Le Temps (Suisse), 13/10/2008:
ENERGIE. La construction du réacteur expérimental de fusion nucléaire ITER a commencé en France. Mais son budget risque d'augmenter de 30% de plus que prévu. Une conférence à Genève fait le point.
Si la population de la planète double, la consommation d'énergie pourrait tripler. Pour parer à ces besoins énormes, il "existera" d'ici 2050 une énergie propre, sûre et abondante: la fusion nucléaire.
C'est en tout cas ce que pensent les dizaines de scientifiques réunis du 13 au 18 octobre à Genève pour une conférence placée sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Un colloque qui sert aussi à fêter un anniversaire : «C'est à Genève, en 1958, que s'est tenue la Conférence internationale pour les applications pacifiques de l'énergie atomique», rappelle Minh Quang Tran, directeur général du Centre de recherche en physique des plasmas (CRPP) à l'EPFL.
L'une de ces applications pourrait être la fusion nucléaire. L'idée est de reproduire sur Terre, en milieu confiné, les processus qui ont lieu dans le Soleil, et d'en tirer de l'énergie sous forme de chaleur, puis d'électricité. Pour concrétiser cette vision, les présidents Mitterrand, Reagan et Gorbatchev ont jeté, en 1985 déjà, les bases d'ITER.
Ce gigantesque réacteur [non ce n'est même pas un prototype de réacteur, rien de prévue pour la production d'électricité !] expérimental de fusion de type «tokamak» doit apporter la preuve de la viabilité de cette technologie. Le projet, qui réunit sept partenaires (UE - à laquelle est associée la Suisse -, Etats-Unis, Russie, Japon, Chine, Inde, Corée du Sud) a été approuvé en 2006. Et la construction de l'installation pharaonique vient de commencer à Cadarache, dans le sud de la France.
En 2001, le budget avait été fixé à 5 milliards d'euros pour sa construction, et autant pour son exploitation. Or aujourd'hui, ce chiffre risque bien d'exploser. La raison? «Depuis sept ans, de nombreuses avancées ont été effectuées dans le domaine de la physique, de la technologie, des matériaux, explique Carlos Alejaldre, vice-directeur général d'ITER. Nous avons fait revoir le design du réacteur. Et voulons y inclure ces développements.» Pour quel surcoût? «C'est difficile à estimer...» Certains experts, dans les revues Nature et Science, évoquent un dépassement pouvant aller jusqu'à 30% du budget total. Des dépenses supplémentaires qui font déjà grincer les partenaires du projet.
Les modifications proposées sont multiples. La plus importante concerne le confinement du plasma, cette «soupe de particules» portée à 100 millions de degrés dans laquelle aura lieu la fusion nucléaire. Or récemment, les physiciens ont découvert que ce nuage de gaz pouvait, sur ses bords, émettre des «bulles», appelées instabilités. Et que ces «petites éruptions» chaotiques, au rythme d'une par seconde, pouvaient rapidement endommager le réacteur.
«C'est un gros problème, concède Ambrogio Fasoli, directeur exécutif du CRPP. Mais nous venons aussi de trouver la parade. Sans savoir toutefois ni comment ni pourquoi, elle fonctionne. Nous allons donc étudier ce phénomène à l'EPFL.» Le CRPP, qui emploie 160 personnes, dispose en effet depuis 1992 de son tokamak, le TCV, qui a coûté 52 millions. Il est ainsi devenu un des centres mondiaux qui valideront les technologies installées sur ITER. «Qui reste une machine avant tout expérimentale», tient à préciser Carlos Alejaldre.
«Obligation morale». Certains physiciens continuent d'ailleurs à penser que la technologie de fusion est si complexe qu'elle ne pourra jamais être appliquée à large échelle. Et - pire - qu'ITER risque de finir comme le SSC, l'immense accélérateur de particules américain, devisé à 4,4 milliards de dollars, mais dont la construction a été stoppée après que son budget eut presque triplé.
Carlos Alejaldre rejette cette idée: «Parmi les scientifiques, plus personne ne doute qu'ITER pourra remplir ses objectifs. Plus rien ne peut arrêter ITER. C'est même une obligation morale que de tenter de trouver des réponses au problème énergétique.»
Et d'ajouter que le Conseil d'ITER prendra la décision d'accepter ou non ces modifications de design lors d'une de ses deux prochaines séances, en novembre ou en juin. Une chose est sûre aujourd'hui déjà: la mise en service de ce colossal instrument de science interviendra en 2018 au plus tôt, avec deux ans de retard sur l'agenda prévu.
La Recherche, 1/9/2008:
Quatre-vingts modifications dans la conception du réacteur expérimental de fusion ITER vont entraîner un surcoût non encore précisé.
ITER coûtera-t-il bien plus cher que prévu? Le futur réacteur expérimental de fusion nucléaire en construction à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, devait coûter 10 milliards d'euros : 5 pour sa construction, et 5 pour son exploitation. Son but : prouver la faisabilité scientifique et technique de la fusion nucléaire pour produire de l'énergie. Mais les scientifiques en charge du projet ont réclamé plusieurs changements dans la conception de ce réacteur. Ces modifications ont été acceptées par le conseil, l'organe exécutif d'ITER, lors d'une réunion à Aomori au Japon. Et qui dit changements dit surcoût.
Le dépassement du budget de construction atteindrait 30%, mais Stephen Dean, président de la fondation Fusion Power Associates, estime dans le journal Nature (1) que le coût total pourrait en réalité doubler. Car il faut aussi compter avec la forte hausse du coût des matières premières, notamment du cuivre des gigantesques aimants servant à confiner le plasma. Mais si le conseil a approuvé le nouveau cahier des chargea d'ITER, il n'en a pas approuvé le surcoût. «Le chiffrage final sera issu d'une procédure longue et compliquée, indique Neil Galder, directeur de la communication d'ITER. Nous avons demandé une évaluation indépendante des coûts par un groupe d'experts internationaux, qui devra aussi proposer des pistes d'économies. Il rendra son rapport en novembre. »
Personne, cependant, ne remet en question la nécessité de modifier la conception du réacteur. La précédente datait de 2001, avant que le projet soit rendu au point mort, puis relancé en version simplifiée en 2005 (2). Depuis, des progrès ont été faits tant en physique des plasmas que dans l'ingénierie des réacteurs. Ce sont ainsi pas moins de quatre-vingts modifications qui ont été réclamées, concernant notamment le système de chauffage du plasma par micro-ondes, l'ajout de nouveaux aimants pour mieux contrôler les instabilités du plasma, ou encore le diverteur, un dispositif destiné à extraire le combustible usé.
Les délais ont aussi été revus à la hausse. La date de production du premier plasma, prévue pour 2016, a été retardée à 2018. En effet, deux ans ont été nécessaires pour mettre en place l'organisation juridique, financière et administrative de cette énorme coopération internationale. Car le nombre de pays impliqués augmente la complexité du projet: chacun des sept partenaires dispose d'une «agence domestique », chargée d'assurer sa contribution au programme, qui dispose de son personnel, de son budget, et négocie les contrats en vue d'assurer sa contribution en nature. Cela n'entraîne pas toujours une gestion très rationnelle. Un huitième partenaire devrait, par ailleurs, bientôt rejoindre le consortium: le conseil d'ITER a approuvé l'ouverture de négociations avec le Kazakhstan.
Les gouvernements des pays impliqués dans ITER remettront-ils la main au porte-monnaie ? Rien n'est moins sûr. En décembre 2007, le Congrès américain a déjà pris la décision de ne pas inclure dans le budget 2008 les 145 millions de dollars dus pour ITER...
(1) G. Brumfeld, Nature, 453, 829, 2008.
(2) Cécile Michaut, La Recherche, septembre 2005, p.24.
23/6/2008 - Le directeur général d'Iter, le Japonais Kaname Ikeda, s'est dit "confiant" lundi dans la poursuite de la participation des Etats-Unis au projet de réacteur expérimental de fusion thermonucléaire Iter, malgré la suspension de leur contribution financière en 2008. "Nous sommes confiants dans le maintien de la participation des Etats-Unis" au projet Iter, a déclaré M. Ikeda lors d'une conférence de presse à Cadarache (Bouches-du-Rhône), le site où sera construit le futur réacteur expérimental. Iter est un projet international de longue haleine réunissant les pays de l'Union européenne, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l'Inde. Il est destiné à démontrer la possibilité d'une fusion thermonucléaire, comparable à ce qui se passe à l'intérieur du soleil. Le 17 janvier, le directeur de la communication d'Iter international, Neil Calder, avait indiqué que les budgets américains de recherche avaient été diminués, entraînant une suspension de la contribution américaine en 2008. "Cette année, cela n'a pas d'impact mais cela en aurait l'année prochaine", a estimé M. Ikeda. Il a souligné que les Etats-Unis continuent à "soutenir" les membres américains de l'organisation Iter international, qui gère ce projet depuis le site de Cadarache, et "participent aux réunions d'Iter". Les discussions budgétaires pour 2009 seront très importantes mais risquent d'être retardées par l'élection présidentielle aux Etats-Unis. "Il est vraiment nécessaire de maintenir la participation des Etats-Unis et de leur communauté scientifique", a insisté M. Ikeda après une visite des premiers travaux réalisés par la France à Cadarache. La France a été choisie pour le siège d'Iter après une âpre bataille avec le Japon. Elle doit viabiliser le site et a entrepris de gigantesques travaux de terrassement avec plus de 2,3 millions de m3 de terre déplacés. Le coût total d'Iter est évalué à 10 milliards d'euros répartis entre les différents participants.
11/6/2008 - La France respectera ses engagements et terminera les travaux d'aménagement routiers pour acheminer les composants du futur réacteur de fusion thermonucléaire Iter à Cadarache (Bouches-du-Rhône) mi-2009, a indiqué mercredi le directeur de la mission Iter, Colin Miège. "L'engagement de la France sur cet aspect-là sera rempli. L'itinéraire routier adapté sera terminé bien avant le passage des premiers convois" amenant les composants d'Iter, a déclaré M. Miège, lors d'une visite de ce chantier, une des premières réalisation concrètes de ce projet international réunissant Union européenne, Etats-Unis, Japon, Chine, Russie, Corée du sud et Inde. La France avait été choisie en 2005 pour accueillir le site Iter aux dépens du Japon, également candidat. Des pièces du futur réacteur pouvant peser jusqu'à 900 tonnes et mesurer 61 mètres de long devront être acheminées du port de Marseille jusqu'à Cadarache à partir de fin 2009, début 2010. La France réalise un itinéraire routier spécial qui nécessite un investissement de 91 millions d'euros. Les travaux ont débuté début 2008 et mobilisent pour l'instant 150 personnes, principalement employées par des entreprises de la région Provence-Alpes-Côte d'azur. Au total, 400 personnes seront employées. Ils comprennent notamment la construction ou l'élargissement de ponts et de voies, notamment près de la Durance, le déplacement de certains réseaux électriques ou d'irrigation pour laisser la place aux convois exceptionnels qui rouleront de nuit, parfois à seulement 5 km/h. Ces travaux complexes doivent également prendre en compte la faune et la flore. Des chauves-souris qui nichaient sous les ponts ont dû être déplacées vers des nichoirs voisins. "L'impact environnemental est limité puisqu'on a choisi d'emprunter en grande partie des routes existantes", a indiqué M. Miège. Les écologistes auraient souhaité un acheminement des composants d'Iter par dirigeable, ce qui est infaisable selon la mission Iter. Le projet de recherche Iter est destiné à démontrer la possibilité d'une fusion thermonucléaire (ce qui se passe à l'intérieur du soleil) contrôlée. L'entrée en service du réacteur expérimental est prévue en 2016.
17/1/2008 - Les Etats-Unis vont suspendre cette année leur participation financière au projet international Iter, le futur réacteur de fusion thermonucléaire, en raison de la baisse du budget américain de la recherche, a annoncé jeudi Neil Calder, directeur de la communication d'Iter international, confirmant des informations du Figaro. "La communauté scientifique américaine a découvert avec stupéfaction fin décembre, que le budget de la recherche scientifique, au lieu d'être augmenté comme elle l'espérait, a été diminué de 400 millions de dollars", a déclaré M. Calder. Sur cette somme, 160 M de dollars devaient être consacrés au projet Iter au titre de la contribution américaine pour 2008. "Il n'y pas que le projet Iter de touché", ajouté Neil Calder, en précisant que près de 500 personnes ont perdu leur travail dans des labos américains du fait de cette décision du congrès. S'agissant d'Iter, cette décision "ne va pas entrainer une hausse de la contribution des autres partenaires", a encore indiqué M. Calder, expliquant que "ce n'est pas une contribution cash qui est retirée du projet, mais des équipements qui devaient être construits par les Américains qui vont être retardés". Selon lui, "les négociations continuent entre le gouvernement américain et le département de l'énergie pour voir si des possibilités de changer cette situation existent". "Cette situation est préoccupante, mais nous ne devons pas en tirer la conclusion que les Etats-Unis vont quitter Iter" a-t-il dit. La participation américaine au budget d'Iter est de 9% du total évalué à 10 milliards d'euros répartis entre Europe, Chine, Russie, Japon, Corée du sud, Inde, Etats-Unis. L'union européenne est le plus gros contributeur avec 46% du total. Alors que les premiers travaux vont commencer, l'entrée en service du réacteur est prévue pour 2016. L'exploitation de la machine qui va être construite en Provence à Cadarache, durera 20 ans. Le projet Iter est destiné à démontrer la possibilité d'une fusion thermonucléaire (comparable à ce qui se passe à l'intérieur du soleil) contrôlée.
Le Monde, 9/11/2007:
La dernière étape juridique préalable
à la construction du réacteur ITER (International
Thermonuclear Experimental Reactor), destiné à l'étude
de la fusion nucléaire, a été franchie, mercredi
7 novembre.
Au cours d'une visite éclair à Cadarache (Bouches-du-Rhône),
la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche,
Valérie Pécresse, a signé "l'accord
de siège" entre la France et l'Organisation internationale
ITER, représentée par son directeur général,
le Japonais Kaname Ikeda. Cet accord fixe les obligations et droits
respectifs, en matière notamment de sûreté
nucléaire et de statut des personnels.
Deux ans après la décision des partenaires du projet
- Chine, Corée du sud, Etats-Unis, Europe, Inde, Japon
et Russie - d'installer ce grand instrument en France, un an après
la signature du traité international liant les sept parties,
les travaux de terrassement vont donc pouvoir débuter,
au printemps 2008, sur un terrain du Commissariat à l'énergie
atomique (CEA) de 180 hectares, où un simple pieu marque
aujourd'hui l'emplacement du futur réacteur.
L'équipe, de seulement 7 personnes il y a un an, compte
désormais 290 collaborateurs de 16 nationalités.
Elle devrait monter à un millier de permanents quand commencera
l'exploitation d'ITER, prévue fin 2016, pour une durée
de vingt ans.
UNE RÉALISATION "PHARAONIQUE"
ITER vise à contrôler, dans une enceinte géante
confinée par des champs magnétiques, la réaction
de fusion nucléaire qui s'opère dans les étoiles,
en libérant une grande quantité d'énergie.
Le projet représente un investissement de 10 milliards
d'euros.
Ce réacteur expérimental
ne produira pas d'électricité. Si les nombreux obstacles
technologiques auxquels se heurte encore la maîtrise de
la fusion sont surmontés, un prototype électrogène
pourrait prendre la relève vers 2030. Suivi peut-être
- mais pas avant 2050 - de réacteurs industriels.
"ITER est d'abord
un rêve, partagé par 34 nations
représentant plus de la moitié de la population
de la planète : celui d'offrir à l'humanité
une nouvelle source d'énergie, presque inépuisable
et bien plus respectueuse de l'environnement que tous les combustibles
fossiles dont nous abusons tant aujourd'hui", s'est enthousiasmée
Mme Pécresse, en estimant que ce projet "participe
d'une exigence devenue désormais universelle, celle du
développement durable".
Cet engouement n'est pas partagé par tous. Samedi 10 novembre,
le réseau "Sortir du nucléaire" organise
un
rassemblement à Marseille, pour protester contre une
réalisation "pharaonique" aux chances de succès
"quasi nulles". Il réclame "que les sommes
immenses prévues pour ce projet soient reversées
vers les plans d'économie d'énergie et de développement
des énergies renouvelables".
Le Figaro, 8/11/2007:
L'organisation internationale a défini hier avec la France les modalités de mise en oeuvre du projet.
De notre envoyée spéciale à Cadarache (Bouches-du-Rhône)
Au milieu des 180 hectares de garrigue déboisés de Cadarache, à l'épicentre du site où va être implanté le futur réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter, flottent désormais sept drapeaux, représentant les partenaires (*) de ce projet pharaonique. Symboles de la coopération internationale, ils ont assisté hier, comme autant de paires d'yeux, à la signature de l'«accord de siège» entre la France et l'organisation internationale Iter. «Non seulement nous donnons au monde la première marque tangible de l'existence de l'organisation Iter [...], mais nous franchissons aussi un nouveau pas vers la réalisation d'un rêve, un pas décisif», a lancé le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse, à cette occasion.
Ce rêve, c'est celui de parvenir à reproduire l'énergie des étoiles par le biais de la fusion nucléaire. Le principe est de faire fusionner des noyaux d'hydrogène à 100 millions de degrés. Un projet fou, auquel travaillent d'arrache-pied les scientifiques du monde entier [depuis déjà plus de 40 ans], avec l'espoir de trouver une solution à la crise énergétique mondiale. D'où l'idée de mettre en commun les efforts de recherche de tous les pays intéressés. Après les expériences menées avec succès ici ou là par une vingtaine de tokamaks, l'idée est cette fois de construire un prototype unique pour démontrer la faisabilité scientifique et technique de la fusion à grande échelle. Telle est la vocation d'Iter, dont la puissance sera dix fois supérieure au JET, le plus puissant réacteur de fusion actuel établi en Grande-Bretagne.
Premiers essais en 2016. Signé en novembre 2006, le projet a finalement, au terme d'une âpre bataille avec le Japon, élu domicile dans le sud de la France. Le traité venant d'entrer en vigueur le 24 octobre dernier, l'organisation Iter peut se mettre en place. D'où la signature hier de ce contrat avec la France, pour préciser les engagements respectifs de chacun, notamment le respect de la sûreté nucléaire pour Iter et la mise à disposition du terrain de 180 hectares pour l'État français. Le premier conseil d'Iter se tiendra les 27 et 28 novembre.
Si la première pierre du bâtiment doit être posée en 2009, le chantier a déjà démarré, comme en témoignent pelleteuses et baraquements. La viabilisation du site par l'Agence Iter France devrait être terminée d'ici à fin 2007 et les grands appels d'offres bientôt conclus (plus de 200 contrats, dont 130 pour le matériel et 90 d'ingénierie). «L'État va pouvoir lancer en décembre l'itinéraire grand gabarit, route de 110 km reliant Fos-sur-Mer à Cadarache, par lequel transiteront 300 convois en cinq ans pour acheminer les équipements fournis par les partenaires internationaux, qui seront installés de 2012 à 2014», explique Hubert Derache, sous-préfet d'Aix-en-Provence. Une école internationale devant accueillir à la rentrée 2009 un millier d'élèves (pour 3 200 employés en phase d'exploitation) a déjà ouvert ses portes à Manosque, avec 100 élèves.
La machine doit procéder à ses premiers essais en 2016. Mais rien ne garantit que les scientifiques parviennent un jour à produire un courant continu avec la fusion à des conditions rentables. «Il faudra au moins vingt ans pour le savoir», affirmait son directeur général, le Japonais Kaname Ikeda, lors de la signature du traité, aucune exploitation n'étant envisageable avant 2050.
Certains comme le réseau Sortir
du nucléaire , qui appelle à manifester contre Iter
samedi à Marseille stigmatisent le caractère
aléatoire du projet, au coût exorbitant (10 milliards
d'euros). Tout comme la conquête de l'espace, Iter a donc
tout d'une véritable aventure scientifique.
3/10/2007 - Les
travaux de défrichement de la zone qui va accueillir le
projet international Iter, à Cadarache (Bouches-du-Rhône),
ont débuté mais la construction des premières
installations ne devrait commencer qu'à la mi-2008, ont
indiqué mercredi les responsables du projet.
Après la phase de négociations internationales qui
a abouti à l'accord signé à Paris le 21 novembre
2007, Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor)
est rentré dans une phase active sur le site choisi en
juin 2005 pour accueillir ce
projet de recherche destiné à démontrer
la possibilité d'une fusion thermonucléaire
contrôlée.
Arrivé avec une dizaine de personnes, il y a un an, le
directeur général d'Iter, le Japonais Kaname Ikeda,
travaille "avec 170 personnes aujourd'hui" et "100
personnes sont en cours de recrutement", a-t-il expliqué
devant la commission locale d'information (CLI) de Cadarache,
réunissant élus locaux et responsables associatifs
de la région.
Les travaux de défrichement de la zone qui, au total, doit
s'étendre sur environ 35 hectares, ont largement débuté
au cours de l'année 2007 et des structures préfabriquées
ont été installées. La phase des travaux
de ce gigantesque chantier débutera en 2008. Au total,
la construction du site doit durer 10 ans pour une exploitation
prévue de 20 ans.
PARIS (21/11/2006) - Les
représentants des sept parties prenantes au projet Iter
ont signé l'accord permettant la construction du réacteur
expérimental de fusion nucléaire Iter, à
Cadarache, dans le sud de la France.
Les trois textes constitutifs ont été signés à l'Elysée,
en présence de Jacques Chirac, par des représentants
de Chine, de Corée du Sud, des Etats-Unis, d'Inde, du Japon
et de Russie.
L'Union européenne était représentée
par le président de la Commission européenne et
président d'Euratom, José Manuel Barroso, et par
le commissaire européen chargé de la Science et
de la Recherche, Janez Potocnik.
Le coût du projet selon ses promoteurs est estimé
à plus 10 milliards d'euros, dont 4,6 milliards pour la
construction du réacteur entre 2005 et 2015. La part de
la France est de 10% pour la construction et de 7% pour l'exploitation.
Promo d'Iter dans le Midi Libre du 26 Mai 2006 et dans le Figaro du 26 Mai 2006.
31/3/2006 - Les
pays participant au projet international de réacteur thermonucléaire
expérimental ITER se réunissent vendredi et samedi
à Tokyo pour mettre les dernières touches à
un accord final qui pourrait être signé fin mai,
a-t-on appris de source officielle.
Il s'agit de la sixième réunion préparatoire
depuis que les partenaires du projet (UE, Etats-Unis, Japon, Russie,
Chine, Corée du Sud) ont approuvé en juin 2005 l'implantation
du site principal d'ITER à Cadarache (sud de la France),
au détriment de la ville nippone de Rokkasho-mura (nord
de l'Archipel).
Cette réunion est l'une des dernières prévues
avant la signature de l'accord final.
Les participants débattront en session plénière,
et ils auront aussi des entretiens bilatéraux, afin notamment
de préciser le statut d'ITER ainsi que la répartition
exacte du financement et des attributions de chaque partenaire.
Le Japon, hôte de la réunion, qui s'est battu bec
et ongles pour obtenir ITER sur son territoire, n'a finalement
cédé qu'en échange d'importantes concessions.
Tout en ne finançant le projet qu'à hauteur de 10%,
il disposera de près de 20% des contrats industriels liés
à la construction et obtiendra 20% des effectifs.
Tokyo a également obtenu le privilège de nommer
le directeur général du site. Il a choisi fin 2005
son ex-ambassadeur en Croatie, Kaname Ikeda.
Le processus de désignation de son bras droit n'est pas
terminé.
"Le choix du numéro deux du site sera un des sujets
chauds en discussion vendredi et samedi à Tokyo",
a précisé à l'AFP un proche du dossier.
Deux candidats seraient encore en lice après les auditions
d'une dizaine de postulants conduites la semaine dernière
par la Commission européenne.
Toutefois, le nom de ce "directeur opérationnel"
ne sera pas forcément décidé pentant la rencontre
de Tokyo, selon la même source.
Il faudra 10 ans pour construire ITER, un gigantesque projet de
10 milliards d'euros qui court jusqu'à 2035, destiné
à valider la possibilité de produire de l'énergie
en grande quantité à partir de la fusion nucléaire.
3/3/2006 - L'Assemblée
nationale a entériné jeudi soir les dispositions
législatives visant à permettre l'implantation du
projet de réacteur nucléaire Iter en France, dans le cadre de l'examen
du projet de loi sur la recherche.
Les députés ont adopté, dans les mêmes
termes que les sénateurs, un article du projet de loi prévoyant
des adaptations législatives nécessaires pour que
le projet Iter "puisse prendre corps dans les meilleures
conditions et dans le respect du calendrier arrêté
entre tous les partenaires".
Ils ont décidé d'autoriser la création par
décret d'une structure particulière - une sorte
de "Iter France" - au sein du Commissariat à
l'énergie atomique (CEA), le recours à une "procédure
simplifiée" pour l'acquisition par l'Etat de terrains
pour la future route desservant le site d'Iter, et le défrichage
par le CEA de terrains nécessaires à la réalisation
du projet.
L'objectif d'Iter est de démontrer la faisabilité
scientifique et technologique de la production d'énergie
par la fusion d'atomes d'hydrogène. Il faudra dix ans pour
construire le réacteur expérimental à Cadarache
(Bouches-du-Rhône), un gigantesque projet qui s'étend
jusqu'à 2035.
Selon le rapporteur du projet de loi, Jean-Michel Dubernard (UMP),
le coût de la construction du réacteur est estimé
à 4,6 milliards d'euros sur dix ans et le coût prévisionnel
de fonctionnement avoisinerait 5,7 milliards pour une période
de 20 ans. 3.000 scientifiques, issus de tous les pays partenaires,
viendront s'installer autour du site qui génèrera
près de 4.000 emplois indirects. [Bravo! 4 000 emplois en 20 ans.]
Sept partenaires sont impliqués dans la construction d'Iter
: UE, Japon, Etats-Unis, Chine, Russie, Corée du Sud et
Inde.
Le Monde, 27/9/05:
Nos deux collègues Gérard Belmont et Stéphane Pasquiers répondent à un certain nombre d'arguments prêtés aux "détracteurs d'ITER" (Le Monde du 3 septembre). Mais ils ne répondent pas aux interrogations liées à la façon de résoudre les problèmes avant que la fusion puisse devenir une source industrielle d'énergie : stabilité du plasma de deutérium et de tritium ; tenue des matériaux de couverture aux neutrons extrêmement énergétiques produits dans une réaction de fusion ; production du tritium in situ pour un fonctionnement en continu.
ITER étudiera la stabilité du plasma, un problème difficile et intéressant, mais il n'est pas prévu qu'il aborde les deux autres. Or cette question des matériaux est cruciale. Personne ne sait, pour le moment, comment la résoudre. Rappelons de quoi il s'agit. La fusion produit des neutrons très énergétiques qui bombardent les parois de l'enceinte de confinement et y induisent une radioactivité "alpha". Cette radioactivité produit de l'hélium, qui migre dans la paroi, se ramasse en bulles de gaz et la fait gonfler. Elle perd alors son étanchéité. Pourtant il est essentiel de maintenir le plasma sous un ultravide poussé si l'on veut le chauffer jusqu'aux températures où les réactions de fusion peuvent démarrer (200 millions de degrés). Idéalement, il faudrait inventer un matériau révolutionnaire qui serait poreux pour que l'hélium puisse s'échapper sans le détériorer mais, en même temps, qui resterait parfaitement étanche pour confiner le plasma sous ultravide.
Poreux et étanche : c'est évidemment contradictoire et personne ne connaît la solution. Ce problème est tellement complexe qu'il est prévu de l'étudier avec une machine spéciale, Ifmif (International fusion materials irradiation facility), que les négociateurs d'ITER ont finalement prévue au Japon, mais dans un avenir incertain. Ce problème de matériau est bien sûr connu depuis longtemps. Faute de le résoudre, la fusion ne produira jamais d'électricité commercialisable. Or Ifmif coûte environ dix fois moins qu'ITER. Pourquoi ne pas avoir commencé par là ?
Quant au tritium, contrairement à ce qu'on lit parfois, il n'existe pas dans la nature. Il devrait être produit en quantités industrielles. Pour cela, il est prévu que les neutrons de la fusion cassent des noyaux de lithium dans une sorte d'immense sandwich toroïdal qui serait inséré à l'intérieur de DEMO, un futur réacteur dont la construction est envisagée après qu'ITER aura produit des résultats (dans vingt ou trente ans).
Mais une seule centrale de 1 gigawatt électrique, comparable à une centrale nucléaire classique (à fission), aurait besoin d'au moins 50 kg de tritium par an, alors que le total des réserves mondiales de tritium est de l'ordre de 20 kg. On voit bien qu'il s'agit d'une autre étape, celle du réacteur de démonstration DEMO, dont il faudrait attendre qu'il ait fait toutes ses preuves avant d'envisager la construction d'une véritable série de réacteurs futurs, qui puissent contribuer d'une manière non négligeable à la production mondiale d'énergie.
Quelques mots du financement. La France contribue à ce projet via la région PACA, qui finance la construction à hauteur de 10 %, mais aussi via Euratom. Cela fait en tout 17 % du projet, soit 85 millions d'euros par an pendant dix ans. Et non 30 millions d'euros comme l'indiquent MM. Belmont et Pasquiers. Le fonctionnement de la machine coûtera sans doute autant. Certes, c'est très peu par rapport aux enjeux de l'énergie à l'échelle mondiale : avec ses profits annuels (environ 10 milliards d'euros), la société Total pourrait se construire deux ITER par an ! Quant à la guerre en Irak, elle a déjà coûté 500 milliards de dollars. Mais - et cela illustre bien la misère de nos laboratoires -, le coût d'ITER pour la France est supérieur à l'ensemble de tous les moyens financiers dont dispose l'ensemble de tous les laboratoires de physique en France (environ 50 millions d'euros). Notre crainte que les dépenses pour ITER soient comptabilisées dans l'effort de recherche français et viennent en déduction du soutien qu'il faut apporter à ces laboratoires pour qu'ils aient une chance de rester compétitifs à l'échelle mondiale est d'autant plus justifiée que l'on se souvient amèrement des effets produits, en son temps, par la construction de la station spatiale internationale, autre projet pharaonique, dont l'utilité est si peu justifiée qu'on est en train de l'abandonner alors qu'elle n'est qu'à moitié construite.
On le voit, la communauté scientifique n'est pas unanime au sujet de ce projet, et il ne s'agit pas seulement de la communauté des physiciens français. Certains pensent qu'ITER représente, à l'heure actuelle, le seul chemin raisonnable ; d'autres estiment que tant que la bonne technologie n'est pas trouvée, il faut explorer plusieurs pistes à la fois et ne pas écraser, par un projet démesuré, les autres chemins d'étude de la fusion contrôlée ; d'autres encore, dont nous sommes, insistent pour qu'on ne sous-estime pas des problèmes qui peuvent paraître secondaires tant que l'on s'intéresse à la physique du plasma mais qui deviennent cruciaux dès lors que l'on envisage un passage à l'échelle industrielle. Ces différents points de vue ne surprennent que ceux qui ont pris pour de l'information scientifique la "com" faite par les porteurs du projet au cours des phases récentes de négociation internationale.
ITER n'est pas une machine de développement technologique : c'est un projet à finalité technologique, encore à l'état de recherche fondamentale. La fusion - à supposer que les problèmes de matériaux soient résolus -, ne semble pas être envisageable avant le XXIIe siècle. Or l'évolution du climat appelle des solutions urgentes.
En effet, les conséquences de la consommation actuelle d'énergie sur le climat ne font plus de doute. 80 % de l'énergie primaire consommée dans le monde est d'origine fossile (pétrole, gaz, charbon). L'augmentation résultante de la teneur de l'atmosphère en gaz à effet de serre conduira à un réchauffement moyen compris entre 2 et 6 degrés, à l'horizon 2 100, suivant les scénarios envisagés. Il semble bien que ce réchauffement, qui augmente les échanges d'eau entre l'équateur et les pôles, s'accompagne d'une amplification de la violence des événements extrêmes : tempêtes, cyclones. Il est donc urgent de diminuer la consommation d'énergies fossiles. Même les recommandations de Kyoto sont timides quant aux risques.
Outre qu'il est indispensable de cesser de gaspiller l'énergie, les deux voies de production propre les plus prometteuses sont le solaire et la quatrième génération de centrales nucléaires à fission. Le solaire est très peu développé (moins de 1 % de l'énergie primaire consommée actuellement), mais il est très abondant : la consommation totale de l'humanité correspond à un dix-millième de l'énergie qui nous parvient du soleil. Outre le solaire thermique et photovoltaïque, d'autres technologies sont explorées pour résoudre le problème du stockage, notamment en Espagne. La France est absente de ces recherches.
La quatrième génération de centrales nucléaires aura l'immense mérite de brûler tous ses déchets lourds, ce qui lui permettrait non seulement de devenir propre mais aussi de fonctionner pendant des milliers d'années, surtout en utilisant la très prometteuse filière au thorium. C'est là que les efforts devraient porter, c'est là qu'ils sont singulièrement insuffisants.
Pour conclure, un bref rappel historique. La fission nucléaire a été découverte en décembre 1938 par Hahn, Strassmann et Meitner. Son interprétation théorique a été éclaircie quasi immédiatement par Meitner et Frisch. La décision américaine de construire un réacteur n'a été prise qu'au début 1942, après Pearl Harbour. En décembre 1942, le premier réacteur divergeait à Chicago sous la direction d'Enrico Fermi : la réaction en chaîne anticipée par Szilard était non seulement possible, elle était sous contrôle. Le nom de Wigner, Prix Nobel de physique pour ses travaux théoriques concernant le rôle des symétries en physique quantique, est associé à la mise au point de nombreuses questions d'apparence technologique, qu'il fallait savoir formuler avant de les résoudre. Au total, il ne s'est écoulé que trois ans entre la découverte de la fission et la mise au point du premier réacteur, laquelle n'a pris en réalité que quelques mois.
Par comparaison, l'idée de la fusion
thermonucléaire est là depuis cinquante ans, et
le fonctionnement en continu du réacteur DEMO, qui représente
une étape post-ITER, ne semble pas possible avant cinquante
autres années. Ce n'est évidemment pas la qualité
des personnes qui est en cause mais la difficulté des problèmes
à résoudre. A quoi sert de les cacher ?
Jacques Treiner
est professeur à l'université Pierre-et-Marie-Curie.
Sébastien Balibar est directeur de recherches au
CNRS, Ecole normale supérieure.
MOSCOU 28 juin 2005 - Les partenaires du projet Iter ont signé une déclaration
par laquelle ils choisissent le site français de Cadarache
pour accueillir ce réacteur expérimental de fusion
nucléaire. Il s'agit d'un programme de 10 milliards d'euros
sur 30 ans.
Ce choix met fin à un an de bataille franco-japonaise.
Le site français a en effet été préféré
au projet présenté par le Japon. Le projet Iter
implique la Chine, l'Union européenne, le Japon, la Russie,
la Corée du Sud et les Etats-Unis.
Le président français Jacques Chirac s'est «félicité»
du choix de Cadarache. «Cet accord ouvre la voie à
la réalisation, en France, de cet équipement essentiel
pour la recherche sur les énergies qui n'émettent
pas de gaz à effet de serre», indique l'Elysée.
«Cet accord prend pleinement en compte les intérêts
de l'ensemble des partenaires du projet», pense aussi M.
Chirac.
Ce dernier remercie la Commission européenne et l'ensemble
des pays de l'UE pour leur «soutien sans faille» dans
les négociations. L'UE était soutenue par Moscou
et Pékin, alors que Washington et Séoul appuyaient
Tokyo.
Le Japon s'est également dit satisfait, car il a su «préserver
ses intérêts nationaux» malgré la décision
de construire le réacteur en France, a affirmé le
ministre nippon des Sciences, Nariaki Nakayama.
Le choix de Cadarache a en revanche été dénoncé
par des associations antinucléaires. L'association écologiste
internationale Greepeace fustige «l'engouement aveugle»
que suscite selon elle ce projet.
«A l'heure où il est universellement reconnu que
l'enjeu se situe dans la réduction par quatre de nos émissions
de gaz à effet de serre d'ici 2050», Greenpeace juge
«aberrant» que ce projet mobilise compétences
et milliards d'euros «dans un programme de recherche qui
n'aboutira pas à des résultats concrets, s'il aboutit
un jour, avant la deuxième moitié du siècle».
De son côté, la fédération d'associations
«Sortir du nucléaire» dénonce
un «gouffre financier» et une technologie «inutile»,
ainsi que les «compensations pharaoniques» accordées
au Japon pour prix de son accord.
Selon des sources proches du dossier, Tokyo a obtenu un réajustement
des financements du projet par lequel le «pays hôte»
devrait assurer 50% du coût de la construction du réacteur
(estimé à 4,2 milliards d'euros) contre 10% pour
le pays «non hôte».
TOKYO (22 juin 2005) - Le Japon a informé l'Union européenne de sa décision de renoncer à accueillir le réacteur expérimental Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) au profit de la France et de son site de Cadarache (Bouches-du-Rhône), a rapporté mercredi un journal japonais. Un porte-parole du gouvernement japonais a démenti qu'une décision a été prise. "Le gouvernement est toujours en train de négocier les détails", a déclaré Seiken Sugiura, le secrétaire-général adjoint du gouvernement. "Quant à savoir si le Japon 'abandonne', l'enjeu n'est pas que le projet soit entièrement à eux ou entièrement à nous. Il y a des discutions sur les coûts", a-t-il ajouté. Toutefois, selon les médias nippons, Tokyo devrait annoncer officiellement son abandon le 28 juin lors d'une réunion en Russie. Selon le quotidien national "Mainichi", le projet, qui représente plus de 10 milliards d'euros, sera implanté à Cadarache (Bouches-du-Rhône), après que des dirigeants japonais ont cédé au profit de leurs homologues européens. En échange, Tokyo attend de prendre une place de choix dans le projet pour ses fournisseurs et ses scientifiques, affirme le quotidien, sans citer de sources. Le choix du futur site d'Iter fait débat depuis plusieurs mois au sein du consortium international chargé de le financer. Seuls les sites de Cadarache (Bouches-du-Rhône) et Rokkasho-Mura restent en compétition pour accueillir le projet. Le Japon, avec l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud, souhaite que le projet soit installé à Rokkasho-Mura dans le nord de l'archipel, les Européens, soutenus par la Russie et la Chine, à Cadarache. En décembre dernier, les partenaires du projet -Union européenne, Etats-Unis, Japon, Russie, Corée du Sud et Chine- n'avaient pu se mettre d'accord sur la désignation du site du futur Iter.
Le Figaro, 16/6/2005:
Dossier - La Provence prête à accueillir
le réacteur nucléaire expérimental Iter
8/6/2005 - Dans la compétition acharnée pour le site d'ITER, des voix s'élèvent au Japon pour céder le projet à la France au profit d'un autre méga-projet international. Mais Tokyo refuse pour le moment de lâcher la proie pour l'ombre, dans un match où pèsent les calculs américains. Des politiciens et des scientifiques exhortent Tokyo à faire une croix sur l'accueil du réacteur de fusion nucléaire ITER au Japon pour se concentrer sur le prochain grand défi scientifique: "l'accélérateur de particules linéaire international" (ILC) sur lequel planchent depuis des années des équipes asiatiques, européennes et américaines. Or, ce futur gigantesque site international d'expérimentation scientifique, visant à recréer les conditions énergétiques de la création de l'univers, suscite le grand intérêt des Etats-Unis. "Dans les calculs des Américains, on ne peut pas exclure qu'ils aient soutenu le Japon pour ITER afin de pouvoir légitimement revendiquer ultérieurement l'installation chez eux de l'ILC. De telles hypothèses avaient déjà émergé il y a deux ans", a affirmé à l'AFP un connaisseur du dossier à Tokyo. Les Japonais bénéficient de l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud pour accueillir ITER à Rokkasho-mura, un village du nord de l'Archipel. L'Union européenne, elle, se bat, avec le soutien de la Russie et de la Chine, pour le site français de Cadarache. En revanche, l'UE ne devrait pas postuler pour recevoir l'ILC, bénéficiant d'un autre accélérateur de particules international (LHC) qui entrera en fonction en 2007. Selon des sources concordantes, les Etats-Unis ont poussé la candidature japonaise à ITER pour éviter la concurrence de Tokyo sur l'ILC qu'ils souhaitent accueillir. "L'ILC est notre première priorité en termes de sites majeurs de physique énergétique", a affirmé en avril un directeur du département américain de l'Energie, le professeur Robin Staffin. "Les projets ITER et ILC ont des visées scientifiques différentes et ne sont absolument pas liés", insiste le porte-parole d'un organisme qui travaille sur l'élaboration de l'ILC au Japon. Toutefois, si le Japon perdait ITER, les Etats-Unis pourraient réduire leur engagement dans le projet de réacteur nucléaire pour des raisons budgétaires. "Tant que tout n'est pas signé, ce risque existe toujours", reconnaît une source européenne. La circonspection est de mise puisque le 24 mai, la Chambre des représentants a adopté un amendement proposé par le président de la commission des Sciences Sherwood Boelhert "pour empêcher les Etats-Unis de s'engager dans ITER avant le 1er mars 2006", arguant que le financement du site ne devait pas se faire au détriment des activités de recherches aux Etats-Unis. "Nous pensions que Tokyo n'avait plus qu'à gérer un problème de diplomatie intérieure pour faire admettre son renoncement à accueillir ITER. Mais cela traîne en longueur et la résistance est peut-être plus forte que d'aucuns le pensaient", a confié à l'AFP une source au fait du sujet. En outre, le revers européen essuyé par le président Jacques Chirac, qui avait annoncé la victoire de Cadarache, complique la donne en redonnant espoir à la candidature japonaise. "Nous suivons cette situation de près", répond le directeur du bureau de recherche et dévelopement du ministère japonais des Sciences et Techniques, Masato Kitani. "Notre position n'a pas variée et nous défendons toujours aussi vigoureusement l'accueil d'ITER au Japon. Une importante réunion est prévue la semaine prochaine (lundi 13 à Tokyo) qui montrera que les autorités locales, le gouvernement et les industriels japonais se mobilisent en ce sens", a-t-il déclaré à l'AFP.
1/6/2005 - Les députés-maires Maryse Joissains-Masini (Aix-en-Provence) et Daniel Spagnou (Sisteron) demandent au Président de la République Jacques Chirac de se rendre "dans les prochaines semaines" sur le site de Cadarache où devrait être installé le réacteur Iter. "D'aucuns voudraient profiter du +Non à la constitution+ pour remettre en cause la candidature française à l'accueil d'Iter", affirment-ils dans un communiqué les maires. Ils soulignent qu'un responsable japonais "s'est autorisé à douter du soutien que pourrait apporter au projet Iter un peuple européen trop préoccupé par les questions d'emploi". Les deux élus provençaux "en appellent à la mobilisation unanime de tous les responsables, élus et socio-professionnels, de la région, pour réaffirmer la volonté des Français d'accueillir ce projet en Provence". "A cette fin, ils viennent de réitérer leur invitation au Président de la République, à venir personnellement sur le site dans les prochaines semaines", ont indiqué les cabinets des maires. Cette invitation intervient après les résultats du référendum de dimanche lors duquel 77,03 % des électeurs de Saint-Paul-lès-Durance, commune où est situé Cadarache, se sont prononcés pour le non. "En dépit des avertissements", la population "n'a toutefois pas mesuré l'interprétation et l'exploitation qui pourraient être faites de son vote au-delà des frontières", ont estimé les deux maires. "Ce projet engage les nations qui le portent sur un demi-siècle. Le résultat d'un référendum ne saurait le remettre en cause", ont-ils affirmé.
30/5/2005 - Le gouvernement japonais a posé deux nouvelles conditions pour qu'il renonce à accueillir le réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter au profit du site français de Cadarache, a rapporté lundi le quotidien économique Nihon Keizai Shimbun (Nikkei). L'exécutif nippon demande qu'une partie des fonds employés pour le projet Iter soient utilisés pour financer des travaux d'amélioration du site de recherche de la fusion nucléaire de Naka (centre), et que le réacteur de la génération suivante soit conçu au Japon et financé à 50% par l'Union européenne et à 50% par Tokyo, assure le journal. Toujours d'après le Nikkei, un accord définitif entre l'Union européenne et le Japon pour le choix de Cadarache tarde à venir, car des arrangements restent à trouver avec la Corée du sud et avec la préfecture japonaise d'Aomori (nord), candidate à l'accueil d'Iter. La Corée du sud souhaite coopérer à la construction du réacteur au Japon mais ne pourra pas le faire si la France est choisie, Un responsable de la préfecture d'Aomori a par ailleurs estimé lundi que la France ferait mieux, plutôt que de militer pour accueillir Iter, de se pencher sur le problème du chômage à l'origine, d'après lui, de la victoire du non lors du référendum sur la Constitution européenne. Selon ce responsable local, le vice-gouverneur Takeshi Ebina, le résultat du référendum reflète "le désir (des Français) d'un changement pour une politique orientée vers l'emploi". "Le taux de chômage dans l'Union européenne est très élevé, et nous doutons fortement que le peuple européen soutienne vraiment le projet Iter, qui leur coûtera 650 milliards de yens" (4,8 milliards d'euros), a analysé le responsable, cité par l'agence de presse Kyodo.
27/5/2005 - L'Union
européenne et le Japon sont d'accord pour que le pays qui
n'accueillera pas le réacteur expérimental de fusion
nucléaire Iter obtienne le poste de secrétaire général
du projet et fournisse 20% des effectifs, affirme vendredi le
journal nippon Yomiuri Shimbun. Le pays laissé pour compte
(France ou Japon) hébergera par ailleurs des laboratoires
de recherche liés à Iter, selon l'accord technique
signé le 5 mai dernier à Genève entre l'UE
et le Japon, dont le quotidien proche du gouvernement japonais
publie des détails. D'après le Yomiuri, qui estime
qu'Iter sera "probablement" construit en France, cet
accord sera officiellement annoncé fin juin à l'occasion
d'une réunion ministérielle en Russie entre les
six partenaires (UE, Japon, Etats-Unis, Chine, Russie et Corée
du Sud) impliqués dans le projet.
7/5/2005 - Dernier
prix Nobel japonais de physique, le professeur Masatoshi Koshiba
est l'un des scientifiques qui remettent en cause le bien-fondé
du projet de réacteur expérimental international
de fusion nucléaire Iter, enjeu d'une vive compétition
entre le Japon et l'UE.
Dans un entretien 'an dernier, le
Pr Koshiba, 78 ans, avait expliqué ses réserves,
accusant les promoteurs d'Iter de vouloir faire prendre des vessies
pour des lanternes. Citant un proverbe
chinois --"Tête de mouton, mais viande de chien"--,
ce spécialiste de physique fondamentale reprochait aux
tenants du projet de le présenter comme "la source
d'énergie de la prochaine génération",
ce qu'il n'est pas, selon lui. Ambitionnant de produire une énergie
propre et sûre en recréant sur Terre les mécanismes
à l'oeuvre au coeur des étoiles, le projet Iter
devrait entrer dans sa phase opérationnelle en 2014 et
être exploité pendant 20 ans, avec un budget estimé
à quelque dix milliards d'euros.
Pour le prix Nobel de physique 2002, Iter ne remplit pas "un
certain nombre de conditions, à savoir la sûreté
et les coûts économiques", pour s'affirmer comme
une prochaine source d'énergie quasi inépuisable.
En effet, "dans Iter, la
réaction de fusion produit des neutrons de grande énergie,
de 14 MeV (mégaélectronvolts)",
niveau jamais atteint encore, expliquait M. Koshiba. "Si
les scientifiques ont déjà fait l'expérience
de la manipulation de neutrons de faible énergie, ces neutrons
de 14 MeV sont tout à fait nouveaux et personne à l'heure actuelle ne sait comment
les manipuler", avertissait-il.
Aujourd'hui, soulignait le professeur honoraire de l'Université
de Tokyo, la fission nucléaire libère des neutrons
d'une énergie moyenne d'un ou deux MeV seulement. Pour
M. Koshiba, les scientifiques doivent d'abord résoudre
ce problème des neutrons de 14 MeV "en construisant
des murs ou des absorbeurs" avant de pouvoir affirmer qu'il
s'agit d'une énergie nouvelle et durable.
Or, c'est, selon lui, une solution très coûteuse.
"S'ils doivent remplacer les absorbeurs tous les six mois,
cela entraînera un arrêt des opérations qui
se traduira en un surcoût de l'énergie", critiquait
le physicien. Mais "ce projet n'est plus aux mains des scientifiques,
il est dans celles des hommes politiques et des hommes d'affaires.
Les scientifiques ne peuvent plus rien changer", déplorait-il.
Et le professeur Koshiba,
ironique, disait souhaiter "que le gouvernement français
ait l'honneur d'accepter Iter dans son propre pays". Le gouvernement de Tokyo refuse jusqu'à présent
de concéder la défaite sur le lieu d'implantation
d'Iter mais selon Paris et la presse japonaise, il est quasiment
assuré que le réacteur sera installé à
Cadarache, dans le sud de la France.
6/5/2005:
ITER : l'arnaque (Le Réseau "Sortir
du nucléaire" publie 7 fiches thématiques sur
ITER)
Tokyo pourrait accepter que le projet de réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter soit situé en Europe
2 Mai 2005 - "Le Japon est d'accord pour accepter la possibilité qu'Iter soir en Europe, une chose qui jusque là était impossible pour eux", a déclaré lundi Jeannot Krecqé, ministre de l'Economie du Luxembourg. L'UE et le Japon s'opposent depuis des mois sur le choix stratégique du site d'Iter, projet qui rassemble aussi USA, Russie, Chine et Corée du Sud. L'UE se bat, avec le soutien des Russes et des Chinois, pour le site de Cadarache, dans le sud de la France, tandis que les Japonais, qui bénéficient de l'appui des Etats-Unis et jusqu'à présent de la Corée du sud, défendent chez eux celui de Rokkasho-mura au Japon. "On a bon espoir d'aboutir dans les prochaines semaines à un accord", a ajouté Jeannot Krecqé, qui représente la présidence du Conseil de l'UE. Il a aussi indiqué que "pour la première fois" dans les discussions engagées entre la présidence de l'UE et le Japon, l'UE avait senti "au moins une ouverture d'esprit". A Luxembourg, le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi avait déclaré auparavant espérer un accord "aussi rapidement que possible" avec l'Union européenne. Le 12 avril, en l'absence d'accord, le Japon et l'UE s'étaient donné trois mois de sursis pour tenter de sauver le projet original à six et parvenir à un règlement politique.
TOKYO (27 mars 2005) - Le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a déclaré dimanche que Tokyo n'avait "nullement l'intention" de renoncer à la candidature de la ville de Rokkasho-Mura pour implanter le futur réacteur nucléaire Iter, en compétition avec le site français de Cadarache. Avec le président Jacques Chirac, "nous sommes convenus de poursuivre nos pourparlers en la matière pour arriver à une solution qui soit intéressante pour les deux parties", a-t-il simplement déclaré lors d'une conférence de presse commune avec le président français Jacques Chirac à Tokyo. Malgré ce refus catégorique du Japon de renoncer à sa candidature pour rallier celle du site de Cadarache (Bouches-du-Rhône), le président français s'est voulu optimiste quant à la possibilité de parvenir à un accord. "Les propositions du Japon sur les pays hôtes et les pays non hôtes me paraissent de nature à permettre un accord entre l'Union européenne et le Japon", a-t-il souligné, sans plus de précisions. L'UE a décidé d'engager les travaux pour installer le futur réacteur thermo-nucléaire Iter (International thermo-nuclear experimental reactor) à Cadarache d'ici la fin de l'année. Le site japonais de Rokkasho-Mura, dans le nord de l'archipel, a reçu le soutien des Etats-Unis et de la Corée du Sud, tandis que le projet européen est appuyé par la Russie et la Chine.
Le Figaro, 26/3/2005:
Deux sites sont en concurrence
L'Europe veut commencer la construction du réacteur expérimental Iter à Cadarache (Bouches-du-Rhône) avant la fin de l'année 2005, d'après une des conclusions du sommet de Bruxelles qui s'est tenu cette semaine. Pour la première fois depuis le début de ce grand projet de recherche destiné à maîtriser, d'ici à plusieurs décennies, la fusion nucléaire l'énergie des étoiles pour produire de l'électricité, l'UE a donné à la Commission européenne une date limite pour les négociations avec le Japon : fin juin. Si, d'ici à juillet 2005, le Japon ne renonce pas à sa candidature de Rokkasho-mura, dans le nord de l'Archipel, l'Europe est prête à s'engager seule dans ce programme de 10 milliards d'euros étalés sur trente années, avec le soutien de la Russie et de la Chine. Cette éventualité avait déjà été avancée en novembre dernier, mais aucune échéance n'avait été fixée pour les discussions avec le Japon. Le sujet sera au menu des discussions bilatérales pendant la visite de Jacques Chirac. La candidature japonaise est soutenue depuis 2003 par les Etats-Unis et la Corée du Sud. Au sein du consortium des six partenaires internationaux Iter, seule une décision par consensus est possible. Depuis des mois, les positions japonaise et européenne paraissent figées, sans espoir d'accord. Pour le Japon, qui ne dispose d'aucune réserve énergétique à long terme, Iter et la maîtrise de la fusion nucléaire, source presque inépuisable d'énergie produisant peu de déchets radioactifs, est un enjeu majeur. Mais d'un autre côté, les Japonais ne pourraient certainement pas se passer de l'expertise européenne dans le domaine de la fusion. Deux des meilleurs réacteurs expérimentaux dans ce domaine très technique sont en effet européens : le Jet à Culham, en Grande-Bretagne, et Tore-Supra à Cadarache, en France. Si l'Europe décide en juillet de faire bande à part, la France devra prendre en charge une plus grosse partie des frais de construction, estimé autour de 4,5 milliards d'euros. L'UE espère en fait que d'autres partenaires rejoindront ensuite son initiative, pour aider à mieux partager les coûts de fonctionnement. L'enjeu du site d'implantation du réacteur n'est pas de savoir qui va être le premier à récolter les fruits d'Iter, puisque toutes les données scientifiques seront partagées entre les six partenaires du consortium. En revanche, une grande partie des 10 milliards d'euros nécessaires à la construction et au fonctionnement du réacteur pendant trente ans profitera aux industriels du pays retenu. Certaines études estiment cet impact à 10 000 emplois sur la durée du projet.
Cyrille Vanlerberghe
AFP, 8/3/2005:
ITER: le Japon oppose une nouvelle fin de non recevoir
à l'UE
4/3/2005 - Le
Japon a jugé vendredi prématurée la proposition
européenne de compromis politique pour sortir de l'impasse
sur la localisation du futur réacteur expérimental
de fusion nucléaire Iter, estimant que les discussions
techniques n'étaient pas terminées. Le commissaire
européen à la Recherche, Janez Potocnik, a appelé
jeudi à un compromis politique avec les Japonais, jugeant
que les discussions techniques ne pouvaient pas aller plus loin.
"C'est prématuré", a affirmé Satoru
Otake, chargé du dossier Iter au ministère de la
science et des technologies. "Les discussions techniques
ne sont pas terminées, elles se poursuivent", a-t-il
expliqué. Dans l'âpre compétition internationale
qui se livre pour accueillir Iter, l'Union européenne (UE)
se bat, avec le soutien des Russes et des Chinois, pour le site
de Cadarache dans le sud de la France.
Les Japonais, qui bénéficient de l'appui des Etats-Unis
et de la Corée du Sud, défendent chez eux celui
de Rokkasho-mura. Le projet Iter est estimé à 10
milliards d'euros sur 30 ans, dont 4,57 milliards d'euros pour
la seule construction du réacteur qui doit durer dix ans.
Fin novembre, l'UE avait réaffirmé sa volonté
de lancer la construction d'Iter à Cadarache sans le Japon
si aucun accord n'était rapidement trouvé avec Tokyo.
Désireux tout de même de trouver un compromis avec
tous les partenaires du projet, les 25 et la Commission européenne
avaient cependant insisté, en cas d'accord général
sur Cadarache, sur la nécessité d'un "partenariat"
privilégié avec Tokyo et d'une "approche élargie"
des recherches sur la fusion prévoyant des activités
complémentaires à Iter. Mais la position adoptée
en novembre avait été qualifiée d'"extrêmement
regrettable" par les autorités japonaises et les négociations
se poursuivent depuis.
3/3/2005 - Le
commissaire européen à la Recherche, Janez Potocnik,
appelle à un compromis politique avec les Japonais pour
sortir de l'impasse sur la localisation du futur réacteur
expérimental de fusion nucléaire Iter, estimant
que les discussions techniques ne pouvaient pas aller plus loin.
"Les discussions techniques sont maintenant allées
aussi loin que possible", selon un discours du commissaire
prononcé à Culham au Royaume-Uni et diffusé
à Bruxelles. "J'ai proposé à nos partenaires
japonais de s'assoir ensemble pour trouver un compromis acceptable
à un haut niveau politique", a-t-il ajouté,
précisant que sa proposition n'avait pas encore trouvé
de réponse.
Dans l'âpre compétition internationale qui se livre
pour accueillir Iter, l'UE se bat, avec le soutien des Russes
et des Chinois, pour le site de Cadarache dans le sud de la France.
Les Japonais, qui bénéficient de l'appui des Etats-Unis
et de la Corée du Sud, défendent chez eux celui
de Rokkasho-mura. "Nous n'avons fait l'économie d'aucun
effort pour trouver un consensus entre les six différents
partenaires dans le but de réaliser Iter à Cadarache",
a estimé jeudi M. Potocnik, rappelant le "rôle
spécial" que reconnaît l'UE au Japon dans le
projet Iter. Fin novembre, l'UE avait réaffirmé
sa volonté de lancer la construction d'Iter à Cadarache
sans le Japon si aucun accord n'était rapidement trouvé
avec Tokyo.
Désireux tout de même de trouver un compromis avec
tous les partenaires du projet, les 25 et la Commission européenne
avaient cependant insisté, en cas d'accord général
sur Cadarache, sur la nécessité d'un "partenariat"
privilégié avec Tokyo et d'une "approche élargie"
des recherches sur la fusion prévoyant des activités
complémentaires à Iter. Mais la position adoptée
en novembre avait été qualifiée d' "extrêmement
regrettable" par les autorités japonaises et les négociations
se poursuivent depuis. Le projet Iter est estimé à
10 milliards d'euros sur 30 ans, dont 4,57 milliards d'euros pour
la seule construction du réacteur qui doit durer dix ans.
1/2/05 - Les discussions entre le Japon et l'UE se poursuivent pour tenter de sortir de l'impasse sur le site du futur réacteur nucléaire expérimental Iter, a-t-on appris mardi de sources officielles à Tokyo, mais, selon la presse nippone, les Japonais ont rejeté la dernière offre européenne. "Nous gardons tous les canaux de communication ouverts et opérationnels. Nos discussions avec l'UE continuent", a dit à l'AFP un responsable du ministère japonais de la Sciences et de la Technologie, ayant requis l'anonymat. Ce haut fonctionnaire s'est abstenu de commenter un article du quotidien économique Nihon Keizai (Nikkei) selon lequel le Japon a rejeté la dernière proposition de compromis de l'UE présentée en décembre. Tokyo a signifié son refus lors d'une rencontre au niveau des experts à la mi-janvier à Tokyo, a précisé le Nikkei, généralement bien informé. L'offre européenne consisterait à "partager les attraits et les charges" du projet dans le cadre d'une collaboration industrielle qui permettrait d'offrir des compensations aux entreprises du pays non retenu pour héberger Iter. Dans cette âpre compétition internationale, le site européen de Cadarache (sud de la France), soutenu par les Russes et les Chinois, est opposé à celui de Rokkasho-mura au Japon, qui bénéficie pour l'heure de l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud. "Nous ne sommes pas au courant d'un rejet japonais", a affirmé Etienne Reuter, le directeur du service de presse de la délégation de la Commission européenne au Japon. Fin novembre, l'UE a réaffirmé sa volonté de lancer la construction d'Iter à Cadarache sans le Japon si aucun accord n'était rapidement trouvé avec Tokyo. Une décision qualifiée alors d'"extrêmement regrettable" par les autorités japonaises.
20/12/04 - Le Japon n'a aucune intention de céder face aux tactiques "hautaines" de l'Union européenne (UE) visant à imposer à ses partenaires la France comme pays d'accueil du futur réacteur nucléaire expérimental Iter, a affirmé à l'AFP un des négociateurs nippons à Tokyo.
Dans cette âpre compétition internationale, le site européen de Cadarache (sud de la France), soutenu par les Russes et les Chinois, est opposé à celui de Rokkasho-mura au Japon, qui bénéficie pour l'heure de l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud.
Fin novembre, l'UE a réaffirmé
sa volonté de lancer la construction d'Iter à Cadarache
sans le Japon si aucun accord n'est trouvé rapidement avec
Tokyo.
Une décision qualifiée alors d'"extrêmement
regrettable" par les autorités japonaises. "Si
les Européens pensent que nous allons céder devant
leurs tactiques de négociation hautaines, ils font une
grave erreur", vitupère dans une interview le directeur
général du département Recherche et Développement
au ministère de la Science et de la Technologie, Toichi
Sakata. "Si l'UE veut y aller sans le Japon, qu'elle y aille
! Cela ne va pas nous émouvoir. Ni le Japon, ni les Etats-Unis,
ni la Corée du Sud", souligne-t-il en des termes inhabituellement
virulents pour un haut fonctionnaire japonais. "La raison
pour laquelle nous n'avons pas encore trouvé de solution
tient au soutien obstiné des Européens à
Cadarache. Nous pensons que c'est la meilleure proposition qui
doit l'emporter et celle du Japon est meilleure que la contre-proposition
de l'UE", soutient M. Sakata.
Le projet Iter, dont le site d'accueil doit être décidé en principe par consensus, est estimé à 10 milliards d'euros sur 30 ans, dont 4,57 milliards d'euros pour la seule construction du réacteur qui doit durer dix ans.
La manne est estimée à 1.200 milliards de yens (8,6 milliards d'euros) pour la région de Rokkasho-mura, selon un responsable de la préfecture d'Aomori, à 600 km au nord de Tokyo.
Pour M. Sakata, les négociateurs européens se sont montrés "suffisants et dominateurs" lors des précédentes réunions. "Après avoir observé le style de négociation des Européens, les Etats-Unis, nos solides alliés, ont des doutes sur la réelle capacité de l'UE à mener à bien le projet Iter", estime le haut fonctionnaire japonais.
M. Sakata ajoute que le Japon poursuit les discussions avec l'UE mais qu'il n'est pas pressé de signer un accord défavorable. "Pour le Japon, il n'y a pas de date limite et nous n'allons pas faire de compromis", assure-t-il. "Pourquoi devrait-on trouver un accord rapidement ? Iter ne sera pas prêt avant cinquante ans. Le projet ne disparaîtra pas si nous ne signons pas d'accord dans les prochains mois", insiste M. Sakata.
La fusion nucléaire consiste à produire de l'énergie en reproduisant la fusion de noyaux d'atomes, à l'instar de ce qui se passe au coeur du soleil.
L'UE estime que le projet verra plus rapidement le jour à Cadarache, plateforme de recherche en France regroupant 400 spécialistes de la fusion nucléaire parmi 3.500 scientifiques.
Cependant, M. Sakata affirme que Rokkasho-mura
est plus qualifié que Cadarache en termes de sécurité,
d'engagement financier du gouvernement et de niveau de recherche
scientifique. "Pour construire le réacteur Iter, il
faut acheminer des centaines de marchandises très lourdes,
certains conteneurs pesant jusqu'à 1.000 tonnes.
Rokkasho-mura se trouve à seulement 5 km d'un port, Cadarache
à 100 km, ce qui pose de sérieux risques de transport",
argumente M. Sakata. "De plus, l'engagement financier du
Japon pour Iter est très clair. Mais honnêtement,
je dois dire que l'engagement européen ne l'est pas. Sans
un tel engagement, comment peut-on être certain d'achever
la construction du réacteur Iter ?", s'interroge-t-il.
M. Sakata qualifie d'"irréaliste" l'hypothèse avancée par l'UE de solliciter de nouveaux pays pour remplacer le Japon et ses alliés.
Le Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir a néanmoins demandé au gouvernement de conduire une réflexion sur un projet tripartite Japon-USA-Corée du Sud.
7/12/2004:
Iter: le Japon a proposé des concessions importantes
à l'UE, selon la presse
L'Est Républicain, 4/12/2004:
Le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) Christian Frémont qui a réuni hier à Marseille un « comité de pilotage » sur la mise en place du programme Iter, considère que la décision d'implanter le réacteur expérimental de fusion nucléaire à Cadarache (Bouches-du-Rhône) est prise.
« On peut considérer que la décision de réaliser Iter à Cadarache est prise par l'Union européenne », a déclaré le préfet au cours d'une conférence de presse, à l'issue de la réunion du comité de pilotage en présence d'élus locaux, affirmant qu'il ne fallait plus parler de « projet Iter », mais de « programme Iter ». « La décision a été prise le 26 novembre. Il n'y a pas de temps à perdre. C'est pourquoi j'ai réuni le comité de pilotage », a commenté le préfet.
Divers élus de PACA concernés par le projet ont évoqué hier les retombées économiques du projet pour la région, et les questions d'aménagement du territoire, notamment la construction d'une route à grand gabarit conduisant au site, d'une école internationale et de logements, un « sujet très difficile », a dit le préfet, dans une région caractérisée par la flambée des prix de l'immobilier.
L'Humanité, 1/12/2004:
Iter tiré à hue et à dia
Liberation, 27 novembre 2004:
Mettre le Soleil en bouteille. Et se servir de sa chaleur pour produire de l'électricité à gogo. Projet de science-fiction. Rêve d'ingénieur dont la genèse intellectuelle remonte aux années 30, lorsque Hans Bethe élucide la chaîne complexe de réactions nucléaires qui fait briller les étoiles.
Principe ? De quatre faire un. Quatre noyaux d'hydrogène (des protons) fusionnent en un noyau d'hélium (deux protons et deux neutrons). Du coup, le Soleil maigrit - car le noyau d'hélium ne fait que 3,97 fois la masse d'un hydrogène - de 500 millions de tonnes par seconde depuis quatre milliards d'années. Cette perte, comme l'a démontré Albert Einstein (E = mc2), se mue en énergie. Et voilà pourquoi le Soleil brille.
Défi. Copier la recette stellaire s'annonce coton. Le mariage des noyaux s'y opère contraint et forcé par les 500 000 bars et les 15 millions de degrés régnant en son coeur. Facile pour le Soleil, il lui suffit d'être très massif, gravitation et forces nucléaires s'unissant pour fabriquer un réacteur thermonucléaire autocontrôlé. D'où la longue perplexité des ingénieurs devant le défi. Ils savent déclencher le feu stellaire dans les bombes H (pour hydrogène) en utilisant une bombe A (à l'uranium ou au plutonium) comme amorce. Mais cette piste ne peut mener qu'à l'explosion, pas au contrôle. Pourtant, dès 1946, deux Britanniques déposent un brevet pour un réacteur en forme de tore (une couronne) abritant un gaz chauffé par radio-fréquences. En 1958, une conférence internationale déclassifie toutes les recherches sur la fusion, jusqu'alors secrètes, permettant aux physiciens américains, russes et européens de confronter leurs concepts. Mais la recherche patine. Le plasma - un gaz chauffé au point que noyaux et électrons se séparent - résiste à toutes les tentatives de le contrôler par des aimants. La percée a lieu en 1968, à l'institut Kurtchatov de Moscou avec un plasma de 10 millions de degrés.
Champs magnétiques. Les physiciens soviétiques adoptent une configuration particulière de champs magnétiques, baptisée tokamak (tore, chambre et magnétisme). Elle emprisonne le plasma par deux champs magnétiques complémentaires, le premier l'obligeant à parcourir une boucle et le second corrigeant les dérives des particules pour les contraindre à suivre ce cercle magique.
Le tokamak s'impose dans tous les laboratoires qui se livrent une course aux performances et à la taille. Car l'énergie des étoiles ne permet pas de jouer petit bras... un peu comme si Clément Ader avait dû construire un Airbus A-380 pour prouver que l'on pouvait faire voler un avion. Déclencher et entretenir la fusion exige des températures de plusieurs dizaines de millions de degrés afin de compenser densités et pressions beaucoup plus faibles que dans le Soleil. Même avec du deutérium et du tritium, cousins lourds de l'hydrogène (dotés d'un et deux neutrons supplémentaires) qui fusionnent plus facilement. L'Europe construit le JET (Joint European Torus) à Culham, le plus gros des Tokamaks actuels et record (17 MW) de puissance fusion produite avec un mélange deuté-rium/tritium. La France joue la carte des aimants supraconducteurs, une spécialité du Commissariat à l'énergie atomique, qui génèrent un champ magnétique de longue durée sans perte d'énergie ni échauffement. Tore Supra à Cadarache, détient depuis décembre 2003 le record de durée (six minutes et demie) d'un plasma d'hydrogène. De son côté, le Japon exploite depuis 1988 le JT60 (à Naka) tandis que les Etats-Unis travaillaient avec le TFTR (Princeton) entre 1982 et 1997.
Avec Iter, les physiciens espèrent démontrer la faisabilité «scientifique» de la fusion. A l'image de la pile de Fermi, en 1942 aux Etats-Unis, dont les 6 tonnes d'uranium métallique, 34 tonnes d'oxyde d'uranium et 400 tonnes de graphite développaient... 0,5 watt. Dans son plasma de deutérium et tritium de plus de 800 m3, chauffé à cent millions de degrés, la puissance thermonucléaire d'Iter devrait atteindre 500 MW durant quelques minutes. Une démonstration attendue vers 2030, en fin de vie d'Iter, après plusieurs années à expérimenter des plasmas d'hydrogène pour maîtriser leurs turbulences. Passer à un prototype de réacteur - où la fusion serait auto-entretenue sur longue durée - risque de prendre autant de temps. Et empruntera probablement la voie de développements technologiques imprévisibles, le rêve des physiciens étant de tomber sur de bonnes «surprises», soit dans la maîtrise du plasma soit dans les matériaux nouveaux afin d'éviter le gigantisme. C'est tout le paradoxe d'une machine dont l'objectif élémentaire - produire de la chaleur - cache la nouveauté radicale : une source d'énergie totalement inédite sur Terre. Si son potentiel séduit - puissance élevée, continuité de la production, faible pollution radioactive (Non, c'est faux, lire ci-dessous le texte de Raymond Sené), durabilité - il suppose de débloquer verrous technologiques et mé-connaissances fondamentales.
Sylvestre HUET
Liberation, 27 novembre 2004:
Tribulations d'une machine. Selon les ministres européens,
il
sera bâti en France, n'en déplaise au Japon candidat.
Le Figaro, 10/11/2004:
Des doutes scientifiques sur la fusion nucléaire
TOKYO (9 novembre 2004) - Le Japon a affiché mardi sa résolution
à accueillir le réacteur de fusion nucléaire
expérimental Iter, répliquant aux propos tenus lundi
par un haut responsable de l'UE sur les chances de voir le projet
international échoir au site de Cadarache, dans le sud
de la France."Nous ne comprenons pas pourquoi l'Union européenne
a tenu soudainement ces propos. S'agit-il peut-être seulement
d'une spéculation optimiste de sa part ou bien d'une technique
de négociation ?", a déclaré mardi un
porte-parole du département de fusion nucléaire
au ministère japonais de la Science et de la Technologie.
Le Japon et la Commission européenne étaient réunis
lundi à Vienne pour négocier la construction d'Iter,
pour laquelle le site japonais de Rokkasho-mura (nord) est en
concurrence avec le site français de Cadarache. Le même
jour à Bruxelles, la Commission européenne s'est
dite confiante dans les chances du site de Cadarache pour accueillir
le réacteur Iter.
"Nous sommes optimistes pour obtenir un résultat favorable
pour Iter à Cadarache", a déclaré Fabio
Fabbi, porte-parole du commissaire européen à la
Recherche Louis Michel. Une réunion élargie est
prévue mardi dans la capitale autrichienne avec les autres
parties au dossier, Etats-Unis, Russie, Corée du Sud et
Chine.
Le porte-parole japonais du département de fusion nucléaire
a ajouté, mardi matin à Tokyo, que le Japon n'avait
pas renoncé à accueillir le projet Iter sur son
site de Rokkasho-mura. "Nous allons pousser dans ce sens
à la réunion de Vienne", a-t-il dit, ajoutant
que Tokyo n'était pas prêt à accepter le principe
d'une compensation en échange de son retrait.
L'UE -la France en particulier- peut compter sur l'appui de la
Chine et de la Russie. Le Japon, de son côté, est
soutenu par les Etats-Unis et la Corée du Sud.
Le projet Iter est estimé à 10 milliards d'euros
sur trente ans, dont 4,7 milliards d'euros pour la seule construction
du réacteur, qui doit durer dix ans. Quelque 40% de ces
coûts de construction doivent être pris sur le budget
communautaire. La France avait confirmé fin septembre qu'elle
était prête à doubler sa participation financière
au projet, pour la porter à 914 millions d'euros, soit
20% du coût de construction.
Le Monde, 16/10/2004:
Le réacteur ITER au forceps
24/9/04 - Le
Japon défend toujours l'idée d'une coopération
regroupant les six pays partenaires du projet de réacteur
de fusion nucléaire expérimental Iter alors que
l'Union européenne n'exclut pas de faire cavalier seul,
a-t-on souligné vendredi de source scientifique nippone.
"Notre position de principe est que les six partenaires (Corée
du sud, Chine, Etats-Unis, France, Japon et Russie) devraient
mener le projet Iter en commun", a déclaré
à l'AFP un chercheur japonais de haut rang spécialisé
dans la fusion nucléaire, sous couvert de l'anonymat. Selon
ce responsable, les autorités japonaises sont au courant
du fait que l'Union européenne pourrait désormais
envisager de conduire seule le projet Iter, sans toutefois n'en
avoir eu confirmation des principaux intéressés.
Deux sites sont candidats à l'accueil du projet Iter: Cadarache
dans le sud-est de la France et Rokkasho-mura dans le nord-est
du Japon. Pour augmenter la pression sur les adversaires de Cadarache,
l'ancien commissaire européen chargé de la Recherche,
le Belge Philippe Busquin --remplacé récemment par
son compatriote Louis Michel-- a suggéré début
septembre, avant son départ de la Commission, que l'UE
prenne l'initiative de lancer elle-même le projet, avec
"toutes les parties qui le souhaiteront". Dans une lettre
à la présidence néerlandaise de l'Union,
dévoilée mercredi par le quotidien français
"la Tribune", le commissaire européen soulignait
notamment que "plusieurs partenaires donnent une préférence
très forte" au site de Cadarache, et "qu'ils
soutiendraient une initiative de l'Union pour débloquer
la situation". L'UE a toutefois pris garde de ne pas provoquer
de rupture avec ses cinq partenaires. "Nous pensons qu'il
y a toujours possibilité de trouver un accord avec les
cinq autres partenaires sur le consortium Iter", notamment
"avec les Japonais", a indiqué le porte-parole
de M. Michel.
Selon des sources diplomatiques concordantes, la présidence
néerlandaise veut arriver à trancher d'ici la fin
du mois de novembre le conflit portant sur la localisation du
réacteur, qui oppose les partisans de CadaracheChine, Russie),
aux partisans de Rokkasho-mura (Japon, Corée du Sud, Etats-Unis).
L'offensive diplomatique s'appuiera notamment sur une réunion
des six partenaires du projet qui devrait avoir lieu à
la mi-octobre à Vienne, sous l'égide de l'Agence
internationale de l'énergie atomique (AIEA). Mais avant
d'envisager un cavalier seul, les Européens préfèreraient
attendre l'issue des élections présidentielles américaines
en novembre, la période électorale rendant peu probable
un changement d'attitude des Etats-Unis sur ce dossier, selon
une source diplomatique.
22/9/04 - La Commission européenne est prête à étudier l'hypothèse que l'UE se lance seule, avec les alliés qui le souhaitent, dans la construction du réacteur de fusion expérimental Iter, aujourd'hui bloquée par un conflit international sur sa localisation, a-t-on indiqué mercredi de source communautaire.
L'Union européenne, soutenue par la Chine et la Russie, défend une implantation à Cadarache, dans le sud de la France, tandis que le Japon, soutenu par la Corée du sud et les Etats-Unis, veut implanter le réacteur à Rokkasho-Mura, dans le nord du pays.
Le commissaire à la Recherche Philippe Busquin a envoyé une lettre à la présidence néerlandaise pour suggérer que les 25 donnent mandat à la Commission d'étudier l'hypothèse d'un lancement d'Iter par l'Europe et ses alliés, pour sortir du blocage, a indiqué une source communautaire, confirmant des informations parues mercredi dans le quotidien économique français La Tribune.
"Il s'agit pour l'UE de prendre l'initiative" de lancer le programme Iter avec ses alliés comme la Russie, la Chine, et d'autres pays potentiellement intéressés comme le Canada ou l'Inde, en laissant la porte ouverte aux partisans actuels du site japonais, a-t-on expliqué de source communautaire.
La Commission souhaite que les 25 envisagent cette hypothèse dès le conseil des ministres de la Recherche de vendredi à Bruxelles, pour pouvoir prendre une décision définitive lors du conseil suivant, en novembre, a-t-on indiqué de même source.
Le problème principal est de trouver des financements alternatifs pour le projet, dont le coût est estimé à 10 milliards d'euros dont 4,5 milliards d'euros pour la construction du réacteur.
Selon la Tribune, le ministre de la Recherche français François d'Aubert a proposé à la Commission européenne de porter la participation française à 914 millions d'euros, contre 457 millions d'euros dans le projet initial.
Les coûts d'Iter pourraient être également revus à la baisse, selon le quotidien.
Libération, 13/7/2004:
Les négociateurs d'Iter, réacteur expérimental sur la fusion thermonucléaire sont, tels des joueurs d'échecs, bloqués. L'un d'eux osera-t-il, cet été, renverser la table ? En juin, les six acteurs - Union européenne, Etats-Unis, Japon, Russie, Chine et Corée du Sud - étaient réunis à Vienne pour s'accorder sur un des deux sites en compétition pour l'accueillir : Cadarache (Bouches-du-Rhône), présenté par l'Union européenne, soutenu par les Russes et les Chinois ; Rokkasho-Mura, présenté par le Japon, soutenu par les Etats-Unis et la Corée. Sans succès.
Pourtant, le design de la machine est prêt : un tokamak où des champs magnétiques confineront un gaz d'hydrogène, puis de deutérium et de tritium, ses isotopes lourds (dotés d'un ou deux neutrons de plus). L'objectif ? Obtenir, durant quelques minutes, des réactions de fusion nucléaire dégageant cinq à dix fois l'énergie initiale. Le coût ? Dix milliards de dollars sur trente ans, pas moins de 10 % pour chaque partenaire, pas plus de 50 % pour celui qui héberge Iter.
Riposte. Reste le lieu. Depuis un an, le ton monte entre l'Union européenne et le Japon, «poussés» par les Etats-Unis. Spencer Abraham, le secrétaire d'Etat américain à l'énergie a déclaré le site de Rokkasho-Mura «supérieur à celui de Cadarache»... après s'être mêlé au débat européen en appuyant le site espagnol.
Pour les Européens, les deux implantations ne se valent pas. La moitié des physiciens et ingénieurs du domaine travaillent en Europe, qui exploite les deux meilleures machines actuelles, le Joint European Torus à Culham (Royaume-Uni) et Tore Supra à Cadarache. La comparaison des rapports techniques sur les deux sites n'aurait pas tourné à l'avantage des Japonais... qui ont refusé leur divulgation. L'UE propose de créer au Japon un centre de recherche sur les matériaux innovants nécessaires à cette filière, et de prendre en charge 50 % de cet «Iter élargi». Riposte japonaise : «D'accord avec votre idée, mais Iter chez nous, le deuxième centre à Cadarache et nous montons à 50 %.»
Fermeté de roc. Un vrai poker où le renoncement serait, pour le gouvernement japonais, un affront durement ressenti alors que l'Europe montre une fermeté de roc. Avec les Etats-Unis qui, vicieusement, demandent aux deux enchérisseurs de mettre noir sur blanc leur nouvel engagement. Pour amadouer les Japonais, les Européens ont fait, discrètement, des propositions de coopérations dans d'autres domaines de haute technologie. Espace, physique des particules, nucléaire... Sans succès. Sans, non plus, que les Japonais entreprennent de démarche symétrique. Pat, alors ? Pas certain.
L'espoir de voir les Etats-Unis adopter une simple neutralité, conduisant le Japon à s'assouplir, est ténu. Mais le déblocage pourrait être plus brutal.
A l'inverse des échecs, il reste une solution de force aux partenaires qui en prendront le risque : s'affranchir des règles fixées au début de la négociation. La conviction de tous étant qu'il n'y aura qu'une seule machine de ce type dans le monde, il ne serait pas étonnant que l'un des deux acteurs, décidé à mettre le paquet, se lance seul, ou avec un ou deux autres des acteurs minoritaires, en espérant être rejoint par la suite. Une rupture des règles du jeu pas très diplomatique, mais où le premier qui dégainera aura de grandes chances de l'emporter au final.
Surprise. Ce schéma, l'Europe l'a suivi avec succès pour la physique des particules, avec le Large Hadron Collider (en construction au Cern, près de Genève) rallié par les Etats-Unis après l'abandon de leur propre projet, plus coûteux. Une décision plus facile à prendre au Japon qu'en Europe où gouvernements et Commission doivent se mettre d'accord au prix d'une délicate discussion. Qui osera ? Cela pourrait être la surprise de l'été. Même s'il est plus probable que le bras de fer se poursuive à l'automne.
Sylvestre HUET
BRUXELLES (16 juin 2004) - L'Europe est prête à s'aligner financièrement
sur l'offre de contribution supplémentaire que le Japon
envisagerait de faire pour la construction du réacteur
expérimental de fusion nucléaire Iter à condition
d'accueillir le projet.
Un "feu vert" en ce sens a été donné
à la Commission européenne lors d'une réunion
informelle des ministres et hauts responsables de l'UE chargés
de la Recherche lundi à Bruxelles, a-t-on indiqué
de même source.
Ont notamment participé à la
discussion la ministre irlandaise Mary Harney, dont le pays assure
la présidence de l'Union, le Français François
d'Aubert, l'Italienne Letizia Moratti, David King, conseiller
scientifique du Premier ministre britannique Tony Blair, et le
commissaire européen Philippe Busquin.
Les travaux visaient à consolider la position commune de
l'Union européenne sur le dossier Iter, dans la perspective
de la prochaine réunion des partenaires du consortium Iter
qui se tiendra au niveau des experts vendredi à Vienne.
L'UE, la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon participent à l'ambitieux projet Iter, dont l'objectif à terme est de produire sur Terre les mécanismes de la fusion à l'oeuvre dans les étoiles.
Toutefois les six partenaires achoppent depuis des mois sur le choix du site. L'UE, Moscou et Pékin soutiennent la candidature de Cadarache, près de Marseille (sud-est de la France). Washington et Séoul soutiennent les ambitions du Japon avec Rokkashomura (nord-est).
Selon le quotidien nippon des affaires Nihon Kenzai, Tokyo serait prêt à proposer vendredi de débourser 100 milliards de yens (740 M EUR) supplémentaire pour la construction du futur réacteur à condition de l'accueillir sur son sol.
Les Européens sont d'autant moins enclins à abandonner le morceau qu'une évaluation confidentielle réalisée en interne au sein du consortium en février dernier démontre à leurs yeux la "supériorité technique" du site de Cadarache sur Rokkashomura, selon la même source communautaire.
Le document, dont l'AFP a obtenu une copie, souligne entre autres le coût moindre que représenterait une installation du réacteur Iter à Cadarache, ainsi qu'au plan de la sécurité, les risques moins élevés en matière sismique par rapport à Rokkashomura.
La candidature de la France, préférée l'an dernier à celle de l'Espagne pour défendre les couleurs de l'Union européenne dans le dossier Iter, a été handicapée depuis au sein du consortium par l'opposition des Etats-Unis, enclins à sanctionner par ce biais l'opposition de Paris à la guerre en Irak.
L'UE espère toutefois encore infléchir
la position de Washington, à la lumière du dégel
relatif des relations franco-américaines, illustré
par les retrouvailles des présidents Jacques Chirac et
George W. Bush lors des cérémonies du 60e anniversaire
du débarquement de Normandie le 6 juin et du soutien apporté
par Paris à la résolution américano-britannique
sur la reconstruction de l'Irak votée la semaine passée
aux Nations unies.
Le bien-fondé d'Iter contesté
par le dernier Nobel de physique japonais
TOKYO 30 janvier 2004 - Dernier prix Nobel japonais de physique, le professeur
Masatoshi Koshiba remet en cause le bien-fondé du projet
de Réacteur thermonucléaire expérimental
international (Iter), accusant ses promoteurs de vouloir faire
prendre des vessies pour des lanternes.
Citant un proverbe chinois - "Tête de mouton, mais
viande de chien" -, le Pr Koshiba, 77 ans, spécialiste
de physique fondamentale, reproche aux partisans d'Iter de présenter
le projet comme "la source d'énergie de la prochaine
génération", ce qu'il n'est pas, selon lui.
Ambitionnant de produire une énergie propre et sûre en recréant sur Terre les mécanismes à l'oeuvre au coeur des étoiles, le projet Iter devrait entrer dans sa phase opérationnelle en 2014 (non 2050 au plus tôt) et être exploité pendant 20 ans, avec un budget estimé à quelque dix milliards d'euros.
Le prix Nobel de physique 2002 estime qu'Iter ne remplit pas "un certain nombre de conditions, à savoir la sûreté et les coûts économiques", pour s'affirmer comme une prochaine source d'énergie quasi inépuisable.
En effet, "dans Iter, la réaction de fusion produit des neutrons de grande énergie, de 14 MeV (mégaélectronvolts)", niveau jamais atteint encore, explique M. Koshiba, qui est âgé de 77 ans. "Si les scientifiques ont déjà fait l'expérience de la manipulation de neutrons de faible énergie, ces neutrons de 14 MeV sont tout à fait nouveaux et personne à l'heure actuelle ne sait comment les manipuler", avertit le professeur honoraire de l'Université de Tokyo. Actuellement, souligne-t-il, la fission nucléaire libère des neutrons d'une énergie moyenne d'un ou deux MeV seulement.
Pour M. Koshiba, les scientifiques doivent d'abord résoudre ce problème des neutrons de 14 MeV "en construisant des murs ou des absorbeurs" avant de pouvoir affirmer qu'il s'agit d'une énergie nouvelle et durable. C'est, effirme-t-il, une solution très coûteuse. "S'ils doivent remplacer les absorbeurs tous les six mois, cela entraînera un arrêt des opérations qui se traduira en un surcoût de l'énergie", critique le physicien.
"Ce projet n'est plus aux mains des scientifiques, mais dans celles des hommes politiques et des hommes d'affaires. Les scientifiques ne peuvent plus rien changer", déplore-t-il avant d'ajouter : "j'ai peur".
L'Union européenne, la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon participent au projet Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor). Deux sites sont en vive concurrence pour accueillir l'installation : Cadarache, dans le sud-est de la France, et Rokkasho-Mura, dans le nord du Japon. L'Union européenne, Moscou et Pékin soutiennent la candidature française tandis que Washington et, apparemment, Séoul, lui préfèrent le site nippon.
Réunis une première fois à Washington le 20 décembre, les six partenaires n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le choix du site. Une deuxième réunion devrait avoir lieu fin février. En attendant la décision finale, la France et le Japon se livrent à une intense campagne de pressions.
"Je souhaite que le gouvernement français ait l'honneur d'accepter Iter dans son propre pays", ironise M. Koshiba. "Les scientifiques français sauront peut-être mieux gérer ces neutrons de 14 MeV. Après tout, le France est déjà activement impliquée dans le traitement des matériaux radioactifs dans ses centrales nucléaires".
"Je pense, conclut-il, que, certainement, les scientifiques et les ingénieurs français ont plus de connaissances et d'expérience que ceux des autres pays pour s'attaquer à ce nouveau problème de neutrons 14 MeV", conclut-il.
Le projet Iter est "trop important pour pouvoir être retardé ou abandonné" (AFP 13/1/04)
L'Europe pourrait réaliser Iter seule, confirme la Commission (REUTERS 13/1/04)
Raffarin: les Européens pourraient mener le projet ITER seuls (AFP 12/1/ 04)
Iter: Washington prend fait et cause pour la candidature japonaise (9/1/04)
Voici pour les lecteurs
de la Gazette
un texte (plus long car donnant plus d'explications) paru dans
le Nouvel Economiste du 5 décembre 2003.
En fait de soleil, c'est plutôt
le miroir aux alouettes, ce bluff des nucléocrates s'appuyant
sur le programme Atom for Peace et la prophétie d'Eisenhower
faite à Genève dans les années 50, "l'énergie
nucléaire va fournir à l'humanité de l'énergie
gratuite en quantité illimitée".
Il s'agissait à l'époque
de l'énergie de fission.
Pour faciliter la compréhension
des problèmes, faisons un peu de technique.
La fusion consiste, à l'inverse
de la fission (casser des "gros noyaux") à rapprocher
suffisamment deux atomes légers pour qu'ils en donnent
un plus gros (la somme des masses des produits finaux de la réaction
étant plus faible que la somme des masses des produits
initiaux, la différence est convertie en énergie).
Pour que cette opération de rapprochement présente
un intérêt, il faut des conditions très particulières
: envoi d'un grand nombre d'atomes (la densité) l'un contre
l'autre, avec la plus grande vitesse possible (la température)
et pendant le plus long temps possible (le temps de confinement).
Avec ces trois paramètres a été défini
un critère, le critère de Lawson, qui doit indiquer
à partir de quand le système est censé fonctionner.
Depuis longtemps les physiciens nucléaires
savent faire "à l'unité" ces réactions
(deutérium + tritium), mais comment arriver à la
fusion "entretenue" productrice d'énergie? Comment
parvenir à utiliser ce fameux tritium sans tout contaminer?
Donc que signifie fonctionner? Qu'appelle-t-on
énergie produite? L'énergie libérée
par réaction multipliée par le nombre de réactions
ou l'énergie envoyée sur la ligne électrique,
déduction faite de la consommation de la machine, sans
oublier la cafetière électrique de l'ingénieur
de sûreté radioprotection d'astreinte?
À ce niveau apparaissent deux
petits "détails" permettant de faire comprendre
les principaux mensonges concernant la fusion : elle utiliserait
un combustible quasi illimité qui se trouve dans l'eau
de mer et elle serait propre au point de vue radioactif.:
· Le premier, et non le moindre, est qu'il faut non seulement
du deutérium, l'isotope de masse 2 de l'hydrogène
mais aussi du tritium, l'isotope de masse 3 de l'hydrogène,
radioactif. S'il est possible d'extraire le deutérium de
l'eau de mer (à quel coût énergétique?
(*)), par contre le tritium, isotope radioactif de l'hydrogène
de courte période (12,26 ans) se trouve en très
faible quantité dans la nature, d'où la nécessité
d'en fabriquer, en grandes quantités en faisant réagir
les neutrons avec le fluide caloporteur, du lithium en l'occurrence.
Puis il faudra l'extraire, le stocker avant de l'injecter dans
l'enceinte en fonction des besoins.
Pour un réacteur de 1000 MW, 15 à 20 kg de tritiu