Libération, 9/2/2006: 

Davantage de souplesse dans la dissuasion nucléaire

Analyse par Jean-Dominique Merchet

L'armée a explicité la doctrine française, désormais fondée sur l'«ultime avertissement».

Dans le plus grand secret, la France a modifié ses armes nucléaires pour rendre la dissuasion plus crédible. Et s'autoriser à infliger... un «ultime avertissement». Il s'agit de rechercher une «amélioration dans le domaine des frappes», indique-t-on de source militaire. De deux façons : des bombes pourraient être tirées à haute altitude pour créer une «impulsion électromagnétique» et détruire les systèmes de communication et les ordinateurs de l'adversaire ; et le nombre des têtes nucléaires à bord des missiles a été réduit pour augmenter leur portée et leur précision. Au total, ces «évolutions» visent à «mieux prendre en compte la psychologie de l'adversaire», vient de préciser la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, à la suite du discours du président de la République, le 19 janvier, à l'Ile-Longue.

Détermination. Jacques Chirac avait alors brièvement évoqué la notion d'«ultime avertissement», quelque peu tombée en désuétude depuis la fin de la guerre froide. Selon la doctrine française, il s'agit de marquer la détermination des autorités, en tirant une «petite» arme nucléaire avant de recourir à une frappe massive. «L'ultime avertissement restaure le principe de la dissuasion, indique-t-on de source militaire. On ne peut pas offrir le choix au chef de l'Etat entre l'apocalypse et rien du tout.»

Selon nos informations, l'«ultime avertissement» pourrait prendre deux formes nouvelles. Le plus démonstratif serait le tir d'une bombe d'assez faible puissance dans une zone désertique, loin des centres de pouvoir et des zones habitées. Plus radical, le tir d'une bombe à très haute altitude visant à créer une «impulsion électromagnétique» (IEM). Il s'agit d'une émission brève et de très forte amplitude qui brouille ou détruit tous les systèmes électroniques non protégés. Sans éviter toutefois les effets de la radioactivité... A l'époque de la guerre froide, l'«ultime avertissement» aurait consisté à tirer des bombes nucléaires sur les divisions soviétiques, avant de s'en prendre aux grandes villes d'URSS.

A l'Ile-Longue, le président de la République avait précisé que «le nombre des têtes nucléaires a été réduit sur certains missiles de nos sous-marins». Cette évolution ne vise pas au désarmement, mais au contraire à rendre les armes plus performantes. Chaque sous-marin embarque seize missiles M45, avec, sous la coiffe de chacun d'eux, six bombes nucléaires. Lors de la rentrée dans l'atmosphère, chaque «tête» se sépare et va frapper sa cible. Au total, un sous-marin transportait ainsi 96 armes nucléaires. En réduisant le nombre de têtes, parfois jusqu'à une seule par missile, l'engin s'en trouve allégé et sa portée s'accroît. Celle-ci est secrète, mais il est clair que les cibles potentielles peuvent se trouver au Moyen-Orient ou en Asie.

Autre évolution notable, les cibles des missiles peuvent être modifiées plus facilement : les marins parlent d'une «capacité de reciblage à la mer».

Cibles. Ces «inflexions» visent toutes à permettre plus de «souplesse». Devant les députés de la Commission de la défense, Michèle Alliot-Marie expliquait, le 25 janvier, qu'«un adversaire potentiel pourrait penser que la France, compte tenu de ses principes, hésiterait à utiliser l'entière puissance de son arsenal nucléaire contre des populations civiles. Notre pays a assoupli ses capacités d'action et a désormais la possibilité de cibler les centres de décision d'un éventuel agresseur». C'est-à-dire de «décapiter» un régime et son armée, plutôt que de vitrifier des millions d'innocents. La France ne s'engage pourtant pas dans les armes miniaturisées (mininukes), utilisables par les militaires sur le champ de bataille. Le chef de l'Etat a ainsi fixé un seuil minimal en dessous duquel la production de telles armes par le CEA est interdite. Mais ce seuil reste strictement confidentiel.


Jeune Afrique, 5 février 2006:

Chirac, le nucléaire et l'Iran

PAR LE GÉNÉRAL ÉTIENNE COPEL*

Le général de Gaulle avait une sainte horreur des doctrines, qu'il savait fustiger avec des phrases assassines. Tant qu'il fut au pouvoir, il se contenta donc d'affirmer que la possession de l'arme atomique mettait la France à l'abri d'une attaque nucléaire : aucun agresseur potentiel ne douterait plus de la réalité d'une riposte de même niveau. Jamais de Gaulle n'a envisagé d'utiliser « la sombre et terrifiante capacité » de destruction de l'arsenal nucléaire français autrement que pour protéger la France contre une agression de cette nature.

Après le départ du Général, de nombreux « penseurs » militaires français ont précisé à leur tour les conditions d'emploi de l'armement atomique. Leur doctrine reposait sur l'idée que seule l'éventualité de représailles massives peut faire fléchir un adversaire plus puissant. Pour résumer : « Si vous menacez Strasbourg, je vitrifie Moscou. » Officiellement, ces principes n'ont pas varié après la fin du régime soviétique. La France a conservé sa panoplie nucléaire, sans trop s'interroger sur ses conditions d'emploi. Il n'est donc pas étonnant que le président de la République ait jugé bon de faire le point sur la question : « À quoi l'armement nucléaire français peut-il bien servir aujourd'hui ? »

En s'adressant, le 19 janvier, aux sous-mariniers de la force océanique stratégique de l'Île Longue, Jacques Chirac a voulu, semble-t-il, montrer à la fois la pérennité de la pensée stratégique française et son adaptation aux circonstances du moment.

En matière de pérennité, le chef de l'État a insisté sur l'aspect essentiellement dissuasif de l'arsenal nucléaire national : « Il ne saurait en aucun cas être question d'utiliser des moyens nucléaires à des fins militaires lors d'un conflit. » En résumé, le concept d'emploi reste bien le non-emploi. Étrange formulation ! Comment peut-on espérer faire peur avec des armes que l'on est décidé à ne pas employer ? Voire que l'on se vante même de ne pas vouloir employer !

Depuis des lustres, le concept de non-emploi donne bonne conscience aux politiques français. Surtout, d'ailleurs, aux hommes de gauche qui trouvent là un bon moyen de concilier leur soutien aux programmes nucléaires voulus par le président François Mitterrand et leur discours idéaliste, voire pacifiste. La prise de conscience de cette ambiguïté est la première nouveauté du dernier discours de Chirac. En effet, après avoir affirmé qu'il n'était pas question d'utiliser des armes nucléaires à des fins militaires, le président a ajouté : « Cette formule ne doit cependant pas laisser planer le doute sur notre volonté et notre capacité à mettre en oeuvre nos armes nucléaires. »

Si le sujet n'était aussi grave, une telle contradiction aurait de quoi faire rire... Afficher clairement l'ambiguïté n'en marque pas moins un progrès par rapport à la période où il était interdit de soulever le problème sans être immédiatement qualifié d'antinucléaire primaire Il est difficile de reprocher au président Chirac de rechercher, ensuite, à s'adapter aux circonstances, tenant compte à la fois de la disparition de la menace soviétique et de l'apparition du terrorisme de masse.

Sa première assertion est que « la dissuasion nucléaire n'est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques ». Rien à redire : c'est une évidence. « Pour autant, ajoute Chirac, les dirigeants d'États qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous () doivent comprendre qu'ils s'exposent à une réponse ferme et adaptée de notre part. Cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut aussi être d'une autre nature. »

La distinction est claire : le nucléaire est inutile face aux groupes terroristes, mais on peut envisager de l'utiliser pour dissuader un État qui serait prêt à utiliser des moyens terroristes. Est-ce crédible ? Cette menace peut-elle être dissuasive ?

Pour essayer de répondre à ces questions, prenons un exemple : l'Iran. Que l'on s'en réjouisse ou non, il est fort possible que, dans quelques années, Téhéran dispose de l'arme atomique. Que faire pour l'en empêcher ?

L'Iran est un immense pays, bien armé, habitué aux combats défensifs. Bien sûr, si les États-Unis n'étaient pas engagés sur d'autres champs de bataille, ils auraient les moyens de lancer une grande offensive terrestre pour détruire les sites nucléaires iraniens. Mais, aujourd'hui, il y a l'Irak et il y a l'Afghanistan. Et l'armée américaine est déjà presque à bout de souffle. Quant à Tsahal, l'armée d'Israël, elle n'a aucune capacité à se projeter aussi loin de ses bases.

Nombreux sont ceux qui songent à une attaque aérienne, un peu sur le modèle du raid israélien contre la centrale irakienne Osirak. Mais il ne faut pas prendre les Iraniens pour des sots ! Ils savent quels risques ils encourent et, s'ils décident d'enrichir secrètement de l'uranium, ils le feront sous terre, dans des galeries à flanc de montagne. Or, l'efficacité des bombes aériennes classiques, même lorsqu'elles sont dites « perforantes », ne dépasse guère une douzaine de mètres de profondeur. Il est donc facile de s'en protéger.

Reste l'attaque nucléaire ciblée. Contrairement à bien des idées reçues, même une charge nucléaire puissante ne suffit pas forcément à détruire une installation souterraine profonde. En outre, une attaque nucléaire avec impact au sol contre un objectif profond entraîne une pollution considérable par poussières radioactives. Une pollution qui ferait le tour de la planète avec de graves conséquences.

Peut-on compter davantage sur une dissuasion « antiforces » ou « anticités » pour empêcher les Iraniens de construire leur arme nucléaire ? Peut-on imaginer qu'un grand État fasse savoir à l'Iran : « Si vous n'arrêtez pas votre programme d'enrichissement, si vous n'ouvrez pas vos portes à nos inspecteurs, nous allons tirer sur vos installations militaires ou sur vos villes » ? Des armes classiques seraient sans doute sans effet. L'Iran poursuivrait son programme avec une volonté renforcée. Quant à utiliser l'arme nucléaire, est-il seulement concevable de faire croire que l'on est prêt à massacrer des civils, enfants, femmes, vieillards, uniquement pour empêcher un État de faire ce que tant d'autres ont fait avant lui ?

De tout ceci doit-on conclure que l'armement nucléaire de l'Iran est inéluctable ? Certes non. L'avenir politique de ce pays est bien incertain et ses responsables souvent divisés. Mais cette éventualité n'est pas à exclure, même à relativement court terme. Quelles conclusions faut-il en tirer ? Si l'Iran devenait une puissance nucléaire, une attaque signée, annoncée, contre l'Occident, voire contre Israël, ne serait sans doute pas à craindre : la riposte serait tellement massive, tellement évidente, que personne, aussi fanatique soit-il, ne prendrait une telle décision.

Plus plausible, en revanche, serait une action indirecte où l'Iran, en sous-main, procurerait à un groupe terroriste de sa mouvance les quelques kilos d'uranium enrichi nécessaires pour fabriquer une bombe simple, semblable à celle d'Hiroshima. Ce groupe pourrait alors installer cette bombe, par exemple, dans la cale d'un bateau de pêche ou de commerce. Et faire « chanter » un gouvernement avec la menace d'une catastrophe.

Si celle-ci s'exerçait contre la France, c'est alors que la nouvelle dissuasion de Chirac pourrait peut-être jouer. Imaginons :

Le groupe terroriste : « Libérez tous nos combattants, sinon nous allons faire sauter un de vos ports. »

Le gouvernement français : « C'est au gouvernement iranien que nous nous adressons : si vous laissez vos amis passer à l'acte, c'est vous qui en subirez les conséquences. Nous savons que vous êtes les instigateurs du chantage terroriste, que c'est vous qui avez fourni au groupe de quoi fabriquer sa bombe. »

Le résultat de ce « contre-chantage » serait incertain. Mais comme aurait dit le général de Gaulle, l'armement nucléaire français et la nouvelle formulation de la doctrine ne pourraient qu'influencer « au moins quelque peu » les positions iraniennes.

Si un tel scénario est heureusement peu vraisemblable, il existe aujourd'hui des menaces terroristes beaucoup plus plausibles, comme le risque dit de « bombe sale » - ou de pollution radioactive - contre lequel de nombreux États devraient se prémunir. Mais cet exemple montre que l'évolution de la doctrine militaire française n'est pas dépourvue de toute logique.

En justifiant ses dépenses militaires par la nécessité de faire face, avec des armes moins puissantes que les armes stratégiques de naguère, à d'éventuels États terroristes, Chirac reste dans son rôle habituel de défenseur inconditionnel de l'armement nucléaire français. L'ennui, le grave ennui, est que, ce faisant, il contribue à augmenter un risque de prolifération qu'il est pourtant le premier à dénoncer.

Il donne des arguments à des puissances émergentes qui cherchent à se doter de l'arme nucléaire sans se couper de la majorité des membres de l'ONU. L'Iran aura beau jeu de dire que « compte tenu des nouvelles orientations nucléaires des États-Unis et de la France, il est de plus en plus clair que ces pays sont prêts à utiliser leurs armes nucléaires pour assurer leur domination militaire et économique du monde. () À côté de nous, les Israéliens disposent d'une puissance nucléaire importante et notre devoir est de l'équilibrer ».

Est-ce bien le moment de donner de tels arguments aux Iraniens ? Ne serait-il pas plus sage de s'orienter plus fermement vers « le monde sans armes nucléaires » que prônait Mikhaïl Gorbatchev et, pour commencer, de réaffirmer clairement que nul n'a le droit d'ouvrir le feu nucléaire ?


* Ancien chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air française,
le général Copel est l'auteur de Prévenir le pire (Michalon, 2004),
un ouvrage consacré aux catastrophes d'origine terroriste, et de Vaincre la guerre.

 

 

Le Nouvel Observateur, 20/1/06:

CHIRAC ET LA DOCTRINE NUCLEAIRE
"Le nucléaire est devenu une arme de combat"

Le discours de Jacques Chirac, prononcé jeudi sur la base nucléaire de l'Ile Longue, marque-t-il une rupture dans la définition de la doctrine nucléaire française ?
- La doctrine nucléaire française a évolué après les essais nucléaires indiens et pakistanais de 1998. Les autorités françaises se sont alors rendues compte que la doctrine d'une dissuasion nucléaire tournée contre la Russie n'était plus satisfaisante. La doctrine s'est tournée vers l'Asie, la Chine étant, sans qu'on le dise, la première puissance visée. Pour cette raison, la portée des missiles a été étendue. Le second changement de la doctrine nucléaire française est survenu après les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Il fallait, pour faire face au terrorisme, que les frappes nucléaires puissent être plus précises. Car l'objectif est de pouvoir détruire un camp ou un bunker, et non plus une ville entière. L'armée française a donc travaillé, sous le gouvernement de Lionel Jospin, à la fois la portée et la précision des missiles.
Il s'agit d'un dossier qui tient particulièrement à coeur à Jacques Chirac. C'est l'aboutissement de huit ans de travail. Mais très peu de choses ont été expliquées.
Il n'y a eu qu'un seul discours du président sur le sujet, en 2001, devant l'IHEDN [Institut des hautes études de la Défense nationale, NDLR]. Ce discours prononcé devant des spécialistes n'a pas eu un grand retentissement. Il s'agissait pourtant déjà de l'officialisation d'un changement stratégique. On peut dire que le nucléaire est devenu une arme de combat, et non plus seulement une arme de dernier ressort.

Pourquoi Jacques Chirac a-t-il décidé de mettre sous les projecteurs cette mutation de la doctrine nucléaire ?

- D'abord à cause de l'Iran. On a pu entendre un discours de Jacques Chirac beaucoup plus ferme contre les tentatives iraniennes de développer la maîtrise du nucléaire que lors des dernières semaines. Ce qui indique que le dossier se dirige vers le Conseil de sécurité de l'ONU.
Une deuxième explication réside dans le fait que les armes n'étaient probablement pas finalisées en 2001. Ces armes sont aujourd'hui en place. Il s'agit de l'officialiser. Cette fois, Jacques Chirac a choisi de tenir un discours public sur la base militaire de l'Ile Longue. Il prend date, de manière à ce que le monde entier ait connaissance de la doctrine nucléaire française.
Les raisons de politique intérieure sont peut-être aussi présentes, mais secondaires.

La définition des intérêts vitaux de la France a-t-elle été modifiée ?

- Cette définition ne surprend personne. La France riposterait à une attaque contre un pays allié, cela a toujours été le cas. Mais le flou sur la définition des intérêts stratégiques est nécessaire à la dissuasion.
Depuis quelques mois sont apparues plusieurs tentatives claires de la part de certains pays de se doter de l'arme nucléaire. Après la Libye, qui a mis en place un programme nucléaire avec l'aide du Pakistan, avant d'y renoncer sous la pression des Etats-Unis, on soupçonne l'Egypte et l'Arabie Saoudite de chercher à se doter de l'arme nucléaire. Pour la France, il ne s'agit plus aujourd'hui de frapper la Russie, mais d'abord l'Asie.
Propos recueillis par Baptiste Legrand

Vincent Jauvert

 

 

RTBF, 20/1/06:

Chirac prône la dissuasion nucléaire

"... C'est un discours fort et en forme d'avertissement. Un discours qui arrive en pleine crise sur le nucléaire iranien. Une crise dans laquelle la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne jouent un rôle diplomatique essentiel.
Dans son discours, Jacques Chirac a notamment allongé la liste des intérêts vitaux qui pourraient justifier le recours de la France à l'arme nucléaire. Paris envisage ainsi de pouvoir riposter contre des Etats qui pratiqueraient le terrorisme , ceux qui auraient recours a des armes de destruction massive, ou encore les Etats qui menaceraient les pays alliés de la France ou même ses approvisionnements stratégiques.
Jusqu'ici, les intérêts vitaux français qui pouvaient justifier le recours au nucléaire comprenaient l'intégrité du territoire, la protection des populations ainsi que le libre exercice de la souveraineté. Pour Jacques Chirac, le nucléaire est avant tout un moyen de dissuasion incontournable, et notamment pour la sécurité du Continent européen..."

 

La presse allemande globalement très critique face aux propos de Chirac

19/1/2006 - La presse allemande à paraître vendredi est particulièrement critique à l'encontre du président français Jacques Chirac, qui a évoqué jeudi la possibilité de recourir à l'arme nucléaire contre des Etats ayant recours au terrorisme.
Evoquant l'actuelle crise avec Téhéran sur le dossier nucléaire, de nombreux éditorialistes craignent notamment que les propos de M. Chirac ne conduisent le président iranien Mahmoud Ahmadinejad à se radicaliser encore plus
(c'est une blague des éditorialistes ?).
Dans ce contexte, les déclarations du président français sont "clairement contreproductives", estime ainsi le quotidien économique Handelsblatt. "Le président ne peut pas sérieusement croire qu'en lorgnant sur le bâton nucléaire, il puisse cacher la défaite de la diplomatie", ajoute le journal.
"La menace de Chirac n'est pas seulement peu judicieuse, mais également contreproductive", renchérit la Westdeutsche Zeitung de Düsseldorf. "Parce qu'elle laisse supposer que les moyens diplomatiques sont très limités face aux ambitions nucléaires. Et parce qu'elle fait peu de cas des conséquences pour le Proche-Orient, pour l'Occident comme pour l'économie occidentale".
Pour la Frankfurter Rundschau, l'ensemble de la stratégie énoncée par le chef de l'Etat français manque de cohérence.
"Parce qu'il ne veut pas entrer dans l'Histoire comme le président (...) ayant aboli la -Force de frappe- (en français dans le texte, ndlr) dont l'absurdité est pourtant établie, Jacques Chirac annonce maintenant sa -flexibilisation-", écrit le grand quotidien de Francfort.
"Les missiles à moyenne portée auront désormais deux, voire une seule tête explosive, au lieu de six. C'est le désarmement façon salami. Tout cela n'est pas logique. Mais que peut-on attendre d'autre d'un président qui, au cours de son mandat finissant, a proclamé tout et son contraire comme une vérité immuable ?", ajoute le journal.
Parmi les grands quotidiens, seul Die Welt (conservateur) défend Jacques Chirac. "La doctrine Chirac abaisse le seuil nucléaire. Est-ce positif ? Non, mais inéluctable", écrit le journal, pour qui le président français "place ainsi la France à la pointe des nations européennes, assure une protection nucléaire à ses alliés, y compris l'Allemagne, et dit clairement que le monde a besoin de plus qu'un pouvoir mou".

 

 

Réponse nucléaire au terrorisme: fin du dogme de dissuasion (antinucléaires)

19/1/2006- Le droit de riposter par une arme "non conventionnelle", donc nucléaire, aux Etats ayant recours à "des moyens terroristes" contre la France, défendu jeudi par le président Jacques Chirac, "rompt (...) avec le dogme de la dissuasion", a dénoncé le réseau Sortir du Nucléaire.
Cette menace, "rompant de façon irresponsable avec le dogme de la dissuasion", représente "une subite remise en cause (qui) est une décision d'une extrême gravité: loin de mettre en oeuvre le désarmement nucléaire de la France, le président de la République envisage au contraire l'utilisation réelle de bombes atomiques", déplore le réseau, qui revendique l'adhésion de 722 associations.
"Les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous (...) doivent comprendre qu'ils s'exposeraient à une réponse" qui pourrait être "conventionnelle" ou "d'une autre nature", a déclaré jeudi M. Chirac, lors d'une visite à la base opérationnelle des sous-marins nucléaires de l'Ile Longue, près de Brest.
Sortir du Nucléaire "dénie toute légitimité à cette décision qui ne doit pas pouvoir être prise par un seul homme, fût-il président de la République", et estime par ailleurs que cette annonce "risque d'aboutir à l'exact contraire de l'objectif visé: elle désigne la France comme une cible prioritaire pour des groupes terroristes".

 

 

Les Verts "consternés" par les déclarations de Chirac

19/1/2006 - Les Verts se sont dits jeudi "consternés" par les déclarations de Jacques Chirac sur l'éventualité pour la France de faire usage de l'arme nucléaire contre un Etat terroriste de manière "flexible", les considérant comme "dangereuses" et "irresponsables".
"Elles sont aussi consternantes, car la menace terroriste est une menace diffuse, transnationale, et l'arme nucléaire ne saurait rentrer en ligne de compte dans les défis que ce mal représente pour les démocraties", soulignent les Verts dans un communiqué.
Les Verts se disent encore "scandalisés que le président de la République puisse envisager qu'il faille faire payer à tout un peuple la folie meurtrière de ses gouvernants".
- Sur France-Inter, le député (Verts) Noël Mamère considère que c'est une idée "totalement fausse" que de vouloir "marcher sur les traces des Américains en déclarant que l'on pourrait utiliser une arme nucléaire pour lutter contre le terrorisme". "La meilleure manière de se battre contre le terrorisme est de renforcer nos valeurs démocratiques et non pas menacer de frappes dites chirurgicales", ajoute le député de Gironde, pour qui "il faut modifier nos institutions et ne pas laisser à un seul homme la responsabilité de l'arme nucléaire".



Jacques Chirac, président de la République: "Protéger nos intérêts vitaux"

19/1/2006- C'est un réel plaisir de me retrouver aujourd'hui parmi vous, à l'île Longue. Je suis heureux de pouvoir rencontrer les femmes et les hommes, militaires et civils, qui participent à l'accomplissement d'une mission fondamentale pour notre indépendance et notre sécurité : la dissuasion nucléaire.

La création d'une force nationale de dissuasion a constitué, pour la France, un véritable défi qui n'a pu être relevé que par l'engagement de tous. Elle a imposé de mobiliser toutes les énergies, de développer nos capacités de recherche, de trouver des solutions innovantes à de nombreux problèmes. La dissuasion nucléaire est ainsi devenue l'image même de ce qu'est capable de produire notre pays quand il s'est fixé une tâche et qu'il s'y tient.

Je tiens ici à rendre hommage aux chercheurs et ingénieurs, du CEA et de toutes les entreprises françaises, qui nous permettent d'être toujours en pointe dans des secteurs vitaux comme les sciences de la matière, la simulation numérique, les lasers, et notamment le laser Mégajoule, les technologies nucléaires et celles de l'espace. Je veux prolonger cet hommage à tous ceux qui soutiennent, d'une façon ou d'une autre, nos forces nucléaires : personnel de la DGA, cadres et ouvriers des sociétés et groupes industriels, gendarmes du contrôle gouvernemental, militaires de toutes les armées.

Mais mes pensées vont bien sûr en premier lieu aux équipages des composantes océanique et aéroportée qui, en permanence, dans la discrétion la plus totale, assurent la plus longue et la plus importante des missions opérationnelles. J'ai fixé un taux de posture exigeant qui correspond aux besoins de sécurité de notre pays. Je sais quelles contraintes il impose. On parle rarement de vous, mais je veux saluer votre valeur et votre mérite. La permanence de la posture de dissuasion, remarquablement tenue depuis quarante ans, est en soi un éloge.

Je tiens à associer vos familles à cet hommage, et tout particulièrement les familles des équipages de sous-marins. Je mesure combien les patrouilles opérationnelles représentent d'éloignement, de solitude, et parfois de souffrances.

Mesdames, Messieurs, cette mission, vous l'effectuez dans un environnement en constante mutation.

Avec la fin de la guerre froide, nous ne faisons actuellement l'objet d'aucune menace directe de la part d'une puissance majeure.

Mais la fin du monde bipolaire n'a pas fait disparaître les menaces contre la paix. Dans de nombreux pays se diffusent des idées radicales prônant la confrontation des civilisations, des cultures et des religions. Aujourd'hui, cette volonté de confrontation se traduit par des attentats odieux, qui viennent régulièrement nous rappeler que le fanatisme et l'intolérance mènent à toutes les folies. Demain, elle pourrait prendre d'autres formes, encore plus graves, impliquant des Etats.

La lutte contre le terrorisme est l'une de nos priorités. Nous avons pris un grand nombre de mesures pour répondre à ce danger. Nous continuerons sur cette voie, avec fermeté et détermination. Mais il ne faut pas céder à la tentation de limiter l'ensemble des problématiques de défense et de sécurité à ce nécessaire combat contre le terrorisme. Ce n'est pas parce qu'une nouvelle menace apparaît qu'elle fait disparaître toutes les autres.

Notre monde est en constante évolution, à la recherche de nouveaux équilibres politiques, économiques, démographiques, militaires. Il est caractérisé par l'émergence rapide de nouveaux pôles de puissance. Il est confronté à l'apparition de nouvelles sources de déséquilibres : le partage des matières premières, la distribution des ressources naturelles, l'évolution des équilibres démographiques notamment. Cette évolution pourrait être cause d'instabilité, surtout si elle devait s'accompagner d'une montée des nationalismes.

Certes, il n'y a aucune fatalité à voir, dans le futur, la relation entre les différents pôles de puissance sombrer dans l'hostilité. C'est d'ailleurs pour prévenir ce danger que nous devons oeuvrer à un ordre international fondé sur la règle de droit et la sécurité collective, un ordre plus juste, plus représentatif. Que nous devons aussi engager tous nos grands partenaires à faire le choix de la coopération plutôt que celui de la confrontation. Mais nous ne sommes à l'abri ni d'un retournement imprévu du système international ni d'une surprise stratégique. Toute notre Histoire nous l'enseigne.

Notre monde est également marqué par l'apparition d'affirmations de puissance qui reposent sur la possession d'armes nucléaires, biologiques ou chimiques. D'où la tentation de certains Etats de se doter de la puissance nucléaire, en contravention avec les traités. Des essais de missiles balistiques, dont la portée ne cesse d'augmenter, se multiplient partout dans le monde. C'est ce constat qui a conduit le Conseil de sécurité des Nations unies à reconnaître que la prolifération des armes de destruction massive, et de leurs vecteurs associés, constituait une menace pour la paix et la sécurité internationale.

Enfin, il ne faut pas ignorer la persistance des risques plus traditionnels d'instabilité régionale. Ils existent partout dans le monde.

Mesdames, Messieurs,

Face aux crises qui secouent le monde, face aux nouvelles menaces, la France a toujours choisi, d'abord, la voie de la prévention, qui demeure, sous toutes ses formes, le socle de notre politique de défense. S'appuyant sur le droit, l'influence et la solidarité, la prévention passe par l'ensemble des actions de notre diplomatie qui, sans cesse, s'efforce de dénouer les crises naissantes. Elle passe aussi par toute une gamme de postures relevant des domaines de la défense et de la sécurité, au premier plan desquelles se trouvent les forces repositionnées.

Mais ce serait faire preuve d'angélisme que de croire que la prévention, seule, suffit à nous protéger. Pour être entendu, il faut aussi, lorsque c'est nécessaire, être capable de faire usage de la force. Nous devons donc disposer d'une capacité importante à intervenir en dehors de nos frontières, avec des moyens conventionnels, afin de soutenir ou de compléter cette stratégie.

Une telle politique de défense repose sur la certitude que, quoi qu'il arrive, nos intérêts vitaux seront garantis.

C'est le rôle attribué à la dissuasion nucléaire, qui s'inscrit dans la continuité directe de notre stratégie de prévention. Elle en constitue l'expression ultime.

Face aux inquiétudes du présent et aux incertitudes du futur, la dissuasion nucléaire demeure la garantie fondamentale de notre sécurité. Elle nous donne également, d'où que puissent venir les pressions, le pouvoir d'être maîtres de nos actions, de notre politique, de la pérennité de nos valeurs démocratiques.

Dans le même temps, nous continuons à soutenir les efforts internationaux en faveur du désarmement général et complet, et, en particulier, la négociation d'un traité d'interdiction de la production de matières fissiles pour les armes nucléaires. Mais nous ne pourrons évidemment avancer sur la voie du désarmement que si les conditions de notre sécurité globale sont maintenues et si la volonté de progresser est unanimement partagée.

C'est dans cet esprit que la France a maintenu ses forces de dissuasion, tout en les réduisant, conformément à l'esprit du traité de non-prolifération et au respect du principe de stricte suffisance.

C'est la responsabilité du chef de l'Etat d'apprécier, en permanence, la limite de nos intérêts vitaux. L'incertitude de cette limite est consubstantielle à la doctrine de dissuasion.

L'intégrité de notre territoire, la protection de notre population, le libre exercice de notre souveraineté constitueront toujours le coeur de nos intérêts vitaux. Mais ils ne s'y limitent pas. La perception de ces intérêts évolue au rythme du monde, marqué par l'interdépendance croissante des pays européens et par la mondialisation. Par exemple, la garantie de nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés, sont, parmi d'autres, des intérêts qu'il convient de protéger. Il appartiendrait au président de la République d'apprécier l'ampleur et les conséquences potentielles d'une agression, d'une menace ou d'un chantage insupportables à l'encontre de ces intérêts. Cette analyse pourrait, le cas échéant, conduire à considérer qu'ils entrent dans le champ de nos intérêts vitaux.

La dissuasion nucléaire, je l'avais souligné au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, n'est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques. Pour autant, les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser, d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposeraient à une réponse ferme et adaptée de notre part. Cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut aussi être d'une autre nature.

Depuis ses origines, la dissuasion n'a jamais cessé de s'adapter à notre environnement et à l'analyse des menaces que je viens de rappeler. Et cela dans son esprit comme dans ses moyens. Nous sommes en mesure d'infliger des dommages de toute nature à une puissance majeure qui voudrait s'en prendre à des intérêts que nous jugerions vitaux. Contre une puissance régionale, notre choix n'est pas entre l'inaction et l'anéantissement. La flexibilité et la réactivité de nos forces stratégiques nous permettraient d'exercer notre réponse directement sur ses centres de pouvoir, sur sa capacité à agir. Toutes nos forces nucléaires ont été configurées en conséquence. C'est dans ce but que, par exemple, le nombre de têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de nos sous-marins.

Mais notre concept d'emploi des armes nucléaires reste bien le même. Il ne saurait, en aucun cas, être question d'utiliser des moyens nucléaires à des fins militaires lors d'un conflit. C'est dans cet esprit que les forces nucléaires sont fréquemment qualifiées "d'armes de non-emploi". Cette formule ne doit cependant pas laisser planer le doute sur notre volonté et notre capacité à mettre en oeuvre nos armes nucléaires. La menace crédible de leur utilisation pèse en permanence sur les dirigeants animés d'intentions hostiles à notre égard. Elle est essentielle pour les ramener à la raison, leur faire prendre conscience du coût démesuré qu'auraient leurs actes, pour eux-mêmes et pour leurs Etats. Par ailleurs, nous nous réservons toujours le droit d'utiliser un ultime avertissement pour marquer notre détermination à protéger nos intérêts vitaux.

Ainsi, les principes qui sous-tendent notre doctrine de dissuasion n'ont pas changé. Mais ses modes d'expression ont évolué, et continuent d'évoluer, pour nous permettre de faire face au contexte du XXIe siècle.

Constamment adaptés à leurs nouvelles missions, les moyens mis en oeuvre par les composantes océanique et aéroportée permettent d'apporter une réponse cohérente à nos préoccupations. Grâce à ces deux composantes, différentes et complémentaires, le chef de l'Etat dispose d'options multiples, couvrant toutes les menaces identifiées.

La modernisation et l'adaptation de ces capacités sont nécessaires. Notre dissuasion doit conserver son indispensable crédibilité dans un environnement géostratégique qui évolue.

Il serait irresponsable d'imaginer que le maintien de notre arsenal actuel pourrait suffire. Que deviendrait la crédibilité de notre dissuasion si elle ne nous permettait pas de répondre aux nouvelles situations ? Quelle crédibilité aurait-elle vis-à-vis de puissances régionales si nous en étions restés strictement à une menace d'anéantissement total ? Quelle crédibilité aurait, dans le futur, une arme balistique dont le rayon d'action serait limité ? Ainsi, le M51, grâce à sa portée intercontinentale, et l'ASMPA nous donneront, dans un monde incertain, les moyens de couvrir les menaces d'où qu'elles viennent et quelles qu'elles soient.

De même, nul ne peut prétendre qu'une défense antimissiles suffit à contrer la menace représentée par les missiles balistiques. Aucun système défensif, si sophistiqué soit-il, ne peut être efficace à 100 %. Nous n'aurons jamais la garantie qu'il ne pourra être contourné. Fonder toute notre défense sur cette unique capacité inviterait nos adversaires à trouver d'autres moyens pour mettre en oeuvre leurs armes nucléaires, chimiques ou bactériologiques. Un tel outil ne peut donc être considéré comme un substitut de la dissuasion. Mais il peut la compléter en diminuant nos vulnérabilités. C'est pourquoi la France s'est résolument engagée dans une réflexion commune, au sein de l'Alliance atlantique, et développe son propre programme d'autoprotection des forces déployées.

La sécurité de notre pays et son indépendance ont un coût. Il y a quarante ans, la part d'investissements du ministère de la défense consacrée aux forces nucléaires était de 50 %. Depuis, cette part a constamment été réduite et ne devrait représenter que 18 % en 2008. Aujourd'hui, dans l'esprit de stricte suffisance qui la caractérise, notre politique de dissuasion représente globalement moins de 10 % du budget total de la défense. Les crédits qui lui sont consacrés portent sur des techniques de pointe et soutiennent l'effort de recherche scientifique, technologique et industriel de notre pays.

10 % de notre effort de défense, c'est le prix juste et suffisant pour doter notre pays d'une assurance de sécurité, crédible et pérenne. La mettre en cause serait irresponsable. En outre, le développement de la PESD, l'imbrication croissante des intérêts des pays de l'Union européenne, la solidarité qui existe désormais entre eux, font de la dissuasion nucléaire française, par sa seule existence, un élément incontournable de la sécurité du continent européen. En 1995, la France avait émis l'idée ambitieuse d'une dissuasion concertée afin d'initier une réflexion européenne sur le sujet. Ma conviction demeure que nous devrons, le moment venu, nous poser, ensemble, la question d'une défense commune, qui tiendrait compte des forces de dissuasion existantes, dans la perspective d'une Europe forte, responsable de sa sécurité. Les pays de l'Union ont commencé à réfléchir ensemble à ce que sont, ou ce que seront, leurs intérêts de sécurité communs. C'est une première et nécessaire étape.

Mesdames, Messieurs,

Depuis 1964, la France dispose d'une dissuasion nucléaire autonome. Ce sont les enseignements de l'Histoire qui avaient conduit le général de Gaulle à faire ce choix crucial. Pendant toutes ces années, les forces nucléaires françaises ont assuré la défense de notre pays et contribué à préserver la paix. Elles continuent aujourd'hui à veiller, en silence, pour que nous puissions vivre dans un pays de liberté, maître de son avenir. Elles continueront demain d'être le garant ultime de notre sécurité.

En tant que chef des armées et au nom des Françaises et des Français, je veux exprimer la gratitude et la reconnaissance de la nation à toutes celles et ceux qui concourent à cette mission.


L'Express, 18/1/2006: 

Du nucléaire flambant neuf
Simulation des essais, troisième sous-marin, doctrine affinée... La dissuasion à la française évolue

Le 27 janvier 1996, malgré le tollé, la France procédait à son 210e et ultime essai nucléaire dans le lagon de Fangataufa, en Polynésie. Quelques mois plus tard, Paris signait le traité d'interdiction complète des essais nucléaires Mais, loin d'abandonner son principe de dissuasion, la France lançait, en même temps que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, un gigantesque programme de simulation. Sa réalisation, d'un coût global de 5,5 milliards d'euros, devrait s'achever au tournant de la décennie actuelle. «Ce programme vise à garantir la sûreté, la fiabilité et donc la pérennité de la capacité de dissuasion française, sans recourir aux essais nucléaires, explique Didier Besnard, responsable depuis cinq ans de ce programme à la direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l'énergie atomique. Concrètement, il permet de reproduire par le calcul les différentes étapes du fonctionnement d'une arme nucléaire.»

Sa mise en oeuvre repose sur trois systèmes. D'abord, des logiciels de calcul très puissants. Juste avant Noël, la DAM s'est offert: le Téra-10. Ce supercalculateur, le plus puissant d'Europe, est capable de gérer 50 000 milliards d'opérations par seconde! Il sera remplacé en 2010 par un calculateur encore bien plus puissant. Les deux autres outils servent à confirmer sur le plan expérimental les simulations numériques. Le premier, l'Airix, livré en 2000, est une grande machine radiographique à rayons X, qui permet de valider les différents modèles relatifs au début du fonctionnement de l'arme. Le second, plus connu, est le laser Mégajoule, implanté près de Bordeaux, qui permettra, lorsque sa construction sera achevée, en 2010, de reproduire en laboratoire les conditions de la phase finale, l'explosion nucléaire. Un prototype, à l'échelle de 1/30, appelé «ligne d'intégration laser» (LIL), fonctionne d'ores et déjà.

Le programme achevé, la France sera en mesure de renouveler ses armes nucléaires, dont la durée de vie n'excède pas vingt ans. Pendant ce temps, les forces militaires se sont réorganisées. Le plateau d'Albion étant fermé depuis 1996, seules les composantes aérienne et navale demeurent vectrices de l'arme absolue. Dès 2007, des missiles air-sol moyenne portée améliorés (ASMP-A) seront glissés sous les ailes des avions de la Force aérienne stratégique (FAS). La marine a, elle, reçu fin novembre son troisième sous-marins nucléaire lanceur d'engins de nouvelle génération (SNLE-NG). Après le Triomphant (1997), puis le Téméraire (1999), et en attendant le nouveau Terrible (2010), le Vigilant.

A quelques jours des 10 ans de la fin des essais atmosphériques, ce n'est donc pas un hasard si Jacques Chirac a choisi de se rendre, jeudi 19 janvier, à Landivisiau, où se trouve la FAS, et à l'Ile-Longue, QG de la Force océanique stratégique (Fost), pour sa première «visite trimestrielle» de l'année aux armées. Après avoir arpenté les étroites coursives du Vigilant, le chef de l'Etat devait prononcer un discours cadre sur la dissuasion nucléaire - ce n'était pas arrivé depuis 2001 - et, sans grand changement de doctrine, annoncer une adaptation des missions et des armes aux nouvelles menaces.

La dissuasion nucléaire a un coût: 3 milliards d'euros par an. «C'est exorbitant!» commente, ulcéré, un officier de l'armée de terre. Un sentiment partagé par une majorité de militaires, trop jeunes pour avoir connu la guerre froide et qui préféreraient recevoir des blindés, utiles tous les jours, plutôt que de voir peaufiner une défense nucléaire dont le principe est le non-emploi. Certains suggèrent de supprimer la composante aéroportée, comme l'ont fait les Anglais, d'autres de suspendre le programme des missiles M51, qui remplaceront dès 2010 les M45 embarqués sur les SNLE-NG. Mais ces revendications ne trouvent écho que sur les bancs de la gauche. Les échéances électorales de 2007 seront donc aussi un rendez-vous pour la stratégie nucléaire.