Libération, 13 décembre 2006:

Ehud Olmert rappelé à l'ordre après avoir traité l'Etat hébreu de puissance nucléaire.
Le secret de polichinelle de la bombe atomique en Israël

Lapsus ou pas lapsus ? Pour la première fois, un Premier ministre israélien a laissé entendre que son pays possédait l'arme nucléaire. C'est un secret de polichinelle, mais la petite phrase d'Ehud Olmert a suscité une certaine émotion dans son pays. A la demande des Etats-Unis, la position officielle de l'Etat hébreu a en effet toujours été de ne pas reconnaître qu'Israël était une puissance nucléaire. Ce qu'elle est pourtant depuis 1967.

Interrogé lundi soir par la chaîne allemande N24 à l'occasion de sa visite à Berlin, Ehud Olmert a expliqué qu'il y avait une «grande différence» entre la volonté de l'Iran d'accéder à la bombe et la situation d'autres puissances : «Pourriez-vous dire que c'est la même chose que pour l'Amérique, la France, Israël et la Russie ?» Le mot «Israël» était lâché... Il l'avait déjà été, le 6 décembre, par le nouveau secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, lors de son audition au Sénat. Pour la première fois, un haut responsable de Washington déclarait publiquement que «l'Iran est entouré de pays dotés de l'arme nucléaire : le Pakistan à l'est, Israël à l'ouest...» 

«Lapsus irresponsable». Hier, Olmert a dû corriger le tir en rappelant la position traditionnelle de l'Etat hébreu : «Israël ne sera pas le premier pays à introduire l'arme nucléaire au Proche-Orient. C'était notre position, c'est notre position, cela restera notre position.» En Israël, l'opposition s'en est prise au Premier ministre. A droite, un député du Likoud a dénoncé un «lapsus irresponsable», alors que l'opposant de gauche Yossi Beilin mettait en doute «ses capacités à rester Premier ministre». 

Le programme nucléaire israélien, qui date de 1954, a débuté en étroite coopération avec la France, qui elle aussi cherchait à se doter de la bombe atomique. Une centrale nucléaire a été construite à Dimona, dans le sud du pays. Au sein du pouvoir israélien, Shimon Pérès se voit confier la conduite de ce programme très secret. «La coopération avec la France a cessé entre 1961 et 1963, avec le retour du général de Gaulle au pouvoir, raconte Pierre Razoux, auteur de Tsahal, Nouvelle histoire de l'armée israélienne (Perrin). Les Américains ont alors pris le relais, en demandant à Israël de maintenir l'ambiguïté sur cette question.» A la veille de la guerre des Six Jours, en juin 1967, les premières armes nucléaires deviennent opérationnelles au sein de Tsahal. L'Etat hébreu va ensuite coopérer avec l'Afrique du Sud, en réalisant vraisemblablement un essai commun dans l'océan Indien en 1979. Puis, «après le traité de paix avec l'Egypte, en 1977, les Etats-Unis ont aidé Israël à se doter de la bombe H», affirme Pierre Razoux.

En 1986, un technicien de la centrale de Dimona, Mordechai Vanunu, avait fait des révélations sur le programme de son pays. [Voir la vidéo (en)]

Enlevé à Rome par les services secrets israéliens, il a été condamné à dix-huit ans de prison et libéré en 2004.

Vecteurs. A l'heure actuelle, Tsahal déploierait entre 100 et 200 têtes nucléaires, estiment la plupart des experts. Israël possède toute la gamme des vecteurs pouvant délivrer une arme nucléaire : des bombardiers F15 et F16, des missiles sol-sol Jericho, développés à partir d'un engin fourni par Dassault, et sans doute des sous-marins capables de tirer des missiles de croisière.

De même que l'Inde et le Pakistan, Israël n'est pas signataire du traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Le pays n'est donc, légalement, pas soumis aux contrôles de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Contrairement, par exemple, à l'Iran.

Jean-Dominique MERCHET

 

 

24 Heures (Suisse), 13 décembre 2006:
Israël fait son «coming out» atomique contre l'Iran



Le Monde, 13/12/06:

Israël et la bombe

Depuis des décennies, c'est un secret de Polichinelle : Israël est une puissance nucléaire militaire. Mais il était de bon ton de ne pas en parler. Les Israéliens maintenaient ce que Shimon Pérès, considéré comme le "père" de la bombe israélienne, appelle une "politique d'ambiguïté". Pourquoi le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, s'adressant, lundi 11 décembre, à des journalistes allemands, a-t-il rompu cette consigne du silence ? Peut-être l'a-t-il fait simplement par inadvertance. Alors qu'il énumérait les Etats dotés de l'arme nucléaire - Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine -, il a ajouté benoîtement Israël à la liste sans que personne ne lui demande rien.
Cet aveu en forme de lapsus ne pouvait pas tomber à un plus mauvais moment. La communauté internationale essaie depuis plus de trois ans de décourager l'Iran d'utiliser son programme nucléaire civil pour se doter de l'arme atomique. Un de ses principaux arguments est le risque de prolifération dans une région méfiante à l'égard des velléités hégémoniques iraniennes. De son côté, Israël s'alarme évidemment des discours antisémites du président Ahmadinejad. Quant aux dirigeants - sunnites - des Etats arabes, ils se méfient de l'expansionnisme chiite et perse :
les six monarchies du Golfe viennent d'ailleursde décider d'un programme de recherche nucléaire civile.
Cette réponse s'adresse autant à Téhéran qu'à Jérusalem. Si les Arabes avaient voulu se lancer dans le nucléaire pour contrer l'arsenal israélien, ils en avaient depuis longtemps l'occasion. La bombe israélienne est un fait depuis la fin des années 1960. Israël a développé son programme de recherche civilo-militaire à partir de 1956 avec l'aide du gouvernement français de l'époque, dirigé par le socialiste Guy Mollet, en partie à l'insu des Américains. L'Etat hébreu s'est toujours refusé à signer le traité de non-prolifération nucléaire, conclu en 1968, que la communauté internationale oppose aujourd'hui à l'Iran.
Si les déclarations de M. Olmert ne changent rien à la réalité, elles apportent de nouveaux arguments aux Etats qui veulent garantir leur sécurité en possédant l'arme nucléaire et qui considèrent, au moins implicitement, que le régime de non-prolifération a vécu.
Il reste un argument qu'au début de la guerre froide on entendait aux Etats-Unis à l'adresse de l'URSS et qui pourrait refaire surface : la dangerosité de la bombe atomique ne dépend pas de l'arme en soi, mais de la nature du régime qui la possède. Bien qu'il ne soit pas dépourvu de tout fondement, l'argument est spécieux. Il renforce la pratique deux poids deux mesures que ne supportent plus les pays émergents. Et il occulte le fait que, dans l'histoire, les seuls à avoir utilisé l'arme atomique sont les Américains.

Lire: Deux mystérieux éclairs sur l'océan indien (1980)



Jerusalem Post, 13 décembre, 2006:
La ligue arabe veut que le nucléaire israélien soit contrôlé




La "gaffe" nucléaire d'Olmert déclenche un tollé en Israël

JERUSALEM (12 décembre 2006) - La "gaffe" d'Ehoud Olmert, qui a semblé citer lundi Israël parmi les puissances nucléaires de la planète au cours d'une interview à une télévision allemande, déclenche un tollé dans l'Etat hébreu, où le Premier ministre était déjà sur la sellette.
Interrogé sur les appels de l'Iran à rayer Israël de la carte, Olmert avait répondu que l'Etat hébreu n'a jamais menacé d'annihiler qui que ce soit, mais que "l'Iran menace ouvertement, explicitement et publiquement de rayer Israël de la carte. Pouvez-vous dire qu'il s'agit du même niveau, lorsque vous aspirez à posséder des armes nucléaires, comme l'Amérique, la France, Israël, la Russie?".
Même si son entourage a estimé que ses propos avaient été mal interprétés, Olmert a ainsi semblé violer la politique de l'ambiguïté pratiquée depuis de longues années par l'Etat hébreu, qui est de ne jamais confirmer ni démentir qu'il possède des armes nucléaires. Selon les experts, Israël disposerait du sixième arsenal atomique de la planète.
La citation d'Olmert faisait la Une de toute la presse israélienne mardi, déjà critiqué pour sa gestion catastrophique de la guerre au Liban de l'été et dont la popularité a chuté, ses rivaux appelant à sa démission.
Montant au créneau, sa porte-parole Miri Eisin expliquait que le Premier ministre n'avait pas énuméré des pays nucléaires mais des "nations responsables" et que cette citation avait été "sortie de son contexte".
Le quotidien "Haaretz" a dénoncé Olmert, jugeant qu'il "préférait oublier qu'il était Premier ministre et pas juste un commentateur".
Le député d'opposition Yossi Beilin, chef du parti 'colombe' Meretz a critiqué sa "légèreté", jugeant que c'était là un signe de plus qu"'il n'est pas fait pour être Premier ministre".
Pour Silvan Shalom, ex-ministre des Affaires étrangères et membre du Likoud, Olmert "donne des armes" aux ennemis d'Israël, qui peuvent ainsi se demander pourquoi seul l'Iran est dans le collimateur de la communauté internationale "alors qu'Israël confirme qu'il a le même type d'armes?".
Mordechai Vanunu, l'ancien technicien de la centrale de Dimona qui révéla des secrets nucléaires israéliens à un journal britannique et passa 18 ans en prison pour l'avoir fait, a lui dit espérer que cette "gaffe" n'en était pas une, mais plutôt "le début d'un changement de politique", qui verrait Israël reconnaître ouvertement son statut nucléaire.
Mais selon Shlomo Brom, expert en affaires stratégiques à l'Institut d'études stratégiques de l'Université de Tel Aviv, Olmert a juste été mal compris. "C'est beaucoup de bruit pour rien", a-t-il jugé.

["certains analystes pensent qu'Israël a essayé de rappeler publiquement l'étendue des moyens dont il dispose pour garder l'avantage de la dissuasion face à l'Iran". La gaffe d'Olmert aurait donc été préméditée. Pour le quotidien panarabe Al-Quds Al-Arabi, en tout cas, "il est difficile de croire que l'aveu nucléaire d'Olmert n'est qu'un lapsus. C'est plutôt une confirmation d'un secret connu de tout le monde." La question n'est plus de savoir si Israël possède ou non l'arme nucléaire mais de comprendre pourquoi Olmert se livre à de tels propos juste à ce moment, poursuit le journal. - Courrier International - ]

 

 

Jerusalem Post, 12 décembre 2005:

Des députés britanniques accusent Londres de dissimuler des ventes de composants nucléaires à Israël

Deux députés britanniques accusent leur gouvernement d'essayer de nier que la Grande-Bretagne a aidé Israël à lancer son programme nucléaire en 1959 en lui vendant une cargaison d'eau lourde - ingrédient utilisé dans le processus de transformation de l'uranium en plutonium.
La BBC avait rapporté en août ces allégations, basées sur des documents jusqu'alors classés secrets. Mais le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Kim Howells avait démenti auprès de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA).
Sur les ondes de la BBC vendredi soir, le député travailliste Jeremy Corbyn, qui réclame l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire, a qualifié la version de Howells de "simplement fausse". Selon le député Menzies Campbell, porte-parole du Parti libéral démocratique pour les affaires étrangères, les propos de Howells "vont tout simplement à l'encontre de faits connus, maintenant que nous avons accès à des documents auparavant classifiés".
Ces documents montrent que les 20 tonnes d'eau lourdes en question avaient été achetées à la Norvège puis transportées en Israël dans des navires israéliens en provenance d'un port britannique, alors que les autorités ont présenté la transaction comme une vente directe de la Norvège.


Londres admet avoir vendu de l'eau lourde destinée à Israël

10/12/2005  - La Grande-Bretagne a admis vendredi que 25 tonnes d'eau lourde, un élément employé dans la fabrication d'armes nucléaires, vendues dans les années 50 à la Norvège, étaient en fait destinées à Israël.
Selon une enquête diffusée par le programme "Newsnight" de la BBC, un accord avait été négocié par Londres pour l'exportation vers la Norvège d'eau lourde, constituée d'oxyde de deutérium, un isotope de l'hydrogène (D2O) et employée comme ralentisseur de neutrons dans les réacteurs nucléaires. Le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires étrangères Kim Howells a expliqué qu'il ne s'agissait que de revendre à la Norvège un surplus d'eau lourde, selon la BBC.
Un porte-parole du ministère a ensuite concédé à la BBC que bien qu'il s'agissait d'un accord n'impliquant que la Grande-Bretagne et la Norvège, Londres savait que la destination finale devait être Israël.
"Les documents montrent que nous avions donné notre accord au transfert de 25 tonnes d'eau lourde. Nous savions à ce moment-là que la Norvège avait pour projet de la vendre à l'Organisation de l'énergie atomique israélienne", a déclaré le porte-parole.
L'Etat hébreu n'a jamais reconnu disposer d'un arsenal nucléaire, mais des experts étrangers affirment qu'Israël s'est doté de 200 ogives nucléaires ainsi que de missiles à longue portée.



La Grande-Bretagne a vendu à Israël un composant clé pour produire du plutonium

4/08/2005 - La Grande-Bretagne a vendu secrètement à Israël à la fin des années 50 un composant clé pour son programme nucléaire, selon un reportage diffusé mercredi soir par la BBC et reposant sur des archives britanniques. La vente de vingt tonnes d'eau lourde, un ingrédient capital pour la production de plutonium, a été réalisée en 1958, à l'insu des Etats-Unis. A cette époque, des responsables britanniques ont conclu qu'il relevait d'un zèle extrême d'insister auprès d'Israël pour que cette eau lourde ne serve qu'à des fins pacifiques. En l'absence de telles garanties, les Etats-Unis avaient refusé de fournir de l'eau lourde à Israël. L'eau lourde est utilisée pour transformer l'uranium en plutonium, nécessaire pour la fabrication d'armes nucléaires. Selon la télévision britannique, les 20 tonnes faisaient partie d'une commande passée en 1956 par Londres à la Norvège, pionnière dans la production d'eau lourde. Alors que les documents officiels présentent cette vente comme directe entre la Norvège et Israël, des notes conservées aux Archives nationales à Londres révèlent que l'eau lourde a été acheminée en bateau depuis l'Angleterre jusqu'en Israël en 1959 et 1960. Elle a servi à produire du plutonium pour le réacteur nucléaire Dimona dans le désert du Néguev, révèlent les auteurs du reportage. Après la publication dans un quotidien britannique d'un article sur la centrale de Dimona en 1960, la Grande-Bretagne a refusé une seconde commande israélienne.



Netanyahu pour lever le voile sur l'armement nucléaire israélien

JERUSALEM, 7 sept - L'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu préconise la levée du secret qui entoure l'armement nucléaire israélien s'il s'avère que l'Iran est parvenu à développer un armement nucléaire, a indiqué vendredi le quotidien Yédiot Aharanot.
Selon le quotidien, le chef du gouvernement actuel Ariel Sharon est totalement opposé à cette proposition qu'il a qualifiée "d'irresponsable".
M. Netanyahu estime que l'Iran est proche de la capacité nucléaire ce qui nécessite un changement de la politique d'Israël, qui se retranche depuis des années derrière la formule selon laquelle l'Etat hébreu "ne sera pas le premier pays a introduire l'arme nucléaire dans la région".
L'ancien Premier ministre, qui est cité par le journal, a par ailleurs estimé qu'Israël n'a aucune chance de convaincre la Russie de mettre fin aux transferts de technologies nucléaires vers l'Iran.
M. Sharon a rencontré mardi à Moscou le président russe Vladimir Poutine qui l'a assuré que Moscou respectait ses engagements de non-prolifération des armes de destruction massive à propos des transferts de technologies sensibles à l'Iran et l'Irak, a indiqué l'agence Interfax.
Israël accuse l'Iran, considéré comme son ennemi le plus dangereux, de vouloir développer un programme nucléaire militaire ainsi que des missiles balistiques capables d'atteindre le territoire israélien.
Aux termes d'une entente avec les Etats-Unis datant de 1969 Israël s'est engagé à s'abstenir de toute déclaration sur son potentiel nucléaire et à ne pas procéder à des essais nucléaires.
En vertu de cette entente, Washington s'abstient en échange d'exercer des pressions pour que l'Etat hébreu adhère au Traité de non prolifération des armes nucléaires (TNP) ce qui contraindrait l'Etat hébreu à soumettre ses installations nucléaires à des contrôles internationaux.
Selon des experts étrangers, Israël dispose d'au moins 200 ogives nucléaires et des vecteurs adéquats pour les transporter.

 

 

Une télévisions israélienne diffuse des images d'une installation nucléaire secrète en Israël

JERUSALEM (8 janvier 2004 ) - Une chaîne de télévision israélienne a diffusé vendredi des images vidéo de la plus importante installation nucléaire secrète israélienne située dans la ville de Dimona dans le sud du pays. C'est la première fois que des images détaillées de ce site sont montrées au public.
Sur la vidéo d'une durée de 14 minutes diffusé par la chaîne 10, l'on voit un réacteur nucléaire et un bâtiment de trois étages dans un paysage pastoral avec des palmiers.
Le reportage n'inclut pas de gros plans du réacteur ni d'entretiens avec les responsables de l'installation nucléaire, mais il montre des plans larges du site notamment des bus transportant les employés d'installation sur le site.
Un porte-parole de la chaîne a refusé de déclarer comment ces images avaient été obtenues, mais l'armée israélienne a approuvé la diffusion du reportage, ce qui laisse penser qu'il a été réalisé avec la coopération de l'agence nucléaire secrète israélienne.
Israël est le seul pays de la région dont on suppose qu'il possède l'arme nucléaire, et maintient une politique d'une ambiguïté délibérée sur son programme nucléaire. Le gouvernement israélien a déclaré par le passé que le réacteur de Dimona ne sert que des fins pacifiques.
Les Israéliens n'ont jamais ni confirmé, ni infirmé le fait de posséder l'arme atomique.
Toutefois, les révélations de «l'espion nucléaire» Mordechai Vanunu ont laissé penser aux experts qu'Israël possède des dizaines, peut-être des centaines, de bombes nucléaires.
L'ancien technicien de la centrale atomique de Dimona, aux confins du désert du Neguev dans le sud d'Israël, avait fourni en 1986 à l'hebdomadaire londonien «The Sunday Times» des informations et photographies sur le programme nucléaire israélien. Sur la base de ces renseignements, les experts avaient alors classé l'arsenal nucléaire de l'Etat hébreu au sixième rang mondial.

 

 

Israël: Mordechaï Vanunu, "l'espion nucléaire" assigné à résidence

12/11/04 - Mordechaï Vanunu, "l'espion nucléaire" israélien arrêté jeudi par la police, a été libéré dans la soirée et assigné à résidence dans l'auberge de Jérusalem-est de l'église anglicane où il habite, pour sept jours, a-t-on appris de source judiciaire. Il lui a été interdit de parler aux medias et de révéler la teneur exacte des soupçons qui pèsent sur lui. La police a confisqué à fin d'enquête des documents dans sa chambre et ses ordinateurs. Il est passible de poursuites judiciaires et risque d'être interné. Cet ex-technicien de la centrale de Dimona (sud d'Israël) avait été libéré en avril dernier après avoir purgé 18 ans de prison ferme pour avoir révélé au monde les secrets nucléaires de l'Etat hébreu. M. Vanunu, 50 ans, avait été condamné en 1986 à 18 ans de prison pour "trahison" et "espionnage" après avoir transmis au journal londonien Sunday Times des informations sur la centrale où il avait été employé. Morechaï Vanunu, est soupçonné à présent d'avoir transmis des "informations secrètes à des étrangers" et d'avoir violé les restrictions qui lui étaient imposées par les services de sécurité israéliens depuis sa libération, a-t-on indiqué. Après sa libération en avril, il lui a été interdit de parler à des médias étrangers, ainsi que de sortir du pays pour au moins un an. Il doit également avertir à l'avance la police de ses déplacements. "C'est une honte pour la démocratie israélienne" a lancé M. Vanunu aux journalistes en faisant le signe de la victoire. La Cour suprême d'Israël a rejeté le 26 juillet 2004 un recours qu'il avait présenté contre ces restrictions. Depuis sa libération, M. Vanunu a fait savoir qu'il voulait quitter Israël. "Je veux me sentir libre, je ne suis pas libre ici", a-t-il déclaré récemment à la BBC. "La seule façon de ressentir, de profiter de la liberté, et de démarrer une nouvelle vie (...) sera lorsque je pourrai quitter Israël et vivre aux Etats-Unis, en Europe ou à Londres", avait-il alors ajouté. M. Vanunu a effectivement multiplié les interviews depuis sa libération, mais selon son avocat, il n'a communiqué aucune information secrète, dont d'ailleurs il ne dispose plus. L'Eglise anglicane a protesté contre la perquisition dans la chambre de M. Vanu qui se trouve dans l'enceinte de la cathédrale St Georges.

 

 

Israël maintient depuis 40 ans l'ambiguïté sur son armement nucléaire

06/07/2004 - Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a maintenu mardi l'ambiguïté sur l'armement nucléaire de son pays, tout en laissant entendre qu'il pouvait en disposer. Ces déclarations, faites avant l'arrivée en soirée en Israël du directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Mohamed ElBaradei, sont conformes à celles de ses prédécesseurs qui n'ont jamais admis que leur pays dispose de l'arme nucléaire. Pourtant les capacités nucléaires de l'Etat juif ne font aucun doute pour les experts du monde entier, depuis la mise en oeuvre de la centrale nucléaire de Dimona (sud) il y a quarante ans. Ils s'appuient entre autres sur les révélations d'un ex-technicien de la centrale de Dimona, Mordechaï Vanunu, qui lui avaient valu 18 années de prison pour "espionnage". Israël laisse lui même entendre qu'il a à cacher puis qu'il est avec le Pakistan et l'Inde, l'un des trois pays à ne pas avoir signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), ce qui lui évite d'avoir à se soumettre aux inspections de l'AIEA. "La politique d'ambiguïté sur le nucléaire qui est la notre a fait ses preuves et elle se poursuivra", a déclaré M. Sharon ajoutant qu'"Israël est obligé de détenir entre ses propres mains toutes les composantes de la force nécessaires à sa défense". Il n'a pas donné de précisions. "Cette politique d'ambiguïté a effectivement permis à Israël d'acquérir une force de dissuasion sans encourir des sanctions internationales pour s'être doté de l'arme nucléaire", relève le chercheur Reuven Pedatzur. Cependant il estime qu'elle a fait son temps et qu'il serait préférable qu'Israël "dévoile à présent ses capacité nucléaires" face au risque d'un armement nucléaire iranien. "Face à un pays comme l'Iran qui disposera bientôt de l'arme nucléaire et qui affiche sa volonté de détruire Israël, il ne suffit plus de laisser planer de vagues menaces pour dissuader", ajoute ce spécialiste. "Israël ne sera pas le premier pays à introduire l'armement nucléaire au Moyen-Orient": cette formule-leitmotiv constitue la position officielle israélienne depuis 40 ans. En 1969, Israël a conclu une "entente" avec les Etats-Unis aux termes de laquelle les dirigeants israéliens s'abstiennent de toute déclaration publique sur le potentiel nucléaire de leur pays et ne procèdent à aucun test nucléaire. En échange, Washington s'est engagé à s'abstenir d'exercer des pressions à ce sujet. Par précaution, tout le programme est en outre couvert par la censure militaire, que les médias israéliens contournent se se retranchant derrière l'avis des "experts étrangers". En novembre 2001, le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Shimon Peres, actuel chef de l'opposition travailliste Shimon Peres et "père" du programme nucléaire israélien, a reconnu que la France avait accepté en 1956 de doter Israël d'une "capacité nucléaire". Selon la presse, les dirigeants israéliens ne recourront à "l'option nucléaire" que dans quatre scénarios: si l'Etat hébreu était attaqué avec des armes chimiques ou bactériologiques, si son aviation était détruite, si des armées arabes envahissaient son territoire, ou en cas d'attaque nucléaire. Selon des historiens militaires, Israël a été tenté d'utiliser des armes nucléaires tactiques pour stopper la ruée des blindés syriens sur le Golan durant la guerre de Kippour d'octobre 1973, mais y a renoncé après le recul de ces forces. Israël disposerait de 100 à 200 bombes atomiques susceptibles d'être larguées par des avions ou adaptées sur des missiles balistiques de moyenne et longue portée de type "Jéricho". La semaine dernière à Moscou, M. ElBaradei a déclaré qu'Israël devrait faire la lumière sur ses activités nucléaires et commencer à oeuvrer pour un Proche-Orient dénucléarisé. Israël, de son côté, a toujours exigé au préalable des accords de paix régionaux.

 


L'espion nucléaire israélien Mordechaï Vanunu a été libéré de prison

PRISON DE SHIKMA (21 avril 2004) - L'espion nucléaire israélien Mordechaï Vanunu, qui avait révélé au monde les secrets nucléaires de l'Etat hébreu, est sorti mercredi matin de la prison de Shikma à Ashkelon, dans le sud d'Isaël, après 18 ans de réclusion.Dans une déclaration à la presse lue malgré les pressions d'agents du Shin Bet (service israélien de sécurité intérieure), M. Vanunu s'est dit "fier et heureux" d'avoir révélé les secrets nucléaires d'Israël et a assuré que l'Etat hébreu "n'a pas besoin de l'arme nucléaire".

Il s'agissait de sa première déclaration publique depuis son enlèvement par le Mossad (service israélien de renseignement) et son emprisonnement il y a 18 ans.

M. Vanunu a également appelé le gouvernement israélien a ouvrir le réacteur nucléaire de Dimona aux inspections internationales.

"Mon message au monde, c'est: ouvrez la centrale de Dimona aux inspections", a-t-il dit.

Il a aussi affirmé "ne plus avoir de de secret".

Chemise blanche à manches longues et cravate sombre, M. Vanunu, qui avait l'air en bonne forme sur le plan physique, est sorti de prison triomphalement, les deux bras levés et en faisant avec les deux mains le "V" de la victoire.



Liberation , lundi 19 avril 2004

Israël: l'«espion nucléaire» libre d'être épié

En 1986, Vanunu révélait les capacités atomiques de son pays. Il sort de prison mercredi.

Après 18 ans de prison, Mordechaï Vanunu, l'homme qui a révélé au monde les capacités nucléaires d'Israël, sera libéré mercredi. Mais ses moindres faits et gestes seront épiés par les services secrets israéliens. Pour éviter toute mauvaise surprise, Israël a décidé de lui interdire de s'approcher d'un aéroport, d'un port ou d'ambassades étrangères, de rencontrer des ressortissants étrangers, de posséder un téléphone cellulaire et de surfer sur Internet, a indiqué son frère Meir aux médias israéliens. Certains ministres avaient même préconisé son placement en résidence surveillée après sa sortie de la prison de haute sécurité de Shikmah dans le sud d'Israël.

Vanunu a été condamné pour «espionnage» en 1986, en raison de révélations qu'il avait faites au Sunday Times sur l'arsenal nucléaire israélien, notamment sur la centrale de Dimona, dans le sud du pays, où il était employé. Depuis quarante ans, Israël maintient le mystère sur ses capacités nucléaires, bien qu'aucun doute ne subsiste parmi les experts sur le fait que l'Etat hébreu dispose d'un arsenal atomique.

Après ses révélations, Vanunu avait été enlevé par le Mossad à Rome et conduit secrètement en Israël. Il a été maintenu au secret durant onze années. Il passe aux yeux des Israéliens pour un traître ou, au mieux, pour un dangereux illuminé. A l'étranger, il a de nombreux admirateurs chez les militants antinucléaires et s'est vu attribuer en 1987 le prix Right Livelihood, «prix Nobel alternatif».

Mordechaï Vanunu ne sait rien de plus que ce qu'il a révélé en 1986, affirme le journaliste Peter Hounam, du Sunday Times, qui avait alors publié son témoignage. «Ce qui dérange, estime-t-il, c'est le fait qu'il constitue un rappel vivant qu'Israël ne dit pas la vérité» sur son arsenal nucléaire.

 


Libération, 14 octobre 2003:

Sous-marins nucléaires israéliens contre les Iraniens

L'Etat hébreu se serait doté d'au moins trois appareils lance-missiles.

Israël disposerait désormais de sous-marins lance-missiles capables de procéder à une frappe nucléaire contre l'Iran. Publiée dimanche par le Los Angeles Times, l'information proviendrait d'" officiels " américains et israéliens. Largement commentée par la presse de l'Etat hébreu, elle n'est pas non plus passée inaperçue à Téhéran. " Nous n'hésiterons pas à déployer toute la puissance du pays contre une agression étrangère ", a réagi hier un porte-parole du gouvernement iranien. Une réaction vive, d'autant que le même jour l'hebdomadaire allemand Der Spiegel affirmait que le Mossad (service secret israélien) préparerait l'attaque d'" une demi-douzaine de cibles " nucléaires en Iran.

Soupçonné de vouloir se doter d'une arme nucléaire en violation du traité de non-prolifération, l'Iran est en butte à un ultimatum de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) lui donnant jusqu'au 31 octobre pour fournir des garanties. Faute de quoi la République islamique s'expose à une saisine du Conseil de sécurité de l'ONU, avec la menace de sanctions internationales. Un responsable iranien a annoncé hier que son pays allait engager " la semaine prochaine " des négociations avec l'AIEA.

Téhéran redoute sans doute plus une frappe préventive d'Israël que des sanctions internationales. L'Etat hébreu en est capable : le 7 juin 1981, son aviation avait détruit le site irakien Osirak qui aurait permis à Saddam Hussein de se doter d'une arme nucléaire. Quoique démentie par les autorités de Jérusalem, l'annonce de la possession de sous-marins lance-missiles par Israël est un message à destination de Téhéran. Sur le thème : " Même si vous avez une bombe atomique, nous gardons une nette longueur d'avance sur vous. "

Les stratèges appellent cela une capacité de seconde frappe. C'est la possibilité pour un Etat de tirer une salve d'armes nucléaires après avoir été lui-même frappé de la sorte. Seules les grandes puissances en sont capables. Pour cela, il faut en effet disposer de l'arme absolue : le sous-marin lance-missiles. Caché au fond des mers, il ne peut-être détruit, contrairement aux bases aériennes ou aux sites de missiles installés à terre. Israël aurait donc désormais cette capacité qui lui permettrait d'atomiser l'Iran après avoir été l'objet d'une frappe.

Dans les années 90, Israël a acquis trois sous-marins en Allemagne. Il s'agit de bâtiments très sophistiqués à propulsion classique. Construits à Kiel, largement financés par l'Allemagne et les Etats-Unis, les sous-marins Dolphin, Leviathan et Tekuma sont entrés en service entre mars 1999 et août 2000. Ils seraient capables de tirer des missiles de croisière transportant une charge nucléaire. Selon le Los Angeles Times, il s'agirait d'une version du missile américain Harpoon. Il semble plus probable que la société israélienne Raphaël ait développé un missile plus puissant connu sous le nom de Popeye Turbo. D'une portée de plusieurs centaines de kilomètres, il aurait été testé en 2000 au large du Sri Lanka, un pays militairement très proche d'Israël.

L'Etat hébreu dispose également de missiles sol-sol Jericho 2 et de chasseurs bombardiers F15 et F16 capables de délivrer des armes atomiques. Tsahal en détiendrait près de deux cents.

Jean-Dominique MERCHET


WISE-Paris, le 18 octobre 2002
Le « whistleblower » nucléaire Mordechai Vanunu doit être entendu pour une libération conditionnelle après 16 ans d'emprisonnement



L'Humanité, 21 Novembre 2001

Nucléaire militaire: le cas Mordechaï Vanunu

De notre envoyé spécial à Dimona.

Très peu de personnes connaissent Mordechaï Vanunu, emprisonné depuis près de 14 ans à la prison d'Ashkelon où il purge une peine de 18 ans pour avoir informé le journal britannique Sunday Times de l'existence d'un arsenal de plus ou moins 200 bombes détenu par Israël. Vanunu a été mis au secret de 1986 à 1998 et, depuis, soumis à un régime des plus strict.

Né le 13 octobre 1954, dans une famille juive résidant au Maroc et qui émigra en Israël en 1963, Vanunu fut engagé comme technicien à la centrale nucléaire de Dimona, construite au début des années soixante dans le désert du Neguev sous l'impulsion de Ben Gourion. Il y travaillera de I976 à 1985, dans l'unité Machon 2 chargée du retraitement du combustible nucléaire usagé. Il se rend rapidement compte que le programme nucléaire d'Israël, officiellement consacré au civil, prévoit aussi la production
d'un nombre considérable d'armes nucléaires très sophistiquées. Le 27 octobre 1985, il quitte Dimona
après avoir été licencié pour cause de restructuration, non sans avoir pris un certain nombre de clichés des laboratoires et des services. Vanunu va être piégé par les services secrets israéliens qui le suivent à la trace.

De Londres, où il rencontre des journalistes du Sunday Times, il se rend à Rome à l'invitation d'une jeune femme qui se trouve être un agent du Mossad. En septembre 1986 il est kidnappé dans la capitale italienne et transféré clandestinement par bateau en Israël où il est emprisonné, d'abord dans la prison de Gardera puis à la prison d'Ashkelon. Il y est détenu dans une cellule minuscule sans fenêtre, avec éclairage continu et caméra de surveillance. Il n'est autorisé à sortir de sa cellule que deux heures par jour. En décembre de la même année, le Sunday Times révèle l'existence de l'arsenal nucléaire israélien. Le centre de Dimona pourrait avoir fabriqué 200 bombes. Vanunu sera jugé en 1987 et condamné à 18 ans de prison sans que la presse, les observateurs ni le représentant d'Amnesty International soient admis au procès. Le 15 mai 2001, Vanunu a obtenu le titre de docteur honoris causa de l'université
de Tromsð.

Selon le droit israélien, Mordechaï Vanunu aurait pu être libéré en 1998 après avoir purgé les deux tiers de sa peine. Il a été placé en isolement pendant douze ans, malgré de nombreux appels internationaux. Pour mémoire, l'officier israélien qui fit exécuter 48 villageois du village arabe de Kafr Kassem, en octobre 1956, fut condamné à quinze ans d'emprisonnement, peine finalement réduite à moins de quatre ans et, en fin de compte, affecté au service de sécurité de la centrale de Dimona ! Mordechaï Vanunu, lui, est toujours en prison.

P. B


Le Monde, 28/10/89:

Controverse sur la coopération nucléaire entre Israël et l'Afrique du Sud

La télévision américaine NBC a affirmé que ces deux pays s'étaient engagés dans un programme de coopération pour la construction d'un missile balistique en échange d'uranium. Les autorités israéliennes ont démenti, mais cette coopération n'était même plus un secret (la source de ces informations semble être la CIA et le Pentagone, qui auraient organisé ces "fuites" pour saboter cette coopération).

 

 

Extrait de : « The Islamic Bomb » un résumé de synthèse

...ISRAËL

Les auteurs discutent longuement où en est le programme israélien, selon divers rapports (pp. 105 110). Tout le monde croit qu'Israël a de quoi faire environ une bombe par an, et qu'il a la bombe. Ils évoquent la politique « d'ambiguïté délibérée » d'Israël à ce sujet (p. 106). Ils évoquent aussi la distinction entre « option nucléaire » (ou « capacité nucléaire ») et « arme nucléaire » (disponible) (p. 325). Ils concluent que cette distinction devrait être rejetée par les exportateurs (p. 326) car elle ne peut conduire qu'à la prolifération rampante. En revanche ils pensent qu'il vaut mieux qu'Israël comme l'Inde maintiennent leur « ambiguïté délibérée », car l'étalage d'un arsenal conduirait à une course aux armements nucléaires encore plus débridée (p. 301).
Ils évoquent le rôle de la France dans le programme nucléaire israélien (pp. 110 119). Décision prise en 1956 par Guy Mollet de fournir un réacteur de recherche à uranium naturel et eau lourde de 24 mégawatts (Dimonah), sans contrôle international [c'était bien avant le TNP] et d'engager une vaste coopération nucléaire : mise à la disposition de la France d'un procédé de production d'eau lourde développée par le Pr Israel Dostrowsky (p. 112) ; participation de scientifiques israéliens à l'élaboration de la force de frappe française (p. 113) [!] [seules des sources anonymes, américaines et françaises sont invoquées ici] ; fourniture à Israel d'une petite unité de séparation de plutonium. M. Francis Perrin « La France a beaucoup aidé Israel » ... « Nous avons également participé à la construction d'une usine d'extraction de plutonium », ceci via la SGN, selon une source de l'AIEA. Les Israéliens auraient aussi eu accès aux données techniques relative aux mesures faites lors de l'explosion d'essai de la bombe française (p. 114). Plus tard de Gaulle met fin à cette coopération (p. 113), mais auparavant (p. 118), selon des sources françaises anonymes, du combustible irradié aurait été renvoyé en France et du plutonium séparé retourné en Israel. Ceci est nié par les sources israéliennes, et il n'y a pas de conclusion définitive dans le livre.
Les auteurs évoquent la disparition de 100 kg d'uranium fortement enrichi en U235 en Amérique (pp. 119-124) dont auraient bénéficié les Israéliens, sans conclure sur la véracité de cette thèse, ainsi qu'une opération qui aurait permis à Israel de se procurer en secret 200 tonnes d'oxyde d'uranium naturel en Allemagne (pp. 124-128).

 


A propos du nucléaire israélien

Dès l'instauration de l'Etat d'Israël, en 1948, l'option nucléaire fut examinée, et, en 1949, le Hemed Gimmel, unité spéciale de l'armée entreprit une recherche géologique du désert du Neguev aux fins d'y trouver des réserves d'uranium. Des quantités exploitables furent trouvées dans des gisements de phosphates. Une coopération serrée entre les instituts de recherche français et israéliens s'installa dès les années 50. De 1950 à 1960, la France fut principal fournisseur d'armes d'Israël. Une Commision "Israel Atomic Energy" fut créée en 1953 tandis que le 3 octobre 1957 la France et Israël signèrent l'accord de construction d'un réacteur de recherche de 24 MWth, à Dimona (= imagination!). Construction conjointe par les experts des deux pays.
Pour les douanes françaises c'étaient des pièces d'équipement destinées à une installation de dessalement de l'eau de mer. L'eau lourde fut achetée en Norvège et l'armée de l'air française transporta secrètement quatre tonnes de matières fissiles vers Israël. Impossible de garder Dimona secrète au yeux du monde car, en 1958, un avion espion U-2 américain photographia la centrale. L'on expliqua qu'il s'agissait d'une usine textile, ou d'une station d'agriculture, ou d'un centre de recherche pour la métallurgie... 

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