L'exportation d'un EPR en Finlande n'a été rendue possible que grâce au soutien de la Coface qui a permis à AREVA de vendre l'EPR à prix cassé
(lire: Exportations: l'Etat renforce sa garantie vers les grands pays émergents)

A propos d'EPR:
Promesse d'abrogation du décret sur l'EPR par Ségolène Royal
Le chantier du réacteur nucléaire EPR bloqué par des militants de Greenpeace
Le Réseau Sortir du nucléaire appelle à ne pas voter pour cinq candidats favorables au réacteur nucléaire EPR
Action spectaculaire contre l'EPR: Occupation du pylône d'une ligne THT
Protestations contre le décret sur la construction de l'EPR
Rappel: il y a déjà 12 à 15 réacteurs de trop en France et un arrêt immédiat de 12 réacteurs de 900 Mw est possible sans changer notre consommation d'électricité.
Greenpeace met la pression sur le projet EPR qui tourne au désastre en Finlande.
Revue de presse: Forte mobilisation contre l'EPR, voir les vidéos des rassemblements du 17 mars
Blague du jour: L'autorité de sûreté nucléaire (ASN) a donné "un avis favorable" pour la construction de l'EPR à Flamanville ("heureusement"... car les travaux ont déjà commencés....)
Des candidats s'unissent contre l'EPR




Challenges, 28/5/2010:

Areva: l'EPR finlandais encore retardé

On va sans doute reparler de la centrale d'Olkiluoto 3 et d'Areva dans les prochains jours. Le groupe finlandais TVO, qui a commandé le premier réacteur nucléaire EPR déployé dans le monde à la firme française, a en effet publié un état d'avancement des travaux. Les travaux "n'ont pas progressé de la façon prévue durant le printemps", explique-t-il, en précisant que certaines tâches, notamment l'installation des tuyauteries sur l'îlot central, ont été plus lentes qu'escompté, si bien que la finalisation de cette partie des travaux sera plus tardive que le calendrier prévu.
Jusque-là, TVO avait juste indiqué que le démarrage de la centrale pourrait être décalé au-delà de juin 2012. Cela devrait être le cas, selon le groupe finlandais, puisque Siemens, qui fait partie des sous-traitants, a indiqué que le consortium de construction n'était pas en mesure de fournir une estimation de la date de réalisation. TVO souligne que le constructeur clefs-en-mains est responsable du calendrier d'achèvement.
Initialement, le projet aurait dû être achevé en 2009, mais le chantier a connu de nombreux déboires. Les relations entre le client et Areva en ont été évidemment fort dégradées.

 


Les Echos, 10/9/2009:

Areva , la relance du nucléaire et le bourbier finlandais

Dimanche, Areva a franchi une étape décisive sur son chantier d'Olkiluoto en Finlande. Le groupe nucléaire a posé le dôme du bâtiment réacteur. Une prouesse technique : la bête mesure près de 47 mètres de diamètre et pèse 210 tonnes. Mais aussi une victoire symbolique : Olkiluoto 3 devient ainsi la première centrale [dit] de troisième génération au monde dont l'enceinte du bâtiment réacteur est achevée. Areva confirme donc son avance sur ses rivaux Westinghouse, la filiale de Toshiba, ou General Electric-Hitachi. Seul problème, cet EPR aurait dû être fini en mai dernier. Avec les retards pris par le chantier, ce sera le cas au plus tôt en 2012. Quant au budget, il a déjà dérapé de 80 %, passant de 3 à 5,3 milliards d'euros. Areva menace de stopper le chantier et s'oppose en justice à son client, l'électricien TVO, sur les responsabilités.

Six ans après la signature euphorique de ce contrat, en plein hiver nucléaire, on ne sait plus très bien si ce chantier est une référence ou une antiréférence pour le champion français. Mais surtout, il pose des questions sur le printemps de l'atome annoncé avec tambours et trompettes par les industriels du secteur, trop heureux de voir la contrainte carbone donner une nouvelle jeunesse à leur métier. « En Finlande, la renaissance du nucléaire tourne au vinaigre », écrivait en mai dernier le « New York Times ». Ce genre de publicité pourrait rester anecdotique si elle n'avait pas lieu aux Etats-Unis, pays emblématique, et si elle ne traduisait pas un sentiment général. Depuis l'éclatement de la crise, il y a un an, trois acteurs ont gelé leur programme nucléaire, l'Afrique du Sud, la province canadienne de l'Ontario et l'électricien américain Ameren. D'autres l'ont maintenu ou renforcé, la Chine, le Royaume-Uni, l'Inde, la France ou encore les Emirats arabes unis.

Mais les incertitudes sur le coût du nucléaire, magnifiées par la crise financière, pèsent sur sa relance. Particulièrement dans un marché de l'énergie libéralisé qui n'offre pas de garanties sur les prix de vente de l'électricité. Ces incertitudes sont dues en grande partie aux délais de construction des chantiers. Pourquoi ? Quand une centrale à cycle combiné gaz de 800 mégawatts est construite en quatre ans pour un budget d'environ 550 millions d'euros, il faut compter huit ans pour la construction d'une centrale nucléaire de 1.600 MW et un prix de 4 a 6 milliards d'euros. Concrètement, cela veut dire qu'un électricien ne commencera à toucher les fruits de son investissement nucléaire - s'il parvient à le financer - que huit ans après le feu vert au démarrage du chantier. Lors d'une conférence de la Société française d'énergie nucléaire, en juin, Yves Giraud, directeur du service économie, production, stratégie industrielle à la direction production ingénierie chez EDF, estimait que, dans le meilleur des cas, il fallait attendre vingt-cinq ans après la décision pour rentrer dans ses frais.

Dans le pire des cas, c'est-à-dire si le chantier dérape, le retour sur investissement est nul. Lionel Taccoen, l'un des responsables du programme nucléaire français dans les années 1980, affirme qu'au-delà de dix ans de construction (hors délais administratifs), le coût du nucléaire est prohibitif. En Finlande, Areva va dépasser sept ans, au lieu de quatre. Ceci ne témoigne pas d'une parfaite maîtrise, certes, mais ce n'est pas non plus exceptionnel. Surtout lorsqu'il s'agit d'une tête de série, comme c'est le cas avec l'EPR. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, les délais de construction de centrales dans le monde ont varié de 64 à 146 mois entre 1976 et 2008. Aux Etats-Unis, où les militants antinucléaires sont parvenus à l'interrompre, le chantier de Watts Bars 2 a été ouvert en 1972. Il doit être achevé en 2012

Les industriels sont conscients de ces écueils. Areva le premier, qui a tiré les leçons du bourbier finlandais. Pour ses nouveaux projets, le groupe présidé par Anne Lauvergeon veut par exemple limiter le nombre de sous-traitants avec lesquels il travaillera. Le groupe a aussi étoffé ses compétences. Mais certains éléments, comme l'attitude du client ou de l'autorité de sûreté locale et l'acceptation publique, continueront de lui échapper. Pour l'heure, paradoxalement, ses clients potentiels comme les Emirats arabes unis semblent voir dans le chantier finlandais autant une source de réconfort que d'inquiétude. Ils veulent profiter du retour d'expérience et comptent sur les équipes d'Olkiluoto pour ne pas répéter un même fiasco. Une chose est sûre, le groupe, obligé de céder ses actifs stratégiques et d'ouvrir son capital pour renflouer les pertes finlandaises et assurer sa croissance, n'a plus le droit à l'erreur.

THIBAUT MADELIN

 


Relance du nucléaire: il faut passer de la parole aux actes (Lauvergeon)

10/9/2009 - La présidente du groupe nucléaire français Areva, Anne Lauvergeon, a plaidé jeudi à Londres pour une accélération des investissements dans le secteur, pour répondre au défi du changement climatique et de la croissance de la demande en énergie dans les décennies qui viennent.

"Nous sommes confrontés à la première crise mondiale du XXIème siècle", entre une demande en énergie dopée par la croissance économique notamment dans les pays émergents, l'accroissement de la population mondiale, et le défi du changement climatique", a affirmé la dirigeante du groupe public, lors du symposium annuel de l'Association mondiale du nucléaire (World Nuclear Association, WNA).

"L'énergie est un défi majeur de notre civilisation. (...) Ce n'est plus le moment de parler de la relance du nucléaire, maintenant il faut passer aux actes", et "nous devons construire des centrales et des infrastructures", a poursuivi Mme Lauvergeon, devant un parterre d'industriels acquis à sa cause.

Elle a comparé l'investissement dans les énergies fossiles fortement émettrices de gaz à effet de serre à celui dans les "subprime" et autres actifs bancaires toxiques, et appelé à un développement conjoint de l'atome et des énergies renouvelables, qui sont selon elle "complémentaires".

 


EPR finlandais: TVO rejette les accusations d'Areva et exige respect du calendrier

HELSINKI (1/9/2009) - Le groupe finlandais d'énergie TVO, commanditaire du réacteur nucléaire EPR d'Olkiluoto en Finlande, a rejeté mardi les accusations d'Areva sur sa responsabilité dans les retards du chantier et exigé le respect du calendrier. "Nous avons été surpris de lire les informations publiées par Areva. TVO s'est plié aux termes du contrat du réacteur et aux méthodes de sécurité et s'attend à ce qu'Areva fasse de même", a déclaré le PDG du groupe finlandais, Jarmo Tanhua, dans un communiqué. "Le calendrier pour la construction est difficile et les spéculations publiques d'Areva sur l'arrêt du chantier ne le rendent pas plus facile", ajoute-t-il. Destiné à devenir le premier réacteur EPR [dit] de troisième génération, le réacteur d'Olkiluoto, prévu initialement pour l'été 2009 et qui ne devrait finalement entrer en service au plus tôt qu'au deuxième semestre 2012, accumule les retards et les dépassements de coûts. La présidente du directoire d'Areva, Anne Lauvergeon, a une nouvelle fois imputé ces surcoûts à TVO, lundi, après l'annonce d'une nouvelle provision sur le chantier dans les résultats semestriels d'Areva. "Le comportement de TVO nous empêche d'aller à la vitesse que nous voulons", a-t-elle affirmé.

 


Les Echos, 1/9/2009: 

Areva menace d'arrêter le chantier de l'EPR en Finlande

Le champion français du nucléaire a ajouté des provisions complémentaires de 550 millions d'euros au premier semestre, portant le total des provisions à 2,3 milliards d'euros sur ce contrat. Il durcit le bras de fer avec son client TVO.

Le premier EPR coûtera décidément cher à Areva. Le champion français du nucléaire a annoncé hier soir qu'il avait passé des provisions complémentaires de 550 millions d'euros au premier semestre sur ce réacteur de troisième génération en Finlande. Au total, le groupe s'attend maintenant à perdre 2,3 milliards d'euros sur ce contrat. Lors de la signature en décembre 2003 avec son client TVO, Areva tablait sur un projet d'un montant de 3 milliards d'euros. On va donc vers un doublement du coût. A l'époque, le groupe tricolore visait également une exploitation commerciale à la mi-2009. Aujourd'hui, il évoque un démarrage de l'installation en 2012, mais il se refuse à s'engager sur un délai ferme.

Changement de comportement

Le groupe présidé par Anne Lauvergeon reproche à son client de ne pas traiter les documents dans les délais prévus par le contrat. Il estime que TVO met onze mois à valider ces documents, contre deux mois prévus initialement. L'année dernière, les deux parties avaient convenu des mesures d'accélération des démarches, mais Areva estime qu'elles n'ont pas « été mises en oeuvre » par son client. « Ce comportement ne correspond pas aux pratiques habituellement observées lors de la construction de centrales clefs en main et occasionne des délais et des coûts supplémentaires », affirme Anne Lauvergeon. TVO rejette ces accusations.

Dans ce contexte, la patronne d'Areva menace pour la première fois de stopper le chantier si son client ne change pas de comportement. En principe, les dernières phases du projet doivent commencer la semaine prochaine, avec la pose attendue du dôme du bâtiment réacteur. Elles incluent l'installation des tuyauteries, puis les essais et la mise en service. Mais le groupe a décidé de ne lancer ces travaux qu'« après avoir obtenu l'accord de TVO » sur la façon de les mener à bien « tant en termes de délais que de coûts ».

C'est peu dire que le conflit se radicalise entre Areva et TVO, même si Anne Lauvergeon préfère parler d'une attitude « plus formaliste », faute de règlement à l'amiable. Les deux sociétés s'opposent déjà en justice. TVO demande à son fournisseur de lui verser environ 2,4 milliards d'euros au titre du retard du projet. De son côté, le groupe français et son partenaire allemand Siemens ont lancé une procédure en arbitrage auprès de la Chambre de commerce internationale. Ils exigent de TVO 1 milliard d'euros de compensation pour son retard dans le traitement des documents. Mais ce genre de procédures peut durer des années

Les nouvelles provisions ont pesé sur les comptes d'Areva au premier semestre. Le groupe a enregistré un résultat opérationnel de seulement 16 millions d'euros, contre 539 millions d'euros sur la même période l'année dernière. Mais le résultat hors provisions s'est lui aussi dégradé dans un environnement moins favorable, baissant de 34 %, à 566 millions d'euros. Il s'est détérioré dans toutes les activités, y compris celle de transmission et de distribution de l'électricité (T&D) actuellement en vente. Du coup, le groupe ne table plus sur une progression de son résultat opérationnel pour cette année, mais sur une performance voisine de 2009.

 


EPR: la Finlande réclame une enquête sur les conduites fissurées

13/5/2009 - L'autorité finlandaise de sécurité nucléaire (STUK) a indiqué mercredi avoir suspendu les travaux de soudure sur le chantier de l'EPR construit par le groupe français Areva, dans l'attente des conclusions d'une enquête sur des conduites fissurées. Les conduites qui devront relier le réacteur nucléaire et son générateur de vapeur étaient soudées en France pour le compte d'Areva mais l'opération a été interrompue après que des tests ont révélé des fissures microscopiques sur les conduites. STUK souhaite qu'Areva et le groupe nucléaire finlandais TVO l'informent des circonstances qui ont entraîné les dégâts avant que les travaux de soudure ne reprennent. "Nous devons savoir ce qui a provoqué ces fissures et comment elles peuvent être réparées.Nous ne donnerons pas notre feu vert pour une reprise des travaux de soudure avant cela", a dit le directeur adjoint de STUK, Martti Vilpas. L'autorité de sécurité nucléaire veut être certaine que les fissures ne compromettront pas la sécurité de la centrale nucléaire, a-t-il ajouté. "Si elles craquent, cela pourrait provoquer une fuite radioactive", a souligné M. Vilpas. De son côté, le directeur général d'Areva en Finlande a assuré que les fissures n'étaient pas très importantes et qu'elles pouvaient être facilement réparées. "Ces fissures se situent à la surface des conduites et n'ont pas de conséquences sur les propriétés physiques ou la sécurité" de ces conduites, a expliqué Osmo Kaipainen. Cependant, Greenpeace a exigé du gouvernement finlandais qu'il interrompe tous les travaux sur le site d'Olkiluoto, où est construit l'EPR. L'association écologiste craint que les questions de sécurité ne fassent pas l'objet de suffisamment d'attention, en raison d'impératifs de calendrier. "En 2006, certaines de ces conduites avaient dû être coulées à nouveau. Il semble que le problème ne réside pas dans les travaux de soudure mais dans le matériau lui-même", a déploré Lauri Myllyvirta, militant chez Greenpeace sur les questions énergétiques. Il a ajouté que Greenpeace souhaitait qu'une enquête indépendante soit menée sur le chantier. L'EPR finlandais est un des deux réacteurs nucléaires de troisième génération actuellement en construction dans le monde, avec celui de Flamanville (Normandie) en France. Il sera le cinquième réacteur de Finlande et le troisième de la centrale nucléaire du groupe TVO à Olkiluoto. Lancé en septembre 2005 par le consortium en instance de divorce Areva-Siemens, le chantier de construction de l'EPR de Finlande accumule retards et conflits juridiques et ne devrait pas entrer en service avant début 2012, avec plus de trois ans sur le calendrier initial.

 


Valeurs actuelles, 7/5/2009: 

Olkiluoto "OL3", le bourbier d'Areva

Nucléaire. La centrale EPR finlandaise: un chantier vitrine qui tourne au cauchemar.

Depuis Helsinki, quatre heures de route à travers des paysages de campagne désolée sont nécessaires pour rejoindre Olkiluoto,au sud-ouest de la Finlande. C'est sur cette presqu'île de 900 hectares balayée par les vents qu'Areva construit dans la douleur "OL3", son premier EPR, réacteur à eau pressurisée de troisième génération.

Passé les grilles d'entrée, il faut enfiler chaussures de sécurité et gilet fluorescent pour accéder au réacteur, gigantesque pièce de Lego circulaire hérissée de grues sous un ciel immaculé.

«Une fois terminé, le bâtiment fera dix fois la taille du Parlement finlandais », explique le responsable de communication de l'électricien TVO, futur propriétaire de l'ouvrage. Or, c'est là que réside l'inconnue: quand Areva achèvera-t-il donc ce chantier hors normes lancé en 2005 ?

Quatre années après le début des travaux, la livraison du réacteur est déjà annoncée avec trois ans de retard. À quoi s'ajoute un surcoût de 1,5 milliard d'euros, soit 50 % de plus que les 3 milliards initialement annoncés. « Chaque jour qui passe allonge la facture de 1 million d'euros », ajoute Matti Harjuniemi, président du syndicat des salariés de la construction, Rakennusliitto.

Lors de son lancement, OL3 promettait d'être une formidable vitrine pour le groupe nucléaire français, l'occasion de prendre une longueur d'avance sur les consortiums Toshiba-Westinghouse et GE-Hitachi. Or, Areva est aujourd'hui engoncé dans un bourbier qui rejaillit sur son image et la pérennité économique de son réacteur. « Il y a eu trop d'enthousiasme, juge Riku Huttunen, responsable des questions énergétiques au ministère de l'Économie. Achever OL3 en 2009 était irréaliste. »

Allongement des délais d'obtention des licences de construction, augmentation du prix des matières premières, retards dans la livraison du béton, soucieux d'accélérer le déroulement des opérations, l'industriel français demande dès 2006 à son sous-traitant, Bouygues, d'accélérer les travaux: «Au départ, il était convenu que Bouygues serait payé un prix fixe pour construire le réacteur, explique un syndicaliste. Depuis la renégociation, il n'y a plus de plafond. Bouygues facture chaque heure travaillée. »

Originellement au nombre de 3000, les employés sont désormais 4 500, rabattus par une myriade de sociétés de travail temporaire qui, de l'avis des syndicats, n'en rendent la gestion d'OL3 que plus complexe. « Il est impossible d'avoir une vue d'ensemble de ce qui s'y passe », assure le pasteur Sakari Leppänen, qui officie sur le chantier. « Le manque de coordination entre les différentes entités est évident. » La Finlande manquant de main-d'oeuvre spécialisée, il a fallu recourir à des talents étrangers.Aujourd'hui, cinquante-six nationalités travaillent pour le compte de trois cents sous-traitants, ce qui ne va pas sans poser des difficultés de communication ­ et rallonger encore les délais.

À l'image de Kamil, 25ans, un millier de Polonais, attirés par le nouvel "eldorado nucléaire", sont accourus avec parents, frères et soeurs à OL3. « On est là pour le cash », affirme l'ouvrier, qui a effectué un périple de deux jours en bus et en bateau via Varsovie, la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie avant d'accoster à Helsinki. Une fois arrivés à Olkiluoto, on les a entassés dans des baraquements aménagés aux abords de la presqu'île. «Des conditions presque inhumaines », juge le pasteur Leppänen.

Des moyens qui ne semblent pourtant pas réduire les retards affichés par l'EPR : « Le chantier est tellement complexe que les Polonais le surnomment "la plus grande institution mentale au monde" », explique un employé de Bouygues. Pour Marti Katka, responsable des questions énergétiques au sein d'un syndicat patronal, la déception des autorités finlandaises est réelle: « Le sentiment général est qu'Areva a trop promis.

 


L'Usine nouvelle, 12/5/2009: 

EPR finlandais: les déboires s'accumulent !

L'autorité de sûreté nucléaire finlandaise a ordonné la suspension des travaux de soudure du circuit primaire qui équipera la centrale nucléaire d'Olkiluoto, vitrine du nouveau réacteur EPR d'Areva.

Mardi 12 mai, l'autorité de sureté finlandaise (Stuk) a ordonné la suspension des travaux de soudure sur la tuyauterie du circuit primaire qui équipera la centrale nucléaire d'Olkiluoto (OL3), vitrine du nouveau réacteur EPR d'Areva, actuellement en construction.

Elle a en effet observé des microfissures sur plusieurs segments de tuyaux, des pièces très sensibles puisqu'elles relient le réacteur aux générateurs de vapeur et au système de refroidissement. Ces pièces sont forgées et assemblées en France. Tout semble indiquer qu'il s'agit du site Creusot Forge au Creusot (Saône-et-Loire), mais chez Areva, ni le siège social ni l'usine ne le confirmaient mardi soir.

Comme la décision de l'autorité de sûreté ne porte que sur la suspension de ces soudures, le chantier d'Olkiluoto lui-même, actuellement en phase de génie civil, n'est pas perturbé. TVO, la compagnie d'électricité finlandaise qui a commandé l'ouvrage à Areva, a publié un communiqué en ce sens.

« Mais si le problème venait à durer, nous ne serions plus en mesure de livrer le chantier et nous prendrions du retard », commente-t-on chez Areva, où on se sait attendu au tournant à cause de multiples reports dans le calendrier des travaux. De plus, c'est la deuxième fois que des microfissures sont observées sur la tuyauterie du circuit primaire. Une première campagne d'inspection avait montré des fractures de 1 à 2 mm de long et 1,8 mm de profondeur sur une section de 190 mm.

Les ONG se sont engouffrées dans la brèche pour réclamer l'annulation du permis de construire de la centrale, censée préfigurer le renouveau du nucléaire sur la planète. Ainsi, en France, un EPR est en construction à Flamanville (Manche). Le chantier, censé s'achever en 2012, a lui aussi connu des défaillances techniques, cette fois au niveau de la qualité des bétons. Il y a quelques jours, l'Autorité de sureté nucléaire a considéré que l'incident était clos.

 

A propos de fissures, lire:

- La saga des fissures sur le palier N4
- La fissuration des couvercles de réacteurs... plus importante que prévu Le Monde 27 janvier 1993 (Jpeg), à propos d'Inconel 600.
- Nucléaire: les travaux forcés d'EDF, Le Monde 1 avril 1993 (Jpeg).
- Les mauvais tuyaux des centrales nucléaire, Libération, 6-7 février 1993 (Jpeg).
- Fissures fatales ?

- Embrouilles dans les centrales
- Un cauchemar de plomberie (Pdf 432 Ko)
- Difficultés techniques (Pdf 1,2 Mo)
- Les centrales nucléaires françaises en crise (août 1982, Science & Vie n°779, en Pdf 128 Ko)

 


Le Figaro, 26/2/2009: 

La Finlande pèse sur les comptes d'Areva

Le groupe profite de la croissance du marché du nucléaire civil. Toutefois, le retard pris par le chantier de l'EPR a entraîné une provision supplémentaire de 749 millions d'euros.

C'EST une situation un peu paradoxale qu'est en train de vivre Areva, le groupe français leader mondial du nucléaire. D'un côté, plus un mois, voire plus une semaine, ne s'écoule sans qu'un nouveau pays affiche son intérêt pour l'EPR, le réacteur nucléaire de troisième génération, de la technologie duquel Areva dispose seul. Après l'Inde, c'est l'Italie qui vient tout juste d'annoncer que la relance de son nucléaire ferait appel à cet outil. Autrement dit, le carnet de commandes tourne à plein régime, d'autant que chaque nouvel EPR s'accompagne de nombreux services associés. C'est ce « business » récurrent qui fait la force d'Areva, d'autant que son modèle intégré lui offre un formidable avantage concurrentiel.

Mais c'est aussi ce même EPR, en l'occurrence le prototype que construit actuellement Areva en Finlande, qui lui cause quelques soucis. La facture de ce réacteur est en effet de plus en plus salée. À Olkiluoto (Finlande), le chantier a pris tellement de retard qu'il pénalise désormais de manière récurrente les comptes de l'entreprise. Areva, qui présentait hier ses résultats annuels, a indiqué qu'il avait été contraint d'inscrire en 2008 une provision supplémentaire de 749 millions d'euros. De telle sorte que le groupe français estime désormais le total des provisions du chantier finlandais (OL3) à 1,7 milliard d'euros. Et ce n'est peut-être pas fini, car TVO, le client finlandais d'Areva, lui réclame des pénalités pour un montant total de 2,4 milliards d'euros. Ce que conteste formellement Anne Lauvergeon, la présidente du directoire d'Areva.

À l'arrivée, victime d'OL3, le résultat net d'Areva a reculé d'environ 20 % l'année dernière, atteignant 589 millions d'euros. Il a été obtenu sur un chiffre d'affaires de 13,2 milliards d'euros, en progression de 10,4 %.

Les discussions se poursuivent

Pourtant, malgré les difficultés de l'EPR finlandais, Areva veut envisager l'avenir de manière optimiste. Non seulement parce que le chantier en question avance malgré tout « demanière significative », mais aussi et surtout parce que le carnet de commandes du groupe a augmenté de 21,1 % en 2008, s'établissant à 48,2 milliards d'euros.

Pour 2009, Areva, qui échappe à la crise, maintient l'ensemble de ses objectifs, à commencer par une enveloppe d'investissement s'élevant à 2,7 milliards d'euros que le groupe a eu bien du mal à financer. Après plusieurs semaines de négociations avec les pouvoirs publics, le groupe a obtenu que l'État lui apporte les moyens financiers nécessaires à son développement. Reste maintenant à en connaître les modalités. De ce côté-là, les discussions se poursuivent, étant entendu qu'Anne Lauvergeon défend vigoureusement le principe d'une augmentation de capital.

D'une manière générale, les discussions ne sont pas près de s'interrompre entre le groupe nucléaire et sa tutelle. En marge de la question des investissements, l'Élysée travaille aussi sur la recomposition de toute la filière nucléaire française.



Finlande: TVO réclame 2,4 mds EUR à Areva et Siemens pour le retard de l'EPR

28/1/2009 - Le producteur d'électricité finlandais Teollisuuden Voima Oyj (TVO) réclame 2,4 milliards d'euros à Siemens et Areva pour le retard de 38 mois pris dans la construction du réacteur de 3ème génération (EPR) d'Olkiluoto en Finlande, selon un document publié sur le site internet de Siemens. Réunis au sein d'un consortium, le groupe industriel allemand et le groupe nucléaire français construisent pour le compte de TVO un des deux premiers réacteurs au monde (avec celui de Flamanville en France). Mais le chantier a pris 38 mois de retard, selon les documents publiés par Siemens. Prévu initialement pour mi-2009, le démarrage de l'EPR d'Olkiluoto ne devrait donc pas intervenir avant le deuxième semestre 2012. TVO et le consortium Areva-Siemens se rejettent chacun la responsabilité de ce retard, Areva affirmant notamment que TVO met beaucoup trop de temps à valider les documents transmis vers l'Autorité de sûreté nucléaire finlandaise.

 


La Tribune, 17/10/2008: 

Areva: retards confirmés pour l'EPR finlandais

L'électricien finlandais TVO a indiqué ce vendredi que le démarrage du réacteur nucléaire est reporté à 2012 contre la date de 2009 initialement prévue. Il précise que ce nouveau retard va entraîner des coûts supplémentaires pour Areva. Areva va enregistrer de nouveaux retards sur son chantier de l'EPR finlandais. L'information est donné par le client d'Areva, l'électricien finlandais TVO à l'agence Reuters. TVO indique ainsi que le démarrage de l'EPR finlandais Olkiluoto 3 (OL3) est reporté à 2012 contre une mise en service officiellement prévue en 2011. "Le retard est dû à la construction béton", explique le directeur du projet chez TVO, Jouni Silvennoinen. Ce dernier précise également que ce nouveau report va entrainer des coûts supplémentaires pour son partenaire français Areva, sans donner de montant précis. De son côté, le groupe nucléaire n'a pas commenté ces informations. Le chantier de l'EPR finlandais multiplie les retards depuis son lancement. Le réacteur nucléaire de troisième génération devait initialement entrer en service en 2009, selon le contrat liant TVO au consortium composé d'Areva et de l'allemand Siemens. De fait, la facture totale pour Areva ne cesse de s'alourdir. Le groupe a déjà annoncé fin août une nouvelle provision en raison de surcoûts pour tenir le calendrier et de difficultés des sous-traitants, sans en préciser le montant. Le montant de ces provisions atteindrait 1,5 milliard d'euros, mais la facture pourrait être plus importante en comptant les pénalités de retard.

 


Les Echos, 17/10/2008: 

Nucléaire/Areva: encore un retard pour l'EPR finlandais

Le projet de centrale nucléaire EPR (réacteur pressurisé européen) en cours de construction en Finlande « est et restera exigeant jusqu'au bout. » Philippe Knoche, le responsable du dossier chez Areva, ne cache pas les difficultés auxquelles est confronté le groupe nucléaire depuis le début des travaux, au mois d'octobre 2005. De là à décaler une nouvelle fois le calendrier, il n'y a qu'un pas, que le dirigeant se refuse à franchir à ce stade. Mais la frilosité manifestée tant du côté d'Areva que de son client, l'électricien finlandais TVO, laisse peu de place au doute.

Pour la sixième fois depuis le début des travaux, les deux acteurs pourraient annoncer prochainement un nouveau retard. Le premier réacteur de troisième génération conçu par Areva ne serait pas prêt en 2011, mais en 2012. Initialement, le contrat liant TVO au consortium composé d'Areva et de Siemens prévoyait une mise en service en 2009. « Aujourd'hui, nous avons vingt-cinq mois de retard comparé au plan », confie Jouni Silvennoinen, responsable de projet chez TVO.

Pour l'heure, la tension monte entre le champion français du nucléaire et son client. A la fin du mois d'août, la présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, avait confirmé avoir passé des « provisions complémentaires » sur le chantier d'Olkiluoto, au sud de la Finlande, et lancé une procédure en arbitrage visant indirectement à partager le surcoût occasionné par ces retards. La facture totale pourrait atteindre 4,5 milliards d'euros, au lieu des 3 milliards initialement prévus.

Des raisons multiples
Les raisons des retards - compréhensibles pour une tête de série - sont multiples. Au départ, le consortium avait sans doute péché par optimisme alors même que la moyenne de construction des réacteurs de deuxième génération était de six ans. Il a vite été confronté à des délais particulièrement longs et inattendus dans les procédures exigées par l'autorité de sûreté finlandaise, STUK, et TVO. Le délai contractuel moyen de chaque autorisation devait durer environ deux mois. En fait, il est de sept à neuf mois...

Or la construction de ce nouveau réacteur censé résister à des attaques terroristes nécessite un accord sur pas moins de 100.000 documents d'ingénierie ! Pour certains éléments, comme les pompes ou les vannes, il peut falloir dix fois plus d'autorisations qu'en France, l'autorité de sûreté locale validant les documents étape par étape.

Un effort commun
Cette lourdeur administrative n'explique pas tout. Le consortium est lié à plus de 1.000 sous-traitants. Outre la complexité qu'une telle jungle représente, Areva semble avoir à redire sur le travail de certains d'entre eux. A la fin du mois d'août, le groupe nucléaire avait justifié la constitution de nouvelles provisions par des difficultés anticipées en matière de génie civil. Des activités placées sous la responsabilité de Bouygues.

Pour maintenir son nouveau calendrier, qui inclut une année d'essai du réacteur, les équipes travaillent six jours sur sept, en 3?8. Le consortium et TVO ont aussi mis en place des mesures d'accélération du chantier. Selon Philippe Knoche, celles-ci « visent à fluidifier les échanges et faire avancer plus rapidement les procédures d'approbation ». Le but est de se rapprocher des délais d'environ huit semaines prévus dans le contrat. Cet effort commun prouve que les deux parties arrivent à travailler ensemble, même si la procédure en arbitrage auprès de la Chambre de commerce internationale suit son cours.

 


L'EPR finlandais devrait entrer en activité à la mi-2011

16/10/2008 - Le premier réacteur nucléaire de 3ème génération (EPR), en cours de construction en Finlande, devrait entrer en activité à la mi-2011, soit avec deux ans de retard par rapport au calendrier initial, a indiqué jeudi un responsable du groupe énergétique finlandais TVO. "La date de démarrage est mi-2011", a déclaré jeudi Jouni Silvennoinen, chef du projet de construction de l'EPR "Olkiluoto 3" chez TVO. "Ce calendrier est un défi mais ce sont les informations que nous avons aujourd'hui", a-t-il ajouté, au cours d'une rencontre avec des journalistes. Le nouveau réacteur d'Olkiluoto est construit par un consortium composé du groupe français Areva et de l'allemand Siemens. Il s'agira du premier réacteur de troisième génération au monde. La construction du réacteur a connu plusieurs retards successifs. Il devait entrer en activité mi-2009 mais Areva avait déjà annoncé un report en 2011, sans plus de précision. Le réacteur "OL3" sera le cinquième de Finlande et le troisième de la centrale nucléaire d'Olkiluoto. Environ 28% de l'électricité consommée en Finlande provient du nucléaire.

 


EPR en Finlande: Areva a demandé un arbitrage sur un différend avec TVO

1/9/2008 - Areva a lancé cet été une procédure d'arbitrage pour trancher un différend avec son partenaire finlandais TVO sur le chantier du réacteur nucléaire EPR en Finlande, a-t-on appris lundi auprès du groupe nucléaire français. "Sur un élément précis du début du chantier qui constituait un différend entre Areva et (l'électricien) TVO, les discussions n'ont pas abouti. Areva a donc décidé d'avoir recours à une procédure d'arbitrage", a précisé un porte-parole d'Areva. Areva a demandé cet arbitrage cet été, a-t-on ajouté. La présidente du directoire d'Areva, Anne Lauvergeon, avait évoqué vendredi, lors de la présentation des résultats semestriels du groupe, le "lancement d'une première procédure d'arbitrage", sans plus de précisions. Areva a dégagé au premier semestre un bénéfice record mais a passé une nouvelle provision liée à des "surcoûts" sur le chantier de l'EPR en Finlande. Les retards pris dans l'exécution de ce chantier ont déjà conduit Areva à différer à 2011 la mise en service du réacteur, initialement prévue pour 2009. A ce jour, ce calendrier est maintenu, a indiqué vendredi Mme Lauvergeon.

 


L'Express, 28/8/2008: 

Areva accumule les dérapages sur l'EPR

Le groupe nucléaire français, dirigé par Anne Lauvergeon, enchaîne les retards sur le site d'Olkiluoto, le tout premier réacteur EPR. La facture serait passé de 3 à 4,5 milliards d'euros pour une centrale qui ne sera pas prête avant 2011. Explications.

Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, leader mondial du nucléaire, a-t-elle préjugé de ses capacités, en prétendant construire la toute première centrale nucléaire EPR - la nouvelle génération de réacteur - en Finlande? Les dérapages continuent de s'empiler sur le site d'Olkiluoto, plombant les coûts de production et faisant exploser les pénalités.

Il est fort douteux, dans les conditions actuelles, qu'Areva remette les clefs de la centrale à son exploitant TVO avant 2011 alors que le contrat stipulait 2009. Trois ans après le démarrage du chantier, la facture serait passée de 3 à 4,5 milliards d'euros, selon le journal économique Les Echos.

Au point qu'Areva a dû passer, une nouvelle fois, une « provision significative » destinée à payer la hausse des matériaux et les salaires des équipes appelées en Finlande pour renforcer les équipes déjà sur place.

Sur le fond, Areva paye le prix - très - fort pour acquérir un métier d'architecte industriel d'ensemble qu'elle n'a jamais eu. L'ambition d'Anne Lauvergeon est claire: être présent à tous les stades de la construction, sans être obligé de faire appel à des ensembliers extérieurs qui ont la maîtrise des grands chantiers, français comme EDF, sinon Bouygues, ou américains, tel Bechtel.

Cette volonté de maîtriser l'ensemble se traduit, ainsi, par une guerre à couteaux tirés avec EDF, qui (fort de son parc atomique) se veut le seul architecte compétent dans le monde en matière de nucléaire civil. Le problème est que, depuis 15 ans, personne n'a construit de centrales nucléaires dans les pays occidentaux. Ce qui a conduit au tarissement de la filière, d'autant que la plupart des ingénieurs qui connaissaient la musique sont partis en retraite.

Un mal qui frappe aussi EDF, auquel l'Autorité de sûreté nucléaire française a reproché un manque de rigueur dans la surveillance des coulées de béton de la future centrale EPR de Flamanville. Un ancien commente: « Même EDF, qui a conservé une certaine culture nucléaire maison, connaît des difficultés. Areva a pêché par orgueil, en faisant comme si c'était évident, pour elle, de conduire un chantier nucléaire alors qu'elle avait tout à apprendre. »

Par ailleurs, si les ingénieurs nucléaires sont restés sans emploi - sauf celui de digérer (sur le papier) le retour d'expérience de la construction des centrales précédents - les autorités de sûreté nucléaire ne sont pas, elles, restées l'arme au pied. Encore traumatisées [non elles ne sont pas "traumatisées", mais en cas d'accident, elles seront en première ligne pour ce qui est des responssabilités] par Three Mile Island et, surtout, Tchernobyl, elles ont multiplié les nouvelles normes et les exigences. Ainsi, ont-elles exigé, après le 11 septembre, que les centrales résistent à la chute d'un avion de ligne - un surcoût proche de 100 millions d'euros par centrale. Un expert analyse les rapports de force: « Les autorités de sûreté ne veulent prendre aucun risque et elles ont raison. Mais leurs contrôles, parfois tatillons, participent au jeu de pouvoir qu'elles développent avec le constructeur. »

« Sortir du nucléaire » parle de dangereuse faillite et demande l'arrêt des chantiers finlandais et français. Areva garde son sang froid: « Olkiluoto est un prototype et il est normal que nous essuyions les plâtres, en payant cher pour acquérir de l'expérience et garder notre avance. » Les milieux financiers s'y sont faits [lire: Areva piégé par les déboires de ses réacteurs EPR]. D'autant qu'Anne Lauvergeon, 9ème femme la plus puissante du monde selon le dernier classement magazine américain Forbes, leur présentera, le 29 août, un bilan semestriel exceptionnel, caractérisé par le plus gros profit de l'histoire du groupe: 750 millions d'euros.



FPS, 14/8/2008: 

Areva / Bouygues: le ton monte autour de l'EPR finlandais (Financial Times)

Les tensions qui couvaient entre Bouygues et Areva sur l'EPR finlandais ont toutes resurgies en même temps alors que l'autorité de sûreté finlandaise (STUK) a décidé d'ouvrir une enquête sur le chantier du réacteur, rapporte le 'Financial Times'. Une étude de Greenpeace et le fait que les médias se fussent emparés de l'affaire rendent le dossier très sensible. Selon le quotidien britannique, Areva a réagi en se montrant étonné de la réaction des autorités finlandaises et en rappelant qu'elle s'est conformée aux indications du STUK sur la sécurité, particulièrement sur les travaux de soudure mis en cause, en évoquant le cas avec son sous-contractant Bouygues. Mais Bouygues a démenti être intervenu sur cette partie du chantier et a exigé qu'Areva revienne sur ses déclarations, alors que le groupe nucléaire a persisté dans ses déclarations. Pour la 'FT', cela illustre la lutte d'influence qui est en train de s'installer alors que Bouygues souhaite un rapprochement entre Alstom, dont il est désormais le principal actionnaire, et Areva. Les tensions pourraient menacer un projet crucial pour Bouygues et Areva, estime le journal financier, qui rappelle que l'EPR français de Flamanville a également connu des alertes sur la conception, confiée là aussi au géant français du BTP...

 


Libération, 14/8/2008: 

Défauts béton pour l'EPR finlandais


Fruit d'une collaboration entre le français Areva et l'allemand Siemens, le réacteur nucléaire de troisième génération, qui devait voir le jour en 2009, ne devrait finalement être mis en service qu'en 2011, six ans après le début du chantier.

SÉBASTIEN BUFFET, ENVOYÉ SPÉCIAL À OLKILUOTO

Sur l'île d'Olkiluoto, dans le sud-ouest de la Finlande, des baraques blanches parsèment la route de campagne menant à l'un des deux parcs nucléaires du pays. De part et d´autre de la chaussée, elles forment des lotissements sans charme hérissés de paraboles. Ces maisonnettes en préfabriqué abritent plusieurs centaines de travailleurs étrangers qui, jour et nuit et à longueur d'année, poursuivent la construction d'une centrale nucléaire jamais vue : le réacteur [dit] de troisième génération EPR.

Fruit d'une collaboration entre le français Areva et l'allemand Siemens, l'EPR (dont un deuxième exemplaire est aussi en construction à Flamanville, en France), offre, selon ses concepteurs, des garanties de sécurité exceptionnelles : la centrale doit, par exemple, pouvoir résister au crash d'un avion [de tourisme] ! Alors qu'il devait initialement voir le jour en 2009, l'EPR finlandais ne devrait être mis en service qu'en 2011, soit six ans après le début du chantier.

«Déçus». Emaillé de déconvenues, ce dernier a accumulé des retards qui ne laissent pas d'agacer le futur opérateur de la centrale, la compagnie d'électricité privée TVO (Teollisuuden Voima Oyj). «Nous sommes extrêmement mécontents et déçus de l'exécution de ces travaux et de leurs retards, dénonce Martin Landtman, le responsable du projet chez TVO. Nous supposions, au moment de la signature du contrat, que les délais seraient tenus.»

Du côté d'Areva, si on reconnaît le caractère ambitieux du planning, on préfère mettre les retards sur le dos des sous-traitants. «Nous travaillons avec un réseau de fournisseurs qui n'a pas construit de centrale depuis vingt ans en Finlande et quinze ans dans le reste de l'Europe occidentale», plaide Philippe Knoche, chargé de la supervision du projet chez Areva.

Sur le chantier de cinq hectares, 3 000 ouvriers et ingénieurs originaires d'une soixantaine de pays s'activent quotidiennement. La plupart viennent de Pologne, d'Allemagne et de France. Cernée par une vingtaine de grues, la future centrale laisse apparaître une tour s'élevant à 30 mètres de hauteur. C'est là, dans cette tour à moitié édifiée, que sera confiné le réacteur nucléaire. Attenant au coffre de ce dernier se trouve le bâtiment, quasi achevé lui, qui abritera la turbine, construite par Siemens.

A quelques mètres de l'édifice repose, à même le sol, la paroi métallique sur laquelle le premier mur de béton protecteur sera encastré. Or, au rang des anomalies recensées, cette paroi figure en bonne place. L'autorité de sûreté nucléaire finlandaise, la Stuk, y a décelé des problèmes de soudures, lesquelles ont dû être refaites. «Nous avons découvert des déformations sur la paroi qui n'était pas lisse», dit Petteri Tiippana, inspecteur à la Stuk. Selon lui, ces déformations sont le résultat d'un «processus de fabrication et de soudage de piètre qualité».

Management. Dans le collimateur de la Stuk aussi, la dalle de fondation en béton supportant la centrale, une pièce essentielle à la sécurité de l'ouvrage. Dans un rapport d'enquête publié à l'été 2006, le gendarme nucléaire finlandais ne mâchait pas ses mots pour dénoncer un changement dans la composition du béton, rendant ce dernier plus poreux. «L'incompétence du constructeur apparaît évidente dans la préparation du bétonnage de la dalle de fondation», peut-on y lire. «Nous n'avons jamais cassé le béton qui a été coulé en Finlande», tient à préciser Philippe Knoche. Les circuits de refroidissement de la centrale n'ont, eux, pas connu le même sort. Les huit pièces de 10 mètres de long et d'un mètre de diamètre, faites chacune d'un seul tenant, ont été réalisées de telle sorte qu'elles ne permettaient pas leur contrôle par ultrason, alors que la législation finlandaise l'exige.

«Là, la non-conformité était telle que nous avons dû refabriquer les pièces», concède Knoche. Au final, ce sont donc plus de 2000 anomalies - pour la plupart d'ordre administratif - qui ont été détectées par Areva, TVO ou l'un des nombreux sous-traitants. La Stuk n'en a, pour sa part, répertorié que 100 à 200. «Le nombre de non-conformités relevé par nos soins est plutôt faible et c'est ainsi qu'il doit en être», convient l'inspecteur de la Stuk, Petteri Tiippana. Et d'ajouter : «Comme il y a 1 900 sous-traitants travaillant sur le chantier, cela fait environ une non-conformité par entreprise, ce qui est peu

Pour expliquer les déboires d'Areva sur ce chantier censé illustrer son avance technologique par rapport à ses concurrents, TVO et la Stuk évoquent tous deux des problèmes de management. Le groupe français, habitué à travailler avec EDF, n'aurait pas su gérer sa double casquette de maître d'ouvrage et de fournisseur. A ce titre, la Stuk met en cause la gestion «pas adéquate» des sous-traitants. Alors que la facture initiale de l'EPR s'élève à 3 milliards d'euros, le montant final pourrait, sous le coup des retards en série, approcher les 4,5 milliards. Une somme que TVO se refuse à commenter.

Choix. Areva peut s'attendre à payer au prix fort ses revers : les indemnités de retard devraient lui coûter plusieurs centaines de millions d'euros. En Finlande, la construction d'OL 3 (Olkiluoto 3, petit nom de l'EPR), est le fruit d'une décision politique, entérinée par le Parlement début 2002. Selon TVO, les 1600 MW (mégawatt) de puissance dégagés par l'EPR devront alimenter une industrie locale gourmande en énergie et garantir l'approvisionnement énergétique du pays nordique, aujourd'hui assuré pour partie par la Russie et la Suède.

L'EPR ne fait cependant pas l'unanimité. Au sein même de la coalition de centre-droit au pouvoir, une voix dissonante portée par le parti écologiste finlandais, La Ligue Verte, se fait entendre. La présidente du groupe parlementaire vert, Anni Sinnemäki, récuse ainsi le choix fait en 2002. «La Finlande aurait très bien pu satisfaire ses besoins en énergie sans cette cinquième centrale, en investissant dans les énergies renouvelables et le gaz naturel, comme l'alternative à la solution nucléaire le prévoyait alors», estime-t-elle.

 


Le Temps (Suisse), 27/6/2008: 

Cauchemar pour la vitrine française du nucléaire

Reportage. Eric Albert, envoyé spécialà Olkiluoto (Finlande)

En Finlande, les Français d'Areva construisent la première centrale «troisième génération» du monde. Mais le projet a pris deux ans de retard et son budget a dérapé.

Le chantier est gigantesque. Une vingtaine de grues s'élèvent sur un terrain de 5 hectares, tandis que l'immense tour centrale de béton qui contiendra le réacteur nucléaire s'élève déjà à 30 mètres du sol, à mi-hauteur de la taille finale. La salle des turbines, à moitié construite, s'étend sur une centaine de mètres de long. En arrière-plan, les eaux glacées de la mer Baltique seront bientôt utilisées comme refroidissant naturel [??] pour celles passant autour du coeur nucléaire.

C'est dans ce coin reculé de Finlande, sur l'île d'Olkiluoto, à trois heures de route d'Helsinki, que se joue une partie de l'avenir du nucléaire civil. L'entreprise d'électricité finlandaise TVO y a commandé en décembre 2003 au français Areva et à l'allemand Siemens la première centrale nucléaire [dite] de «troisième génération», dite European Pressurised water Reactor (EPR). La nouvelle technologie se veut plus sûre et plus efficace : elle utilise moins d'uranium pour produire plus d'électricité.

Mais le chantier, qui était censé être une vitrine de la technologie atomique française, tourne progressivement au cauchemar. La construction devait prendre quatre ans et demi. Elle en prendra au moins sept. Elle devait coûter 3 milliards d'euros. Elle en coûtera probablement entre 4,5 et 5 milliards, même si Areva refuse de confirmer ces chiffres. «Nous sommes très déçus», s'agace Martin Landtman, directeur du projet à TVO, homme qui pratique pourtant couramment la langue de bois. Ces dérapages sont de mauvais augure pour le constructeur nucléaire français.

Areva et Siemens ont accumulé une longue liste d'erreurs dans la gestion de la construction: l'autorité de régulation STUK a pointé jusqu'à présent 2200 fautes ! Si la grande majorité d'entre elles sont d'ordre administratif, certaines sont nettement plus sérieuses: des trous ont été percés au mauvais endroit dans la coque en acier recouvrant la centrale; le béton coulé au niveau de la base était trop humide, le rendant potentiellement sensible à de possibles réactions chimiques; les huit tuyaux du circuit de refroidissement ne répondaient pas aux normes...

Un sous-traitant indien a même construit la base de la turbine en oubliant de prendre en compte les hivers froids de Finlande: l'expansion thermique n'avait pas été prévue. «Cela montre des négligences systématiques et des violations des normes de sécurité, accuse Lauri Myllyvirta, de l'association Greenpeace. Il existe toujours un risque de désastre nucléaire, et ces problèmes en augmentent la probabilité.»

L'origine des erreurs semble parfois frôler l'amateurisme. «Si le béton était trop humide, c'est parce qu'il avait plu la veille, explique sans rire Martin Landtman. Les techniciens ont donc mis la quantité d'eau qui était prévue, sans prendre en compte l'humidité ambiante.»

Vrai, répond Areva, mais pas pour autant dangereux. «Nous n'avons jamais eu besoin de casser un béton que nous avions coulé, explique Philippe Knoche, le directeur du chantier pour Areva. Nous avons pu prouver aux autorités de surveillance que celui mis en place répondait aux normes de sécurité nécessaires. C'était un peu plus humide que ce que nous avions prévu, mais cela restait dans les normes.» La mésaventure a cependant provoqué deux mois de retard.

Le problème des circuits de refroidissement est du même acabit. Les huit tuyaux en inox utilisés pour cette partie absolument essentielle pour la sécurité de la centrale ont dû être refaits. «Pour éviter les soudures, qui sont toujours des points sensibles, nous avons fait réaliser des pièces de 10 mètres de long forgées d'un seul tenant, explique Philippe Knoche. La qualité de ces pièces est normalement inspectée par ultrasons. Mais il s'agissait des premières pièces au monde ainsi construites et leur grain était trop gros pour permettre l'inspection. Les pièces n'étaient pas mécaniquement défectueuses, mais leur «inspectabilité» n'était pas assurée.»

Petteri Tiippanan, en tant que directeur de la supervision d'Olkiluoto pour STUK, est sans doute l'homme le mieux placé pour parler de la sécurité du chantier. Son verdict n'est pas trop dur: «2200 erreurs n'est pas un nombre si élevé pour un chantier de cette taille. Il y a environ 1700 sous-traitants qui y travaillent, et les problèmes sont inévitables. A vrai dire, je m'inquiéterais de la qualité de mon travail si je ne trouvais aucune erreur.» Il précise également que tous les problèmes détectés ont été corrigés.

En revanche, le contrôleur est nettement plus sévère avec les promesses initiales du consortium Areva-Siemens. «Les délais prévus au départ étaient beaucoup trop optimistes. Je ne suis pas surpris des retards accumulés: le design n'était pas prêt.»

Areva répond que ce dérapage n'était certainement pas intentionnel. Mais l'entreprise reconnaît tout de même qu'elle a tout fait pour proposer un contrat aussi alléchant que possible: «A l'époque, la concurrence pour obtenir la centrale était très forte. De plus, avec les objectifs du Protocole de Kyoto [qui impose des baisses des émissions de CO2 d'ici à 2012], il y avait une forte pression.» Areva a donc fait des concessions importantes en signant le contrat d'Olkiluoto.

Aujourd'hui, les problèmes de l'entreprise française sont loin d'être terminés. Il reste au moins trois ans avant le démarrage de la centrale, prévue à l'été 2011. «Le plus gros reste devant eux, et il est difficile de croire qu'il n'y aura pas de nouveaux délais», estime Lauri Myllyvirta. «Le prochain défi est la phase d'installation de la partie nucléaire», ajoute le contrôleur de STUK, Petteri Tiippana.

Ensuite, TVO et Areva devront régler leurs comptes. Le contrat est à un prix fixe de 3 milliards d'euros. Tous les dérapages seront donc épongés par le consortium franco-allemand. TVO va demander des compensations à cause des retards, mais elle attend de connaître leur ampleur exacte pour donner sa facture. Areva a récemment démenti des informations parlant de 2,2 milliards d'euros de compensations et le prix final reste à négocier. La centrale nucléaire «vitrine» n'a pas fini de faire parler d'elle.

 


Ouest-France, 16/6/2008: 

EPR en Finlande: Areva cumule les embûches

L'entreprise nucléaire française construit là-bas la première centrale [dite de] « troisième génération ». Délais, coûts : les ennuis se multiplient. Mauvais pour l'avenir.

C'est sur un énorme chantier, situé au sud-ouest de la Finlande, que se joue en partie l'avenir d'Areva. L'entreprise nucléaire française construit là-bas l'un de ses projets les plus ambitieux jamais réalisés. Une vingtaine de grues s'élèvent sur un terrain de cinq hectares. L'immense tour de béton centrale qui contiendra le réacteur nucléaire s'élève déjà à 30 m du sol, à mi-hauteur de la taille finale. Areva est ici maître d'oeuvre de la première centrale nucléaire « troisième génération » au monde, dite EPR (European Pressurised Water Reactor). Plus performante, elle se veut aussi plus sûre.

« Areva a perdu une partie de sa crédibilité ». Mais, depuis que le contrat a été signé, à la fin de 2003, avec TVO, une entreprise d'électricité finlandaise, les ennuis se multiplient. La centrale devait initialement entrer en service dès 2009. L'an dernier, Areva a été obligée de reconnaître qu'elle avait pris un énorme retard de plus de deux ans. « Nous sommes très déçus », s'emporte Martin Landtman, directeur du projet chez TVO. La mise en service est désormais prévue pour l'été 2011.

Le prix a également fortement dérapé. Il était de trois milliards d'euros initialement. La centrale devrait coûter finalement au moins 4,5 milliards, sans doute plutôt cinq milliards. Le dérapage résulte d'une longue liste d'erreurs pendant la construction. Stuk, l'organisme finlandais de sécurité nucléaire, a pointé plus de 1 500 fautes ! Certaines sont étonnantes : des trous ont été percés au mauvais endroit, dans la coque en acier recouvrant la centrale. « Cela montre des négligences systématiques et des violations des normes de sécurité », accuse Lauri Myllyvirta, de l'association Greenpeace.

Ces graves problèmes auront des conséquences bien au-delà de la Finlande. Le nucléaire connaît actuellement un regain d'intérêt, cette technologie permettant de produire de l'électricité sans émettre de CO2. La Grande-Bretagne, l'Italie et la Suisse ont toutes les trois fait savoir qu'elles voulaient construire de nouvelles centrales. François Fillon, jeudi soir, a évoqué un deuxième EPR, après celui en chantier à Flamanville, dans le Cotentin, suscitant l'ire des écologistes.

Areva - l'un des leaders mondiaux de ce secteur - espère décrocher d'importants contrats. Mais les problèmes finlandais pèsent sur le constructeur. D'autant que Flamanville est également en retard. L'Agence de sûreté nucléaire a demandé d'y suspendre les opérations de coulage de béton, après une série de « dysfonctionnements ». « Areva a perdu une partie de sa crédibilité », accuse Lauri Myllyvirta.



Capital, 21/5/2008:

EPR en Finlande: Les pertes d'Areva pourraient s'avérer "astronomiques"

Areva : les pertes enflent en Finlande et joueraient en faveur d'une fusion avec Alstom

Les pertes d'Areva sur la construction de l'EPR finlandais Olkiluoto 3 pourraient s'avérer astronomiques. Chez le leader mondial du nucléaire, des sources confidentielles évoquent désormais un montant de 2,2 milliards d'euros de pénalités de retard à verser à terme au client, la compagnie d'électricité TVO. En signant, en décembre 2003, ce contrat de 3 milliards d'euros (dont 1,7 pour la partie nucléaire), Areva, chef d'orchestre du projet, s'était engagé à remettre les clés d'OL3 à la mi-2009, soit quatre ans après le début des travaux de ce tout premier EPR, alors que le groupe avait toujours livré les réacteurs de la génération précédente en cinq ans. Malheureusement, les retards se sont vite accumulés, notamment dans le gros oeuvre, ce qui a d'ailleurs conduit à appeler Bouygues à la rescousse. Du coup, Areva s'est calé sur un nouvel objectif de livraison en 2011, que le constructeur ne semble aujourd'hui plus du tout certain de pouvoir tenir. C'est ainsi que le réacteur serait susceptible de coûter in fine 5,2 milliards d'euros au constructeur français. Cette issue fragiliserait évidemment le projet d'ouverture du capital en vue d'un développement autonome d'Areva, que défend sa présidente, Anne Lauvergeon. L'Etat, qui ne souhaite pas éponger la facture de ce désastre, pourrait privilégier un rapprochement du champion nucléaire avec Alstom, comme le propose Martin Bouygues, l'actionnaire principal du fabricant de TGV et de centrales au charbon. A condition, bien sûr, que le roi du béton renfloue Areva.

 


Finlande: une majorité contre de nouvelles centrales nucléaires

8/5/2008 - Une majorité de Finlandais est opposée à la construction de nouvelles centrales nucléaires dans le pays nordique où le consortium franco-allemand Areva-Siemens y construit un réacteur, selon un sondage rendu public jeudi. Quelque 53% des personnes interrogées sont contre les projets de nouveaux réacteurs et 34% y sont favorables, selon ce sondage pour le compte de la télévision finlandaise YLE. 12% sont indécis. Environ un quart de l'électricité consommée en Finlande provient du nucléaire. Un réacteur nucléaire [dit] de troisième génération EPR, développé par le groupe nucléaire français Areva et l'allemand Siemens, est en cours de construction à Olkiluoto dans le sud-ouest de la Finlande. Une demande d'autorisation a en outre été déposée le mois dernier pour la construction d'un autre réacteur qui serait le sixième en Finlande. Le sondage a été réalisé auprès de 1.007 personnes entre le 28 avril et le 6 mai.

 


Challenges , 31/8/2007:

EPR: la Finlande ne participera pas au surcoût

L'électricien TVO refuse de contribuer au coût né du retard, comme le suggère Areva.

Anne Lauvergeon, patronne d'Areva, a jugé vendredi 31 août que la "visibilité sur l'exécution du contrat" du réacteur de troisième génération EPR en Finlande s'était "très fortement accrue", en dépit de nouveaux retards cet été. "La visibilité sur l'exécution du contrat s'est très fortement accrue", a déclaré la présidente du directoire à l'occasion d'une conférence téléphonique, sans s'aventurer à évoquer une quelconque date.

Accusant déjà 18 mois de délai par rapport au programme intial, les travaux de l'EPR ont subi de nouveaux retards à l'été. Ainsi, l'exploitation commerciale du réacteur ne devrait plus démarrer mi-2009 mais en 2011. "Pure spéculation". Au sujet de ce contrat, l'électricien finlandais Teollisuuden Voima Oy (TVO) a fermement rejeté l'idée de participer aux surcoûts liés aux délais, comme l'a suggéré Areva. "Il s'agit visiblement d'une pure spéculation de notre fournisseur. Je souhaite souligner que notre fournisseur est entièrement conscient de notre position sur les coûts engendrés par les délais", a déclaré Martin Landtman, chargé du projet de réacteur chez TVO. "Cette position est que nous avons signé un contrat engageant, ferme, clé en main. Le prix est fixe [...] et il y a un délai de livraison", a poursuivi M. Landtman.

Jeudi, la présidente du directoire d'Areva, Anne Lauvergeon, a dit espérer trouver "un équilibre global et raisonnable" avec TVO "sur la répartition des surcoûts". Nouvelle provision. Jeudi, le groupe nucléaire français a publié un bénéfice net pour le 1er semestre en hausse de 20% à 295 millions d'euros. Il en a profité pour annoncer maintenir ses objectifs pour 2007. Il a, toutefois, fait savoir qu'il provisionnait à nouveau du fait des retards de construction de l'EPR finlandais. Ce qui a freiné la progression du résultat opérationnel, en hausse de 80% à 207 millions d'euros.

 


Le Monde, 5/5/2007: 

Areva joue sa crédibilité sur le réacteur finlandais

Sur la presqu'île d'Olkiluoto, dans le sud-ouest de la Finlande, on accourt du monde entier : des ingénieurs chinois et sud-africains, des responsables américains d'entreprises d'électricité, des spécialistes de la sûreté nucléaire britannique, des journalistes de tous horizons. L'attraction ? Le chantier du premier EPR (European pressurized reactor), le réacteur [dit] de troisième génération du consortium franco-allemand Areva-Siemens, qui symbolise, à lui seul, la relance du nucléaire en Europe après la catastrophe de Tchernobyl en 1986.

Cet étrange "objet" s'est invité, mercredi 2 mai, dans le débat télévisé opposant les deux candidats à l'élection présidentielle. Ségolène Royal a confirmé qu'elle imposerait un "moratoire" sur ce nouveau réacteur et ouvrirait un débat public, tandis que Nicolas Sarkozy a réaffirmé qu'il confirmerait la construction de l'EPR d'EDF [et qu'il appelle la 4ème génération !!!] qui a débuté à Flamanville (Manche).
La Finlande, elle, a déjà tranché en 2002. Au terme d'un long débat participatif au niveau local, au Parlement et au sein du gouvernement - certains ministres ont voté contre - la construction d'un cinquième réacteur, de type EPR, a été décidée pour répondre à la forte croissance de la demande d'électricité (5,6 % en 2006), limiter la dépendance énergétique (44 % de l'énergie importée) et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Au pied des grues et des élévateurs géants, entre des coffrages et des murs de béton armé, un millier de personnes travaillent par équipe, jour et nuit et six jours sur sept. Dans de nombreux corps de métier, les Polonais ont remplacé une main d'oeuvre finlandaise chère ou retenue ailleurs. En 2008, période charnière entre la fin des travaux de génie civil et le début des montages électromécaniques (câbles, tuyaux...), 3 000 personnes se presseront sur le site.

AU MOINS DIX-HUIT MOIS DE RETARD

Pour souffler ce contrat aux groupes américains et russes, le consortium Areva-Siemens s'était fait fort de livrer la centrale au groupe d'électricité finlandais TVO dans un délai record de quatre ans.

Intenable pour une unité de nouvelle génération. D'autant que les incidents se sont multipliés : contrôle de qualité du béton de la dalle supportant le réacteur insuffisant, nécessité de forger à nouveau des pièces de l'"îlot nucléaire", tôle de la paroi métallique du réacteur endommagée par une tempête, problèmes entre les équipes allemandes, sous-traitants finlandais parfois dépassés...

Le chantier a pris au moins dix-huit mois de retard et la mise en service commerciale ne pourra intervenir qu'en 2011. Ces retards alimentent les critiques des mouvements écologistes sur les "dangers" de ce réacteur de forte puissance de 1 600 mégawatts (MW). Chaque incident a nourri la campagne anti-EPR de Greenpeace et du réseau Sortir du nucléaire, qui s'appuient sur les difficultés du projet finlandais pour réclamer l'arrêt du chantier de Flamanville.

Le traumatisme post-Tchernobyl a beau s'effacer, le souci de la sûreté est permanent [Rappel: Le bilan provisoire de la catastrophe de Tchernobyl: 21 ans après, c'est pour les «liquidateurs» de 25 000 à 100 000 morts et plus de 200 000 invalides, et pour les populations exposées à la contamination un bilan qui sera selon les estimations de 14 000 à plus de 560 000 morts par cancer, et autant de cancers non-mortels...]. Les défenses de l'EPR ont été renforcées après les attentats du 11-Septembre 2001. Une première enceinte de béton armé de 1,20 mètre d'épaisseur, doublée d'un second mur en béton renforcé d'une peau métallique (liner) doit protéger le coeur nucléaire de la chute d'un gros avion de ligne [Faux, voir le rapport secret défense publié par Sortir du Nucléaire], mais aussi de hautes pressions ou de la fonte de la cuve où se produit la réaction nucléaire, assurent les responsables du chantier.

Ce retard, qui a obligé Areva à provisionner des pénalités (500 à 700 millions d'euros, selon les analystes), est aussi la rançon de la transparence réclamée par le gouvernement finlandais et du contrôle vigilant de l'autorité de sûreté nucléaire, qui vérifie tout dans le moindre détail.

Tout incident, toute déviation par rapport aux plans initiaux est "répertorié, publié et bien sûr corrigé", affirme Philippe Knoche, le nouveau directeur du projet nommé fin 2006 pour ressouder les équipes française et allemande et remettre "OL3" sur les rails.

M. Knoche et Martin Landtman, vice-président de TVO, assurent que le calendrier n'est pas leur priorité pour une centrale destinée à produire de l'électricité durant soixante ans [lire à propos de la prolongation à 40 ans de la durée de vie des centrales: Centrales: Quand EDF prend ses désirs pour des réalités...], même si Areva se fixe désormais des échéances semestrielles rigoureuses pour éviter tout nouveau dérapage : "Notre priorité, c'est d'avoir une centrale sûre et fiable."

Les enjeux sont pourtant différents pour les deux groupes. La Finlande compte de nombreuses industries électro-intensives (papetiers, génie civil) et doit importer 12,7 % de son électricité. En 2020, elle aura besoin de 7 000 MW de capacités supplémentaires, l'équivalent de quatre EPR. Pour TVO, dont les actionnaires sont de grands consommateurs d'énergie, il y a donc urgence. Le gouvernement a d'ailleurs lancé des études d'impact environnemental pour un sixième réacteur nucléaire sur lequel TVO, Fortum (l'autre grand électricien finlandais) et l'allemand E.ON sont sur les rangs.

Vitrine mondiale d'un produit qu'elle compte vendre à la Chine, à la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et à l'Afrique du Sud, le chantier d'Olkiluoto est capital pour Areva. Tout comme le projet de Flamanville, a insisté M. Sarkozy lors de son face-à-face télévisé avec Mme Royal.

Renoncer à l'EPR en France, a-t-il insisté, compromettrait les chances d'Areva dans la bataille du nucléaire civil qui s'annonce entre les Français (Areva), les Américains (General Electric), les Japonais (Toshiba-Westinghouse, Mitsubishi, Hitachi) et des Russes (Atomenergoprom) de plus en plus agressifs.

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CARACTÉRISTIQUES. L'EPR (European Pressurized Reactor) est un réacteur franco-allemand bénéficiant des avancées des réacteurs N4 français (Chooz, Civaux) [lire: la saga des fissures sur le palier N4] et Konvoi allemands. La sûreté a été renforcée : double enceinte de confinement et réserves d'eau à l'intérieur, zone d'expansion sous le réacteur en cas de fonte du coeur, quatre systèmes de sécurité redondants.

COÛT. La centrale finlandaise est estimée à 3 milliards d'euros, celle de Flamanville (Manche) à 3,3 milliards.

PUISSANCE. Avec 1 600 MW, c'est le réacteur le plus puissant au monde.

DÉCHETS. Avant de lancer l'EPR, les Finlandais ont réglé le problème du stockage des déchets à haute activité [???], qui seront entreposés à Olkiluoto. Ce problème n'est pas résolu en France.

 

 

Greenpeace, 23 mars 2007:

Areva continue de boire la tasse en Finlande

PARIS, France - Le résultat opérationnel du groupe Areva pour 2006 a chuté de 26%. Une chute essentiellement due au retard de la construction de l'EPR finlandais, un retard aujourd'hui d'un an et demi après un an et demi de travaux ! La division « réacteur et services » a même un résultat opérationnel négatif de : - 420 millions d'euros.

Anne Lauvergeon, PdG d'Areva, qui se dit une adepte de la transparence, a cependant refusé de dévoiler la somme exacte des coûts provisionnés par le groupe pour le retard du chantier. Les experts estiment ces coûts à 700 millions d'euros, certains parlant même de 1 milliard d'euros... pour un contrat de 3 milliards d'euros, ça commence à faire cher.
D'ores et déjà, Areva n'espère plus gagner de l'argent en Finlande, comme l'a avoué sa PdG jeudi 22 mars lors de la conférence de presse de présentation des résultats. La question est combien Areva va perdre avec son premier EPR ? Un coût caché pour le moment, qui est en négociation avec le client finlandais et qui pourrait même s'aggraver car sur le chantier, les problèmes continuent.

Qui paiera ? Nous tous!
Les contribuables français devraient être mis à contribution pour payer les pots cassés. Lors de sa vente en Finlande, Areva a en effet obtenu une garantie financière de l'Etat via la Coface. Cette garantie fait d'ailleurs l'objet actuellement d'une enquête de la commission européenne qui doute de sa conformité avec les règles de la concurrence
L'EPR en Finlande, c'était soi-disant le contrat du siècle mais aussi le retour du nucléaire en Europe après plus de 10 ans de traversée du dessert...
Depuis, les problèmes sur le chantier, les défauts de fabrication de pièces du réacteur, la qualité des bétons, et plus globalement la violation régulière des procédures de qualité et de sûreté se sont multipliés. Le chantier de l'EPR sur le site de Olkiluoto, au sud est de la Finlande, s'est donc transformé en véritable bourbier pour le numéro 1 mondial du nucléaire.

[La Coface, qui garantie pour le compte de l'Etat les exportations des industriels français vers des pays à risque a accordé à Areva une garantie de 610 million d'euros, c'est le second plus important montant de garantie accordé à un projet et surtout la seule et unique garantie jamais accordée pour une exportation vers un pays membre de l'Union Européenne et réputé particulièrement sans risque économique ou politique. Par ailleurs, le contrat entre TVO et Areva étant à coût fixe, les très probables dépassements seront à la charge d'Areva encore détenue à près de 85% par l'Etat français. http://www.greenpeace.fr/EPR/actu20050217.php3]

 

 

La Tribune, 22/03/07:

Areva a vu ses bénéfices fondre de 38 % en 2006

Le groupe nucléaire enregistre un recul de ses profits en raison du retard de l'EPR en Finlande. Mais il table sur "une forte croissance" de ses ventes et de son résultat opérationnel cette année. Le groupe français spécialisé dans le nucléaire Areva a annoncé après la clôture des marchés un repli de 38 % de son résultat net en 2006 par rapport à 2005, à 649 millions d'euros. Même tendance à la baisse pour le résultat opérationnel du groupe dirigé par Anne Lauvergeon qui est ressorti à 407 millions d'euros, soit un recul de 26,1% par rapport à l'année 2005. Dans son communiqué, Areva explique la baisse du résultat opérationnel par le recul du pôle réacteurs et services, qui a accusé une perte opérationnelle de 420 en 2006 contre un profit de 87 millions du fait des retards de la construction de la centrale EPR en Finlande. [...]

 

 

La Tribune, 4/12/06:

Areva repousse pour la troisième fois le chantier de l'EPR finlandais

Le chantier finlandais du nouveau réacteur nucléaire EPR, construit par Areva en association avec l'allemand Siemens, accumule les difficultés. Son propriétaire, l'électricien Teollisuuden Voima (TVO), a annoncé ce matin que le chantier avait dix-huit mois de retard. La cinquième centrale nucléaire du pays ne devrait désormais pas pouvoir être connectée au réseau avant 2011.
Comme "La Tribune" le laissait entendre le 10 novembre, Areva enregistre bien des déconvenues sur le dossier du nouveau réacteur nucléaire, l'EPR finlandais. Ce matin, la compagnie finlandaise d'électricité Teollisuuden Voima (TVO) a fait état de retards supplémentaires dans la construction de la cinquième centrale nucléaire du pays. Désormais, cette dernière ne devrait pas être connectée au réseau avant 2011.
C'est donc maintenant dix-huit mois de retard qu'Areva et Siemens - le partenaire du groupe français dans ce dossier - enregistrent pour la livraison de l'EPR. En effet, la livraison de ce réacteur de troisième génération, d'une puissance de 1.600 mégawatts, était jusqu'à présent prévue au deuxième trimestre 2010, après l'annonce en septembre d'une année de retard sur le calendrier initial.
La centrale d'Olkiluoto, dont le coût est estimé à trois milliards d'euros, est la première centrale nucléaire en construction depuis plus de quinze ans en Europe, et le premier EPR en construction au monde. "Dans l'ensemble, les avancées dans les phases de construction ont été plus lentes que prévu", indique le communiqué de la compagnie finlandaise TVO.
Mais il semblerait que les difficultés proviennent essentiellement des différences de cultures entre les protagonistes du dossier: la hiérarchie horizontale des finlandais s'oppose à la hiérarchie verticale d'Areva. Autrement dit, les Finlandais ont eu l'impression que personne ne prenait de responsabilité ou ne voulait prendre de risque sans en référer à la direction de Paris. Sans compter les difficultés liées à la validation des documents de procédure technique. Areva n'aurait pas engagé suffisamment de personnel capable de valider les procédures. De fait, seulement 500 documents auraient pu être validés sur les 5.000 prévus.
Si bien que, au bout du compte, ce ne sont pas dix-huit mois de retard qui pourraient être constatés sur le dossier, mais bien plus.
En Finlande, on évoque même un retard de deux à trois ans. Avec dans le même temps des pénalités de retard qui devraient s'accumuler. Dans ses comptes semestriels, Areva a inscrit une somme comprise entre 200 et 250 millions d'euros. Des proches du dossier évoquent désormais des pénalités au-delà des 500 millions d'euros.

 

 

Areva: le bourbier finlandais

10/11/2006 - Agpresse - Selon la Tribune, l'électricien concessionnaire finnois TVO aurait depuis juin bloqué ses paiements dans le projet Olkiluoto 3. Ce dernier vise à la construction d'une centrale nucléaire de troisième génération en Finlande, dite 'EPR'. Areva, qui est en charge de la construction du réacteur, est l'une des entreprises participant à ce projet, au même titre que l'allemand Siemens, qui construit lui la turbine génératrice d'électricité. Le quotidien économique livre deux explications expliquant un retard du chantier : l'une concernant le béton livré par Forssan betoni qui a provoqué des heurts entre parties françaises et finlandaises, l'autre concernant les procédures de validation des documents de procédure technique, du fait d'un manque de personnel dans ce secteur chez Areva. De ce fait, le retard attendu, qui n'était que de un an pour la livraison de ce chantier, pourrait bien être de 2 à 3 ans.



Le Monde, 26 octobre 2006: 

Le retard du réacteur nucléaire EPR finlandais provoque des tensions

Olivier Truc (à Stockholm) et Hervé Morin

Qui blâmer pour le retard d'un an pris par le chantier du réacteur nucléaire de troisième génération EPR, construit sur le site d'Olkiluoto, en Finlande, par Areva ? Le groupe français et l'Agence finlandaise de sûreté nucléaire (STUK) se renvoient la balle, et les associations écologistes comptent les points.
 
"Les Finlandais font confiance à leurs autorités. Je ne crois pas qu'ils ont encore réalisé qu'ils vont en partie devoir payer les retards accumulés par le réacteur. Mais ça viendra", assure Lauri Myllyvirta, de la section finlandaise de Greenpeace. Selon lui, la stratégie du gouvernement pour répondre aux critères de Kyoto de réduction des gaz à effet de serre repose essentiellement sur ce réacteur de 1 630 mégawatts. "Il est donc peu probable qu'il reconnaîtra la moindre erreur, d'autant qu'il y a des élections législatives en mars 2007", estime M. Myllyvirta. Actuellement, le débat porte plutôt sur l'opportunité de construire un sixième réacteur nucléaire, réclamé par l'industrie finlandaise.
La première phase du chantier d'OL3, nom officiel du réacteur EPR, qui sera le troisième réacteur en activité sur le site d'Olkiluoto, a rencontré des difficultés imprévues, a confirmé un rapport rendu public par STUK en juillet. Des anomalies dans la composition du béton utilisé pour la dalle du réacteur ont notamment entraîné l'arrêt des travaux, l'hiver dernier. Plus poreux, ce béton pourrait rendre plus vulnérables à la corrosion les structures métalliques qui le traversent. Fin février, un rapport avait confirmé la moindre résistance du béton, mais ses conclusions étaient toutefois que sa résistance finale resterait supérieure aux spécifications de départ, "avec une bonne marge".
STUK évoque aussi des "problèmes rencontrés dans la fabrication des principaux composants". L'agence finlandaise, qui regrette un manque de contrôle exercé sur les sous-traitants, rapporte l'explication donnée par Areva : "Si l'on considère l'échelle de ce projet, premier du genre, les problèmes ayant provoqué ces retards ne sont pas inhabituels."
"Areva manquait peut-être d'expérience dans les travaux publics", estime Seija Suksi, directeur de l'enquête sur OL3 à STUK, avant d'ajouter : "Il est bien sûr dommage qu'Areva se soit fait les dents sur la Finlande." "Quand on voit les erreurs réalisées sur des travaux a priori peu complexes, on peut s'attendre à de sérieux problèmes quand on passera aux choses sérieuses", s'inquiète Greenpeace Finlande.

"ENQUÊTE APPROFONDIE"

Sans nier la défaillance de sous-traitants finlandais et français, Areva pointe la lenteur de la procédure de certification suivie par STUK. Le groupe français, qui vient de s'allier au japonais Mitsubishi pour "compléter sa gamme" en concevant un réacteur inspiré de l'EPR, mais n'excédant pas 1 000 mégawatts, a été contraint de constituer des "provisions significatives" dans ses comptes pour anticiper des surcoûts liés aux délais.
Par ailleurs, la Commission européenne a indiqué, mardi 24 octobre, avoir lancé une "enquête approfondie" afin d'établir si la garantie accordée par la France en faveur d'un prêt de 570 millions d'euros par un consortium bancaire à la compagnie finlandaise d'électricité TVO pour l'achat de l'EPR est compatible avec les règles de la concurrence. Cette garantie, apportée par la Coface, a-t-elle favorisé le projet d'Areva ? Le groupe français se défend d'avoir bénéficié d'avantages indus. La garantie, notifiée à la Commission, est, selon lui, conforme à la réglementation européenne.

 

 

Boursier.com, mardi 24 Octobre 2006 -

Areva sous la menace de la Commission européenne

L'EPR finlandais pose décidément bien des problèmes à Areva. Après que le retard pris sur le chantier de ce dernier a grevé le dernier exercice semestriel, voilà maintenant que l'obtention de ce marché suscite la curiosité tatillonne des services de la Concurrence de la Commission européenne. D'après une information des "Echos", le collège bruxellois doit décider aujourd'hui de l'ouverture d'une enquête.
Framatome, la filiale d'Areva, serait soupçonnée d'avoir profité d'une couverture en assurance crédit vendue à un prix très (trop ?) accommodant par la Coface. A l'origine de l'affaire, une plainte déposée par la fédération européenne des énergies renouvelables qui assimile à une aide de 610 Millions d'Euros le montant de la garantie obtenue par Framatome auprès de la Coface.
Certains commissaires pourraient toutefois soutenir le groupe nucléaire français, agacés par la tendance de la Commission a allé chercher des poux dans la tête des entreprises européennes sur des marchés où elles sont en concurrence avec des groupes extra- communautaires. Patriotisme énergétique européen ou application rigoureuse des règles de libre concurrence, la réponse sera connue cet après-midi.

 

 

Le Monde, 29/9/06:

Le retard pris par l'EPR finlandais fait plonger les résultats d'Areva

Le retard d'un an pris par le chantier finlandais du réacteur EPR de troisième génération a pesé lourd sur le résultat du groupe français Areva au premier semestre.
Contraint d'inscrire une provision, le numéro un mondial de l'industrie nucléaire a annoncé, mercredi 27 septembre, un bénéfice en baisse de 18,6 % (à 245 millions d'euros), un résultat opérationnel en recul de 64,7 % (à 115 millions) et un chiffre d'affaires en progression de 5,7 % (à 5,036 milliards).
En juillet, le groupe avait prévenu que ses résultats seraient "en net retrait". Sans révéler le montant de la provision, le groupe a indiqué que son "niveau significatif" correspond "aux surcoûts identifiés" sur le chantier finlandais d'Olkiluoto 3 et "à l'appréciation des risques couvrant les incertitudes pesant sur les conditions de réalisation du projet".
La mise en service de l'EPR finlandais, réalisé avec l'allemand Siemens, est repoussée à la mi-2010. Il souffre de son statut de "tête de série", puisque c'est le premier EPR construit dans le monde.
La présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, a expliqué ce retard par le processus de validation finlandais, qui prévoit que "le chantier ne peut avancer si chaque pièce n'a pas été approuvée par l'autorité de sûreté". S'y ajoutent, selon elle, des problèmes "de production et de qualification du béton" de certains sous-traitants.
Mme Lauvergeon a nommé une nouvelle direction des équipes chargées du projet et assuré qu'"il n'y aura aucun retard supplémentaire". Reconduite pour cinq ans en juillet, elle se dit "très confiante" pour 2006. S'il a déjà le marché français d'EDF - dont l'EPR de Flamanville (Manche) qui doit être mis en service en 2012 -, Areva doit en revanche se battre pour vendre son réacteur à la Chine, aux Etats-Unis, à l'Inde, à la Turquie ou à la Grande-Bretagne. Autant de marchés où il affronte Westinghouse et General Electric.

Jean-Michel Bezat


Ouest-France 25 août 2006:

En Finlande, sur le chantier nucléaire de l'EPR

C'est le premier réacteur [dit] de troisième génération au monde. Le chantier a pris du retard. Le second EPR sera construit en France, dans le Cotentin.

HELSINKI (correspondance). - Une plaine hérissée de pins, au bord de la mer ; une petite ville et, tout près, la centrale nucléaire d'Olkiluoto. Elle possède déjà deux réacteurs. Le site est en chantier. On y construit un réacteur dernier cri, le premier EPR au monde avant celui prévu à Flamanville, en Normandie. Semblables à des fourmis au fond de la gigantesque cuve d'acier, les ouvriers tapissent le sol d'un entrelac serré de barres de fer. Dans ce « matelas » métallique doit être coulé le socle de béton du réacteur. Mais les travaux ont pris du retard. La mise en service est déjà reportée d'un an, à l'été 2010.
Pourquoi ce retard ? EPR est une technologie conçue par le consortium franco-allemand Areva-Siemens qui traite, depuis 2003, avec l'électricien finlandais TVO. « C'est difficile, pour une entreprise étrangère, d'intégrer nos obligations spécifiques concernant le nucléaire », note Petteri Tiippana, responsable du projet chez Stuk, l'Autorité finlandaise de sûreté nucléaire.
1 200 entreprises sous-traitantes. Incompréhension et différence de cultures qu'illustrent deux exemples. L'ampleur des démarches à accomplir avant les travaux a été sous-évaluée. Autre pierre d'achoppement : le béton, coulé pour la dalle qui supportera la structure du réacteur, s'est avéré trop poreux, donc vulnérable à la corrosion. L'écologiste Harri Lammi, de Greenpeace Finlande, s'agace : « Il a fallu cinq mois pour repérer la faute, pour qu'Areva consente à donner les informations, et pour que Stuk ordonne l'arrêt de la production de béton ! » L'Autorité de sûreté nucléaire assure que « cette porosité n'affecte pas la solidité du béton. Cela n'aura aucune incidence sur la sécurité des installations, mais par précaution, on coulera un nouvel enduit de béton. Cet incident a surtout révélé un défaut de gestion du projet. »
Sur ce chantier impressionnant interviennent près de 1 200 entreprises sous-traitantes issues de 26 pays, « dotées, au mieux, d'une expérience rudimentaire du nucléaire, et choisies par Areva pour la seule compétitivité de leurs tarifs », analyse sévèrement Stuk dans un rapport de juillet 2006. Les écologistes dénoncent « le chaos qui règne », craignent « un défaut qui entraînerait une catastrophe ». Martin Landtman, directeur du projet pour l'électricien TVO, réplique que « tout est sous contrôle ».
D'autres questions sont en suspens. Comme celle du degré auquel TVO souhaite porter la combustion de l'uranium, un degré supérieur de 20 % à ce qui est autorisé en Finlande. Stuk n'a pas donné son feu vert pour le moment, alors que c'est l'une des clefs de la rentabilité de ce réacteur de troisième génération, qui doit « diminuer de 17 % la quantité d'uranium nécessaire pour produire la même quantité d'électricité », selon Areva.
En Finlande, une blague circule : « Olkiluoto n'est qu'un site d'essai nucléaire pour l'EPR français. » Ce projet n'a pourtant pas engendré une émotion comparable à celle entourant, en France, celui de Flamanville. « En Finlande, les opposants au nucléaire ont dissous leur mouvement en 1993, croyant la victoire acquise quand les députés ont refusé un projet de cinquième réacteur, rappelle Harri Lammi, de Greenpeace. La population y est d'autant plus favorable que c'est un moyen de continuer à consommer toujours plus d'énergie... »
La majorité qui vota le projet EPR au Parlement, en 2002, fut toutefois étroite. Et les opposants parvinrent à rassembler 7 000 personnes à Helsinki - du jamais vu pour un motif environnemental -, dans ce pays de 5,2 millions d'habitants. Quatre ans après, quoi de neuf ? Pour Harri Lammi, « Areva prospecte pour trouver des gisements d'uranium. Cela entraîne des chantiers, des nuisances et donne ainsi aux gens un aperçu des inconvénients du nucléaire. » La Ligue finlandaise pour la nature, elle, veut croire à un changement : « Les biocarburants ont le vent en poupe, mieux considérés par les citoyens et les élus politiques. » Il n'empêche. L'EPR d'Olkiluoto avance lentement, mais il avance. Une grande première suivie attentivement, en France, par ses partisans. Et ses opposants.

(1) EPR pour « European pressurized reactor », réacteur à eau pressurisée.

Malika Maclouf

 

 

Enerpresse, 18/7/2006:

EPR/Finlande: La STUK taille un costard à Areva et à TVO

Les retards dans la construction de l'EPR font décidément bien des vagues.
Après la consternation de TVO et l'impact sur les résultats d'Areva, c'est au tour de l'autorité de sûreté finlandaise de donner de la voix. En fin de semaine dernière, la Stuk a rendu public son rapport d'enquête sur la conduite du chantier de construction du premier EPR. Et le document n'est pas tendre avec l'acheteur et le fournisseur du réacteur.
Pesant ses 71 pages, l'audit de la Stuk pointe du doigt des faiblesses dans la conduites du chantier. Regrettant que certains des 1 100 entreprises sous-traitantes n'aient pas d'expérience dans le domaine du nucléaire («le facteur de choix décisif dans la phase finale était généralement le prix»), l'autorité de sûreté reproche aussi à Areva sa méconnaissance «des pratiques finlandaises, surtout au début du projet.»
De son côté, TVO se voit reprocher un manque de communication avec les 730 personnes de 20 nationalités (dont 230 Français) travaillant sur le chantier. Notamment pour ce qui concerne la transmission des exigences de sécurité. Non averti de la publication de ce rapport, non contradictoire, Areva a réagi en fin de semaine dernière en publiant un communiqué.
Faisant état de sa surprise pour n'avoir pas été consulté par la Stuk, le groupe présidé par Anne Lauvergeon rappelle que les problèmes soulignés dans le rapport ne concernent en rien la sûreté nucléaire. Areva soutient qu'il est régulièrement rendu compte aux autorités finlandaises compétentes des problèmes de construction.


Le lancement de l'EPR finlandais, prévu en 2009, en retard d'un an
(Les contribuables français payeront...)

11/7/2006 - Le chantier du réacteur nucléaire de 3e génération (EPR) finlandais Olkiluoto 3, le premier au monde, accuse un retard grandissant qui s'élève désormais à un an, a annoncé mardi son commanditaire, le producteur d'électricité TVO. "Les responsables du chantier ont fait savoir à TVO que l'unité sera disponible à l'exploitation commerciale au deuxième trimestre 2010" au lieu de la mi-2009, a indiqué TVO dans un communiqué. Le retard est dû aux délais plus longs que prévu de remise de certains plans et dessins ainsi qu'à la suspension du chantier au début de l'année après la détection de défauts dans le béton constituant les fondations de la structure. D'un coût initial de 3 milliards d'euros, la construction de l'EPR (réacteur européen à eau pressurisée), le cinquième réacteur nucléaire finlandais, a été entamée au printemps 2005 près de Pori, sur la côte sud-ouest du pays où se trouvent déjà deux réacteurs, Olkiluoto 1 et 2. A contre-courant de la tendance en Europe, la Finlande a décidé de développer sa capacité nucléaire civile afin d'assurer son indépendance énergétique car elle importe aujourd'hui près de 70% de ses besoins en énergie. Un peu plus d'un quart de l'électricité produite en Finlande est d'origine nucléaire. Avec ce cinquième réacteur, la part de l'énergie nucléaire devrait passer à 33%. Plus économique, plus performant et plus sûr, selon ses promoteurs, l'EPR atteint la puissance de 1.600 mégawatts contre 1.450 MW pour les réacteurs de la génération précédente et sa durée de vie est de 60 ans contre 40 ans. L'EPR est un projet franco-allemand mis en oeuvre depuis 1992 par Framatome ANP (groupe Areva) et Siemens.

 

TAZ, 20/2/2006:

Du "travail de sagouin" lors de la construction du réacteur nucléaire EPR finlandais d'Olkiluoto

D'après des informations des médias dominicaux, un béton de mauvaise qualité aurait été utilisé.
 
Selon le chef de projet Martin Landtman, cette affaire expliquerait que les travaux de bétonnage pour la construction de la centrale aient été interrompus à la mi-janvier de manière imprévue et qu'ils n'auraient pas repris depuis.

Déjà, sans ces problèmes, la construction avait pris plus 6 mois de retard. Néanmoins le consortium pour la construction (Framatome-Siemens) espère réussir à terminer les travaux dans les délais prévus, c'est à dire en 2009.

D'après Landtman, les problèmes de qualité proviennent d'un mélange erroné de béton qui a rendu le béton trop poreux. Cela pourrait conduire à absorber trop d'humidité.
 
Officiellement, cela ne devrait probablement pas représenter de danger pour la sûreté ou la résistance future de la centrale. Aussi, le béton de médiocre qualité déjà coulé pour les fondations sera conservé et des mesures seront prises pour essayer de résoudre le problème d'humidité.

Jusqu'ici 40 000 m3 de béton ont été coulés sur un total prévu de 250 000 m3. Le maître d'ouvrage Teollisuuden Voima (TVO) ne voit pas, au travers du fait que l'on s'aperçoit seulement maintenant du problème de mélange du béton, un problème de contrôle qualité, mais au contraire la preuve qu'il marche.
 
Les antinucléaires ont dès le début exprimé des réserves quant au risque que le très bas prix fixe établit pour le cinquième réacteur finlandais ne se faisait pas aux dépends de la qualité.

Le "travail de sagouin" qui vient d'être rendu public risque de ne pas être idéal pour dissiper ces doutes. L'industrie nucléaire était tellement intéressée à construire une centrale de référence pour le premier prototype mondial de la génération EPR, qu'on a promis de livrer à TVO un réacteur de 1600 MW pour 3 milliards d'Euros, prix sacrifié et irréaliste au vu des coûts de construction.
 
C'est pour ces raisons qu'un rapport de l'expert britannique en sûreté nucléaire John Large remettait fondamentalement en question la sûreté de la construction prévue. Le permis de construire aurait été obtenu en un temps record de 18 mois de fait de pressions politiques et industrielles, alors que des procédures d'autorisation similaires prennent sinon 7 à 8 ans.

REINHARD WOLFF



Areva et Siemens posent en Finlande la 1ère pierre d'un réacteur EPR

PARIS (12 septembre 2005) - Des représentants du consortium franco-allemand Areva-Siemens et de la compagnie finlandaise TVO vont poser lundi, en Finlande, la première pierre d'un réacteur européen de troisième génération (EPR), dont la France envisage aussi de se doter pour renouveler son parc de centrales.
Ce réacteur européen à eau sous pression (European Pressurized Water Reactor) aura une puissance de 1.600 mégawatts (MW) et devrait être mis en service en 2009 sur le site d'Olkiluoto (ouest de la Finlande).

Le montant du contrat a été estimé par TVO à 3 milliards d'euros, 72% de cette somme revenant au groupe nucléaire français Areva et 28% au groupe industriel allemand Siemens.

"Choisir l'EPR, c'est choisir le modèle de réacteur le plus avancé d'une technologie qui contribue largement à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre", s'était félicité Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva, à l'obtention de ce contrat le 18 décembre 2003.

Ce réacteur est jugé par ses promoteurs plus économique, plus performant et plus sûr. La puissance de l'EPR atteint ainsi 1.600 mégawatts contre 1.450 MW pour les réacteurs de la génération précédente, et sa durée de vie est de 60 ans contre 40 ans actuellement.

L'EPR est un projet franco-allemand développé depuis 1992 par Siemens et Framatome ANP (filiale d'Areva) qui permet de diminuer de 15% le volume d'uranium nécessaire pour produire une même quantité d'électricité, ainsi que le volume de combustibles usés.

Pour la construction de ce cinquième réacteur nucléaire finlandais, Framatome ANP fournira l'îlot nucléaire - le coeur du réacteur - et Siemens l'îlot conventionnel, qui abrite alternateurs, turbines et systèmes électriques.

Areva a obtenu des garanties de la Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur), tandis que Siemens a dû renoncer à une garantie de l'Etat allemand (dite garantie "Hermes") qui s'applique à des crédits contractés pour des activités à l'étranger.
(La Coface, qui garantie pour le compte de l'Etat les exportations des industriels français vers des pays à risque a accordé à Areva une garantie de 610 million d'euros, c'est le second plus important montant de garantie accordé à un projet et surtout la seule et unique garantie jamais accordée pour une exportation vers un pays membre de l'Union Européenne et réputé particulièrement sans risque économique ou politique. Par ailleurs, le contrat entre TVO et Areva étant à coût fixe, les très probables dépassements seront à la charge d'Areva encore détenue à près de 85% par l'Etat français. http://www.greenpeace.fr/EPR/actu20050217.php3)

La France est le deuxième pays dans le monde à choisir l'EPR, après la Finlande. Le groupe public EDF a annoncé en octobre 2004 l'implantation d'un tel réacteur à Flamanville (Manche). L'EPR est destiné à prendre le relais des 58 réacteurs qui équipent actuellement les 19 centrales nucléaires françaises.

L'organisation de défense de l'environnement Greenpeace a réclamé vendredi le gel de la construction de ce réacteur, estimant que ni le consortium Areva-Siemens, ni les autorités finlandaises n'avaient fait la preuve de sa sûreté.

"Le nucléaire est une technologie intrinsèquement dangereuse et ce réacteur en particulier n'a pas fait l'objet d'une analyse d'impact digne de ce nom sur la sûreté, la santé publique et l'environnement", a indiqué Kaisa Kosonen, de Greenpeace Finlande, lors d'une conférence de presse.

L'organisation estime notamment que de 10 à 26% des risques identifiés (fuites, accident, attaque terroriste) n'ont toujours pas reçu de réponse à cette date.


Lire: "Nucléaire : la double manipulation" et "EPR: il est urgent d'attendre"


Greenpeace va engager un recours contre le réacteur EPR en Finlande

12/9/2005 - Greenpeace a annoncé lundi qu'elle engagerait un recours contre le gouvernement finlandais pour avoir autorisé la construction d'un réacteur européen de troisième génération (EPR), jugeant les garanties de sécurité insuffisantes. Greenpeace saisira d'ici fin septembre le Chancelier de Justice --chargé de vérifier la légalité de l'action gouvernementale-- contre le ministère du Commerce et de l'industrie et contre l'Autorité de sûreté nucléaire STUK, selon un communiqué. L'organisation écologiste estime que le processus d'agréement pour la construction du réacteur a été exceptionnellement court et que le projet "n'a pas fait l'objet d'une analyse d'impact digne de ce nom sur la sûreté, la santé publique et l'environnement".


Greenpeace réclame le gel du chantier de l'EPR Olkiluoto 3 en Finlande

9/9/2005 - L'organisation écologiste Greenpeace a réclamé jeudi le gel de la construction d'un réacteur nucléaire EPR en Finlande, estimant que ni le consortium franco-allemand Areva-Siemens, concepteur du réacteur, ni les autorités finlandaises n'avaient fait la preuve de sa sûreté.

"Greenpeace demande que la construction d'Olkiluoto 3 soit gelée. Le nucléaire est une technologie intrinsèquement dangereuse et ce réacteur en particulier n'a pas fait l'objet d'une analyse d'impact digne de ce nom sur la sûreté, la santé publique et l'environnement", a indiqué Kaisa Kosonen, de Greenpeace Finlande, lors d'une conférence de presse.

Le réacteur de troisième génération EPR (réacteur européen à eau sous pression) est un projet franco-allemand développé depuis 1992 par Siemens et Framatome-ANP (groupe Areva).

Greenpeace observe que l'évaluation du projet par l'Autorité finlandaise de sûreté nucléaire STUK n'a pris qu'un peu plus d'un an (janvier 2004-février avant la délivrance du permis de construire, un délai anormalement court selon elle.

"A titre de comparaison, 7 à 8 ans sont nécessaires à la Commission de régulation nucléaire américaine (NRC) (...)" pour délivrer un agrément, a souligné John Large, auteur pour Greenpeace d'une expertise très sévère à l'encontre de la STUK, implicitement accusée d'avoir cédé aux pressions politiques et économiques.

Plus économique, plus performant et plus sûr selon ses promoteurs, sa puissance de l'EPR atteint 1600 mégawatts contre 1450 MW pour les réacteurs de la génération précédente et sa durée de vie est de 60 ans contre 40 ans actuellement.


Sénat, question écrite du 22/07/2004 en attente de réponse, posée par Mme Marie-Christine Blandin 12 ème législature

Garantie de la Coface au contrat signé par Areva pour la construction d'un réacteur EPR en Finlande

Question écrite n° 13307 de Mme Marie-Christine Blandin
(Nord - SOC)

Publiée dans le JO Sénat du 22/07/2004 - page 1610

Mme Marie-Christine Blandin attire l'attention de M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie sur l'octroi d'une garantie d'exportation Coface au contrat signé entre Areva et l'opérateur TVO pour la construction d'un réacteur EPR (European Pressurized Reactor) en Finlande. L'entreprise française Areva, spécialisée dans l'industrie nucléaire et majoritairement détenue par des fonds publics à travers le CEA, a signé avec l'électricien finlandais TVO un contrat pour la vente d'un réacteur EPR en décembre dernier. Ce réacteur a été vendu clé en main à l'opérateur finlandais - alors qu'il est présenté en France comme un prototype - dans le cadre d'un contrat à prix fixe. Un tel contrat fait supporter à Areva la totalité des risques financiers, notamment en cas de dépassement du budget prévu. TVO, pour sa part, ne dépensera pas un centime de plus que le montant précisé dans le contrat, à savoir 3 milliards d'euros. Or ce projet comporte d'énormes risques économiques dans la mesure où ce nouveau réacteur n'existe que sur le papier et que sa construction et sa mise au point seront soumises à d'importants aléas. C'est dans ce cadre qu'Areva a sollicité l'octroi d'une garantie Coface à l'exportation pour la vente de l'EPR en Finlande. La décision de la commission des garanties n'est pas publiquement connue à ce jour. Aussi, le soutien apporté à cette demande de garantie publique est surprenant, en effet : la Finlande ne peut être considérée comme un pays émergent ou à risque, les risques économiques sont en fait liés à la nature même du projet ; si Areva signe un contrat défavorable lui faisant endosser seule le risque financier lié aux prévisibles retards et surcoûts d'un tel projet, cette attitude purement commerciale et très hasardeuse ne saurait faire l'objet d'une garantie publique ; enfin, plus largement, le développement du nucléaire va à l'encontre du développement durable. La construction d'un réacteur engendrera un risque important et produira des déchets nucléaires ingérables. Surprise qu'une telle décision n'ait pas été discutée de manière transparente et rendue publique au vu des implications d'un tel projet, tant en termes de risque pour l'environnement que de risques politiques ou financiers, elle lui demande donc de lui confirmer au plus vite la décision d'octroi d'une garantie Coface et de rendre publics les termes de la garantie et les éléments ayant motivé une telle décision.

En attente d'une réponse ministérielle.