Novethic, 21/7/2008:
Manque de main-d'oeuvre qualifiée, perte
massive de compétences, remise en cause de son faible impact
environnemental... A ces difficultés s'ajoutent le manque
de confiance des institutions financières internationales,
ainsi que la compétition de secteurs très dynamiques
comme le gaz naturel, le charbon et les énergies renouvelables.
Art Stall, directeur de la branche nucléaire au sein du
groupe Florida Power & Light Company, expliquait que "
l'euphorie qui avait entouré la renaissance avait été
quelque peu refroidie par la réalité des défis
liés à la construction de nouvelles centrales ",
lors du congrès annuel de l'American Nuclear Society de
2007. Selon lui, l'un des défis majeurs est de trouver
du personnel qualifié - artisans, techniciens, ingénieurs
et scientifiques,- pour assurer la construction et l'exploitation
des centrales. Le problème est identique en France, où
Areva a lancé le recrutement de 400 ingénieurs en
2006 et de 750 de plus en 2007, mais sans communiquer le taux
de réussite de ces campagnes. Le rapport World Nuclear
Industry Status prévient : " S'il est déjà
difficile d'embaucher le personnel dont on a besoin pour les programmes
nucléaires en cours, on peut se demander d'où viendrait
la main d'oeuvre qualifiée en cas d'expansion majeure ".
Les auteurs rappellent que, de manière générale,
le domaine de l'électricité dans son ensemble n'est
pas un secteur qui attire les jeunes talents... "Aujourd'hui,
la plupart des étudiants talentueux et prometteurs veulent
travailler dans des secteurs high-tech plus séduisants
", rapportait, en 2005, une analyse du Hay Group au titre
provocateur : "Tendances de la main d'oeuvre à porter
un coup fatal au secteur de l'électricité et du
gaz". Autre défi et non des moindres : le scepticisme
des institutions financières internationales et des analystes
à l'égard du nucléaire. Dans une analyse
récente, Standard & Poor's souligne l'aspect risqué
de ces investissements. " Par le passé, il était
facile de garantir les contrats d'ingénierie, de passation
des marchés et de construction. Cependant, avec des matières
premières en hausse, une main d'oeuvre de spécialistes
du nucléaire appauvrie, et une forte demande en projets
d'investissement lourds de par le monde, les coûts de construction
augmentent rapidement. Tout cela peut affecter de façon
significative les compagnies d'électricité (...)
". En octobre 2007, l'agence de notation Moody's estimait
également " qu'il ne faut pas sous-estimer les risques
d'exécution liés à des projets de construction
de cette nature. (...) Une bonne partie des prévisions
actuelles relatives à de nouvelles capacités de
production nucléaire sont excessivement ambitieuses (...)
Les coûts associés à la prochaine génération
de construction nucléaire pourraient être significativement
plus élevés que l'estimation de nombreux représentants
de l'industrie."
27/5/2008 - Le gouvernement italien a annoncé jeudi qu'il voulait renouer avec le nucléaire, 20 ans après y avoir renoncé par un referendum populaire, afin de sortir de sa dépendance énergétique mais ce revirement sera long à concrétiser et à faire accepter. "Lors de cette législature, nous poserons la première pierre pour la construction, dans notre pays, d'un groupe de centrales nucléaires de nouvelle génération", a déclaré le nouveau ministre du Développement économique, Claudio Scajola, devant l'organisation du patronat italien, la Confindustria. L'Italie a renoncé au nucléaire lors d'un référendum organisé en 1987, peu après la catastrophe du 26 avril 1986 à Tchernobyl en Ukraine, et a fermé ses quatre centrales nucléaires. "On ne peut plus éviter un plan d'action pour un retour au nucléaire", a déclaré le ministre, rappelant qu'il s'agissait d'une promesse de campagne de Silvio Berlusconi. "Il n'y a que les centrales nucléaires qui puissent produire de l'énergie à grande échelle et de manière sûre, à des coûts compétitifs et dans le respect de l'environnement", a souligné Claudio Scajola. L'Italie souffre d'une double dépendance, envers l'étranger et envers le gaz et le pétrole, qui frappe de plein fouet sa compétitivité avec la flambée du prix du brut et la met à la merci de ruptures d'approvisionnements. A l'hiver 2006, le gouvernement italien avait dû prendre des mesures d'économies et piocher dans ses réserves stratégiques de gaz en raison de ruptures des livraisons de gaz russe. L'Italie dépend à 87% de l'étranger pour sa consommation d'énergie. Le pétrole est le principal combustible utilisé (43 %) devant le gaz (36 %). Pour ses besoins en gaz, elle dépend à 67% des seules Russie et Algérie, selon le gestionnaire du marché électrique italien. En outre, l'Italie est tributaire à 60% du gaz pour produire son électricité, selon Enel, le numéro un italien de l'électricité. L'annonce de M. Scajola a été saluée par Enel, dont l'Etat est actionnaire à 30%, et par le numéro deux du secteur en Italie, Edison, contrôlé par le numéro un mondial du nucléaire EDF. Enel a retrouvé des compétences dans le nucléaire en rachetant le numéro un slovaque de l'électricité Slovenske Elektrarne (SE). Les patrons de deux groupes se sont immédiatement dits prêts à travailler avec le gouvernement pour relever ce défi. Le chemin promet cependant d'être long en raison des résistances politiques et des associations ainsi que des délais de construction d'une centrale. "Entre la création d'un organisme gérant le nucléaire, l'autorisation pour implanter un site et enfin la construction d'une première centrale nucléaire, cette dernière pourra difficilement entrer en fonction avant 2020", a récemment estimé le patron d'Edison, Umberto Quadrino, tandis que son homologue d'Enel évoque un délai de 7 à 10 ans. L'annonce du gouvernement a réveillé l'hostilité des associations comme Legambiente, la première en Italie pour la défense de l'environnement, qui se dit prête à "une opposition très dure" et se demande comment le gouvernement financera un projet aussi coûteux. "M. Scajola parle de nouvelle génération, laissant entendre qu'il s'agit de la quatrième génération qui est encore dans une phase embryonnaire et dont les centrales seront, si tout va bien, disponibles d'ici 20-25 ans", a souligné son président, Vittorio Cogliati Dezza, dans un communiqué. "Revenir au nucléaire en Italie en 5 ans (le temps d'une législature) est un parti pris idéologique", a critiqué de son côté Ermete Realacci, responsable de l'environnement au sein du Parti démocrate (gauche).
Les Echos, 19/5/2008:
Par Bernard Laponche et Benjamin Dessus (*)
Peut-on « réussir le passage à
la nouvelle ère nucléaire ? C'était le titre
d'un point de vue de Bernard Kouchner dans « Les Echos »
du 29 avril 2008. Il y témoignait d'une ignorance, réelle
ou simulée, des questions énergétiques et
nucléaires, et d'une condescendance vis-à-vis des
pays partenaires, inquiétantes au vu de la gravité
du sujet.
Qu'on en juge.
« Il y a trente ans, la France fit le choix du nucléaire.
C'était le prix de son indépendance, celui de sa
prospérité, celui de sa liberté. »
Belle erreur ! En termes de sécurité énergétique,
tant économique que géopolitique, la contrainte
majeure est la dépendance pétrolière. Or
la consommation de pétrole par habitant de la France atteignait
1,48 tonne en 2006, autant qu'en Allemagne (1,49 tonne), plus
qu'en Grande-Bretagne (1,41 tonne) et que la moyenne de l'Union
européenne (1,36 tonne), qui n'ont pourtant pas choisi
le « tout-nucléaire ». L'autonomie vantée
par l'auteur est aussi une illusion. Les produits pétroliers
représentent 50 % de la consommation d'énergie finale
de la France, loin devant l'électricité (21 %).
Et si celle-ci est à 70 % d'origine nucléaire, n'oublions
pas que la totalité de l'uranium naturel, qui est la source
de cette énergie, est importée.
Sur la question de la prolifération, l'argumentation est
a priori plus subtile. Les technologies de l'enrichissement de
l'uranium en isotope 235 et du retraitement du combustible irradié
avec production de plutonium sont à la base d'un programme
militaire. La solution : s'assurer que le pays qui voudra développer
un programme civil n'ait pas accès à ces technologies
et que le combustible nucléaire soit « géré
» par une « banque du combustible ». Mais le
grand argument utilisé par les promoteurs du nucléaire,
repris au début de l'article de Bernard Kouchner, a depuis
toujours été l'« indépendance ».
Cela signifie qu'un pays qui veut se doter d'un programme nucléaire
civil doit se doter d'une industrie autonome du combustible. Si
celui-ci dépend d'une ou de plusieurs puissances étrangères,
l'indépendance disparaît.
Certes, le retraitement des combustibles irradiés et la
production du plutonium n'ont rien d'obligatoire pour produire
de l'électricité d'origine nucléaire. La
plupart des pays s'en passent. Un traité international
interdisant cette technologie serait déjà un progrès
considérable vis-à-vis des risques de prolifération
comme de détournement d'une matière fissile extrêmement
dangereuse. Par contre, l'enrichissement est une nécessité
si l'on développe des réacteurs à eau ordinaire
et uranium enrichi (filière la plus courante et dont l'EPR
est le dernier avatar). C'est sur ce point que la propagande développée
par le ministre des Affaires étrangères aboutit
à une impasse, évidente dans le cas de l'Iran et
applicable aux autres « clients » potentiels, surtout
s'ils ne sont pas signataires du traité de non-prolifération.
Qui veut développer un programme civil avec ce type de
réacteur se doit de développer un programme d'enrichissement
au nom de sa prétendue indépendance énergétique.
Il peut alors enrichir l'uranium à des fins militaires
le jour où il en prend la décision.
Que dire maintenant des politiques énergétiques
qui permettent le développement économique et social
tout en réduisant les contraintes de la sécurité
énergétique et du réchauffement climatique
? Tout le monde s'accorde aujourd'hui, l'Agence internationale
de l'énergie et l'Union européenne les premières,
à reconnaître que la priorité des priorités
est la mise en oeuvre dans tous les secteurs d'activité
d'une politique d'efficacité énergétique
beaucoup plus ambitieuse qu'elle ne l'est aujourd'hui. Les gains
potentiels sur la consommation d'énergie sont considérables
et c'est là que se situe la plus grande ressource énergétique.
Ensuite, et c'est particulièrement vrai pour les pays du
pourtour méditerranéen, vient le développement
des énergies renouvelables : biomasse (chaleur et biogaz),
éolien, solaire.
Quant à la rationalité économique, parlons-en
! Les investissements nucléaires sont très lourds
(construction des centrales, gestion des déchets, démantèlement
des installations). La sûreté nucléaire (prévention
des accidents) demande un effort colossal de contrôle et
de surveillance. Les durées de construction sont très
longues par rapport à celles des autres technologies et
les besoins d'eau de refroidissement considérables. Enfin
les puissances unitaires très élevées, de
1.000 à 1.600 mégawatts, ne sont souvent compatibles
ni avec les besoins en électricité ni avec le réseau
de transport du courant. C'est le cas notamment en Tunisie, au
Maroc ou en Lybie, dont les capacités électriques
installées sont quatre fois inférieures au seuil
considéré comme économiquement raisonnable
par des hommes comme Jean Syrota, pourtant favorables au nucléaire.
La technologie serait, de plus - et pour longtemps -, presque
totalement importée au prix fort (on ne voit pas pourquoi
les « fournisseurs » du nucléaire ne profiteraient
pas de la montée des prix de l'énergie). Bref, voilà
un marché de dupes, drapé dans les voiles bien commodes
du « développement durable ».
*BENJAMIN DESSUS est coauteur du rapport au Premier ministre
« Etude économique de la filière nucléaire
» (Commissariat général du Plan, 2000).
BERNARD LAPONCHE est docteur ès sciences en physique
des réacteurs nucléaires, expert en politiques énergétiques.
Les Echos, 19/5/2008:
Transformer un fiasco industriel en succès financier n'est jamais une sinécure. Mais là où l'Hexagone a échoué avec le Concorde, le Royaume-Uni pourrait bien réussir avec ses vieilles centrales nucléaires. Parce qu'ils ont toujours refusé aux Français le monopole des Lumières, les Anglais sont finalement parvenus à susciter l'intérêt d'autres électriciens européens qu'EDF, jusqu'ici le seul à s'être manifesté pour reprendre British Energy. L'entrée de RWE et de Centrica, voire d'E.ON, dans la course, risque évidemment de faire monter les prix pour l'unique opérateur nucléaire britannique. Cependant, il est peu probable que ces enchères suivent la pente ascendante de son cours de Bourse, qui a gagné 25 % depuis la mise en vente par l'Etat de sa participation minoritaire. Malgré leur envie de prendre part à la relance de l'énergie atomique outre-Manche, les prétendants éviteront d'aller très au-delà des 680 pence par action déjà dépassés par deux offres, alors qu'à partir de 650 pence, selon Lehman Brothers, aucun d'entre eux ne parviendra à rentabiliser le capital immobilisé. Car, outre les 13,6 milliards minimum qu'il faudra quand même débourser pour une société dont la plupart des centrales sont en fin de vie, il s'agira d'investir au moins une quinzaine de milliards pour en construire de nouvelles. Un prix élevé pour faire du neuf avec de l'ancien.
Le Nouvelliste (Suisse), 12/1/2008 :
Par ISABELLE CHEVALLEY, présidente d'Ecologie libérale
Tout le monde parle de la relance du nucléaire, mais qu'en est-il vraiment? On s'aperçoit que les prédictions du lobby nucléaire des années 70 ne se sont jamais réalisées. Aujourd'hui, ses représentants continuent de faire peur à la population sans aucune raison, et aussi longtemps que celle-ci se voilera la face et refusera de décider elle-même de son sort, ce mensonge durera.
En 1974, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) prévoyait une capacité installée dans le monde correspondant à 4450 réacteurs. La diminution rapide des ressources en uranium devait être compensée par la mise en circuit des surgénérateurs, appelés à produire plus de plutonium qu'ils n'en consomment, et devenir donc une source inépuisable d'électricité bon marché. En 1977, André Giraud, alors patron du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), voyait se profiler une crise énergétique «en tout cas avant la fin du XXe siècle», à moins que les programmes nucléaires ne soient nettement accélérés. Il ajoutait qu'il y aurait 540 surgénérateurs de la taille de Superphénix en service dans le monde à la fin du XXe siècle.
Aujourd'hui, trente ans après ces prédictions, la situation du nucléaire est bien différente. En 2005, le CEA dénombrait 440 réacteurs nucléaires en service dans le monde, soit moins de 10% des projections faites par l'AIEA trente ans plus tôt. Le Gouvernement français a fermé le surgénérateur Superphénix, qui a quand même coûté la somme de 10 milliards d'euros à la France pour ne jamais fonctionner. Aucun surgénérateur au plutonium de taille industrielle n'est en service dans le monde.
Fin 2003, la Finlande décidait de construire un prototype EPR. Depuis cette date, aucun nouveau réacteur nucléaire n'a démarré en Europe alors que dans le même temps huit réacteurs ont été définitivement arrêtés. La dernière commande américaine date de 1973, aucune construction de centrale nucléaire n'ayant été entreprise depuis lors.
Dans le monde, pas plus de 34 réacteurs sont actuellement en cours de construction. Certains d'entre eux sont «en construction» depuis plus de quinze ans et on ne sait pas si ils seront terminés un jour.
La plupart des études faites sur la rentabilité du nucléaire (incluant celles relevant d'organismes officiels, comme le Massachusetts Institute of Technology ou le Britain's Royal Institute of International Affairs) concluent que de nouvelles centrales construites par le secteur privé, avec des actionnaires assumant tous les risques, ne seraient pas rentables sans subventions.
La relance du nucléaire n'est qu'une poudre aux yeux des personnes qui ne veulent pas prendre la seule solution qui s'impose: arrêter de gaspiller l'énergie et passer aux énergies renouvelables !
Enerpresse, 11/1/2008:
Mettant fin à deux décennies de suspense, Londres a enfin confirmé son soutien à l'énergie nucléaire. Dans une déclaration faite, jeudi matin, à la Chambre des Communes, le secrétaire à l'Industrie a indiqué que le gouvernement britannique souhaite la construction de nouveaux réacteurs. «De nouvelles centrales nucléaires devront jouer un rôle dans le mix énergétique du futur», a affirmé John Hutton.
Claire, cette mise au point ne règle pas tout. Car la décision est loin de recueillir l'adhésion de tous. Trois des quatre candidats à la mairie de Londres ont pris position contre le programme électronucléaire. Tout comme le parti Libéral-démocrate, bon nombre d'élus travaillistes et écossais.
Seuls les Conservateurs soutiennent, sans état d'âme, l'électronucléaire. A condition qu'il ne coûte rien aux contribuables. Or, rien n'est moins sûr. Car, si les électriciens jurent leurs grands dieux qu'ils sont prêts à assumer les coûts de construction de 4 à 10 réacteurs, nul ne sait aujourd'hui quelles seront les règles (et donc le prix à payer) du démantèlement et de la gestion des combustibles usés. Bien sûr, le gouvernement britannique a prévu de faire rapidement voter un paquet énergétique qui devrait fournir le cadre réglementaire idoine. Mais cette nouvelle bataille d'Angleterre n'est pas encore gagnée.
Sans surprise, Greenpeace a annoncé qu'elle combattrait par tous les moyens la relance du nucléaire. Or, l'organisation écologiste a déjà obligé l'administration Blair à refaire sa concertation publique. Autre source d'inquiétude : le manque de compétences nucléaires au Royaume-Uni. Le Nuclear Installations Inspectorate manque déjà de personnel pour instruire correctement les demandes de licence présentées par les concepteurs de réacteurs. Et des années de mauvais résultats de British Energy et de son parc n'ont pas incité les jeunes ingénieurs à se tourner vers le secteur.
Autre soucis en perspective
: la découverte du pantouflage nucléaire de deux
anciens ministres de Tony Blair. Ian McCartney (ancien ministre
du Commerce) et Richard Caborn (ancien ministre des Sports) sont
sous le coup d'une enquête parlementaire après avoir
été embauchés par Fluor et Amec : deux entreprises
qui jouent déjà et joueront plus encore dans les
années qui viennent un rôle central dans le renouveau
du nucléaire outre-Manche.
Le Monde, 23/11/2007:
Une "renaissance" de l'énergie nucléaire, vraiment ? Aux certitudes inébranlables des partisans de son grand retour après l'"hiver de Tchernobyl" répondent les mises en garde de plus en plus nombreuses - pro et antinucléaires mêlés - contre cet excès d'optimisme. Le groupe des Verts au Parlement européen vient de se joindre au concert des sceptiques.
Il a publié, mercredi 21 novembre, un rapport (www.greens-efa.org) soulignant les obstacles à son développement et la contribution "négligeable" de l'atome à la lutte contre le réchauffement climatique - oubliant que les 440 réacteurs actuels permettent d'éviter le rejet de 2 milliards de tonnes de CO2 par an (9 % des émissions mondiales).
[Lire:
Réchauffement climatique:
- Pas de certitude
scientifique sur le climat
Il faut rappeler que la preuve scientifique n'a pas besoin de
l'unanimité pour exister... La difficulté avec la
question du réchauffement est que s'opposer à sa
cause plébiscitée peut être perçu comme
un soutien à la pollution, ce qui est évidemment
faux.
- Nucléaire: L'escroquerie du discours sur l'effet de serre
L'année la plus chaude du XXe siècle ? Réponse 1934
- Des fraises à Noël à Liège en 1116 et des figuiers à Cologne vers 1200... (en PDF), La Recherche n°321, juin 1999
- L'élevage contribue beaucoup au réchauffement climatique...
On ne sortira pas du nucléaire
sans
les centrales à charbon, fioul, gaz
- Yves Lenoir dénonce le discours catastrophiste sur l'évolution du climat (Note de lecture, voir la préface de son livre)
- Les prophètes de l'été carbonique, (dossier en PDF 2,3 Mo, Science
et Vie n°827, août 1986), il faut se rappeler que
10 ans avant certains climatologues prédisaient une nouvelle
aire glaciaire à cause des activité polluante de
l'homme, lire: Le temps change, cycle ou accident ? (Science & Vie n°708,
septembre 1976), Vers une nouvelle ère glaciaire ? (Sciences & Avenir n°337,
mars 1975)
- Vers un refroidissement de l'Europe ? (en PDF), La Recherche n°295 février
1997
- Les pôles fondent-ils ?
(en PDF, 1,5 Mo), La Recherche n°358, novembre 2002]
Le document n'est pas un de ces brûlots signés par quelque nostalgique des luttes de Plogoff et Creys-Malville. Il n'insiste pas sur la question des déchets radioactifs, le risque d'attentat contre les centrales ou la menace de prolifération qui s'accroît avec le nombre de pays nucléarisés (31 actuellement).
Non, chiffres et déclarations de dirigeants du secteur à l'appui, ses auteurs préfèrent souligner le caractère virtuel des perspectives radieuses tracées par le "lobby nucléaire". Ainsi faudrait-il mettre 290 réacteurs en service d'ici à 2025 pour compenser la fermeture des centrales actuelles après quarante ans d'exploitation. Un tous les mois et demi jusqu'en 2015. Et un tous les dix-huit jours au cours de la décennie suivante, comme dans les années 1980.
Un pari intenable. Victime de goulets d'étranglement, l'industrie ne pourra pas répondre à un tel plan de charge. Une seule aciérie (au Japon) est capable de forger l'une des pièces maîtresses du coeur du réacteur.
Plus grave, le manque de techniciens et d'ingénieurs ne permettra pas de construire, d'exploiter et de contrôler autant de centrales. Après deux décennies d'abandon de la formation, les forces vives ont vieilli : 8 % des salariés du nucléaire ont moins de 32 ans ; en 2015, 40 % des agents des centrales EDF seront partis à la retraite.
Restent les financiers. Avec la dérégulation des marchés de l'électricité, ils jugent les investissements plus risqués et redoutent de mauvaises surprises sur des projets longs (certification des réacteurs, permis de construire...) et très coûteux (3 milliards d'euros pour un EPR).
L'agence de notation Standard and Poor's a
récemment pointé les risques : retards de la construction,
dérive des coûts, contrats insuffisamment sécurisés...
Sa consoeur, Moody's, qui est très prudente sur la renaissance
du nucléaire américain, a invité banquiers
et électriciens à ne pas les "sous-estimer"
et a prévenu que les coûts de production de l'électricité
nucléaire seront "sensiblement plus élevés"
que les prix communément admis.
Les Echos, 21/11/2007 :
La renaissance du nucléaire promet d'être difficile, souligne un rapport présenté aujourd'hui devant les parlementaires européens à Strasbourg et réalisé pour le groupe des Verts (1). Premier constat : le nucléaire fait pour l'instant du surplace. Sur la période 2004-2007, le nucléaire a représenté à peine 1,5 % des capacités électriques supplémentaires installées dans le monde.
Dans cette conjoncture, les opérateurs nucléaires ont-ils raison d'annoncer des jours meilleurs ? En passant en revue les diverses prospectives disponibles, Mycle Schneider et Antony Frogatt, deux consultants connus pour leur défiance à l'égard du nucléaire, constatent que les taux de croissance envisagés vont de 415 gigawatts (GW) installés en 2030 pour le scénario le plus pessimiste à 833 GW pour le plus optimiste.
Sachant qu'il faudrait remplacer 250 réacteurs d'ici à 2050, sur la base d'une durée de vie de 40 ans par réacteur, ils jugent ces scénarios optimistes. Pour atteindre 700 GW en 2030, l'industrie nucléaire devrait retrouver pendant des décennies le rythme de croissance des années 1980. A cette époque, un réacteur nucléaire était mis en route tous les 17 jours dans le monde. Impossible aujourd'hui, soulignent les auteurs en relevant les obstacles financiers, les problèmes d'acceptation du public et surtout le manque de plus en plus grave de personnel et de formation.
Et de citer Art Stall, en charge de la division nucléaire de la société électrique Florida Power & Light, dont 40 % des effectifs dans les centrales nucléaires vont arriver à la retraite et qu'il ne parvient pas à remplacer. Chez EDF, en France, 40 % des équipes des centrales seront à la retraite d'ici à 2015. Depuis l'an passé, EDF comme Areva font des efforts énormes pour embaucher des ingénieurs, mais la tâche est ardue. Seuls 50 diplômés sortent chaque année de l'Institut des sciences nucléaires et techniques.
Aux Etats-Unis, 65 universités dispensaient des programmes pour former des ingénieurs nucléaires dans les années 1980. Aujourd'hui, elles ne sont plus que 29. En Europe, au Royaume-Uni, il n'existe plus aucun cours nucléaire au niveau de la licence, et en Allemagne, les sciences nucléaires ne sont plus enseignées que dans 10 universités, contre 22 en 2000. Le directeur de l'Institut de sûreté nucléaire allemand parle d'ailleurs d'une réelle menace pour la sûreté des installations nucléaires.
Dans l'industrie, le nombre de bureaux d'études et de sous-traitants a lui aussi fondu depuis les années 1980. « En conclusion, une relance du nucléaire sera tout sauf simple et donc, d'ici à 2030, l'apport de l'industrie nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique sera négligeable », conclut Mycle Schneider.
(1) « The World Nuclear Industry Status Report 2007 ». Le rapport est téléchargeable sur le site des Verts au Parlement européen : www.greens-efa.org