Le fantasme du "réacteur" à fusion nucléaire Iter

 

 
Atlantico, 31 octobre 2011:

Non, le réacteur ITER n'est pas sans danger

Michel Claessens présentait il y a quelque temps le projet de réacteur nucléaire ITER sur Atlantico. Yves Lenoir, conseiller de Corinne Lepage sur les questions énergétiques, répond point par point et dénonce les risques encourus.

Lorsque le directeur de la communication de la Commission Européenne - selon sa fiche autobiographique - Michel Claessens, monte au créneau pour faire l'apologie du projet de machine à fusion atomique ITER, on se sent interpellé. Si l'on prend le temps de chercher à savoir à qui on a vraiment affaire, un Dr ès Science chimie physique, alors on se dit que c'est vraiment du sérieux et qu'il faut regarder de plus près ce qu'écrit notre homme.

Le titre, « ITER : ce grand absent du débat sur le nucléaire, symbole d'une politique française court-termiste », surprend à plusieurs égards, et méconnaît la logique de la controverse politique en cours concernant la sortie ou non du nucléaire. Développons un peu ces préliminaires. La stratégie énergétique française est tout sauf court-termiste. Elle s'inscrit dans une suite de décisions prise à partir de la fin des années 1950 quand le CEA, en liaison avec le centre de recherche de Karlsruhe, lança un programme visant la réalisation de surgénérateurs au plutonium.

[...]

Il rappelle, tel un perroquet bien dressé, qu'ITER, réacteur où fusionner les noyaux de deutérium et de tritium, ne produira pas de déchet radioactif de haute intensité à vie longue. La belle affaire ! Le risque atomique n'est pas réductible à ce type de déchet ! ITER, s'il fonctionnait un jour, serait un surgénérateur à tritium, isotope radioactif de l'hydrogène de période 12,5 ans, pratiquement impossible à bien confiner car, comme tout gaz léger, il a la manie de diffuser au travers d'à peu près n'importe quelle matière comportant des microfissures, n'importe quel joint etc. C'est pour cette raison que les centrales atomiques, où il s'en produit par fissions ternaires, ont des autorisations de rejets très élevées, ainsi que les usines de retraitement. Par ailleurs les neutrons de très haute énergie qui véhiculent l'énergie des fusions vont immanquablement produire (outre la surgénération du tritium) une activation massive de toutes les structures du réacteur.

Ces structures seront donc très vite hautement radioactives et présenteront ainsi un risque radiologique considérable, bien plus que celui dû aux réacteurs atomiques de fission, dont le démantèlement pose pourtant des problèmes de radioprotection tels que l'on ne cesse d'en retarder l'exécution (on envisage maintenant d'attendre un siècle après l'arrêt définitif). Ces quelques défauts passés sous silence concerneraient cependant plutôt la production effective d'énergie de fusion. Ce qu'on peut escompter d'ITER n'est pas de cette dimension, mais bien plus inquiétant à bien des égards. Le rapport Dautray (2002), du nom de l'ancien directeur scientifique du CEA (plusieurs pointures au dessus de Michel Claessens), pose des questions d'autant plus gênantes qu'elles sont sans réponses, tant théoriques que pratiques, ce qui signifie que ITER fonce dans un certain brouillard conceptuel.
Selon Robert Dautray, la preuve de la faisabilité scientifique de la fusion contrôlée comporte :
«­ démonstration de l'ignition du mélange pendant environ 1 000 s ;
­ démonstration de la possibilité de récupérer l'énergie ;
­ démonstration du fonctionnement en continu ;
­ démonstration de la possibilité de multiplier les neutrons (utilisation du béryllium, l'un des plus puissants poisons existant dans la nature) pour la surgénération du tritium dans des couvertures de Lithium6, sans trop perdre de tritium pour garder un rapport supérieur à un (le reste part se faire absorber dans les structures) ;
­ mise au point des matériaux nécessaires ;
­ récupération et purification du tritium ;
­ fonctionnement, exploitation, maintenance et remplacement des composants ou des élément défaillants, malgré le niveau élevé de radioactivité ;
­ étude de sûreté, de la radioprotection, tant pour les travailleurs que pour les populations et l'environnement, et traitement des déchets ;
­ étude des problèmes de protection contre la prolifération [avec des neutrons rapides on fait du plutonium ultra pur à partir de l'uranium appauvri, facilement et sans frais, le by-product tant attendu de la surgénération du plutonium] ;
­ tout cela se fera sur plusieurs (à cause de la radioactivité) machines devant, pour beaucoup, fonctionner à la puissance maximale d'expérimentation, i.e. entre 1 000 et 3 000 MWth, à cause de la non-linéarité des phénomènes [les essais à basse puissance ne permettent pas d'extrapoler les résultats obtenus]. »

Dans sa conclusion Dautray se laisse à poser quelques questions de bon sens, clairement hors de portée de l'esprit de notre mercenaire atomique :
« [tel encadré pointant des problèmes cruciaux] interdit-il de penser que la faisabilité scientifique complète, telle que décrite ci-dessus puisse advenir avant un nombre fort élevé de décennies ? Mais à cette distance dans le temps, aucune prévision de technologie, de durée, ni de succès éventuel, n'a de sens solide Doit-on considérer que le premier point de l'encadré n'est même plus programmé faute d'un financement suffisant ? Faut-il parler de faisabilité technique ? Ou bien, les éléments techniques nécessaires devront-ils être déjà, pour la plupart, dans la démonstration de faisabilité scientifique ? Etc, il déroule ses questions implacablement et commence sa péroraison par un understatement tout dans sa façon d'être : À ce niveau d'avenir incertain, la complexité de ces équipements, le couplage étroit de la capacité de penser le futur avec les technologies d'aujourd'hui, n'est-il pas préférable de s'arrêter, de dire qu'on est dans l'inconnu quand on veut prévoir si loin et donc de dire aussi que pour le moment la fusion thermonucléaire ne peut pas encore être comptée, avec certitude, parmi les sources industrielles qui contribueront dans les décennies qui viennent à maîtrise les changements climatiques ? » (cf. Gazette Nucléaire 201-202, automne 2002).

Quittons les généralités et concluons ces quelques considérations scientifico-techniques par les questions qu'une thèse soutenue récemment (novembre 2010, téléchargeable ici) pose à un spécialiste des plasmas et de la magnéto-hydro-dynamique, MHD, la science de base pour décrire les phénomènes ayant leur siège dans un réacteur de fusion atomique, Jean-Pierre Petit.
Tout tourne autour du
comportement fondamentalement instable des machines telles qu'ITER, les tokamaks. Leur pilotage expérimental, entaché d'innombrables aléas, relève en fait de l'empirisme le plus complet. On sait depuis le début, les années 50, que le confinement du plasma est foncièrement instable. Tous les tokamaks ont été plus ou moins gravement endommagés suite au déclenchement de ces instabilités, qui conduisent à des phénomènes de disruption. On entend par là un effondrement de la température du plasma qui passe en un millième de seconde de 100 millions de degrés à quelques dizaines de milliers de degrés.

Passons sur les détails : personne n'est à même d'expliquer le phénomène, de le prédire avec certitude et de le maîtriser. Ce qu'il importe de comprendre relève de connaissances partagées par tout le monde : si l'énergie du plasma s'effondre, c'est qu'elle sort, sous une forme ou une autre. Le transfert se fait selon diverses modalités toutes plus destructrices les unes que les autres : des forces générées par les courants induits atteignent plusieurs centaines de tonnes et tordent les parois et leurs structures comme des fétus de paille. On observe aussi un jet d'électrons relativistes qui volatilise le matériau de la région touchée. ITER devant contenir mille fois plus d'énergie que ses prédécesseurs, les dommages encourus ne seront plus gérables.

Les coups de foudre, immanquables, atteindront 15 millions d'ampères. À ce niveau de puissance la couche de béryllium de 1 cm d'épaisseur sera volatilisée et dispersera ce matériau hautement toxique et le tritium radiotoxique contenu dans le réacteur.
Les dégâts ne s'arrêteront pas là. Les modules tritigènes, où circule un mélange liquide lithium plomb brefroidi dans des échangeurs à eau seront certainement endommagés, avec un risque élevé de contact lithium-eau conduisant à une combustion strictement impossible à éteindre (le risque maximal des batteries lithium-polymère), entraînant la destruction complète de la machine.

Le phénomène de disruption représentait une gêne mineure dans les « petites » machines réalisées avant ITER. Cela se payait en temps de réparation et par un accroissement du coût de fonctionnement. Mais plus les tokamaks grossissaient et plus les destructions engendrées par ce phénomène s'aggravaient. Avec ITER, c'est la sécurité des employés et des populations alentours qui sera menacée. L'extrême rapidité de l'accident rendra impossible toute mesure de mise à l'abri. Mais le pire est au delà : la destruction du système d'électro-aimants supraconducteurs : l'énergie magnétique stockée dans ses immenses bobines vaudra 51 GJ, équivalente à l'énergie cinétique du porte-avion Charles De Gaulle, 38 000 tonnes, lancé à 186 km/h !

Curieux que notre Dr ès Science soit passé complètement à côté de ces résultats scientifiques dont l'examen fait partie de sa mission d'information, pardon de com', de propagande « éclairée » : n'a-t-il pas publié en 2009 un ouvrage intitulé « Science et communication : pour le meilleur ou pour le pire ». Bref un théoricien averti en cette matière aussi paradoxale que la « langue d'Esope » Pour conclure, l'observateur naïf que je suis, ne peut s'empêcher de tirer de l'histoire des recherches sur la fusion contrôlée dans un plasma deux enseignements qui devraient préoccuper au plus haut point tout responsable d'une judicieuse allocation des ressources publiques et des bonnes décisions à prendre :

- La part des recherches sur la fusion contrôlée durant la période 1974 à 2003 représente, bon an mal an, 10% du montant de l'ensemble des recherches publiques mondiales du secteur de l'énergie. Rien n'indique que c'était moins, avant et depuis. Le projet de fusion contrôlée constitue donc la plus grande escroquerie scientifico-technique de tous les temps. Perseverare diabolicum

- Lorsqu'en 1956, le premier tore à plasma, ZETA, construit en Grande-Bretagne fut expérimenté, le lobby de la haute physique fit courir le bruit qu'il promettait la fusion contrôlée à l'horizon d'une dizaine d'années. Chaque nouveau tokamak était plus puissant que ses prédécesseurs et battait des records dont la signification pratique pourrait être discutée ; et à chaque fois l'horizon de la production d'électricité par fusion reculait.

[La fusion thermonucléaire un rêve déjà vieux de plus de 50 ans... à lire:
-
A quand l'énergie de fusion ? Science & Vie n°597, juin 1967.
-
Il n'y aura pas de "fusion propre", Sciences & Avenir n°346, décembre 1975.
-
Fusion : un petit pas de plus à Fontenay-aux-Roses, Science & Vie n°703, avril 1976.
-
Les petits pas de la fusion, Science & Vie n°798, mars 1984.
-
Encore un milliard de dollars pour la fusion de Science & Vie n°879 de décembre 1990.]

Aujourd'hui, avec son optimisme peu convaincant M. Claessens annonce qu'ITER devrait être opérationnel en 2020, et qu'à partir de 2027, quand seront mis en oeuvre les vrais combustibles de fusion, nous devrions savoir si ITER produira un bilan net d'énergie. Mais ITER n'est pas conçu pour produire de l'énergie récupérable sous forme d'électricité.

Ce privilège est réservé à une machine 10 fois plus grosse, déjà dans les cartons, DEMO. Il faut travailler les politiques au corps longtemps à l'avance pour les habituer à espérer et à payer le moment venu. En l'occurrence la belle devise de Guillaume d'Orange est amputée de sa première stance, et ne reste que la seconde, point n'est besoin de réussir pour persévérer ! Celle que tout homme médiocre peut faire sienne. « Si tout va bien », c'est à dire si les résultats obtenus avec ITER peuvent être présentés de façon aussi flatteuse que ceux de ses prédécesseurs, DEMO sera lancé vers 2050 pour une démonstration autour de 2080 à 2090. [...]

 


L'Usine Nouvelle, 21/5/2010: 

Le projet ITER à court d'argent

Alors que la phase principale de construction du réacteur ITER ne doit démarrer qu'en 2012 à Cadarache, les difficultés financières s'accumulent, dénonce l'eurodéputée Europe Ecologie du Sud-Est Michèle Rivasi.
La fusion nucléaire a un prix. Reste à savoir lequel. Les nouvelles estimations du début de cette année ont pratiquement triplé les coûts de construction du réacteur de recherche ITER.
Elles s'élèvent maintenant à la somme considérable de 16 milliards d'euros, dont 7,2 milliards à charge de l'Europe. La Commission européenne déclare qu'il manque à ce jour 1,4 milliard d'euros pour financer la seule partie européenne de ce projet, et ce, pour la seule période 2012-2013. Un montant similaire supplémentaire sera aussi nécessaire pour 2014-2015. « Avec la crise financière en Europe, plus personne ne veut payer», prévient Michèle Rivasi dans un communiqué. « La seule solution est donc de stopper ce projet, économiquement désastreux et techniquement dangereux. C'est maintenant ou jamais !».
L'Union européenne cofinance à hauteur de 45,46% la construction de ce réacteur expérimental à fusion thermonucléaire. Les autres pays partenaires internationaux participent chacun pour 9% au coût de la construction : la Chine, du Japon, de la Corée, de la Russie et des Etats Unis. La France, quant à elle a promis de payer 20% de la charge européenne en échange de sa construction en PACA.

Ana Lutzky

 


Les Echos17/11/2009: 

Nucléaire: vers une révision du calendrier d'ITER

Une révision du projet de 2001 s'impose pour adapter le projet au site de Cadarache mais aussi à la nouvelle donne : crise financière, inflation des coûts et progrès dans la connaissance de la fusion.

Le conseil d'ITER, qui va se réunir mercredi et jeudi à Cadarache, devrait discuter du calendrier dans le cadre du scénario global pour ce projet international destiné à prouver que la fusion nucléaire peut fournir de l'énergie au monde. "Nous devons encore finaliser un calendrier (...) peut-être que l'objectif de 2018 peut susciter des discussions", explique le directeur général d'Iter, Kaname Ikeda. "Nous avons fait tout le nécessaire pour préparer ces décisions" et malgré la crise financière, le projet ITER (réacteur expérimental de fusion) a été confirmé dans toute son étendue au conseil de juin au Japon, insiste-t-il.

Le conseil des sept partenaires (Chine, Corée, Etats-Unis, Europe, Inde, Japon, Russie) a adopté en juin dernier une nouvelle approche par étapes, avec la date de 2018 comme "base de travail" pour un premier plasma. "Si les parties décidaient que 2018 est finalement trop risqué, nous pouvons introduire de la flexibilité", dit M. Ikeda. "Si le calendrier est modifié, les coûts seront modifiés, ce n'est pas encore décidé". Mais "il faut adopter le calendrier" dès que possible, ajoute-t-il.

Officiellement lancé voilà trois ans, le projet ITER avait été évalué en 2001 à quelque 5 milliards d'euros mais sa facture a depuis doublé pour atteindre 10 milliards d'euros pour la seule construction. A quoi il faut ajouter 5 autres milliards pour le fonctionnement. Il doit être financé en nature à 90% par les membres qui fourniront les pièces du Tokamak, la machine de 23.000 tonnes où s'effectuera la fusion. "Nous sommes dans une période de préparation intense et nous avons besoin de formaliser le lancement de la construction", commente un responsable du projet sous couvert de l'anonymat. "Tout le monde sait que le planning est très tendu, la plupart des pays disent que c'est quand même possible" mais "l'Europe a indiqué que le coût de sa contribution était en accroissement significatif", ajoute-t-il.

L'Europe veut un ITER à des coûts raisonnables

L'Union européenne, principal contributeur (environ 45%), doit notamment assurer la construction de 39 bâtiments. Les premiers coups de pioche se font attendre sur l'esplanade de 40 hectares achevée en mai. L'UE veut "s'assurer du succès durable d'ITER à des coûts raisonnables et avec un niveau de risques acceptables", explique Catherine Ray, porte-parole pour la Science et la Recherche à la Commission. "Nous avons besoin d'un calendrier réaliste, nous devons être certains de fonder nos décisions sur des estimations de coûts crédibles, incluant des mesures pour contenir les coûts, et de nous assurer que les organisations responsables du projet seront capables de le mettre en oeuvre", ajoute-t-elle.

Une révision du projet initial, élaboré en 2001, s'imposait pour l'adapter au site de Cadarache, retenu en 2005, mais aussi parce que le monde a changé : crise financière, flambée du coût des matières premières, avancées dans la connaissance de la fusion. Tous les membres ont désormais leurs agences domestiques, y compris depuis l'an dernier la Chine qui pourrait accueillir le conseil de juin. Un tiers des accords sont déjà signés avec les agences, selon M. Ikeda, ce qui leur permet de préparer et lancer des appels d'offres.

Plus de 700 personnes travaillent maintenant sur le site, dont 400 employées par ITER Organization contre 7 voilà trois ans. En 2013, elles seront 3.000 à 4.000. L'agence ITER France, chargée de viabiliser 90 hectares sur les 180 dévolus à ITER, est dans les temps, avec 100 millions d'euros dépensés sur 150. Au total, les entreprises françaises ont déjà bénéficié de 365 millions d'euros de contrats.

 


Libération, 7/7/2009:
(photo et extrait de Science et Vie rajoutés par Infonucléaire)

Fusion nucléaire: l'énergie du soleil, une vieille lune

Rétrovision. Dans les années 50, on se donnait vingt ans pour maîtriser la fusion thermo-nucléaire. Le lancement du réacteur Iter, conçu dans cette perspective, vient d'être repoussé...

Le 18 juin, les dirigeants d'International Thermonuclear Experimental Reactor (Iter), ce réacteur en cours de construction à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône, qui doit servir à étudier la fusion nucléaire (la condensation de deux noyaux légers en un plus lourd qui libère une quantité considérable d'énergie) ont annoncé un doublement du coût prévisionnel et un retard de deux ans pour les premières expériences, prévues pour 2018. Il y a décidément bien des lunes entre le projet et sa réalisation. Car voici plus d'un demi-siècle que des physiciens annoncent la maîtrise imminente de l'énergie du soleil.
«Je me hasarde à prédire que, d'ici vingt ans, on aura trouvé le moyen de libérer sous contrôle l'énergie thermonucléaire», déclare, par exemple, le très respecté physicien indien Homi Bhabha à l'ouverture de la première Conférence internationale atomique qu'il préside à Genève, en août 1955.

Match retour. Quelques mois plus tard, le physicien russe Igor Kourtchatov porte un mélange de deutérium et de tritium (le plus favorable à l'amorçage d'une réaction de fusion) à une température de 1 000 000° C pendant quelques millièmes de secondes grâce à de très puissantes décharges électriques. «Enfermée comme un écureuil dans sa cage», comme le dit Kourtchatov, la fine colonne de plasma est tenue à l'écart des parois du tube, qui ne résisteraient pas une telle chaleur. La presse soviétique chante ces «mèches de tissu solaire» et ces «fils ténus de matière stellaire» et son homologue occidentale n'hésite pas à affirmer que l'URSS est sur le point de maîtriser la fusion nucléaire.

Alors que l'URSS a doublé les Etats-Unis dans la course à l'espace en lançant avec succès le Spoutnik en octobre 1957, la compétition pour la maîtrise de la fusion relève du match retour. Fin janvier 1958, le Nobel de physique britannique John Cockcroft annonce que sa machine, jusque-là secrète, Zeta (Zero Energy Thermonuclear Assembly) a porté à 5 000 000° C un mélange de deutérium et de tritium. Surtout un flux de neutrons a été détecté dans le plasma et Cockcroft se dit «certain à 90 %» qu'il a été produit par la fusion thermonucléaire. Un communiqué conjoint de l'Atomic Energy Commission américaine et de la Britain's Atomic Energy Authority annonce que les deux pays sont sur le point de maîtriser la fusion en laboratoire. «Cela ne prendra pas moins de dix ans. Cela pourrait en prendre cinquante. Mais le plus raisonnable est une vingtaine d'années», affirme Cockcroft. Trois mois plus tard, il se rétracte piteusement.

Science et Vie n°539, août 1962.

Dans les années 1960, la recherche sur la fusion se poursuit dans un relatif désintérêt du grand public comme des décideurs. Mais en 1968, les chercheurs soviétiques parviennent à un saut qualitatif majeur grâce aux machines Tokamak, heureuse contraction du terme russe désignant une «chambre toroïdale avec bobines magnétiques».

Records. C'est le début d'une nouvelle période euphorique, servie par la crise énergétique de 1973. Des machines Tokamak sont mises en chantier un peu partout dans le monde et accumulent les records de température ou de durée d'obtention du plasma. L'Energy Research and Department Administration américain annonce, en 1975, que le break even, point à partir duquel la machine produit plus d'énergie qu'elle n'en consomme, sera atteint au début des années 1980 et prévoit, pour les décennies 1990, la construction d'un réacteur expérimental de 500 MW.

Mais le contre-choc pétrolier de 1986, rend soudainement moins urgente la recherche de sources d'énergies alternatives et met fin à la course aux puissances des Tokamaks. L'URSS, l'Europe et les Etats-Unis optent, en 1987, pour la coopération internationale proposée par Mikhaïl Gorbatchev. C'est le début du projet Iter qui, après quinze ans de péripéties diplomatiques qui voient les ambassadeurs remplacer les physiciens, est définitivement lancé en 2005. La fusion thermonucléaire est décidément une technologie d'avenir qui le restera longtemps.

 

La fusion thermonucléaire un rêve déjà vieux de plus de 50 ans...

A lire:

- 5 000 000 de degrés - Comment les Anglais ont domestiqué l'énergie H Sciences et Avenir n°133, mars 1958.

- A quand l'énergie de fusion ? Science & Vie n°597, juin 1967.

- Il n'y aura pas de "fusion propre", Sciences & Avenir n°346, décembre 1975.

- Fusion : un petit pas de plus à Fontenay-aux-Roses, Science & Vie n°703, avril 1976.

- Les petits pas de la fusion, Science & Vie n°798, mars 1984.

Et l'extrait suivant de Science & Vie n°879 de décembre 1990:

 


Iter: mise en route progressive de 2018 à 2026

PARIS (18 juin 2009) - Le "réacteur" expérimental de fusion Iter, un projet mondial en construction à Cadarache (France), commencera à fonctionner en 2018 mais ne sera pleinement opérationnel que 8 ans plus tard [bel optimisme!!!], a annoncé jeudi le conseil d'administration du projet, réuni au Japon.
Le Conseil Iter, qui regroupe l'UE, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie et les Etats-Unis "a validé une approche par étapes de la construction d'Iter, comprenant un premier plasma fin 2018 et le début de l'exploitation en deutérium-tritium (hydrogène stable - radioactif) en 2026", selon un communiqué.
Le financement d'Iter n'a pas été abordé au cours de ce conseil d'administration. Mardi,
le quotidien économique français Les Echos a rapporté que le coût de construction du réacteur de fusion atteindrait 10 milliards d'euros, au lieu des 5 milliards prévus initialement. Une somme à laquelle s'ajouteront 5 milliards d'euros pour le fonctionnement.
"Nous sommes encore en train de calculer le coût final du projet. Le financement sera présenté en novembre au cours de la prochaine réunion du conseil", a indiqué depuis le Japon le directeur de la communication d'Iter, Neil Calder.
L'étendue des projets à réaliser par Iter, qui doit démontrer la faisabilité scientifique et technique de l'énergie de fusion, a été arrêtée l'an dernier.
Actuellement, l'énergie nucléaire utilise l'énergie dégagée par la fission de noyaux d'atomes, tandis que la fusion, qui a lieu au coeur des étoiles, libère beaucoup d'énergie lorsque des noyaux d'atomes légers s'assemblent pour former des noyaux plus lourds.
La fusion a lieu dans des plasmas (gaz radioactifs) chauffés à des températures extrêmement élevées et qu'il est très difficile de conserver au-delà de quelques minutes.
Pour "réduire sensiblement les risques opérationnels", le conseil d'administration d'Iter a décidé que "les composants de base de la machine seront assemblés et testés progressivement avant l'intégration des composants internes" au réacteur.
Au Japon, "les Etats membres se sont mis d'accord pour qu'Iter ne soit pas complètement fini avant son démarrage, comme c'est le cas pour tous les grands équipements scientifiques", a expliqué M. Calder.
Il a cité les problèmes du Grand collisionneur de hadrons (LHC) à Genève, le plus puissant accélérateur de particules au monde mis en route l'an dernier, arrêté pour un an quelques jours après sa mise en service à cause d'une panne qui a endommagé certains de ses aimants supraconducteurs.

 


France-Info, 15/6/2009: 

Le "réacteur" de fusion nucléaire Iter va coûter deux fois plus que prévu

A la Une de l'Eco

Le réacteur de fusion nucléaire Iter, qui va être construit à Cadarache, devrait coûter plus de 10 milliards d'euros, soit deux fois plus que prévu. Les sept pays qui financent le projet devront valider la rallonge demain lors d'un conseil qui a lieu au Japon. C'est ce que révèlent " Les Echos ".

Jean-Marc Vittori, d'où vient ce surcoût ?
Jean-Marc Vittori (Les Echos) : Iter est un beau projet. Les physiciens veulent fabriquer un soleil sur terre pour produire de l'énergie non polluante dans la seconde moitié du siècle, à partir de deux isotopes de l'hydrogène. Beau, mais compliqué. Il faut pouvoir baigner le carburant à plus de 100 millions de degrés et contrôler le mouvement à la perfection. Ca coûte très cher. D'autant plus que pour des raisons techniques, il va falloir faire plus gros que prévu au départ. Les matériaux comme le titane ont beaucoup renchéri. Et il faut des pièces très particulières, comme par exemple 10.000 tonnes d'aciers refroidis à moins 269 degrés pour forger les structures mécaniques du réacteur.

Les pays participants vont-ils payer la facture ?
Jean-Marc Vittori (Les Echos) : C'est vrai que dans le contexte actuel de crise, certains participants risquent de renâcler. Il faudra donc peut-être redistribuer les cartes. Mais les grands projets coûtent toujours très cher. Ce fut le cas pour le tunnel sous la Manche, l'Airbus A380 ou le nouveau réacteur EPR d'Areva. Les experts parlent même du " facteur pi ", car ces immenses chantiers reviennent souvent plus de trois fois plus cher que prévu.

 


Chatel mise sur le nucléaire pour sortir de la crise

16/4/2009 - Le secteur stratégique du nucléaire aidera la France à sortir de la crise, a estimé jeudi Luc Chatel en visitant le site de construction d'Iter, le futur réacteur expérimental à fusion thermonucléaire. Le projet Iter vise à reproduire l'énergie du soleil et des étoiles dans un espace confiné. Son coût est de 10 milliards d'euros répartis à égalité entre la construction et l'exploitation. Quelque 350 personnes travaillent aujourd'hui directement pour Iter. Elles seront 500 à la fin de l'année et entre 3.000 et 4.000 en 2013. La sous-traitance devrait représenter 600 personnes fin 2009. A ce jour, plus de 308 millions d'euros de contrats de prestations et travaux pour Iter ont été attribués à des entreprises françaises, dont près de 80% en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. "Le nucléaire, et l'énergie d'une manière générale en France, c'est un secteur stratégique qui nous aidera à sortir de la crise", a souligné Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'Industrie. "Je suis venu soutenir une filière industrielle qui est capital pour la France". François Gauché, directeur de l'agence Iter France, a souligné que le chantier s'inscrivait "dans les délais et dans les coûts prévus". La plateforme de 40 hectares sur laquelle sera implanté le site est en cours d'achèvement après deux ans de travaux. "Cela représente deux millions de m3 de déblais, soit l'équivalent de la pyramide Chéops", a précisé Fraçois Gauché. Les collectivités de la région PACA apportent un financement de 467 millions d'euros sur dix ans au projet Iter. Pendant les vingt ans de la phase d'exploitation, Iter devrait faire directement travailler 1.000 personnes et favoriser plus de 3.200 emplois indirects en France.

 


Enerpresse, 2/2/2009: 

Vers un accroissement du coût d'ITER

Le prototype de réacteur à fusion devrait coûter bien plus cher que les 10 milliards d'euros initialement consentis, révèle The Guardian dans son édition de vendredi. Selon le quotidien britannique, le budget initial n'a pas pris en compte le coût des mesures anti-séismes que nécessite l'installation de la machine dans la zone sismique de Cadarache. Bien évidemment, l'envolée du prix des matières premières, qu'a connue le monde ses dernières années, n'était pas non plus dans la tête des dirigeants d'Euratom, dans les années 1990. «Il y aura une inflation des coûts», a reconnu Octavio Quintana Trias, le patron d'Euratom, qui a d'ailleurs mandaté une équipe pour établir le niveau de ces surcoûts. Selon des scientifiques britanniques, la dérive pourrait osciller entre 30 et 100% du montant initial de la facture.

 


L'Express, 27/11/2008:

Menace sur Iter

Le commissaire européen à la Recherche, Janez Potocnik, tire la sonnette d'alarme : Euratom, la Communauté européenne de l'énergie atomique, risque de se retrouver sur la paille à cause de l'envolée des coûts du réacteur thermonucléaire expérimental international Iter. La contribution européenne pour la construction de ce prototype à Cadarache (Bouches-du-Rhône) avait été évaluée en 2001 à 3,3 milliards d'euros, le reste étant à la charge des six autres membres du projet (Chine, Inde, Japon, Corée, Russie et Etats-Unis). Or, selon les chiffres, encore confidentiels, actualisés par les experts, Euratom pourrait avoir à verser le double, soit plus de 6 milliards d'euros. Cette dépense supplémentaire sera, certes, étalée sur dix ans, Iter devant être opérationnel en 2018, mais le plus gros des dépenses sera concentré sur la période 2010-2014. Le budget alloué à Euratom par l'UE pour le projet jusqu'en 2013 est à peine supérieur à 2 milliards d'euros.

 


Le Temps (Suisse), 13/10/2008: 

ITER: le coût de la fusion nucléaire explose

ENERGIE. La construction du réacteur expérimental de fusion nucléaire ITER a commencé en France. Mais son budget risque d'augmenter de 30% de plus que prévu. Une conférence à Genève fait le point.

Si la population de la planète double, la consommation d'énergie pourrait tripler. Pour parer à ces besoins énormes, il "existera" d'ici 2050 une énergie propre, sûre et abondante: la fusion nucléaire.

C'est en tout cas ce que pensent les dizaines de scientifiques réunis du 13 au 18 octobre à Genève pour une conférence placée sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Un colloque qui sert aussi à fêter un anniversaire : «C'est à Genève, en 1958, que s'est tenue la Conférence internationale pour les applications pacifiques de l'énergie atomique», rappelle Minh Quang Tran, directeur général du Centre de recherche en physique des plasmas (CRPP) à l'EPFL.

L'une de ces applications pourrait être la fusion nucléaire. L'idée est de reproduire sur Terre, en milieu confiné, les processus qui ont lieu dans le Soleil, et d'en tirer de l'énergie sous forme de chaleur, puis d'électricité. Pour concrétiser cette vision, les présidents Mitterrand, Reagan et Gorbatchev ont jeté, en 1985 déjà, les bases d'ITER.

Ce gigantesque réacteur [non ce n'est même pas un prototype de réacteur, rien de prévue pour la production d'électricité !] expérimental de fusion de type «tokamak» doit apporter la preuve de la viabilité de cette technologie. Le projet, qui réunit sept partenaires (UE - à laquelle est associée la Suisse -, Etats-Unis, Russie, Japon, Chine, Inde, Corée du Sud) a été approuvé en 2006. Et la construction de l'installation pharaonique vient de commencer à Cadarache, dans le sud de la France.

En 2001, le budget avait été fixé à 5 milliards d'euros pour sa construction, et autant pour son exploitation. Or aujourd'hui, ce chiffre risque bien d'exploser. La raison? «Depuis sept ans, de nombreuses avancées ont été effectuées dans le domaine de la physique, de la technologie, des matériaux, explique Carlos Alejaldre, vice-directeur général d'ITER. Nous avons fait revoir le design du réacteur. Et voulons y inclure ces développements.» Pour quel surcoût? «C'est difficile à estimer...» Certains experts, dans les revues Nature et Science, évoquent un dépassement pouvant aller jusqu'à 30% du budget total. Des dépenses supplémentaires qui font déjà grincer les partenaires du projet.

Les modifications proposées sont multiples. La plus importante concerne le confinement du plasma, cette «soupe de particules» portée à 100 millions de degrés dans laquelle aura lieu la fusion nucléaire. Or récemment, les physiciens ont découvert que ce nuage de gaz pouvait, sur ses bords, émettre des «bulles», appelées instabilités. Et que ces «petites éruptions» chaotiques, au rythme d'une par seconde, pouvaient rapidement endommager le réacteur.

«C'est un gros problème, concède Ambrogio Fasoli, directeur exécutif du CRPP. Mais nous venons aussi de trouver la parade. Sans savoir toutefois ni comment ni pourquoi, elle fonctionne. Nous allons donc étudier ce phénomène à l'EPFL.» Le CRPP, qui emploie 160 personnes, dispose en effet depuis 1992 de son tokamak, le TCV, qui a coûté 52 millions. Il est ainsi devenu un des centres mondiaux qui valideront les technologies installées sur ITER. «Qui reste une machine avant tout expérimentale», tient à préciser Carlos Alejaldre.

«Obligation morale». Certains physiciens continuent d'ailleurs à penser que la technologie de fusion est si complexe qu'elle ne pourra jamais être appliquée à large échelle. Et - pire - qu'ITER risque de finir comme le SSC, l'immense accélérateur de particules américain, devisé à 4,4 milliards de dollars, mais dont la construction a été stoppée après que son budget eut presque triplé.

Carlos Alejaldre rejette cette idée: «Parmi les scientifiques, plus personne ne doute qu'ITER pourra remplir ses objectifs. Plus rien ne peut arrêter ITER. C'est même une obligation morale que de tenter de trouver des réponses au problème énergétique.»

Et d'ajouter que le Conseil d'ITER prendra la décision d'accepter ou non ces modifications de design lors d'une de ses deux prochaines séances, en novembre ou en juin. Une chose est sûre aujourd'hui déjà: la mise en service de ce colossal instrument de science interviendra en 2018 au plus tôt, avec deux ans de retard sur l'agenda prévu.

 


La Recherche, 1/9/2008: 

Le coût d'ITER pourrait flamber

Quatre-vingts modifications dans la conception du réacteur expérimental de fusion ITER vont entraîner un surcoût non encore précisé.

ITER coûtera-t-il bien plus cher que prévu? Le futur réacteur expérimental de fusion nucléaire en construction à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, devait coûter 10 milliards d'euros : 5 pour sa construction, et 5 pour son exploitation. Son but : prouver la faisabilité scientifique et technique de la fusion nucléaire pour produire de l'énergie. Mais les scientifiques en charge du projet ont réclamé plusieurs changements dans la conception de ce réacteur. Ces modifications ont été acceptées par le conseil, l'organe exécutif d'ITER, lors d'une réunion à Aomori au Japon. Et qui dit changements dit surcoût.

Le dépassement du budget de construction atteindrait 30%, mais Stephen Dean, président de la fondation Fusion Power Associates, estime dans le journal Nature (1) que le coût total pourrait en réalité doubler. Car il faut aussi compter avec la forte hausse du coût des matières premières, notamment du cuivre des gigantesques aimants servant à confiner le plasma. Mais si le conseil a approuvé le nouveau cahier des chargea d'ITER, il n'en a pas approuvé le surcoût. «Le chiffrage final sera issu d'une procédure longue et compliquée, indique Neil Galder, directeur de la communication d'ITER. Nous avons demandé une évaluation indépendante des coûts par un groupe d'experts internationaux, qui devra aussi proposer des pistes d'économies. Il rendra son rapport en novembre. »

Personne, cependant, ne remet en question la nécessité de modifier la conception du réacteur. La précédente datait de 2001, avant que le projet soit rendu au point mort, puis relancé en version simplifiée en 2005 (2). Depuis, des progrès ont été faits tant en physique des plasmas que dans l'ingénierie des réacteurs. Ce sont ainsi pas moins de quatre-vingts modifications qui ont été réclamées, concernant notamment le système de chauffage du plasma par micro-ondes, l'ajout de nouveaux aimants pour mieux contrôler les instabilités du plasma, ou encore le diverteur, un dispositif destiné à extraire le combustible usé.

Les délais ont aussi été revus à la hausse. La date de production du premier plasma, prévue pour 2016, a été retardée à 2018. En effet, deux ans ont été nécessaires pour mettre en place l'organisation juridique, financière et administrative de cette énorme coopération internationale. Car le nombre de pays impliqués augmente la complexité du projet: chacun des sept partenaires dispose d'une «agence domestique », chargée d'assurer sa contribution au programme, qui dispose de son personnel, de son budget, et négocie les contrats en vue d'assurer sa contribution en nature. Cela n'entraîne pas toujours une gestion très rationnelle. Un huitième partenaire devrait, par ailleurs, bientôt rejoindre le consortium: le conseil d'ITER a approuvé l'ouverture de négociations avec le Kazakhstan.

Les gouvernements des pays impliqués dans ITER remettront-ils la main au porte-monnaie ? Rien n'est moins sûr. En décembre 2007, le Congrès américain a déjà pris la décision de ne pas inclure dans le budget 2008 les 145 millions de dollars dus pour ITER...

(1) G. Brumfeld, Nature, 453, 829, 2008.
(2) Cécile Michaut, La Recherche, septembre 2005, p.24.

 


Le directeur d'Iter "confiant" sur le maintien de la participation des USA

23/6/2008 - Le directeur général d'Iter, le Japonais Kaname Ikeda, s'est dit "confiant" lundi dans la poursuite de la participation des Etats-Unis au projet de réacteur expérimental de fusion thermonucléaire Iter, malgré la suspension de leur contribution financière en 2008. "Nous sommes confiants dans le maintien de la participation des Etats-Unis" au projet Iter, a déclaré M. Ikeda lors d'une conférence de presse à Cadarache (Bouches-du-Rhône), le site où sera construit le futur réacteur expérimental. Iter est un projet international de longue haleine réunissant les pays de l'Union européenne, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l'Inde. Il est destiné à démontrer la possibilité d'une fusion thermonucléaire, comparable à ce qui se passe à l'intérieur du soleil. Le 17 janvier, le directeur de la communication d'Iter international, Neil Calder, avait indiqué que les budgets américains de recherche avaient été diminués, entraînant une suspension de la contribution américaine en 2008. "Cette année, cela n'a pas d'impact mais cela en aurait l'année prochaine", a estimé M. Ikeda. Il a souligné que les Etats-Unis continuent à "soutenir" les membres américains de l'organisation Iter international, qui gère ce projet depuis le site de Cadarache, et "participent aux réunions d'Iter". Les discussions budgétaires pour 2009 seront très importantes mais risquent d'être retardées par l'élection présidentielle aux Etats-Unis. "Il est vraiment nécessaire de maintenir la participation des Etats-Unis et de leur communauté scientifique", a insisté M. Ikeda après une visite des premiers travaux réalisés par la France à Cadarache. La France a été choisie pour le siège d'Iter après une âpre bataille avec le Japon. Elle doit viabiliser le site et a entrepris de gigantesques travaux de terrassement avec plus de 2,3 millions de m3 de terre déplacés. Le coût total d'Iter est évalué à 10 milliards d'euros répartis entre les différents participants.

 


La France tiendra les délais pour les travaux d'aménagement d'Iter (mission Iter)

11/6/2008 - La France respectera ses engagements et terminera les travaux d'aménagement routiers pour acheminer les composants du futur réacteur de fusion thermonucléaire Iter à Cadarache (Bouches-du-Rhône) mi-2009, a indiqué mercredi le directeur de la mission Iter, Colin Miège. "L'engagement de la France sur cet aspect-là sera rempli. L'itinéraire routier adapté sera terminé bien avant le passage des premiers convois" amenant les composants d'Iter, a déclaré M. Miège, lors d'une visite de ce chantier, une des premières réalisation concrètes de ce projet international réunissant Union européenne, Etats-Unis, Japon, Chine, Russie, Corée du sud et Inde. La France avait été choisie en 2005 pour accueillir le site Iter aux dépens du Japon, également candidat. Des pièces du futur réacteur pouvant peser jusqu'à 900 tonnes et mesurer 61 mètres de long devront être acheminées du port de Marseille jusqu'à Cadarache à partir de fin 2009, début 2010. La France réalise un itinéraire routier spécial qui nécessite un investissement de 91 millions d'euros. Les travaux ont débuté début 2008 et mobilisent pour l'instant 150 personnes, principalement employées par des entreprises de la région Provence-Alpes-Côte d'azur. Au total, 400 personnes seront employées. Ils comprennent notamment la construction ou l'élargissement de ponts et de voies, notamment près de la Durance, le déplacement de certains réseaux électriques ou d'irrigation pour laisser la place aux convois exceptionnels qui rouleront de nuit, parfois à seulement 5 km/h. Ces travaux complexes doivent également prendre en compte la faune et la flore. Des chauves-souris qui nichaient sous les ponts ont dû être déplacées vers des nichoirs voisins. "L'impact environnemental est limité puisqu'on a choisi d'emprunter en grande partie des routes existantes", a indiqué M. Miège. Les écologistes auraient souhaité un acheminement des composants d'Iter par dirigeable, ce qui est infaisable selon la mission Iter. Le projet de recherche Iter est destiné à démontrer la possibilité d'une fusion thermonucléaire (ce qui se passe à l'intérieur du soleil) contrôlée. L'entrée en service du réacteur expérimental est prévue en 2016.

 


Etats-Unis suspendent leur participation financière au projet Iter pour 2008

17/1/2008 - Les Etats-Unis vont suspendre cette année leur participation financière au projet international Iter, le futur réacteur de fusion thermonucléaire, en raison de la baisse du budget américain de la recherche, a annoncé jeudi Neil Calder, directeur de la communication d'Iter international, confirmant des informations du Figaro. "La communauté scientifique américaine a découvert avec stupéfaction fin décembre, que le budget de la recherche scientifique, au lieu d'être augmenté comme elle l'espérait, a été diminué de 400 millions de dollars", a déclaré M. Calder. Sur cette somme, 160 M de dollars devaient être consacrés au projet Iter au titre de la contribution américaine pour 2008. "Il n'y pas que le projet Iter de touché", ajouté Neil Calder, en précisant que près de 500 personnes ont perdu leur travail dans des labos américains du fait de cette décision du congrès. S'agissant d'Iter, cette décision "ne va pas entrainer une hausse de la contribution des autres partenaires", a encore indiqué M. Calder, expliquant que "ce n'est pas une contribution cash qui est retirée du projet, mais des équipements qui devaient être construits par les Américains qui vont être retardés". Selon lui, "les négociations continuent entre le gouvernement américain et le département de l'énergie pour voir si des possibilités de changer cette situation existent". "Cette situation est préoccupante, mais nous ne devons pas en tirer la conclusion que les Etats-Unis vont quitter Iter" a-t-il dit. La participation américaine au budget d'Iter est de 9% du total évalué à 10 milliards d'euros répartis entre Europe, Chine, Russie, Japon, Corée du sud, Inde, Etats-Unis. L'union européenne est le plus gros contributeur avec 46% du total. Alors que les premiers travaux vont commencer, l'entrée en service du réacteur est prévue pour 2016. L'exploitation de la machine qui va être construite en Provence à Cadarache, durera 20 ans. Le projet Iter est destiné à démontrer la possibilité d'une fusion thermonucléaire (comparable à ce qui se passe à l'intérieur du soleil) contrôlée.



Le Monde, 9/11/2007: 

Le projet de réacteur international de recherche ITER monte en régime

La dernière étape juridique préalable à la construction du réacteur ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), destiné à l'étude de la fusion nucléaire, a été franchie, mercredi 7 novembre.
Au cours d'une visite éclair à Cadarache (Bouches-du-Rhône), la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, a signé "l'accord de siège" entre la France et l'Organisation internationale ITER, représentée par son directeur général, le Japonais Kaname Ikeda. Cet accord fixe les obligations et droits respectifs, en matière notamment de sûreté nucléaire et de statut des personnels.
Deux ans après la décision des partenaires du projet - Chine, Corée du sud, Etats-Unis, Europe, Inde, Japon et Russie - d'installer ce grand instrument en France, un an après la signature du traité international liant les sept parties, les travaux de terrassement vont donc pouvoir débuter, au printemps 2008, sur un terrain du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) de 180 hectares, où un simple pieu marque aujourd'hui l'emplacement du futur réacteur.
L'équipe, de seulement 7 personnes il y a un an, compte désormais 290 collaborateurs de 16 nationalités. Elle devrait monter à un millier de permanents quand commencera l'exploitation d'ITER, prévue fin 2016, pour une durée de vingt ans.

UNE RÉALISATION "PHARAONIQUE"
ITER vise à contrôler, dans une enceinte géante confinée par des champs magnétiques, la réaction de fusion nucléaire qui s'opère dans les étoiles, en libérant une grande quantité d'énergie. Le projet représente un investissement de 10 milliards d'euros.
Ce réacteur expérimental ne produira pas d'électricité. Si les nombreux obstacles technologiques auxquels se heurte encore la maîtrise de la fusion sont surmontés, un prototype électrogène pourrait prendre la relève vers 2030. Suivi peut-être - mais pas avant 2050 - de réacteurs industriels.
"
ITER est d'abord un rêve, partagé par 34 nations représentant plus de la moitié de la population de la planète : celui d'offrir à l'humanité une nouvelle source d'énergie, presque inépuisable et bien plus respectueuse de l'environnement que tous les combustibles fossiles dont nous abusons tant aujourd'hui", s'est enthousiasmée Mme Pécresse, en estimant que ce projet "participe d'une exigence devenue désormais universelle, celle du développement durable".
Cet engouement n'est pas partagé par tous. Samedi 10 novembre, le réseau "Sortir du nucléaire" organise un rassemblement à Marseille, pour protester contre une réalisation "pharaonique" aux chances de succès "quasi nulles". Il réclame "que les sommes immenses prévues pour ce projet soient reversées vers les plans d'économie d'énergie et de développement des énergies renouvelables"
.

 

 

Le Figaro, 8/11/2007: 

Iter, en route pour reproduire l'énergie des étoiles

L'organisation internationale a défini hier avec la France les modalités de mise en oeuvre du projet.

De notre envoyée spéciale à Cadarache (Bouches-du-Rhône)

Au milieu des 180 hectares de garrigue déboisés de Cadarache, à l'épicentre du site où va être implanté le futur réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter, flottent désormais sept drapeaux, représentant les partenaires (*) de ce projet pharaonique. Symboles de la coopération internationale, ils ont assisté hier, comme autant de paires d'yeux, à la signature de l'«accord de siège» entre la France et l'organisation internationale Iter. «Non seulement nous donnons au monde la première marque tangible de l'existence de l'organisation Iter [...], mais nous franchissons aussi un nouveau pas vers la réalisation d'un rêve, un pas décisif», a lancé le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse, à cette occasion.

Ce rêve, c'est celui de parvenir à reproduire l'énergie des étoiles par le biais de la fusion nucléaire. Le principe est de faire fusionner des noyaux d'hydrogène à 100 millions de degrés. Un projet fou, auquel travaillent d'arrache-pied les scientifiques du monde entier [depuis déjà plus de 40 ans], avec l'espoir de trouver une solution à la crise énergétique mondiale. D'où l'idée de mettre en commun les efforts de recherche de tous les pays intéressés. Après les expériences menées avec succès ici ou là par une vingtaine de tokamaks, l'idée est cette fois de construire un prototype unique pour démontrer la faisabilité scientifique et technique de la fusion à grande échelle. Telle est la vocation d'Iter, dont la puissance sera dix fois supérieure au JET, le plus puissant réacteur de fusion actuel établi en Grande-Bretagne.

Premiers essais en 2016. Signé en novembre 2006, le projet a finalement, au terme d'une âpre bataille avec le Japon, élu domicile dans le sud de la France. Le traité venant d'entrer en vigueur le 24 octobre dernier, l'organisation Iter peut se mettre en place. D'où la signature hier de ce contrat avec la France, pour préciser les engagements respectifs de chacun, notamment le respect de la sûreté nucléaire pour Iter et la mise à disposition du terrain de 180 hectares pour l'État français. Le premier conseil d'Iter se tiendra les 27 et 28 novembre.

Si la première pierre du bâtiment doit être posée en 2009, le chantier a déjà démarré, comme en témoignent pelleteuses et baraquements. La viabilisation du site par l'Agence Iter France devrait être terminée d'ici à fin 2007 et les grands appels d'offres bientôt conclus (plus de 200 contrats, dont 130 pour le matériel et 90 d'ingénierie). «L'État va pouvoir lancer en décembre l'itinéraire grand gabarit, route de 110 km reliant Fos-sur-Mer à Cadarache, par lequel transiteront 300 convois en cinq ans pour acheminer les équipements fournis par les partenaires internationaux, qui seront installés de 2012 à 2014», explique Hubert Derache, sous-préfet d'Aix-en-Provence. Une école internationale devant accueillir à la rentrée 2009 un millier d'élèves (pour 3 200 employés en phase d'exploitation) a déjà ouvert ses portes à Manosque, avec 100 élèves.

La machine doit procéder à ses premiers essais en 2016. Mais rien ne garantit que les scientifiques parviennent un jour à produire un courant continu avec la fusion à des conditions rentables. «Il faudra au moins vingt ans pour le savoir», affirmait son directeur général, le Japonais Kaname Ikeda, lors de la signature du traité, aucune exploitation n'étant envisageable avant 2050.

Certains ­ comme le réseau Sortir du nucléaire , qui appelle à manifester contre Iter samedi à Marseille ­ stigmatisent le caractère aléatoire du projet, au coût exorbitant (10 milliards d'euros). Tout comme la conquête de l'espace, Iter a donc tout d'une véritable aventure scientifique.


Iter: le défrichement du site a débuté, premières constructions prévues mi-2008

3/10/2007 - Les travaux de défrichement de la zone qui va accueillir le projet international Iter, à Cadarache (Bouches-du-Rhône), ont débuté mais la construction des premières installations ne devrait commencer qu'à la mi-2008, ont indiqué mercredi les responsables du projet.
Après la phase de négociations internationales qui a abouti à l'accord signé à Paris le 21 novembre 2007, Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) est rentré dans une phase active sur le site choisi en juin 2005 pour accueillir
ce projet de recherche destiné à démontrer la possibilité d'une fusion thermonucléaire contrôlée.
Arrivé avec une dizaine de personnes, il y a un an, le directeur général d'Iter, le Japonais Kaname Ikeda, travaille "avec 170 personnes aujourd'hui" et "100 personnes sont en cours de recrutement", a-t-il expliqué devant la commission locale d'information (CLI) de Cadarache, réunissant élus locaux et responsables associatifs de la région.
Les travaux de défrichement de la zone qui, au total, doit s'étendre sur environ 35 hectares, ont largement débuté au cours de l'année 2007 et des structures préfabriquées ont été installées. La phase des travaux de ce gigantesque chantier débutera en 2008. Au total, la construction du site doit durer 10 ans pour une exploitation prévue de 20 ans.

 

Les sept partenaires d'Iter signent l'accord final à l'Elysée

PARIS (21/11/2006) - Les représentants des sept parties prenantes au projet Iter ont signé l'accord permettant la construction du réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter, à Cadarache, dans le sud de la France.
Les trois textes constitutifs ont été signés à l'Elysée, en présence de Jacques Chirac, par des représentants de Chine, de Corée du Sud, des Etats-Unis, d'Inde, du Japon et de Russie.
L'Union européenne était représentée par le président de la Commission européenne et président d'Euratom, José Manuel Barroso, et par le commissaire européen chargé de la Science et de la Recherche, Janez Potocnik.
Le coût du projet selon ses promoteurs est estimé à plus 10 milliards d'euros, dont 4,6 milliards pour la construction du réacteur entre 2005 et 2015. La part de la France est de 10% pour la construction et de 7% pour l'exploitation.


Promo d'Iter dans le Midi Libre du 26 Mai 2006 et dans le Figaro du 26 Mai 2006.

 

ITER : réunion à Tokyo pour préparer la signature de l'accord final

31/3/2006 - Les pays participant au projet international de réacteur thermonucléaire expérimental ITER se réunissent vendredi et samedi à Tokyo pour mettre les dernières touches à un accord final qui pourrait être signé fin mai, a-t-on appris de source officielle.
Il s'agit de la sixième réunion préparatoire depuis que les partenaires du projet (UE, Etats-Unis, Japon, Russie, Chine, Corée du Sud) ont approuvé en juin 2005 l'implantation du site principal d'ITER à Cadarache (sud de la France), au détriment de la ville nippone de Rokkasho-mura (nord de l'Archipel).
Cette réunion est l'une des dernières prévues avant la signature de l'accord final.
Les participants débattront en session plénière, et ils auront aussi des entretiens bilatéraux, afin notamment de préciser le statut d'ITER ainsi que la répartition exacte du financement et des attributions de chaque partenaire.
Le Japon, hôte de la réunion, qui s'est battu bec et ongles pour obtenir ITER sur son territoire, n'a finalement cédé qu'en échange d'importantes concessions.
Tout en ne finançant le projet qu'à hauteur de 10%, il disposera de près de 20% des contrats industriels liés à la construction et obtiendra 20% des effectifs.
Tokyo a également obtenu le privilège de nommer le directeur général du site. Il a choisi fin 2005 son ex-ambassadeur en Croatie, Kaname Ikeda.
Le processus de désignation de son bras droit n'est pas terminé.
"Le choix du numéro deux du site sera un des sujets chauds en discussion vendredi et samedi à Tokyo", a précisé à l'AFP un proche du dossier.
Deux candidats seraient encore en lice après les auditions d'une dizaine de postulants conduites la semaine dernière par la Commission européenne.
Toutefois, le nom de ce "directeur opérationnel" ne sera pas forcément décidé pentant la rencontre de Tokyo, selon la même source.
Il faudra 10 ans pour construire ITER, un gigantesque projet de 10 milliards d'euros qui court jusqu'à 2035, destiné à valider la possibilité de produire de l'énergie en grande quantité à partir de la fusion nucléaire.

L'Assemblée entérine les dispositions sur l'implantation du projet Iter

3/3/2006 - L'Assemblée nationale a entériné jeudi soir les dispositions législatives visant à permettre l'implantation du projet de réacteur nucléaire Iter en France, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur la recherche.
Les députés ont adopté, dans les mêmes termes que les sénateurs, un article du projet de loi prévoyant des adaptations législatives nécessaires pour que le projet Iter "puisse prendre corps dans les meilleures conditions et dans le respect du calendrier arrêté entre tous les partenaires".
Ils ont décidé d'autoriser la création par décret d'une structure particulière - une sorte de "Iter France" - au sein du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le recours à une "procédure simplifiée" pour l'acquisition par l'Etat de terrains pour la future route desservant le site d'Iter, et le défrichage par le CEA de terrains nécessaires à la réalisation du projet.
L'objectif d'Iter est de démontrer la faisabilité scientifique et technologique de la production d'énergie par la fusion d'atomes d'hydrogène. Il faudra dix ans pour construire le réacteur expérimental à Cadarache (Bouches-du-Rhône), un gigantesque projet qui s'étend jusqu'à 2035.
Selon le rapporteur du projet de loi, Jean-Michel Dubernard (UMP), le coût de la construction du réacteur est estimé à 4,6 milliards d'euros sur dix ans et le coût prévisionnel de fonctionnement avoisinerait 5,7 milliards pour une période de 20 ans. 3.000 scientifiques, issus de tous les pays partenaires, viendront s'installer autour du site qui génèrera près de 4.000 emplois indirects.
[Bravo! 4 000 emplois en 20 ans.]
Sept partenaires sont impliqués dans la construction d'Iter : UE, Japon, Etats-Unis, Chine, Russie, Corée du Sud et Inde.

 


 
Le Monde, 27/9/05:

ITER, un projet pharaonique
par Jacques Treiner et Sébastien Balibar

Nos deux collègues Gérard Belmont et Stéphane Pasquiers répondent à un certain nombre d'arguments prêtés aux "détracteurs d'ITER" (Le Monde du 3 septembre). Mais ils ne répondent pas aux interrogations liées à la façon de résoudre les problèmes avant que la fusion puisse devenir une source industrielle d'énergie : stabilité du plasma de deutérium et de tritium ; tenue des matériaux de couverture aux neutrons extrêmement énergétiques produits dans une réaction de fusion ; production du tritium in situ pour un fonctionnement en continu.

ITER étudiera la stabilité du plasma, un problème difficile et intéressant, mais il n'est pas prévu qu'il aborde les deux autres. Or cette question des matériaux est cruciale. Personne ne sait, pour le moment, comment la résoudre. Rappelons de quoi il s'agit. La fusion produit des neutrons très énergétiques qui bombardent les parois de l'enceinte de confinement et y induisent une radioactivité "alpha". Cette radioactivité produit de l'hélium, qui migre dans la paroi, se ramasse en bulles de gaz et la fait gonfler. Elle perd alors son étanchéité. Pourtant il est essentiel de maintenir le plasma sous un ultravide poussé si l'on veut le chauffer jusqu'aux températures où les réactions de fusion peuvent démarrer (200 millions de degrés). Idéalement, il faudrait inventer un matériau révolutionnaire qui serait poreux pour que l'hélium puisse s'échapper sans le détériorer mais, en même temps, qui resterait parfaitement étanche pour confiner le plasma sous ultravide.

Poreux et étanche : c'est évidemment contradictoire et personne ne connaît la solution. Ce problème est tellement complexe qu'il est prévu de l'étudier avec une machine spéciale, Ifmif (International fusion materials irradiation facility), que les négociateurs d'ITER ont finalement prévue au Japon, mais dans un avenir incertain. Ce problème de matériau est bien sûr connu depuis longtemps. Faute de le résoudre, la fusion ne produira jamais d'électricité commercialisable. Or Ifmif coûte environ dix fois moins qu'ITER. Pourquoi ne pas avoir commencé par là ?

Quant au tritium, contrairement à ce qu'on lit parfois, il n'existe pas dans la nature. Il devrait être produit en quantités industrielles. Pour cela, il est prévu que les neutrons de la fusion cassent des noyaux de lithium dans une sorte d'immense sandwich toroïdal qui serait inséré à l'intérieur de DEMO, un futur réacteur dont la construction est envisagée après qu'ITER aura produit des résultats (dans vingt ou trente ans).

Mais une seule centrale de 1 gigawatt électrique, comparable à une centrale nucléaire classique (à fission), aurait besoin d'au moins 50 kg de tritium par an, alors que le total des réserves mondiales de tritium est de l'ordre de 20 kg. On voit bien qu'il s'agit d'une autre étape, celle du réacteur de démonstration DEMO, dont il faudrait attendre qu'il ait fait toutes ses preuves avant d'envisager la construction d'une véritable série de réacteurs futurs, qui puissent contribuer d'une manière non négligeable à la production mondiale d'énergie.

Quelques mots du financement. La France contribue à ce projet via la région PACA, qui finance la construction à hauteur de 10 %, mais aussi via Euratom. Cela fait en tout 17 % du projet, soit 85 millions d'euros par an pendant dix ans. Et non 30 millions d'euros comme l'indiquent MM. Belmont et Pasquiers. Le fonctionnement de la machine coûtera sans doute autant. Certes, c'est très peu par rapport aux enjeux de l'énergie à l'échelle mondiale : avec ses profits annuels (environ 10 milliards d'euros), la société Total pourrait se construire deux ITER par an ! Quant à la guerre en Irak, elle a déjà coûté 500 milliards de dollars. Mais - et cela illustre bien la misère de nos laboratoires -, le coût d'ITER pour la France est supérieur à l'ensemble de tous les moyens financiers dont dispose l'ensemble de tous les laboratoires de physique en France (environ 50 millions d'euros). Notre crainte que les dépenses pour ITER soient comptabilisées dans l'effort de recherche français et viennent en déduction du soutien qu'il faut apporter à ces laboratoires pour qu'ils aient une chance de rester compétitifs à l'échelle mondiale est d'autant plus justifiée que l'on se souvient amèrement des effets produits, en son temps, par la construction de la station spatiale internationale, autre projet pharaonique, dont l'utilité est si peu justifiée qu'on est en train de l'abandonner alors qu'elle n'est qu'à moitié construite.

On le voit, la communauté scientifique n'est pas unanime au sujet de ce projet, et il ne s'agit pas seulement de la communauté des physiciens français. Certains pensent qu'ITER représente, à l'heure actuelle, le seul chemin raisonnable ; d'autres estiment que tant que la bonne technologie n'est pas trouvée, il faut explorer plusieurs pistes à la fois et ne pas écraser, par un projet démesuré, les autres chemins d'étude de la fusion contrôlée ; d'autres encore, dont nous sommes, insistent pour qu'on ne sous-estime pas des problèmes qui peuvent paraître secondaires tant que l'on s'intéresse à la physique du plasma mais qui deviennent cruciaux dès lors que l'on envisage un passage à l'échelle industrielle. Ces différents points de vue ne surprennent que ceux qui ont pris pour de l'information scientifique la "com" faite par les porteurs du projet au cours des phases récentes de négociation internationale.

ITER n'est pas une machine de développement technologique : c'est un projet à finalité technologique, encore à l'état de recherche fondamentale. La fusion - à supposer que les problèmes de matériaux soient résolus -, ne semble pas être envisageable avant le XXIIe siècle. Or l'évolution du climat appelle des solutions urgentes.

En effet, les conséquences de la consommation actuelle d'énergie sur le climat ne font plus de doute. 80 % de l'énergie primaire consommée dans le monde est d'origine fossile (pétrole, gaz, charbon). L'augmentation résultante de la teneur de l'atmosphère en gaz à effet de serre conduira à un réchauffement moyen compris entre 2 et 6 degrés, à l'horizon 2 100, suivant les scénarios envisagés. Il semble bien que ce réchauffement, qui augmente les échanges d'eau entre l'équateur et les pôles, s'accompagne d'une amplification de la violence des événements extrêmes : tempêtes, cyclones. Il est donc urgent de diminuer la consommation d'énergies fossiles. Même les recommandations de Kyoto sont timides quant aux risques.

Outre qu'il est indispensable de cesser de gaspiller l'énergie, les deux voies de production propre les plus prometteuses sont le solaire et la quatrième génération de centrales nucléaires à fission. Le solaire est très peu développé (moins de 1 % de l'énergie primaire consommée actuellement), mais il est très abondant : la consommation totale de l'humanité correspond à un dix-millième de l'énergie qui nous parvient du soleil. Outre le solaire thermique et photovoltaïque, d'autres technologies sont explorées pour résoudre le problème du stockage, notamment en Espagne. La France est absente de ces recherches.

La quatrième génération de centrales nucléaires aura l'immense mérite de brûler tous ses déchets lourds, ce qui lui permettrait non seulement de devenir propre mais aussi de fonctionner pendant des milliers d'années, surtout en utilisant la très prometteuse filière au thorium. C'est là que les efforts devraient porter, c'est là qu'ils sont singulièrement insuffisants.

Pour conclure, un bref rappel historique. La fission nucléaire a été découverte en décembre 1938 par Hahn, Strassmann et Meitner. Son interprétation théorique a été éclaircie quasi immédiatement par Meitner et Frisch. La décision américaine de construire un réacteur n'a été prise qu'au début 1942, après Pearl Harbour. En décembre 1942, le premier réacteur divergeait à Chicago sous la direction d'Enrico Fermi : la réaction en chaîne anticipée par Szilard était non seulement possible, elle était sous contrôle. Le nom de Wigner, Prix Nobel de physique pour ses travaux théoriques concernant le rôle des symétries en physique quantique, est associé à la mise au point de nombreuses questions d'apparence technologique, qu'il fallait savoir formuler avant de les résoudre. Au total, il ne s'est écoulé que trois ans entre la découverte de la fission et la mise au point du premier réacteur, laquelle n'a pris en réalité que quelques mois.

Par comparaison, l'idée de la fusion thermonucléaire est là depuis cinquante ans, et le fonctionnement en continu du réacteur DEMO, qui représente une étape post-ITER, ne semble pas possible avant cinquante autres années. Ce n'est évidemment pas la qualité des personnes qui est en cause mais la difficulté des problèmes à résoudre. A quoi sert de les cacher ?

Jacques Treiner est professeur à l'université Pierre-et-Marie-Curie.
Sébastien Balibar est directeur de recherches au CNRS, Ecole normale supérieure.

 

 

Le site français de Cadarache choisi pour Iter

MOSCOU 28 juin 2005 - Les partenaires du projet Iter ont signé une déclaration par laquelle ils choisissent le site français de Cadarache pour accueillir ce réacteur expérimental de fusion nucléaire. Il s'agit d'un programme de 10 milliards d'euros sur 30 ans.
Ce choix met fin à un an de bataille franco-japonaise. Le site français a en effet été préféré au projet présenté par le Japon. Le projet Iter implique la Chine, l'Union européenne, le Japon, la Russie, la Corée du Sud et les Etats-Unis.
Le président français Jacques Chirac s'est «félicité» du choix de Cadarache. «Cet accord ouvre la voie à la réalisation, en France, de cet équipement essentiel pour la recherche sur les énergies qui n'émettent pas de gaz à effet de serre», indique l'Elysée. «Cet accord prend pleinement en compte les intérêts de l'ensemble des partenaires du projet», pense aussi M. Chirac.
Ce dernier remercie la Commission européenne et l'ensemble des pays de l'UE pour leur «soutien sans faille» dans les négociations. L'UE était soutenue par Moscou et Pékin, alors que Washington et Séoul appuyaient Tokyo.
Le Japon s'est également dit satisfait, car il a su «préserver ses intérêts nationaux» malgré la décision de construire le réacteur en France, a affirmé le ministre nippon des Sciences, Nariaki Nakayama.
Le choix de Cadarache a en revanche été dénoncé par des associations antinucléaires. L'association écologiste internationale Greepeace fustige «l'engouement aveugle» que suscite selon elle ce projet.
«A l'heure où il est universellement reconnu que l'enjeu se situe dans la réduction par quatre de nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050», Greenpeace juge «aberrant» que ce projet mobilise compétences et milliards d'euros «dans un programme de recherche qui n'aboutira pas à des résultats concrets, s'il aboutit un jour, avant la deuxième moitié du siècle».
De son côté, la fédération d'associations «Sortir du nucléaire» dénonce un «gouffre financier» et une technologie «inutile», ainsi que les «compensations pharaoniques» accordées au Japon pour prix de son accord.
Selon des sources proches du dossier, Tokyo a obtenu un réajustement des financements du projet par lequel le «pays hôte» devrait assurer 50% du coût de la construction du réacteur (estimé à 4,2 milliards d'euros) contre 10% pour le pays «non hôte».


Tokyo renonce à Iter, selon la presse japonaise

TOKYO (22 juin 2005) - Le Japon a informé l'Union européenne de sa décision de renoncer à accueillir le réacteur expérimental Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) au profit de la France et de son site de Cadarache (Bouches-du-Rhône), a rapporté mercredi un journal japonais. Un porte-parole du gouvernement japonais a démenti qu'une décision a été prise. "Le gouvernement est toujours en train de négocier les détails", a déclaré Seiken Sugiura, le secrétaire-général adjoint du gouvernement. "Quant à savoir si le Japon 'abandonne', l'enjeu n'est pas que le projet soit entièrement à eux ou entièrement à nous. Il y a des discutions sur les coûts", a-t-il ajouté. Toutefois, selon les médias nippons, Tokyo devrait annoncer officiellement son abandon le 28 juin lors d'une réunion en Russie. Selon le quotidien national "Mainichi", le projet, qui représente plus de 10 milliards d'euros, sera implanté à Cadarache (Bouches-du-Rhône), après que des dirigeants japonais ont cédé au profit de leurs homologues européens. En échange, Tokyo attend de prendre une place de choix dans le projet pour ses fournisseurs et ses scientifiques, affirme le quotidien, sans citer de sources. Le choix du futur site d'Iter fait débat depuis plusieurs mois au sein du consortium international chargé de le financer. Seuls les sites de Cadarache (Bouches-du-Rhône) et Rokkasho-Mura restent en compétition pour accueillir le projet. Le Japon, avec l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud, souhaite que le projet soit installé à Rokkasho-Mura dans le nord de l'archipel, les Européens, soutenus par la Russie et la Chine, à Cadarache. En décembre dernier, les partenaires du projet -Union européenne, Etats-Unis, Japon, Russie, Corée du Sud et Chine- n'avaient pu se mettre d'accord sur la désignation du site du futur Iter.

 


Le Figaro, 16/6/2005: 
Dossier - La Provence prête à accueillir le réacteur nucléaire expérimental Iter



Tokyo hésite à lâcher ITER pour des raisons scientifico-diplomatiques

8/6/2005 - Dans la compétition acharnée pour le site d'ITER, des voix s'élèvent au Japon pour céder le projet à la France au profit d'un autre méga-projet international. Mais Tokyo refuse pour le moment de lâcher la proie pour l'ombre, dans un match où pèsent les calculs américains. Des politiciens et des scientifiques exhortent Tokyo à faire une croix sur l'accueil du réacteur de fusion nucléaire ITER au Japon pour se concentrer sur le prochain grand défi scientifique: "l'accélérateur de particules linéaire international" (ILC) sur lequel planchent depuis des années des équipes asiatiques, européennes et américaines. Or, ce futur gigantesque site international d'expérimentation scientifique, visant à recréer les conditions énergétiques de la création de l'univers, suscite le grand intérêt des Etats-Unis. "Dans les calculs des Américains, on ne peut pas exclure qu'ils aient soutenu le Japon pour ITER afin de pouvoir légitimement revendiquer ultérieurement l'installation chez eux de l'ILC. De telles hypothèses avaient déjà émergé il y a deux ans", a affirmé à l'AFP un connaisseur du dossier à Tokyo. Les Japonais bénéficient de l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud pour accueillir ITER à Rokkasho-mura, un village du nord de l'Archipel. L'Union européenne, elle, se bat, avec le soutien de la Russie et de la Chine, pour le site français de Cadarache. En revanche, l'UE ne devrait pas postuler pour recevoir l'ILC, bénéficiant d'un autre accélérateur de particules international (LHC) qui entrera en fonction en 2007. Selon des sources concordantes, les Etats-Unis ont poussé la candidature japonaise à ITER pour éviter la concurrence de Tokyo sur l'ILC qu'ils souhaitent accueillir. "L'ILC est notre première priorité en termes de sites majeurs de physique énergétique", a affirmé en avril un directeur du département américain de l'Energie, le professeur Robin Staffin. "Les projets ITER et ILC ont des visées scientifiques différentes et ne sont absolument pas liés", insiste le porte-parole d'un organisme qui travaille sur l'élaboration de l'ILC au Japon. Toutefois, si le Japon perdait ITER, les Etats-Unis pourraient réduire leur engagement dans le projet de réacteur nucléaire pour des raisons budgétaires. "Tant que tout n'est pas signé, ce risque existe toujours", reconnaît une source européenne. La circonspection est de mise puisque le 24 mai, la Chambre des représentants a adopté un amendement proposé par le président de la commission des Sciences Sherwood Boelhert "pour empêcher les Etats-Unis de s'engager dans ITER avant le 1er mars 2006", arguant que le financement du site ne devait pas se faire au détriment des activités de recherches aux Etats-Unis. "Nous pensions que Tokyo n'avait plus qu'à gérer un problème de diplomatie intérieure pour faire admettre son renoncement à accueillir ITER. Mais cela traîne en longueur et la résistance est peut-être plus forte que d'aucuns le pensaient", a confié à l'AFP une source au fait du sujet. En outre, le revers européen essuyé par le président Jacques Chirac, qui avait annoncé la victoire de Cadarache, complique la donne en redonnant espoir à la candidature japonaise. "Nous suivons cette situation de près", répond le directeur du bureau de recherche et dévelopement du ministère japonais des Sciences et Techniques, Masato Kitani. "Notre position n'a pas variée et nous défendons toujours aussi vigoureusement l'accueil d'ITER au Japon. Une importante réunion est prévue la semaine prochaine (lundi 13 à Tokyo) qui montrera que les autorités locales, le gouvernement et les industriels japonais se mobilisent en ce sens", a-t-il déclaré à l'AFP.

 

 

Deux députés-maires demandent à Chirac de venir sur le site du projet Iter

1/6/2005 - Les députés-maires Maryse Joissains-Masini (Aix-en-Provence) et Daniel Spagnou (Sisteron) demandent au Président de la République Jacques Chirac de se rendre "dans les prochaines semaines" sur le site de Cadarache où devrait être installé le réacteur Iter. "D'aucuns voudraient profiter du +Non à la constitution+ pour remettre en cause la candidature française à l'accueil d'Iter", affirment-ils dans un communiqué les maires. Ils soulignent qu'un responsable japonais "s'est autorisé à douter du soutien que pourrait apporter au projet Iter un peuple européen trop préoccupé par les questions d'emploi". Les deux élus provençaux "en appellent à la mobilisation unanime de tous les responsables, élus et socio-professionnels, de la région, pour réaffirmer la volonté des Français d'accueillir ce projet en Provence". "A cette fin, ils viennent de réitérer leur invitation au Président de la République, à venir personnellement sur le site dans les prochaines semaines", ont indiqué les cabinets des maires. Cette invitation intervient après les résultats du référendum de dimanche lors duquel 77,03 % des électeurs de Saint-Paul-lès-Durance, commune où est situé Cadarache, se sont prononcés pour le non. "En dépit des avertissements", la population "n'a toutefois pas mesuré l'interprétation et l'exploitation qui pourraient être faites de son vote au-delà des frontières", ont estimé les deux maires. "Ce projet engage les nations qui le portent sur un demi-siècle. Le résultat d'un référendum ne saurait le remettre en cause", ont-ils affirmé.

 

 

Le Japon pose deux nouvelles conditions pour renoncer à Iter

30/5/2005 - Le gouvernement japonais a posé deux nouvelles conditions pour qu'il renonce à accueillir le réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter au profit du site français de Cadarache, a rapporté lundi le quotidien économique Nihon Keizai Shimbun (Nikkei). L'exécutif nippon demande qu'une partie des fonds employés pour le projet Iter soient utilisés pour financer des travaux d'amélioration du site de recherche de la fusion nucléaire de Naka (centre), et que le réacteur de la génération suivante soit conçu au Japon et financé à 50% par l'Union européenne et à 50% par Tokyo, assure le journal. Toujours d'après le Nikkei, un accord définitif entre l'Union européenne et le Japon pour le choix de Cadarache tarde à venir, car des arrangements restent à trouver avec la Corée du sud et avec la préfecture japonaise d'Aomori (nord), candidate à l'accueil d'Iter. La Corée du sud souhaite coopérer à la construction du réacteur au Japon mais ne pourra pas le faire si la France est choisie, Un responsable de la préfecture d'Aomori a par ailleurs estimé lundi que la France ferait mieux, plutôt que de militer pour accueillir Iter, de se pencher sur le problème du chômage à l'origine, d'après lui, de la victoire du non lors du référendum sur la Constitution européenne. Selon ce responsable local, le vice-gouverneur Takeshi Ebina, le résultat du référendum reflète "le désir (des Français) d'un changement pour une politique orientée vers l'emploi". "Le taux de chômage dans l'Union européenne est très élevé, et nous doutons fortement que le peuple européen soutienne vraiment le projet Iter, qui leur coûtera 650 milliards de yens" (4,8 milliards d'euros), a analysé le responsable, cité par l'agence de presse Kyodo.

 

 

Iter: le pays "non hôte" obtiendra le poste de secrétaire général

27/5/2005 - L'Union européenne et le Japon sont d'accord pour que le pays qui n'accueillera pas le réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter obtienne le poste de secrétaire général du projet et fournisse 20% des effectifs, affirme vendredi le journal nippon Yomiuri Shimbun. Le pays laissé pour compte (France ou Japon) hébergera par ailleurs des laboratoires de recherche liés à Iter, selon l'accord technique signé le 5 mai dernier à Genève entre l'UE et le Japon, dont le quotidien proche du gouvernement japonais publie des détails. D'après le Yomiuri, qui estime qu'Iter sera "probablement" construit en France, cet accord sera officiellement annoncé fin juin à l'occasion d'une réunion ministérielle en Russie entre les six partenaires (UE, Japon, Etats-Unis, Chine, Russie et Corée du Sud) impliqués dans le projet.

 

Le dernier Nobel physique japonais conteste le bien-fondé d'Iter

7/5/2005 - Dernier prix Nobel japonais de physique, le professeur Masatoshi Koshiba est l'un des scientifiques qui remettent en cause le bien-fondé du projet de réacteur expérimental international de fusion nucléaire Iter, enjeu d'une vive compétition entre le Japon et l'UE.
Dans un entretien 'an dernier,
le Pr Koshiba, 78 ans, avait expliqué ses réserves, accusant les promoteurs d'Iter de vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes. Citant un proverbe chinois --"Tête de mouton, mais viande de chien"--, ce spécialiste de physique fondamentale reprochait aux tenants du projet de le présenter comme "la source d'énergie de la prochaine génération", ce qu'il n'est pas, selon lui. Ambitionnant de produire une énergie propre et sûre en recréant sur Terre les mécanismes à l'oeuvre au coeur des étoiles, le projet Iter devrait entrer dans sa phase opérationnelle en 2014 et être exploité pendant 20 ans, avec un budget estimé à quelque dix milliards d'euros.
Pour le prix Nobel de physique 2002, Iter ne remplit pas "un certain nombre de conditions, à savoir la sûreté et les coûts économiques", pour s'affirmer comme une prochaine source d'énergie quasi inépuisable.
En effet, "dans Iter,
la réaction de fusion produit des neutrons de grande énergie, de 14 MeV (mégaélectronvolts)", niveau jamais atteint encore, expliquait M. Koshiba. "Si les scientifiques ont déjà fait l'expérience de la manipulation de neutrons de faible énergie, ces neutrons de 14 MeV sont tout à fait nouveaux et personne à l'heure actuelle ne sait comment les manipuler", avertissait-il.
Aujourd'hui, soulignait le professeur honoraire de l'Université de Tokyo, la fission nucléaire libère des neutrons d'une énergie moyenne d'un ou deux MeV seulement. Pour M. Koshiba, les scientifiques doivent d'abord résoudre ce problème des neutrons de 14 MeV "en construisant des murs ou des absorbeurs" avant de pouvoir affirmer qu'il s'agit d'une énergie nouvelle et durable.
Or, c'est, selon lui, une solution très coûteuse. "S'ils doivent remplacer les absorbeurs tous les six mois, cela entraînera un arrêt des opérations qui se traduira en un surcoût de l'énergie", critiquait le physicien. Mais "ce projet n'est plus aux mains des scientifiques, il est dans celles des hommes politiques et des hommes d'affaires. Les scientifiques ne peuvent plus rien changer", déplorait-il.
Et le professeur Koshiba, ironique, disait souhaiter "que le gouvernement français ait l'honneur d'accepter Iter dans son propre pays". Le gouvernement de Tokyo refuse jusqu'à présent de concéder la défaite sur le lieu d'implantation d'Iter mais selon Paris et la presse japonaise, il est quasiment assuré que le réacteur sera installé à Cadarache, dans le sud de la France.

 

6/5/2005:
ITER : l'arnaque (Le Réseau "Sortir du nucléaire" publie 7 fiches thématiques sur ITER)



Iter: ouverture du Japon

Tokyo pourrait accepter que le projet de réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter soit situé en Europe

2 Mai 2005 - "Le Japon est d'accord pour accepter la possibilité qu'Iter soir en Europe, une chose qui jusque là était impossible pour eux", a déclaré lundi Jeannot Krecqé, ministre de l'Economie du Luxembourg. L'UE et le Japon s'opposent depuis des mois sur le choix stratégique du site d'Iter, projet qui rassemble aussi USA, Russie, Chine et Corée du Sud. L'UE se bat, avec le soutien des Russes et des Chinois, pour le site de Cadarache, dans le sud de la France, tandis que les Japonais, qui bénéficient de l'appui des Etats-Unis et jusqu'à présent de la Corée du sud, défendent chez eux celui de Rokkasho-mura au Japon. "On a bon espoir d'aboutir dans les prochaines semaines à un accord", a ajouté Jeannot Krecqé, qui représente la présidence du Conseil de l'UE. Il a aussi indiqué que "pour la première fois" dans les discussions engagées entre la présidence de l'UE et le Japon, l'UE avait senti "au moins une ouverture d'esprit". A Luxembourg, le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi avait déclaré auparavant espérer un accord "aussi rapidement que possible" avec l'Union européenne. Le 12 avril, en l'absence d'accord, le Japon et l'UE s'étaient donné trois mois de sursis pour tenter de sauver le projet original à six et parvenir à un règlement  politique.

 

 

Iter: le Japon n'a pas l'intention de renoncer à la candidature du site de Rokkasho

TOKYO (27 mars 2005) - Le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a déclaré dimanche que Tokyo n'avait "nullement l'intention" de renoncer à la candidature de la ville de Rokkasho-Mura pour implanter le futur réacteur nucléaire Iter, en compétition avec le site français de Cadarache. Avec le président Jacques Chirac, "nous sommes convenus de poursuivre nos pourparlers en la matière pour arriver à une solution qui soit intéressante pour les deux parties", a-t-il simplement déclaré lors d'une conférence de presse commune avec le président français Jacques Chirac à Tokyo. Malgré ce refus catégorique du Japon de renoncer à sa candidature pour rallier celle du site de Cadarache (Bouches-du-Rhône), le président français s'est voulu optimiste quant à la possibilité de parvenir à un accord. "Les propositions du Japon sur les pays hôtes et les pays non hôtes me paraissent de nature à permettre un accord entre l'Union européenne et le Japon", a-t-il souligné, sans plus de précisions. L'UE a décidé d'engager les travaux pour installer le futur réacteur thermo-nucléaire Iter (International thermo-nuclear experimental reactor) à Cadarache d'ici la fin de l'année. Le site japonais de Rokkasho-Mura, dans le nord de l'archipel, a reçu le soutien des Etats-Unis et de la Corée du Sud, tandis que le projet européen est appuyé par la Russie et la Chine.

 

 

Le Figaro, 26/3/2005: 

Ultimatum européen sur le réacteur Iter

Deux sites sont en concurrence

L'Europe veut commencer la construction du réacteur expérimental Iter à Cadarache (Bouches-du-Rhône) avant la fin de l'année 2005, d'après une des conclusions du sommet de Bruxelles qui s'est tenu cette semaine. Pour la première fois depuis le début de ce grand projet de recherche destiné à maîtriser, d'ici à plusieurs décennies, la fusion nucléaire ­ l'énergie des étoiles ­ pour produire de l'électricité, l'UE a donné à la Commission européenne une date limite pour les négociations avec le Japon : fin juin. Si, d'ici à juillet 2005, le Japon ne renonce pas à sa candidature de Rokkasho-mura, dans le nord de l'Archipel, l'Europe est prête à s'engager seule dans ce programme de 10 milliards d'euros étalés sur trente années, avec le soutien de la Russie et de la Chine. Cette éventualité avait déjà été avancée en novembre dernier, mais aucune échéance n'avait été fixée pour les discussions avec le Japon. Le sujet sera au menu des discussions bilatérales pendant la visite de Jacques Chirac. La candidature japonaise est soutenue depuis 2003 par les Etats-Unis et la Corée du Sud. Au sein du consortium des six partenaires internationaux Iter, seule une décision par consensus est possible. Depuis des mois, les positions japonaise et européenne paraissent figées, sans espoir d'accord. Pour le Japon, qui ne dispose d'aucune réserve énergétique à long terme, Iter et la maîtrise de la fusion nucléaire, source presque inépuisable d'énergie produisant peu de déchets radioactifs, est un enjeu majeur. Mais d'un autre côté, les Japonais ne pourraient certainement pas se passer de l'expertise européenne dans le domaine de la fusion. Deux des meilleurs réacteurs expérimentaux dans ce domaine très technique sont en effet européens : le Jet à Culham, en Grande-Bretagne, et Tore-Supra à Cadarache, en France. Si l'Europe décide en juillet de faire bande à part, la France devra prendre en charge une plus grosse partie des frais de construction, estimé autour de 4,5 milliards d'euros. L'UE espère en fait que d'autres partenaires rejoindront ensuite son initiative, pour aider à mieux partager les coûts de fonctionnement. L'enjeu du site d'implantation du réacteur n'est pas de savoir qui va être le premier à récolter les fruits d'Iter, puisque toutes les données scientifiques seront partagées entre les six partenaires du consortium. En revanche, une grande partie des 10 milliards d'euros nécessaires à la construction et au fonctionnement du réacteur pendant trente ans profitera aux industriels du pays retenu. Certaines études estiment cet impact à 10 000 emplois sur la durée du projet.

Cyrille Vanlerberghe



AFP, 8/3/2005: 
ITER: le Japon oppose une nouvelle fin de non recevoir à l'UE

 

Tokyo trouve "prématurée" la proposition de l'UE

4/3/2005 - Le Japon a jugé vendredi prématurée la proposition européenne de compromis politique pour sortir de l'impasse sur la localisation du futur réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter, estimant que les discussions techniques n'étaient pas terminées. Le commissaire européen à la Recherche, Janez Potocnik, a appelé jeudi à un compromis politique avec les Japonais, jugeant que les discussions techniques ne pouvaient pas aller plus loin. "C'est prématuré", a affirmé Satoru Otake, chargé du dossier Iter au ministère de la science et des technologies. "Les discussions techniques ne sont pas terminées, elles se poursuivent", a-t-il expliqué. Dans l'âpre compétition internationale qui se livre pour accueillir Iter, l'Union européenne (UE) se bat, avec le soutien des Russes et des Chinois, pour le site de Cadarache dans le sud de la France.
Les Japonais, qui bénéficient de l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud, défendent chez eux celui de Rokkasho-mura. Le projet Iter est estimé à 10 milliards d'euros sur 30 ans, dont 4,57 milliards d'euros pour la seule construction du réacteur qui doit durer dix ans. Fin novembre, l'UE avait réaffirmé sa volonté de lancer la construction d'Iter à Cadarache sans le Japon si aucun accord n'était rapidement trouvé avec Tokyo. Désireux tout de même de trouver un compromis avec tous les partenaires du projet, les 25 et la Commission européenne avaient cependant insisté, en cas d'accord général sur Cadarache, sur la nécessité d'un "partenariat" privilégié avec Tokyo et d'une "approche élargie" des recherches sur la fusion prévoyant des activités complémentaires à Iter. Mais la position adoptée en novembre avait été qualifiée d'"extrêmement regrettable" par les autorités japonaises et les négociations se poursuivent depuis.


Bruxelles appelle à un compromis politique avec Tokyo

3/3/2005 - Le commissaire européen à la Recherche, Janez Potocnik, appelle à un compromis politique avec les Japonais pour sortir de l'impasse sur la localisation du futur réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter, estimant que les discussions techniques ne pouvaient pas aller plus loin. "Les discussions techniques sont maintenant allées aussi loin que possible", selon un discours du commissaire prononcé à Culham au Royaume-Uni et diffusé à Bruxelles. "J'ai proposé à nos partenaires japonais de s'assoir ensemble pour trouver un compromis acceptable à un haut niveau politique", a-t-il ajouté, précisant que sa proposition n'avait pas encore trouvé de réponse.
Dans l'âpre compétition internationale qui se livre pour accueillir Iter, l'UE se bat, avec le soutien des Russes et des Chinois, pour le site de Cadarache dans le sud de la France. Les Japonais, qui bénéficient de l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud, défendent chez eux celui de Rokkasho-mura. "Nous n'avons fait l'économie d'aucun effort pour trouver un consensus entre les six différents partenaires dans le but de réaliser Iter à Cadarache", a estimé jeudi M. Potocnik, rappelant le "rôle spécial" que reconnaît l'UE au Japon dans le projet Iter. Fin novembre, l'UE avait réaffirmé sa volonté de lancer la construction d'Iter à Cadarache sans le Japon si aucun accord n'était rapidement trouvé avec Tokyo.
Désireux tout de même de trouver un compromis avec tous les partenaires du projet, les 25 et la Commission européenne avaient cependant insisté, en cas d'accord général sur Cadarache, sur la nécessité d'un "partenariat" privilégié avec Tokyo et d'une "approche élargie" des recherches sur la fusion prévoyant des activités complémentaires à Iter. Mais la position adoptée en novembre avait été qualifiée d' "extrêmement regrettable" par les autorités japonaises et les négociations se poursuivent depuis. Le projet Iter est estimé à 10 milliards d'euros sur 30 ans, dont 4,57 milliards d'euros pour la seule construction du réacteur qui doit durer dix ans.


Les discussions continuent entre Tokyo et l'UE, mais pas d'ouverture

1/2/05 - Les discussions entre le Japon et l'UE se poursuivent pour tenter de sortir de l'impasse sur le site du futur réacteur nucléaire expérimental Iter, a-t-on appris mardi de sources officielles à Tokyo, mais, selon la presse nippone, les Japonais ont rejeté la dernière offre européenne. "Nous gardons tous les canaux de communication ouverts et opérationnels. Nos discussions avec l'UE continuent", a dit à l'AFP un responsable du ministère japonais de la Sciences et de la Technologie, ayant requis l'anonymat. Ce haut fonctionnaire s'est abstenu de commenter un article du quotidien économique Nihon Keizai (Nikkei) selon lequel le Japon a rejeté la dernière proposition de compromis de l'UE présentée en décembre. Tokyo a signifié son refus lors d'une rencontre au niveau des experts à la mi-janvier à Tokyo, a précisé le Nikkei, généralement bien informé. L'offre européenne consisterait à "partager les attraits et les charges" du projet dans le cadre d'une collaboration industrielle qui permettrait d'offrir des compensations aux entreprises du pays non retenu pour héberger Iter. Dans cette âpre compétition internationale, le site européen de Cadarache (sud de la France), soutenu par les Russes et les Chinois, est opposé à celui de Rokkasho-mura au Japon, qui bénéficie pour l'heure de l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud. "Nous ne sommes pas au courant d'un rejet japonais", a affirmé Etienne Reuter, le directeur du service de presse de la délégation de la Commission européenne au Japon. Fin novembre, l'UE a réaffirmé sa volonté de lancer la construction d'Iter à Cadarache sans le Japon si aucun accord n'était rapidement trouvé avec Tokyo. Une décision qualifiée alors d'"extrêmement regrettable" par les autorités japonaises.



Iter: le Japon n'entend pas céder devant les tactiques "hautaines de l'UE

20/12/04 - Le Japon n'a aucune intention de céder face aux tactiques "hautaines" de l'Union européenne (UE) visant à imposer à ses partenaires la France comme pays d'accueil du futur réacteur nucléaire expérimental Iter, a affirmé à l'AFP un des négociateurs nippons à Tokyo.

Dans cette âpre compétition internationale, le site européen de Cadarache (sud de la France), soutenu par les Russes et les Chinois, est opposé à celui de Rokkasho-mura au Japon, qui bénéficie pour l'heure de l'appui des Etats-Unis et de la Corée du Sud.

Fin novembre, l'UE a réaffirmé sa volonté de lancer la construction d'Iter à Cadarache sans le Japon si aucun accord n'est trouvé rapidement avec Tokyo.
Une décision qualifiée alors d'"extrêmement regrettable" par les autorités japonaises. "Si les Européens pensent que nous allons céder devant leurs tactiques de négociation hautaines, ils font une grave erreur", vitupère dans une interview le directeur général du département Recherche et Développement au ministère de la Science et de la Technologie, Toichi Sakata. "Si l'UE veut y aller sans le Japon, qu'elle y aille ! Cela ne va pas nous émouvoir. Ni le Japon, ni les Etats-Unis, ni la Corée du Sud", souligne-t-il en des termes inhabituellement virulents pour un haut fonctionnaire japonais. "La raison pour laquelle nous n'avons pas encore trouvé de solution tient au soutien obstiné des Européens à Cadarache. Nous pensons que c'est la meilleure proposition qui doit l'emporter et celle du Japon est meilleure que la contre-proposition de l'UE", soutient M. Sakata.

Le projet Iter, dont le site d'accueil doit être décidé en principe par consensus, est estimé à 10 milliards d'euros sur 30 ans, dont 4,57 milliards d'euros pour la seule construction du réacteur qui doit durer dix ans.

La manne est estimée à 1.200 milliards de yens (8,6 milliards d'euros) pour la région de Rokkasho-mura, selon un responsable de la préfecture d'Aomori, à 600 km au nord de Tokyo.

Pour M. Sakata, les négociateurs européens se sont montrés "suffisants et dominateurs" lors des précédentes réunions. "Après avoir observé le style de négociation des Européens, les Etats-Unis, nos solides alliés, ont des doutes sur la réelle capacité de l'UE à mener à bien le projet Iter", estime le haut fonctionnaire japonais.

M. Sakata ajoute que le Japon poursuit les discussions avec l'UE mais qu'il n'est pas pressé de signer un accord défavorable. "Pour le Japon, il n'y a pas de date limite et nous n'allons pas faire de compromis", assure-t-il. "Pourquoi devrait-on trouver un accord rapidement ? Iter ne sera pas prêt avant cinquante ans. Le projet ne disparaîtra pas si nous ne signons pas d'accord dans les prochains mois", insiste M. Sakata.

La fusion nucléaire consiste à produire de l'énergie en reproduisant la fusion de noyaux d'atomes, à l'instar de ce qui se passe au coeur du soleil.

L'UE estime que le projet verra plus rapidement le jour à Cadarache, plateforme de recherche en France regroupant 400 spécialistes de la fusion nucléaire parmi 3.500 scientifiques.

Cependant, M. Sakata affirme que Rokkasho-mura est plus qualifié que Cadarache en termes de sécurité, d'engagement financier du gouvernement et de niveau de recherche scientifique. "Pour construire le réacteur Iter, il faut acheminer des centaines de marchandises très lourdes, certains conteneurs pesant jusqu'à 1.000 tonnes.
Rokkasho-mura se trouve à seulement 5 km d'un port, Cadarache à 100 km, ce qui pose de sérieux risques de transport", argumente M. Sakata. "De plus, l'engagement financier du Japon pour Iter est très clair. Mais honnêtement, je dois dire que l'engagement européen ne l'est pas. Sans un tel engagement, comment peut-on être certain d'achever la construction du réacteur Iter ?", s'interroge-t-il.

M. Sakata qualifie d'"irréaliste" l'hypothèse avancée par l'UE de solliciter de nouveaux pays pour remplacer le Japon et ses alliés.

Le Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir a néanmoins demandé au gouvernement de conduire une réflexion sur un projet tripartite Japon-USA-Corée du Sud.



7/12/2004:
Iter: le Japon a proposé des concessions importantes à l'UE, selon la presse



L'Est Républicain, 4/12/2004:

Iter à Cadarache
Le réacteur à fusion nucléaire sera en France, selon le préfet de PACA

Le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) Christian Frémont qui a réuni hier à Marseille un « comité de pilotage » sur la mise en place du programme Iter, considère que la décision d'implanter le réacteur expérimental de fusion nucléaire à Cadarache (Bouches-du-Rhône) est prise.

« On peut considérer que la décision de réaliser Iter à Cadarache est prise par l'Union européenne », a déclaré le préfet au cours d'une conférence de presse, à l'issue de la réunion du comité de pilotage en présence d'élus locaux, affirmant qu'il ne fallait plus parler de « projet Iter », mais de « programme Iter ». « La décision a été prise le 26 novembre. Il n'y a pas de temps à perdre. C'est pourquoi j'ai réuni le comité de pilotage », a commenté le préfet.

Divers élus de PACA concernés par le projet ont évoqué hier les retombées économiques du projet pour la région, et les questions d'aménagement du territoire, notamment la construction d'une route à grand gabarit conduisant au site, d'une école internationale et de logements, un « sujet très difficile », a dit le préfet, dans une région caractérisée par la flambée des prix de l'immobilier.

 

 

L'Humanité, 1/12/2004:
Iter tiré à hue et à dia


Liberation, 27 novembre 2004:

La chaleur du Soleil pas facile à apprivoiser
La fusion maîtrisée deviendrait une source d'énergie inédite.

Mettre le Soleil en bouteille. Et se servir de sa chaleur pour produire de l'électricité à gogo. Projet de science-fiction. Rêve d'ingénieur dont la genèse intellectuelle remonte aux années 30, lorsque Hans Bethe élucide la chaîne complexe de réactions nucléaires qui fait briller les étoiles.

Principe ? De quatre faire un. Quatre noyaux d'hydrogène (des protons) fusionnent en un noyau d'hélium (deux protons et deux neutrons). Du coup, le Soleil maigrit - car le noyau d'hélium ne fait que 3,97 fois la masse d'un hydrogène - de 500 millions de tonnes par seconde depuis quatre milliards d'années. Cette perte, comme l'a démontré Albert Einstein (E = mc2), se mue en énergie. Et voilà pourquoi le Soleil brille.

Défi. Copier la recette stellaire s'annonce coton. Le mariage des noyaux s'y opère contraint et forcé par les 500 000 bars et les 15 millions de degrés régnant en son coeur. Facile pour le Soleil, il lui suffit d'être très massif, gravitation et forces nucléaires s'unissant pour fabriquer un réacteur thermonucléaire autocontrôlé. D'où la longue perplexité des ingénieurs devant le défi. Ils savent déclencher le feu stellaire dans les bombes H (pour hydrogène) en utilisant une bombe A (à l'uranium ou au plutonium) comme amorce. Mais cette piste ne peut mener qu'à l'explosion, pas au contrôle. Pourtant, dès 1946, deux Britanniques déposent un brevet pour un réacteur en forme de tore (une couronne) abritant un gaz chauffé par radio-fréquences. En 1958, une conférence internationale déclassifie toutes les recherches sur la fusion, jusqu'alors secrètes, permettant aux physiciens américains, russes et européens de confronter leurs concepts. Mais la recherche patine. Le plasma - un gaz chauffé au point que noyaux et électrons se séparent - résiste à toutes les tentatives de le contrôler par des aimants. La percée a lieu en 1968, à l'institut Kurtchatov de Moscou avec un plasma de 10 millions de degrés.

Champs magnétiques. Les physiciens soviétiques adoptent une configuration particulière de champs magnétiques, baptisée tokamak (tore, chambre et magnétisme). Elle emprisonne le plasma par deux champs magnétiques complémentaires, le premier l'obligeant à parcourir une boucle et le second corrigeant les dérives des particules pour les contraindre à suivre ce cercle magique.

Le tokamak s'impose dans tous les laboratoires qui se livrent une course aux performances et à la taille. Car l'énergie des étoiles ne permet pas de jouer petit bras... un peu comme si Clément Ader avait dû construire un Airbus A-380 pour prouver que l'on pouvait faire voler un avion. Déclencher et entretenir la fusion exige des températures de plusieurs dizaines de millions de degrés afin de compenser densités et pressions beaucoup plus faibles que dans le Soleil. Même avec du deutérium et du tritium, cousins lourds de l'hydrogène (dotés d'un et deux neutrons supplémentaires) qui fusionnent plus facilement. L'Europe construit le JET (Joint European Torus) à Culham, le plus gros des Tokamaks actuels et record (17 MW) de puissance fusion produite avec un mélange deuté-rium/tritium. La France joue la carte des aimants supraconducteurs, une spécialité du Commissariat à l'énergie atomique, qui génèrent un champ magnétique de longue durée sans perte d'énergie ni échauffement. Tore Supra à Cadarache, détient depuis décembre 2003 le record de durée (six minutes et demie) d'un plasma d'hydrogène. De son côté, le Japon exploite depuis 1988 le JT60 (à Naka) tandis que les Etats-Unis travaillaient avec le TFTR (Princeton) entre 1982 et 1997.

Avec Iter, les physiciens espèrent démontrer la faisabilité «scientifique» de la fusion. A l'image de la pile de Fermi, en 1942 aux Etats-Unis, dont les 6 tonnes d'uranium métallique, 34 tonnes d'oxyde d'uranium et 400 tonnes de graphite développaient... 0,5 watt. Dans son plasma de deutérium et tritium de plus de 800 m3, chauffé à cent millions de degrés, la puissance thermonucléaire d'Iter devrait atteindre 500 MW durant quelques minutes. Une démonstration attendue vers 2030, en fin de vie d'Iter, après plusieurs années à expérimenter des plasmas d'hydrogène pour maîtriser leurs turbulences. Passer à un prototype de réacteur - où la fusion serait auto-entretenue sur longue durée - risque de prendre autant de temps. Et empruntera probablement la voie de développements technologiques imprévisibles, le rêve des physiciens étant de tomber sur de bonnes «surprises», soit dans la maîtrise du plasma soit dans les matériaux nouveaux afin d'éviter le gigantisme. C'est tout le paradoxe d'une machine dont l'objectif élémentaire - produire de la chaleur - cache la nouveauté radicale : une source d'énergie totalement inédite sur Terre. Si son potentiel séduit - puissance élevée, continuité de la production, faible pollution radioactive (Non, c'est faux, lire ci-dessous le texte de Raymond Sené), durabilité - il suppose de débloquer verrous technologiques et mé-connaissances fondamentales.

Sylvestre HUET

 

Liberation, 27 novembre 2004:
Tribulations d'une machine. Selon les ministres européens, il sera bâti en France, n'en déplaise au Japon candidat.


Le Figaro, 10/11/2004:
Des doutes scientifiques sur la fusion nucléaire

 


Iter: Bruxelles "optimiste" pour la France, le Japon ne s'avoue pas vaincu

TOKYO (9 novembre 2004) - Le Japon a affiché mardi sa résolution à accueillir le réacteur de fusion nucléaire expérimental Iter, répliquant aux propos tenus lundi par un haut responsable de l'UE sur les chances de voir le projet international échoir au site de Cadarache, dans le sud de la France."Nous ne comprenons pas pourquoi l'Union européenne a tenu soudainement ces propos. S'agit-il peut-être seulement d'une spéculation optimiste de sa part ou bien d'une technique de négociation ?", a déclaré mardi un porte-parole du département de fusion nucléaire au ministère japonais de la Science et de la Technologie.
Le Japon et la Commission européenne étaient réunis lundi à Vienne pour négocier la construction d'Iter, pour laquelle le site japonais de Rokkasho-mura (nord) est en concurrence avec le site français de Cadarache. Le même jour à Bruxelles, la Commission européenne s'est dite confiante dans les chances du site de Cadarache pour accueillir le réacteur Iter.
"Nous sommes optimistes pour obtenir un résultat favorable pour Iter à Cadarache", a déclaré Fabio Fabbi, porte-parole du commissaire européen à la Recherche Louis Michel. Une réunion élargie est prévue mardi dans la capitale autrichienne avec les autres parties au dossier, Etats-Unis, Russie, Corée du Sud et Chine.
Le porte-parole japonais du département de fusion nucléaire a ajouté, mardi matin à Tokyo, que le Japon n'avait pas renoncé à accueillir le projet Iter sur son site de Rokkasho-mura. "Nous allons pousser dans ce sens à la réunion de Vienne", a-t-il dit, ajoutant que Tokyo n'était pas prêt à accepter le principe d'une compensation en échange de son retrait.
L'UE -la France en particulier- peut compter sur l'appui de la Chine et de la Russie. Le Japon, de son côté, est soutenu par les Etats-Unis et la Corée du Sud.
Le projet Iter est estimé à 10 milliards d'euros sur trente ans, dont 4,7 milliards d'euros pour la seule construction du réacteur, qui doit durer dix ans. Quelque 40% de ces coûts de construction doivent être pris sur le budget communautaire. La France avait confirmé fin septembre qu'elle était prête à doubler sa participation financière au projet, pour la porter à 914 millions d'euros, soit 20% du coût de construction.


Le Monde, 16/10/2004:
Le réacteur ITER au forceps

 

Iter: le Japon affirme toujours défendre un projet intégré à 6 partenaires

24/9/04 - Le Japon défend toujours l'idée d'une coopération regroupant les six pays partenaires du projet de réacteur de fusion nucléaire expérimental Iter alors que l'Union européenne n'exclut pas de faire cavalier seul, a-t-on souligné vendredi de source scientifique nippone. "Notre position de principe est que les six partenaires (Corée du sud, Chine, Etats-Unis, France, Japon et Russie) devraient mener le projet Iter en commun", a déclaré à l'AFP un chercheur japonais de haut rang spécialisé dans la fusion nucléaire, sous couvert de l'anonymat. Selon ce responsable, les autorités japonaises sont au courant du fait que l'Union européenne pourrait désormais envisager de conduire seule le projet Iter, sans toutefois n'en avoir eu confirmation des principaux intéressés.
Deux sites sont candidats à l'accueil du projet Iter: Cadarache dans le sud-est de la France et Rokkasho-mura dans le nord-est du Japon. Pour augmenter la pression sur les adversaires de Cadarache, l'ancien commissaire européen chargé de la Recherche, le Belge Philippe Busquin --remplacé récemment par son compatriote Louis Michel-- a suggéré début septembre, avant son départ de la Commission, que l'UE prenne l'initiative de lancer elle-même le projet, avec "toutes les parties qui le souhaiteront". Dans une lettre à la présidence néerlandaise de l'Union, dévoilée mercredi par le quotidien français "la Tribune", le commissaire européen soulignait notamment que "plusieurs partenaires donnent une préférence très forte" au site de Cadarache, et "qu'ils soutiendraient une initiative de l'Union pour débloquer la situation". L'UE a toutefois pris garde de ne pas provoquer de rupture avec ses cinq partenaires. "Nous pensons qu'il y a toujours possibilité de trouver un accord avec les cinq autres partenaires sur le consortium Iter", notamment "avec les Japonais", a indiqué le porte-parole de M. Michel.
Selon des sources diplomatiques concordantes, la présidence néerlandaise veut arriver à trancher d'ici la fin du mois de novembre le conflit portant sur la localisation du réacteur, qui oppose les partisans de CadaracheChine, Russie), aux partisans de Rokkasho-mura (Japon, Corée du Sud, Etats-Unis).
L'offensive diplomatique s'appuiera notamment sur une réunion des six partenaires du projet qui devrait avoir lieu à la mi-octobre à Vienne, sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Mais avant d'envisager un cavalier seul, les Européens préfèreraient attendre l'issue des élections présidentielles américaines en novembre, la période électorale rendant peu probable un changement d'attitude des Etats-Unis sur ce dossier, selon une source diplomatique.


Bruxelles prêt à envisager l'hypothèse que l'UE se lance seule sur Iter

22/9/04 - La Commission européenne est prête à étudier l'hypothèse que l'UE se lance seule, avec les alliés qui le souhaitent, dans la construction du réacteur de fusion expérimental Iter, aujourd'hui bloquée par un conflit international sur sa localisation, a-t-on indiqué mercredi de source communautaire.

L'Union européenne, soutenue par la Chine et la Russie, défend une implantation à Cadarache, dans le sud de la France, tandis que le Japon, soutenu par la Corée du sud et les Etats-Unis, veut implanter le réacteur à Rokkasho-Mura, dans le nord du pays.

Le commissaire à la Recherche Philippe Busquin a envoyé une lettre à la présidence néerlandaise pour suggérer que les 25 donnent mandat à la Commission d'étudier l'hypothèse d'un lancement d'Iter par l'Europe et ses alliés, pour sortir du blocage, a indiqué une source communautaire, confirmant des informations parues mercredi dans le quotidien économique français La Tribune.

"Il s'agit pour l'UE de prendre l'initiative" de lancer le programme Iter avec ses alliés comme la Russie, la Chine, et d'autres pays potentiellement intéressés comme le Canada ou l'Inde, en laissant la porte ouverte aux partisans actuels du site japonais, a-t-on expliqué de source communautaire.

La Commission souhaite que les 25 envisagent cette hypothèse dès le conseil des ministres de la Recherche de vendredi à Bruxelles, pour pouvoir prendre une décision définitive lors du conseil suivant, en novembre, a-t-on indiqué de même source.

Le problème principal est de trouver des financements alternatifs pour le projet, dont le coût est estimé à 10 milliards d'euros dont 4,5 milliards d'euros pour la construction du réacteur.

Selon la Tribune, le ministre de la Recherche français François d'Aubert a proposé à la Commission européenne de porter la participation française à 914 millions d'euros, contre 457 millions d'euros dans le projet initial.

Les coûts d'Iter pourraient être également revus à la baisse, selon le quotidien.

 

 

Libération, 13/7/2004: 

Poker menteur pour l'implantation d'Iter
Energie. Le Japon ou la France pourrait quitter la négociation et installer le réacteur sur son sol.

Les négociateurs d'Iter, réacteur expérimental sur la fusion thermonucléaire sont, tels des joueurs d'échecs, bloqués. L'un d'eux osera-t-il, cet été, renverser la table ? En juin, les six acteurs - Union européenne, Etats-Unis, Japon, Russie, Chine et Corée du Sud - étaient réunis à Vienne pour s'accorder sur un des deux sites en compétition pour l'accueillir : Cadarache (Bouches-du-Rhône), présenté par l'Union européenne, soutenu par les Russes et les Chinois ; Rokkasho-Mura, présenté par le Japon, soutenu par les Etats-Unis et la Corée. Sans succès.

Pourtant, le design de la machine est prêt : un tokamak où des champs magnétiques confineront un gaz d'hydrogène, puis de deutérium et de tritium, ses isotopes lourds (dotés d'un ou deux neutrons de plus). L'objectif ? Obtenir, durant quelques minutes, des réactions de fusion nucléaire dégageant cinq à dix fois l'énergie initiale. Le coût ? Dix milliards de dollars sur trente ans, pas moins de 10 % pour chaque partenaire, pas plus de 50 % pour celui qui héberge Iter.

Riposte. Reste le lieu. Depuis un an, le ton monte entre l'Union européenne et le Japon, «poussés» par les Etats-Unis. Spencer Abraham, le secrétaire d'Etat américain à l'énergie a déclaré le site de Rokkasho-Mura «supérieur à celui de Cadarache»... après s'être mêlé au débat européen en appuyant le site espagnol.

Pour les Européens, les deux implantations ne se valent pas. La moitié des physiciens et ingénieurs du domaine travaillent en Europe, qui exploite les deux meilleures machines actuelles, le Joint European Torus à Culham (Royaume-Uni) et Tore Supra à Cadarache. La comparaison des rapports techniques sur les deux sites n'aurait pas tourné à l'avantage des Japonais... qui ont refusé leur divulgation. L'UE propose de créer au Japon un centre de recherche sur les matériaux innovants nécessaires à cette filière, et de prendre en charge 50 % de cet «Iter élargi». Riposte japonaise : «D'accord avec votre idée, mais Iter chez nous, le deuxième centre à Cadarache et nous montons à 50 %.»

Fermeté de roc. Un vrai poker où le renoncement serait, pour le gouvernement japonais, un affront durement ressenti alors que l'Europe montre une fermeté de roc. Avec les Etats-Unis qui, vicieusement, demandent aux deux enchérisseurs de mettre noir sur blanc leur nouvel engagement. Pour amadouer les Japonais, les Européens ont fait, discrètement, des propositions de coopérations dans d'autres domaines de haute technologie. Espace, physique des particules, nucléaire... Sans succès. Sans, non plus, que les Japonais entreprennent de démarche symétrique. Pat, alors ? Pas certain.

L'espoir de voir les Etats-Unis adopter une simple neutralité, conduisant le Japon à s'assouplir, est ténu. Mais le déblocage pourrait être plus brutal.

A l'inverse des échecs, il reste une solution de force aux partenaires qui en prendront le risque : s'affranchir des règles fixées au début de la négociation. La conviction de tous étant qu'il n'y aura qu'une seule machine de ce type dans le monde, il ne serait pas étonnant que l'un des deux acteurs, décidé à mettre le paquet, se lance seul, ou avec un ou deux autres des acteurs minoritaires, en espérant être rejoint par la suite. Une rupture des règles du jeu pas très diplomatique, mais où le premier qui dégainera aura de grandes chances de l'emporter au final.

Surprise. Ce schéma, l'Europe l'a suivi avec succès pour la physique des particules, avec le Large Hadron Collider (en construction au Cern, près de Genève) rallié par les Etats-Unis après l'abandon de leur propre projet, plus coûteux. Une décision plus facile à prendre au Japon qu'en Europe où gouvernements et Commission doivent se mettre d'accord au prix d'une délicate discussion. Qui osera ? Cela pourrait être la surprise de l'été. Même s'il est plus probable que le bras de fer se poursuive à l'automne.

Sylvestre HUET

 

 

Réacteur Iter: l'UE prête à s'aligner sur une nouvelle offre japonaise

BRUXELLES (16 juin 2004) - L'Europe est prête à s'aligner financièrement sur l'offre de contribution supplémentaire que le Japon envisagerait de faire pour la construction du réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter à condition d'accueillir le projet.
Un "feu vert" en ce sens a été donné à la Commission européenne lors d'une réunion informelle des ministres et hauts responsables de l'UE chargés de la Recherche lundi à Bruxelles, a-t-on indiqué de même source.

Ont notamment participé à la discussion la ministre irlandaise Mary Harney, dont le pays assure la présidence de l'Union, le Français François d'Aubert, l'Italienne Letizia Moratti, David King, conseiller scientifique du Premier ministre britannique Tony Blair, et le commissaire européen Philippe Busquin.
Les travaux visaient à consolider la position commune de l'Union européenne sur le dossier Iter, dans la perspective de la prochaine réunion des partenaires du consortium Iter qui se tiendra au niveau des experts vendredi à Vienne.

L'UE, la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon participent à l'ambitieux projet Iter, dont l'objectif à terme est de produire sur Terre les mécanismes de la fusion à l'oeuvre dans les étoiles.

Toutefois les six partenaires achoppent depuis des mois sur le choix du site. L'UE, Moscou et Pékin soutiennent la candidature de Cadarache, près de Marseille (sud-est de la France). Washington et Séoul soutiennent les ambitions du Japon avec Rokkashomura (nord-est).

Selon le quotidien nippon des affaires Nihon Kenzai, Tokyo serait prêt à proposer vendredi de débourser 100 milliards de yens (740 M EUR) supplémentaire pour la construction du futur réacteur à condition de l'accueillir sur son sol.

Les Européens sont d'autant moins enclins à abandonner le morceau qu'une évaluation confidentielle réalisée en interne au sein du consortium en février dernier démontre à leurs yeux la "supériorité technique" du site de Cadarache sur Rokkashomura, selon la même source communautaire.

Le document, dont l'AFP a obtenu une copie, souligne entre autres le coût moindre que représenterait une installation du réacteur Iter à Cadarache, ainsi qu'au plan de la sécurité, les risques moins élevés en matière sismique par rapport à Rokkashomura.

La candidature de la France, préférée l'an dernier à celle de l'Espagne pour défendre les couleurs de l'Union européenne dans le dossier Iter, a été handicapée depuis au sein du consortium par l'opposition des Etats-Unis, enclins à sanctionner par ce biais l'opposition de Paris à la guerre en Irak.

L'UE espère toutefois encore infléchir la position de Washington, à la lumière du dégel relatif des relations franco-américaines, illustré par les retrouvailles des présidents Jacques Chirac et George W. Bush lors des cérémonies du 60e anniversaire du débarquement de Normandie le 6 juin et du soutien apporté par Paris à la résolution américano-britannique sur la reconstruction de l'Irak votée la semaine passée aux Nations unies.


Le bien-fondé d'Iter contesté par le dernier Nobel de physique japonais
TOKYO 30 janvier 2004 - Dernier prix Nobel japonais de physique, le professeur Masatoshi Koshiba remet en cause le bien-fondé du projet de Réacteur thermonucléaire expérimental international (Iter), accusant ses promoteurs de vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes.
Citant un proverbe chinois - "Tête de mouton, mais viande de chien" -, le Pr Koshiba, 77 ans, spécialiste de physique fondamentale, reproche aux partisans d'Iter de présenter le projet comme "la source d'énergie de la prochaine génération", ce qu'il n'est pas, selon lui.

Ambitionnant de produire une énergie propre et sûre en recréant sur Terre les mécanismes à l'oeuvre au coeur des étoiles, le projet Iter devrait entrer dans sa phase opérationnelle en 2014 (non 2050 au plus tôt) et être exploité pendant 20 ans, avec un budget estimé à quelque dix milliards d'euros.

Le prix Nobel de physique 2002 estime qu'Iter ne remplit pas "un certain nombre de conditions, à savoir la sûreté et les coûts économiques", pour s'affirmer comme une prochaine source d'énergie quasi inépuisable.

En effet, "dans Iter, la réaction de fusion produit des neutrons de grande énergie, de 14 MeV (mégaélectronvolts)", niveau jamais atteint encore, explique M. Koshiba, qui est âgé de 77 ans. "Si les scientifiques ont déjà fait l'expérience de la manipulation de neutrons de faible énergie, ces neutrons de 14 MeV sont tout à fait nouveaux et personne à l'heure actuelle ne sait comment les manipuler", avertit le professeur honoraire de l'Université de Tokyo. Actuellement, souligne-t-il, la fission nucléaire libère des neutrons d'une énergie moyenne d'un ou deux MeV seulement.

Pour M. Koshiba, les scientifiques doivent d'abord résoudre ce problème des neutrons de 14 MeV "en construisant des murs ou des absorbeurs" avant de pouvoir affirmer qu'il s'agit d'une énergie nouvelle et durable. C'est, effirme-t-il, une solution très coûteuse. "S'ils doivent remplacer les absorbeurs tous les six mois, cela entraînera un arrêt des opérations qui se traduira en un surcoût de l'énergie", critique le physicien.

"Ce projet n'est plus aux mains des scientifiques, mais dans celles des hommes politiques et des hommes d'affaires. Les scientifiques ne peuvent plus rien changer", déplore-t-il avant d'ajouter : "j'ai peur".

L'Union européenne, la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon participent au projet Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor). Deux sites sont en vive concurrence pour accueillir l'installation : Cadarache, dans le sud-est de la France, et Rokkasho-Mura, dans le nord du Japon. L'Union européenne, Moscou et Pékin soutiennent la candidature française tandis que Washington et, apparemment, Séoul, lui préfèrent le site nippon.

Réunis une première fois à Washington le 20 décembre, les six partenaires n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le choix du site. Une deuxième réunion devrait avoir lieu fin février. En attendant la décision finale, la France et le Japon se livrent à une intense campagne de pressions.

"Je souhaite que le gouvernement français ait l'honneur d'accepter Iter dans son propre pays", ironise M. Koshiba. "Les scientifiques français sauront peut-être mieux gérer ces neutrons de 14 MeV. Après tout, le France est déjà activement impliquée dans le traitement des matériaux radioactifs dans ses centrales nucléaires".

"Je pense, conclut-il, que, certainement, les scientifiques et les ingénieurs français ont plus de connaissances et d'expérience que ceux des autres pays pour s'attaquer à ce nouveau problème de neutrons 14 MeV", conclut-il.


Le projet Iter est "trop important pour pouvoir être retardé ou abandonné" (AFP 13/1/04)

L'Europe pourrait réaliser Iter seule, confirme la Commission (REUTERS 13/1/04)

Raffarin: les Européens pourraient mener le projet ITER seuls (AFP 12/1/ 04)

Iter: Washington prend fait et cause pour la candidature japonaise (9/1/04)



La fusion thermonucléaire, nouveau rêve de l'homme : apprivoiser le soleil.

Quel défi, mais que de bluff !!!

Raymond Sené

     Voici pour les lecteurs de la Gazette un texte (plus long car donnant plus d'explications) paru dans le Nouvel Economiste du 5 décembre 2003.
     En fait de soleil, c'est plutôt le miroir aux alouettes, ce bluff des nucléocrates s'appuyant sur le programme Atom for Peace et la prophétie d'Eisenhower faite à Genève dans les années 50, "l'énergie nucléaire va fournir à l'humanité de l'énergie gratuite en quantité illimitée". 
     Il s'agissait à l'époque de l'énergie de fission. 
     Pour faciliter la compréhension des problèmes, faisons un peu de technique.
     La fusion consiste, à l'inverse de la fission (casser des "gros noyaux") à rapprocher suffisamment deux atomes légers pour qu'ils en donnent un plus gros (la somme des masses des produits finaux de la réaction étant plus faible que la somme des masses des produits initiaux, la différence est convertie en énergie). Pour que cette opération de rapprochement présente un intérêt, il faut des conditions très particulières : envoi d'un grand nombre d'atomes (la densité) l'un contre l'autre, avec la plus grande vitesse possible (la température) et pendant le plus long temps possible (le temps de confinement). Avec ces trois paramètres a été défini un critère, le critère de Lawson, qui doit indiquer à partir de quand le système est censé fonctionner.
     Depuis longtemps les physiciens nucléaires savent faire "à l'unité" ces réactions (deutérium + tritium), mais comment arriver à la fusion "entretenue" productrice d'énergie? Comment parvenir à utiliser ce fameux tritium sans tout contaminer?
     Donc que signifie fonctionner? Qu'appelle-t-on énergie produite? L'énergie libérée par réaction multipliée par le nombre de réactions ou l'énergie envoyée sur la ligne électrique, déduction faite de la consommation de la machine, sans oublier la cafetière électrique de l'ingénieur de sûreté ­ radioprotection d'astreinte? 
     À ce niveau apparaissent deux petits "détails" permettant de faire comprendre les principaux mensonges concernant la fusion : elle utiliserait un combustible quasi illimité qui se trouve dans l'eau de mer et elle serait propre au point de vue radioactif.:
· Le premier, et non le moindre, est qu'il faut non seulement du deutérium, l'isotope de masse 2 de l'hydrogène mais aussi du tritium, l'isotope de masse 3 de l'hydrogène, radioactif. S'il est possible d'extraire le deutérium de l'eau de mer (à quel coût énergétique? (*)), par contre le tritium, isotope radioactif de l'hydrogène de courte période (12,26 ans) se trouve en très faible quantité dans la nature, d'où la nécessité d'en fabriquer, en grandes quantités en faisant réagir les neutrons avec le fluide caloporteur, du lithium en l'occurrence. Puis il faudra l'extraire, le stocker avant de l'injecter dans l'enceinte en fonction des besoins. 
Pour un réacteur de 1000 MW, 15 à 20 kg de tritium seront nécessaires pour 2 à 3000 heures de fonctionnement (
20 kg de tritium représentent une activité de 200 millions de curies soit 7,4.1018 Bq, - des milliards de milliards de Bq). L'installation va donc être contaminée par le tritium, car ce radioélément, tout comme l'hydrogène dont il a les mêmes propriétés physico-chimiques, diffuse facilement à travers les métaux et n'est pas du tout inoffensif pour la santé contrairement aux discours traditionnels. 
     · Le second est que les neutrons doivent traverser la structure de la chambre de combustion si on veut espérer récupérer de l'énergie.
Ces neutrons vont activer les matériaux, créant de très importantes quantités de radioéléments de période plus ou moins longue. Sur le plan de la radioactivité, ces réacteurs, si un jour ils fonctionnent, n'auront rien à envier aux réacteurs à fission.
     De plus, chaque année une portion de l'enceinte, circuits magnétiques compris devra être changée en raison l'usure très rapide (environ 5 cm par an,) de sa paroi intérieure et constituera un volume important de déchets de très haute activité, de durée de vie plus ou moins longue.
     En résumé, ce type de réacteur, présenté par ses promoteurs comme écologique (!), sans déchets radioactifs (pas de "cendres" contenant des produits de fission) va produire une nuisance radioactive au moins égale, si ce n'est plus importante, que les réacteurs actuels.
Comprenons bien qu'il s'agit de la description futuriste d'un réacteur. 
     En effet, pour le moment les machines (JET, TORE SUPRA et même ITER) ne sont pas des réacteurs et l'on n'a jamais employé de tritium dans ces appareils de recherche sauf dans le JET, au dernier moment juste avant de l'arrêter définitivement. La raison en est la radioactivité. Il est en effet impossible de changer les paramètres et de faire des recherches avec un appareil où du tritium aurait été injecté. Sa radioactivité et l'activation des matériaux de structure par les neutrons produits interdisent les accès pour manipulations et ce sont des robots qui feraient la maintenance. Or, ITER comme ses prédécesseurs est un outil de recherche, pas un réacteur destiné à fournir de l'électricité
     Maintenant où en sont les recherches ? Régulièrement, par le plus grand des hasards, au moment où vont se décider les lignes budgétaires, la presse fait écho à l'annonce de percées technologiques sur un paramètre essentiel. Mais les chercheurs oublient de préciser que ce record a été obtenu au détriment des autres paramètres. (Serait-ce un sujet de recherche, essentiellement de recherche de crédits !!!)
     Aujourd'hui les responsables du projet au Commissariat à l'Énergie Atomique, assurent que la plupart des briques technologiques ont été validées sur diverses petites machines, estimant que les risques technologiques se limitent à l'intégration de toutes ces briques. Leur enthousiasme aurait dû être modéré par la lecture d'un rapport présenté devant l'Académie des Sciences fin 2001 par leur ancien Haut Commissaire Robert DAUTRAY (1). Il explique que la fission a pu se développer grâce à "la linéarité des phénomènes" car "tous les problèmes scientifiques et techniques sont découplés par la linéarité et peuvent être étudiés à part et simultanément dans des installations modestes". Par contre "la fusion thermonucléaire, au contraire, est un phénomène fondamentalement non-linéaire, et ceci vis-à-vis de toutes les fonctions physiques en jeu Il faut donc explorer les uns après les autres tous les niveaux de puissance, y découvrir de nouveaux phénomènes". 
     Sa conclusion est "pour le moment la fusion thermonucléaire ne peut pas encore être comptée avec certitude parmi les sources industrielles d'énergie n'est-ce pas plutôt un sujet d'étude de physique important auquel il faut assurer un soutien constant, persévérant et à long terme, comme on le fait dans bien d'autres domaines de la physique dans le cadre général des recherches".
     Il est clair que pour un physicien c'est un sujet de recherche passionnant, mais il faut raison garder. Ce n'est pas demain que ce processus physique va contribuer au bilan énergétique de l'humanité. 
     De fait il y contribue déjà par le soleil, mais il s'agit là d'un confinement gravitationnel, et à moins de construire une machine de la taille du soleil
     Ce qui n'est pas honnête c'est de faire croire, par média interposés, qu'il suffit de construire "la nouvelle" machine pour aboutir. Nous avons eu droit aux mêmes discours avant le lancement du JET (Joint European Torus, à Culham - UK), puis de TORE-SUPRA (Cadarache). Aujourd'hui il s'agit d'ITER.
     En 1980, le directeur adjoint du JET, Paul Rebut écrivait (2) : "Le but du JET est d'obtenir un plasma proche de l'ignition la puissance produite par la réaction D-T devrait être alors voisine de 100MW. Atteindre cet objectif indiquerait que les problèmes de base de la physique d'un réacteur thermonucléaire ont été surmontés.". 
     Aujourd'hui, en 2003, on annonce que le JET a produit 16 MW en 1997. 16 MW atteint pour un objectif de 100 MW, est-ce à dire que les problèmes de base n'ont pas été totalement surmontés ?
    
Et de toute façon ces 16 MW ne sont que l'énergie stockée dans le plasma, pas un KW d'énergie n'a été récupéré, et nul part on ne donne la quantité d'énergie dépensée pour obtenir ce résultat.
     Puis nous pouvions lire dans la Revue Générale Nucléaire (janvier-février) en 1991, sous la plume du Directeur des Sciences de la Matière au C.E.A. "Des progrès substantiels ont été réalisés dans les problèmes clés de la physique de la fusion que sont le confinement et le contrôle des impuretés qui régissent les divers processus de perte d'énergie ". "L'objectif à moyen terme est la réalisation d'un dispositif nouveau . Cet appareil aura nécessairement une taille importante, sa puissance de fusion pourra dépasser 1000MW. Malgré son coût élevé, sa réalisation est indispensable pour apporter la preuve scientifique et technique de la disponibilité de la fusion. C'est l'aboutissement des recherches des 30 dernières années qui sans cela perdraient leur justification."
    
Aujourd'hui, dans son rapport annuel 2002 (3), le CEA claironne à propos de TORE SUPRA : "en juillet 2002, le record mondial a ainsi été atteint, avec 4 mn de durée de décharge, ce qui correspond à une énergie extraite de 750 MégaJoules.", 
     Depuis TORE SUPRA a même atteint 6mn de décharge ce qui correspond à 1000 Mégajoules.
     De quel paramètre parle-t-on? De quelle énergie? Pour le béotien, 750 Mégajoules pendant 4 mn, c'est environ 3MW (et 1000 Mégajoules pendant 6 mn  c'est encore environ 3MW), donc pas de quoi pavoiser au vu des déclarations précédentes. En particulier au plan énergétique car ces quelques MW ont demandé l'apport d'environ 10 fois plus d'énergie (entre 45 et 70 MW)

     Et pour en finir avec le sujet, le CEA écrit dans ce même rapport : "Toutefois, apporter la démonstration de la faisabilité scientifique de la production d'énergie par la fusion, nécessite la construction d'une installation plus grande c'est le projet ITER."
     Les arguments n'ont pas changé, est-ce dans un soucis d'économies ?
     En matière de fusion thermonucléaire il n'y a pas urgence sauf celle de faire un réel bilan des recherches menées depuis plus de 40 ans.
     En tout état de choses, il serait beaucoup plus approprié d'investir massivement dans un programme d'économies d'énergie par la mise en oeuvre de procédés industriels moins "énergivores" et d'utilisations rationnelles et pertinentes de toutes les sources actuellement disponibles.


(1) "L'énergie nucléaire civile dans le cadre temporel des changements climatiques". Rapport à l'Académie des Sciences. Robert Dautray. décembre 2001
(2) "L'énergie thermonucléaire". Cycle de conférences Bernard Gregory. Paul Rebut. 21 octobre 1980
(3) CEA, Rapport annuel 2002 ( voir également www.cea.fr)

(*) Dans un texte du CEA j'ai lu récemment que la quantité de deutérium contenue dans un litre d'eau de mer "donnait autant d'énergie que 300 litres de pétrole". Il faut combien de litres de pétrole pour extraire le deutérium contenu dans ce litre d'eau de mer : électrolyse puis séparation isotopique (ou vis versa), et il aura fallu combien de litres de pétrole pour produire un égal nombre d'atomes de tritium ?

Gazette Nucléaire n°211/212, janvier 2004.

 

 

Non à l'extension du CEA, non à ITER !

Certains ont voulu fermer les yeux et se dire qu'après CEDRA (centre d'enfouissement de déchets radioactifs) le CEA se calmerait Que nenni. Vous avez la poubelle à Cadarache, voici un nouveau projet pour la remplir!.

Après CEDRA, voilà ITER !
En apprentis sorciers, les physiciens, qui veulent recréer, sur terre, les conditions du soleil, ont imaginé une centrale gigantesque dont ils ne maîtrisent pas tous les aspects, destinée à fonctionner selon des lois qu'ils connaissent mal, avec des risques de perte de contrôle et d'explosion. Ce projet s'appelle ITER et a une chance sur 4 d'être implanté au CEA de Cadarache (autres candidats : Canada, Japon et Espagne).
Contrairement aux idées savamment entretenues nous pouvons dans l'état des connaissances scientifiques actuelles affirmer que la fusion n'est pas une recherche propre ni sans danger. Nos craintes ne s'inscrivent pas dans un refus de la recherche en général mais dans la remise en cause de la pertinence de ce projet particulier.

ITER: une mystification scientifique
Le projet ITER nécessite l'emploi de tritium extrêmement radioactif et polluant, la fission de lithium également dangereuse produira une forte irradiation du réacteur et 30 000 tonnes de déchets radioactifs, dont 20 % ayant une période supérieure à cent ans. Des incertitudes importantes subsistent, sur la capacité de la structure à supporter les contraintes mécaniques, sur la stabilité du plasma, sur l'impact de l'énorme flux de neutrons qui risque de détruire les matériaux environnants (la barrière "fertile" au lithium) et de contaminer l'enceinte du réacteur et l'environnement.
C'est ensuite un gouffre financier, 3,5 milliards d'euros, et un processus décisionnel obscur, par des négociateurs internationaux sans information réelle ni contrôle des citoyens. Ces crédits de recherche nous sembleraient mieux utilisés dans d'autres types de recherche sur les énergies alternatives.

Cadarache : un site inadapté
L'installation du projet ITER à Cadarache nécessiterait la création de nouvelles lignes électriques HT afin d'acheminer une formidable quantité d'électricité pour provoquer l'ignition, ainsi que l'élargissement des routes au Pont de Mirabeau (site remarquable, déjà entaché par l'autoroute).
La construction, prévue à La Verrerie, en dehors de la zone déjà clôturée par le CEA, détruirait les riches milieux de la forêt domaniale de Cadarache déjà déstabilisés par les sondages: chênaie centenaire, plantations faites depuis moins de trente ans avec des fonds publics (engagement trentenaire de l'Etat à conserver la vocation forestière), population de mouflons, avifaune du confluent Durance-Verdon (une des plus riches de Provence).
Mais surtout, le site de Cadarache est soumis à risque sismique important et risquerait d'être une cible facile pour les terroristes ou en cas de conflit, dans une région densément peuplée.

CADARACHE EST EN TRAIN DE DEVENIR UNE ZONE DES PLUS NUCLEARISEE DE FRANCE, DANS LA PLUS TOTALE PASSIVITE ET COMPLICITE DES POUVOIRS PUBLICS.



LA VOIX DU NORD 21/12/03:
ITER : Cadarache toujours dans l'expectative
UN consensus n'a pas pu être trouvé hier sur le choix du site qui accueillera le futur réacteur expérimental de fusion nucléaire (ITER), au Japon ou en France, par les six partenaires du projet réunis près de Washington.
« La décision est reportée, probablement mi-février », a déclaré un émissaire du gouvernement français, Pierre Lellouche, à l'issue de la réunion ministérielle entre les six partenaires du projet à Reston, près de Washington.
Le site de Cadarache, dans le sud-est de la France, est en concurrence avec celui de Rokkasho-Mura, dans le nord du Japon, pour ce projet, dont le coût total est évalué à 30 milliards d'euros sur trente ans, avec à la clé d'importantes retombées économiques.
Alors que la réunion se poursuivait encore, un membre de délégation présent à Reston expliquait qu'il était « peu probable qu'un choix de site soit fait aujourd'hui car il n'y a pas encore de consensus, les positions semblent partagées trois contre trois ».
L'Union européenne, la Russie et la Chine soutiennent le site de Cadarache, alors que les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud préfèrent le site japonais de Rokkasho-Mura.
Le choix du site doit se faire par consensus, et non à l'issue d'un vote à la majorité.
La Corée du Sud s'abstient
Selon un membre d'une autre délégation, les choses ont toutefois évolué en faveur du site français au cours de la réunion, la Corée du Sud ayant décidé de s'abstenir.
Le Canada, qui s'est pratiquement retiré d'ITER, ne participait pas à la réunion.
Au début de la réunion, le secrétaire américain à l'Energie, Spencer Abraham, avait souligné « le caractère prometteur de la fusion ». « Pendant la durée de vie d'un enfant né aujourd'hui, la demande en énergie triplera par rapport à ce qu'elle est aujourd'hui (...) si la fusion marche, elle arrivera au bon moment. Elle sera là pour répondre au besoin croissant en sources d'énergie propres dans le monde entier », a-t-il dit.
L'Union européenne était venue en force. La délégation européenne, dirigée par le commissaire européen à la Recherche Philippe Busquin, comprend également la ministre française de la Recherche, Claudie Haigneré, et la ministre italienne de l'Education et de la Recherche, Letizia Moratti, dont le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne.
Le réacteur expérimental vise à produire de l'énergie propre et sûre en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles. Mais cette perspective n'est pas pour tout de suite : les pères du projet ne prévoient pas les premiers kilowatts/heure électriques avant l'horizon 2050.
Les deux sites font valoir une solide expérience du nucléaire. Rokkasho-Mura abrite un grand complexe industriel comprenant une usine de retraitement nucléaire qui doit ouvrir en juillet 2006, un centre d'entreposage de déchets vitrifiés, une usine d'enrichissement d'uranium et un centre de stockage de déchets de faible activité.
Le site de Cadarache, de son côté, abrite depuis quarante ans des recherches internationales sur l'énergie nucléaire, et mène depuis 1988 une préfiguration d'ITER avec le réacteur expérimental « Tore Supra » dans le cadre d'un programme européen des recherches sur la fusion.

 


Le choix du site d'Iter reporté à la mi-février (émissaire français)
20/12/03 -
La décision sur le choix du site du futur réacteur expérimental de fusion nucléaire (Iter), a été reportée, probablement à la mi-février, a annoncé samedi un émissaire du gouvernement français Pierre Lellouche.
"La décision est reportée, probablement mi-février", a déclaré M. Lellouche à des journalistes français, à l'issue de la réunion ministérielle entre les six partenaires du projet à Reston (Virginie), près de Washington.
Le site de Cadarache, dans le sud-est de la France, est en concurrence avec celui de Rokkasho-Mura, dans le nord du Japon, pour ce projet, dont le coût total est évalué à 30 milliards d'euros sur 30 ans, avec à la clé d'importantes retombées économiques.
L'Union européenne, la Russie et la Chine soutiennent le site de Cadarache, alors que les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud préfèrent le site japonais de Rokkasho-Mura, selon un membre de délégation présent à la réunion des ministres de la recherche ou de l'énergie organisée à Reston (Virginie), près de Washington.
Le choix du site doit se faire par consensus, et non à l'issue d'un vote à la majorité.

 

 

LE FIGARO MAGAZINE, 13/12/03:
Fusion nucléaire Iter, sel de la Terre

 

Le choix du site du réacteur expérimental Iter le 20 décembre à Washington
8/12/03 -
Les ministres chargés de l'Energie de sept pays participant au projet Iter choisiront le site qui accueillera le réacteur de fusion expérimental lors d'une réunion le 20 décembre à Washington, a indiqué lundi le ministère américain de l'Energie.
"Il s'agit d'une réunion ministérielle. Sept délégations doivent y participer", a précisé un porte-parole du ministère, Jeff Sherwood, sans donner d'autres détails.
L'Union européenne, le Canada, la Russie, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis participent à ce projet.
Le site français de Cadarache (sud-est de la France) est en concurrence avec un site japonais, Rokkasho-mura, dans le nord de l'archipel, pour accueillir le réacteur.
Lors d'une réunion préparatoire les 4 et 5 décembre à Vienne au siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), les sept partenaires ont réglé la question de la "participation financière" de chacun, selon un communiqué commun.
Le projet Iter, dont le coût total est évalué à 10 milliards d'euros sur 30 ans, avec à la clé d'importantes retombées économiques, vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental destiné à produire de l'énergie propre et sûre en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.

 

Iter: les Européens plaident à Tokyo en faveur de Cadarache
TOKYO 8/12/03 -
La ministre française déléguée à la Recherche et aux nouvelles technologies, Claudie Haigneré, et le commissaire européen à la Recherche, Philippe Busquin, ont plaidé lundi à Tokyo en faveur du site de Cadarache (sud-est de la France) pour accueillir le projet de réacteur de fusion expérimental Iter. Cadarache est en concurrence avec un site japonais, Rokkasho-mura, dans le nord de l'Archipel. Mme Haigneré comme M. Busquin, tous deux en visite à Tokyo pour un "G8 de la science", ont mis en avant les atouts de la candidature européenne. "Nous avons toute la structure, l'environnement scientifique et technique pour que ce projet puisse démarrer dès demain avec une compétence, une expertise et des atouts de sûreté qui entourent l'expertise française depuis de nombreuses années ainsi que l'engagement financier de l'ensemble des pays européens", a déclaré Mme Haigneré lors d'un point-presse.
"Il existe déjà en Europe cette communauté de fusion prête à accueillir l'implantation du réacteur Iter et je pense qu'il s'agit d'un atout important pour la réalisation concrète de ce projet que de pouvoir s'appuyer sur des équipes et des équipements performants", a ajouté Mme Haigneré.
Sur le plan du financement, "les offres européenne et japonaise sont identiques: 48% de contribution pendant la phase de construction et 42% pendant la phase d'exploitation", a-t-elle souligné. De son côté, M. Busquin a estimé que "les deux propositions les plus avancées, du point de vue technique, financier et organisationnel, sont celles de l'Europe et du Japon", la candidature du Canada n'étant "pas appuyée politiquement". Il a reconnu que la question du site était "importante parce qu'elle est symbolique" tout en soulignant que la répartition du projet parmi les partenaires internationaux était "un facteur plus important". La décision finale est attendue au terme d'une réunion les 19 et 20 décembre à Washington. M. Busquin s'est dit confiant quant aux conditions de financement de la candidature européenne. "Nous apportons les conditions d'un financement qui (rend) le projet réalisable complètement car il y aussi un engagement dans le temps, à 20-25 ans au moins", a assuré le commissaire européen.
Du côté japonais, les promoteurs du projet soulignent que leur site, où est en cours de construction une centrale de retraitement, a de nombreux avantages: la proximité d'un port, un sol très rocheux et la présence d'une grande base militaire américaine voisine qui signifie que Rokkasho-mura a déjà les services disponibles pour accueillir des chercheurs étrangers dans un environnement confortable.
Toutefois, pour des raisons évidentes, le nucléaire reste un dossier ultra sensible au Japon. Les Japonais ont été traumatisés par l'accident nucléaire survenu en septembre 1999 dans le nord de l'Archipel, à Tokaï-Mura, non loin de Rokkasho-mura, le plus grave depuis Tchernobyl en 1986.
L'accident, dû à une erreur humaine de manipulation excessive d'uranium, avait exposé plus de 600 riverains à des radiations importantes et tué deux des ouvriers de la centrale. Le Japon est disposé à payer la majeure partie des coûts de construction d'Iter.
Le projet Iter, dont le coût total est évalué à 10 milliards d'euros sur 30 ans, avec à la clé d'importantes retombées économiques, associe l'Union européenne, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, la Chine et la Corée du Sud. Il vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir notamment de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.



Cadarache, candidat européen à Iter, établit un record de fusion
7/12/03 -
Le département de fusion du centre de recherche nucléaire de Cadarache vient d'établir un nouveau record du monde avec "Tore Supra", un Iter miniature, à quelques jours de la décision sur le pays d'accueil du futur réacteur expérimental, a-t-on appris dimanche auprès d'un responsable du centre.
Les scientifiques français (CEA) et européen (Euratom) sont parvenus jeudi à maintenir constante durant 6 minutes et demie une décharge de plasma et à en extraire plus de 1.000 mégajoules d'énergie thermique.
(super 6 minutes pour 40 ans de recherche, et combien d'énergie électrique consommée pour ses 1.000 mégajoules d'énergie thermique ?)
Le précédent record, déjà établi en septembre 2002 à Cadarache sur la même machine, portait sur une décharge de plasma de 4 minutes et 25 secondes dégageant une énergie de 750 mégajoules, précisait dimanche le quotidien "La Provence".
Le site de Cadarache a été désigné le 26 novembre à l'unanimité des ministres européens de la Recherche pour porter les couleurs de l'Europe face à la candidature japonaise de Rokkasho-Mura, dans le nord du Japon.
La décision finale sur le pays qui hébergera le réacteur international sera prise le 18 décembre prochain à Washington par les représentants des partenaires du projet (UE, Etats-Unis, Canada, Japon, Russie, Chine et Corée-du-sud).


Le Monde, 5/12/03:

Des écologistes sont hostiles à la construction à Cadarache du réacteur ITER

Ils redoutent la sismicité du sous-sol.
"Cadarache : le site où il ne faut pas construire ITER." Alors que s'ouvre le round final de la compétition opposant le site de Cadara-che (Bouches-du-Rhône), proposé par l'Europe, et celui de Rokkasho-Mura, présenté par le Japon, pour accueillir le réacteur à fusion thermonucléaire ITER, les écologistes français montent au créneau. Le réseau Sortir du nucléaire, revendiquant 650 associations membres, demande "l'annulation du projet de construction" à Cadarache.
Motif : la sismicité du sous-sol provençal. Le centre nucléaire de Cadarache, où travaillent 4 300 personnes, est proche de la faille géologique de la moyenne Durance. Le site pressenti pour ITER n'en est distant que de 7 km. Cette cassure de l'écorce terrestre, formée voilà 250 millions d'années, s'étend sur 70 km, entre Peyruis (au nord) et Saint-Paul-lez-Durance (au sud), en passant par Manosque. Ses déplacements, mesurés par les instruments de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), sont minimes : un dixième de millimètre par an en moyenne.
Cela ne l'empêche pas d'avoir généré plusieurs séismes destructeurs au cours des cinq cents dernières années.
Durant cette période, relève l'IRSN, "la faille de la moyenne Durance a provoqué, en moyenne, un séisme de magnitude 5 à 5,5 par siècle". On trouve les traces des dégâts occasionnés dans les annales en 1509, 1708, 1812 et 1913. Des études de paléosismicité menées par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) ont montré qu'un tremblement de terre plus violent, dont la magnitude avait pu atteindre 6,9, s'était produit entre 11 000 et 28 000 ans avant J.-C. Plus récemment, les mesures ont révélé une sismicité régulière, avec une dizaine de secousses par an dont la plus forte a atteint, en février 1996, une magnitude de 2,9.

NORMES RÉVISÉES
Des profils sismisques établis lors de recherches pétrolières ont précisé le tracé de cette fracture. "A l'est de la vallée de la Durance - où est installé le centre nucléaire de Cadarache et où pourrait être construit ITER -, il n'existe pas d'accident -géologique- susceptible de générer un séisme majeur", note l'IRSN. Certains protesteront qu'à une quarantaine de kilomètres un violent séisme a secoué, le 11 juin 1909, la région de Lambesc et de Saint-Cannat, exposée au jeu des failles de Costes et de Trévaresse. Les dommages furent considérables et le bilan humain de 46 victimes. Malgré cela, les sismologues estiment qu'il vaut mieux prendre en compte les effets d'un séisme analogue à celui qui a ravagé Manosque en 1509 et qui serait généré à seulement 7 km d'ITER par la faille de la moyenne Durance, plutôt qu'un tremblement de terre plus violent qui se produirait dans la région de Lambesc. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) juge que la région présente "un risque sismique significatif". Elle a, en avril 2001, estimé que six installations nucléaires anciennes du centre de Cadarache devaient être "arrêtées pour tenue au séisme insuffisante", selon un calendrier allant jusqu'en 2015.
L'une de ces installations, l'ate-lier de fabrication de combustible mixte uranium-plutonium (MOX), appartenant à la Cogema et datant du début des années 1960, a été fermée en juillet 2003 et son activité transférée vers l'usine Melox de Marcoule (Gard). Pour les autres installations, indique le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), qui les exploite, un échéancier des arrêts a été fixé : station de traitement des déchets et effluents entre 2004 et 2006 ; parc d'entreposage des déchets radioactifs d'ici à 2006 ; magasin d'entreposage des matières fissiles d'ici à 2009 ; entrepo-sage des déchets Pégase et laboratoire d'examen des combustibles en 2015.
Toutes ces installations, indique le CEA, seront remplacées par des unités respectant les normes parasismiques entrées en vigueur au début des années 1980 et revues par l'ASN en 2001. Ces normes s'appliqueront au réacteur ITER. La règle définit "un séisme maximal historiquement vraisemblable" - en l'occurrence celui de Manosque de 1509 - et le majore d'un point sur l'échelle MSK (nom de ses inventeurs, Medvedev, Sponheuer et Karmik), mesurant non pas l'énergie (magnitude), mais les effets d'un séisme. Pour Cadarache, l'indice de "séisme majoré de sûreté" appliqué aux futurs bâtiments est de IX, sur une échelle de XII degrés.
Avec la sismicité, les associations antinucléaires espèrent trouver un défaut à la cuirasse d'un réacteur dont ils rejettent le principe, qu'il soit construit à Cadarache ou "à tout autre endroit". A leurs yeux, ITER "est un projet pharaonique dont la faisabilité n'a jamais été démontrée".
Son résultat serait d'assécher des crédits de recherche qui pourraient être affectés aux énergies renouvelables. La candidature de Rokkasho-Mura est sous le feu de critiques similaires de la part des antinucléaires japonais. Le choix du site d'ITER interviendra les 19 et 20 décembre à Washington.

Jean-François Augereau et Pierre Le Hir


Iter: pas de problème de sûreté à Cadarache, selon le "gendarme du nucléaire"
3/12/03 -
Le site de Cadarache, près de Marseille, candidat pour accueillir le futur réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter, ne présente pas a priori de risque pour la sûreté, a indiqué mercredi le directeur général de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) André-Claude Lacoste.

La décision finale sur le pays qui hébergera le réacteur Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) doit intervenir à l'issue d'ultimes négociations qui réuniront les 19 et 20 décembre à Washington les sept partenaires du projet (UE, Etats-Unis, Canada, Japon, Russie, Chine et Corée du Sud). Cadarache est en concurrence avec le site japonais de Rokkasho-mura, au nord de l'archipel nippon.

"Ce sera au futur exploitant (ndlr, le Commissariat à l'énergie atomique si Cadarache est retenu) de mener les études de sûreté", a expliqué M. Lacoste devant la presse. "Nous avons examiné un premier dossier du CEA : nous ne voyons pas d'élément bloquant", a ajouté le patron de l'Autorité de sûreté.

"Des dispositions peuvent être prises par rapport au risque sismique très modéré qui existe à Cadarache", a-t-il précisé.

Selon le "gendarme du nucléaire", le problème de résistance aux séismes dans la région peut se poser pour les installations existantes. "Pour d'éventuelles nouvelles installations, il est très facile de prendre des dispositions", a assuré M. Lacoste.

 

Le Figaro, 27/11/03:

La France en lice pour accueillir un réacteur à dix milliards d'euros
 
Dans le double match qui opposait hier la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à la Catalogne, la France a perdu la Coupe de l'America mais l'a emporté sur Iter (1), le projet international de fusion nucléaire (lire nos éditions d'hier). C'est «encore plus important pour Marseille, la Provence et la France» que la Coupe de l'America, a déclaré hier Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille.
De quoi s'agit-il ? Rien moins que du plus important projet scientifique international actuel, représentant un investissement de 10 milliards d'euros sur trente ans, auquel participent l'Europe, les États-Unis, le Canada, la Russie, le Japon, la Chine et la Corée du Sud. L'objectif : construire dès l'année prochaine un réacteur expérimental visant à reproduire l'énergie des étoiles à partir de formes lourdes d'hydrogène que l'on trouve en abondance notamment dans l'eau. Les physiciens espèrent ainsi obtenir une source d'énergie inépuisable, plus propre et moins dangereuse que le nucléaire classique.
Le conseil des ministres de la Recherche réuni hier à Bruxelles a donc désigné, à l'unanimité, le site de Cadarache (Bouches-du-Rhône) pour défendre les couleurs de l'Europe comme hôte potentiel du futur réacteur Iter. La partie n'est pas terminée, la France a remporté hier «une victoire d'étape», comme l'a salué Jean-Pierre Raffarin à l'Assemblée nationale.
Reste la finale à jouer. Le Japon est aussi candidat pour accueillir le réacteur expérimental, à Rokkasho-mura. Les ultimes négociations (portant notamment sur le tour de table financier) doivent s'ouvrir le 4 décembre à Washington. Le ministre français de la Recherche Claudie Haigneré sera à cette date en visite au Japon dans le cadre du «G8 Recherche». La décision finale est attendue au terme d'une autre réunion, du 18 au 20 décembre, dans la capitale américaine.
L'Europe des Quinze est parvenue hier à un compromis de dernière minute, affichant une unanimité bienvenue avant la dernière phase de tractations.
L'Espagne a finalement retiré sa candidature après avoir, ces derniers jours, multiplié les initiatives pour promouvoir le site catalan de Vandellos. Le premier ministre espagnol Jose Maria Aznar avait ainsi annoncé la semaine dernière qu'il doublait la contribution financière de son pays au projet Iter, la portant à 900 millions d'euros. Faute d'être retenue, l'Espagne a obtenu en compensation d'héberger le futur siège administratif d'Iter pour l'Europe, que le réacteur soit construit en France ou au Japon.
«Nous avons donné une belle image de l'Europe», se réjouissait hier Claudie Haigneré. L'unanimité obtenue hier «nous rend beaucoup plus forts pour défendre notre candidature face au Japon». Il était acquis depuis quelques jours qu'en cas de vote au conseil des ministres la France obtiendrait la majorité qualifiée, grâce au soutien des grands pays, Allemagne, Italie et Grande-Bretagne.
La France n'a pas ménagé ses efforts diplomatiques depuis le début de l'année. Tandis que le ministre de la Recherche s'est encore récemment entretenu en tête à tête avec la plupart de ses homologues européens, le président Jacques Chirac n'a pas hésité à décrocher son téléphone, dit-on au ministère, pour défendre la candidature française. Et Jean-Pierre Raffarin s'était rendu le 17 novembre à Cadarache. Le député UMP Pierre Lellouche a par ailleurs été chargé par le gouvernement de défendre le dossier français, notamment auprès des partenaires américain et chinois.
Mais «l'atout essentiel de la France, résumait hier Claudie Haigneré, c'est la qualité du site scientifique de Cadarache». Cela fait près de cinquante ans que des laboratoires de pointe du Commissariat à l'énergie atomique
(CEA) sont implantés sur les 1 600 hectares verdoyants de ce centre de 4 000 personnes, dans la vallée de la Durance. Cadarache abrite en outre depuis quinze ans le réacteur expérimental Tore Supra, précurseur miniature d'Iter, autour duquel se sont noués des partenariats avec des scientifiques russes et américains, rappelle le ministre de la Recherche. Autre point fort de l'Europe : «Elle a démontré sa capacité à gérer des grands projets internationaux comme le Cern (physique des particules) ou Ariane», plaide le ministre.
La communauté des physiciens soutenant Iter tente péniblement de rassembler moyens financiers et soutiens politiques depuis vingt ans. La phase de réalisation est désormais imminente. Le réacteur prototype devrait entrer en service en 2013-2014. Mais l'industrialisation de «l'énergie des étoiles» n'est pas envisagée avant une cinquantaine d'années.

(1) Iter: International Thermonuclear Experimental Reactor.

Fabrice Nodé-Langlois


Iter: les anti-nucléaires ne sont pas convaincus
26/11/03 -
Deux organisations écologistes et anti-nucléaires se sont déclarées mercredi hostiles au projet de réacteur nucléaire Iter, estimant notamment que ce programme se ferait au détriment de la recherche sur les énergies renouvelables.
Les ministres européens de la Recherche ont fait le choix de Cadarache
(Bouches-du-Rhône) pour défendre les couleurs de l'Union européenne dans la compétition internationale pour l'accueil du réacteur de fusion nucléaire Iter.
Selon le réseau "Sortir du nucléaire", qui revendique quelque 650 associations membres, Iter "n'est en aucun cas le choix d'un réacteur nucléaire de plus mais c'est un choix de budget en moins". "Le budget recherche-énergie n'étant pas extensible, cela sera autant de moins pour les filières dans lesquelles nous sommes déjà lamentablement à la traîne (énergies renouvelables et efficacité énergétique), estime le réseau anti-nucléaire dans un communiqué.
Selon "Sortir du nucléaire", "l'expérimentation d'Iter sera, en outre, grosse consommatrice d'énergie. Plusieurs réacteurs nucléaires classiques tourneront en permanence. (...) Sans produire un centime d'euro d'énergie, Iter s'annonce déjà comme un producteur massif de déchets nucléaires indirects et de déchets radioactifs directs (notamment le tritium) par l'activation de l'enceinte par les neutrons issus des réactions".
Selon Greenpeace, Iter et la recherche sur la fusion nucléaire représentent "un projet démentiel".
"La fusion nucléaire pose exactement les mêmes problèmes que la fission nucléaire, y compris la production de déchets radioactifs et les risques d'accidents nucléaires et de prolifération", écrit l'organisation écologiste.
Greenpeace dénonce le fait que l'Europe "s'obstine à poursuivre une option énergétique néfaste, qui n'est pas susceptible de fonctionner à court terme, alors que d'autres options écologiquement acceptables existent déjà".
"Si les mêmes fonds étaient alloués aux renouvelables qu'à la construction d'Iter, on pourrait construire près de 10.000 mégawatts de capacité énergétique éolienne offshore a travers le monde", affirme Greenpeace.


LIBERATION, 27/11/03:

Domestiquer le feu du Soleil
L'ambitieux projet mondial a presque 20 ans et a été revu à la baisse.

Iter, c'est vieux comme Reagan et Gorbatchev. Ce projet d'une machine mondiale où l'on domestiquerait la fusion nucléaire date de 1985. L'Union soviétique propose le projet, qui est accepté par les Etats-Unis, le Japon et l'Europe en 1986. Pacifique la technologie est impropre aux applications militaires et avec des enjeux commerciaux lointains, la fusion ressemble aux missions spatiales. La symbolique compte autant que la technologie dans la prise de décision. Mais technologies et finances se vengent.
Au début des années 1990, physiciens et ingénieurs tirent les plans. Les plus optimistes envisagent une machine très puissante. «Aussi vaste que Saint-Pierre de Rome», explique à l'époque Robert Aymar (du Commissariat à l'énergie atomique), qui dirige l'équipe chargée de concevoir Iter. Le réacteur préfigurerait un système industriel. Mais d'autres, Américains surtout, dénoncent une approche jugée prématurée. Ils proposent de découper le problème, afin d'étudier séparément les différents verrous technologiques avant de passer à la machine complète.
La polémique fait rage entre spécialistes. Les finances tranchent le débat.
En 1996, le Congrès américain ampute d'un tiers le budget consacré à la fusion, et ce pour plusieurs années. Du coup, les Etats-Unis se retirent du projet. L'équipe de Robert Aymar propose, en 1998, une machine moins chère, plus petite, où la fusion ne serait entretenue que durant 400 secondes. En janvier 2003, les Etats-Unis rejoignent le projet, mais pour 10 % du coût.
Les Chinois font de même. C'est cette machine, moins ambitieuse, qui sera construite à Cadarache ou au Japon.
Iter, c'est un vieux rêve : domestiquer le feu du Soleil. La fusion des noyaux d'hydrogène, formant de l'hélium, dégage une formidable énergie qui fait briller les étoiles. Ou les bombes H. Exacts contraires de la fission nucléaire, utilisée dans plus de 400 réacteurs industriels en service pour produire de l'électricité... et à Hiroshima. Mais si la mise au point des réacteurs civils à fission a suivi de près celle des bombes du même nom, la fusion s'est révélée plus difficile. Alors qu'il est possible de réaliser des réacteurs à fission miniature ou de puissance dérisoire, la fusion ne marche qu'au prix de pressions ou de températures gigantesques. Au coeur du Soleil, 15 millions de degrés. Dans la chambre à vide d'Iter, à pression normale, il faudra chauffer le gaz à 100 millions de degrés pour que les noyaux d'hydrogène lourd (le deutérium et le tritium) consentent à se marier. Il faut donc réaliser une machine singulière, selon le principe du Tokamak, inventé par les physiciens soviétiques.
Un Tokamak, c'est un tore comme une chambre à air de pneu entouré de puissants aimants configurés de telle sorte qu'ils créent un piège magnétique. Le gaz est confiné à l'intérieur. Une fois piégé, il faut le chauffer, par de fortes impulsions de radiofréquences. Puis maîtriser les turbulences du plasma et en récupérer l'énergie (chaleur et neutrons).
L'extrême difficulté des technologies a démenti l'optimisme des ingénieurs qui, il y a trente ans, nous promettaient pour l'an 2000, grâce à la fusion, une électricité sans limites de combustible et propre. N'y comptons pas avant 2050.

Sylvestre HUET

 

Projet Iter: les Verts disent "non"
26/11/03 -
Les Verts, par la voix de leur porte-parole Yann Werhling, ont indiqué mercredi qu'ils "ont décidé de dire non au projet Iter qui s'inscrit dans la conception dépassée d'un progrès d'abondance illimitée illusoire".
"Des investissements massifs doivent être faits dans le secteur des économies d'énergie et des énergies renouvelables", dit M. Wehrling dans un communiqué.
"Or les projets pharaoniques qui font les unes des journaux (EPR, Iter, Mégajoule, transmutation des déchets, réacteurs du futur ...) mobilisent des crédits considérables tandis que les énergies renouvelables bénéficient de subventions minables et connaissent un développement dérisoire en France, tandis que les crédits pour l'ADEME (Agence De l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) sont en constante diminution", ajoute M. Werhling.


Iter: le ministre espagnol de la Recherche justifie le revirement de Madrid
26/11/03 -
Le ministre espagnol de la Recherche Juan Costa a justifié mercredi le retrait par l'Espagne de sa candidature à l'accueil du futur réacteur de fusion nucléaire expérimental Iter par la nécessité de renforcer la position de l'UE dans la compétition internationale autour du projet.
La décision unanime des Européens de soutenir le dossier de Cadarache (sud de la France) "est une décision extrêmement importante, (...) fantastique", a déclaré à la presse M. Costa.
"On aurait pu ne pas forger une décision unanime. Si cela avait été le cas, cela n'aurait pas eu la même importance au plan politique, cela n'aurait pas autant de poids par rapport à la concurrence internationales", a-t-il souligné.
A une semaine de l'ouverture le 4 décembre à Washington des ultimes négociations internationales pour désigner le pays hôte de l'Iter, "cette unanimité à laquelle nous sommes parvenus nous place dans les conditions les meilleures", a-t-il estimé.
"Du point de vue strictement espagnol, je suis sûr que c'est un excellent accord. Je n'ai aucun doute là-dessus", a ajouté M. Costa, en réponse à la "consternation" exprimée par l'opposition socialiste espagnole devant le revirement de Madrid.
Le gouvernement de droite de José Maria Aznar s'était livré ces derniers jours à un important forcing diplomatique dans l'espoir que l'UE choisisse le site catalan de Vandellos (nord-est de l'Espagne) pour défendre ses couleurs dans le projet Iter, avant de s'effacer mercredi à Bruxelles en faveur du dossier français.
"Je n'aurais pas dit cela il y a quelques heures. Mais je dois reconnaître que la France dispose d'une excellente candidature avec Cadarache. Cela fait 50 ans que la France développe cette communauté scientifique dans le domaine de l'énergie nucléaire", a défendu Juan Costa.
"Même si on est adversaire dans la partie, à la fin de la partie il faut se montrer pragmatique, raisonnable et présenter la réalité telle qu'elle est", a-t-il dit.
"La France, l'Espagne ensemble assumeront la responsabilité de dynamiser et de coordonner un projet au niveau international, avec l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne", a-t-il conclu.

 

Cadarache: "victoire d'étape" due à la "mobilisation collective" (Raffarin)
26/11/03 -
Jean-Pierre Raffarin a salué mercredi à l'Assemblée le choix du site français de Cadarache, près de Marseille, pour défendre les couleurs de l'Union européenne pour l'accueil du futur réacteur de fusion expérimental Iter, une "victoire d'étape" acquise grâce à la "mobilisation collective".
"Cadarache porte nos espoirs pour ce grand projet scientifique, premier grand projet mondial : plus de 10 milliards d'euros d'investissements, des milliers d'emplois et une mobilisation de la communauté scientifique exceptionnelle", a dit le Premier ministre en réponse au député UMP Bernard Deflesselles.
M. Raffarin a exprimé son "sentiment de gratitude vis-à-vis de l'attitude de nos amis espagnols qui ont su faire preuve du sens de l'intérêt général en faisant que l'Europe se rassemble sur un seul projet pour gagner la compétition mondiale".
"Il s'agit d'un projet scientifique, d'un projet industriel mais aussi d'un projet humanitaire parce qu'il sert le développement", a-t-il ajouté.
Les ultimes négociations internationales sur le choix du pays hôte d'Iter doivent s'ouvrir le 4 décembre à Washington. La décision finale est attendue au terme d'une autre réunion les 19 et 20 décembre dans la capitale américaine.
Dans cette nouvelle étape, la France sera opposée au Japon, qui défend la candidature de Rokkasho-Mura (nord)

 


Iter: l'UE prouve "sa capacité à parler d'une seule voix" (présidence italienne)
26/11/03 -
La décision unanime des Européens de soutenir la candidature de Cadarache (France) dans la compétition internationale pour l'accueil du futur réacteur de fusion expérimental Iter "a démontré la capacité de l'UE à parler d'une seule voix", a estimé mercredi la présidence italienne de l'Union.
"Nous sommes véritablement en présence d'un partenariat commun France-Espagne auquel toute l'Europe, toute la communauté scientifique européenne est associée", a déclaré à Bruxelles la ministre italienne chargée de la Recherche, Letizia Moratti.
Mme Moratti s'exprimait lors d'une conférence de presse commune avec ses homologues français et espagnol, Claudie Haigneré et Juan Costa, et le commissaire européen à la Recherche Philippe Busquin.
Les ministres européens ont tranché mercredi l'âpre bataille que se livraient depuis des mois la France et l'Espagne pour défendre les couleurs de l'UE dans le projet Iter, en apportant un soutien unanime à la candidature provençale de Cadarache, près de Marseille (sud de la France).
En compensation du retrait du dossier de Vandellos (Catalogne), l'Espagne a obtenu l'assurance d'accueillir la future agence qui gérera les contributions européennes à l'Iter et d'obtenir un des deux postes de direction dévolus à l'UE dans le consortium international qui aura la maîtrise du projet.
"C'est un grand moment pour l'Europe", s'est lui aussi réjoui devant la presse le commissaire Busquin. "Que l'Europe soit unanime pour soutenir
(une) candidature est essentiel et un point fort", a-t-il estimé, à une semaine de l'ouverture des ultimes négociations internationales pour désigner le pays hôte du futur réacteur Iter.
Le projet Iter, dont le coût total est évalué à 10 milliards d'euros sur 30 ans avec à la clé d'importantes retombées économiques, associe l'UE, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, la Chine et la Corée du Sud.
Il vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir notamment de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.


Une ministre française fait confiance au site de Cadarache pour accueillir Iter
26/11/03 -
La ministre française de la Recherche Claudie Haigneré s'est dite confiante mercredi dans les chances de la France d'accueillir le futur réacteur de fusion expérimental Iter, à l'issue mi-décembre de la compétition internationale engagée pour désigner le pays hôte du projet.
Mme Haigneré a salué au passage le "fair-play" de l'Espagne, qui a retiré la candidature du site catalan de Vandellos (nord-est) pour soutenir finalement le dossier de Cadarache, près de Marseille (sud de la France), appelé à défendre les couleurs de l'Union européenne.
"C'est une équipe européenne qui gagne aujourd'hui", a déclaré à la presse la ministre française, après le choix unanime en faveur de Cadarache de ses collègues européens réunis à Bruxelles.
"Je crois qu'on s'est donné une très bonne chance ce matin avec cette décision à l'unanimité d'une équipe qui porte pour l'Europe un projet important, difficile", a-t-elle estimé.
Le projet Iter, dont le coût total est évalué à 10 milliards d'euros sur 30 ans avec à la clé d'importantes retombées économiques, associe l'UE, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, la Chine et la Corée du Sud.
Il vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir notamment de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.


Iter: Nicole Fontaine se réjouit "infiniment" du choix du site de Cadarache
26/11/03 -
La ministre déléguée à l'Industrie, Nicole Fontaine, se réjouit "infiniment du choix à l'unanimité" du site de Cadarache pour défendre les couleurs de l'Union européenne dans la compétition internationale pour l'accueil du réacteur Iter, a-t-elle déclaré mercredi à l'AFP.
Le choix du site de Cadarache (Bouches-du-Rhône), près de Marseille, pour accueillir ce réacteur de fusion expérimental "témoigne de la reconnaissance de la part de tous nos partenaires européens de la vitalité de la recherche scientifique française, de son expéreience nucléaire et de ses potentialités industrielles", a-t-elle souligné.
Cadarache était, en Europe, en concurrence avec le site catalan de Vandellos.
Mme Fontaine estime également que "Cadarache est très très bien placé" par rapport au Japon dans les ultimes négociations internationales sur le choix du pays hôte d'Iter.
Ce projet, dont le coût total est évalué à 10 milliards d'euros sur 30 ans avec à la clé d'importantes retombées économiques, associe l'Union européenne, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, la Chine et la Corée du Sud.
Il vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir notamment de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.


Les Européens réunis à Bruxelles pour choisir leur candidat au réacteur Iter
26/11/03 -
Les ministres de la Recherche de l'UE ont entamé en fin de matinée mercredi à Bruxelles une réunion cruciale pour le choix de la future candidature européenne à l'accueil du réacteur de fusion expérimental Iter, auquel aspirent à la fois la France et l'Espagne.
Une concurrence farouche oppose les deux pays dans la défense de leurs champions respectifs: le site marseillais de Cadarache (sud) pour la France, celui de Vandellos en Catalogne (nord-est) pour l'Espagne.
Pressés par le temps, les Quinze se doivent de trancher rapidement qui l'emportera.
Les ultimes négociations internationales sur le choix du pays hôte d'Iter, pour lequel le candidat européen sera en concurrence avec le Japon, doivent en effet s'ouvrir le 4 décembre à Washington. La décision finale est attendue au terme d'une autre réunion les 19 et 20 décembre dans la capitale américaine.
Le projet Iter, dont le coût total est évalué à 10 milliards d'euros sur 30 ans avec à la clé d'importantes retombées économiques, associe l'Union européenne, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, la Chine et la Corée du sud.
Il vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir notamment de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.

 

LIBERATION, 26/11/03:

Projet Iter: Cadarache attend le soleil
France ou Espagne ? Les Quinze décident aujourd'hui du lieu de construction du réacteur.

Saint-Paul-lès-Durance envoyé spécial

La tension monte à Cadarache chez les chercheurs. Engagés depuis de longues années dans le projet Iter (1) de réacteur de recherche international sur la fusion, ils attendent le verdict de la réunion qui se tient aujourd'hui à Bruxelles. Les quinze ministres européens de la Recherche doivent trancher en faveur du site Vandellos en Espagne ou Cadarache dans les Bouches-du-Rhône qui représentera l'UE face au Japon et au Canada.
«L'implantation d'Iter est fondamentale pour le futur du site, explique Jean Jacquinot, directeur du département de recherche sur la fusion contrôlée au CEA de Cadarache. Si notre site est choisi, nous serons les mieux placés pour répondre aux appels d'offre des programmes de recherche qu'Iter lancera.» D'où l'agacement du chercheur face au «coup de poker» de José Maria Aznar, le premier ministre espagnol : «promettre au dernier moment que l'Espagne paiera la totalité de la part européenne en cas de victoire de Vandellos, ce n'est pas très élégant».
Le suspense ne se limite pas au cercle des chercheurs français. Ni l'énervement. «Je considère que le gouvernement français n'a pas été à la hauteur !, s'emporte Alain Hayot, vice-président (communiste) du Conseil régional de Paca, et responsable de la Recherche. Un Premier ministre qui ne vient visiter le site que dix jours avant une décision d'une telle importance, c'est tout de même très léger.» En Paca, tous les responsables locaux, de droite comme de gauche, se battent depuis longtemps en faveur de Cadarache. Et sont prêts à mettre la main au portefeuille. Ainsi, des 900 millions d'euros de contribution française (sur les 4,7 milliards correspondant à la phase de construction d'Iter), l'Etat ne fournirait que 450 millions, l'autre moitié étant prise en charge par six collectivités territoriales (quatre départements, le conseil régional et la communauté d'agglomération du Pays d'Aix). Avec 152 millions d'euros pour le seul conseil régional. «Pour nous, c'est énorme !», souligne Alain Hayot.
Même s'il est prêt à convenir que les conséquences de l'installation d'Iter à Cadarache «seraient extraordinaires» pour l'ensemble de l'économie en Paca.

(1) International Thermonuclear Experimental Reactor.

Pierre DAUM

Le monde, 26/11/03:

Le réacteur à fusion nucléaire ITER dans la dernière ligne droite

Les Quinze doivent trancher, mercredi 26 novembre, entre Cadarache (Bouches-du-Rhône) et Vandellos (Catalogne) pour proposer un site d'accueil de la machine expérimentale face à la candidature japonaise. Ce projet nécessitera un investissement de 10 milliards d'euros sur trente ans.

Le projet de réacteur à fusion thermonucléaire ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), qui a débuté voilà bientôt vingt ans, devrait enfin toucher au but. Les ministres de la recherche des Quinze devraient se réunir mercredi 26  novembre à Bruxelles pour choisir, entre les deux sites européens en compétition, Cadarache (Bouches-du-Rhône) et Vandellos (Catalogne), celui que l'Europe défendra face à la candidature présentée par le Japon.

Voici, en sept questions, tout ce qu'il faut savoir sur la fusion thermonucléaire et le projet ITER.

Qu'est-ce que la fusion thermonucléaire ?

"La seconde mamelle de l'énergie nucléaire", plaisante un physicien. Une formidable source d'énergie, complète un autre, car c'est elle qui fait briller les étoiles. De plus, contrairement à sa cousine, la fission nucléaire mise en oeuvre, par exemple, dans les réacteurs nucléaires producteurs d'électricité d'EDF, elle est moins polluante et, pourrait-on dire, moins brutale.

En effet, quand la fission brise des atomes lourds -  uranium et plutonium  - pour libérer sa force, la fusion, elle, joue les architectes et assemble des atomes légers de deutérium et de tritium -  des isotopes de l'hydrogène  - pour produire de l'hélium -  un gaz rare  -, des particules -  des neutrons  - et de l'énergie.

Dans la réalité, les choses sont plus délicates. Car si l'homme est capable, depuis plus d'un demi-siècle, de libérer violemment les forces de la fission (armes atomiques) et celles de la fusion (armes thermonucléaires), il n'a cependant réussi à domestiquer que la première. La seconde se dérobe encore car elle réclame pour s'épanouir dans les laboratoires des températures de 100 à 200  millions de degrés, quand le Soleil la pratique avec seulement 10 à 15  millions de degrés.

Comment fonctionne un réacteur à fusion ?

Il n'existe pas sur Terre de "chaudron" capable de supporter les températures des plasmas (gaz ionisés) brûlants où naissent les réactions de fusion. Sauf à fabriquer une enceinte possédant des parois immatérielles sculptées par de puissants champs magnétiques.

C'est le cas des Tokamaks inventés dans les années 1960 par les Russes et de ceux, considérablement améliorés, construits par les Américains (TFTR), les Japonais (JT-60), les Européens (JET) et les Français (TFR et Tore-Supra). A titre d'exemple, 20  millions de degrés ont été obtenus à Tore-Supra entre 1973 à 1976. Depuis, le Joint European Torus (JET) a atteint brièvement les 300  millions de degrés  ! Mais il a fallu pour cela inventer de complexes systèmes de chauffage du plasma, qui vont de sa compression par des champs magnétiques à son chauffage par injection d'atomes neutres très véloces, en passant par l'émission d'ondes à haute fréquence comme dans un micro-ondes.

Une température élevée suffit-elle ?

Non. Pour que les réactions de fusion s'auto-entretiennent au sein d'un réacteur et qu'elles produisent plus d'énergie qu'elles n'en consomment pour naître, les physiciens doivent satisfaire à trois conditions connues sous le nom de critère de Lawson.

D'abord, la température du plasma -  gaz ionisé de deutérium et de tritium  - doit être d'au moins cent millions de degrés. Ensuite, ce plasma doit être suffisamment dense. Enfin, on doit être capable de maintenir ces deux premières conditions pendant un temps, dit temps de confinement, suffisamment long  : des centaines de secondes. Aujourd'hui, chaque machine privilégie l'un de ces critères mais aucune ne parvient à maximiser les trois en même temps. Ce qu'ITER se propose de faire.

Quels sont les avantages de cette forme d'énergie ?

Les principaux atouts de cette filière énergétique sont de trois ordres. D'abord, l'abondance des réserves de combustibles brûlés par la fusion. Ensuite, la sûreté du fonctionnement de ce type de réacteur, dont le principe exclut tout emballement. A la moindre fuite, la machine refroidit, et la fusion, faute de calories, s'arrête. Enfin, la faible quantité de déchets radioactifs générés par la fusion, dont l'essentiel est retenu dans les structures de l'installation. 90  % d'entre eux sont de faible ou moyenne activité. Même le tritium consommé par la machine n'a qu'une demi-vie de quinze ans.

Pourquoi ITER est-il un projet mondial ?

Les difficultés techniques à surmonter et le coût des recherches sur la fusion -  on estime que 40  milliards d'euros y ont été consacrés depuis les années 1960  - sont tels qu'aucun pays ne peut y faire face seul. C'est pourquoi se sont associés dans ce projet l'Union européenne, les Etats-Unis, la Russie, le Japon, la Chine, le Canada et la Corée du Sud.

L'Europe est candidate pour accueillir ITER. Le Japon est lui aussi en lice avec le site de Rokkasho-Mura. Le Canada, qui proposait le site de Clarington, s'est retiré récemment de la compétition.

Que coûtera cette installation ?

Le projet est estimé à 4,7  milliards d'euros pour la construction, prévue sur dix ans, et à 4,8  milliards d'euros pour l'exploitation, programmée sur vingt ans.

Le partenaire qui accueillera ITER (Europe ou Japon) paiera 40  % à 45  % de la partie commune du coût de construction du réacteur, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et la Corée du Sud 10  % chacun, la part du Canada n'étant pas arrêtée. Il prendra aussi en charge une partie non commune, de 900  millions d'euros, correspondant aux aménagements spécifiques au site retenu.

Si l'Europe l'emporte, le pays choisi (France ou Espagne) doit payer 50  % de ces 900  millions d'euros, le complément étant financé par le programme européen Euratom. La France s'est engagée à hauteur de 447  millions d'euros, apportés par les collectivités territoriales de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. L'Espagne vient de proposer de payer seule les 900  millions d'euros. Si Cadarache est retenu, la France paiera au total (participation à Euratom comprise) 824  millions d'euros.

Le chantier d'ITER générera plusieurs milliers d'emplois. Un millier de chercheurs et d'ingénieurs assureront ensuite son fonctionnement.

Comment sera choisi le site ?

Au sein de l'Europe, faute de consensus, les ministres de la recherche voteront, mercredi 26  novembre, pour départager Cadarache et Vandellos. Le scrutin pourrait s'effectuer à la majorité simple ou, plus probablement, à la majorité qualifiée, nécessitant 62  voix sur 87. L'Allemagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni ont chacun 10  voix, l'Espagne 8, la Belgique, la Grèce, les Pays-Bas et le Portugal 5, l'Autriche et la Suède 4, le Danemark, l'Irlande et la Finlande 3, le Luxembourg 2. Si nécessaire, un conseil européen extraordinaire sera convoqué le 3  décembre. Une réunion des partenaires internationaux d'ITER est prévue le 4  décembre à Vienne et le choix final du site doit intervenir mi-décembre.

Jean-François Augereau et Pierre Le Hir

Premières expériences en 2013

ITER pourrait être mis en service en 2013 et exploité pendant vingt  ans. Ce réacteur expérimental ne produira pas d'électricité. Sa mission  : s'approcher le plus possible de ce que les Anglo-Saxons appellent le "break even", ce point de passage au-delà duquel les réactions nucléaires de fusion produisent plus d'énergie qu'elles n'en consomment.

A titre d'exemple, le JET, la machine la plus performante au monde, produit pendant une seconde 16 mégawatts (MW) d'énergie de fusion à la condition de lui injecter 25  MW de chauffage  ! A ce prix, c'est du mécénat. Mais, avec ITER, on injectera 40  MW en espérant produire 400  MW, et ce pendant 400  secondes. Des performances suffisamment ambitieuses pour qu'il soit possible en 2025 de construire son successeur, DEMO, un réacteur de démonstration de 800 mégawatts dont le fonctionnement serait payé par l'électricité qu'il produira. Le passage aux réacteurs industriels n'est cependant pas espéré avant 2050.


Une énergie presque inépuisable

La fusion devrait offrir à l'humanité une source d'énergie quasi inépuisable. Les réserves connues de lithium dans la croûte terrestre, élément à partir duquel sera fabriqué le tritium nécessaire aux réactions de fusion, sont d'au moins un millier d'années. Quant au deutérium, il est si abondant que celui que contient le seul lac de Genève suffirait à assurer les besoins en électricité de la planète pour des milliers d'années. Comme il existe d'autres réactions de fusion - différentes de la réaction deutérium-tritium -, mais plus délicates à maîtriser, ce sont des millions d'années de réserves qui sont présentes dans les océans. Fait remarquable, il suffit de 1  kg de deutérium et de 10  kg de lithium pour produire 1  000  MW électriques alors que, pour la même énergie, un réacteur nucléaire réclame 500  kg d'uranium et une centrale thermique 5  000 tonnes de fuel ou 10  000  tonnes de charbon.

 

ITER: le projet de fusion nucléaire ou la quête d'une énergie propre

25/11/03 - La fusion nucléaire contrôlée, que deux sites européens, en France
(Cadarache) et en Espagne (Vandellos), se sont dits prêts à mettre en oeuvre, représente la quête ultime des physiciens pour doter l'humanité d'une source d'énergie nucléaire plus propre et illimitée.
Les ministres de la Recherche de l'Union européenne tenteront mercredi à Bruxelles de trancher entre la France et l'Espagne sur l'épineux dossier de la candidature européenne à l'accueil du futur siège du projet de réacteur de fusion expérimental Iter. Les partenaires du projet (UE, Japon, Etats-Unis, Canada, Chine, Russie et Corée du Sud) rendront leur décision définitive lors d'une réunion prévue à Washington les 19 et 20 décembre.
Solution de rechange à la fission nucléaire, la fusion nucléaire contrôlée a l'ambition de reproduire ce qui se passe au coeur du soleil. Pendant des années, les scientifiques ont tenté sans succès jusqu'ici d'obtenir ce processus par lequel les noyaux de deux atomes de deutérium (forme lourde de
l'hydrogène) se fondent pour former du tritium (autre forme de l'hydrogène) en dégageant une grande quantité d'énergie.
La fission nucléaire, mise en jeu dans les centrales électronucléaires, se traduit au contraire par la fragmentation d'un atome pour obtenir de l'énergie. Alors que la fission des noyaux lourds d'uranium est réalisée depuis 1942, la fusion, malgré plus de trente ans d'efforts, est loin d'être maîtrisée, même si elle semble maintenant techniquement possible.
Alors qu'il est aisé de "casser" des noyaux lourds (d'uranium-235 ou de plutonium-239), par bombardement de neutrons, les réactions de fusion nécessitent, pour vaincre la répulsion des atomes entre eux, des températures de l'ordre de 200 millions de degrés. A ces températures, la matière est à l'état de plasma, état par ailleurs le plus répandu dans l'Univers.
Les physiciens ont retenu de chauffer ce plasma dans des chambres à vide de forme cylindrique inventées par les Russes, des tokamaks (acronyme formé à partir des mots russes courant, chambre et magnétique). Le plasma circule autour d'un bobinage et est confiné par un autre champ magnétique pour éviter d'être en contact avec les parois.
Le deutérium est quasiment inépuisable: il peut être facilement extrait de l'eau (qui en contient jusqu'à 40 milligrammes par litre). Le tritium, lui, s'il n'existe pas dans la nature, peut être obtenu aisément par irradiation du lithium à l'intérieur même du tokamak.


Heure de vérité mercredi pour la candidature européenne au réacteur Iter

25/11/03 - L'heure de vérité va sonner mercredi pour l'avenir de la candidature de l'Union européenne à l'accueil du futur réacteur de fusion expérimental Iter, à une semaine de l'ouverture des ultimes négociations internationales sur ce projet aux importantes retombées économiques.
Les ministres de la Recherche des Quinze, réunis à Bruxelles, vont devoir trancher l'âpre bataille que se livrent depuis plusieurs mois la France et l'Espagne pour défendre les couleurs de l'UE dans la compétition.
La lutte s'annonce serrée entre les deux candidatures en lice: le site catalan de Vandellos, au nord-est de l'Espagne, et celui de Cadarache, près de Marseille (sud de la France).
En cas d'échec à les départager, une nouvelle réunion extraordinaire serait indispensable pour arracher in extremis une décision le 3 décembre, à la veille d'un premier rendez-vous international à Washington avec les autres postulants au projet.
"Le moment est venu de trancher. Les délais pour arriver à un accord au niveau international sont très réduits", s'impatiente-t-on à la présidence italienne de l'UE.
De fait, les Européens auraient initialement dû rendre leur verdict en septembre dernier, à l'aune d'un rapport d'évaluation de leurs deux sites.
Mais les experts se sont abstenus de départager les deux sites candidats, renvoyant la patate chaude aux ministres.
Pour compenser le retard d'infrastructures de Vandellos par rapport à Cadarache, l'Espagne a soutenu jusqu'à la semaine passée l'idée d'engager les deux sites dans la compétition internationale, avant de céder à des partenaires craignant de diluer les chances européennes de décrocher la timbale.
Mais elle n'a pas rendu les armes, bien au contraire: Madrid compte sur le projet Iter pour combler le fossé qui la sépare des Européens les plus avancés en matière de recherche et développement et le chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar a jeté tout son poids dans la bataille.
"Pour l'Espagne, héberger le projet Iter à Vandellos est très important", a écrit M. Aznar le 20 novembre à son homologue italien Silvio Berlusconi et au président de la Commission européenne Romano Prodi.
Jouant à fond la carte financière, il a annoncé un doublement, de 450 à 900 milllions d'euros, de l'investissement prévu par son pays dans le projet.
L'annonce surprise a placé la barre très loin au-dessus des 400 millions d'euros de financements publics promis par la France.
De son côté, Paris se veut serein. La ministre française de la Recherche Claudie Haigneré a réaffirmé jeudi dernier sa "grande confiance" dans le dossier de Cadarache, "celui qui donne le plus de chance à l'Europe".
A l'appui de la candidature provençale, les experts ont pointé en septembre la présence sur place d'une importante installation nucléaire réduisant "les risques de retard ou d'augmentation des coûts si des problèmes techniques imprévus apparaissent" dans la phase de construction d'Iter.
Outre l'UE, le Japon est également en lice pour accueillir Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Rokkasho-mura (nord).
En revanche, la candidature du site canadien de Clarington est désormais considérée comme caduque.
La désignation définitive du pays qui hébergera le réacteur doit avoir lieu une semaine avant Noël à Washington.
Le projet Iter, auquel participent l'UE, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, la Chine et la Corée du sud, vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir notamment de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.
Son coût total est évalué à 10 milliards d'euros sur 30 ans.

Ultime offensive diplomatique de l'Espagne pour le projet ITER

25/11/03 - L'Espagne a lancé une ultime offensive diplomatique pour tenter de remporter le duel qui l'oppose à la France pour accueillir le projet scientifique ITER à Vandellos (Catalogne, nord-est), a-t-on appris mardi de sources gouvernementales.
Pendant que M. Aznar rendait visite lundi à Londres à son ami Tony Blair, la ministre des Affaires étrangères, Ana Palacio, se réunissait avec le président portugais José Manuel Durao Barroso et son homologue Teresa Gouveia, pour expliquer la nouvelle offre de l'Espagne, Madrid ayant proposé de doubler sa contribution financière à la construction d'Iter si sa candidature est retenue au niveau européen, selon une source diplomatique.
De même source, Mme Palacio doit se rendre ce mardi après-midi à Rome pour y rencontrer le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, pour un entretien sur la prochaine conférence intergouvernementale (CIG) et aussi le projet Iter.
Pour sa part, le ministre de la Science et de la Technologie, Juan Costa, est parti mardi au Danemark, avant de se rendre en Suède pour y rencontrer ses homologues danois et suédois et présenter également la nouvelle offre espagnole pour l'Iter. Celle-ci permettrait notamment à d'autres partenaires européens de diminuer leur contribution financière à ce projet international, estime-t-on au ministère espagnol de la Science.
Enfin, le secrétaire d'Etat de politique scientifique et technologique, Pedro Morenes, a accompagné lundi une délégation de parlementaires espagnols pour une visite chez le commissaire européen chargé de la recherche, Philippe Busquin.
Le site espagnol de Vandellos est en concurrence avec le site français de Cadarache (sud) pour la désignation de la candidature européenne au projet Iter. Une fois désignée par l'UE, celle-ci devra ensuite se mesurer à la candidature japonaise de Rokkasho-mura (nord).
Le projet Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor), auquel participent l'UE, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, la Chine et la Corée du sud, vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.


Projet ITER: le Canada n'a pas d'offre sur la table (Iter Canada)

20/11/03 - Le Canada, candidat pour accueillir près de Toronto le futur siège du réacteur de fusion expérimental Iter, n'a aujourd'hui "pas d'offre sur la table", faute de financement fédéral, et risque fort de ne pas être dans la course, a indiqué jeudi à l'AFP Murray Stewart, président d'Iter Canada.
"A l'heure actuelle, nous n'avons pas d'offre sur la table", a-t-il affirmé, estimant qu'à moins d'un retard dans le processus de sélection, le Canada "ne sera pas dans la course".
La France, l'Espagne et le Japon sont également candidats et, après un réunion à Vienne début décembre, les partenaires de ce projet (UE, Japon, Etats-Unis, Canada, Chine, Russie et Corée du Sud) doivent faire leur choix lors d'une réunion prévue à Washington les 19 et 20 décembre.
Mais le gouvernement canadien n'a pas encore donné son feu vert à sa part de financement et le projet est handicapé par la transition politique, alors que le Premier ministre actuel Jean Chrétien doit céder la place à son successeur Paul Martin le 12 décembre.
L'installation du réacteur sur le site de Clarington représenterait pour le Canada un investissement de 2,3 milliards de dollars canadiens (1,75 md USD), dont la province hôte de l'Ontario a accepté en mai de payer la moitié, selon M. Stewart.
Mais le gouvernement fédéral n'a pas donné sa réponse pour l'autre moitié.
"Nous sommes entrés en contact avec tout le monde, y compris Paul Martin", a dit M. Stewart, reconnaissant avoir "un sérieux problème".
Le Canada s'est porté candidat pour accueillir le réacteur en juin 2001.
Iter Canada est une organisation à but non lucratif qui regroupe notamment des représentants de l'industrie, des universités et des différents niveaux de gouvernement.
Le projet Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel.

 

Mme Haigneré affiche "une grande confiance dans le choix de Cadarache"

20/11/03 - La ministre française de la Recherche, Claudie Haigneré, a affiché jeudi à Madrid sa "grande confiance" dans le choix, autour du 27 novembre, par les Quinze du site français de Cadarache pour accueillir le projet scientifique Iter.
"Des discussions avec mes collèges, et avec les gouvernements des pays des Etats membres, je peux dire que j'ai une grande confiance dans l'acceptation, non seulement l'acceptation, mais le choix de Cadarache par la plupart des pays européens pour représenter les chances européennes à l'accueil d'Iter", a déclaré Mme Haigneré à des journalistes, à Madrid.
Face à la concurrence du site espagnol de Vandellos (Catalogne, nord-est), la ministre française a souligné "l'importance de l'environnement scientifique, technique, de gestion de grands projets complexes" du site de Cadarache.
"J'exprime ici non seulement la conviction française mais la conviction de la plupart des communautés scientifiques des Etats membres (de l'UE). Et ces communautés scientifiques disent: le site de Cadarache est pour nous un site qui donne toutes les garanties de succès d'Iter en Europe et dans le cadre mondial dans lequel il se situe, c'est-à-dire l'Europe par rapport aux autres candidats comme le Japon, en particulier", a ajouté Mme Haigneré.
La ministre française s'exprimait en marge de la commémoration du 75e anniversaire de la Casa de Velazquez, institution culturelle française en Espagne, dédiée à la promotion des arts, de la culture et de la recherche en sciences humaines.
Le projet Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir notamment de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.


La France fait le forcing pour l'installation d'ITER à Cadarache

CADARACHE (Bouches-du-Rhône) 17/11/03 - Jean-Pierre Raffarin a réaffirmé lundi sur le terrain le soutien du gouvernement français à la candidature du Centre d'études nucléaires de Cadarache pour accueillir le futur Réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER), à dix jours de la sélection d'un site par l'Union européenne. Accompagné par la ministre de la Recherche Claudie Haigneré, le Premier ministre a visité le site proposé par la France et le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), une colline boisée à environ 50 km au nord de Marseille. Lors d'une rencontre avec des responsables du CEA et des élus locaux, il a promis une "mobilisation complète" des pouvoirs publics français en faveur de cette candidature. "Le CEA constitue un modèle de recherche d'excellence mondiale et de synergie avec le monde industriel. Si la France veut ITER sur son sol, c'est pour partager notre savoir-faire, nos compétences", a déclaré Jean-Pierre Raffarin. "Nous ne nous battons contre personne. Nous valorisons un site, une expérience, une capacité. Nous pensons que c'est le meilleur projet", a-t-il ajouté. Tel est le message que le député UMP Pierre Lellouche, qui accompagnait le Premier ministre à Cadarache, a été chargé de faire passer auprès des gouvernements européens. Le projet ITER, auquel souhaitent participer, outre l'Union européenne, les Etats-Unis, le Japon, la Russie, le Canada et la Corée du Sud, est destiné à étudier la possibilité de produire de l'énergie "propre" (sans rejets radioactifs) et renouvelable à partir de la fusion thermonucléaire. Cette énergie gigantesque à l'oeuvre au coeur du soleil n'a trouvé jusqu'ici d'application que dans le domaine militaire. L'enjeu d'ITER est de contrôler et de domestiquer la fusion d'isotopes de l'atome d'hydrogène pour produire de l'électricité. Cela représente un investissement de près de cinq milliards d'euros sur 10 ans, un coût de fonctionnement de cinq autres milliards d'euros sur les 20 années suivantes et au moins 5.000 emplois pendant 30 ans. "C'est le plus grand projet de coopération scientifique à l'échelle mondiale", a souligné Jean-Pierre Raffarin. "C'est le projet qui peut vraiment révolutionner la deuxième moitié du siècle en nous apportant l'énergie du futur, quasi inépuisable et sans nuisance significative." L'UE doit choisir le 27 novembre entre Cadarache et un site proposé par l'Espagne, Vandellos, en Catalogne.

"BILLARD A MULTIPLES BANDES"
Le site européen retenu sera ensuite en compétition, pour une décision finale attendue fin 2003, avec celui de Rokkasho-Mura, au Japon. Un temps candidat, le Canada ne semble plus pour sa part dans la course. La France fait notamment valoir la longue tradition du centre de recherche de Cadarache dans le domaine nucléaire - c'est là notamment qu'est actuellement construit un réacteur d'essai pour la prochaine génération de navires à propulsion nucléaire. Quelque 4.300 personnes travaillent déjà au centre de Cadarache, dont 300 dans le domaine de la fusion nucléaire, autour d'un réacteur expérimental, Tore Supra. Pierre Lellouche devait entamer sa "tournée" dès lundi après-midi à Strasbourg par une rencontre avec le commissaire européen à la recherche, le Belge Philippe Busquin. "Je pense que nous avons de loin les meilleurs atouts scientifiques et technologiques pour que l'Europe puisse l'emporter contre les autres candidatures et notamment la candidature japonaise, qui est la plus rude, au deuxième tour", a-t-il dit à Reuters. "Nous avons 50 ans d'expérience sur ce site et une très grosse avance technologique en Europe en matière nucléaire et dans le domaine de la fusion en particulier." "Pour gagner face au Japon, il faut que cela soit Cadarache", a-t-il ajouté. "Ça sera très difficile parce que les Espagnols ne manquent pas de soutien. Nous avons un très gros travail de mobilisation de nos partenaires à faire. Si c'est la France qui est choisie, nous battrons les Japonais, sinon l'Europe risque d'être battue au second tour. Donc, pour moi, c'est un gros mois de lobbying non stop qui commence." Selon des sources politiques et scientifiques françaises, la compétition entre la France, l'Espagne et le Japon s'apparente à du "billard à multiples bandes". Officiellement neutres, les Etats-Unis ont discrètement apporté leur soutien à l'Espagne qui, contrairement à la France, a soutenu l'intervention militaire américaine en Irak. Mais Washington préférerait en fait qu'ITER s'installe au Japon. Les Américains, qui s'étaient retirés du projet en 1998, sont prêts à le financer à hauteur de 500 millions d'euros, ce qui est à peu de chose près équivalent à la seule part des collectivités locales françaises concernées si ITER vient à Cadarache. Jean-Pierre Raffarin a d'autre part profité de son passage à Cadarache pour tenter de rassurer les chercheurs français qui se plaignent de la baisse de leurs crédits. "Nous ferons de la recherche la priorité des bénéfices de la croissance qui revient", a-t-il déclaré.

Emmanuel Jarry



Raffarin confirme son "engagement" pour la construction d'Iter en France

29/10/03 - Jean-Pierre Raffarin a confirmé mercredi à l'Assemblée nationale "l'engagement de la France" pour obtenir que le site de Cadarache
(Bouches-du-Rhône) soit choisi pour accueillir le siège du projet de réacteur de fusion expérimental Iter.
"Je suis sûr que c'est ce dont la France a besoin, pour ce début de XXIe siècle", "en ce qui concerne l'énergie dont il faudra bien doter la planète", a déclaré le Premier ministre en réponse au député Richard MalliéBouches-du-Rhône).
"La France a une carte aujourd'hui à jouer (...) Dans chacun des contacts que nous avons au niveau international, nous présentons ce dossier pour gagner une à une les adhésions et les soutiens au projet français Iter. Le gouvernement est mobilisé sur ce sujet", a dit M. Raffarin.
Le projet Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) vise à construire un grand réacteur de fusion expérimental, afin de produire dans un délai de 30 ans de l'énergie propre et sûre à un stade pré-industriel, à partir notamment de l'hydrogène, en reproduisant la fusion qui a lieu dans les étoiles.
L'UE, le Japon, les Etats-Unis, le Canada, la Chine, la Russie et la Corée du Sud participent à ce projet.
L'Union européenne doit décider au plus tard le 27 novembre quel(s) site(s) européen elle présentera pour accueillir le siège. Le site de Cadarache, près de Marseille est en concurrence avec celui de Vandellos (nord-est de
l'Espagne) pour représenter l'Europe dans cette compétition internationale.


 

Non à l'extension du CEA, non à ITER !

Manif le lundi 21/10/02 devant le CEA. Certains ont voulu fermer les yeux et se dire qu'après CEDRA (centre d'enfouissement de déchets radioactifs) le CEA se calmerait Que nenni. Vous avez la poubelle à Cadarache, voici un nouveau projet pour la remplir!.

Après CEDRA, voilà ITER !
En apprentis sorciers, les physiciens, qui veulent recréer, sur terre, les conditions du soleil, ont imaginé une centrale gigantesque dont ils ne maîtrisent pas tous les aspects, destinée à fonctionner selon des lois qu'ils connaissent mal, avec des risques de perte de contrôle et d'explosion. Ce projet s'appelle ITER et a une chance sur 4 d'être implanté au CEA de Cadarache (autres candidats : Canada, Japon et Espagne).
Contrairement aux idées savamment entretenues nous pouvons dans l'état des connaissances scientifiques actuelles affirmer que la fusion n'est pas une recherche propre ni sans danger. Nos craintes ne s'inscrivent pas dans un refus de la recherche en général mais dans la remise en cause de la pertinence de ce projet particulier.

ITER: une mystification scientifique
Le projet ITER nécessite l'emploi de tritium extrêmement radioactif et polluant, la fission de lithium également dangereuse produira une forte irradiation du réacteur et 30 000 tonnes de déchets radioactifs, dont 20 % ayant une période supérieure à cent ans. Des incertitudes importantes subsistent, sur la capacité de la structure à supporter les contraintes mécaniques, sur la stabilité du plasma, sur l'impact de l'énorme flux de neutrons qui risque de détruire les matériaux environnants (la barrière "fertile" au lithium) et de contaminer l'enceinte du réacteur et l'environnement.
C'est ensuite un gouffre financier, 3,5 milliards d'euros, et un processus décisionnel obscur, par des négociateurs internationaux sans information réelle ni contrôle des citoyens. Ces crédits de recherche nous sembleraient mieux utilisés dans d'autres types de recherche sur les énergies alternatives.

Cadarache: un site inadapté
L'installation du projet ITER à Cadarache nécessiterait la création de nouvelles lignes électriques HT afin d'acheminer une formidable quantité d'électricité pour provoquer l'ignition, ainsi que l'élargissement des routes au Pont de Mirabeau (site remarquable, déjà entaché par l'autoroute).
La construction, prévue à La Verrerie, en dehors de la zone déjà clôturée par le CEA, détruirait les riches milieux de la forêt domaniale de Cadarache déjà déstabilisés par les sondages: chênaie centenaire, plantations faites depuis moins de trente ans avec des fonds publics (engagement trentenaire de l'Etat à conserver la vocation forestière), population de mouflons, avifaune du confluent Durance-Verdon (une des plus riches de Provence).
Mais surtout, le site de Cadarache est soumis à un risque sismique important et risquerait d'être une cible facile pour les terroristes ou en cas de conflit, dans une région densément peuplée.
CADARACHE EST EN TRAIN DE DEVENIR UNE ZONE DES PLUS NUCLEARISEE DE FRANCE, DANS LA PLUS TOTALE PASSIVITE ET COMPLICITE DES POUVOIRS PUBLICS.

Au vu de l'ensemble de ces éléments, les organisations signataires dénoncent un tel projet qui, sous couvert de recherche et de promotion de l'énergie nucléaire, néglige l'information et la consultation des populations, les incertitudes scientifiques et les risques potentiels pour l'environnement.
L'heure du choix approche. Le 21 octobre, une délégation de l'agence internationale à l'énergie atomique (IAEA), à l'issue de la 19ème conférence sur l'énergie de fusion qui se tiendra à Lyon du 14 au 19 octobre, viendra visiter Cadarache dans ce but, avant la tournée internationale officielle programmée en décembre. Un des arguments majeurs des tenants du projet est l'absence d'opposition rencontrée autour du site français.

Nous appelons donc à manifester sur le rond-point situé devant le CEA à partir de 14 h le 21 octobre.

Signataires : associations APRIIRAD, Médiane, collectif STOP MELOX et MOX, syndicats SNICEF-CGC, CGT-Forêts, SNUPFEN-CFDT, FO, SNTF, Les Verts