Selon le centre de recherche Carnegie Endowment for International Peace de Joseph Cirincione,
il y a 27 000 armes atomiques dans le monde, réparties entre 8 pays.
26 000 sont aux mains des Etats-Unis et de la Russie.

Au début de la course à l'armement nucléaire, les Etats-Unis avaient quatre ans d'avance sur l'Union soviétique. En 1990, ils avaient fait exploser 921 charges, contre 642 pour l'URSS. En nombre total d'essais, la balance penchait du côté des Américains, mais les Soviétiques surclassaient leurs adversaires en puissance brute: lors des essais dans l'atmosphère qui eurent lieu avant la mise en application du traité qui les interdisait (1963), l'URSS fit exploser l'équivalent de 451 mégatonnes de TNT, contre 141 pour les États-Unis.


Romandie News, 29/5/2010: 

Non-prolifération: Washington salue l'accord, Israël furieux

Les Etats-Unis - avec un bémol -, l'UE et l'Iran ont salué le résultat de la conférence de suivi du TNP, parvenue à un accord sur la création d'une zone dénucléarisée au Proche-Orient. Israël, considéré comme la seule puissance nucléaire de la région, a dénoncé "l'hypocrisie" du texte.

"L'accord comporte des étapes équilibrées et réalistes qui feront avancer la non-prolifération, le désarmement nucléaire et l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire, qui sont des piliers importants du régime global de non-prolifération", a déclaré le président américain Barack Obama.

Il a cependant ajouté être "fortement" en désaccord avec le fait que la conférence ait singularisé Israël dans sa section consacrée au Proche-Orient. Il a réaffirmé que "la principale menace de prolifération au Proche-Orient est le refus de l'Iran de respecter ses obligations découlant du "Traité de non-prolifération nucléaire" (TNP).

Le document prévoit l'organisation en 2012 d'une conférence internationale, "à laquelle tous les Etats de la région sont censés participer et devant mener à l'établissement" d'une telle zone, ce qui implique la présence d'Israël et de l'Iran.

L'accord affirme "qu'il importe qu'Israël adhère au traité et place toutes ses installations nucléaires sous les garanties globales" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). En revanche l'Iran n'est pas mentionné nommément.

"Cet accord est marqué du sceau de l'hypocrisie. Seul Israël est mentionné alors que le texte passe sous silence d'autres pays comme l'Inde, le Pakistan, la Corée du Nord qui disposent d'armes nucléaires ou, plus grave encore, l'Iran qui cherche à s'en doter", a réagi un haut responsable du gouvernement israélien.

L'Iran s'est en revanche félicité du résultat de la conférence. "C'est un pas en avant vers la création d'un monde sans armes nucléaires", a estimé le représentant de l'Iran à l'AIEA. A Bruxelles, la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne (UE) Catherine Ashton a salué "avec enthousiasme" l'accord.

 


Ria Novosti, 28/5/2010: 

Nucléaire coréen: Pyongyang exporte des technologies nucléaires

La Corée du Nord exporte illicitement via des sociétés écrans des technologies de fabrication d'armes nucléaires et de missiles balistiques, annoncent vendredi les médias occidentaux.

Selon un rapport du comité de l'ONU chargé du respect des sanctions imposées à la Corée du Nord dont les médias ont obtenu copie, Pyongyang exerce des activités illicites dans le domaine de l'énergie nucléaire et de la mise au point de missiles balistiques. Le document indique que pour contourner les sanctions, la Corée du Nord a recours à des sociétés écrans iraniennes, syriennes et birmanes et utilise parfois les services de groupes criminels internationaux. Le comité de l'ONU est résolu à suivre cette affaire et à mettre un terme à cette activité.

En dépit des protestations de la communauté internationale, la Corée du Nord a effectué le 25 mai 2009 un [presque réussi] test nucléaire souterrain, provoquant un tollé international. Suite à ce tir, le Conseil de sécurité de l'ONU a alourdi le régime de sanctions en vigueur contre Pyongyang et a étendu les mesures d'embargo sur les armements à tous les types d'armes et de matériels connexes, à l'exception des armes légères et de petit calibre.

Malgré les sanctions de l'ONU, la Corée du Nord a de nouveau tiré des missiles de courte portée en juin et en octobre 2009.


 


La demande croissante d'énergie nucléaire complique la non-prolifération

12/8/2009 - La demande croissante d'énergie nucléaire, en réponse au réchauffement climatique, rend plus difficile d'assurer la non-prolifération des armes nucléaires, a averti mercredi la représentante spéciale du président Obama pour la non-prolifération nucléaire, Susan Burk.

L'usage pacifique de l'énergie nucléaire est l'un des trois piliers du Traité de non-prolifération (TNP), qui accorde à ses signataires le droit à l'énergie nucléaire en échange du leur désarmement ou de l'abandon de leurs ambitions nucléaires militaires.

"Renforcer ce pilier du traité est plus important que jamais, surtout si l'on considère l'intérêt renouvelé que suscite l'énergie nucléaire en tant que réponse au réchauffement climatique, assurance de sécurité énergétique et outil de promotion du développement durable", a déclaré Susan Burk dans sa première déclaration publique, au Centre de Politique de Sécurité à Genève.

Selon elle, le défi est de ne pas "créer de la prolifération en allumant la lumière".

Le président américain étudie de nouvelles mesures, dont la création d'une banque mondiale de combustible nucléaire qui permettrait à des Etats de se doter de l'énergie nucléaire sans forcément posséder la capacité à produire du combustible, a encore indiqué Mme Burk.

Elle a appelé la communauté internationale à punir les "abus" des signataires du TNP, les mesures prises jusque là ayant été "médiocres".

"Le coût de la violation du traité doit être plus lourd que les avantages retirés. Le non-respect du traité doit entraîner des conséquences réelles", a-t-elle déclaré.

Mme Burk a toutefois indiqué que les Etats-Unis n'ont pas usé de tous les recours possibles auprès des Nations Unis et de l'Agence internationale de l'énergie atomique pour traiter des cas de l'Iran et de la Corée du Nord.

 


Le Monde, 5/7/2009: 

Aux Etats-Unis, la "communauté du désarmement nucléaire" a le vent en poupe

Le désarmement est de retour. Dans la petite communauté des spécialistes des négociations stratégiques, blanchis sous le harnais de la guerre froide, l'excitation est grande. Depuis l'élection de Barack Obama, ils ont de nouveau l'impression d'être du bon côté de l'Histoire. "Le contrôle des armements est devenu le nouveau réalisme", se réjouit Joseph Cirincione, expert reconnu sur la question.

En six mois, le président américain a revigoré la discipline. "Notre communauté a traversé une période difficile. Maintenant, une renaissance est possible", affirme Gary Samore, le "tsar" antiprolifération de la Maison Blanche. Dans son discours de Prague, le 5 avril, M. Obama a lancé un chantier ambitieux : réduction des arsenaux nucléaires, renforcement du régime de non-prolifération, sécurisation des armes existantes... Le conseiller a lui-même été saisi d'une pointe d'angoisse : "J'écoutais le discours et je me suis dit : ça fait énormément de choses à faire", racontait-il il y a quelques semaines, lors d'un colloque à l'Arms Control Association.

[Voir à propos de "sécurisation des armes existantes..." le reportage suivant:
"La roulette russe"
Le délabrement avancé de l'arsenal nucléaire en ex-URSS (sur 132 bombes valises, seules 48 sur 132 ont été localisées)
50 mn en RealVidéo 41 kb.

 

Dès la fin mai, les Etats-Unis et la Russie (qui possèdent quelque 20 000 armes nucléaires à eux deux) ont entamé les discussions sur la réduction de leur arsenal. Lundi 6 juillet à Moscou, M. Obama va faire le point de l'avancement des travaux avec son homologue Dmitri Medvedev. L'objectif est de prolonger le traité Start (Traité sur la réduction des armes stratégiques) de 1991 qui expire le 5 décembre. Mais les analystes pensent que les deux pays ne vont pas s'arrêter là et qu'ils vont s'engager dans une négociation élargie, visant des réductions beaucoup plus importantes.

Pour les partisans du désarmement, la traversée du désert a été longue. Sous Clinton, ils ont vu disparaître l'Arms Control and Disarmament Agency (ACDA), l'agence américaine indépendante, sous la pression du sénateur ultraconservateur Jesse Helms. Pendant la présidence Bush, ils ont vu s'établir une nouvelle doctrine - la Nuclear Posture Review de 2002 - étendant l'éventail des circonstances dans lesquelles l'arme nucléaire pourrait être employée (une révision de la doctrine est attendue pour décembre). "Et John Bolton a été nommé (sous-secrétaire au désarmement) pour s'assurer que rien ne repousse, ironise M. Cirincione. Raté."

Au contraire, le président actuel partage leur conviction que les crises iranienne et nord-coréenne, loin de montrer l'inanité du désarmement, le rendent plus indispensable : "Il reconnaît ce que notre communauté dit depuis un bon moment : que le leadership américain sur le désarmement est essentiel si on veut construire le soutien international nécessaire pour faire respecter le système international de non-prolifération", dit Daryl Kimball, le directeur de l'Arms Control Association. Autrement dit, pour prétendre faire plier l'Iran, Washington doit donner le bon exemple. "Toutes ces réformes que nous souhaitons ont un impact direct sur des pays comme l'Iran ou la Corée du Nord, explique M. Samore. Pour nous, cela a du sens de renforcer le Traité de non-prolifération nucléaire lorsqu'on veut traiter de ces questions."

Tout le monde à Washington n'est pas devenu "abolitionniste" mais, selon Joseph Cirincione, on assiste à une "évolution historique de l'élite" de la politique étrangère américaine. Les anciens secrétaires d'Etat républicains Henry Kissinger et George Shultz, associés à deux démocrates, l'ancien secrétaire à la défense William Perry et l'ancien sénateur Sam Nunn, se sont rangés du côté de l'option "zéro" arme nucléaire. Le républicain James Schlesinger, ancien secrétaire à la défense, auteur d'un article publié en 2000 sur "la déroute du contrôle des armements", s'est rallié aux négociations post-Start. Brent Scowcroft, un réaliste de l'équipe de George Bush père, qui s'était opposé en 1999 au traité d'interdiction des essais nucléaires (CTBT), est maintenant favorable à sa ratification par le Sénat.

Les " (hommes de) Neandertal du nucléaire", comme les appelle M. Cirincione, n'ont pas baissé les bras. Ils accusent le président de brader la dissuasion nationale. Au sein même de l'administration règne, selon lui, une tension entre les partisans d'une transformation radicale et ceux qui veulent avancer par étapes et ne croient plus possible d'enrayer la prolifération. Mais au Conseil national de sécurité, là où il n'y avait qu'un directeur, Gary Samore a maintenant une équipe d'une dizaine de personnes. Au département d'Etat, trois femmes tiennent les rênes : Rose Gottemoeller, qui a passé les trois dernières années à Moscou, où elle s'occupait de questions stratégiques. C'est elle qui négocie avec les Russes ; Susan Burk, ambassadeur auprès de la Conférence du désarmement, et Ellen Tauscher, représentante du district de Californie où siège le laboratoire Lawrence Livermore, l'un des hauts lieux de la recherche sur l'armement nucléaire (sous-secrétaire au désarmement).

Depuis le discours de Prague, de notables avancées ont déjà été enregistrées. A la conférence de préparation de la révision du Traité de non-prolifération (TNP), prévue en mai 2010, une échéance jugée cruciale par les stratèges de M. Obama, les délégués se sont mis d'accord sur l'ordre du jour, ce qui s'était révélé impossible en 2005. Fin mai, à Genève, une autre percée a été réalisée à la conférence du désarmement, qui réunit 65 Etats de l'ONU. Depuis douze ans, les conversations n'avaient jamais pu débuter sur le traité interdisant la production de matière fissile, dispositif pourtant prévu par le TNP. Soudain, les blocages sur l'ordre du jour ont été levés.

Pour montrer la bonne volonté de l'Amérique, M. Obama s'est aussi engagé à mener une campagne "agressive" pour obtenir la ratification du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBT) rejeté en 1999 par le Sénat. Les perspectives sont meilleures qu'il y a dix ans, plusieurs sénateurs, dont John McCain, étant prêts à faire preuve de souplesse. Mais le seuil des deux tiers (67) nécessaire à la ratification n'est pas atteint et les sénateurs Jon Kyl, de l'Arizona, et Jeff Sessions, de l'Alabama, font déjà campagne contre la ratification. Gary Samore l'a reconnu devant ses collègues de l'Arms Control Association : de tous les éléments présentés à Prague par M. Obama, c'est "le plus controversé sur le plan intérieur". L'administration aimerait néanmoins qu'un vote puisse intervenir avant l'ouverture de la conférence de révision du TNP en mai 2010, pour, là encore, tenter d'isoler les réfractaires tel l'Iran.

 


La Croix, 5/7/2009: 

A Marcoule, la France a stoppé la production de plutonium

Les installations de Marcoule où était produit le plutonium à des fins militaires sont en train d'être démantelées : un choix que la France met en évidence dans le cadre du désarmement dans le monde

Le réacteur G2 de Marcoule, dans le Gard, est comme un colosse vaincu. Privé de combustible, il contient encore une puissante énergie intérieure mais sa fin est annoncée. Vendredi 3 juillet, une vingtaine de journalistes français et étrangers ont pu le constater, juchés sur la plate-forme où les cartouches d'uranium étaient autrefois introduites dans l'une des 1 200 gaines où se produisait la réaction nucléaire.

Sur décision de Nicolas Sarkozy, la direction des applications militaires du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) a en effet organisé une visite des installations où la France produisait les matériaux fissiles pour ses armes nucléaires. L'exercice est sans précédent de la part d'un pays doté de bombes atomiques.

Deux autres groupes avaient déjà eu droit à ce coup d'oeil : les ambassadeurs des États membres de la conférence sur le désarmement de l'ONU, le 16 septembre 2008, et des experts non gouvernementaux, le 16 mars dernier.

Inciter tous les États dotés d'armes nucléaires à faire de même. Objectif : montrer que la France est concrètement engagée dans un processus de désarmement et inciter tous les États dotés d'armes nucléaires à faire de même, notamment ceux reconnus comme tels par le traité de non-prolifération (TNP) : les États-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni ­ qui forment avec elle un groupe appelé P5. [Lire: La prolifération nucléaire indienne invitée d'honneur du 14 juillet]

Le réacteur G2 et son jumeau le G3 entraient dans la chaîne de fabrication du plutonium, un métal artificiel produit à partir d'uranium enrichi. Long de 34 mètres, le cylindre de 20 mètres de diamètre contenait, enrobé dans une gangue de béton de 3 mètres d'épaisseur, 1 200 tonnes de graphite, un matériau en carbone propice à la réaction nucléaire tout en jouant le rôle de modérateur.

Le colosse pouvait contenir 40 000 cartouches de combustible, d'une vingtaine de centimètres de longueur, changées régulièrement. À la sortie, la réaction nucléaire avait modifié l'isotope des atomes d'uranium. Récupérées, les cartouches devenues très hautement radioactives étaient acheminées par des circuits spéciaux dans l'usine de retraitement UP1, distante de quelques centaines de mètres.

Autant le réacteur G2, abrité par une nef de 55 mètres de haut, 72 m de long et 44 m de large, évoque une puissance formidable, autant le dédale du millier de salles de l'usine UP1 renvoie à l'atelier du chimiste. Le bâtiment résonne encore du souffle des extracteurs d'air et de la ventilation qui assure des zones de dépressions successives, de l'extérieur vers le coeur des opérations de fabrication.

Une décision audacieuse. Avant d'atteindre sa forme finale d'un galet de plutonium à usage militaire, le barreau d'uranium irradié provenant de G2 et de G3 était introduit dans une solution acide pour y être dissous. La « soupe » ainsi produite était soumise à des extractions successives à l'aide d'un solvant permettant de dissocier le plutonium 239, l'uranium résiduel et des produits de fission. Des précipités permettaient de passer de l'état liquide à l'état solide.

Le coeur d'UP1, veiné par des kilomètres de tuyaux, était ainsi une suite de piscines, de bassins de mélange et de décantation, de cuves contenant les réactifs toxiques. Ensuite venaient les batteries d'extraction, les évaporateurs, puis les ateliers où, à travers 200 « boîtes à gants » dans lesquels ils enfilaient leurs mains, les techniciens procédaient à d'indispensables manipulations en se protégeant des effets radioactifs et toxiques chimiquement de la matière. [Rappel: 1/1 000 000 ème de gr de plutonium inhalé suffit à provoquer un cancer et 8 kilos sont suffisant pour faire une bombe atomique de type Nagasaki]

Les réacteurs G2 et G3 ont été arrêtés respectivement en 1980 et 1984, et l'usine UP1 en 1997. Mais le démantèlement et l'assainissement de ces installations ne seront pas achevés avant 2035-2040. Les 1 200 tonnes de graphite qui forment le coeur de chacun des réacteurs sont encore hautement radioactives, tout comme des produits solides et liquides produits par la fabrication du plutonium. Stockés pour l'instant à Marcoule, ils attendent l'ouverture du futur site de stockage géologique profond à Bure (Meuse), prévue en 2019. L'ensemble des opérations représente un budget de 6 milliards d'euros.

Montrer le démantèlement de ces sites stratégiques qu'elle gardait soigneusement hors de vue de l'Agence internationale à l'énergie atomique (AIEA) relève d'une décision audacieuse pour la France.

"Créer la confiance". À l'heure où les États-Unis et la Russie discutent à nouveau de désarmement et où l'Iran, la Corée du Nord et le Pakistan font courir le risque d'une prolifération des armes nucléaires, elle veut montrer un chemin et s'y engage, comme pour donner l'exemple. Pour réduire la menace d'un développement anarchique de ces armes, Paris presse les plus anciens pays nucléaires d'entrer dans un cycle vertueux de réduction des armements, d'interdiction des essais nucléaires et d'interdiction de la fabrication de matériaux fissiles à usage militaire. En s'imposant ces restrictions, ces puissances pourraient les exiger des pays proliférants.

La France peut d'autant plus indiquer cette voie qu'elle a procédé en 1995-1996 à une ultime campagne d'essais qui lui a permis de valider le processus de fabrication de têtes nucléaires pour vingt ou trente ans. Elle se dote en outre près de Bordeaux d'un équipement scientifique, le laser Mégajoule (LMJ), qui compensera la fin des expériences réelles. Elle a donc pris une longueur d'avance en ayant d'ores et déjà ratifié le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Tice, signé en 1996) tout comme le Royaume-Uni et la Russie.

Elle a aussi signé, comme les États-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne ­ mais pas la Chine ­ un moratoire sur la fabrication de matières fissiles à usage militaire. Mais elle est la seule à avoir entrepris le démantèlement de ses installations de production de ces matières, situées à Marcoule pour le plutonium et à Pierrelatte pour l'uranium enrichi.

La France, qui a obtenu le soutien de l'Union européenne lorsqu'elle assumait la présidence du Conseil européen, fin 2008, pousse Washington et Pékin à ratifier le Tice et engage à l'ouverture de négociations pour un traité d'interdiction de production de matières fissiles pour les armes nucléaires. Elle invite ses homologues du P5 à adopter des mesures de transparence.

« Pour que les négociations commencent sur de bonnes bases, il faut créer la confiance », assurait vendredi dernier le capitaine de vaisseau Beaussant, membre de l'état-major particulier du président de la République. « Et cela passe par la transparence et la réciprocité. »

Cette approche concrète vise à couper l'herbe sous le pied, d'une part, des partisans d'un désarmement nucléaire global, d'autre part, des puissances proliférantes. Car si la France désarme, ayant réduit de moitié en vingt ans le nombre de ses têtes nucléaires ­ elle en détient moins de 300 ­, elle estime devoir toujours compter sur la dissuasion atomique. Et si elle ne se connaît plus d'ennemi vers lequel pointer ses missiles, elle juge que le monde n'est pas suffisamment sûr pour tous les démanteler. Le plutonium produit pendant quarante ans à Marcoule gardera donc encore longtemps son caractère dissuasif.

 


Abolition 2000, 9/5/2009: 

Délibération de l'Assemblée générale de Abolition 2000

New York, le 9 mai 2009.

Les ONG présentes à l'ONU pour assister au travail des 189 Etats membres du Traité de non prolifération (TNP) du 4 au 15 mai 2009 ont été particulièrement choquées, comme la plupart des diplomates, par l'attitude de la France dans les débats. La France a bloqué l'adoption de l'ordre du jour de la Conférence d'examen de 2010 du TNP jusqu'à ce qu'il soit enlevé du texte retenu la mention de prise en compte des « développements récents » des arsenaux nucléaires, c'est à dire la mise au point depuis l'an 2000 par la France de missiles de plus longue portée. L'attitude française qui refuse l'objectif d'un monde libéré de l'arme nucléaire et de participer à tout mouvement multilatéral de désarmement nucléaire, n'est pas acceptable et se trouve en contradiction avec l'espoir soulevé par le discours de Barak Obama à Prague le 5 avril 2009. Les ONG présentes à New York et réunies en Assemblée générale dans le cadre du réseau Abolition 2000 appellent le gouvernement français et le président Nicolas Sarkozy à accepter l'objectif d'un monde libéré de l'arme nucléaire et en conséquence à participer à un processus multilatéral de désarmement nucléaire.

 


Accord exceptionnel en vue de la conférence de révision du TNP

7/5/2009 - Les délégués réunis à New York pour discuter du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) se sont accordés mercredi sur le programme du rendez-vous prévu en 2010, un consensus inédit en dix ans. Au troisième jour d'une conférence de deux semaines entre les 189 signataires du traité adopté en 1970, les délégués sont parvenus à s'entendre sur le contenu des discussions censées aboutir à un plan de révision du TNP. De nombreux diplomates ont attribué cette percée dans les pourparlers, bloqués depuis dix ans, au changement de ton opéré par les Etats-Unis sous l'impulsion du président Barack Obama. "Incroyable", a écrit le chef de la délégation britannique John Duncan sur un site internet où il s'exprime régulièrement. "Nous venons de nous mettre d'accord sur le programme de la conférence de révision de 2010. Ca peut sembler banal mais nous n'y étions pas arrivé depuis une décennie." D'autres diplomates ont évoqué l'accord avec plus de retenue mais ont estimé qu'il était symbolique, dans la mesure où jusqu'à lors, les délégations ne parvenaient pas même à trouver un consensus sur leurs sujets de discussions. Les signataires du TNP tentent depuis plusieurs années de dépasser leurs antagonismes, mais les divisions demeurent profondes entre grandes puissances nucléaires et pays en développement, qui reprochent aux premières de leur interdire l'accès au nucléaire et de ne pas se conformer aux promesses de désarmement.
Paris est isolé. La dernière conférence de révision du TNP, en 2005, avait tourné à la bataille procédurière et n'avait rien donné. Washington avait alors tâché de concentrer l'attention sur les ambitions nucléaires de l'Iran et de la Corée du Nord, tandis que Téhéran avait critiqué les réticences américaines à désarmer et que l'Egypte avait dénoncé l'arsenal présumé d'Israël.

Le programme adopté mercredi inclut une révision des promesses de désarmement formulées en 1995 et 2000 par les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie. L'ancien président américain George Bush disait, avec le soutien de Paris, ne pas être contraint par ces engagements pris par l'administration précédente.

La conférence de 2010 devrait également se pencher sur la question des "zones sans armes nucléaires", dossier qui concerne essentiellement Israël selon des diplomates. "L'administration Obama a changé de direction et accepté de remettre ces sujets au programme", a dit un diplomate sous le sceau de l'anonymat. "Les Français essayaient encore de bloquer mais ont accepté dans la nuit lorsqu'ils ont réalisé qu'ils étaient seuls et isolés."

Des représentants occidentaux se sont néanmoins dits inquiets de voir l'Iran et l'Egypte chercher à nourrir les divisions en focalisant leurs diatribes contre Israël, bien que les signataires apparaissent désormais plus soudés. "Il nous reste d'importants obstacles mais le changement de ton de l'administration Obama a modifié l'équation", s'est félicité un diplomate occidental. "Les Etats-Unis sont maintenant désireux de s'engager sur le désarmement, avec l'Iran, mentionnent Israël. Tout cela est nouveau et ça aide.

 


Onu - Les entretiens sur le nucléaire confirment un large fossé

4/5/2009 - Les 189 signataires du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) ont entamé lundi à New York une réunion de deux semaines avec l'espoir de convenir d'un calendrier et d'un plan d'action pour une remise à jour du traité de 1970 lors d'une grande conférence prévue en 2010. L'ouverture des discussions a toutefois mis en lumière un écart profond entre pays riches et pauvres, plusieurs Etats en développement se plaignant d'avoir de moins en moins accès aux technologies de l'atome.

Selon des diplomates, l'atmosphère générale s'est améliorée du fait que le président américain Barack Obama s'est déclaré en avril attaché à l'objectif d'un "monde sans armes nucléaires". Mais le soutien de Washington à l'Inde et à Israël, dont aucun n'a signé le TNP, est de toute évidence un facteur de tensions. "Des développements récents, en particulier l'accord de coopération nucléaire avec un non-adhérent au TNP, sont un grand sujet d'inquiétude", a dit aux participants Abelardo Moreno, ambassadeur de Cuba à l'Onu, au nom des pays non-alignés.

S'il n'a pas mentionné l'Inde nommément, Moreno se référait sans doute possible à l'approbation récente d'un accord américano-indien sur le nucléaire civil par les 45 membres du Groupe des fournisseurs nucléaires (NSG), union informelle des principaux producteurs de technologies liées au nucléaire. Le NSG s'est prononcé en septembre pour la levée de l'interdiction des exportations de technologies nucléaires vers l'Inde, imposée après son premier essai nucléaire en 1974 et en raison de son refus d'adhérer au TNP.

Moreno a aussi soulevé la question du programme nucléaire d'Israël, déclarant que les Etats non-alignés s'étonnaient de constater que "les Etats qui restent en dehors du TNP continuent à développer et à moderniser leurs arsenaux nucléaires". Israël ne confirme ni ne dément l'existence de l'arsenal nucléaire que des experts lui attribuent et qualifient d'important. Le Pakistan, voisin de l'Inde, possède des armes nucléaires mais n'a lui non plus jamais signé le TNP. La Corée du Nord, qui a testé un engin nucléaire en 2006, s'est retirée du traité en 2003. L'Iran doit intervenir à la réunion de New York.

Quatre documents de travail préparés par Téhéran et obtenus par Reuters montrent que Téhéran fait son maximum pour détourner l'attention de son propre programme nucléaire durant les discussions. Selon des diplomates, l'Iran espère braquer les projecteurs sur le soutien de Washington aux programmes nucléaires de l'Inde et d'Israël pour y dénoncer des atteintes au TNP.

 


Blog Nouvelobs, 18/3/2009: 

Désarmement nucléaire: Sarkozy piégé par Brown ?

Hier, devant des spécialistes et des diplomates de différents pays, Gordon Brown a fait une annonce qui risque de tendre fortement les relations entre Paris et Londres sur le sujet sensible par excellence: la force de frappe. Dans le cadre des négociations de désarmement nucléaire entre la Russie et les Etats-Unis qui commencent et en préparation aux discussions sur le renouvellement du Traité de Non Prolifération, le Premier ministre britannique a déclaré qu'il était prêt à réduire le nombre de têtes nucléaires de son pays ("moins de 160" actuellement, dit-il) si cela permettait d'aboutir à un "grand bargain" est-ouest. Or c'est justement ce que la diplomatie française veut absolument éviter: intégrer les armes européennes (autrement dit anglaises et françaises) dans le grand décompte. Dans les années 80, quand Gorbatchev et Reagan ont décidé de réduire drastiquement leurs arsenaux, la France et la Grande Bretagne sont parvenues, avec beaucoup de difficultés, à ne pas être inclues dans le calcul américano-russe.. Cette fois, Brown a-t-il déjà cédé et va-t-il obliger Sarkozy à faire campagne seul - et à contre courant? Le président de la République peut faire valoir qu'il y a un an, à Cherbourg, il a déjà annoncé une réduction d'un tiers de l'arsenal français avec l'objectif d'atteindre à terme "moins de 300 têtes nucléaires". Mais Gordon Brown, qui avait déjà annoncé une forte réduction en 2006, se dit prêt à aller plus loin encore et à prendre la tête de la campagne de désarmement chère à Obama et même de la campagne "Global Zero" qui vise à un monde totalement dénucléarisé. A l'Elysée on voit bien le risque: que la France soit montrée du doigt, au sein même de son camp, cette "famille occidentale" dont on a justement rejoint hier toutes les structures... Comment va-t-on sortir du piège de Brown? Mystère.

Vincent Jauvert

 


RIA Novosti, 4/2/2009: 

Russie-USA: Obama prône une réduction de 80% des arsenaux nucléaires

Le président américain Barack Obama proposera à la Russie de réduire de 80% les arsenaux nucléaires des deux pays, a écrit mercredi le Times citant des sources proches de la Maison Blanche. Selon le journal britannique, M. Obama nourrit un projet radical prévoyant une réduction des ogives nucléaires à 1.000 pièces dans les arsenaux russe et américain.

Le président américain se propose également de créer au sein de son administration un comité chargé de la réduction des armements qui sera présidé par Gary Samore, chargé des négociations sur le désarmement nucléaire sous Bill Clinton. Par ailleurs, poursuit le Times, M. Obama pourrait renoncer au projet de déploiement du bouclier antimissile américain en Europe de l'Est cher à son prédécesseur George W. Bush.

"Nous avons l'intention de relancer les pourparlers sur le désarmement avec la Russie", a indiqué un représentant de l'administration Obama cité par le Times. "Nous sommes prêts à mener un dialogue tous azimuts avec les Russes autour des problèmes qui nous préoccupent" de façon à réduire à 1.000 le nombre d'ogives nucléaires de chaque côté, a-t-il indiqué, relatant les projets américains concernant le nouveau traité Start. Le Traité Start, un texte russo-américain portant sur la réduction des armements stratégiques offensifs, expire en 2009.

 


Nucléaire: le statut de l'AIEA n'est pas intouchable (Mohamed ElBaradei)

30/9/2008 - Le statut de l'Agence internationale de l'énergie atomique n'est pas intouchable, a affirmé mardi le directeur général de l'agence onusienne Mohamed ElBaradei devant un forum d'experts scientifiques à Vienne en marge de la conférence générale annuelle de l'AIEA. Dans le cadre de ce forum consacré à l'avenir de l'agence, son chef a déclaré: "le statut n'est pas sacro-saint, c'est un document élaboré il y a 50 ans pour réglementer l'ordre nucléaire et si nous estimons qu'il est nécessaire de le changer, alors nous devrions avoir le courage de le faire, sinon ce statut va finir par être un dinosaure". Dans le même ordre d'idées, M. ElBaradei s'est plaint de l'autorité légale "très limitée" de l'agence atomique qui s'était pourtant bien dotée en 1997 d'un instrument appelé "protocole additionnel" au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) fournissant les pouvoirs nécessaires aux inspecteurs de l'AIEA de chercher des preuves d'activités et de matériaux nucléaires secrets. Pourtant, plus de 10 ans plus tard, "nous avons toujours une centaine de pays signataires de ce traité TNP qui n'ont pas adopté le protocole additionnel, c'est un chiffre abyssal", a-t-il souligné. Il a également souligné la dichotomie entre le fait que les Etats ayant l'arme atomique refusent de désarmer, comme ils sont pourtant obligés de le faire sous le traité TNP, tout en interdisant aux pays ne possédant pas d'arsenal nucléaire d'en développer un, a encore indiqué le directeur général de l'AIEA. "Comment puis-je expliquer sans sourciller aux pays non-nucléaires que les armes atomiques ne sont pas bonnes pour eux alors que les Etats nucléaires continuent de moderniser les leurs en disant qu'ils en ont absolument besoin", a insisté M. ElBaradei, ajoutant que "cette dichotomie fait que le système ne peut pas durer".

 


Le Monde, 28/6/07:
La guerre froide revisitée, par Laurent Zecchini


Le Monde, 6/6/07:
L'Europe en manque de stratégie nucléaire (Point de vue)

 

 

La réunion sur le TNP s'achève sur un appel à l'Iran au gel de son programme nucléaire

VIENNE (11 mai 2007) - L'Iran a été une nouvelle fois appelé à geler ses activités d'enrichissement d'uranium, en clôture vendredi à Vienne d'une réunion de deux semaines visant à améliorer l'efficacité du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Dans une déclaration finale, la présidence japonaise a souligné que l'Iran était "fermement appelé à se conformer à toutes les exigences des résolutions 1737 et 1747 du Conseil de sécurité (des Nations unies )" demandant l'arrêt de ces activités. Le Conseil de sécurité, comme l'Agence internationale de l'énergie atomique ( AIEA ), exigent que l'Iran suspende son programme de fabrication de combustible nucléaire en conformité avec le TNP, en raison des risques de prolifération nucléaire qu'il représente.
Téhéran, qui ne souhaitait pas être nommément cité, a toutefois obtenu vendredi soir que cette déclaration soit considérée comme un simple "document de travail" de l'ambassadeur japonais Yukiya Amano, et non comme une déclaration récapitulative officielle de la session.
L'Iran menaçait à défaut d'empêcher la clôture de la réunion après avoir déjà bloqué durant plusieurs jours le début des travaux des 130 Etats y participant, sur les 189 signataires du TNP.
Les Iraniens nient toute violation de leurs obligations selon le TNP et n'acceptent à ce titre pas d'être mis en exergue.
La déclaration de la présidence japonaise souligne que "les nombreuses résolutions unanimes du Conseil de sécurité sur le programme nucléaire iranien démontrent la détermination de la communauté internationale dans ce dossier". M. Amano a également noté que l'Iran "a montré qu'il était disposé, à condition que le Conseil de sécurité se désaisisse, à résoudre les questions dans le cadre de l'AIEA", l'instance chargée de faire appliquer le TNP.
La réunion de Vienne, qui s'était ouverte le 30 avril, était la première d'une série de rendez-vous destinés à préparer la prochaine conférence d'examen du TNP prévue en 2010. Ses travaux n'ont réellement débuté que le 8 mai, l'Iran ayant bloqué jusqu'à cette date l'adoption de l'ordre du jour.
La République islamique avait cependant suscité ce faisant l'agacement de ses alliés non-alignés, qui tiennent pour la plupart à un réexamen du TNP après l'échec de la dernière conférence d'examen à New York en 2005.
Le traité, datant de la guerre froide, est largement inadapté aux enjeux actuels en matière de prolifération mais aussi de désarmement nucléaire , selon les experts.
La déclaration a ainsi souligné "la vive inquiétude des Etats parties (au TNP) au sujet du programme nucléaire de la Corée du Nord et l'annonce par celle-ci d'un essai nucléaire en octobre 2006". Le texte a en outre déploré l'"allure modérée" à laquelle les puissances nucléaires déclarées se conforment à leurs engagements concernant le désarmement.
Au cours de la réunion, plusieurs Etats, comme l'Afrique du Sud, ont exigé de ces pays "une plus grande transparence concernant le capacités militaires nucléaires" et dénoncé la modernisation des arsenaux britannique et américain, selon le texte.
Celui-ci a notamment souligné que plusieurs Etats avaient exigé que "jusqu'à l'élimination des armes nucléaires, les Etats nucléaires devaient fournir aux Etats non-nucléaires l'assurance qu'ils n'utiliseraient pas l'arme contre eux.
Cette mention peut être comprise comme une allusion à l'ambiguïté entretenue par Washington qui n'a pas formellement exclu de recourir à l'arme nucléaire contre un Etat non-nucléaire s'il jugeait que ses intérêts l'exigent.

Michael ADLER


La lutte anti-prolifération connaît une "crise grave"

30/04/2007 - La lutte contre la prolifération nucléaire connaît une "crise grave", a déclaré lundi la ministre des Affaires autrichiennes Ursula Plassnik en ouverture à Vienne d'une réunion destinée à adapter un Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) devenu peu efficace.

"N'ayons pas peur des mots: le TNP connaît aujourd'hui une crise grave", a souligné Mme Plassnik au premier jour de cette réunion qui doit rassembler durant deux semaines les 188 Etats signataires dans la capitale autrichienne.

Elaboré au coeur de la guerre froide en 1970 et prolongé en 1995, le TNP est jugé inadapté dans sa forme actuelle face notamment aux risques de prolifération incarnés par les programmes nucléaires iranien et nord-coréen.

"Ce n'est pas un secret que le TNP a été confronté à de sérieux défis" ces dernières années, a souligné l'ambassadeur japonais Yukiya Amano, président de la réunion de Vienne, en relevant que les dossiers liés à l'"Iran et à la Corée du Nord étaient devenus plus pressants".

"La communauté internationale ne peut pas se permettre d'être contente d'elle-même", a-t-il ajouté.

La précédente conférence de révision, en 2005, s'était soldée par un échec, les Etats signataires n'étant pas parvenus à s'entendre sur un ordre du jour.

Dans une interview à l'AFP dimanche, le chef de la délégation américaine, Christopher Ford, a espéré que les délégués pourraient "entrer aussi vite que possible dans un débat sur le fond" à l'occasion de cette première réunion de préparation de la prochaine conférence de révision, qui doit se tenir en 2010.

Les Etats-Unis, comme la plupart des pays occidentaux, souhaitent renforcer les obligations en matière de transparence et de contrôle découlant du traité et éviter qu'un Etat puisse s'y soustraire en dénonçant celui-ci, comme l'a fait la Corée du Nord en 2003.

Les pays non-alignés reprochent pour leur part aux cinq grandes puissances nucléaires signataires (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne et Chine) de manquer elles-mêmes à leurs engagements en matière de transparence et de désarmement et souhaitent qu'Israël, un Etat nucléaire non-signataire, soit soumis aux obligations du traité au même titre que l'Iran.

 

Nucléaire: 188 Etats au chevet d'un Traité anti-prolifération en crise

VIENNE (30 avril 2007) - Les 188 pays signataires du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) ont entamé lundi à Vienne leurs travaux pour tenter de rendre son efficacité à un texte qui peine à répondre aux nouveaux défis posés par la prolifération des armes nucléaires dans le monde. "N'ayons pas peur des mots: le TNP connaît aujourd'hui une crise grave", a souligné la ministre autrichienne des Affaires étrangères, Ursula Plassnik, en ouverture de cette réunion préparatoire qui doit durer deux semaines.

Elaboré au coeur de la guerre froide en 1970 et prolongé en 1995, le TNP est jugé inadapté dans sa forme actuelle aux risques de prolifération incarnés notamment par les programmes nucléaires iranien et nord-coréen. "Ce n'est pas un secret que le TNP a été confronté à de sérieux défis" ces dernières années, a souligné l'ambassadeur japonais Yukiya Amano, président de la réunion de Vienne, en relevant que les dossiers iranien et coréen étaient "devenus plus pressants". "La communauté internationale ne peut pas se permettre d'être contente d'elle-même", a-t-il ajouté.

Destiné à promouvoir le désarmement nucléaire et à empêcher de nouveaux Etats de se doter de la bombe, le Traité s'est montré impuissant à empêcher la Corée du Nord, qui l'a dénoncé en 2003, de procéder a un essai nucléaire en octobre 2006. Il a également échoué à dissuader l'Iran de développer une filière d'enrichissement d'uranium malgré des sanctions de l'ONU. La dernière conférence de révision, en 2005, s'était soldée par un échec, les Etats signataires n'étant pas parvenus à s'entendre sur un ordre du jour.

Dans une interview le chef de la délégation américaine, Christopher Ford, a espéré que les délégués pourraient "entrer aussi vite que possible dans un débat sur le fond" à l'occasion de cette première réunion de préparation de la prochaine conférence de révision, qui doit se tenir en 2010. Le traité est réexaminé tous les cinq ans.

Mme Plassnik a appuyé lundi l'idée d'une banque internationale de combustible nucléaire se substituant aux filiales nationales, laquelle permettrait "de lever toutes les inquiétudes sur d'eventuels détournements" à des fins militaires.

Parmi les autres proposition pour renforcer l'efficacité du traité figure la généralisation à tous les Etats signataires des dispositions du protocole additionnel qui prévoit des inspections renforcées.

Les Etats-Unis, comme la plupart des pays occidentaux, souhaitent également qu'un Etat reste soumis à ses obligations même s'il dénonce formellement le traité, comme l'a fait Pyongyang et comme peut le faire Téhéran. "Un pays qui viole (le TNP) doit assumer la responsabilité de ses actes et le simple fait d'en sortir ne doit pas pouvoir être une façon d'effacer les infractions", a souligné M. Ford.

Ls pays non-alignés reprochent pour leur part aux cinq grandes puissances nucléaires signataires (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne et Chine) de manquer elles-mêmes à leurs engagements en matière de transparence et de désarmement et souhaitent qu'Israël, un Etat nucléaire non-signataire, soit soumis aux obligations du traité au même titre que l'Iran.

Le TNP est en outre fragilisé par la nouvelle doctrine américaine de frappes préventives et par la modernisation par la Grande-Bretagne de son arsenal nucléaire.

Téhéran estime garanti par le TNP son droit à développer une filière nucléaire complète à des fins pacifiques. Mais les Occidentaux soupçonnent un artifice destiné à permettre à se pays de se doter d'une capacité militaire.

Michael ADLER

 

 

Libération, 2 février 2007:

Nucléaire

«Ça entraînera une prolifération régionale»

François Heisbourg, expert en stratégie, juge que l'Iran peut se doter rapidement de l'arme nucléaire.
Président du très prestigieux International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres, François Heisbourg, expert sur les questions géostratégiques et le terrorisme, vient de publier l'Epaisseur du monde (1).

L'IISS affirme que l'Iran pourrait disposer d'ici deux ou trois ans de l'arme nucléaire. Sur quoi vous fondez-vous ? 

Il y a d'abord les déclarations et les actions des autorités iraniennes elles-mêmes, qui ont annoncé au printemps leur intention de déployer 3 000 centrifugeuses d'ici le début 2007. Il y a eu quelques retards, mais un pas majeur aura été franchi quand Téhéran annoncera que ce déploiement a été effectué. Il faut toutefois rappeler qu'un déploiement ne signifie pas encore, et loin de là, une mise en oeuvre opérationnelle. Les Iraniens ont connu de grandes difficultés techniques, mais nous estimons que d'ici deux ou trois ans ils les auront surmontées. A ces éléments s'ajoutent les données recueillies ces derniers mois par les inspecteurs de l'AIEA sur les stocks de gaz UF6 [hexafluorure d'uranium, ndlr] que l'on injecte dans les centrifugeuses pour en extraire l'uranium enrichi. Techniquement donc, les Iraniens pourront bientôt se doter de l'arme nucléaire. Il y a en revanche une incertitude sur leur volonté réelle de construire la bombe.

Le processus n'est donc pas irréversible ? 

La condamnation unanime du Conseil de sécurité, le 23 décembre, a eu des effets, même si les sanctions décidées sont surtout symboliques. L'Iran, qui est un vieux et grand pays, n'apprécie guère de se retrouver mis au ban des nations et rangé dans la même catégorie que la Corée du Nord. On commence donc à entendre des voix dissonantes à l'intérieur des structures du pouvoir iranien et jusque dans la presse. Il y a apparemment un début de flottement, même s'il est encore impossible de dire si cela aboutira ou non à une marginalisation d'Ahmadinejad et à une attitude plus souple sur la question du nucléaire. Un nouveau facteur complique encore la donne : la politique de George W. Bush en Irak, qui a décidé désormais d'avoir une attitude beaucoup plus ferme sur les activités iraniennes dans ce pays. Quelle sera la réponse de Téhéran au travers des forces qui lui sont liées en Irak ou au Liban comme le Hezbollah ? L'engrenage d'une confrontation directe se mêle ainsi à l'enjeu nucléaire.

Y a-t-il un risque de frappes préventives américaines ou israéliennes ? 

Dans le cas américain, cela dépend en bonne part de ce qui va se passer en Irak. Pour les Israéliens, j'aurai exclu l'hypothèse il y a encore un an, estimant que Tel-Aviv comptait sur son pouvoir de dissuasion et le parapluie américain. Cela a changé depuis les tirs de roquettes du Hezbollah sur Haïfa cet été. Israël a la tentation de rétablir la crédibilité de sa dissuasion.

La bombe iranienne, après celle d'Israël, ne pourrait-elle pas avoir, paradoxalement, un rôle stabilisateur créant un équilibre de la terreur dans la région ? 

Le nucléaire iranien entraînera nécessairement une prolifération régionale, notamment l'Arabie Saoudite, l'Egypte, voire la Jordanie. L'équilibre de la terreur fonctionne s'il y a deux protagonistes, mais là nous nous trouverons dans une donne multipolaire. Ce Moyen-Orient où la possession de l'arme nucléaire sera devenue la norme et non l'exception restera toujours aussi instable, mais encore plus dangereux.

(1) Editions Stock, 232 pp. 18 Euros.

Marc SEMO

 


Ouest-France, 27/01/2007: 

Désarmer pour développer

Editorial

Les grandes peurs reviennent périodiquement dans l'Histoire, mais, parfois, leurs causes sont masquées, oubliées. On s'habitue à telle ou telle menace, à tel ou tel danger jusqu'à l'incident qui, de nouveau, sonne l'alerte.

C'est ce qui se passe à propos de l'armement nucléaire. Nous y sommes habitués depuis plus d'un demi-siècle. Les pays qui en disposent se sentent protégés par leur force de dissuasion. De plus, la disparition de l'URSS a rassuré, même si la Russie dispose toujours de moyens redoutables.

Mais voici que les velléités nucléaires de la Corée du Nord et de l'Iran viennent secouer nos assurances, d'autant plus que les gouvernants de ces pays, situés en zones de tensions géopolitiques, sont assez imprévisibles. De plus, s'ils parviennent à leur fin, d'autres proches d'eux ou même plus lointains, se sentant plus ou moins menacés, voudront eux-mêmes s'armer de la même manière pour pouvoir dissuader à leur tour. Qu'en sera-t-il alors de la sécurité du monde ? Les possibilités de conflits ne vont pas diminuer et représenteront autant de cas où la bombe atomique pourrait être utilisée volontairement par un chef d'Etat ittesponsable ou fragile, ou bien déclenchée par un accident dû à une mauvaise maîtrise du système ou à des informations erronées.

Tout cela repose la question, non seulement de la prolifération qu'il faut enrayer, mais aussi celle du désarmement nucléaire.

Comment mettre un coup d'arrêt à la prolifération renaissante ? Certainement pas en attaquant les pays concernés. Or cette éventualité existe. Périodiquement, on parle de plan d'attaque préventive contre l'Iran, comme si l'expérience de la guerre d'Irak n'avait pas suffi. Quant au Japon face à la Corée, il revoit son attitude en la matière et envisage de modifier ses moyens de défense. Il est clair que, si l'on continue dans ce sens, un jour ou l'autre, ce que tout le monde redoute se produira avec des enchaînements et des conséquences probablement non maîtrisables. Par ailleurs, et dans le même temps, les terrorismes s'efforcent certainement de se procurer les moyens de mettre le nucléaire au service de leurs actions criminelles.

Les candidats doivent se prononcer

Dans ces conditions, il faut tout remettre en question, il faut s'y prendre autrement, rechercher d'autres solutions et il n'en est qu'une : c'est le désarmement nucléaire généralisé.

Utopie, naïveté, folie, dira-t-on. Pourtant tel est bien l'objectif que voulaient atteindre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, lorsqu'ils se réunirent à Reykjavik, voici vingt ans, pour obtenir l'élimination totale de l'arme nucléaire. Aujourd'hui, cette nécessité apparaît plus urgente encore.

Plusieurs hautes personnalités américaines viennent de le rappeler : Henry A. Kissinger, secrétaire d'Etat américain de 1973 à 1977, G.P.Schultz, secrétaire d'ETAT AM2RICAIN DE 1982 0 1989 ? Sam Nunn, ancien président de la commission du Sénat américain chargée des services armés, W.J. Perry, secrétaire à la défense de 1994 à 1997. Ces personnes rappellent que « l'absolue priorité est de travailler de façon intensive avec les dirigeants des pays dotés de l'arme nucléaire pour que l'objectif de désarmement nucléaire mondial devienne une ambition commune Cela donnerait davantage de poids aux actions en cours, visant à éviter l'acquisition d'un arsenal nucléaire par la Corée du Nord et l'Iran ». Aujourd'hui, on peut pensern en effet, qu'une telle démarche de désarmement, négociée avec tous ceux qui disposent ou voudraient disposer de l'arme nucléaire, est la seule méthode qui pourrait arrêter réellement la prolifération.

Le programme de ces personnalités prévoit aussi de mettre un terme à la production de matériaux nucléaires à des fins militaires, de faire disparaître progressivement l'uranium hautement enrichi des échanges civils, de retirer l'uranium utilisable à des fins militaires de tous les centres de recherche de la planète et de rendre ces matériaux inoffensifs. Il faudra aussi se pencher sur la question de la prolifération des déchets nucléaires produits par les réacteurs de centrales électriques.

On le voit, le chantier est vaste, mais l'enjeu est tout de même d'empêcher la planète de sombrer dans le chaos. Quest-ce donc qui est le plus fou ? S'efforcer de parer ce danger ou le laisser grandir ?

Par ailleurs, les sommes considérables qui seraient ainsi économisées pourraient être consacrées avec une extraordinaire efficacité à un immense effort de développement. Désarmer pour développer, voilà la mission principale des rezponsables politiques du monde. C'est la paix et le développement ou bien le risque d'anéantissement ; chacun sait où est le bon sens.

Voilà une question fondamentale que nous aimerions voir étudiée par les divers candidats à la présidence de la République. La France, avec l'Europe, a, en effet, dans ce domaine, un rôle essentiel à jouer.

François-Régis Hutin

 

 

Le Monde, 23/1/07:

Guérir de la folie nucléaire

L'arme nucléaire représente aujourd'hui une menace considérable, mais offre aussi une chance historique. Il revient à la puissance américaine de faire entrer le monde dans une nouvelle ère : celle d'un consensus solide en faveur de la fin du recours mondial à l'arme nucléaire qui permette d'éviter sa prolifération aux mains d'acteurs potentiellement dangereux, pour qu'au bout du compte le nucléaire cesse d'être une menace pour la planète.
Pendant la guerre froide, l'arme atomique était essentielle au maintien de la sécurité internationale en raison de son rôle dissuasif. Mais la fin de ce conflit a rendu obsolète la doctrine de la dissuasion mutuelle entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. Certes, la dissuasion reste une considération d'actualité pour nombre d'Etats menacés par d'autres. Mais le recours à l'arme nucléaire présente des risques toujours plus grands pour une efficacité de plus en plus aléatoire.
Les essais nucléaires réalisés par la Corée du Nord et le refus de l'Iran de mettre fin à son programme d'enrichissement d'uranium - à des fins potentiellement militaires - montrent que le monde s'achemine vers une nouvelle ère nucléaire porteuse de grands dangers. Plus alarmante encore, l'hypothèse de voir des terroristes indépendants des Etats mettre la main sur des armes nucléaires est de moins en moins invraisemblable. Dans la guerre contre l'ordre mondial que mènent aujourd'hui des terroristes, l'armement nucléaire apparaît en effet comme l'instrument le plus apte à causer des dévastations massives. Or les groupes terroristes indépendants des Etats échappent par leur nature même aux stratégies de dissuasion et représentent des menaces d'un nouveau genre pour la sécurité.
Cette menace terroriste mise à part, les Etats-Unis se verront bientôt contraints, à moins de prendre rapidement de nouvelles mesures, d'entrer dans une nouvelle ère nucléaire plus instable, psychologiquement plus difficile et au coût économique plus élevé encore que ne l'était la dissuasion de la guerre froide. (...) Les Etats récemment dotés de l'arme atomique n'ont pas derrière eux l'expérience apportée pendant les longues années de guerre froide par la mise en oeuvre progressive de garde-fous destinés à éviter les accidents, erreurs et lancements illicites d'armes nucléaires. (...)
Si Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev n'ont pas réussi, au sommet de Reykjavik, en 1986, à se mettre d'accord pour éradiquer l'arme nucléaire, ils sont néanmoins parvenus à infléchir la course à l'armement en ce sens grâce à des mesures menant à une réduction significative de l'arsenal nucléaire à longue et moyenne portée. Que faudra-t-il pour raviver la volonté commune de ces deux chefs d'Etat ? Est-il possible d'établir un consensus mondial autour d'une série de dispositions concrètes pour réduire de façon significative la menace nucléaire ? Il est urgent de se pencher sur le défi que posent ces deux interrogations.
Le traité de non-prolifération (TNP) prévoyait la disparition de toutes les armes nucléaires. Ce texte de 1968 stipule que les Etats ne disposant pas de l'arme nucléaire en 1967 s'engagent à ne pas s'en doter, et que les Etats dotés d'armes nucléaires s'engagent à se défaire de cet armement au fil du temps. Depuis Richard Nixon, tous les présidents américains, démocrates comme républicains, ont réaffirmé leur engagement à respecter les dispositions du traité, mais les Etats non dotés de l'arme nucléaire doutent de plus en plus de la sincérité des puissances nucléaires.
D'importants efforts sont faits actuellement en faveur de la non-prolifération. Le programme Cooperative Threat Reduction mis en place en 1992, la Global Threat Reduction Initiative lancée par les Etats-Unis en 2004, la Proliferation Security Initiative lancée par les Etats-Unis en 2003, ainsi que le protocole additionnel du TNP, sont autant de démarches novatrices fournissant de nouveaux outils essentiels à la détection de toute activité en violation du traité et menaçant la sécurité mondiale. Ces démarches doivent être intégralement mises en oeuvre. Les pourparlers sur la prolifération de l'arme nucléaire en Corée du Nord et en Iran, auxquels participent tous les membres permanents du Conseil de sécurité ainsi que l'Allemagne et le Japon, sont d'une importance vitale : ils doivent être conduits avec détermination.
Reste que, en elles-mêmes, aucune de ces dispositions n'est à la mesure du danger. Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev avaient un objectif bien plus ambitieux lors de leur réunion à Reykjavik il y a vingt ans : l'élimination pure et simple de l'arme nucléaire. Cette ambition avait suscité une grande vague d'espoir auprès des populations du monde entier : les dirigeants des deux pays dotés des plus gros arsenaux nucléaires envisageaient l'interdiction du plus puissant de leurs armements.
Que faire aujourd'hui pour concrétiser la promesse énoncée par le TNP ? Nous estimons que les Etats-Unis doivent lancer une grande action reposant sur des étapes concrètes à franchir.
L'absolue priorité est de travailler de façon intensive avec les dirigeants des pays dotés de l'arme nucléaire pour que l'objectif de désarmement nucléaire mondial devienne une ambition commune. En modifiant l'état d'esprit des pays possédant l'arme nucléaire, cette vaste collaboration donnerait davantage de poids aux actions en cours visant à éviter l'acquisition d'un arsenal nucléaire par la Corée du Nord et l'Iran.
Le programme sur lequel il faudra s'accorder doit comprendre une série de mesures communes à prendre de toute urgence pour préparer la disparition mondiale de la menace nucléaire, parmi lesquelles :
- infléchir la position de la guerre froide sur le déploiement d'armes nucléaires afin d'allonger les préavis de lancement et ainsi réduire les risques de lancement accidentel ou non autorisé d'engins atomiques ;
- poursuivre la réduction substantielle des arsenaux nucléaires de tous les Etats qui en sont dotés ;
éradiquer les missiles nucléaires à courte portée conçus pour un déploiement avancé ;
- lancer au Sénat des Etats-Unis une procédure bipartite, avec notamment des arrangements visant à instaurer la confiance et à fournir un examen régulier de la situation, pour que soit ratifié le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (que les Etats-Unis ont signé, mais pas ratifié), ce que justifient les derniers progrès techniques, et oeuvrer en faveur de sa ratification par les autres grands Etats ;
- mettre en place des normes de sécurité des plus draconiennes pour tous les stocks d'armes, de plutonium à usage militaire et d'uranium hautement enrichi à travers le monde ;
- instaurer une surveillance des activités d'enrichissement d'uranium et obtenir la garantie que l'uranium civil reste disponible à un coût raisonnable, de la part tout d'abord du Groupe des fournisseurs nucléaires (Nuclear Suppliers Group), puis de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ou d'autres réserves contrôlées par les instances internationales. Il faudra par ailleurs se pencher sur la question de la prolifération des déchets nucléaires produits par les réacteurs des centrales électriques ;
- mettre un terme à la production de matériau nucléaire à des fins militaires dans le monde entier ; faire disparaître progressivement l'uranium hautement enrichi des échanges civils, retirer l'uranium utilisable à des fins militaires de tous les centres de recherche de la planète et rendre ces matériaux inoffensifs ;
- redoubler d'efforts pour résoudre les tensions et conflits régionaux susceptibles de donner naissance à de nouvelles puissances nucléaires.
Pour faire disparaître l'arme nucléaire de la planète, il faudra également prendre des mesures efficaces afin de prévenir et de contrer toute activité liée au nucléaire représentant une menace potentielle pour la sécurité d'un Etat ou d'un peuple quel qu'il soit. Réaffirmer leur ambition de voir le monde débarrassé de l'arme nucléaire et prendre des mesures concrètes en ce sens apparaîtrait, de la part des Etats-Unis, comme une initiative forte s'inscrivant dans le droit-fil de leur héritage moral. Mais, sans une ambition déterminée, l'action risque d'être vue comme inéquitable ou facultative. Et sans action, l'ambition risque d'être jugée irréaliste ou infaisable.
Nous partageons l'ambition de voir le monde débarrassé de l'arme nucléaire et nous engageons à travailler avec diligence aux actions nécessaires à la réalisation de cette ambition, à commencer par les mesures susmentionnées.

Traduit de l'anglais par Julie Marcot.

Henry A. Kissinger, président de la société de consultants Kissinger Associates, secrétaire d'Etat américain de 1973 à 1977 ;
Sam Nunn, ancien président de la commission du Sénat américain chargée des services armés ;
William J. Perry, secrétaire à la défense de 1994 à 1997 ;
George P. Schultz, membre de l'Institut Hoover, secrétaire d'Etat américain de 1982 à 1989.

 

 

Le Figaro, 13/1/2007 : 

L'Afrique tentée par l'énergie, mais aussi par la bombe

L'émergence de nouvelles puissances nucléaires, comme la Corée du Nord et l'Iran, suscite des vocations.

LONGTEMPS, le nucléaire est resté une technologie trop coûteuse pour de nombreux pays d'Afrique. Cette époque paraît révolue. Lors d'une conférence organisée cette semaine à Alger, portant sur « les usages pacifiques de l'énergie nucléaire », 45 pays africains ont affirmé leur intention de s'appuyer sur la technologie nucléaire pour hâter leur développement économique. En précisant ne pas nourrir d'ambitions plus obscures.

Mohammed ElBaradei, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a promis aux participants que l'agence poursuivrait sa coopération technique dans les domaines de l'agriculture, la gestion de l'eau, la lutte contre les pandémies (malaria, sida), l'industrie, tous domaines pour lesquels la technologie nucléaire se révèle des plus utiles.

Mais le haut fonctionnaire onusien a surtout réitéré son souhait d'un monde dénucléarisé, avertissant les États africains que la décision de s'engager dans l'aventure nucléaire « ne devait pas être prise à la légère », tant les frontières entre programmes civils et militaires sont ténues, comme l'ont prouvé les cas indien et nord-coréen. New Delhi et Pyongyang, après avoir bénéficié de l'assistance de l'AIEA pour développer un programme civil, ont franchi le pas pour produire leurs propres armes nucléaires. L'Inde possède la bombe depuis 1998 et la Corée du Nord a procédé le 9 octobre à son premier essai souterrain. « Cette technologie sophistiquée requiert des infrastructures sophistiquées, explique ElBaradei, [...] ce qui implique une minutieuse planification, préparation, et un investissement sur une période de dix à quinze ans au minimum ».

Pour apaiser son hôte, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a insisté sur la nécessaire entrée en vigueur du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Ticen), qui ne dispose toujours pas des 44 signatures nécessaires à sa ratification.

La fin du « tout-pétrole »

En coulisses, pourtant, l'inquiétude à l'égard des nouveaux desseins africains est palpable. L'Afrique du Sud veut se lancer dans la production d'uranium enrichi. Le Nigeria s'y intéresse de près. En novembre, six États arabes, l'Algérie, l'Égypte, le Maroc, l'Arabie saoudite, la Tunisie et les Émirats arabes unis, ont décidé d'adopter la technologie nucléaire. Ils ont été imités le 10 décembre par quatre autres monarchies du Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman et Qatar).

Ces projets seraient justifiés par les besoins en énergie et la fin inéluctable du « tout-pétrole ». Mais en réalité, ils trouvent leur origine dans l'inquiétude suscitée par le programme nucléaire iranien. L'incapacité des grandes puissances à brider les velléités nucléaires de Téhéran accroît le sentiment d'insécurité des États voisins, jusqu'en Afrique du Nord. Une « bombe chiite », en plus d'effaroucher les pays sunnites, risquerait d'entraîner le Moyen-Orient dans un face-à-face volatile avec Israël.

Maurin Picard

 

 

Des ex-haut responsables américains pour l'élimination des armes nucléaires

Washington, 4 janvier 2007 - Quatre anciens haut responsables américains de politique étrangère, dont les ex-secrétaires d'État Henry Kissinger et George Shultz, ont lancé un appel en faveur de l'élimination des armes nucléaires dans le monde, dans une tribune parue jeudi.
L'article publié par le Wall Street Journal est également signé par l'ancien secrétaire à la Défense William Perry et par Sam Nunn, ancien président de la commission des forces armées au Sénat. Les quatre anciens responsables estiment que les États-Unis devraient faire campagne pour l'élimination des armes nucléaires.
Evoquant les programmes nucléaires de la Corée du Nord et de l'Iran, ils estiment que le monde «se trouve maintenant au bord du précipice d'une ère nucléaire nouvelle et dangereuse».
Sans compter la menace de terroristes utilisant des armes nucléaires, «si de nouvelles mesures ne sont pas prises de manière urgente, les États-Unis seront bientôt obligés d'entrer dans une nouvelle ère nucléaire qui entraînera plus de précarité et de désorientation psychologique, et sera plus coûteuse que les mesures de dissuasion durant la Guerre froide».
Ils prônent notamment dans cette tribune un fort soutien au Traité de non-prolifération (TNP), tout en formulant une liste de propositions concrètes pour aller plus loin :
- Accroître le temps d'alerte avant des tirs lorsqu'il y a déploiement d'armes nucléaires, afin de réduire le danger de leur utilisation accidentelle ou non autorisée.
- Réduire le nombre d'armes nucléaires dans tous les pays.
- Eliminer les armes nucléaire de courte portée, destinées à être utilisées par les troupes en première ligne.
- Procurer la plus haute sécurité possible dans le monde pour toutes les armes nucléaires, le plutonium pouvant servir à des armes, ainsi que l'uranium enrichi.
- Bannir progressivement le commerce civil d'uranium hautement enrichi.
- Retirer l'uranium pouvant servir à fabriquer des armes des centres de recherche à travers le monde.
«La réaffirmation de la vision d'un monde sans armes nucléaires et de mesures pratiques pour atteindre cet objectif serait perçu comme une initiative audacieuse en phase avec l'héritage moral de l'Amérique», soulignent les anciens responsables.
M. Kissinger a été secrétaire d'État de 1973 à 1977 sous les présidents Richard Nixon et Gerald Ford; M. Shultz a occupé ce poste de 1982 à 1989 sous Ronald Reagan; M. Perry a été secrétaire à la Défense de 1994 à 1997 sous Bill Clinton; M. Nunn a été sénateur de 1972 à 1996.

 

 

Le Monde, 12/12/06:

Six pays du golfe Persique se lancent dans le nucléaire civil

Officiellement, la décision prise, dimanche 10 décembre, par les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG, Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar) de se doter de la technologie nucléaire n'a rien à voir avec le programme nucléaire de l'Iran.
Les monarchies du golfe Persique, en dépit de leurs réserves pétrolières, mettent en avant l'accroissement de la demande en électricité pour justifier le lancement d'une étude de faisabilité pour un programme nucléaire commun. "Les Etats de la région ont le droit d'acquérir la technologie nucléaire à des fins pacifiques, conformément aux normes et règles internationales", indique un communiqué du CCG, faisant écho aux explications de l'Iran pour justifier son propre programme.
"Ce n'est pas une menace. Nous ne voulons pas de bombe (atomique)", a souligné le ministre saoudien des affaires étrangères, le prince Saoud Al-Fayçal.
En réalité, les efforts déployés par Téhéran pour rassurer ses voisins n'ont pas porté leurs fruits : les monarchies sont inquiètes du programme nucléaire iranien, craignant à la fois la propension hégémonique de Téhéran et le risque d'accident. Elles appréhendent aussi les risques de contagion de la guerre civile en Irak entre sunnites et chiites. Le flou actuel à Washington sur une éventuelle reprise du dialogue avec Téhéran n'est pas fait pour les rassurer.
Un Iran devenu puissance nucléaire créerait une situation dangereuse dans une région où Israël possède déjà l'arme atomique, estiment-ils. La décision des pays du Golfe, dont la sécurité dépend de Washington, a donc valeur d'avertissement aux Etats-Unis : ne laissez pas l'Iran se doter de l'arme nucléaire.

Laurent Zecchini



Le Monde, 9/12/06:
Prolifération nucléaire acte II

"Les candidats ne manquent pas. Si la Corée du Nord et/ou l'Iran passent du mauvais côté de l'atome, le Japon, Taïwan et la Corée du Sud, mais aussi le Brésil et l'Argentine, l'Egypte et l'Arabie saoudite, l'Afrique du Sud et la Turquie, pour ne parler que des pays les plus fréquemment cités par les services de renseignement occidentaux, seront tentés de s'acheter une assurance réputée "tous risques", l'arme nucléaire. A Tokyo, la question n'est plus taboue. Le Japon, disent les experts, est à "dix minutes" de la bombe, une manière de dire qu'il dispose de toute la technologie nécessaire pour militariser son outil nucléaire."



26 novembre 2006
Blair devra s'expliquer sur l'arsenal nucléaire britannique

 


Le Figaro, 13 novembre 2006:

Le monde en voie de nucléarisation rapide

En défiant avec un certain succès la communauté internationale, l'Iran et la Corée du Nord ont incité nombre de pays à se lancer dans la course nucléaire.

L'Iran, toujours déterminé à développer son programme d'enrichissement d'uranium en installant 3 000 centrifugeuses d'ici à mars 2007, donnera une réponse « destructrice » à toute attaque israélienne contre ses sites nucléaires. Cette menace a répondu hier à celle de l'État hébreu, qui avait envisagé l'éventualité d'une « option militaire », faute de pouvoir arrêter, par la négociation, le programme nucléaire militaire iranien.
 
Celui-ci, de fait, se poursuit, la Russie et la Chine s'opposant, au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, à de trop sévères sanctions contre Téhéran. Samedi à Moscou, Ali Larijani, le négociateur iranien sur le nucléaire, a par avance laissé entendre que son pays pourrait rompre tout lien avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), si une ferme résolution était adoptée. De son côté, la Corée du Nord, qui a expulsé les inspecteurs de l'AIEA en décembre 2002 et rejeté le traité de non-prolifération (TNT) en janvier 2003, a procédé à son premier essai nucléaire souterrain le 9 octobre dernier.

LA GUERRE froide est terminée depuis quinze ans, mais le concept de dissuasion nucléaire ne s'est jamais aussi bien porté. Alors que tous les experts prédisaient, après l'effondrement de l'empire soviétique, la désuétude prochaine de l'arme atomique, le plus puissant engin de destruction jamais imaginé par l'homme, la période actuelle d'anarchie internationale démontre l'inanité de ces prédictions. Outre les États-Unis, seule superpuissance réelle de la planète, on assiste à une « multipolarisation » croissante des relations internationales et à l'émergence d'un certain nombre de puissances « moyennes », aux ambitions régionales voire mondiales, comme l'Inde, le Pakistan, l'Iran, le Brésil, la Turquie ou encore l'Arabie saoudite.

Nouvelles ambitions égyptiennes. Cette géopolitique de plus en plus complexe bouscule l'ordre ancien établi par le traité de non-prolifération (TNP) qui, en 1970, fixait à cinq le nombre d'États autorisés à posséder le feu nucléaire : les États-Unis, l'URSS, la Chine, la France et la Grande-Bretagne. Il incitait ces pays à s'engager dans un désarmement général et à interdire ce « club atomique » très fermé à de nouveaux membres éventuels.

Trente-six ans plus tard, l'échec est manifeste sur les deux tableaux. Il existe près de 30 000 ogives nucléaires sur Terre - de quoi la réduire cent fois en poussières d'étoiles. Les « Cinq Grands » n'ont fait aucun effort pour désarmer. De nouvelles puissances nucléaires « renégates » sont apparues, se rebellant contre l'ordre immuable imposé par le TNP. L'Inde et le Pakistan ont fait exploser leur première bombe atomique en 1998, la Corée du Nord et l'Iran s'approchent de cet objectif. Nombre de pays, guère intéressés par l'arme nucléaire et son « pouvoir égalisateur », selon l'expression de Lucien Poirier, théoricien français de la dissuasion, se montrent soucieux de cette évolution et s'interrogent sur leur doctrine stratégique, ne serait-ce que pour protéger leurs intérêts face à des voisins aux ambitions subitement démesurées.

Le Japon, Taïwan et la Corée du Sud veulent se prémunir face à la Corée du Nord, qui a procédé à un essai nucléaire souterrain le 9 octobre dernier. La Turquie s'inquiète des desseins nucléaires iraniens, tandis que six pays arabes ont carrément franchi le pas : le 3 novembre dernier, l'Algérie, l'Égypte, le Maroc, la Tunisie, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite ont annoncé leur intention de se doter d'un programme nucléaire civil. Bien que le droit international les autorise parfaitement à vouloir user de l'atome pour développer leur production nationale d'énergie, beaucoup de circonspection entoure ce regain d'intérêt soudain et collectif pour le nucléaire, qui pourrait dissimuler la volonté de se préparer à contrer, le jour venu, la menace perse avec une « bombe atomique arabe ».

Si l'Égypte et les pays d'Afrique du Nord peuvent justifier leur faim énergétique, l'argument est moins pertinent pour l'Arabie saoudite, assise sur de gigantesques réserves d'hydrocarbures. Mais il n'y a pas que Riyad. Au Caire, le président Hosni Moubarak vient d'annoncer qu'il était temps d'engager « un sérieux débat » autour du nucléaire. L'Égypte, signataire du TNP, avait renoncé en 1986 à un programme nucléaire lancé par le président Nasser dans les années cinquante. La catastrophe nucléaire de Tchernobyl avait refroidi ses intentions. Considérant l'Égypte comme un allié majeur au Moyen-Orient, les États-Unis disent soutenir cette initiative. Il ne fait cependant pas mystère que le pouvoir égyptien s'inquiète des ambitions nucléaires de Téhéran, au même titre qu'Ankara et Riyad. Pour ne rien arranger, les États-Unis soutiennent officiellement les nouvelles ambitions nucléaires civiles égyptiennes, indiennes ou encore brésiliennes, au grand dam de Téhéran, qui y voit la preuve d'une politique de « deux poids, deux mesures » de la part des Occidentaux, prêts à fermer les yeux en faveur de régimes « amis ».

L'échec des organisations internationales. Cette course larvée aux armements nucléaires a depuis longtemps sonné le glas du TNP. D'une manière générale, les mécanismes internationaux de contrôle des armements, imaginés durant la guerre froide, ont failli. Ce constat est valable pour l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dont le double mandat était de veiller au respect du TNP et de soutenir les États désireux de développer un programme nucléaire civil.

De par sa nature « duale », à la fois civile et militaire, la technologie nucléaire permet à tout État maîtrisant l'ensemble du cycle de l'atome d'adapter sans trop de problèmes, le jour venu, son programme civil à des desseins militaires. Qualifié d'« énergie du futur », face à l'épuisement annoncé des réserves mondiales de pétrole, instrument de souveraineté nationale plus incontournable que jamais, ouvertement convoité par des groupes terroristes infra-étatiques, le nucléaire porte en soi les germes d'une plus grande instabilité planétaire.

Maurin Picard

 

Agence Science-Presse, 6 novembre 2006:

Russie: où en est-on avec les bombes atomiques ?

Il y a huit ans, était lancé un vaste projet pour assurer à la Russie une " dénucléarisation " harmonieuse. Le projet, géré conjointement par la Russie et les États-Unis ­mais largement financé par ces derniers­ visait à éloigner le risque que des scientifiques et des ingénieurs nucléaires ne vendent leur savoir à des pays peu recommandables, en aidant ces experts à se trouver d'autres emplois. Or, il apparaît que ce programme est sur la glace depuis trois ans ­en fait, il est pratiquement moribond.
En Russie, les laboratoires et les industries de fabrication de matériel nucléaire à des fins militaires sont dispersés dans 10 villes et emploient 75 000 personnes. Dès la chute de l'Union soviétique en 1991, plusieurs groupes américains ont envoyé de l'argent pour différents projets, incluant des technologies visant à rendre plus sécuritaire l'entreposage d'uranium et de plutonium. Cette aide a été accrue avec la création par le ministère américain de l'Énergie, en 1998, du programme dont il est question ici, la Nuclear Cities Initiative (NCI).
Le ministère affirme que ce programme a permis de créer 1600 emplois dans trois des 10 villes ciblées, au prix de 173 millions$ sur huit ans, dont 110 millions$ proviennent du ministère lui-même. Pourquoi donc le programme a-t-il été arrêté en 2003, et n'a toujours pas repris? Parce que les deux pays ont été incapables de s'entendre sur des questions... de taxes.

Lire: "BOMBE H de l'épopée à la tragédie", Science & Vie n°952, janvier 1997, en PDF.

 


Le Figaro, 16 octobre 2006:

Les réseaux noirs de la prolifération nucléaire

Les deux grandes crises nucléaires du moment - nord-coréenne et iranienne - n'auraient jamais atteint ce paroxysme si elles n'avaient été alimentées par de gigantesques réseaux de prolifération. En l'occurrence celui du docteur Khan, le père de la bombe pakistanaise. Les experts estiment que cette organisation terrifiante est encore en partie active. Et que sa nature, à mi-chemin entre les menées étatiques et l'entreprise privée, donne une idée claire et inquiétante de ce qu'il faudra affronter dans les années à venir.
 
LES PORTS servent souvent de décor au départ ou au crépuscule de grandes aventures. Celui de Tarente, en Italie, a sans doute vu s'écrire le début de la fin - du moins sous sa forme initiale - du plus grand réseau de prolifération nucléaire de l'Histoire. Nous en sommes en octobre 2003 et cela fait quelques mois que la Libye tente de sortir de son statut de paria international. En rejoignant les rangs de la grande guerre antiterroriste emmenée par les États-Unis. Et, s'il faut en payer le prix, en sacrifiant son programme nucléaire. Ce jour-là, à Tarente, c'est ce dernier volet qui intéresse une équipe d'agents de la CIA et du MI6, les services secrets britanniques. En investissant le BBC China, un cargo battant pavillon allemand dérouté vers l'Italie, les enquêteurs découvrent cinq grandes caisses à destination de la Libye, remplies de milliers de composants servant à construire des centrifugeuses. Des machines destinées à enrichir de l'uranium permettant ensuite la fabrication de la bombe. L'affaire précipite la décision du colonel Kadhafi de tomber le masque.
 
Le 19 décembre suivant, la Libye étonne le monde en faisant l'aveu public d'un programme nucléaire militaire. Et, surtout, en annonçant qu'elle y renonce. De fait, dans les mois qui suivent, les Libyens vont ouvrir leurs installations aux agents occidentaux, leur remettre des quintaux de documentation et de matériel. Et ces derniers vont pouvoir remonter à la source de la prolifération nucléaire, mettre à jour un gigantesque réseau tissé depuis le Pakistan. Avec bien d'autres clients que Tripoli : l'Iran et la Corée du Nord, surtout, deux pays placés sur l'« axe du mal » dessiné par George Bush. Ces informations seront complétées par celles récoltées en Iran par les inspecteurs de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), du temps où Téhéran leur ouvrait encore ses portes.
 
Sociétés écrans
 
L'histoire du réseau Khan, du nom du père de la bombe pakistanaise, ressemble à un vaste thriller géopolitico-nucléaire. Dans des hôtels de luxe de Dubaï ou de sombres tunnels des confins sino-coréens, se croisent des ingénieurs pakistanais, de douteux hommes affaires européens ou des gardiens de la révolution iranienne. Un petit monde interlope qui sort du romanesque lorsque l'on réalise qu'il est à la source des deux grandes crises nucléaires du moment.
 
Comment fonctionnait le réseau Khan ? Il reposait sur un homme d'abord, à l'incroyable trajectoire, Abdul Qadeer Khan. Un fils du nationalisme pakistanais et de la mondialisation. Tout commence à l'orée des années 60 dans les universités de Berlin, Delft et Louvain, où une bourse étudiante a conduit le jeune et brillant Pakistanais. Devenu ingénieur métallurgiste, A. Q. Khan va travailler à Amsterdam dans un laboratoire de recherche. Le 18 mai 1974, le grand rival indien procède à son premier test nucléaire. A Islamabad, c'est le choc. Le Premier ministre Ali Bhutto jure de rétablir l'équilibre, bombe atomique contre bombe atomique. Pour cela, « s'il le faut, nous mangerons de l'herbe ou des feuilles », lance-t-il dans un fougueux discours. Galvanisé, le jeune ingénieur expatrié écrit au Premier ministre pour lui proposer ses services. Et le voilà bientôt de retour à Islamabad avec dans ses bagages plans et documents volés dans les bureaux d'Urenco, un consortium qui fabrique des centrifugeuses.
 
A cet homme providentiel, le régime donne carte blanche. Il crée un centre de recherche et de production, Khan Research Laboratory (KRL). Le réseau se monte et s'étoffe au fil des ans. Il s'appuie sur un groupe de proches collaborateurs, souvent des anciens camarades de fac ou ex-collègues d'Urenco. On y retrouve des Allemands, des Suisses ou des Britanniques. Pour traiter discrètement avec des fournisseurs très surveillés - notamment les contractants d'Urenco - il crée des dizaines de sociétés écrans. Des milliers de centrifugeuses sont construites, une usine d'enrichissement d'uranium créée. En mai 1998, le Pakistan procède à six essais nucléaires dans le désert du Baloutchistan. Même s'il est loin d'être le seul artisan de ce succès, Khan atteint le faîte de sa gloire.
 
Missiles contre nucléaire
 
Après l'import, l'export. Avec trois relais principaux - les Emirats arabes unis, la Malaisie et l'Afrique du Sud - le réseau Khan va se muer en entreprise multinationale, capable de fournir à ses clients toute la palette des outils nécessaires à la marche vers le nucléaire militaire : des produits finis comme des centrifugeuses, des machines outils servant à en fabriquer les composants, des plans ou des savoir-faire. La firme a un « directeur-général », le bras droit de Khan, un Sri-lankais du nom de Buhary Seyed Abou Tahir. Le premier client du réseau sera l'Iran. A cette époque, le programme nucléaire lancé sous le Shah piétine. En 1987, dans de luxueux hôtels du Golfe, se négocie la fourniture de schémas et de pièces détachées de centrifugeuses P1 (la plus rustique) ainsi que le plan d'une usine d'enrichissement d'uranium. Au milieu des années 90, cette coopération s'intensifie. Avec Téhéran, le deal porte d'ailleurs aussi sur le pétrole et les armes conventionnelles. Des plans de centrifugeuses plus sophistiquées, les P2, sont alors fournis. Ainsi que, semble-t-il, des technologies permettant la militarisation des charges. Les experts font aussi remarquer une troublante ressemblance entre le réacteur iranien d'Arak et le réacteur pakistanais de Khushab.

Le réacteur de Khushab (photo satellite).
 
Sur sa lancée, quelques semaines après l'invasion du Koweït, A. Q. Khan propose ses services à Saddam Hussein. Curieusement, le marché ne se fera pas. Par contre, la multinationale de l'atome accroche le client nord-coréen. Au milieu des années 90, obligé de geler sa filière plutonium pour cause d'accord avec Washington, Kim Il-Sung est ravi de pouvoir monter une autre filière clandestine, avec les plus discrètes centrifugeuses du docteur Khan. Ce dernier aurait lui-même fait au moins dix fois le voyage à Pyongyang. Les échanges, ici, se font dans les deux sens. Nucléaire contre balistique. Les Nord-Coréens fournissent au Pakistan des missiles chinois Nodong, rebaptisés Ghauri par Islamabad. Dans l'autre sens, on sait depuis trois semaines que les transferts de technologie atomique vers Pyongyang sont allés bien plus loin qu'on l'imaginait. Dans ses mémoires, le président Musharaff confie que des centrifugeuses P2 - et non pas seulement de technologie P1 - ont été fournies aux Nord-Coréens.
 
Privatisation des réseaux
 
Quelles étaient les motivations de Khan ? Diverses et évolutives, apparemment. Un mélange de patriotisme, de cupidité et de mégalomanie. Aujourd'hui, le plus grand trafiquant nucléaire de l'Histoire reste un héros au Pakistan. Après avoir fait des aveux publics et présenté ses excuses pour ses activités de prolifération, en février 2004, il a été placé en résidence surveillée par le général Musharraf. Dès le lendemain, ce dernier lui a cependant tout aussi publiquement accordé le « grand pardon ». Fin août 2006, on a appris que A. Q. Khan souffrait d'un cancer de la prostate. Le Premier ministre Shaukat Aziz lui alors envoyé un bouquet de fleurs. Et la star du cricket passée en politique Imran Khan lui a offert le meilleur des traitements dans l'hôpital qu'il possède à Lahore. La question des relations entre Khan et ses « supérieurs » reste très ombragée. S'il est évident que les autorités pakistanaises ont donné leur feu vert ou étaient au moins informées de nombre des menées de Khan - notamment avec l'Iran -, il semble que l'entrepreneur du nucléaire ait souvent minimisé l'ampleur des transferts, pour répondre aux consignes de modération d'Islamabad.

Le 9 septembre, dans les rues de Karachi, des manifestants témoignaient de leur soutien à A. Q. Khan, père de la bombe pakistanaise, alors hospitalisé. L'ingénieur est soupçonné d'avoir transmis la technologie nucléaire à la Corée du Nord.
 
On est loin de tout savoir du réseau d'AQ Khan, « un homme au moins aussi dangereux qu'Oussama Ben Laden », selon l'ancien patron de la CIA George Tenet. Mais ce que l'on sait, c'est qu'il va falloir vivre longtemps avec son héritage. Pour Bruno Tertrais, chercheur à la FRS (Fondation pour la recherche stratégique), « le réseau mis en place par Khan peut encore être utilisé par d'autres pays. A. Q. Khan disait que ce qu'il avait ramené de plus précieux des Pays-Bas était son carnet d'adresses. L'a-t-il gardé pour lui ? Ce n'est pas certain » (1). Et puis, surtout, ce modèle est appelé à faire école. Depuis dix ans, les outils de contrôle des exportations de biens et de technologies pouvant servir à la mise au point d'armes de destruction massive ont été significativement renforcés. « Ces nouvelles contraintes ont vraisemblablement conduit à l'apparition d'une véritable économie de la prolifération, en partie souterraine », estiment Guillaume Schlumberger et Bruno Gruselle, de la FRS (2). Un phénomène d'autant plus inquiétant que le niveau de compétence technique des fournisseurs n'a cessé d'augmenter. Et que la mondialisation des outils financiers favorise toutes les transactions. En s'attaquant aux liens entre le régime de Pyongyang et la Banco Delta Asia, établie à Macao, les services américains ont ainsi mis en lumière la complexité des réseaux, qui s'appuie en partie sur des opérations commerciales ou financières licites. « La privatisation d'activités étatiques au profit d'individus, comme cela semble avoir été le cas du réseau Khan, constitue l'un des phénomènes les plus inquiétants en termes de prolifération » notent les deux chercheurs.
 
Le cauchemar, c'est que les acheteurs d'hier deviennent les vendeurs de demain. Que la Corée du Nord vende un jour son savoir-faire atomique à la Birmanie ou la Malaisie. Ou l'Iran à la Syrie. Et que le marché clandestin mais jusqu'alors relativement limité et cadré ne devienne un véritable souk du nucléaire. « La technologie nucléaire est sortie de sa boîte, on n'arrivera pas à l'y faire rentrer », a un jour déclaré le patron de l'AIEA, Mohamed el-Baradei. Surtout si, pour se doter d'une arme atomique devenue un indispensable instrument de statut, de nouveaux acteurs décident à tout prix de s'en doter. Quitte, pour un temps, « à manger de l'herbe et des feuilles ». ?
 
(1) L'affaire AQ Khan, deux ans après, FRS, Nov. 2005
 
(2) Réseaux et prolifération : entre sopranos et supermarché, FRS, Juillet 2006

ARNAUD DE LA GRANGE

 

 

Le Nouvel Observateur, 31 août 2006:

La bombe, et après

Ce 1er février 2006, l'une des innombrables commissions du Congrès planche sur l'Iran et la bombe. Banal ? Pas cette fois. Le thème de l'audition de la commission des forces armées de la Chambre des Représentants n'est pas : « comment empêcher les mollahs d'acquérir l'arme nucléaire », mais : « les options qui s'offrent aux Etats-Unis pour contrer un Iran nucléaire ». Autrement dit, que faire une fois que l'Iran aura la bombe ? L'un des experts invités parcourt dans le plus grand détail l'arsenal de mesures possibles. Un exemple : pour déceler d'éventuelles armes nucléaires, les Etats-Unis devraient «user de méthodes non conventionnelles pour utiliser les détecteurs de radiations», notamment «en les embarquant à bord de yachts ou d'autres navires de plaisance qui cabotent dans les eaux du golfe Persique»...
Derrière le barrage de déclarations virulentes de l'administration Bush, l'idée d'un Iran nucléaire fait son chemin aux Etats-Unis. Alors même que le Congrès en explorait l'hypothèse, les militaires et les spécialistes du renseignement ont été priés par la Maison-Blanche de peaufiner les stratégies possibles de dissuasion. «L'Iran n'est qu'une facette du problème [de la prolifération], et dans le cas de l'Iran la stratégie de l'endiguement pourrait marcher», estime Brent Scowcroft, l'ancien conseiller à la Sécurité nationale de Bush père. Même les néoconservateurs semblent résignés à l'impensable : «Il y a debonnes chances pour que l'administration Bush acquiesce à la bombe de Khamenei. [...] Les «réalistes» américains pourront voir ce que c'est que de vivre avec un régime clérical nucléaire», pronostique Reuel Marc Gerecht, de l'American Enterprise Institute.
Ceux qui jugent légitime l'existence d'un Iran nucléaire - pour autant qu'il s'agisse d'un programme purement défensif - restent très minoritaires aux Etats-Unis. L'idée dominante est plutôt celle d'une évolution inévitable, que pourraient tempérer la dissuasion et l'endiguement. C'est déjà la stratégie employée vis-à-vis de la Corée du Nord : «Les Coréens savent qu'une attaque nucléaire contre les Etats-Unis aurait pour conséquence de voir Pyongyang rayée de la carte», confiait récemment un responsable de l'administration au « New York Times ». Les Américains souscrivent sans hésiter à l'avertissement lancé par Chirac le 19 janvier dernier : «Les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser, d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposeraient à une réponse ferme et adaptée de notre part. Cette réponse peut être conventionnelle, elle peut aussi être d'une autre nature.»
Mais la dissuasion peut-elle fonctionner avec un Etat comme l'Iran ? Le débat ne fait que commencer aux Etats-Unis. Il promet d'être vif. L'universitaire Scott Sagan, à Stanford, dénonce l'«optimisme excessifconcernant la capacité des Etats-Unis à contenir l'Iran si celui-ci devient une puissance nucléaire». La «dissuasion par attribution» évoquée par Chirac «escamote la difficile question de savoir que faire si la source des matériaux nucléaires utilisés pour une bombe terroriste est incertaine, écrit-il. Elle ignore aussi la possibilité que Téhéran, une fois en possession d'armes nucléaires, se sentira en position de force pour s'attaquer [avec des armes conventionnelles] aux tankers du Golfe ou prêter secours à des attaques terroristes». L'exemple du Pakistan devrait donner à réfléchir. La solution que préconise Sagan ? Aux antipodes de l'intervention militaire, qui n'est «pas viable», il faut, dit-il, «donner à Téhéran de bonnes raisons d'abandonner sa quête de l'arme nucléaire». Facile à formuler... plus délicat à mettre en oeuvre !

Philippe Boulet-Gercourt 

 


Le Monde (Point de vue), 3/4/06:

Le club nucléaire doit rester fermé
par François Heisbourg

Actuellement, moins de dix pays possèdent l'arme nucléaire : aux cinq puissances dont le statut nucléaire est reconnu par le traité de non-prolifération (TNP), et qui sont par ailleurs membres permanents du Conseil de sécurité, s'ajoutent Israël, l'Inde et le Pakistan. La Corée du Nord a très vraisemblablement franchi le seuil nucléaire, cependant que l'Iran paraît tenté par un processus de type nord-coréen.

La brièveté de ce tableau relève d'une sorte de miracle. En effet, une cinquantaine d'Etats disposent aujourd'hui de réacteurs de recherche ou de centrales de puissance qui leur permettraient de franchir le seuil nucléaire à plus ou moins brève échéance. Or force est de constater que le nombre d'Etats candidats à l'arme nucléaire a progressivement décru au fil des décennies.

Des pays aussi différents que le Canada, la Suisse, l'Allemagne, l'Italie, la Suède, le Brésil, Taïwan, la Corée du Sud, l'Argentine, l'Afrique du Sud, la Libye, l'Irak, ont été tentés par l'aventure nucléaire à des moments divers et dans des circonstances aussi variées que la participation du Canada au projet Manhattan, l'éphémère traité franco-germano-italien de novembre 1957, ou le programme illégal de l'Irak d'avant la guerre du Golfe. Certains pays, ayant déjà acquis l'arme (l'Afrique du Sud) ou en étant devenus les dépositaires par inadvertance après la chute de l'URSS (Ukraine, Kazakhstan, Biélorussie), y ont même renoncé. Ainsi s'est trouvée démentie la prévision faite par le président Kennedy en mars 1962 : "Personnellement, je suis hanté par le sentiment que, dès 1970, il pourrait y avoir dix puissances nucléaires... et quinze ou vingt dès 1975."

Trois facteurs principaux étroitement corrélés ont permis d'écarter jusqu'à présent la perspective d'un monde où rivaliseraient plusieurs dizaines de puissances nucléaires. Or ces facteurs sont aujourd'hui fragilisés, séparément et conjointement.

D'abord, au centre du dispositif figure naturellement le traité de non-prolifération ouvert à la signature en 1968, et auquel ont souscrit depuis lors tous les Etats, à l'exception d'Israël, de l'Inde, du Pakistan et de la Corée du Nord. Le TNP est sous-tendu par le système de contrôles et d'inspections de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AEIA). Grâce à l'extension quasi universelle du TNP, tout Etat peut partir du principe que ses rivaux ne vont pas inévitablement acquérir l'arme nucléaire. De fait, la plupart des Etats naguère engagés dans des recherches nucléaires militaires le faisaient à une époque et dans un environnement régional dont le TNP était encore absent.

L'autorité du TNP est cependant menacée au coeur par le cas iranien. Si la sortie de la Corée du Nord du TNP en 2003 pouvait être considérée comme une aberration, l'évolution des ambitions nucléaires de l'Iran aura valeur de précédent, incontestablement. L'Iran est une vieille et grande nation située au coeur d'une région stratégiquement aussi vitale que volatile : sa sortie du système international de non-prolifération aurait toutes les chances de briser la logique de confiance et d'abstention réciproques sur laquelle est bâti le TNP. Un Iran nucléaire déclencherait entre autres une course régionale à l'égalisation par l'atome de la part des principaux Etats arabes.

Ensuite, l'existence d'un consensus dans les conditions de la guerre froide entre les chefs de file américain et soviétique garantissait la sécurité de chacun des camps, quitte à rappeler à l'ordre ceux qui se seraient égarés par rapport au système de non-prolifération. La guerre du Golfe de 1991 et ses prolongements avaient certes imposé cette logique bilatérale à la communauté internationale puisque c'est au nom du Conseil de sécurité que fut démantelé par les inspecteurs internationaux le programme nucléaire irakien.

Mais le système de cogestion de la sécurité de pays non nucléaires a disparu avec l'ordre bipolaire, cependant que la guerre américaine d'Irak en 2003 a détruit le consensus au sein du Conseil de sécurité. S'y est ajouté le discrédit jeté sur le renseignement comme instrument de justification d'une intervention. Avec la crise iranienne, nous assistons de la part des Européens à une tentative de re-création d'un consensus international, mais dans des conditions obérées par le désastre irakien et les objectifs divergents entre une Amérique militant pour les changements démocratiques dans le monde et une Chine et une Russie refusant un tel activisme.

Enfin, il y avait l'accord entre les pays signataires du TNP pour marquer clairement la différence de traitement entre ceux qui sont dans le traité et les Etats se plaçant "en dehors". Certes, ce consensus était, et continue d'être empoisonné par les divergences entre les pays nucléaires (les cinq "officiels") et non nucléaires du TNP, ces derniers considérant que les puissances atomiques tardent à remplir leurs obligations en matière de désarmement nucléaire tout en étant insuffisamment généreuses en matière de transferts de technologies nucléaires civiles vers les pays signataires. Il n'en restait pas moins que les pays "hors TNP" étaient quant à eux clairement défavorisés. Depuis leur entrée dans le club nucléaire militaire, ceux-ci n'ont pas eu un accès aux technologies leur permettant de développer pleinement les applications nucléaires énergétiques. De ce fait, l'Inde, aux immenses besoins en énergie, a spécialement souffert de son sous-équipement en réacteurs électronucléaires. Lors de sa récente visite en Inde, le président George Bush a conclu un accord qui fait sortir l'Inde de son ghetto nucléaire. Certes, il y a à cette démarche des raisons géopolitiques respectables : l'Inde est une grande puissance qu'il convient de ménager, une démocratie exemplaire et un acteur incontournable de la mondialisation. Par ailleurs, si l'Inde a acquis la bombe, ses responsables se sont soigneusement abstenus de la partager avec d'autres - contrairement aux réseaux proliférants du docteur Abdul Qadeer Khan, père de la bombe atomique pakistanaise.

Malheureusement, l'accord indo-américain pose plus de problèmes qu'il n'en résout. Ainsi, l'Inde pourra poursuivre la production de matières nucléaires sans engagement d'arrêt à un horizon donné, alors que les cinq puissances nucléaires "officielles" ont interrompu la production de matières fissiles. New Delhi refuse tout accord international d'encadrement dans ce domaine. Cela augure mal la possibilité de limiter le moment venu les programmes nucléaires pakistanais et israélien. Surtout, l'Inde bénéficiera des mêmes accès aux technologies nucléaires civiles que les Etats signataires du TNP, effaçant la distinction cruciale entre ceux qui acceptent et ceux qui refusent les disciplines. Tant mieux pour les industriels de ce secteur, où la France est leader, mais tant pis pour la logique sur laquelle est bâti le TNP.

L'accord américano-indien confirme le peu de cas que fait l'administration Bush des quelques éléments d'ordre multilatéral encadrant le système international. Avec sa doctrine unilatérale de frappes préventives, l'exécutif américain avait déjà fourni aux Etats visés une justification commode à l'acquisition d'armes nucléaires. L'administration Bush fait dorénavant ce qu'il faut pour décourager ceux qui tentent de préserver le système international de non-prolifération. Il reste à espérer que le Congrès américain refusera de ratifier un accord qui renvoie aux règles diplomatiques et stratégiques du monde d'avant 1914 : le retour au chacun pour soi est d'autant plus chargé de menaces qu'il se déroule à l'ombre d'armes ayant une capacité de destruction illimitée. Et le risque qu'elles soient employées s'accroît avec le nombre d'États qui en disposent.

François Heisbourg,
conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique.

 

 

 

Le Monde, samedi 18 mars 2006:

Londres et Washington veulent se doter d'armes nucléaires " robustes "
La Grande-Bretagne et les Etats-Unis vont suivre l'exemple de la France en modernisant leur arsenal nucléaire, ce qui alimente le débat outre-Manche

Le test nucléaire effectué le 23 février par les scientifiques britanniques dans le désert du Nevada a prêté le flanc à des supputations et à des interprétations hâtives outre-Manche. Certains commentateurs ont estimé que la Grande-Bretagne a manqué à ses obligations au titre du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE), et le Sunday Times a écrit que Londres développe en secret, en coopération avec les Etats-Unis, une nouvelle arme nucléaire.

Cette émotion est compréhensible, dans la mesure où, comme ce fut le cas à la fin des années 1980 avec les missiles Polaris, le débat sur l'arme nucléaire est récurrent en Grande-Bretagne lorsqu'il devient nécessaire d'envisager une modernisation du système d'armes atomiques. L'essai du Nevada, baptisé " Krakatau ", intervient au moment où la Grande-Bretagne s'interroge sur le remplacement des missiles balistiques Trident et des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la classe Vanguard. Bien que le premier ministre Tony Blair ait réaffirmé son soutien à la pérennité de la dissuasion nucléaire, il doit compter avec l'opposition de certains membres du Parti travailliste, d'une partie de l'opinion et des mouvements antinucléaires. Londres devrait prendre une décision avant la fin de la législature, en 2010, a indiqué M. Blair.

Le test du Nevada était un essai nucléaire " sous-critique " qui a pris la forme de ce que les spécialistes appellent un " tir froid ", autrement dit une détonation contrôlée d'explosifs conventionnels sur une faible quantité de plutonium. Il ne s'agissait donc pas d'un essai nucléaire proprement dit, mais d'un test destiné à vérifier si le combustible contenu dans les missiles Trident n'a pas été altéré avec le temps.

Jusqu'à présent, la Grande-Bretagne, comme les Etats-Unis, s'est contentée de vérifier régulièrement les têtes nucléaires de ses armes, et de remplacer certains composants au gré des besoins. Cette démarche parallèle n'a rien d'étonnant, vu l'étroite dépendance stratégique entre les deux pays. Les SNLE britanniques vont chercher leurs missiles nucléaires à Kings Bay, dans l'Etat de Georgie, avant de partir en patrouille océanique, et la tête de leurs missiles Trident est considérée comme dérivée de celle des Trident américains, la W76.

L'essai du Nevada est, d'une certaine manière, un pis-aller, avant la mise au point d'une autre technologie visant à mettre au point des armes nucléaires dites " robustes ", c'est-à-dire conçues pour ne pas subir les altérations technologiques que connaissent les charges actuelles avec le temps.

La France a pris dans ce domaine une avance certaine sur la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, rappelle Bruno Tertrais, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). La dernière campagne d'essais nucléaires ordonnée par Jacques Chirac, en 1995 et 1996, lui a permis d'emmagasiner des données physiques destinées à la mise au point d'armes " robustes ", par des simulations numériques effectuées dans deux installations expérimentales : la machine à radiographier Airix, située à Moronvilliers, dans la Marne, et le laser Mégajoule, installé près de Bordeaux et destiné à l'étude du domaine thermonucléaire. Les SNLE français seront équipés d'un missile plus performant, le M51, vers 2010, et celui-ci recevra une tête nucléaire robuste (TNO) à partir de 2015. L'arme nucléaire aéroportée modernisée, l'ASMP-A, sera, de son côté, équipée d'une tête de nouvelle génération - la TNA.

C'est dans cette voie que s'engagent Britanniques et Américains. Les premiers poursuivent des travaux en ce sens dans leur laboratoire d'Aldermaston, dans le Berkshire (sud de l'Angleterre). Les seconds - qui n'ont pourtant pas ratifié le TICE, et peuvent donc, théoriquement, avoir recours à des essais nucléaires - ont commencé des études, en mai 2005, dans leurs laboratoires de Los Alamos (Nouveau Mexique) et de Livermore (Californie). Les deux pays s'efforcent de mettre au point la " Reliable Replacement Warhead " (RRW), littéralement l'" ogive nucléaire fiable de rechange ", autrement dit une tête " robuste ", dont la longévité, l'efficacité présumée et le coût sont plus performants que les têtes nucléaires actuelles.

Britanniques et Américains en sont cependant aux prémices du programme RRW, et rien ne dit que la RRW n'aura pas besoin d'être testée pour être validée. De quoi alimenter le débat nucléaire en Grande-Bretagne. Celui-ci est particulièrement sensible, note M. Tertrais, parce que vécu comme une question de " dépendance nationale à l'égard de Washington, à la différence de la France, où le nucléaire est associé à l'indépendance nationale, en particulier vis-à-vis des Etats-Unis ".

 

Londres et Washington développent une nouvelle arme nucléaire

11 mars 2006 - La Grande-Bretagne est en train de développer en secret une nouvelle arme nucléaire en coopération avec les États-Unis, selon le journal britannique Sunday Times.
Les travaux de construction de ce nouveau missile ont été lancés depuis que le premier ministre Tony Blair a été réélu en mai 2005, précise le journal, citant une source «britannique haut placée», ayant requis l'anonymat.
Le gouvernement s'est lancé dans le projet tout en affirmant dans le même temps qu'aucune décision n'avait été prise sur la nature des engins devant, ou pas, remplacer la génération actuelle de missiles balistiques Trident, a poursuivi l'hebdomadaire.
Les recherches sur la nouvelle arme au siège du Centre «Atomic Weapons Establishment» d'Aldermaston, dans le Berkshire (sud), seraient plus avancées que des études similaires ayant lieu dans le même temps aux États-Unis.
Les scientifiques désirent fabriquer cette nouvelle ogive nucléaire dissuasive avec des éléments déjà existants afin d'éviter de violer le traité d'interdiction des essais nucléaires, selon le journal.
La nouvelle arme «The Reliable Replacement Warhead» serait ainsi conçue afin d'être testée en laboratoire plutôt que par détonation.
«Nous devons construire une chose que nous ne pourrons jamais tester dans la réalité, mais en laquelle nous devons avoir une confiance absolue qu'elle marche si nous l'utilisons», a indiqué la source citée par le Sunday Times.
Le projet nucléaire secret risque de choquer certains membres du gouvernement Blair opposés à tout remplacement du programme Trident et de constituer une violation flagrante du traité de non-prolifération nucléaire, a encore indiqué le Sunday Times.
La Grande-Bretagne possède quatre sous-marins nucléaires Trident lanceurs de missiles balistiques - Vanguard, Victorious, Vigilant et Vengeance -, équipés chacun de 16 engins à têtes multiples d'environ 12 000 km de portée.

 


Libération, 11 janvier 2006:

Bruno Tertrais, maître de recherche, analyse la crise, estimant que les Occidentaux devraient durcir leur position :

«Il n'est pas certain que l'Iran ait déjà décidé de fabriquer la bombe»

Spécialiste des questions stratégiques, Bruno Tertrais, maître de recherche à la FRS (Fondation de la recherche stratégique), analyse les enjeux de la crise nucléaire avec l'Iran.

La reprise par Téhéran de la recherche nucléaire signifie-t-elle aussi celle de l'enrichissement ?

Pas nécessairement. D'ailleurs, Téhéran n'a pas précisé quelles seront ces activités de recherche. Il y a donc un caractère volontairement obscur dans cette initiative, tout à fait dans la logique de l'Iran sur ce dossier. Téhéran cherche à entretenir le flou afin de se ménager la plus grande marge de manoeuvre possible.

Que sait-on exactement du programme nucléaire iranien ?

Comme le montrent les inspections menées par l'AIEA depuis 2003, l'Iran a engagé dès le milieu des années 1980 un programme visant à disposer de l'ensemble du cycle nucléaire, et à se ménager une option nucléaire militaire. Tous les trois mois, on apprend quelque chose de nouveau sur ce programme, et je ne serais pas surpris que les Iraniens nous cachent encore bien des choses. De mon point de vue, il est certain que l'Iran s'intéresse fortement à la bombe, mais il n'est pas certain qu'il ait déjà décidé de la fabriquer.

Dans combien de temps l'Iran peut-il avoir l'arme atomique ?

Si on part du principe que ce programme nucléaire continuera d'avancer au rythme assez lent qu'il a connu depuis les années 80 et que les experts iraniens n'arrivent pas encore à maîtriser certains processus, on peut estimer que Téhéran mettra cinq à dix ans. C'est le délai évoqué par les services de renseignements américains. D'autres estiment qu'il pourrait être beaucoup plus court si l'Iran décidait d'aller plus vite, en utilisant la voie de l'enrichissement de l'uranium. Avec un millier de centrifugeuses de type P1, les moins perfectionnées, il ne faudrait alors à l'Iran qu'entre dix-huit et vingt-quatre mois pour disposer d'une quantité suffisante d'uranium enrichi pour produire une arme nucléaire. Une troisième hypothèse évoque un délai d'à peine quelques mois ; elle suppose que l'Iran dispose déjà, dans des installations cachées, de centrifugeuses P2, beaucoup plus rapides.

Pourquoi une telle focalisation internationale sur le cas iranien ?

Il s'agit d'une crise relativement nouvelle qui a éclaté à l'été 2002, alors que celle avec la Corée du Nord dure depuis plus de dix ans. Il s'agit aussi d'un véritable test pour l'avenir du TNP (traité de non-prolifération). Si l'Iran s'en retirait, ce traité n'y survivrait pas, car d'autres pays suivraient son exemple. A cela s'ajoute le fait que le programme nucléaire iranien s'accompagne d'une rhétorique révolutionnaire, qui s'est encore accentuée récemment, avec l'évocation d'un conflit de nature «civilisationnelle», comme aux premiers temps de la révolution islamique. Pour les Européens joue aussi la proximité géographique, d'autant que Téhéran veut pousser son programme de missiles Shehab jusqu'à disposer de vecteurs de portée de plusieurs milliers de kilomètres.

Que peuvent faire les Occidentaux ?

Les Iraniens font deux pas en avant, puis un pas en arrière... C'est une sorte de tactique du salami, qui leur a plutôt réussi pour l'instant. La réponse adoptée jusqu'ici a été de tenter de faire comprendre aux dirigeants iraniens qu'ils ont plus à gagner qu'à perdre en renonçant à certaines installations, les plus «proliférantes». On manie la promesse de la carotte - le commerce, l'investissement... - et la menace du bâton. Mais la carotte n'est pas assez tentante, et la menace pas assez inquiétante. En outre, le président Ahmadinedjad semble peu sensible à ce calcul coûts-avantages. Or l'ayatollah Khamenei, véritable décideur sur ce dossier, semble approuver, pour l'instant en tout cas, sa ligne dure et sans concession. Cette orientation est encouragée par l'attitude des Occidentaux, qui n'ont pas mis à exécution leur menace de porter l'affaire au Conseil de sécurité. Il faut donc nous-mêmes durcir notre position.

Marc SEMO

 

 

Télévision Suisse Romande, 5 janvier 2006:
La CIA aurait remis à l'Iran des plans pour une bombe nucléaire

 

 

 

Le Venezuela veut acquérir de la technologie nucléaire (Presse américaine)

17/10/2005 - Le gouvernement vénézuélien a contacté plusieurs pays pour tenter d'acquérir de la technologie nucléaire, ce que Washington voit avec inquiétude comme un possible premier pas du président Hugo Chavez pour doter son pays de l'arme nucléaire, affirme lundi le Washington Post (le Venezuela qui produit environs 600 000 barils par jour de ce brut a-t-il besoin de nucléaire????).
Selon le quotidien américain citant un responsable pour l'Amérique latine au sein du gouvernement Bush, le Venezuela aurait notamment eu des contacts avec l'Iran.
Washington accuse ce pays d'avoir l'intention de se doter de l'arme nucléaire, alors que celui-ci affirme que son programme nucléaire est purement civil.
"Nous continuons à surveiller le Venezuela", a déclaré ce responsable, cité de façon anonyme par le journal. "Mais j'ai l'impression que le Venezuela n'a pas rencontré le succès qu'il espérait dans ses contacts avec les autres pays", a-t-il ajouté.
Hugo Chavez, président populiste devenu l'une des bêtes noires de Washington, s'est rendu l'an dernier à Téhéran, et a dit publiquement son soutien au droit de l'Iran à avoir sa propre industrie nucléaire.

 

 

RFI, Chronique Asie, 21/09/2005:
Le Japon risque de devenir à brève échéance la quatrième  puissance nucléaire  militaire de l'Asie

 


Le Monde, 13/08/2005 : 

Washington accepte sous conditions le développement d'un programme nucléaire civil pour l'Iran, mais pas pour la Corée du Nord

New York de notre correspondante Corine Lesnes

En matière de non-prolifération, il est difficile de trouver des standards qui s'appliquent à tous de la même manière. Pourquoi l'Inde, qui a développé la bombe et refusé d'adhérer au traité de non-prolifération nucléaire (TNP), se voit-elle dérouler le tapis rouge à Washington alors que l'Iran, qui a signé jusqu'au protocole additionnel, se voit, lui, interdire l'enrichissement de l'uranium ? La réponse est subjective, reconnaissent les diplomates. "Chaque cas est différent , a indiqué, mardi 9 août, le porte-parole adjoint du département d'Etat, Adam Ereli : nous les étudions sur la base des principes universels qui sont inscrits dans les accords internationaux."

La subjectivité ne faisant pas partie du droit international, la plupart des spécialistes s'accordent à dire que le TNP est mal en point. Entré en vigueur en 1970, ce traité est fondé sur un marché entre les puissances nucléaires - qui s'engagent à réduire leur arsenal atomique - et le reste du monde, qui obtient le droit de développer des centrales nucléaires à condition d'adhérer à un système de vérification. L'édifice repose sur la bonne foi. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de Vienne procède ainsi à quelque 2 500 inspections chaque année pour s'assurer que les matières nucléaires utilisées dans quelque 900 installations nucléaires de 70 pays ne sont pas détournées à des fins militaires.

L'Iran. Téhéran dispose encore de réserves pétrolières pour plusieurs dizaines d'années, mais revendique un "droit inaliénable" à l'énergie nucléaire. Ce droit est effectivement inscrit dans le TNP, mais les experts font remarquer qu'il n'est en aucun cas un "droit à l'enrichissement" , terme qui n'y figure pas. Les Iraniens accusent les Occidentaux de vouloir les priver d'un bénéfice qu'ils se réservent à eux-mêmes. Ils protestent de leur bonne foi et jurent que l'entreprise est exclusivement vouée à des fins pacifiques.

Les Européens et les Américains n'ont pas confiance. Ils ne voient pas quelle est la "rationalité économique" qui pousse l'Iran à vouloir enrichir lui-même l'uranium alors qu'un programme industriel de fabrication de combustible nucléaire n'est rentable que si le pays possède de 20 à 40 réacteurs. La Corée du Sud, par exemple, possède le quatrième parc nucléaire mondial et 40 centrales, mais ne dispose d'aucune facilité d'enrichissement.

Pour l'instant, l'Iran n'a aucun réacteur : celui, à eau légère, de la centrale de Bouchehr ne doit pas entrer en service avant 2006 et, au terme de l'accord conclu avec Moscou, ce sont les Russes qui fournissent le combustible. Les Iraniens n'auraient, de toute façon, pas le droit d'y introduire le leur.

Autres motifs de suspicion : les Iraniens se sont procuré des pièces de centrifugeuses auprès du réseau pakistanais clandestin d'Abdul Qadeer Khan. Enfin, ils continuent actuellement la construction d'un réacteur à eau lourde à Arak, un réacteur enterré qui produira du plutonium, un élément qui n'a rien à voir avec des besoins pacifiques. Les Occidentaux ont proposé de financer, à la place, un réacteur à eau légère, mais Téhéran a refusé. Ce refus est interprété comme le choix délibéré d'une technologie proliférante. Un spécialiste américain, qui souhaite conserver l'anonymat, fait une comparaison : "Imaginez que votre voisin se mette à acheter des kalachnikovs, des mitraillettes et des chars d'assaut. C'est légal, mais vous n'êtes pas rassuré."

Jusqu'ici, les Européens négociaient directement avec Téhéran, avec l'appui des Etats-Unis. Le fait de porter l'affaire devant l'AIEA, à Vienne, a introduit de nouveaux acteurs, tel le Brésil, soucieux du droit mais aussi de leurs propres intérêts. Or le Brésil mène lui-même un programme d'enrichissement d'uranium - qu'il utilise pour ses sous-marins à propulsion nucléaire - et il a eu quelques différends, en 2004, avec l'AIEA à propos de certains secrets industriels qu'il essayait de préserver.

En quelques mois, les Etats-Unis ont considérablement évolué sur le dossier du nucléaire iranien. Pour la première fois, ils ont reconnu le droit de l'Iran d'accéder à l'énergie nucléaire civile, malgré ses dissimulations à l'AIEA. Le président Bush l'a fait en soutenant les propositions européennes, mardi 9 août. "Les Iraniens ont exprimé leur souhait d'avoir un programme nucléaire civil et nous avons dit que c'était possible à condition que ce programme soit placé sous un régime d'inspections internationales strictes et que l'uranium utilisé pour faire fonctionner la centrale soit fourni par un pays qui nous convient et qui récupère le combustible usagé."

La Corée du Nord. Le pays a expulsé les inspecteurs de l'AIEA en décembre 2002 et relancé son usine à plutonium de Yongbyon, avant de se retirer du TNP. Le conseil des gouverneurs de l'AIEA a transféré le dossier au Conseil de sécurité de l'ONU. Le Conseil ne s'est même pas réuni, en raison de l'hostilité de la Chine. Pékin a cependant accepté de lancer le processus des "pourparlers à six" (les deux Corées, la Chine, la Russie, les Etats-Unis et le Japon), en avril 2003.

Comme dans le cas iranien, les Etats-Unis ont complètement révisé leur tactique tout au long des négociations. Ils ont accepté de rencontrer la partie nord-coréenne en réunion bilatérale, ce qui était tabou sous le premier mandat de M. Bush.

Mais, à la différence de l'Iran, les Etats-Unis n'admettent pas que Pyongyang puisse avoir un programme nucléaire civil, même si le combustible est fourni par un autre pays. Ils estiment avoir été trompés dans le passé. "C'est un pays qui a eu du mal à garder pacifique l'énergie obtenue à des fins pacifiques" , a ironisé, jeudi, Christopher Hill, le négociateur américain. La base de négociations est l'offre énergétique faite par la Corée du Sud (2000 mégawatts d'électricité), afin que le Nord ne puisse pas prétexter des besoins en énergie. "La Corée du Sud a offert de l'énergie. Cela paraît raisonnable si les Nord-Coréens abandonnent leurs armes nucléaires, le font dans une transparence totale et si la communauté internationale peut savoir exactement où ils en sont de leur programme d'armement" , a déclaré, mardi, M. Bush.

Jeudi 11 août, Séoul a fait savoir qu'elle serait favorable à autoriser les Nord-Coréens à disposer de centrales nucléaires civiles. Pyongyang voudrait pouvoir disposer des deux centrales à eau légère dont la construction, financée par les Japonais et les Sud-Coréens, a été interrompue après la découverte de son programme clandestin.

L'Inde. Elle n'est pas signataire du TNP. Elle possède l'arme nucléaire depuis 1998. Début juillet, New Delhi a obtenu des Etats-Unis un accord sur des transferts de technologie "sensible". Les Européens ont salué l'accord, en espérant que l'Inde ferait un pas dans le sens d'un rapprochement avec les standards du TNP. Mais ils reconnaissent que cette approche "n'est pas sans fragiliser" leur position vis-à-vis de l'Iran. Washington fait confiance aux Indiens pour ne pas disséminer la technologie. Mais, en même temps, le seul fait qu'ils essaient de se procurer la bombe a entraîné une course aux armements. "En termes de prolifération, la bombe indienne a appelé la bombe pakistanaise" , déplore un expert à Washington.

Le Pakistan. Le "père" de la bombe pakistanaise, Abdul Qadeer Khan, a avoué, en 2004, avoir vendu au marché noir des plans et des technologies à la Corée du Nord, à la Libye, à l'Iran etc. L'affaire n'étant pas du ressort d'un Etat mais d'un réseau criminel, l'AIEA n'est pas compétente. L'ingénieur a été poursuivi puis gracié par le président pakistanais. Le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1540, en avril 2004, pour obliger les Etats à poursuivre les individus organisant la prolifération.


Prolifération nucléaire : où en est-on ?
Bruno Tertrais, spécialiste des questions nucléaires, évoque le risque nucléaire dans le monde, la menace terroriste et la lutte contre la prolifération
(Le Monde du 12/02/04).

PAKISTAN, CORÉE DU NORD, QUELS RISQUES ?

Anna : Bonjour. Existe-t-il réellement un "supermarché du nucléaire", comme le dit M. ElBaradei ?

Bruno Tertrais : Le trafic de la technologie nucléaire est une réalité. Il existe en fait un réseau principal, celui organisé par M. Khan, mais on ne peut exclure que d'autres trafics illégaux existent également. Si l'on démantèle le réseau de M. Khan, on aura quand même fait un grand pas en avant dans le contrôle de la prolifération.

Toto : Confirmez-vous les liens entre la Corée du Nord et le Pakistan ? Il me semble que cette assertion a été démentie il y a quelques jours.

Bruno Tertrais : Il n'y a pas eu, dans le cas de la Corée du Nord, d'aveu officiel ni de la part des Coréens ni de la part des Pakistanais. Mais il existe un consensus dans les services de renseignement pour dire qu'il a existé un troc "missiles contre nucléaire" entre les deux pays, la Corée aidant le Pakistan à développer ses missiles et le Pakistan aidant la Corée à développer sa filière nucléaire.

Norbert : Pourquoi titrer que le Pakistan a été le pays qui a le plus aidé à cette prolifération quand il s'agit du réseau de M. Khan ?

Bruno Tertrais : Ce n'est pas simple. On ne peut pas dire que M. Khan a agi tout seul, mais on ne peut pas dire non plus qu'au plus haut niveau de l'Etat, on ait toujours été au courant des agissements de ce monsieur. Il a certainement bénéficié de complicités gouvernementales (surtout militaires), mais cela ne veut pas dire que l'Etat pakistanais en tant que tel est directement responsable de ce trafic.

Stefou : Quel est, à vos yeux, le pays le plus dangereux, au regard des armes nucléaires qu'il posséderait : la Corée du Nord ou le Pakistan ?

Bruno Tertrais : En termes de risque d'emploi de l'arme nucléaire, c'est le Pakistan qui est le plus dangereux. En effet, malgré la détente actuelle, le risque de guerre entre l'Inde et le Pakistan demeure présent. Or, dans une telle situation, c'est sans doute le Pakistan qui serait amené à "tirer le premier" l'arme nucléaire. La Corée du Nord, pour sa part, n'emploiera sans doute jamais l'arme nucléaire sauf, peut-être, en cas d'attaque américaine.

Klklkl : Pourquoi pensez-vous que la Corée du Nord n'utilisera sans doute jamais l'arme nucléaire ?

Bruno Tertrais : Parce que pour la Corée du Nord, il me semble que le programme nucléaire a une double vocation : d'abord, être un outil de chantage ou de "négociation" vis-à-vis du Japon et de l'Occident, ensuite, être un outil de dissuasion face au risque d'une attaque américaine. Car les Nord-Coréens ont en effet très peur d'être les prochains sur la liste après l'Irak...

BenBen421 : Quels pays parmi ceux cités (Pakistan, Corée du Nord, Libye, Iran...) possèdent à la fois la technologie nucléaire et les lanceurs ?

Bruno Tertrais : Seuls parmi ces quatre pays le Pakistan et la Corée du Nord possèdent à la fois les armes et les lanceurs. Les autres pays dans le même cas sont aujourd'hui l'Inde, Israël et les cinq pays membres du Conseil de sécurité.

Nassim : Y a-t-il une commune mesure en ce qui concerne le risque nucléaire entre des dictatures comme la Libye ou la Corée du Nord et un pays instable comme le Pakistan, où un coup d'Etat semble tout à fait plausible ?

Bruno Tertrais : La Libye ne présente plus de risque nucléaire. Le Pakistan est effectivement un pays instable, mais qui ne va pas s'effondrer du jour au lendemain. En revanche, la Corée du Nord pourrait bien, elle, s'effondrer très rapidement, avec un risque de disparition dans la nature de ses technologies nucléaires... S'agissant du Pakistan, il faut également rappeler que le coup d'Etat a déjà eu lieu (en 1999) ! Et je ne vois pas aujourd'hui les islamistes radicaux avoir la capacité de prendre le pouvoir.

Bakr : Qu'en est-il de l'armement nucléaire israélien ? Pourquoi Israël bénéficie-t-il de la complaisance internationale à ce propos ?

Bruno Tertrais : Il y a effectivement une certaine complaisance occidentale (et non pas internationale) envers l'existence de l'arsenal nucléaire israélien. Trois raisons à cela : a) comme l'Inde et le Pakistan, Israël ne fait pas partie du traité de non-prolifération, b) contrairement à ces deux autres Etats, Israël n'a jamais révélé officiellement sa capacité nucléaire, et c) Israël est une démocratie appartenant au camp occidental, et n'est pas considéré comme une menace potentielle.

LA MENACE TERRORISTE

Gregory : Que savons- nous des armes russes et principalement des têtes nucléaires ukrainiennes portées manquantes ? Des rumeurs font état d'une douzaine de têtes nucléaires manquantes, dont certaines pourraient être en la possession de groupes terroristes. Est-ce possible et si oui quelles sont les chances que ces groupes puissent les utiliser ?

Bruno Tertrais : La Russie possède de loin l'arsenal nucléaire le plus important au monde (quelque 20 000 armes), mais on a beaucoup exagéré le risque de transfert de telles armes à l'étranger. Le risque principal en provenance de Russie concerne le vol ou la vente de matières nucléaires, non les armes proprement dites. Il y a eu beaucoup de rumeurs, par le passé, sur la disparition éventuelle d'armes russes, mais rien de concret. En ce qui concerne l'Ukraine, toutes les armes russes ont été rapatriées par Moscou il y a déjà plusieurs années. Evidemment, on ne peut pas assurer que toutes ces armes ont bien été comptabilisées, car la comptabilité russe dans ce domaine a longtemps été imparfaite... [Voir: "La roulette russe" 42 mn en RealVidéo 33 Kb, sur 132 bombes valises, seules 48 sur 132 ont été localisées]

Truc : Pensez-vous qu'une organisation terroriste puisse développer secrètement des armes nucléaires explosives, ou au moins sales ?

Bruno Tertrais : Il serait très difficile pour une organisation terroriste de développer par elle-même une bombe nucléaire opérationnelle. La construction d'une bombe très rudimentaire n'est pas exclue, à condition de disposer de la quantité de matières nucléaires nécessaire. Mais une telle organisation n'aurait pas la certitude que cette bombe exploserait bien. Le risque de "bombe sale" est beaucoup plus important, car une telle bombe est beaucoup plus facile à réaliser. Mais aussi beaucoup moins puissante et beaucoup moins nocive. [Voir: "Terrorisme, la menace nucléaire", Un film de Hesi Carmel, Jean-Marc Gonin et Richard Puech (coproduction France3-Capa) qui enquête sur les menaces, réelles ou supposées, d'attentat terroriste nucléaire.]

BenBen421 : Diriez-vous, comme certains, que la question n'est pas de savoir si une attaque terroriste utilisant le nucléaire aura lieu, mais quand ?

Bruno Tertrais : Tout dépend de ce que l'on appelle une attaque terroriste nucléaire ! L'emploi d'une arme nucléaire par un groupe terroriste est une hypothèse à l'heure actuelle assez improbable. En revanche, je suis très pessimiste sur la possibilité d'une attaque terroriste "radioactive", c'est-à-dire à l'aide d'une bombe sale qui dégagerait de la radioactivité, sans pour autant être une explosion nucléaire. Ce risque est réel.

Zimo : Pensez-vous que le Dr Abdul Qadeer Khan ait pu transférer la technologie nucléaire à Al-Qaida ?

Bruno Tertrais : Je ne pense pas que M. Khan ait lui-même transféré de telles technologies à Al-Qaida. En revanche, certains scientifiques pakistanais semblent effectivement avoir eu des discussions approfondies avec ce réseau. Difficile de savoir ce qu'il en est ressorti.

ThomasT : Le territoire européen est-il sous une menace nucléaire ?

Bruno Tertrais : Aujourd'hui, seuls la Russie, la Chine et Israël ont la capacité technique d'atteindre l'Europe avec des moyens nucléaires. Mais aucun de ces trois pays n'a la volonté d'attaquer l'Europe... D'ici cinq à dix ans, d'autres pays, qui développent à la fois des missiles et des armes nucléaires (comme l'Iran), auront également cette capacité.

LE RÔLE DES ÉTATS-UNIS

Bakr : Les Américains sont-ils aussi transparents qu'ils l'affirment au sujet de leur armement nucléaire et plus généralement sur leurs armes de destruction massive ?

Bruno Tertrais : Au risque de vous surprendre, je pense que les Etats-Unis sont le plus transparent des cinq pays officiellement dotés de l'arme nucléaire. La doctrine américaine, le nombre et le type d'armes, etc., tout cela est public et très bien connu à l'étranger. Il n'y a sans doute pas de programme secret d'armes nucléaires aux Etats-Unis. On ne peut pas en dire autant, par exemple, de la Chine. Pour le reste, on peut affirmer que les Etats-Unis ont détruit depuis longtemps leurs armes chimiques et biologiques.

ThomasT : Parce que la France maintient une opacité ?...

Bruno Tertrais : Non, mais elle est beaucoup moins transparente que les Etats-Unis sur sa politique nucléaire militaire. Il y a des raisons culturelles à cela, mais l'on peut également faire remarquer que toutes les "petites" puissances nucléaires maintiennent elles aussi une certaine opacité.

Raf : C'est inadmissible d'entendre dire que les Etats-Unis n'ont plus d'armes chimiques et/ou biologiques...

Bruno Tertrais : Soyons plus précis. Les Etats-Unis ne disposent plus depuis longtemps d'armes chimiques ou biologiques opérationnelles. Peut-être subsiste-t-il encore des matières premières, mais plus d'armes opérationnelles. Il existe encore, sur une île du Pacifique, des moyens chimiques américains destinés à être détruits, mais qui ne sont plus opérationnels.
 En ce qui concerne le biologique, les Etats-Unis maintiennent évidemment, comme tout le monde, une capacité de recherche destinée précisément à leur donner les moyens de se protéger contre une attaque de même nature. Mais ce ne sont pas des armes.

Curieux : La décision américaine de développer des mini-bombes nucléaires ne va-t-elle pas relancer les risques de prolifération nucléaire dans le monde ?

Bruno Tertrais : Pour le moment, dans ce domaine, il n'y a que des programmes de recherche. Les Etats-Unis n'ont pas décidé (en tout cas à ce jour) de développer de nouvelles armes de très faible puissance. Ils veulent en revanche maintenir la capacité à le faire. Je ne pense pas que ces programmes soient un facteur déterminant pour la prolifération. En général, les Etats qui "prolifèrent" le font en raison d'un risque régional, ou bien pour se prémunir contre la puissance militaire conventionnelle américaine, mais personne ne va se doter de l'arme nucléaire sous prétexte que les Etats-Unis pourraient développer de nouvelles "mini-bombes".

Curieux : D'après vous, il n'y a rien à craindre des Etats-Unis à l'avenir. Mais il faut se souvenir que ce sont les Etats-Unis qui n'ont pas hésité  à utiliser l'arme atomique contre le Japon. N'avez-vous jamais envisagé une possible dérive dans les relations entre l'Europe et les Etats-Unis ?

Bruno Tertrais : Je n'ai pas dit qu'il n'y avait rien à craindre des Etats-Unis à l'avenir. Vous avez raison de rappeler que les Etats-Unis ont été le seul pays jusqu'à présent à utiliser cette arme. Mais je pense que pour eux, le nucléaire reste une arme de dissuasion. En 1945, le concept de dissuasion nucléaire n'existait pas. C'est précisément l'horreur d'Hiroshima qui a fait naître ce concept. Pour le reste, si les relations transatlantiques sont difficiles, je vois mal comment elles pourraient déraper au point de présenter un risque de guerre entre l'Europe et les Etats-Unis...

Raf : Diplomate de carrière, ex-ambassadeur du Brésil à Moscou et aux Nations unies, José Bustani estimait, dans un entretien publié le 25 mars par le Jornal do Brasil, que, comme l'Irak, "les Etats-Unis n'apprécient pas la possibilité que ses entreprises chimiques soient inspectées par l'OIAC" (organisme chargé de contrôler la prolifération des armes chimiques dans le monde). Que pensez-vous de cela ?

Bruno Tertrais : M. Bustani a largement raison. Les Etats-Unis se méfient des inspections, car ils craignent deux choses : d'abord, l'espionnage industriel de leur industrie pharmaceutique, ensuite le risque que des inspecteurs provenant de pays souhaitant se doter d'armes de destruction massive en profitent pour glaner quelques renseignements utiles dans les installations américaines.

Nassim : Que pensez-vous d'une position telle que celle de Noam Chomsky, selon qui la menace américaine est à l'origine de l'escalade nucléaire (l'Inde qui s'équipe "au cas où", donc le Pakistan prend ses précautions...) ?

Bruno Tertrais : Ce n'est pas faux. Bon gré mal gré, les Etats-Unis portent une part de responsabilité dans la prolifération nucléaire actuelle, car de nombreux pays se sentent menacés par Washington et veulent disposer des moyens de se protéger. Mais les exemples que vous mentionnez ne me semblent pas appropriés car la situation indo-pakistanaise est particulière et n'est pas causée par la politique américaine.

Tomo : Pensez-vous que les Etats-Unis tenteront de désarmer un pays disposant de l'arme nucléaire par la force comme ils l'ont fait en Irak ?

Bruno Tertrais : Oui, si le pays en question devient menaçant, ou bien semble en passe de s'effondrer, et qu'aucune autre solution n'apparaît possible du point de vue américain. L'option militaire contre la Corée du Nord ou contre l'Iran n'est pas totalement écartée, mais ce serait une option de dernier recours.

LUTTER CONTRE LA PROLIFÉRATION

Romain : Si l'on distingue le nucléaire militaire du civil, est-il possible de passer de l'un à l'autre facilement ? Par exemple, l'installation de centrales nucléaires peut-elle favoriser ou engendrer le développement d'armes nucléaires dans les pays où elles sont construites ?

Bruno Tertrais : Oui. L'une des deux voies pour accéder à la bombe est le retraitement du combustible irradié dans les centrales, pour produire du plutonium. C'est pour cela que les centrales des pays membres du traité de non-prolifération sont contrôlées par l'Agence internationale pour l'énergie atomique. Mais ces contrôles sont imparfaits. Le président Bush a d'ailleurs proposé hier soir de les renforcer considérablement.

Patrushe : Les mesures de George W. Bush pour renforcer l'AIEA vous semblent-elles efficaces ?

Bruno Tertrais : Si elles étaient effectivement mises en oeuvre, elles contribueraient à limiter considérablement les risques de prolifération. Mais le plan de M. Bush est ambitieux, il n'est pas certain que cette mise en oeuvre puisse se faire rapidement.

Bakr : Quel est le but réel poursuivi lorsque les grandes puissances parlent de non-prolifération nucléaire ?

Bruno Tertrais : Le but poursuivi est double. Il s'agit d'abord de s'assurer que tous les pays membres du traité de non-prolifération respectent effectivement ce traité. Il s'agit ensuite d'essayer de rendre ce traité universel : aujourd'hui, quatre pays n'en sont pas membres : Inde, Israël, Pakistan et Corée du Nord (qui s'en est retirée). Le but ultime est d'éviter un emploi de l'arme nucléaire.

Costello : En quel honneur un nombre restreint d'Etats sont-ils à même de s'adjuger le droit de déterminer qui est apte à posséder l'arme nucléaire ?

Bruno Tertrais : C'est en fait l'ensemble de la communauté internationale qui s'est accordée sur la nécessité de "geler" la situation nucléaire en 1968, en créant deux catégories d'Etats : ceux qui avaient déjà l'arme nucléaire à cette date (les cinq), et ceux qui ne l'avaient pas. C'est une situation imparfaite et discriminatoire, mais même les pays qui ne disposaient pas à l'époque de l'arme nucléaire ont préféré adhérer à ce compromis plutôt que de prendre le risque d'une prolifération généralisée.

Icario : Où en sont les programmes de réduction d'armement nucléaire ?

Bruno Tertrais : On a fait des progrès dans ce domaine depuis la fin de la guerre froide. Les réductions d'armes nucléaires ont été réelles, notamment en Grande-Bretagne et en France. Les Etats-Unis et la Russie ont également réduit leurs stocks d'armes opérationnelles, tout en maintenant des stocks importants (parce qu'ils souhaitent conserver des "réserves" et parce que le démantèlement des armes retirées des stocks prend beaucoup de temps).

UNE GUERRE NUCLÉAIRE IMPOSSIBLE ?

Simon : Existe-t-il aujourd'hui des recherches sur des technologies plus destructrices "massivement" que le nucléaire ?

Bruno Tertrais : Il n'y a pas à l'horizon de technologie utilisable qui soit aussi "efficace" que le nucléaire. On peut imaginer que des armes à antimatière seraient encore plus destructrices, mais il n'existe pas, à ma connaissance, de projet réaliste dans ce domaine. Tant mieux, pourrait-on dire. En ce qui concerne la seule destruction de populations humaines, les armes biologiques sont d'une efficacité redoutable. Mais leurs effets sont incontrôlables.

Hayabusa : Un monde sans aucune "guerre" du nucléaire vous paraît-il vraisemblable ?

Bruno Tertrais :
Depuis 1945, malgré l'accumulation de dizaines de milliers d'armes nucléaires, il n'y a pas eu de nouvel emploi de cette arme. Il ne faut donc pas être trop pessimiste, car il semble que la théorie de la dissuasion soit plutôt efficace. Cependant, si le risque d'une "grande guerre nucléaire" est très faible aujourd'hui, le risque d'un emploi limité de cette arme demeure présent.

Neco : Pensez-vous que cette arme sera à nouveau utilisée un jour ? Si oui, par qui et contre qui ?

Bruno Tertrais : Le principal risque d'emploi de l'arme nucléaire aujourd'hui se situe en Asie du Sud (Inde, Pakistan).


 

Le Monde, 28/05/2005:

La conférence sur le traité de non-prolifération nucléaire se conclut sur un échec

La conférence de révision du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) s'est achevée vendredi 27 mai sans résultat tangible, après près d'un mois de discussions. Comme tous les cinq ans, les représentants des 188 pays signataires étaient réunis à New York pour étudier les moyens de renforcer ce traité entré en vigueur en 1970, qui vise à empêcher la dissémination des armes et de la technologie nucléaires et à promouvoir le désarmement. Ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur des moyens d'action, malgré la menace immédiate posée par les ambitions nucléaires de l'Iran et de la Corée du nord.

A défaut de document final, le président de la conférence, le Brésilien Sergio Duarte, avait envisagé de rédiger un texte très général sur les objectifs du désarmement, qu'il aurait lu en clôturant la session. Il a dû y renoncer. Il s'est révélé "très difficile" de trouver des formulations qui puissent rassembler l'ensemble des pays, a-t-il expliqué, en reconnaissant que "très peu avait été accompli" sur le fond des dossiers. Le TNP fonctionne sur la règle de l'unanimité. Un pays comme l'Iran a le pouvoir de bloquer tout accord. "A partir du moment où l'on décidait de ne pas avoir une attitude conflictuelle envers l'Iran, on ne pouvait guère arriver à des résultats" , a indiqué un diplomate européen.

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a "profondément regretté" l'absence d'accord. "L'incapacité de renforcer les efforts collectifs risque d'affaiblir le TNP" , a-t-il dit, selon son porte-parole. Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Mohammed ElBaradei, qui avait fait sept propositions pour renforcer le régime de non-prolifération, a estimé qu'il n'était "rien sorti" de la conférence. Mais, a-t-il ajouté, "le traité reste là. Il continuera de fonctionner avec ses insuffisances" .

Un diplomate français a nuancé : "Le résultat est peut-être décevant aux yeux de certains, mais ce n'est pas un échec complet. Cette conférence a réussi ce qu'elle était censée réussir : une bonne discussion, qui ouvre des avenues prometteuses, comme sur le retrait par exemple." Le retrait est une idée franco-allemande, qui a été reprise par les pays de l'Union européenne. Il s'agit de préciser les conséquences du retrait d'un pays du TNP. Aucune recommandation n'a été faite, mais les diplomates européens ne sont pas mécontents d'avoir abordé le "Graal" , comme dit l'un d'eux.

Ni les Etats-Unis, qui ne veulent pas s'embarrasser de contraintes, ni les pays non alignés, qui se méfient des nouvelles obligations que leur imposent sans cesse les pays riches, n'ont voulu examiner les conséquences d'un retrait. "Deux ans après l'annonce par la Corée du Nord de son retrait du TNP, la communauté internationale est finalement capable de s'entendre pour dire qu'il faut réagir" , a toutefois noté un participant.

A quoi attribuer l'échec ? L'ambassadeur brésilien Duarte n'a pas voulu s'aventurer dans une explication qui nécessiterait, a-t-il dit, des "livres entiers" . Dans chaque camp, on s'est renvoyé les responsabilités. Les Etats-Unis et bon nombre d'Européens ont blâmé l'Egypte et l'Iran pour avoir bloqué la conférence pendant deux semaines et demie sur de pures questions de procédure (Téhéran ne voulait pas d'un document final qui aurait pu condamner ses ambitions). L'Egypte a manifesté une obstination hors du commun en insistant sur l'objectif - agréé lors des conférences de 1995 et 2000 - d'un Moyen-Orient sans armes de destruction massive, Israël compris.

A l'inverse, les pays en développement, comme nombre d'ONG, ont blâmé les Etats-Unis et leur refus de réitérer les engagements de 2000 sur le désarmement. Selon le centre de recherche Carnegie Endowment for International Peace de Joseph Cirincione, il y a 27 000 armes atomiques dans le monde, réparties entre 8 pays. 26 000 sont aux mains des Etats-Unis et de la Russie. Lors de la conférence de l'an 2000, les puissances nucléaires s'étaient engagées à réduire sérieusement leurs arsenaux.

Cette année, Washington a refusé que soit mentionné cet objectif. A tel point que l'ambassadeur canadien Paul Meyer a eu des mots cinglants : "Si les gouvernements ignorent ou rejettent leurs engagements quand ils leur paraissent peu commodes, nous ne serons jamais en mesure de construire un édifice de coopération internationale."

L'Iran et l'Egypte ont aussi demandé, en préalable à tout changement dans le système, une assurance que les Etats-Unis et les autres puissances nucléaires n'attaqueraient pas une nation non détentrice de la bombe. L'ambassadeur français François Rivasseau a estimé que les puissances nucléaires ne devaient pas oublier leurs obligations en matière de désarmement. Mais, a-t-il ajouté, "la priorité, en 2005, est de répondre aux graves défis que constituent les crises de prolifération" .

L'ambassadrice américaine Jackie Sanders a argué du fait que le monde avait changé depuis la dernière conférence, en 2000. Elle a espéré que les discussions allaient se poursuivre dans "d'autres forums" et s'est mise à faire la liste des initiatives que l'administration Bush a lancées de son côté, dans un cadre plus étroit et plus efficace que celui de la négociation d'un traité avec 188 pays : outre la PSI (Proliferation Security Initiative), qui permet l'interception de bateaux soupçonnés de transporter des armes de destruction massive, une initiative a aussi été lancée au G8, un partenariat global contre la dissémination, auquel les Etats-Unis et l'Europe ont déjà promis 18 milliards de dollars.

Corine Lesnes


Liberation, 28 mai 2005:
ONU: les discussions sur le nucléaire en panne



La conférence sur le Traité de non-prolifération se termine sans accord

27/05/2005  - La conférence sur le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) a pris fin vendredi après-midi sans accord sur les moyens d'empêcher la dissémination d'armes atomiques.

Son président, le diplomate brésilien Sergio Duarte, a déclaré la conférence close, lors d'une séance plénière au siège de l'Onu à New York. Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, a qualifié de "désolant" l'échec de cette conférence, qui était censée revigorer un TNP que beaucoup jugent menacé d'obsolescence. "Au bout d'un mois, la conférence se termine là où elle avait commencé, c'est-à-dire sur un système plein de trous, affaibli, et sans feuille de route pour le réparer", a-t-il déclaré depuis Vienne.

M. ElBaradei a jugé "désolant" que "les participants n'aient pas été prêts à s'entendre et à réparer le système". Il a affirmé que des questions comme le renforcement du contrôle de la fabrication de combustible nucléaire qui peut être utilisé à des fins pacifiques mais aussi pour fabriquer des armes, ainsi que l'imposition d'un meilleur respect des garanties prévues par le TNP "devaient être traitées au plus haut niveau politique". "J'aimerais que le sommet de septembre, qui va discuter (à New York sous l'égide de l'Onu, NDLR) d'un rapport sur la gouvernance globale, examine ces questions", a-t-il ajouté. "Nous devons tirer la leçon de cette conférence" des 188 Etats membres, à laquelle 150 ont participé depuis le 2 mai. "Les chefs d'Etat ou de gouvernement doivent s'engager directement", a-t-il poursuivi, notant qu'aucun des cinq Etats nucléaires membres du TNP (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) n'avait dépêché son ministre des affaires étrangères à la conférence.

Les participants n'ont pas pu trouver d'accord dans les trois comités représentant les trois piliers du TNP - le désarmement, les garanties sur les programmes nucléaires nationaux et l'emploi pacifique de l'énergie nucléaire. Cet échec intervient à un très mauvais moment dans la lutte contre la prolifération alors que les inquiétudes internationales ne cessent de croître autour des programmes nucléaires nord-coréen et iranien et des activités de réseaux internationaux de trafic de matières nucléaires.

La Corée du Nord est sortie du TNP en 2003 et affirme avoir déjà mis au point des armes nucléaires. L'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne tentent depuis fin 2004, au nom de l'Union européenne et par la voie diplomatique, d'obtenir de l'Iran des garanties qu'il ne fabriquera pas la bombe atomique. Ils insistent pour qu'il renonce à ses activités d'enrichissement de l'uranium.

 

 

ElBaradeï: le monde court à la catastrophe nucléaire

NEW YORK 7 mai  2005 - Le monde court à la catastrophe s'il ne restreint pas l'accès à la technologie nucléaire militaire, a prévenu vendredi le directeur de l'AIEA Mohamed ElBaradeï. Il s'exprimait en marge de la conférence de l'ONU sur le Traité de non-prolifération (TNP).
Le directeur de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) a déclaré que si davantage de pays acquéraient les connaissances permettant d'enrichir de l'uranium ou de fabriquer du plutonium, le monde verrait fleurir de nombreuses «puissances nucléaires virtuelles».
«Cela signifie que dans les 10 ou 20 prochaines années, nous allons avoir beaucoup de pays qui ne sont officiellement pas à l'heure actuelle des puissances nucléaires (devenir) des puissances nucléaires virtuelles», a-t-il jugé. Il a proposé un moratoire de cinq ans sur les activités d'enrichissement d'uranium et sur la production de plutonium.
M. ElBaradeï a également soumis une autre proposition. Il s'agirait de donner un caractère international à tous les sites d'enrichissement d'uranium ou de fabrication de plutonium, et de ne plus les laisser entre les mains d'un seul pays.
Lors de la signature du TNP en 1970, les cinq puissances nucléaires officielles s'engageaient à démanteler à terme leurs arsenaux. Ils acceptaient aussi que les autres signataires aient accès à une technologie nucléaire, mais uniquement pacifique.

 

 

Le Monde, 02/05/05:
L'avenir du traité de non-prolifération nucléaire est examiné à New York

 

 

Traité de non-prolifération nucléaire: sa crédibilité est en jeu

2 mai 2005 - Pour la septième fois depuis son entrée en vigueur en 1970, les 188 pays signataires du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) se sont réunis, lundi, à New York, afin de le réviser.

Dans son discours d'ouverture de la conférence, qui doit durer un mois, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a mis en garde les États signataires contre une éventuelle obsolescence de l'institution. Il a imploré les États à « mettre de côté la rhétorique et la politique » afin de débarrasser le monde de l'arme atomique.

L'Iran et la Corée du Nord inquiètent

L'ouverture de cette conférence s'est faite dans un climat de tension, L'Iran et la Corée du nord étant accusés de contrevenir à l'esprit du traité.

L'Iran a annoncé samedi son intention de reprendre l'enrichissement d'uranium. Le pays est accusé par les États-Unis de développer secrètement un programme militaire nucléaire. De son côté, la Corée du nord, qui s'est retirée du TNP en 2003, soutient détenir l'arme atomique. Dimanche, elle a procédé au lancement d'un missile à courte portée lors d'un essai en mer du Japon.

M. Annan a indiqué que la voie diplomatique était la meilleure pour ramener Pyongyang et Téhéran dans le droit chemin du TNP.

De son côté, Mohamed ElBaradei, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), propose d'autres mesures de non-prolifération, comme mettre la production de combustible nucléaire sous la surveillance multilatérale d'organismes régionaux ou internationaux.

Dimanche, 40 000 activistes antinucléaires, selon les organisateurs, ont manifesté devant le siège des Nations unies à New York. Le maire d'Hiroshima, Tadatoshi Akiba, un des survivants de l'explosion nucléaire qui détruisit la ville japonaise en 1945, était présent.

Instaurer une coopération internationale

Le TNP a été élaboré en 1970 dans un contexte de menace de guerre atomique. Il visait à instaurer une coopération internationale en matière d'utilisation civile de l'énergie nucléaire.

Initialement prévu pour 25 ans, le traité a été prolongé de manière indéfinie en 1995, et doit être révisé tous les cinq ans.

Le traité a été ratifié par 188 pays, dont les 5 grandes puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de sécurité: les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et la France.

 

 

Des milliers de manifestants à New York contre la bombe nucléaire

1/05/2005 - Plusieurs milliers de manifestants appelant à la fin des armes nucléaires et de la guerre en Irak se sont rassemblés dimanche à New York à la veille de la réunion des 188 pays membres du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dans cette ville. Les manifestants ont marché derrière une bannière proclamant, "Mettez fin à la guerre en Irak. Supprimez toutes les armes nucléaires", et où se tenaient les maires d'Hiroshima et de Nagasaki (Japon), détruites les 6 et 9 août 1945 par une bombe nucléaire américaine. La manifestation, qui a débuté au centre de Manhattan, est passée à quelque mètres de l'immeuble des Nations unies avant de se diriger vers l'ouest et Central Park, où elle devait s'achever par un rassemblement. Les participants, dont un grand nombre de Japonais, ont lancé des slogans comme "Hiroshima, Nagasaki, plus jamais ça". Ils ont également lancé des slogans hostiles à la guerre en Irak. Les 188 pays membres du TNP doivent entamer lundi une réunion d'un mois à New York dans le cadre de la révision quinquennale de ce traité qui doit empêcher la prolifération des armes nucléaires.

 

 

Conférence à New York pour sauver un Traité de non prolifération affaibli

30/04/2005 - Près de 190 pays se réunissent lundi à New York pour tenter d'amender le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), affaibli par la découverte de programmes nucléaires secrets dans plusieurs pays et d'un véritable marché noir de l'atome.

Conçu en 1970, le TNP avait pour objectif de cantonner la possession de l'arme nucléaire aux cinq puissances qui la détenaient alors officiellement - Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France et Chine. Il peine aujourd'hui à juguler des risques de prolifération tous azimuts révélés par la découverte en 2003 d'un marché noir de technologies nucléaires animé par le père de la bombe atomique pakistanaise, Abdul Qader Khan, qui a notamment alimenté l'Iran, la Libye et la Corée du Nord.

Fin 2002, Pyongyang infligeait un premier camouflet au TNP en renvoyant les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'agence onusienne chargée de faire appliquer de traité et basée à Vienne, avant de sortir du Traité. La Corée du Nord a proclamé récemment qu'elle possédait la bombe.

Fin 2003, le renoncement par Tripoli à ses programmes d'armes de destruction massives - seul succès récent en matière de non-prolifération - était obtenu par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne... en dehors du cadre du Traité.

Quant à l'Iran, l'AIEA n'a pas réussi à ce jour, malgré deux ans d'inspections, à établir si son programme nucléaire est strictement civil ou s'il comporte un volet militaire secret, comme l'affirme Washington. Or la fabrication par l'Iran d'armes atomiques alors que ce pays est sous surveillance de l'AIEA porterait un coup mortel au TNP, selon des experts.

Le directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, propose notamment aux représentants des 188 pays membres du TNP, qui se réuniront durant tout le mois de mai à New York, d'adopter un moratoire de cinq ans sur la construction de nouveaux centres d'enrichissement d'uranium. "Sinon, nous aurons 30 ou 40 pays capables de convertir en quelques mois leurs capacités technologiques nucléaires en armes nucléaires", avait-il indiqué en janvier. Mais il n'existe "aucun consensus" autour de cette proposition, estime Gary Samore de l'Institut international d'études stratégiques de Londres (IISS). Même l'adoption généralisée du protocole additionnel au TNP, qui prévoit des inspections plus approfondies chez les Etats le ratifiant, ne semble pas aller de soi, note un diplomate désirant conserver l'anonymat.

Beaucoup de membres du TNP estiment en effet que les puissances nucléaires n'ont pas respecté leurs engagements d'un désarmement "en 13 étapes" pris lors de la précédente conférence de révision en 2000 et ne sont pas prêtes à de nouveaux compromis, estime lui aussi M. Samore. De plus, les pays arabes s'irritent qu'Israël, depuis longtemps détenteur de l'arme atomique selon les experts, soit épargné par les inspections de l'AIEA car il n'a pas adhéré au TNP. Il en va de même pour l'Inde et le Pakistan, qui disposent de l'arme nucléaire. Les Etats-Unis, qui comme M. ElBaradei souhaitent un moratoire sur l'enrichissement d'uranium, ont en outre "perdu leur crédibilité" en matière de non-prolifération avec leurs projets d'armes nucléaires miniaturisées, note le diplomate. Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a recommandé leur développement mercredi dernier pour détruire des bunkers profondément enterrés.

Selon un rapport de la Fondation Carnegie, "certains Etats ayant largement la capacité de développer des armes nucléaires (comme le Brésil et le Japon) pourraient revenir sur leur décision d'y renoncer" en raison de craintes pour leur sécurité face à une prolifération que le TNP a échoué à enrayer.

Le TNP a fait ses preuves à une époque "où beaucoup plus de pays abandonnaient leurs programmes nucléaires qu'ils n'en commençaient", mais il y a "de plus en plus de doutes sur la viabilité du régime de non-prolifération", estime encore la Fondation Carnegie.

 

 

Prolifération nucléaire: Gorbatchev appelle Bush et Poutine à agir ensemble

20/04/2005 - L'ancien dirigeant soviétique Mikhail Gorbatchev a appelé mercredi les Etats-Unis et la Russie à restaurer leur confiance mutuelle et à agir de concert pour mettre un terme à la prolifération nucléaire.
L'ancien chef du Kremlin au temps de l'URSS a déploré l'absence de coopération actuelle en ce domaine, critiquant vivement les Etats-Unis qu'il a accusés d'être "malades de leur victoire" dans la guerre froide.
M. Gorbatchev s'exprimait lors d'une conférence de presse, à l'occasion d'un colloque sur le désarmement au siège de l'Onu à New York, deux semaines avant l'ouverture de la conférence d'examen du Traité de non-prolifération (TNP).
M. Gorbatchev a exprimé son attachement aux principes fixés par lui et l'ancien président américain Ronald Reagan, lors de leur première rencontre à Genève en 1985, où ils avaient décidé d'éliminer les arsenaux atomiques, en estimant que "la guerre nucléaire n'est pas envisageable car personne ne peut la gagner".
Puis il a déploré que les deux pays aient depuis lors inclus dans leur doctrine militaire la possibilité du premier usage et même de l'usage préventif de l'arme nucléaire, décision qu'il a qualifiée de "grave erreur de calcul politique". Ils a appelé Moscou et Washington à revoir leur doctrine et en supprimer cet aspect.
Pour ce faire et pour mettre fin à la prolifération, a-t-il dit, "nous devons nous baser sur la confiance car sans confiance et coopération, rien ne peut se passer".
"J'espère que du côté russe on y est prêt. La question est de savoir si les Etats-Unis sont prêts à une telle coopération. Parce que les Etats-Unis souffrent d'une véritable maladie, celle d'avoir été les vainqueurs (de la guerre froide). Il faut qu'ils se débarrassent de cette maladie", a ajouté l'ancien dirigeant soviétique.
"Aujourd'hui, on entend des déclarations de Washington selon lesquelles on n'a pas besoin de l'Onu, pas besoin de lois internationales et on n'a presque pas besoin du Traité de non-prolifération", a notamment déploré M. Gorbatchev. "Dans ce cas, c'est la loi de la jungle", a-t-il lancé.
"Nos dirigeants doivent donc s'entendre sur une initiative conjointe, une nouvelle approche", a-t-il dit. "En Amérique et en Russie, si nous considérons la situation globale et les nouveaux centres de pouvoir qui sont en train d'émerger, nous devons réaliser que nous devons oeuvrer ensemble (...) et être partenaires".
"Cela peut se faire, il y a une possibilité, nous pouvons jouer un rôle dirigeant mais pas par la domination, pas par l'oppression en jouant les policiers, ce qu'il faut c'est un leadership commun par le partenariat", a-t-il conclu.


Le Traité de non-prolifération est en danger

NEW YORK 24 février 2005 - Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a estimé que le Traité de non-prolifération (TNP) censé éviter la propagation des armes nucléaires dans le monde était en danger. Il a notamment évoqué le risque de voir des terroristes acquérir ces armes (lire: Berezovski affirme que les Tchétchènes ont un engin nucléaire). «Le TNP nous a été extrêmement utile au cours des décennies passées. Il est pourtant confronté aujourd'hui à de graves défis remettant en jeu sa crédibilité», a-t-il dit devant les membres de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations unies (Cocovinu).
Parmi les exemples étayant son analyse, il a évoqué le risque de voir des organisations terroristes acquérir des armes nucléaires ou la lenteur des progrès réalisés dans la négociation du «protocole additionnel», un accord international qui doit renforcer le pouvoir d'inspection de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Adopté il y a 35 ans, le Traité de non-prolifération nucléaire est la pierre angulaire de la lutte contre la course aux armements. Il a été signé par 188 pays, mais la Corée du Nord s'en est retirée en 2003 et trois pays considérés comme des puissances nucléaires (Israël, l'Inde et le Pakistan) ne l'ont jamais signé.
Le traité n'autorise que cinq pays à détenir l'arme atomique (les cinq «permanents» du conseil de sécurité, Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France et Chine), mais les engage à réduire leurs arsenaux
(lire: Les Etats-Unis en quête d'une nouvelle génération de bombes). Les autres pays signataires sont tenus de renoncer à toute ambition nucléaire militaire.

A voir:
- "Terrorisme, la menace nucléaire" 42 mn en RealVidéo 33 Kb, un film de Hesi Carmel, Jean-Marc Gonin et Richard Puech (coproduction France3-Capa) qui enquête sur les menaces, réelles ou supposées, d'attentat terroriste nucléaire.
- "La roulette russe"
50 mn en RealVidéo 41 kb, Délabrement avancé de l'arsenal nucléaire en ex-URSS (sur 132 bombes valises, seules 48 sur 132 ont été localisées).


Des experts veulent internationaliser la production de combustible nucléaire

22/02/2005 - Des experts ont préconisé mardi à Vienne de confier la production de combustibles nucléaires à des laboratoires internationaux, de façon à rendre plus difficile la fabrication clandestine d'armes nucléaires par certains pays. "L'hypothèse d'un recours croissant à l'énergie nucléaire à travers le monde incite au renforcement des filières multilatérales de production de combustible", ont préconisé des experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dans un rapport rendu public mardi. En contrepartie, l'AIEA s'engagerait à "assurer une garantie d'approvisionnement" des différents pays ayant besoin de combustible nucléaire, ont souligné ces experts. Cette proposition vise à limiter le risque, évoqué par le chef de l'AIEA Mohammed ElBaradei, d'une "prolifération nucléaire en cascade", alors que des pays comme l'Iran et la Corée du Nord sont soupçonnés de chercher à se doter de l'arme atomique. L'Iran revendique le droit de fabriquer du combustible nucléaire à des fins civiles, mais la mise en place d'une telle filière pourrait également permettre la confection de matériaux pour des bombes nucléaires, estiment les experts. La communauté internationale demande pour cela à Téhéran d'arrêter l'enrichissement de l'uranium. En pratique, le rapport de l'AIEA préconise la transformation des laboratoires existants de fabrication de combustible nucléaire, et notamment d'enrichissement d'uranium, en structures nucléaires multilatérales (MNA). L'Argentine, le Brésil et le Chili pourraient ainsi constituer un pool commun d'enrichissement plutôt que de fabriquer nationalement du combustible, et le Japon mettre ses unités au service de l'ensemble de l'Asie, a recommandé Bruno Pellaud, le responsable du groupe d'experts. "Il est difficile de tricher dans le cadre d'une structure multinationale" et de détourner du combustible à des fins militaires, a estimé M. Pellaud lors d'une conférence de presse. L'AIEA, une agence des Nations unies, est chargée de veiller à l'application du Traité de non-prolifération nucléaire. Conclu en 1970, celui-ci doit faire l'objet d'une révision en mai à New York afin de mieux s'adapter aux nouveaux risques de prolifération. Le rapport recommande aussi de plus stricts contrôles des exportations de technologies nucléaires.

 

 

Le chef de l'AIEA propose un gel mondial de tous les programmes nucléaires

7/01/05 - Le directeur-général de l'AIEA, Mohamed Elbaradei, a proposé vendredi que tous les pays s'engagent à ne pas ériger de sites d'enrichissement d'uranium ou de retraitement nucléaire pendant cinq ans.

"Nous avons une capacité mondiale d'enrichissement et de retraitement suffisante", a estimé le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) dans un entretien avec le quotidien Asahi Shimbun.

Un tel moratoire pourrait être adopté pour cinq ans, "le temps de mettre au point un accord international sur cette question", a ajouté M. Elbaradei.

Il aurait l'intérêt d'imposer "des limites au droit de chaque pays à développer un cycle nucléaire complet", a-t-il plaidé.

La proposition sera examinée en mai prochain à New York à l'occasion de la conférence sur le Traité de non-prolifération nucléaire, a-t-il affirmé au quotidien.

Cette initiative, a-t-il souligné, vise à établir une égalité par l'exemple entre toutes les nations, alors que des crises internationales ont éclaté à la suite des programmes développés par l'Iran et la Corée du Nord.

L'Iran a certes accepté une suspension temporaire de ses programmes en accord avec l'Union européenne, mais la crise nucléaire nord-coréenne est pour l'instant dans l'impasse.

Le régime communiste de Pyongyang, accusé par les Etats-Unis d'utiliser des capacités d'enrichissement d'uranium à des fins militaires, refuse de reprendre des négociations multilatérales sur le démantèlement de ses programmes.

"Nous ne devons pas oublier l'engagement des Etats qui disposent d'armes nucléaires d'aller vers un désarmement progressif", a rappelé M. ElBaradei.

La confirmation de transfert de technologie nucléaire à l'Iran, à la Libye et à la Corée du Nord par le père de la bombe atomique pakistanaise, Abdul Qadeer Khan, a rendu plus urgente encore la révision de l'approche internationale de la question nucléaire, a argué le chef de l'AIEA.

M. Elbaradei ne s'est pas exprimé sur les conséquences qu'un tel gel aurait sur les tests de retraitement d'uranium appauvri à des fins énergétiques qui ont commencé en décembre dernier à Rokkasho-mura dans le nord du Japon.

Rokkasho-mura est en compétition avec le site de Cadarache (sud de la France) pour accueillir le projet de réacteur expérimental Iter.


ElBaradei: "Le monde doit limiter la production de combustible nucléaire"

05/01/05 - Le monde ne saurait continuer à laisser de nombreux pays acquérir la capacité de produire du combustible nucléaire pouvant ensuite servir à la bombe, a déclaré le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Mohamed ElBaradei.

M. ElBaradei presse la communauté internationale à "prendre le taureau par les cornes" pour beaucoup mieux contrôler la diffusion de technologies nucléaires lors de la révision du Traité de non-prolifération (TNP) en mai prochain à New York.

"Nous ne pouvons pas continuer à faire comme si de rien n'était et accepter que chaque pays puisse construire ses propres usines pour séparer le plutonium ou enrichir l'uranium", a-t-il dit. "Nous parlons de 30 à 40 pays disposant d'une capacité nucléaire militaire qui pourrait être transformée en arme nucléaire en l'espace de quelques mois".

Selon lui, le système international de non-prolifération, que régit le TNP depuis 1970, est confronté à son "plus grand défi" alors que des pays comme l'Iran en viennent à contrôler le cycle du combustible nucléaire pour des programmes nucléaires officiellement civils.

Le problème est que la même technologie utilisée pour des réacteurs nucléaires produisant de l'énergie peut aussi être utilisée pour fabriquer du matériel explosif pour des bombes atomiques.

De plus, des pays ayant adhéré au TNP peuvent en sortir et développer des armes comme la Corée du Nord l'a apparemment déjà fait.

Or pour M. ElBaradei, "les armes nucléaires sont toujours considérées comme des armes de choix" pour des Etats en quête de puissance internationale ou de capacités de dissuasion.

A la prochaine conférence de révision du TNP, "nous devrons nous assurer d'un système de sécurité global qui ne dépende pas de l'arme nucléaire. Nous devons nous assurer que la technologie soit bien mieux contenue, contrôlée qu'actuellement".

M. ElBaradei estime que l'AIEA doit avoir "l'autorité requise pour vite découvrir toute tentative de prolifération" en imposant à tous le protocole additionnel au TNP qui autorise des inspections plus sévères.

Cependant, selon lui, l'AIEA ne peut tout vérifier: "si je peux dépister un programme par l'existence de matières nucléaires, je ne peux empêcher des Etats de faire des travaux préparatoires", notamment par des simulations sur ordinateurs.

M. ElBaradei proposera un moratoire de cinq ans pour les pays développant le cycle nucléaire du combustible en échange de garanties pour des livraisons de combustible nucléaire destiné à la production pacifique d'électricité.

L'Iran vient ainsi de s'engager à suspendre l'enrichissement de l'uranium en échange d'une coopération des Européens.

 

 

L'AIEA célèbre les 50 ans de prolifération nucléaire

07/12/03 - L'AIEA célèbre lundi le 50e anniversaire de la lutte contre la prolifération nucléaire, alors que les Etats-Unis viennent de lancer un projet de bombe atomique d'un nouveau type, et que l'inquiétude persiste face aux ambitions de l'Iran et de la Corée du nord. L'ancien président américain Dwight Eisenhower avait prononcé le 8 décembre 1953 devant l'Assemblée générale des Nations unies un discours célèbre appelant à la création d'une agence de l'Onu pour la sûreté nucléaire. Ce voeu fut exaucé quatre ans plus tard avec la naissance de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). A une époque, où le souvenir des bombes atomiques américaines larguées sur Hiroshima et Nagasaki était dans tous les esprits, M. Eisenhower avait notamment averti que le savoir-faire nécessaire à la fabrication de telles armes pourrait un jour "être acquis par d'autres (Etats), peut-être tous les autres". Depuis ce discours, "nous sommes passés de deux pays possédant l'arme nucléaire à huit et peut-être neuf", a souligné cette semaine Mohamed ElBaradei, le directeur de l'AIEA. Il a inauguré jeudi un buste de Eisenhower au siège de l'organisation à Vienne. "Notre message devrait être clair: les armes nucléaires n'ont pas leur place dans notre arsenal militaire, et nous sommes engagés à développer un système alternatif de sécurité", a-t-il souligné. Mais, dans les faits, ce message a du mal à passer.
Le président américain George W. Bush a signé lundi dernier une loi approuvant un investissement de 7,5 million de dollars dans une étude pour développer des bombes nucléaires anti-bunker d'un nouveau type, capables de détruire des centres de commande souterrains et des caches d'armes. Il y a deux semaines, l'AIEA avait épinglé l'Iran pour avoir manqué à ses obligations de non-prolifération en développant secrètement pendant près de vingt ans un ambitieux programme nucléaire. L'an dernier, la Corée du nord avait expulsé des inspecteurs de l'AIEA après avoir reconnu disposer d'un programme d'enrichissement d'uranium, en violation de ses engagements internationaux.
Selon M. ElBaradei la signature d'un protocole additionnel au Traité de non prolifération nucléaire (TNP), qui autorise des inspections inopinées de sites suspects, représente aujourd'hui un outil clé dans la lutte contre la prolifération. Mais "le fait que 20% des pays aient signé un protocole additionnel n'est pas suffisant (quand) on sait que sans ce protocole nous ne pouvons mener de vérifications complètes", a reconnu M. ElBaradei. A ce jour, 74 Etats ont signé un protocole additionnel, mais seuls 35 d'entre eux l'ont ratifié. M. ElBaradei plaide par ailleurs pour un nouveau protocole additionnel au TNP qui créerait un "contrôle multinational" de l'uranium hautement enrichi et du plutonium retraité, des matières utilisables pour la fabrication d'armes nucléaires. "L'acquisition de ces matières reste la partie la plus critique dans le développement d'armes nucléaires", a-t-il souligné. Mais selon lui, il faudrait aussi changer la façon dont les nations perçoivent ces armes. Elles "sont considérées comme des armes de prestige, procurant un statut", regrette le directeur de l'AIEA. "Idéalement, j'aimerais qu'elles soient perçues comme l'esclavage ou le génocide". "Si nous continuons sur le chemin actuel, nous ne devrions pas être surpris de voir davantage de pays acquérir l'arme atomique", prévient-il. Outre les cinq puissances nucléaires déclarées (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, et Russie), l'Inde, le Pakistan et Israël sont dotés de l'arme nucléaire, et peut-être aussi la Corée du nord, selon l'AIEA.

A lire: Analyse la politique de prolifération nucléaire française,