (par le nuage et les dépôts durables sur le sol) et, qui, continuant à vivre dans des zones contaminées, subit une irradiation interne par ingestion d'aliments contaminés produits sur des sols pollués par la radioactivité. Les travaux du Pr. Bandazhevsky et de ses collaborateurs montrent les effets nocifs sur l'organisme de l'incorporation chronique de radionucléides. Ces études sont donc d'une importance capitale.

(Nota : le Pr. Nesterenko dirige BELRAD, institut indépendant de mesure de la radioactivité et de radioprotection de la population en Belarus, d'évaluation des conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl. Voir la Gazette Nucléaire n°173/174 mai 1999 où sont référencés des travaux de Bandazhevsky).

*Informations transmises par Wladimir Tchertkoff, journaliste, tél/fax 0041919453546

10/12/1999
La répression en Belarus (Biélorussie)
Nous vous avons signalé
que le Professeur Yuri Bandazhevsky, Recteur de l'Institut de médecine de Gomel a été arrêté au mois de juillet dernier. Il est toujours emprisonné sans jugement.
Les chefs présumés d'accusation sont fallacieux et ressemblent aux machinations de l'époque soviétique qu'on croyait révolue. En réalité il semble bien que les poursuites du gouvernement de M. Loukachenko contre Yuri Bandazhevsky sont liées à ses activités scientifiques qui mettent en évidence les conséquences sanitaires nocives de la catastrophe de Tchernobyl dont les effets sont toujours visibles aujourd'hui et vont en croissant. De plus, il a publié un rapport critiquant radicalement la façon dont certains scientifiques et le Ministre de la santé du Belarus ont utilisé les fonds alloués aux études médicales sur les conséquences de Tchernobyl. C'est probablement la cause principale de son arrestation.

Amnesty International étudie son cas et a publié en Anglais le 18 octobre un document public référencé AI Index: EUR 49/27/99 sous le titre : " BELARUS. Possible Prisoner of Conscience - Professor Yury Bandazhevsky. "
La version officielle en français de ce document sera disponible dans quelque temps. En attendant nous donnons une première traduction de ce texte.