Mine d'uranium au Niger.





Niger: libération de quatre Français du groupe nucléaire Areva

25/6/2008 - Les quatre cadres français du groupe nucléaire français Areva enlevés dimanche par des rebelles touareg du MNJ ont été libérés et remis mercredi au Comité international de la Croix Rouge (CICR), a annoncé un porte-parole de l'organisation humanitaire. "Le groupe des quatre Français, ainsi qu'un Nigérien qui avait été enlevé auparavant, ont été remis au CICR dans l'Aïr", dans le nord du Niger, a déclaré M. Marçal Izard. La remise des cinq otages devait initialement avoir lieu jeudi mais a été avancée d'une journée, a précisé le porte-parole. "Cela explique que l'équipe (du CICR) ne soit pas encore rentrée à Agadès", a-t-il dit en ajoutant qu'elle devrait arriver vendredi matin dans la capitale du nord du Niger

 


Niger: quatre Français enlevés, promesse de libération avec un message pour Areva

22/6/2008 - Quatre cadres français travaillant pour le groupe nucléaire français Areva au Niger ont été enlevés dimanche par un mouvement rebelle touareg qui souhaite faire passer "un message" à la direction du groupe pour "faire pression" sur les autorités de Niamey. Les quatre hommes ont été enlevés apparemment sans violence par un commando du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), un mouvement apparu début 2007 dans le nord du pays et qui affirme se battre pour les populations locales afin d'obtenir une plus grande part des revenus générés par l'uranium extrait dans la région. Le MNJ réclame également plus d'emplois pour les touareg. Joint au téléphone par l'AFP, le chef du MNJ, Agali Alambo, a déclaré que les quatre hommes seront libérés sans négociations "avec un message pour la direction d'Areva" pour "faire pression" sur le gouvernement nigérien afin qu'il se décide à résoudre la crise touareg. "Nous voulons faire passer le message qu'il est impossible de faire quoi ce soit en matière de prospection et d'exploitation avant la résolution des problèmes dans le nord du pays", a expliqué le chef du MNJ. "Nous ne sommes pas contre Areva, ni contre aucune autre compagnie étrangère", a-t-il affirmé. Selon le chef du MNJ, les quatre hommes, dont les identités n'ont pas été révélées, ont été enlevés "sans un coup de feu et en pleine ville d'Arlit (nord du Niger et "capitale" de l'uranium) alors qu'ils faisaient un jogging". "Ils sont en bonne santé et sont arrivés à notre camp. Nous ne demandons rien pour leur libération, il n'y aura pas de négociation", a-t-il précisé. Agali Alambo, qui devait rencontrer les quatre otages, n'exclue pas qu'ils soient libérés rapidement, "peut-être ce soir", via des contacts avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ou l'ambassade de France à Niamey, "mais pas les autorités nigériennes". "Ils rentreront chez eux sans aucun problème avec notre message", a-t-il assuré. Depuis son apparition il y a un an et demi, le MNJ a mené plusieurs attaques contre des positions militaires dans le nord du pays, et a attaqué plusieurs fois des installations d'Areva, notamment le site géant d'Imouraren. Le MNJ avait également enlevé en juillet 2007 un cadre d'une société chinoise de prospection, la China Nuclear Engineering and Construction Corporation (CNEC), avec le même message: pas d'activité dans le nord tant que la question touareg n'aura pas trouvé de solution positive à ses yeux. Après cet enlèvement, la CNEC avait évacué le site de Teguidan Tessoumt (nord du Niger), où elle prospectait l'uranium. Le président Tandja, malgré des appels au dialogue notamment de députés, refuse toute négociation avec le MNJ dont il qualifie les chefs de "bandits et trafiquants de drogue". Numéro un mondial du nucléaire civil et premier employeur privé du Niger, Areva exploite depuis 40 ans deux gisements, l'un à ciel ouvert à Arlit et l'autre souterrain à Akokan, près d'Arlit, qui ont produit en 2006 près de 2.260 tonnes d'uranium, et bientôt celui d'Imouraren. A la mi-janvier, Le Niger et Areva avaient scellé à Niamey un partenariat sur l'exploitation et l'achat de l'uranium, mettant un terme à près de huit mois de crise engendrée par un présumé soutien de la compagnie à une rébellion touareg. Numéro un mondial du nucléaire civil, Areva avait affirmé fin janvier "n'être l'ennemi de personne".

 


Le Niger déterminé à tirer davantage profit de la vente de l'uranium

9/6/2008 - Le ministre nigérien de la Communication, Ben Omar, a qualifié de ''révolutionnaire'' la décision du président Mamadou Tandja de ''ne plus vendre comme avant les ressources minières du pays''

Intervenant lundi à Dakar, lors d'une rencontre avec les ONG et la société civile sénégalaise, dans le cadre d'une visite officielle, il a indiqué que " désormais le gouvernement du Niger a décidé que nous devons aussi profiter du prix de la vente de l'uranium sur le marché mondial''. ''C'est une question de souveraineté, et nous avons décidé que dorénavant, c'est à prendre ou à laisser'', a indiqué Ben Omar, ajoutant la question de l'énergie est ''essentielle au développement économique de l'Afrique''. ''Nous partons sur des bases faussées et nous ne pouvons concurrencer les pays du Nord qui ont démocratisé et institutionnalisé leur secteur énergétique'', a-t-il estimé. ''Il y a des possibilités qui s'offrent à nous, il suffit juste d'avoir la volonté politique'', a-t-il par ailleurs indiqué. Le Niger, a rappelé Ben Omar, est le troisième producteur mondial d'uranium, (aprés le Canada et l'Australie) '' même si ce n'est que de nom, du fait qu'il n'exerce pas un réel contrôle sur ses ressources minières''. Revenant sur le sens de la rencontre, il a affirmé ''que quelque chose de révolutionnaire est entrain de se passer aujourd'hui dans ce pays d'Afrique sahélien''. L'uranium est la principale ressource minière du Niger. La société civile de ce pays s'organise pour demander plus de transparence dans l'exploitation et plus de retombées pour les populations. En janvier dernier, le groupe nucléaire français AREVA a décidé de revoir à la hausse le prix d'achat de l'uranium de 50 pour cent assortie d'une augmentation de la production uranifère de 5.000 tonnes par an. Cette décision a permis d'apaiser la tension entre Niamey et ce groupe, soupçonné de soutenir l'insécurité qui sévit dans le nord du pays. Le prix de la livre d'oxyde d'uranium nigérienne, qui est passé de 22 à 32 dollars l'an dernier, va franchir la barre des 40 dollars avant une nouvelle augmentation l'an prochain. L'accord signé entre le groupe français et le Niger prévoit également l'investissement de plus d'un milliard d'euros dans la mine d'uranium d'Imou-Araren, située dans le nord du Niger. Cette mine " constituera le plus grand projet industriel minier jamais envisagé au Niger, le plaçant au deuxième rang mondial avec une prévision de production de près de 5.000 tonnes d'uranium par an, indique-t-on. Ce projet minier va permettre la création de 1.400 emplois permanents et de très nombreux emplois induits, le groupe voulant confirmer ainsi sa position d'opérateur minier au Niger pour les prochaines années. Le Niger a adopté en 2006 une loi minière qui préconise la diversification des partenaires. Elle a permis à Niamey d'octroyer quelque 125 permis à des compagnies françaises, chinoises, canadiennes, australiennes, américaines et sud-africaines. La diversification des partenaires décidée à la mi-2007 par les autorités de Niamey dans l'exploitation des ressources minières, a eu pour effet direct de casser le monopole du groupe français AREVA, qui exploite depuis 40 ans l'uranium nigérien dans le nord du pays. En vertu de la nouvelle loi minière adoptée en août 2006, le gouvernement nigérien s'engage à rétrocéder une part de 15 pour cent aux populations des communes concernées par l'exploitation minière. Les autorités nigériennes se sont également engagées, depuis 2005, dans le processus mondial pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), proposée en 2002 par le Premier ministre britannique, Tony Blair, au Sommet mondial sur le développement durable.

 


Rassemblement devant le siège d'Areva sur l'exploitation au Niger

27/5/2008 - Une vingtaine de membres du collectif "Areva ne fera pas la loi au Niger" se sont rassemblés mardi devant le siège du groupe français pour protester contre les conditions d'exploitation de l'uranium nigérien. Certains manifestants étaient vêtus de combinaisons anti-irradiation, d'autres figuraient des journalistes baillonnés. Un touareg représentait les populations du nord du Niger, victimes des violences entre l'armée et la rébellion et de l'exploitation minière, selon les manifestants. Le collectif dénonçait notamment la tenue vendredi à Agadez, au nord du Niger, d'une "audience publique" d'Areva sur l'étude d'impact concernant son nouveau projet minier à Imouraren. Or, suite au déclenchement d'une rébellion armée en 2007, l'état d'exception est décrété sur la région, les ONG sont interdites et la presse muselée, fait valoir le collectif, qui n'a pu accéder ni à la réunion, ni à l'étude d'impact. "Areva profite de cette situation : qui osera dans un tel contexte venir exprimer son désaccord avec le projet du géant nucléaire qui agit en toute impunité avec la bénédiction du pouvoir central nigérien?", relève le communiqué du collectif (Attac, LCR, les Verts, Sortir du nucléaire, etc). Les associations réclament notamment la dépollution des sites déjà exploités et une expertise indépendante. Le Niger est le troisième producteur mondial d'uranium mais aussi l'un des pays les plus pauvres du monde.

 


Niger: l'armée décidée à mater la rébellion, mène des offensives d'envergure

23/5/2008 - Déterminée à mater la rébellion touareg active depuis début 2007, l'armée nigérienne s'est lancée dans des offensives d'envergure depuis deux mois et affirme avoir tué jeudi 11 rebelles touareg dans le nord. Ce regain d'activité intervient alors qu'au Mali voisin la situation s'est gravement détériorée dans le nord où des affrontements entre l'armée et des rebelles touareg ont fait 32 morts mercredi, le bilan le plus lourd depuis plusieurs années dans cette région frontalière de l'Algérie où Bamako peine à imposer son autorité. Le ministère nigérien de la défense a annoncé vendredi que ses troupes avaient lancé la veille une offensive contre des bases du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), et que les opérations de ratissage se poursuivaient. "D'importantes quantités" d'armes, de munitions et de mines antichar ont été saisies dans une base du MNJ dans la zone d'Iférouane", indique le ministère selon lequel aucune perte n'est à déplorer du côté de l'armée. C'est la deuxième opération d'envergure après celle de mars durant laquelle onze rebelles et cinq soldats ont été tués, dont trois par une mine, selon un bilan officiel. Selon une source militaire qui a requis l'anonymat, cette nouvelle opération vise à sécuriser le nord d'où le Niger tire une bonne partie de ses ressources grâce à l'uranium dont il est le troisième producteur mondial. Récemment Niamey a d'ailleurs délivré une centaine de permis d'exploitation et de prospection d'uranium et de pétrole. Face à cette situation, l'armée a renforcé ses effectifs dans le nord avec de nouveaux armements, notamment des blindés achetés en Chine ainsi que des engins démineurs. Elle dispose également de drones de reconnaissance fournis pas la France. Le président Mamadou Tandja, qui refuse toute négociation avec le MNJ, dont les chefs sont qualifiés de "bandits" et de "trafiquants de drogue", a d'ailleurs reconduit vendredi pour trois mois la mesure qui renforce les pouvoirs de l'armée dans la zone. Les +bandits armés+ sont en débâcle, ils ne contrôlent rien dans la zone", a récemment affirmé Mohamed Ben Omar, porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication. Le MNJ, qui détient au moins six soldats depuis la mi-mai ainsi qu'un militant des droit de l'Homme soupçonné par le MNJ de fournir des armes à l'armée, n'avait pas réagi vendredi à ces annonces. Ce renforcement des opérations militaires s'est par ailleurs accompagné d'accusations d'ONG locales et internationales qui dénoncent des exactions et des exécutions sommaires de civils. Pour M. Ben Omar il s'agit en fait de "combattants touareg" qui se mêlent à la population. L'interdiction faite aux journalistes de se rendre dans le nord depuis août 2007 rend très difficile toute vérification. ll est en revanche avéré que les populations des zones de conflit sont confrontées à des pénuries alimentaires et que les déplacements sont dangereux du fait de mines antichar. Les cultures maraîchères sont paralysées, les écoles tournent au ralenti tandis que les ong internationales ont cessé toute activité. Des députés se sont récemment alarmés du fait que cette crise, si elle venait à se poursuivre, pourrait compromettre la tenue d'élections générales en 2009 ainsi que la stabilité du pays.

 


Politis, 10/4/2008:

La guerre oubliée de l'uranium

Au Niger, l'exploitation de mines d'uranium par la multinationale Areva est contestée. Un collectif dénonce de graves pollutions dans la région du Nord, également plongée dans un conflit politique qui s'enlise.

Issouf Ag Maha est touareg. C'est le maire de Tchirozérine, une petite commune minière située entre Agadez et Arlit, au nord du Niger. Depuis juillet 2007, « l'homme bleu » n'a pourtant plus le droit d'y mettre les pieds. Exilé en Normandie, où il espère obtenir l'asile politique, il entend défendre le peuple touareg dans la «guerre oubliée des médias» qui oppose l'armée nigérienne et les rebelles touaregs.

Pour l'instigateur du collectif Tchinaghen, créé juste après l'instauration de l'état d'urgence en août dernier, la cause des malheurs du Niger, c'est d'abord son sol. Ou plutôt ses sous-sols, qui regorgent d'une denrée précieuse : l'uranium. «L'installation des miniers sur nos terres menace l'écosystème, explique-t-il, mais aussi l'existence des populations qui y vivent. Nous, Touaregs, sommes considérés comme les derniers gêneurs car nous résistons à la spoliation de nos terres par les géants du nucléaire.» (Voir le dossier d'information en PDF du collectif Tchinaghen)

Àla tête de ces géants, se trouve l'une des plus puissantes entreprises françaises, Areva. Il y a quarante ans déjà, le leader mondial de l'énergie nucléaire s'était implanté sur le site d'Arlit pour en extraire le « Yellow Cake ». Cette poudre jaune issue de la transformation du minerai d'uranium, devenu, en ces temps de pénurie de pétrole, une véritable mine d'or. Mais les conditions de son exploitation via la Somaïr et la Cominak, les deux filiales d'Areva, sont aujourd'hui plus contestées que jamais. Au point que, le 23 janvier, en marge du Forum économique mondial de Davos, Areva s'est vue remettre le prix «Public Eye Award» consacrant la «multinationale la plus irresponsable de l'année» pour son comportement au Niger.

La liste des griefs notifiés à l'entreprise est longue. En décembre 2003, l'équipe de la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad) atterrit à Niamey, la capitale nigérienne, pour réaliser une étude sur la radioactivité à la demande de l'ONG Aghir In'man. Malgré la confiscation par les douaniers de ses appareils de mesure de la radioactivité, le laboratoire dresse un compte rendu édifiant. Et ne cesse, depuis, de tirer la sonnette d'alarme.

La Criirad [1] épingle ainsi les ferrailles contaminées et remises en vente sur les marchés, les dizaines de millions de tonnes de résidus radioactifs non confinés, les rejets des gaz radon hautement radioactifs, la pollution des eaux distribuées par les compagnies minières aux populations, etc. Sans même parler des risques de sécheresse, du fait des masses d'eau prélevées par les usines dans la nappe fossile ? et donc non renouvelables. «Malgré nos alertes, Areva n'a reconnu la véracité d'aucune de nos constatations, souligne Bruno Chareyron, responsable du dossier Niger à la Criirad. Mais il semblerait qu'en cachette, les responsables agissent.»

Certains observateurs concèdent ainsi quelques améliorations des conditions de travail des salariés à l'intérieur des mines d'uranium : «J'ai visité les mines dans les année 1970, se souvient le journaliste-photographe Bernard Desjeux. À l'époque, les employés avaient pour seule protection un chèche devant le nez. Aujourd'hui, ils portent des masques, ils semblent mieux protégés. La pollution est aussi due à l'urbanisation de la région d'Arlit, où la ville a poussé comme un champignon sur ce qui était jadis un plateau désertique.»

Reste que, selon la Criirad, l'exposition sur plusieurs décennies des Nigériens à de petites doses radioactives pourrait entraîner de graves pathologies. Même si, faute de données, nul ne sait quelles seront les conséquences de ces « négligences ». «Le comportement inconséquent des miniers n'est pas nouveau, reconnaît Alain Joseph, hydrologue et ancien professeur à Niamey. Cela dit, en entravant la mise en oeuvre d'études correctes, Areva montre une mauvaise volonté certaine, alors qu'elle a l'argent pour changer les choses ! »

Ces accusations n'ont pourtant pas empêché la multinationale de renforcer son implantation au Niger, notamment en s'emparant de l'immense gisement d'Imouraren. Elle vient ainsi d'engager un accord de partenariat avec le pétrolier Technip pour investir dans des projets d'exploitation qui lui permettront de doubler ses capacités de production d'uranium d'ici à cinq ans.

Et au gouvernement nigérien de profiter de cette manne financière sans pour autant se préoccuper des conditions de vie de ses habitants... «Areva vient de s'installer sur ma commune, témoigne Issouf Ag Maha, qui s'est rapproché des opposants au président Mamadou Tanja. Je l'ai appris parce qu'il y a eu une fuite fin 2007 au niveau du ministère des Mines. "C'est une affaire d'État", m'a-t-on répondu quand j'ai demandé pourquoi Tchirozérine avait été morcelée sans mon accord pour délivrer des permis d'exploitation de l'uranium.»

Mais si Areva jouissait naguère d'un quasi-monopole, l'entreprise n'est plus la seule à lorgner d'un oeil avide sur sa part de Yellow Cake. Désormais, les entreprises chinoises détiennent 40 % des concessions d'uranium. Et leur comportement inquiète encore davantage... Selon Tchinaghen, près de 130 permis de recherche d'uranium ont été octroyés l'année dernière par le pouvoir central nigérien à des sociétés européennes, asiatiques, américaines et australiennes, au coeur des zones de transhumance des autochtones.

«Nous assistons à une délocalisation de la pollution du nucléaire dans une idéologie néocoloniale, enrage Stéphane Lhomme, du Réseau Sortir du nucléaire. D'autant que l'uranium commence lui aussi à manquer : aujourd'hui ce sont des guerres pour le pétrole, demain, des guerres pour l'uranium. »

Ces nouvelles attributions de sous-sols continuent par ricochet de radicaliser le discours de la rébellion touarègue, qui affirme ainsi lutter contre la mort lente de son peuple. Et le Mouvement des Nigériens pour la justice, qui regroupe les plus va-t-en-guerre d'entre eux, apparaît toujours plus offensif face aux violentes vagues de répression gouvernementales dont il est l'objet.

En France, le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » (voir encadré) vient de se constituer sur fond de frilosité politique. «Le procès unilatéral d'Areva est choquant. Évidemment, on peut toujours faire mieux, mais c'est un industriel responsable», rétorque le député UMP Michel Terrot, du groupe d'amitié parlementaire France-Niger. «Areva n'a probablement pas envie que l'opinion publique mette son nez dans ses activités, explique Anne Roussel, coordinatrice du collectif. Nous voulons politiser le débat pour que la France ouvre les yeux.» Si tant est qu'elle les ferme un instant sur ses intérêts économiques.

(1) "Areva : Du discours à la réalité : l'exemple des mines d'uranium du Niger", note de la Criirad, 30 janvier 2008.


A voir: Uranium : la Cogéma a-t-elle contaminé le Niger ? - 1ère partie - 2ème partie - par le journaliste Michel Despratx pour le Magazine «Lundi Investigation - 90 minutes » Canal +, diffusé le 25 avril 2005.

 


Le Nouvelliste, 26/3/2008: 

La face cachée du nucléaire

Par Isabelle Chevalley, présidente d'Ecologie libérale

Il est de bon ton aujourd'hui de prétendre que l'énergie nucléaire est une énergie propre. Mais c'est oublier un peu vite comment on enrichit l'uranium.

Prenons le Niger, qui compte deux mines d'uranium: l'une à ciel ouvert et l'autre souterraine. Les mineurs qui y travaillent n'ont aucune idée de ce qu'est l'uranium et encore moins de sa dangerosité. Par exemple, lorsqu'il faut transporter l'uranium jusqu'à la capitale, il était, jusqu'à l'année passée, déposé simplement à l'air libre sur le pont des camions. Il arrivait fréquemment que le chauffeur, voulant rendre service à ses amis, les embarque sur son camion.

Les dirigeants de la mine avaient aussi pour habitude d'offrir les vieilles ferrailles de la mine à leurs ouvriers. Ces derniers les revendaient aux ferrailleurs de la ville d'Arlit. Puis la transformation de ces vieilles ferrailles pouvait commencer, notamment en casseroles, cadres de fenêtre, etc. Un rapport de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité a récemment montré que ces objets étaient contaminés et avaient été vendus dans tout le pays. Cela implique des conséquences sanitaires graves pour toutes les populations locales.

Par ailleurs, pour enrichir l'uranium, il faut beaucoup d'eau. Comme les mines se trouvent en plein désert, on a puisé toute l'eau des nappes phréatiques et on s'attaque maintenant aux nappes fossiles (il faut 500 ans pour les régénérer). La région ne comporte pratiquement plus d'arbres, puisque ces derniers ne peuvent aller chercher l'eau dont ils ont besoin.

Lorsque l'on extrait de l'uranium, une part inférieure à 1% est constituée d'uranium fissile. L'enrichissement génère donc de grandes quantités de déchets, qui sont stockées à l'air libre. Ces poussières, qui contiennent encore 80% de la radioactivité, sont soumises aux vents violents coutumiers dans le désert et, du même coup, contaminent toute la région.

Comme si cela ne suffisait pas, le traitement de l'uranium nécessite de grandes quantités d'acide sulfurique. Celui-ci est produit directement sur place dans des conditions lamentables. Cette fabrication génère des pluies acides, qui ont détruit toutes la flore locale.

Lorsqu'on parle d'énergie nucléaire, il serait bon de ne pas oublier la provenance de l'uranium que l'on utilise dans nos centrales, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle.

 

 

Médiapart, 26/3/2008: 

Une tribune à l'Assemblée pour Areva

A l'Assemblée nationale, alors que les Verts organisaient mardi 25 mars une conférence de presse pour dénoncer les conditions d'exploitation des mines d'uranium au Niger par l'entreprise Areva ("spoliation des terres", "contamination de l'air et des ressources en eau", etc.), le président du groupe d'amitié parlementaire France-Niger, le député centriste Marc Vampa, a offert une tribune au spécialiste hexagonal du nucléaire. Pour contrer l'opération concoctée par l'écologiste Noël Mamère, Marc Vampa avait réservé un bureau mitoyen. Ordre du jour, d'après l'agenda officiel: "l'audition des dirigeants du groupe Areva". En fait, il a d'emblée offert le micro au porte-parole de la société, qualifiée de "partenaire durable du Niger". A ses côtés, deux députés seulement, sur une trentaine de membres inscrits au groupe : Michel Terrot (UMP), "avocat soucieux du principe du contradictoire", ayant toujours "préféré qu'Areva fasse des affaires là-bas plutôt que ses concurrents indiens ou chinois" ; et Françoise Banget (UMP), attrapée quelques secondes plus tôt dans les couloirs, muette... "L'audition" a duré une heure, sans une question de la part des élus. L'entreprise a pu dérouler son argumentaire, déployer les chiffres de ses investissements humanitaires (écoles pour enfants nomades, hôpitaux, etc.). De l'autre côté du mur, des représentants d'ONG internationales et des rebelles touaregs (le Mouvement des Nigériens pour la justice) demandaient un moratoire et lançaient une pétition intitulée: "Areva ne fera pas la loi au Niger"... Quelques minutes avant la fin, Noël Mamère a fait irruption, côté parlementaires: "Areva se comporte en vautour; le nouveau contrat d'exploitation, tout juste signé avec le gouvernement nigérien, ne prévoit pas de véritables contreparties sociales ni garanties environnementales. Je m'étonne par ailleurs de n'avoir pas reçu d'invitation à cette audition, alors que je suis membre du groupe!". A la sortie, Michel Terrot s'indignait: "Ce qui est choquant, c'est qu'un député puisse inviter, dans l'enceinte même de la représentation nationale, des porte-voix d'un groupe rebelle armé". Et d'accuser son collègue Mamère de "complicité"...

 


Nord du Niger: message d'alarme d'élus touareg, qui interpellent la France

25/3/2008 - Des élus touareg nigériens ont dénoncé mardi à Paris "la situation dramatique" des populations du nord du Niger, victimes des violences entre l'armée et la rébellion et de l'exploitation minière. "Nous sommes ici pour vous apporter le message d'un peuple en détresse et pour mettre le peuple français devant ses responsabilités historiques", a déclaré Issouf ag Maha, maire de Tchirozérine (nord du Niger) lors d'une conférence de presse dans les locaux de l'Assemblée nationale en insistant sur "la responsabilité" de la France dont le groupe Areva exploite l'uranium nigérien. "Il n'y a plus de place pour les populations", victimes du conflit entre le gouvernement nigérien et la rébellion touareg, et touchées par l'exploitation minière à outrance de la région, a-t-il dit. "La France a une part de responsabilité à travers la présence d'Areva", numéro un mondial du nucléaire civil, et premier employeur privé du Niger. "Il ne s'agit pas de nous insurger contre le géant du nucléaire, mais de dire qu'on est là, qu'on existe", a-t-il dit. Rappelant que des dizaines de permis de recherche et d'exploitation ont récemment été octroyés par le gouvernement de Niamey, il a évoqué "les terres spoliées" des Touareg, et les conséquences sur l'économie pastorale de la région. "Depuis 40 ans, Areva exploite ces richesses, et depuis 40 ans, la vie n'a pas changé" pour les autochtones, a ajouté Rhissa Feltou, conseiller municipal d'Agadez (nord du Niger), en mettant aussi en garde sur les conséquences écologiques --pompage des nappes phréatiques, pollution aux phosphates et nitrates...-- de l'exploitation de l'uranium. Le député français du parti Vert Noël Mamère a pour sa part réclamé un moratoire à tout nouveau permis d'exploitation de l'uranium, et accusé Areva de "pratiquer une politique de Ponce Pilate" au Niger, en fermant les yeux sur la répression et les violations des droits de l'Homme. "Nous n'avons pas à rougir de ce que nous faisons au Niger", a répondu le porte-parole d'Areva, Jacques-Emmanuel Saulnier, qui participait mardi matin à une audition parlementaire. Insistant sur "l'investissement sociétal" --construction d'écoles, de dispensaires..-- du groupe dans le nord du pays, il a également assuré que le projet d'exploitation de l'immense gisement d'Imouraren permettrait de créer 1.400 emplois. Le Niger est le troisième producteur mondial d'uranium mais aussi l'un des pays les plus pauvres du monde.

 


A propos des mines uranium au Niger, lire:

Mines d'uranium au Niger: Un scandale nommé COGEMA

Le nucléaire, l'uranium et l' "indépendance énergétique" française

Sur le site internet de COGEMA [1] on trouve les précisions suivantes: "Le groupe COGEMA est l'un des leaders mondiaux pour la production d'uranium naturel, il en produit de l'ordre de 7 000 tonnes par an soit environ 20% de la production mondiale. (...) En France plus de 70 000 tonnes d'uranium ont été exploitées depuis 1946. Les principaux gisements se situaient dans le Limousin, le Forez, la Vendée et l'Hérault (...). Dès le début des années soixante, les équipes de prospection du groupe COGEMA ont engagé des recherches hors de France (...). Les succès les plus remarquables ont été rencontrés au Gabon (près de 27 000 tonnes d'uranium découvertes et exploitées de 1960 à 1999) et surtout au Niger (près de 80 000 tonnes d'uranium produites depuis l'origine) (...)".

L'année 1988 correspond à la production maximale des mines d'uranium en France mais à partir de cette date les fermetures de sièges miniers vont se succéder (a). Pourtant, huit ans plus tard, dans la publication CEA "Memento sur l'énergie 1996" il est indiqué au chapitre "Réserves énergétiques françaises" que le taux d'indépendance de la France vis-à-vis de l'uranium est de 100% alors que les mines françaises sont en fin de vie. Dans les publications ultérieures ce chapitre a disparu.

Notons que cette façon de voir l'indépendance de la France est parfaitement logique dans le système économique actuel. La production d'une entreprise n'appartient pas au pays où l'entreprise est implantée mais à son propriétaire. Si les mines d'uranium en Afrique ou ailleurs sont la propriété de COGEMA alors l'uranium produit est français. L'économie moderne nous a permis de récupérer des territoires coloniaux que nous avions perdus. Une façon moderne de gérer la colonisation ! Ainsi, notre soit disant "indépendance énergétique" qui serait due à l'uranium vient, en réalité, d'Afrique depuis bien des années déjà, mais aussi du Canada, d'Australie, et COGEMA développe désormais des activités minières en Asie centrale dans des républiques de l'ex-URSS (Kazakhstan et Mongolie).


La réalité Cogéma et ses mythes

Une plainte avec constitution de partie civile pour pollution, mise en danger de la vie d'autrui, abandon et dépôt de déchets concernant tous les sites miniers du Limousin a été déposée contre Cogéma en mars 1999 par l'association Sources et Rivières du Limousin, trois ans après que plusieurs associations aient dénoncé la radioactivité des eaux du Lac de St Pardoux [2]. La COGEMA, en tant que personne morale, a été effectivement mise en examen le 30 août 2002 pour "pollution, abandon et dépôt de déchets".

Comment est-ce possible ? Les habitants du Limousin et de tous les sites miniers ne doivent-ils pas être rassurés et heureux des activités menées par COGEMA - la prospection, l'activité minière et la réhabilitation après la fermeture des installations - si l'on en croit le panégyrique publicitaire de COGEMA qu'on peut trouver sur internet ? Citons quelques passages. Les activités minières Cogéma ce n'est pas seulement "Découvrir et produire" mais aussi: "Favoriser le développement durable (...) En fin d'exploitation, COGEMA réaménage les sites miniers pour les rendre au milieu naturel et maintient une surveillance sur les sites une fois réaménagés. Sans attendre la phase de réaménagement, COGEMA entreprend à chaque stade des opérations, des actions de précaution et de prévention, afin de minimiser les impacts et les risques environnementaux". "La sécurité et la santé des travailleurs, COGEMA a été pionnière dans la profession pour la protection des mineurs contre les radiations ionisantes (...)". "Les relations avec les populations locales, COGEMA est à leur écoute et contribue à la vie économique et sociale de façon adaptée à chaque situation : - Assistance médicale dans les pays ne disposant pas de système de santé publique (exemple de l'hôpital d'Arlit au Niger) (...) " Cette auto-complaisance a de quoi faire grincer les dents. Nous allons la confronter à deux réalités, celle du Limousin et celle d'Arlit au Niger.


Cogéma et les mines d'uranium en Limousin

Ne manquez pas de voir le film de Thierry Lamireau "Uranium en Limousin" en Realvideo 21Kb [3] qui raconte une autre histoire, moins triomphaliste et plus triste, de sites saccagés, d'opposants, de travailleurs malades. L'histoire racontée par un médecin, de son patient qui a ses mouchoirs toujours jaunes comme est jaune la couleur du "yellowcake" issu des traitements chimiques du minerai d'uranium (b), qui va mourir et être autopsié et dont les résultats ne seront jamais communiqués.

Les oppositions à COGEMA ont été nombreuses en Limousin comme en témoigne la dizaine d'associations [4] créées au cours des ans dans toute la région. Michèle Granier (CLADE) nous fait un bref résumé: "En Limousin, la Division Minière de la Crouzille exploite l'uranium depuis 1949. Au début des années 1970 la contestation naît dans la population et une plainte en justice est déposée lorsque les déchets et matériaux provenant du démantèlement de l'usine du Bouchet [5] en région parisienne sont déversés dans une mine à ciel ouvert, Le Brugeaud, où sont stockées les boues de concentration du minerai. (Il a été question de 40 - 50 curies de radium 226 provenant du Bouchet). Il y a eu une grande variété de luttes ponctuelles, par exemple contre les permis d'exploitation dans les secteurs miniers.

Dans les années 90 les opposants ont obtenu une pré-étude sur l'état radiologique des sites d'exploitation du Limousin, payée par les Conseils général et régional, effectuée par la CRIIRAD, association indépendante (Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité), et la société ALGADE choisie par la COGEMA. Les deux séries de mesures ont été concordantes mais pas l'interprétation des résultats ! Les conclusions de la DRIRE (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) ont été celles d'ALGADE qui dédouanent la COGEMA, en bref: l'exploitation minière n'a eu aucun impact sanitaire en Limousin. L'inertie des élus et de la population aidant, les recommandations formulées par la CRIIRAD ont été enterrées. Mais cela n'empêche pas les problèmes de refaire surface très périodiquement: réservoirs d'eau potable de la ville de Limoges contaminés par les eaux d'exhaure des anciennes mines d'uranium "abandonnées ou délaissées". Lac touristique de Saint-Pardoux faisant de la "rétention" de radioactivité dans les sédiments ; maison à taux de radon record, vendue à des particuliers par COGEMA, que Kouchner - le ministre de la santé - fait évacuer, le tout avec procès à la clé (annulation de la vente au motif que COGEMA étant "expert en la matière" a réalisé une vente en connaissance du vice caché) ; plainte déposée par Sources et Rivières du Limousin pour empoisonnement des eaux du Limousin aboutissant en 2002 à la mise en examen de COGEMA (à suivre). Plainte le 2 octobre 2002 contre l'Etat français, Ministère de l'environnement chargé des installations classées, déposée par l'ADEPAL [5] auprès de la Commission des communautés européennes au sujet de l'autorisation préfectorale accordée à COGEMA de stockage de 199 900 tonnes d'oxyde d'uranium appauvri à Bessines, dans des hangars de surface (c). (Avec la réponse récente de la CCE l'Etat a gagnéA suivre). D'autres actions ont eu lieu au cours des ans, on ne peut les citer toutes (d).


Hors Limousin

Concernant la Division minière du Forez, l'étude mandatée par le collectif des Bois Noirs, la Mairie de Saint Priest la Prugne et les élus locaux sera rendue début 2003. (A noter que la fermeture du site date de 20 ans et que c'est l'état du site et les préoccupations de santé des populations qui obligent les élus à se pencher sur le problème (mesures de la contamination du site par la CRIIRAD et SUBATECH choisi par COGEMA).

Par ailleurs la Division minière de Vendée a, elle aussi, demandé à la CRIIRAD de faire une étude qui a obligé l'industriel à reprendre certains sites. Quant à la Division de Lodève (Hérault) elle sert de vitrine de "réaménagement modèle" mais il faut noter que jusqu'à présent la contestation ne s'est pas fait entendre. Il se pourrait que s'engage le même processus que sur tous les sites visités par COGEMA".

Le scandale d'Arlit.

COGEMA soit-disant: "pionnière pour la protection des mineurs d'uranium" !
Pour illustrer les "bonnes oeuvres" de la COGEMA en Afrique, le site minier d'Arlit au Niger est exemplaire et nous donnons ci-après la traduction par Anne-Marie Chenet (Stop Nogent) d'un article de Roger Moody publié par Wise-Amsterdam le 22 avril 1982 [6] :

"Scandale de l'uranium au Niger"

"Des gamins de quinze et seize ans se font irradier dans les mines sous contrôle français au Niger. Il n'y a quasiment aucune protection contre l'inhalation de gaz radon. La main d'oeuvre, presque exclusivement des nomades Touaregs, reste totalement ignorante des effets de l'exploitation minière. La détection des radiations et les contrôles sanitaires sont inexistants."

Ce ne sont là que quelques uns des faits rapportés par un réalisateur de télévision britannique qui, avec une équipe de caméramans de l'émission Panorama (UK) ont été les premiers étrangers à visiter Arlit dans la partie nord du Niger. [Le réalisateur] Christopher Olgiati est un jeune homme grand et mince, parlant avec aisance. Il n'exprime pas de griefs particuliers contre le gouvernement militaire du Président Kountché: de fait il le défend contre l'accusation qui s'est répandue selon laquelle le gouvernement aurait permis aux Lybiens de détourner le minerai d'uranium. (Olgiati pense que c'est peut-être une désinformation qu'a fait courir la CIA).

Pour ce que j'en sais Chris Olgiati peut très bien être un défenseur de l'énergie nucléaire. Mais ce qui l'a choqué lors de sa visite durant dix jours de cette région uranifère, une des plus importantes de la planète, ce sont les conditions de vie de la main d'oeuvre locale. Et le contraste avec celles des Français qui occupent les postes de direction.

"Arlit est absolument au milieu de nulle part" m'a-t-il dit dans une interview en exclusivité. " C'est une oasis artificielle construite selon le modèle colonial. Elle a sa propre ville-dortoir avec supermarchés, courses de chevaux, produits de luxe importés de la métropole. Un incroyable choc culturel si l'on compare avec les travailleurs nomades". Selon Olgiati c'est la main d'oeuvre nomade qui vient vers la compagnie plutôt que l'inverse. Souvent les nomades ne restent pas plus d'une semaine, prennent leur paie et s'en vont. Certains ne restent qu'une journée. "C'était la grande récrimination française" dit Olgiati, "les ouvriers ne font juste que passer".

"Il va de soi que les Français n'informent pas les indigènes qu'ils travaillent dans les mines les plus dangereuses du monde, ils n'entendent jamais parler de mesures dosimétriques des rayonnements et un suivi sanitaire quel qu'il soit est impensable".

"Un sympathique directeur d'Arlit nous a concédé que les nomades travaillaient dans l'ignorance absolue de ce qui pouvait leur arriver dans vingt ou trente ans". Il y a de grandes mines souterraines à Arlit que l'équipe de la télévision a visitées: "une journée sous terre était plus qu'assez" a commenté Olgiati. "Le renouvellement d'air semblait correct mais le bruit du forage était insupportable. Je n'ai vu personne porter de masque. Les mineurs remontent des galeries en fin de journée recouverts de poussière radioactive de la tête aux pieds". Arlit n'est pas la seule mine d'uranium du Niger mais elle a été la première et elle reste la deuxième en importance. La production commerciale a démarré en 1971 - la production a été de 1900 tonnes en 1980. La teneur moyenne en uranium est actuellement de 0,25% mais en 1978 elle atteignait les 3%. Si l'on se réfère au terrible taux de mortalité parmi les mineurs des mines de Kerr McGee dans les années 50-60 (et leurs conditions de travail étaient probablement meilleures qu'ici) cela signifie que les Français ont signé l'arrêt de mort de milliers de Nigériens dans les années à venir.

Seulement le tiers du consortium SOMAIR d'Arlit appartient au gouvernement nigérien. La COGEMA (filiale du CEA, Commissariat à l'énergie atomique) en détient 27% tandis que la société IMETAL en détient aujourd'hui 19% à travers la compagnie française MOKTA. L'autre géant français de l'uranium MINATOME détient 8% des actions. Des parts moindres sont détenues par Urangesellschaft (6,5%) ouest-allemande et la société italienne AGIP (6,5%) (e). Mais la direction est solidement tenue par les Français. "J'ai eu l'impression d'être en première ligne" dit Olgiati. "Arlit est très important pour les Français. Ils ont une station émettrice très puissante qui communique directement avec la France et ils ont littéralement haï qu'il y ait une équipe de télévision ici". L'uranium du Niger est non seulement indispensable au programme électronucléaire massif de la France mais aussi à sa production d'armement (...). L'uranium est transporté vers le monde extérieur par camions vers le Bénin et aussi vers la Lybie par Agadez à 250 km au sud-est d'Arlit où l'avion prend la relève. Chaque convoi est gardé sévèrement mais des accidents et des déversements de "yellowcake" sont chose courante. "Il y a toutes sortes d'histoires qui circulent au sujet de déversements d'uranium hors des camions et qui contaminent les réserves d'eau" dit Olgiati.

Cependant, le plus grand danger est la mine elle-même. Ici, des gens parmi les plus pauvres de la planète travaillent dans un environnement parmi les plus mortels qui soient pour fournir l'énergie aux norias de trains mus à l'électricité des nations les plus riches et alimenter leurs bombes en combustible. Ils sont maintenus dans l'ignorance totale des conséquences de leur travail et lorsqu'ils mourront leur corps ne sera même pas soumis à la formalité d'un examen post-mortem [autopsie]. Il serait difficile de trouver un exemple plus frappant de néo-colonialisme rampant.

Remarque : Ce scandale des conditions de travail des mineurs d'uranium africains n'a jamais fait partie des préoccupations syndicales en France. Ni d'ailleurs des ONG comme Médecins du Monde que nous avons essayé de sensibiliser à ce problème, mais sans succès [7].

Ceci n'est pas étonnant puisque même en France les syndicats des mineurs d'uranium ne se sont guère intéressés à l'excès de mortalité par cancers chez les mineurs d'uranium en particulier par cancers du poumon. Bien plus, ils ont contribué à masquer le problème comme en témoigne le fait que la réunion sur le thème des déchets miniers et de la surmortalité par cancer chez les mineurs d'uranium [8] n'a pu se tenir à Bessines le 16 décembre 1993 que sous la protection des gendarmes pour empêcher l'intervention violente des dirigeants syndicaux (CGT) qui voulaient casser le matériel de projection de Thierry Lamireau.

Bella Belbéoch,
lettre d'information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°95.

 

Références:

[1] COGEMA: compagnie générale des matières nucléaires, dont la présidente est Anne Lauvergeon (ancienne sherpa de François Mitterrand). Dans le cadre de la réorganisation de la filière nucléaire, création le 3 septembre 2001 par CEA-Industrie, Framatome et COGEMA, du groupe AREVA dont le directoire est présidé par Anne Lauvergeon. Dans AREVA: un pôle nucléaire avec COGEMA et Framatome ANP - Framatome Advanced Nuclear Power Inc.- (66% Framatome et 34% Siemens) et un pôle "technologie de l'information et de la communication" avec FCI (Framatome connections international) et ST Microelectronics. [Framatome ANP est très présent aux USA, entre autres pour assurer la maintenance des réacteurs]

[2] La Montagne, 7 sept. 2002 "La Cogéma mise en examen"

[3] Thierry Lamireau, 6, rue de l'Annonciade, Clos de la Sauge 74150 Rumilly. Uranium en Limousin, film/vidéo de 36 mn, 1ère version 1993, Copyright Thierry Lamireau 1995. Plusieurs fois primé: mai 1994 2ème prix au Festival audiovisuel des cultures minorisées d'Europe. Septembre 1994 "Meilleure uvre vidéo" 5èmes rencontres de l'image-nature et environnement, Martigues. Novembre 1994 1er prix catégorie "amateur", Rencontres documentaires traces de vie Vicle Comte/Clermont-Ferrand. Mars 1995, Prix du ministère de l'environnement au festival eurorégional du film d'environnement de Roubaix. Projeté dans plusieurs festivals dont le festival du film scientifique de Palaiseau (Novembre 1995) et le festival "territoires en images" (Institut de géographie, Paris, Mars 2002).

[4] Amis de la terre Limousin et Marche, APMA association de la protection des monts d'Ambazac, ALV les amis du Limousin vert, APPSP association pour la protection du pays de Saint-Pardoux, AICIN association intercommunale d'information sur le nucléaire, ADEMAU association de défense des monts d'Auriat, CRIIRAD Marche-Limousin, CLAN collectif limousin pour une alternative au nucléaire, CLADE coordination limousine anti-déchets radioactifs, ADEPAL association de défense du pays arédien en Limousin. Il en manque peut-être !

[5] En région parisienne, à l'usine du Bouchet (CEA) les murs de certains laboratoires étaient devenus jaunes-orangés, comme les poudres d'uranates traités... N'étant pas d'une santé florissante les travailleurs du Bouchet ont eu du mal à se recaser pour raisons médicales dans les centres CEA après la fermeture de l'usine en 1971 et certains devaient être licenciés ce qui est apparu comme le début d'une campagne plus générale de licenciements prévus par l'administration du CEA qui a entraîné une riposte du personnel ("Non à la politique du citron pressé, non aux licenciements"), les syndicats ont appelé à la grève le 5 mai 1971, largement suivie à Saclay.

Il n'y a pas eu d'étude épidémiologique sérieuse des travailleurs du Bouchet. Obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle de ceux morts par cancer est un véritable parcours du combattant. En 1990 la décontamination du site n'était toujours pas terminée et suscita de multiples protestations d'habitants du voisinage (Ballancourt, Itteville, Vert-le-Petit) en particulier des Amis de la Terre. Le Parisien des 28-29 avril 1990 titrait "Essonne : 20 000 tonnes de déchets nucléaires dorment près de Paris".

[6] WISE-Amsterdam, Number 134.967, 22.4.82 (WISE, World Information Service on Energy). Nous remercions Wise-Amsterdam pour nous avoir retrouvé ce document de 1982. (En 1982 Roger Moody habitait Londres. Militant très actif il a, entre autres, fondé un groupe de recherche et d'action en faveur des minorités indigènes coloniales, il collaborait à Wise-Amsterdam, et devait se rendre en Australie visiter une mine appartenant à COGEMA).Wise publie désormais un bulletin Nuclear Monitor conjointement avec Nuclear Information and Resource Service (NIRS, Washington- USA). Contact: WISE Amsterdam, PO Box 59636, 1040 LC Amsterdam, http://www.antenna.nl/wise

[7] Lors de cette rencontre le 12 mai 1987 avec plusieurs membres de Médecins du Monde (le président était à l'époque Bernard Kouchner) nous avons expliqué les problèmes liés aux mines d'uranium, l'importance des mesures de radioprotection (évidemment ces mesures ont un coût qui se répercute sur le prix de l'uranium), signalé ce témoignage paru dans le bulletin de WISE sur l'emploi d'adolescents Touareg. Nous leur avons suggéré de faire une enquête sur les conditions de travail à Arlit. Cela ne devait pas poser de problèmes car des médecins de MdM sont présents en Afrique. Aucun écho, si ce n'est qu'au cours de la discussion il est apparu qu'une des femmes présentes était descendue dans une mine souterraine d'Arlit (il y a aussi à Arlit des mines à ciel ouvert). Elle ne s'était pas inquiétée des conditions de travail mais a pali quand on a expliqué l'importance du radon etdes poussières d'uranium sur l'incidence des cancers du poumon.

[8] Roger Belbéoch, "Les risques de cancer chez les mineurs d'uranium français" La Gazette Nucléaire 129/130, décembre 1993, p.10-15. Colloque Uranium et santé, Limoges novembre 1993.


Notes
:

a) Dossier: l'uranium, par Pierre-Christian GUIOLLARD http://www.minerapole.com/f_/fi_01_1.html. Jouac, la toute dernière mine d'uranium française non loin de Limoges, a fermé le 31 mai 2001. D'après la publication CEA Informations utiles, Edition 2001, la répartition de la production d'uranium en 1999 par les compagnies du groupe COGEMA (5528 tonnes) était la suivante: Afrique 58% ; Canada 32% ; Jouac 8% ; divers (USA) 2%.

b) Le "yellowcake" est un concentré issu du traitement chimique du minerai. C'est un diuranate de couleur jaune. A Bessines ces traitements étaient effectués à l'usine SIMO (société industrielle des minerais de l'ouest). C'est sous forme de "yellowcake" que l'uranium est ensuite envoyé aux différentes usines de conversion.

c) La présence d'un tel tonnage d'oxyde d'uranium appauvri sous forme de poudre n'a guère mobilisé les antinucléaires hors Limousin. Et pourtant si un avion s'écrasait sur les hangars ou si un incendie se déclarait (acte malveillant, amorçage de réaction chimique transformant UO2 résiduel en U3O8 etc.) ce serait pire que la dispersion des oxydes formés par l'impact des obus utilisés dans la guerre du Golfe et au Kosovo car, dans les hangars, c'est déjà de l'oxyde d'uranium sous forme de poudre qui se disperserait.

d) Action collective symbolique réussie à Auriat: deux forages destinés à l'étude de l'enfouissement en couche géologique profonde de déchets radioactifs sont définitivement bouchés. Il ne s'agissait pas de la Cogéma mais de forages de l'Institut de Protection et de la Sûreté Nucléaire (IPSN).

e) D'après Wise-Amsterdam (mise à jour 2 août 2002) deux groupes SOMAIR et COMINAK se partagent l'exploitation de l'uranium au Niger dans les sites respectifs d'Arlit et Akouta et COGEMA est majoritaire: SOMAIR: 56,86% COGEMA, 6,54% Urangeselschaft Allemagne, 36,6% ONAREM Niger. COMINAK: 34% COGEMA, 31% ONAREM Niger, 25% OURD Japon, 10% ENUSA Espagne http://www.antenna.nl/wise/uranium/uoafr.html



Niger: un chef touareg annonce le lancement de la "bataille de l'uranium"

30/1/2008 - Les rebelles touaregs du Niger en lutte contre le gouvernement de Niamey vont lancer une "bataille de l'uranium" en attaquant les mines, notamment celles du groupe français Areva et les convois de minerai, a affirmé le chef historique de la rébellion, Rhissa Ag Boula. Ancien ministre, Rhissa Ag Boula, qui coordonne les mouvements touaregs, indique dans un entretien à paraître jeudi dans l'hebdomadaire français le Nouvel Observateur que la rébellion touareg n'a pas d'autre choix pour se "faire entendre" de la France et de l'Union européenne. Un groupe rebelle, le Mouvement des nigériens pour la Justice (MNJ), mène des attaques contre l'armée depuis février 2007 dans le nord du pays, dont le sous-sol est riche en uranium. "Nous pouvons mobiliser un millier de combattants touaregs derrière Aghali Alambo, qui est le chef militaire et la direction politique clandestine", déclare Rhissa Ag Boula. "On ne peut pas exploiter l'uranium sans nous". "Nous allons attaquer les mines d'uranium, dont celles d'Areva, arrêter le fonctionnement des usines, l'exploitation des nouvelles carrières et nous occuper des cargaisons qui prennent la route pour aller jusqu'à la mer", menace le responsable touareg. Numéro un mondial du nucléaire civil, le groupe français Areva est le premier employeur privé du Niger.

 


La rébellion touareg dénonce l'accord entre Niamey et Areva

17/1/2008 - La rébellion touareg nigérienne a dénoncé jeudi l'accord conclu dimanche entre le Niger et le groupe nucléaire français Areva, en estimant qu'il risque de "faire durer" le conflit touareg car il ne profite pas aux populations locales du nord du pays. Cet accord "ne fait que contribuer à faire durer le conflit car c'est une façon d'apporter une contribution à l'effort de guerre du régime en place au Niger", écrit sur son site internet le Mouvement des Nigériens pour la justice (rébellion touareg). Depuis près d'un an, le nord du Niger, qui abrite les mines d'uranium exploitées depuis quarante ans par Areva, est le théâtre d'affrontements entre l'armée et le MNJ. Ce dernier soutient que les revenus tirés de la vente de ce minerai n'ont jamais profité aux Touareg. Le MNJ "réaffirme sa détermination à n'accepter qu'aucune société n'exploite les gisements tant que des préalables n'auront pas été trouvés". Au nombre des "préalables", le MNJ réclame que 50% des revenus de l'uranium servent au développement de la zone touareg ainsi que des "dédommagements" pour les habitants "expropriés" des terres qui abritent les gisements d'uranium. Le MNJ demande aussi que soient "privilégiée" la main-d'oeuvre locale par les sociétés minières. Il y a plusieurs mois, les rebelles du MNJ avaient attaqué le site d'Imouraren, pour lequel Areva vient d'obtenir une autorisation d'exploitation, et ont plusieurs fois menacé de s'attaquer à nouveau aux intérêts du groupe français.

 


Le Niger et Areva ont enterré la hache de guerre

14/1/2008 :- Le Niger et le groupe français Areva ont scellé dimanche soir à Niamey un partenariat sur l'exploitation et l'achat de l'uranium, mettant un terme à près de huit mois de crise engendrée par un présumé soutien du numéro un mondial du nucléaire civil à une rébellion touareg.

L'accord qualifié d'"historique" a été signé par le président Mamadou Tandja et Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva, qui reste ainsi l'opérateur de référence au Niger, malgré une concurrence, chinoise et canadienne notamment, de plus en plus active.

Le ministre des Mines, Mohamed Abdoulayi, a salué l'accord qui concrètement prévoit une hausse des prix d'achat de l'uranium de 50% pour 2008 et 2009 et "l'agrément" pour Areva de lancer le projet d'exploitation du méga gisement d'Imouraren, dans lequel il va investir plus d'un milliard d'euros.

Selon Areva, Imouraren constitue le "plus grand projet industriel minier jamais envisagé au Niger le plaçant au deuxième rang mondial avec une production de près de 5.000 tonnes" d'uranium par an, avec "1.400 emplois permanents et de très nombreux emplois induits" à la clé.

L'accord prévoit également un certain tonnage d'uranium concédé au Niger qui le commercialisera pour son propre compte. Ces quantités étaient de 300 tonnes en 2007, mais pour l'heure Areva n'a pas souhaité divulguer le tonnage accordé pour 2008 et l'an prochain.

Le "paquet global" comprend également un prêt de 15 milliards de FCFA (22,858 M EUR) au Niger. "Je considère que la page est tournée, l'entretien que j'ai eu avec le président Tandja était empreint d'une très grande cordialité", s'est réjouie dimanche soir Anne Lauvergeon. "Cet accord permet de voir l'avenir avec optimisme pour les 40 prochaines années", déclarait lundi à l'AFP un dirigeant d'Areva sous couvert de l'anonymat [au niveau mondiale, les reserves ne sont que pour 50 à 70 ans de production environ].

[Calculs avec les chiffres donnés dans le mémento du CEA:
- réserves d'uranium dans le monde fin 1996 (ressources connues + ressources estimées: 4.299.000 t
- consommation mondiale actuelle annuelle: 56.250 t,
- durée de la vie de la production d'énergie nucléaire: 76 ans.
Si on triple la production mondiale de l'électricité nucléaire actuelle - pour lutter contre l'effet de serre - alors, la durée de la vie des réserves se réduit à 25 ans. C'est moins de temps que promit le soi-disant "sortir du nucléaire" allemand...
Sources: (L'énergie en France, édition 2000, ministre de l'économie des finances et de l'industrie) et dans "Mémento sur l'énergie", 1999]

Les relations entre le Niger et Areva s'étaient dégradées à l'été 2007 avec l'expulsion de Dominique Pin, le patron local d'Areva, accusé de financer les rebelles touaregs du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), actifs dans le nord où se trouvent précisément les gisements d'uranium.

Sous la pression, Areva avait déjà concédé une hausse du prix d'achat et accepté de céder 300 tonnes au gouvernement nigérien. "Nous avons connu des moments difficiles, et si cet accord n'avait pas été obtenu la relance des activités d'Imouraren allait être retardée", a brièvement commenté M. Abdoulayi sur la radio publique.

Numéro un mondial du nucléaire civil et premier employeur privé du Niger, Areva exploite depuis 40 ans deux gisements, l'un à ciel ouvert à Arlit (nord) et l'autre souterrain à Akokan, près d'Arlit, qui ont produit en 2006 près de 2.260 tonnes d'uranium.

Au plus fort des tensions, le président Tandja avait estimé que le soutien à la rébellion (ce qu'Areva a toujours démenti) visait à empêcher des concurrents étrangers de prendre pied au Niger. Dans la foulée, Niamey avait mis fin au "monopole" de fait d'Areva, en délivrant 29 permis de recherches et d'exploitation à des compagnies chinoises, anglo-sud africaine, anglo-américaine, australo-maltaise, canadienne et russe.

"Il y a eu beaucoup d'accusations tout à fait infondées", a estimé dimanche Anne Lauvergeon, qui place désormais la coopération avec le Niger sous le signe "de la fidélité, du renouveau et d'un partenariat gagnant-gagnant". "Cet accord va à coup sûr apaiser la colère des autorités (nigériennes) et freiner le zèle de certains va-t-en guerre", a estimé un officiel nigérien, sous le couvert de l'anonymat.

Nouhou Arzika, l'un des chefs de file des "anti-Areva", veut aussi croire à la fin des hostilités en souhaitant que "Areva et la France soutiennent" le Niger pour mater la rébellion touareg. Autre signe d'apaisement, Areva a nommé Serge Martinez comme son nouveau directeur à Niamey.

 


Mine d'uranium: Areva va investir plus d'un milliard d'euros au Niger

13/1/2008 - Le groupe nucléaire français Areva a renouvelé son partenariat avec le Niger pour 2008 et 2009, qui prévoit une hausse des prix d'achat de l'uranium de 50%, et va investir plus d'1 milliard d'euros dans la mine d'uranium d'Imouraren (Nord), selon un communiqué publié dimanche. Ce partenariat, renouvelé pour 2007 en août dans un contexte de crise entre le groupe français et ce pays, après l'expulsion d'un directeur local d'Areva, prévoit "une augmentation des prix d'environ 50% afin de refléter la hausse récente des prix long terme", explique Areva dans ce communiqué. Areva a obtenu aussi "l'agrément du gouvernement pour lancer le projet d'exploitation du gisement d'Imouraren", dans lequel il va investir "plus d'un milliard d'euros" (près de 650 milliards de francs CFA), ajoute le texte. Selon Areva, cette mine "constituera le plus grand projet industriel minier jamais envisagé au Niger le plaçant au deuxième rang mondial avec une production de près de 5.000 tonnes d'uranium produites annuellement". Ce projet minier "permettra la création de 1.400 emplois permanents et de très nombreux emplois induits", ajoute le communiqué. L'accord de ce partenariat qualifié d'"historique" a été signé à Niamey par le président du Niger, Mamadou Tandja, et Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva. Areva exploite deux mines dans le Nord-Ouest du Niger, Cominak et Somair, qui ont produit en 2006 près de 2.260 tonnes d'uranium. Le renouvellement des contrats pour 2007 avait eu lieu en août alors que les autorités nigériennes avaient expulsé peu auparavant le représentant d'Areva au Niger, Dominique Pin, l'accusant de financer une rébellion touareg dans le Nord du pays. Le groupe a formellement démenti ces accusations. Depuis, "les malentendus ont été levés", a déclaré un porte-parole d'Areva joint par l'AFP à Niamey. Areva poursuivra son aide au développement du Niger au travers d'actions dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la formation, de l'accès à l'eau et à l'énergie auprès des populations locales, précise le communiqué.

 


Niger: les rebelles touareg menacent de s'en prendre à Areva

29/10/2007 - Le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ, rébellion touareg) a une nouvelle fois menacé lundi le groupe français Areva, qu'il accuse d'écarter les Touareg de ses activités d'exploration d'uranium dans le nord du Niger. "Nous informons Areva que désormais toutes ses activités sont considérées comme illicites," a déclaré le MNJ sur son site internet, affirmant que la société française "expose aussi bien son personnel que son matériel à des graves conséquences". Le MNJ accuse notamment Areva d'opérer depuis la France "des recrutements arbitraires inacceptables", pour son site d'exploration d'uranium d'Imoraren (nord), que les rebelles ont attaqué en avril "en guise de mise en garde". "Aujourd'hui nous constatons que malgré cette mise en garde, Areva continue avec la bénédiction de Paris à promouvoir une politique de marginalisation des populations autochtones (du nord du Niger, ndlr)", estime le MNJ. Les rebelles reprochent également à Areva de continuer de signer avec Niamey des accords dont les avantages financiers "participent à l'effort de guerre", dans le conflit qui les oppose aux autorités nigériennes. Actif depuis février, le groupe armé, dont Niamey qualifie les chefs de "bandits" et de "trafiquants de drogue", réclame la priorité d'embauche pour les autochtones par les sociétés minières opérant dans la région. Areva, numéro un mondial du nucléaire civil, exploite depuis 40 ans dans le nord du Niger, deux gisements, l'un à ciel ouvert à Arlit (nord) et l'autre souterrain à Akokan, près d'Arlit. En juillet, le président nigérien Mamadou Tandja a ordonné l'expulsion de Dominique Pin, le patron local d'Areva, qu'il accusait de financer le MNJ. D'après M. Tandja, ce soutien présumé du groupe nucléaire français au MNJ, vise à empêcher d'autres compagnies étrangères concurrentes de s'installer dans la zone pour exploiter l'uranium. Le Niger et Areva ont toutefois renouvelé jusqu'à fin 2007 les accords qui les lient, permettant au Niger d'augmenter le prix d'un kilogramme d'uranium à 40.000 FCFA (60 euros), contre 27.300 CFA (41 euros) auparavant. De nouvelles "négociations globales" entre les deux partenaires sont prévues dans les prochains mois.

 

La course à l'uranium menace les Touareg, selon un Français détenu au Niger

12/10/2007 - Un réalisateur français, François Bergeron, qui a été détenu 45 jours au secret au Niger pour "complicité" avec les rebelles touareg, raconte comment la course à l'uranium dans ce pays menace les nomades du désert et appelle à soutenir les journalistes nigériens emprisonnés. M. Bergeron a été expulsé du Niger le 5 octobre, après une détention sans jugement, qu'il a voulu garder secrète pour préserver ses chances d'être libéré plus vite. De retour à Paris, il témoigne.

"En 2005, j'avais fait un film sur la condition des Touareg au Nord Niger, de l'indépendance à aujourd'hui. Certains sont aujourd'hui membres du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ, rébellion armée), j'ai voulu faire une suite et les rencontrer", explique-t-il. "Je ne suis pas un propagandiste". Pour lui, la résurgence d'une guérilla touareg et l'exploitation des richesses de l'uranium, dans le nord du pays, sont liées.

"Il y a une course pour exploiter l'uranium", raconte M. Bergeron. Le Niger, pays parmi les plus pauvres au monde, est le 3e producteur mondial de ce minerai convoité. "Les Chinois, les Français, les Etats-Unis, les grande majors, tout le monde est désormais là", assure-t-il. La délivrance de permis d'exploration bat son plein. "Or les Touareg habitent là, il y a des camps, des puits, des zones de pâturages dans ces zones", une région qui risque d'être dévastée, selon lui. Le MNJ revendique notamment une meilleure répartition des richesses et un développement de cette région.

A la mi-août, le réalisateur se rend à Arlit pour tenter de rejoindre le MNJ dans les montagnes. "La ville était ceinturée par les militaires", se souvient-il. Il est arrêté à la sortie d'Arlit. Son passeport et sa caméra sont confisqués. Il est détenu quatre jours dans une petite baraque en fer : "Le commandant me protégeait des hommes de troupes, très excités". Le sentiment anti-français est vif. La société française Areva, premier groupe mondial de nucléaire civil, a été accusée de financer la rébellion par les autorités. Début août, le Niger a retiré le "monopole" que détenait depuis 40 ans Areva sur la prospection et l'exploitation de l'uranium.

M. Bergeron est transféré à Agadez, puis ramené à Niamey, la capitale. Là, il est placé dans une cellule de police. "Trois centimètres d'urine et d'excréments par terre, des prisonniers de droit commun nus, ligotés aux poignets et au cheville", raconte-t-il. Il est ensuite transféré à la gendarmerie. Il passera le reste de sa détention au secret, seul, dans un bureau transformé en cellule. "J'ai été bien traité", dit-il.

M. Bergeron est accusé d'atteinte à la sûreté de l'Etat et de complicité avec les rebelles, comme Moussa Kaka, qu'il a croisé rapidement durant sa détention. Ce journaliste, correspondant de RFI, est incarcéré depuis le 26 septembre. Un autre journaliste, Ibrahim Manzo Diallo, vient d'être arrêté.

"Il faut absolument que les médias internationaux soutiennent ces journalistes", martèle M. Bergeron. Pour lui, Niamey ne veut pas que des journalistes enquêtent sur le MNJ et expliquent que ce ne sont pas des brigands et des trafiquants de drogue -comme les accusent les autorités- mais des membres d'un "mouvement de rébellion aux revendications politiques".

 

 

A lire:
L'express, 11/10/2007:
Niger: Areva en terrain miné
De l'envoyé spécial Vincent Hugeux

 


Libération, 10/8/2007: 

Neuf ans après, une ville du Gabon encore minée par le départ d'Areva

Autour d'une ancienne exploitation d'uranium, la mauvaise gestion des déchets fait des ravages.

Le voici affublé d'une tâche inhabituelle pour un mineur : détruire et reconstruire des maisons. C'est la première fois que François Sublime passe tant de temps à travailler à l'air libre. La voix rauque des grands fumeurs, l'allure dégingandée, il débarque en pays inconnu, après trente ans en mine souterraine pour le groupe nucléaire français Areva, numéro un mondial du secteur. Sa nouvelle terre s'appelle Mounana, dans le sud-est du Gabon. Ici, la mine d'uranium exploitée pendant quarante ans par Areva, et fermée en 1999, reste au coeur des préoccupations. Dans cette bourgade de 5 000 âmes, une centaine de maisons sont «marquées» radiologiquement. Leurs occupants sont exposés à un seuil de radioactivité légèrement supérieur aux normes internationales autorisées. En 2000, celles-ci ont été durcies, passant de cinq à un millisievert - unité de mesure des effets du gaz radon sur l'organisme - par an. Et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a recommandé d'étendre aux habitations des contrôles qui jusque-là se limitaient à la chaîne alimentaire et à l'environnement.

Litanie. D'après les mesures relevées à Mounana, dans les cités construites par Areva pour ses employés, près de cent logements dépassent le seuil toléré et doivent être entièrement rasés et rebâtis. Tous les propriétaires n'ont pas encore été prévenus pour éviter des scènes de panique. Mais la nouvelle s'est propagée à travers la ville. «Radioactivité», le mot s'ébruite et se décline sur tous les modes. «On ne veut pas avoir de maladies causées par l'uranium, mais on ne nous a rien expliqué ; je sais que c'est mauvais pour les femmes enceintes et pour les bébés», s'alarme une jeune habitante sur le point d'être relogée. La litanie se poursuit devant une épicerie où s'échangent de maigres tomates et quelques bâtons de manioc. «Je souffre du coeur, il y a beaucoup de cancers du poumon et des yeux à cause de la radioactivité», croit savoir la fille d'un mineur, «c'est à cause de la Comuf [filiale gabonaise d'Areva ] que nous sommes malades, c'est parce que la ville est polluée».

Les problèmes de santé et les questions environnementales se mêlent inextricablement au malaise social qui mine Mounana. Car la ville s'est éteinte après la fermeture de la mine, qui a produit plus de 25 000 tonnes d'uranium. Tous les sous-traitants ont aussi quitté les lieux et la majorité de la population est sans emploi. Les enfants des mineurs semblent les plus aigris, qui vouent l'entreprise aux gémonies, tout en appelant de leurs vux la reprise de l'activité minière. «Avant, tout était cadeau ici, l'eau, l'électricité et les soins médicaux, se lamente Hydrim Boukamba, entouré d'une demi-douzaine de jeunes gens, tous au chômage. Areva aurait au moins pu nous laisser une petite activité avant de partir.»

La bourgade, entourée de collines et nichée dans le creux d'une vallée verdoyante, a pourtant retrouvé l'apparence paisible des cités lacustres. L'essentiel des travaux de réaménagements du site est achevé. Plus un morceau de tôle, plus un bout de ferraille. Toutes les infrastructures ont été démontées. La mine à ciel ouvert d'Oklo gît à plusieurs dizaines de mètres sous l'eau. Des tonnes de déchets radioactifs ont été enfouies sous une couche de latérite et de terre végétale où l'herbe a repris ses droits. Et en l'espace de quelques années, le taux de radioactivité est revenu «à la normale», d'après le Centre national de prévention et de protection contre les rayonnements ionisants (CNPPRI), qui contrôle régulièrement la qualité de l'air, de l'eau, puisée en aval des rejets, et de la chaîne alimentaire - des échantillons de manioc, de poissons et de poulets sont prélevés dans le voisinage de l'ancienne mine. «L'origine du marquage radiologique des maisons remonte à une époque plus lointaine , explique Jean-Claude Nzengué, responsable local du CNPPRI, la population a récupéré des résidus de traitements du minerai pour fabriquer du béton ; il y a eu un problème de gestion des déchets radioactifs.»

«Psychose». «C'est étonnant, déplore Sublime, les gens ont tapé dans des carrières où ils n'auraient pas dû. On aurait dû isoler ces produits prévus pour remblayer les mines souterraines afin d'éviter leur dissémination dans la nature.» La parution, en avril, du rapport de l'association de juristes Sherpa, en collaboration avec Médecins du monde, dont des bribes sont parvenues à Mounana via la presse, a renforcé l'inquiétude des habitants. Areva aurait sous-estimé les risques sanitaires et environnementaux selon ces associations, qui citent des cas de cancers parmi les ex-salariés. «Nous ne cherchons pas à encourager la psychose, Mounana n'est pas Tchernobyl, nuance Mathurin Ango, géologue et vice -président du Collectif des anciens travailleurs de Mounana, qui a collaboré au rapport. «Mais il faut regarder objectivement la situation. C'était le jour et la nuit entre les mines au Gabon et en France ; ces dernières étaient bien mieux sécurisées, l'hygiène des travailleurs était plus adaptée : ils ne rentraient pas à la maison avec leurs combinaisons», raconte-t-il.

[Non, les mines en France n'étaient pas "bien mieux sécurisées", voir le film:
"Uranium en Limousin"
En RealVideo 21kb de Thierry Lamireau.
Le DVD est disponible chez:
Thierry Lamireau
39, rue de Verdun 74150 RUMILLY
Tél/Fax: 04 50 23 22 99
Portable: 06 32 18 94 37
Email:
t.lamireau@free.fr

Areva a annoncé la création d'un observatoire de la santé, chargé de suivre les 6 000 ex-salariés et la population de Mounana. «L'observatoire c'est très bien, mais nous attendons des réparations et des indemnisations», rétorque Mathurin Ango. Epuisé par huit années de récriminations, Bernard Keiffer, le directeur général de la filiale gabonaise d'Areva, assume l'ingrate mission d'accompagner la fermeture de la mine. Plus de 30 millions d'euros dépensés pour un bilan mitigé. «Le problème est avant tout social. Les gens sont traumatisés car ils se sont sentis abandonnés par la Comuf et l'Etat gabonais. Ils sont très réceptifs à toutes les formes de récupération et de démagogie.» Il contemple une table de billard défoncée devant l'entrée d'un ancien restaurant, désormais habité par les rats et grignoté par la végétation. «D'ici dix ans, il ne restera plus rien du mess des employés de la Comuf».

 

Areva versera au Niger 22,9 millions d'euros - Niamey

6/8/2007 - Le groupe français Areva versera au Niger, où il exploite deux mines d'uranium, un acompte de 15 milliards de francs CFA (22,9 millions d'euros) sur des versements de dividendes, a annoncé dimanche soir le gouvernement nigérien. "Areva a accepté de nous payer une avance sur dividendes qui se monte à 15 milliards de francs CFA", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Aichatou Mindaoudou.
Les dividendes seront versés par deux filiales d'Areva au Niger, dans lesquelles Niamey a des participations. Areva a été accusé par le gouvernement nigérien de soutenir la rébellion touareg dans le nord du pays, région qui recèle parmi les plus importants gisements d'uranium au monde, ce que dément le groupe nucléaire.
Areva a signé la semaine dernière avec le Niger une convention annuelle sur les prix, portant le prix qu'il paye par kilo d'uranium à 40.000 francs CFA (60,50 euros) contre 27.300 l'an passé. L'accord est rétroactif au 1er janvier. Mindaoudou a précisé que cet accord n'était valide que pour l'année 2007 et qu'il était entendu qu'au 31 décembre 2007 des négociations seraient ouvertes pour réviser les prix.


Libération, 6/8/2007: 

L'Etat nigérien oblige Areva à partager sa rente de situation

Accusé d'aider la rébellion, le groupe perd son quasi-monopole.

Pour Areva, le groupe français de nucléaire civil, «plus rien ne sera comme avant» au Niger, son berceau historique, où il extrait près de la moitié de sa production annuelle d'uranium. C'est ce que proclament les plus hautes autorités de l'Etat à Niamey, qui entendent diversifier leurs partenaires étrangers pour valoriser leurs ressources minières. Durant près de quarante ans, le complexe militaro-industriel français a bénéficié de l'uranium du Nord-Niger en situation de quasi-monopole, pour un prix défiant toute concurrence. Un tiers des centrales d'EDF fonctionnent avec l'uranium du Niger.

Convoitises. Mais ce temps béni semble révolu. L'envolée des cours mondiaux, qui attise les convoitises, et les difficultés internes du régime de Niamey, en butte aux attaques de rebelles touaregs dans le Nord, ont remis en question cette confortable rente de situation. Et provoqué une crise sans précédent avec le Niger, que le secrétaire d'Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel, s'est employé à désamorcer, ce week-end : après une rencontre avec le président nigérien Mamadou Tandja, il a parlé d' «avancées». Et la France devrait organiser un sommet des ministres des Affaires étrangères du Sahel pour parler de la sécurité dans la région.

Quelques jours auparavant, le président nigérien avait accusé le groupe français d'avoir financé les rebelles du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice), qui, depuis février, ont infligé des revers humiliants aux troupes gouvernementales. Ces Touaregs ont pris les armes pour, disent-ils, obtenir une meilleure distribution des dividendes de l'uranium et des emplois pour les populations locales, qu'ils estiment marginalisées par Niamey. «Personne ne nous soutient : ni Areva ni aucune puissance étrangère, assure un porte-parole du MNJ, Mohamed el-Kontchi, par téléphone. Si tel était le cas, nous serions déjà à Niamey.» Areva, premier employeur privé du pays, a beau démentir, lui aussi, les accusations de collusion, rien n'y fait. Deux de ses responsables au Niger, dont son directeur, Dominique Pin, un ancien de la cellule Afrique de l'Elysée sous Mitterrand, ont été expulsés ces dernières semaines.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Un concours de circonstances et de maladresses semble avoir convaincu l'entourage du président Tandja d'un double jeu de la part d'Areva. A la suite d'une attaque du MNJ contre l'un de ses sites, en avril, le groupe embauche Gilles de Namur, l'ancien attaché militaire de l'ambassade de France à Niamey. Il se rend immédiatement dans le Nord et prend des contacts avec les rebelles, sans en référer à l'Etat nigérien. Colère des autorités qui le renvoient au bercail. Peu après, des soldats d'origine touareg chargés d'assurer la sécurité d'un site d'Areva à Imouraren désertent, emportant avec eux les indemnités versées par la société française. A la télévision, le chef de l'Etat assure avoir la preuve de «virements bancaires d'Areva à des soldats qui ont déserté». Enfin, le responsable chinois d'un concurrent d'Areva est enlevé, en juillet, avant d'être relâché sain et sauf par le MNJ, qui reproche à Pékin d'armer le pouvoir de Niamey. Dès lors, la religion du président Tandja est faite : Areva fomente ces troubles pour conserver ses avantages.

Apaisement. Ces derniers mois, les autorités de Niamey ont accordé une cinquantaine de permis d'exploration à des sociétés étrangères, notamment chinoises. Areva en a obtenu quatre et annonce l'octroi de cinq autres. «Pendant des années, personne n'était intéressé par l'uranium du Niger. Avec le retour en grâce du nucléaire, tout le monde veut prospecter», note un expert. Chez Areva, on assure ne pas être gênés par l'arrivée de rivaux : «Nous sommes présents sur d'autres marchés très concurrentiels, comme le Canada.» Le groupe assure que la crise est en voie d'apaisement. Ses contrats miniers ont été renouvelés par les autorités, qui ont au passage relevé le prix de l'uranium : 40 000 francs CFA (61 euros) le kilo au lieu de 27 300 (42 euros), encore en deçà du prix du marché international. Tout ça pour ça ? A Paris, des sources informées accusent : «L'entourage du Président a été acheté par des intérêts étrangers, concurrents d'Areva.» Les nouveaux conflits en Afrique pourraient exhaler un parfum non plus de pétrole mais d'uranium.

 


Le Monde, (mis à jour le 26/7/07):

Nucléaire: l'exploitation très critiquée de deux mines d'uranium d'Areva

Désastre sanitaire et environnemental." "Graves manquements aux obligations élémentaires de l'entreprise." "Sérieux problèmes de santé." Le comportement du groupe nucléaire français Areva a fait l'objet d'accusations graves, mercredi 4 avril, lors d'une conférence de presse organisée à Paris par Sherpa, une association internationale de juristes, et d'autres ONG. L'affaire concerne l'exploitation de mines d'uranium au Niger et au Gabon, et ses conséquences sanitaires (inhalation de particules ou de gaz radioactifs) et environnementales (déversement de boues radioactives dans la nature). [Voir les rapports CRIIRAD et SHERPA...]
Au Gabon, où une filiale d'Areva a exploité jusqu'à sa fermeture en 1999 la mine de Mounana, le personnel "a supporté une exposition disproportionnée en toute connaissance de cause de la part de l'entreprise", affirme le rapport d'enquête rendu public mercredi par Sherpa. Ce document a été réalisé avec le concours de Médecins du monde et la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité.
Sur la base d'une centaine d'entretiens réalisés sur place et de près de 500 réponses à des questionnaires écrits, le texte conclut que "personne parmi le personnel n'était véritablement informé des risques liés à (l')activité minière". Une "culture du secret (a été) développée par Areva", ajoute le rapport.
Le constat n'est guère différent à la mine d'Arlit, au Niger - toujours en exploitation -, sur laquelle pèserait "un climat d'omerta et de crainte". "Les mesures de protection n'ont pas été à la hauteur des risques importants encourus par les travailleurs", dit l'enquête publiée mercredi. Ses auteurs ajoutent que les deux filiales d'Areva au Niger "le savent et se sont efforcées de faire en sorte que ne puisse, en aucun cas, être établi un quelconque lien entre le défaut de protection et l'apparition de certaines pathologies".

PRENDRE SES RESPONSABILITÉS
"L'état-major d'Areva doit prendre ses responsabilités", a conclu le président de Sherpa, William Bourdon. Des actions judiciaires sont à l'étude et, pour éviter qu'elles se concrétisent, l'association a invité Areva à "indemniser intégralement" les personnes victimes d'un préjudice.
Dans un communiqué publié à l'issue de la conférence de presse, Areva a rappelé avoir entrepris des démarches pour créer un observatoire de la santé autour de ses mines, "notamment en Afrique". Le groupe a souligné que le site gabonais avait fait l'objet d'un réaménagement "conforme aux standards internationaux" et qu'une "veille sanitaire" y était prévue.

Jean-Pierre Tuquoi

 


Le Monde, 9/7/2007 : 

Les Touaregs du Niger revendiquent le partage des bénéfices de l'uranium

DIX ANS après la signature d'accords de paix, une nouvelle rébellion touarègue se développe dans le nord uranifère du Niger. L'enlèvement, vendredi 6 juillet, d'un cadre chinois travaillant pour une société prospectant ce minerai dans la région d'Ingall, à 1 000 km de la capitale, Niamey, dans la région d'Agadez, semble marquer un tournant " à la nigériane " de la révolte des Touaregs.
Comme au Nigeria pour le pétrole, la revendication d'une utilisation locale des bénéfices de l'exploitation de l'uranium et de l'embauche des populations est mise en avant. Comme au Nigeria, le contraste entre les richesses du sous-sol et la profonde misère ambiante alimente la révolte contre un lointain pouvoir central accusé d'accaparement.

Le mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) qui a revendiqué l'enlèvement de Zhang Guohua, dirigeant de la China Nuclear Engineering and Construction Corporation (CNEC), a affirmé qu'il n'exigeait aucune rançon.

Le MNJ a présenté le rapt comme un avertissement envers une société n'investissant pas dans les infrastructures de base mais contribuant à l'achat d'armes destinées à la répression de la rébellion par le gouvernement. Samedi, le mouvement a demandé " à tous les pays ayant des expatriés dans la zone de conflit (...) pour l'exploration et l'exploitation des ressources minières et non des projets de développement, de leur ordonner de partir (...) pour leur sécurité ".

Depuis février, le MNJ a multiplié les attaques. Après plusieurs accrochages avec l'armée nigérienne, un camp d'exploration d'uranium du groupe nucléaire français Areva, à 85 km de la ville minière d'Arlit, a été, le 19 avril, la cible d'assaillants qui se sont emparés de véhicules et de téléphones portables. Début juillet, le même scénario s'est reproduit dans une base de la Satom, une société française filiale de Vinci, spécialisée dans la construction de routes.

RISQUE D'ESCALADE. A Paris, on juge " préoccupante " cette situation, tout en affichant la volonté de " ne pas se mêler de ce qui ne nous regarde pas " afin d'éviter une instrumentalisation de la présence de sociétés françaises.

Face au risque d'escalade de la violence, les partis politiques nigériens ont appelé, vendredi 6 juillet à l'ouverture d'une négociation, reconnaissant ainsi l'existence du MNJ que le président nigérien Mamadou Tandja continue de qualifier de " groupe de bandits armés ". En 2006, une loi allouant 15 % des bénéfices des sociétés minières aux collectivités territoriales concernées a été adoptée à Niamey. Les rebelles, eux, exigent que 50 % des profits soient injectés dans des projets de développement.

 

 

Niger: l'attaque contre un camp d'Areva fait un mort et un blessé très grave

20/4/2007 - L'attaque par un commando armé d'un camp d'exploration d'uranium du groupe nucléaire français Areva a fait un mort nigérien et un blessé grave, également nigérien, dont les jours sont en danger, a-t-on appris vendredi de sources industrielles nigériennes et auprès d'Areva.
Selon des sources industrielles à Niamey, l'attaque s'est produite dans la nuit de jeudi à vendredi, à 03H30, à Imouraren (nord), à environ 85 km au sud de la ville d'Arlit, la grande zone de production d'uranium du pays. Un agent des forces de sécurité nigérienne (FSNI) a été tué et trois autres personnes ont été blessées dans l'attaque menée par 20 à 30 hommes fortement armés qui sont arrivés à bord de trois 4x4. Parmi les trois blessés, tous agents des forces de sécurité nigériennes, un l'est "très grièvement", a indiqué un porte-parole d'Areva au siège parisien du groupe: "ses jours sont en danger", a-t-il ajouté.
Les assaillants ont réussi à pénétrer dans le camp où se trouvaient environ 250 personnes, entre les employés d'Areva et ceux de compagnies sous-traitantes. Ils ont attaqué "le coeur" du camp qui regroupe une quarantaine de scientifiques nigériens et européens, a précisé le porte-parole d'Areva. Une fois dans le camp, le commando s'est emparé de six véhicules ainsi que de nombreux téléphones portables. Les assaillants se sont réclamés du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), un groupe apparu en février dernier et qui serait dirigé par Aboubacar Alambo.
Le commando a notamment réclamé une meilleure application des accord de paix de 1995 qui avaient mis fin à la révolte des Touaregs des années 1990, en particulier les clauses prévoyant leur réinsertion socio-économique et la priorité d'embauches des autochtones par les sociétés minières locales.
Le site d'Imouraren est actuellement le plus gros projet d'exploration d'Areva au Niger. "C'est la première attaque de ce genre depuis des années", a commenté un industriel du secteur. Selon le porte-parole d'Areva, c'est même "la première fois" que le groupe doit faire face à "ce type d'événement sur un camp d'exploration, un camp léger", a-t-il précisé. Areva va procéder à un nouveau renforcement de sa sécurité, en coordination avec l'Etat nigérien, a-t-il ajouté. "Depuis quelques jours, voire quelques semaines, on observait dans cette région des mouvements de groupe", a expliqué le porte-parole. "L'Etat nigérien avait renforcé la sécurité --nous l'avions demandé-- sur l'ensemble des sites et des villes, indépendamment d'ailleurs de l'activité d'Areva là-bas", a-t-il ajouté.
Le Niger est le troisième producteur mondial d'uranium avec 9% de parts de marché (chiffres 2003). Ses deux gisements, l'un à ciel ouvert à Arlit (nord) et l'autre souterrain à Akokan (près d'Arlit) sont exploités depuis 40 ans par Areva, numéro un mondial du nucléaire civil.



Communiqué du réseau "Sortir du nucléaire", vendredi 30 juin 2006

Renouvellement du mandat de Mme Lauvergeon
Lancement de l'usine Georges Besse II

Areva / Lauvergeon : enrichissement de l'uranium et pillage du Niger
 
Areva menace le Président d'une ONG africaine
Manifestations anti-Areva au Niger

Alors que Mme Lauvgergeon vient d'être confirmée à la tête de la multinationale nucléaire Areva, et que celle-ci s'apprête à lancer à Pierrelatte (Drôme) le chantier d'une nouvelle usine d'enrichissement de l'uranium (usine Georges Besse II), le Réseau "Sortir du nucléaire" diffuse des documents qui montrent les pratiques injustifiables d'Areva et de ses filiales au Niger.

C'est en effet au Niger qu'est extrait une bonne part de l'uranium qui nourrit les centrales nucléaires françaises. Des manifestations populaires ont eu lieu ces dernières semaines à Arlit, comme en atteste le journal "Aïr-infos" qui titrait le 15 mai 2006 "Manifestation à Arlit contre Cogéma et Areva : les raisons de la colère"

La riposte d'Areva se concentre actuellement sur le Président de l'ONG nigérienne Aghirin'man, M. Almoustapha Alhacen. Ce dernier fait partie des milliers de personnes qui travaillent pour la Cogéma-Areva et vivent à Arlit, ville construite de toute pièce par l'industrie nucléaire française pour y parquer les nigériens qu'elle fait travailler dans ses mines. C'est une des illustrations de la continuation du colonialisme français en Afrique.

M. Alhacen, dans Aïr actualités du 15 mai 2006, a porté de fortes accusations contre la Cogéma-Areva et ses filiales (Somair et Cominak) spécialisées dans l'extraction de l'uranium du Niger. Quelques jours plus tard, Almoustapha Alhacen recevait de la part de la Somaïr une lettre de  "demande d'explication".

Pour le Réseau "Sortir du nucléaire", cette lettre est une véritable tentative d'intimidation. En effet, la Somaïr, la Cogéma et Areva connaissent très bien les conditions intolérables dans lesquelles elles organisent l'extraction de l'uranium du Niger, comme cela a été montré par un rapport circonstancié de la Criirad, publié le 18 décembre 2003.

Le 16 novembre 2004, à la télévision française (émission France europe express), le porte parole du Réseau "Sortir du nucléaire" avait porté, déjà concernant l'extraction de l'uranium du Niger, de graves accusations à l'encontre de l'invitée principale, Mme Lauvergeon, sans pour autant que celle-ci ne réponde par un procès en diffamation, ce qui était une forme d'aveu.

On voit aujourd'hui que Mme Lauvergeon préfère s'en prendre aux travailleurs africains : il est vrai que c'est Areva qui détient le pouvoir économique au Niger, pays qu'elle pille consciencieusement de ses ressources en uranium, tout en contaminant l'environnement et en mettant en cause la santé des nigériens.
 
En fin de compte, il est logique que l'Etat français pronucléaire ait renouvelé sa confiance à Mme Lauvergeon, digne représentante du lobby nucléaire et de ses injustifiables méthodes
 

 
Extrait du journal "Aïr-infos":

 

 

COMMUNIQUÉ CRIIRAD du Lundi  26 juin 2006:

CRIIRAD
Commission de Recherche
et d'Information Indépendantes
sur la Radioactivité
Tel. : 04 75 41 82 50
Fax : 04 75 81 26 48
E-mail : contact@criirad.org
Internet : www.criirad.org

La CRIIRAD apporte son soutien au président de l'ONG Nigérienne AGHIRIN'MAN qui fait l'objet de pressions de son employeur la SOMAÏR

APPEL ÀUX ONG FRANÇAISES
 
Contexte

Un article paru dans le journal « Aïr actualités » du 15 mai au 15 juin 2006 met en cause les conditions d'exploitation de l'uranium, au Niger, par les sociétés SOMAÏR et COMINAK, filiales de COGEMA-AREVA NC.
Cet article pose les problèmes de l'accès aux soins et à l'école, des conditions d'entreposage des résidus radioactifs à l'air libre, de la gestion des déchets et ferrailles, de la pollution des eaux souterraines et des risques liés à la radioactivité. Cet article cite monsieur Almoustapha Alhacen, président de l'ONG AGHIRIN'MAN.
Suite à la parution de cet article, Monsieur Alhacen a fait l'objet le 21 juin 2006, d'une demande d'explication écrite de la part de son employeur, la SOMAÏR. Il est en effet tout à la fois salarié de la compagnie minière et président d'une ONG créée à ARLIT, il y a  plus de 4 ans, pour améliorer les conditions de vie des populations.
 
Nécessité de soutenir Monsieur Alhacen
La CRIIRAD invite les associations de protection de l'environnement et des droits de l'homme à rester vigilantes quant à la situation de monsieur Alhacen. Il faut rappeler que c'est à sa demande que la CRIIRAD a pu conduire sur place, en décembre 2003, une mission préliminaire de contrôles radiologiques, alors que monsieur Alhacen avait déjà fait l'objet de pressions pour annuler son invitation.
Cette mission conduite par la CRIIRAD et SHERPA, a permis de constater de graves anomalies : présence de ferrailles contaminées en ville à ARLIT, stockage des résidus radioactifs à l'air libre, distribution d'eau dépassant les normes de l'OMS, mauvaise gestion des déchets ménagers.
Voir les rapports de mission CRIIRAD et SHERPA sur :
http://www.criirad.com/criirad/actualites/Dossiers2005/Niger/somNiger.html.
Les actions conjointes AGHIRIN'MAN-CRIIRAD-SHERPA semblent avoir permis des améliorations concrètes (fermeture des puits dont les eaux présentaient la plus forte contamination radiologique, retrait de ferrailles contaminées), mais beaucoup reste à faire.
Si la protection de l'environnement est véritablement une priorité du groupe COGEMA-AREVA, il ne peut qu'encourager l'action courageuse et responsable de l'un de ses salariés qui se bat pour améliorer les conditions de vie des populations d'ARLIT et faire passer la protection de l'Environnement au premier plan.
 
Renseignements : Bruno CHAREYRON / Laboratoire CRIIRAD : bruno.chareyron@criirad.org

 

 

Le Monde, 26/4/2005 : 

Areva est accusée de contaminer l'eau potable d'Arlit, au Niger

L'entreprise nucléaire française Areva ne respecterait pas, dans ses mines d'uranium au Niger, les normes sanitaires qu'impose en France la réglementation : c'est ce que devaient annoncer, lundi 25 avril, en s'appuyant sur des documents de sous-traitants de l'entreprise obtenus par une équipe de la chaîne de télévision Canal+, les associations Sherpa et CRII-Rad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité).

Cette accusation intervient alors qu'une polémique se poursuit depuis plus d'un an sur le comportement d'Areva, qui contrôle, par le biais de sa filiale Cogema, deux entreprises d'extraction de l'uranium dans le nord du Niger, la Somaïr et la Cominak. Lancée par une association locale, Aghir In'Man, elle met en cause le respect par Areva des normes de protection contre la radioactivité pour les travailleurs et la population de la ville (Le Monde daté 17-18 avril).

Sherpa et la CRII-Rad ont analysé des échantillons d'eau et constaté que les indices de deux types de radioactivité, alpha et bêta, dépassent les normes de l'Organisation mondiale de la santé. Selon la réglementation française, dans une telle situation la "dose totale indicative" (DTI, dose absorbée par les consommateurs d'eau) doit être inférieure à 100 microsieverts par an. Selon la CRII-Rad, la charge radioactive des eaux analysées "conduit à un dépassement des normes de potabilité internationales".

Cette information est confirmée par des lettres écrites à la Somaïr par le laboratoire d'analyse de l'eau utilisée par la Somaïr, Algade, filiale de la Cogema jusqu'en 2001. Dans ces lettres, parvenues à Canal+ qui les présentera lundi dans son émission "90 minutes", le chef du département radioprotection d'Algade, Sylvain Bernhard, écrit le 10 septembre 2004 que "les critères de potabilité des eaux retenus par la directive européenne du 3 novembre 1998 et repris dans la réglementation française (décret nº 2001-1220) ne sont pas respectés par les deux échantillons prélevés en surpression 2 et ZI". 2 et ZI désignent deux châteaux d'eau des villes minières.

RÉSULTATS CONFIRMÉS

Une lettre précédente de M. Bernhard, datée du 12 février 2004, notait déjà le dépassement, précisant que "les résultats du 2e semestre -2003- confirment les résultats du 1er semestre", ce qui indique que la contamination est pérenne. La lettre ajoute que, "pour la station Surpression ZI, les eaux ne respecteraient pas le critère de potabilité préconisé par la directive européenne et la réglementation française".

Ces documents contredisent un dossier de presse d'Areva qui, en février, affirmait que les analyses de l'eau "montrent une absence de contamination". La firme a par ailleurs commandité une étude à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Publiée le 15 avril, cette étude indique à propos de l'eau que les analyses "mettent en évidence des concentrations supérieures en certains points de mesure".

Hervé Kempf