Le Nouvel Observateur, 23/6/2005:
S'il est construit, il durera soixante ans. Or, dans deux décennies, on saura faire des centrales nucléaires beaucoup plus performantes. Mais pouvait-on prendre le risque d'attendre ?
Partant de Flamanville (Manche), une petite
route serpente dans le bocage jusqu'à la Côte sauvage.
A 23 kilomètres au nord, près du cap de la Hague,
les cheminées de l'usine de retraitement de la Cogema dominent
la presqu'île du Cotentin. Ce paysage splendide et peu habité
est l'une des zones les plus nucléarisées de France.
La petite route conduit à une falaise de 70 mètres
où l'on exploitait, jusqu'en 1850, le fameux granite de
Flamanville dont les pierres ont pavé la place de la Concorde.
Puis le site a abrité une mine de fer sous-marine, avant
qu'on y implante deux tranches nucléaires de 1 300 mégawatts,
raccordées au réseau en 1985 et 1986. Bien qu'elles
produisent assez d'électricité pour fournir la Basse-Normandie
et la Bretagne, il était prévu d'installer deux
autres tranches. Sur l'emplacement vacant, EDF a décidé
de construire le réacteur EPR european pressurized
reactor tête de série de la «troisième
génération» de centrales qui doit remplacer
les unités en service, dont les trois quarts ont démarré
entre 1977 et 1987.
«Fer de lance de la renaissance du nucléaire»,
selon le groupe Areva-Framatome, constructeur du nouveau réacteur,
l'EPR doit battre tous les records: une puissance de 1 600 à
1 800 mégawatts, un rendement de 36% contre 33% aujourd'hui,
un coefficient de disponibilité de près de 90% contre
un peu moins de 83% en 2004, une durée de vie de soixante
ans face aux trente ans du parc actuel. Surtout l'EPR devrait
être dix fois plus sûr que les réacteurs actuels,
réduisant le risque d'accident grave à une chance
sur dix millions par an! (pour
rire, lire: "Un accident grave tous les 6 ans ?" et voir la "Liste
chronologique des accidents et incidents graves survenus sur un
réacteur")
Efficace, sûr et durable, l'EPR serait aussi économique
et écologique: selon une étude publiée en
décembre 2004 par la «Revue générale
nucléaire», un EPR de série produirait un
kilowatt-heure moins cher que les filières concurrentes
au charbon ou au gaz (33 euros par MWh contre 37 euros pour le
charbon et 39 à 42 euros pour le gaz). Le tout, sans rejet
de gaz à effet de serre! (Faux,
la vapeur d'eau est Le Grand Responsable de l'effet de
serre ! Rappel : "Gaz à effet de serre: vapeur d'eau
55%, nuages 17%, autres gaz 28% dont : Halocarbures 8%, protoxyde
d'azote 5%, méthane 18%, gaz carbonique 69% [source GIEC])
Toutes ces qualités ont séduit la Finlande, connue
pour son souci de l'environnement, qui a commandé un EPR
à Areva. Le succès du nouveau réacteur semble
poussé par une logique imparable: même si la durée
de vie des centrales actuelles peut être prolongée
jusqu'à 40, 50 ou 60 ans (EDF a d'ores et déjà
décidé de reculer l'échéance de dix
ans), il faudra tôt ou tard renouveler le parc; la croissance
de la consommation d'électricité et les exigences
de la lutte contre l'effet de serre conduisent à la nécessité
de nouvelles tranches nucléaires à partir de 2015
ou 2020; parmi les concurrents possibles, seul l'EPR semble en
situation de prendre le relais. Fort de cette conviction, le gouvernement
Raffarin a soutenu l'EPR, dont le lancement figure dans la loi
d'orientation sur l'énergie adoptée par le Sénat
le 4 mai 2005. Dès 2004, EDF annonçait le choix
du site et saisissait, en novembre, la Commission nationale du
Débat public. Celle-ci a pour mission, au terme d'une loi
de 1995, d'organiser des débats sur les projets de grands
équipements autoroutes, aéroports, TGV, barrages
Mais le débat sur l'EPR n'est-il pas vidé de toute
substance avant même d'avoir commencé? «Certes
le projet est décidé, le site choisi et des travaux
préliminaires ont commencé, mais le dossier est
loin d'être plié, estime Didier Anger, coordinateur
du collectif "L'EPR, non merci! Ni ailleurs, ni ici".
Le débat public doit démarrer en septembre ou octobre,
il sera suivi d'un autre sur l'installation du couloir de ligne
à très haute tension de 250 kilomètres nécessaire
pour transporter l'électricité de l'EPR. Ensuite,
l'enquête d'utilité publique débuterait au
printemps 2006 et durerait au moins un an, ce qui nous rapprocherait
des échéances électorales. Pratiquement,
il faudra attendre la fin 2007 pour savoir si les opposants au
projet ont gagné ou perdu.»
Les élus locaux ont mis tout leur poids dans la balance
pour obtenir le choix de Flamanville. Le président du conseil
général de la Manche, Jean-François Legrand,
a été jusqu'à promettre à EDF de l'exonérer
de la taxe professionnelle Avec l'accord implicite d'une majorité
de la population, traumatisée par un taux de chômage
qui dépasse depuis quinze ans la moyenne européenne.
Mais au-delà de l'impact régional, pourquoi s'opposer
au projet d'EDF-Areva? «Contrairement à ce qu'affirment
ses promoteurs, il n'y a aucune urgence à construire l'EPR,
répond Bernard Laponche, consultant international sur les
questions d'énergie. EDF table sur une augmentation constante
des besoins d'électricité, alors que la plupart
des experts mondiaux estiment qu'il faut au contraire réduire
la consommation. En France, des scénarios tout à
fait réalistes permettent d'envisager une réduction
d'un tiers sans changer significativement le mode de vie, en utilisant
des technologies plus modernes, ampoules basse consommation, appareils
électroménagers moins gourmands, etc. Dès
lors, la logique serait de fermer des centrales.»
Le nucléaire réduit-il notre dépendance vis-à-vis
du pétrole? Guère, notre facture pétrolière
par habitant est sensiblement équivalente à celle
de nos voisins. Que penser de l'argument ultime d'EDF, «l'atome
ou l'effet de serre»? L'association de scientifiques Global
Chance a analysé les principaux scénarios proposés
par les experts mondiaux (1). Conclusion: «Aussi bien en
France que dans le monde, les stratégies plus ou moins
volontaristes de relance du nucléaire ont des conséquences
sur les émissions cumulées de CO2 sur la période
2000-2050 qui restent relativement modestes: 6% à 11% pour
le monde, 7% à 16% pour la France.» Il subsisterait
donc, dans l'hypothèse la plus favorable au nucléaire,
plus de 80% des émissions de gaz à effet de serre.
Mais le principal point
faible du dossier reste le problème de la réduction
des risques: les progrès réels de l'EPR ne suffisent
pas à en faire la solution énergétique du
xxie siècle. Ainsi, en cas de fusion du coeur, l'option
choisie pour l'EPR, inonder la cuve, pourrait entraîner
une explosion d'hydrogène. D'autres
approches permettent d'éliminer ce risque, mais selon un
rapport parlementaire de 1998, elles ont «pour des raisons
de coût été écartées par les
concepteurs de l'EPR». Autre
exemple: aucun promoteur de l'EPR ne s'est aventuré à
un pronostic sur les conséquences qu'aurait la chute d'un
avion de ligne sur un réacteur événement
qu'on ne peut exclure depuis le 11 septembre 2001.
De tels risques, comme ceux liés aux séismes ou aux inondations, sont certes faibles, mais peut-on
les accepter si l'enjeu est de renouveler le parc nucléaire
sur une durée d'au moins soixante ans? «Le prétendu réacteur de troisième
génération n'est qu'une version améliorée
des centrales d'aujourd'hui, dérivées des moteurs
de sous-marins atomiques des années 1950, résume
Bernard Laponche. D'ici à vingt
ans, on aura de meilleures solutions. Est-il raisonnable d'engager
l'avenir énergétique du XXIe siècle sur un
dispositif dépassé, alors même que nous n'y
sommes pas obligés?»
(1) Les « Cahiers de Global Chance», janvier 2004.
Michel de Pracontal
L'est Républicain, 3/6/2005:
Pour l'Autorité de sûreté nucléaire, le futur réacteur EPR offre de très nettes avancées en matière de sécurité. Faux rétorquent ses détracteurs.
Le lieu d'implantation du prototype est ciblé
: Flamanville dans la Manche. Le principe de la mise en chantier
d'une nouvelle génération de centrales est acquis
: d'ici 2070, EDF a prévu de construire 35 réacteurs
dits de 3e génération à travers toute la
France pour remplacer progressivement l'actuel parc nucléaire
civil.
Les feux verts se succèdent pour le réacteur européen
à eau sous pression (EPR), dont les promoteurs brandissent
les qualités en matière de sûreté,
de compétitivité et de réduction des déchets
radioactifs, mais dont les détracteurs dénoncent
l'obsolescence, l'inutilité et surtout le coût qu'ils
jugent « exorbitant », soit un tarif qui oscille autour
des 3 milliards d'euros d'investissement pour le prototype, puis
2,5 milliards l'unité pour la réalisation d'une
première tranche de 9 réacteurs en dix ans.
Malgré la perspective d'une facture aussi salée et l'inconnue de la source de financement, le programme EPR poursuit son petit bonhomme de chemin, indifférent à l'agitation qu'il suscite dans les rangs de ses opposants emmenés par le « Réseau sortir du nucléaire » qui, d'ores et déjà, vitupère contre « la parodie du débat public prévu par la Commission nationale fin 2005, alors que la construction du réacteur a été adoptée récemment par les parlementaires dans le cadre de la loi d'orientation sur l'énergie. Bel exemple de démocratie participative ! », souligne Stéphane Lhomme, militant au Réseau.
Cendrier à magma radioactif
L'écologiste réagit ainsi à la réunion
de l'Autorité de sûreté nucléaire qui
s'est tenue hier à Paris pour aborder la sécurité
du réacteur. Un domaine sur lequel le « gendarme
du nucléaire » français travaille depuis plus
de 10 ans avec des experts franco-allemands puisque cette technologie
émane à l'origine d'une collaboration entre Siemens
et Framatome. Au final, l'organisme estime que « l'EPR atteint
l'objectif visé d'amélioration de la sûreté.
Qu'il soit construit ou non, nous avons demandé que les
études réalisées pour l'EPR contribuent à
faire progresser la sûreté des réacteurs existants
», précise Marie Thersen de l'ASN.
Doutes
C'est le point fort de l'équipement : afin d'arriver
à un tel niveau de sécurité, le réacteur
dispose notamment de 4 systèmes parallèles destinés
à refroidir le coeur en cas de situation anormale (lire: Les circuits de secours ne fonctionneraient pas
en cas de rupture du circuit primaire). Ils sont répartis
dans 4 bâtiments séparés : s'il l'un est en
flamme ou inondé, un autre peut prendre le relais. Le système
de confinement a aussi été renforcé afin
que l'enceinte de béton puisse résister à
la chute d'un avion (un
avion d'aéroclub de type Cessna en fait!).
Le syndrome du 11 septembre... Enfin, dans l'hypothèse
où le coeur fondrait malgré tout, un récupérateur
a été ajouté pour empêcher que le magma
radioactif ne s'échappe de la cuve en acier, un système
que ses concepteurs appellent « un cendrier de coeur fondu
» (voir: Three Mile Island
proche du Syndrome Chinois).
Bref, toutes les garanties semblent réunies
pour que le risque d'un accident majeur soit ramené en
dessous de 1 sur 100.000 par réacteur et par an. Pour un
parc de 10 centrales, il y aurait ainsi moins de 6 probabilités
sur 1.000 qu'une crise survienne au cours des soixante années
de fonctionnement prévues (pour rire, lire: "Un accident grave tous
les 6 ans ?" et
voir la "Liste chronologique des accidents et incidents
graves survenus sur un réacteur").
L'argument choc est battu en brèche par les opposants :
« de sérieux doutes existent sur ce récupérateur.
Il pourrait provoquer des explosions de vapeur extrêmement
puissantes, capables de détruire en partie la cuve et l'enceinte
de confinement », précise Stéphane Lhomme,
dont le mouvement prépare déjà « un
grand rassemblement les 14 et 15 avril prochain à Flamanville
» pour les 20 ans de la catastrophe de Tchernobyl.
« On a plus d'illusions sur l'EPR, la décision est prise. Par contre, nous allons rapidement lancer une autre grande campagne de sensibilisation, car on se dirige vers de très gros problèmes avec la sécheresse qui s'annonce cet été. A priori, elle sera bien plus sévère qu'en 2003, si l'on considère l'étiage déjà très prononcé des rivières. Le problème du refroidissement des réacteurs sera d'autant plus manifeste. En 2003 à Fessenheim dans le Bas-Rhin, on a dû recourir à des brumisateurs pour réduire la température qui était supérieure à 48°C... »
Patrice COSTA
Libération, 26 mai 2005:
EDF
confirme son calendrier pour le réacteur nucléaire
EPR
L'Usine nouvelle, 26/5/2005:
Faisabilité technique à démontrer, capacités de production insuffisantes : pour Areva, les obstacles industriels s'accumulent pour construire l'EPR de Flammanville d'ici à 2012 comme prévu.
Question de crédibilité pour le numéro 1 mondial du nucléaire. A ses interlocuteurs, Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, affirme qu'elle fera tout pour que la cuve de l'EPR de Flamanville- 3 et notamment sa partie supérieure, la virole porte-tubulure, la pièce maîtresse qui nécessite la fonte et le travail d'un lingot creux d'acier faiblement allié de 420- 430 tonnes soit fabriquée dans l'ex-« sanctuaire industriel du nucléaire français», dans le bassin du Creusot/Chalon-sur-Saône. Il ne peut en être autrement.
Areva qui n'a déjà pas pu assurer la production de celle de la première commande EPR destinée au finlandais TVO et a dû la sous-traiter au Japon, doit pouvoir réussir à maîtriser parfaitement l'élaboration de cette énorme virole. Une condition indispensable si le groupe veut vendre demain, à la Chine ou aux Etats-Unis, le seul réacteur de troisième génération aujourd'hui sur le marché. Un défi et une course de vitesse difficiles pour pouvoir surmonter cette « situation stratégique handicapante».
Quatre ans de recherche
Résultat : le planning
du premier EPR français est, à ce stade, bel et
bien décalé de plusieurs années. La fabrication des pièces de la partie supérieure
de la cuve, la plus complexe de l'îlot nucléaire,
devrait être lancée dans deux ans pour que le réacteur
puisse être mis en service, comme le souhaite EdF, en 2012.
Elle ne le sera pas. De même que pour les générateurs
de vapeur dont quatre pièces de la virole sur huit demanderont
encore deux ans d'études.
Il faudra d'ici là de nouveaux investissements, tant pour
le chaudronnerie de Framatome-ANP que pour Creusot-Metal (Industeel)
et Sfarsteel, filiale du groupe France- Essor, héritier
de Creusot-Loire Industrie, l'ex-pilier du programme nucléaire
français contrôlé aujourd'hui par Michel-Yves
Bolloré, qui lui fournit les composés forgés
finis.
Plus précisément, comme le remarque l'un des principaux industriels associés au programme, le « sanctuaire» manque aujourd'hui, de structure de levage, d'une lingotière, d'un bassin de coulée, d'un outil de forgeage dimensionnés aux nouveaux enjeux. Il faudra surtout trois, voire quatre, années de recherche pour espérer pouvoir lancer la production, estiment Jean-Pierre Durski, directeur de l'usine Areva de Chalon/Saint-Marcel, et Marc Benner, délégué régional d'EdF. En technique de coulée comme en caractérisation des matériaux. En mobilisant pour ce faire, outre leurs compétences propres, celles des laboratoires du CEA de Valduc à Is-sur-Tille près de Dijon, de Grenoble et de Saclay, de l'Ecole des arts et métiers de Cluny, de l'Esirem (Ecole supérieure d'ingénieurs de recherche en matériaux), de l'université de Dijon ou du centre de formation Cetic (Intervention sur chaudières nucléaires à eau pressurisée).
Parer au plus pressé
Faute de commandes nouvelles, la métallurgie nucléaire
a perdu de sa superbe en France ces quinze dernières années.
Et surtout compromis son indépendance. La cuve de Civaux-2, le dernier réacteur d'EdF
mis en service près de Poitiers fin 1999, a été
coulée et forgée au début des années
1990. Ces heures fastes ne sont plus qu'un lointain souvenir.
De surcroît, la partie supérieure de la cuve de l'EPR
est très différente de celle de la génération
précédente (palier N4) qui supposait la réalisation
d'un lingot creux de 190 tonnes, une partie supérieure
de la cuve en deux pièces et une tubulure posée
et soudée sur des orifices creusés dans la virole.
(Lire: La saga des fissures sur
le palier N4)
Les soudures doivent être aujourd'hui réduites au strict minimum pour simplifier et réduire les temps de fabrication, de même qu'ensuite limiter les délais d'arrêt des centrales lors des opérations de contrôle et de maintenance. Pour que la virole porte-tubulure soit réalisée en France, Areva et Sfarsteel (via ses filiales Creusot- Forge et Creusot-Mécanique) vont devoir monter d'un cran leur savoirfaire et leurs investissements. A Chalon, on sait aujourd'hui fondre, en trois postes de coulée, et forger un lingot creux de 250 tonnes (actuellement pour les couvercles de cuves), mais pas encore résoudre les problèmes soulevés par la réalisation de l'indispensable lingot creux de 420-430 tonnes.
Probablement en cinq postes de coulée.
Une technologie conforme aux solutions traditionnellement choisies
par les ingénieurs français pour assurer une répartition
thermique plus homogène de la pièce et de meilleures
propriétés mécaniques. Une option qui n'est
pas remise en question dans l'immédiat. A l'inverse, Mitsubishi
Heavy Industries et la forge de Japan Steel Works qui assurent
la fabrication en cinq coulées et le travail de la cuve
de l'EPR finlandais d'Olkiluoto-3 de TVO qui doit être
mis en service au printemps 2009 ont déjà
terminé la virole. Mais avec leur propre technologie, celle
du lingot plein.
Manifestement, les concepteurs du projet EPR les Allemands de Siemens et les Français réunis au sein de Framatome ANP ne se sont pas attardés sur les questions de faisabilité industrielle. Le successeur du N4 devait, à très long terme, venir remplacer le parc nucléaire de première génération. Il est devenu, plus vite que prévu, le projet de référence de la troisième génération, le premier sur le marché mondial. Surtout pour une époque où les donneurs d'ordre, à capitaux privés pour leur majorité, tiennent à faire plus vite (cinq ans au lieu des sept habituels du programme français), moins coûteux (l'EPR finlandais a été facturé 3 milliards d'euros, les suivants seront forcément moins chers) et pour plus longtemps (l'exploitation de l'EPR est prévue pour 60 ans contre 40 la génération précédente).
Conséquence: il faut aujourd'hui parer au plus pressé. L'ingénierie d'Areva est en surchauffe (trois ans et demi de commandes signées) en raison des deux grands chantiers finlandais et français, mais aussi des importantes commandes françaises et américaines en particulier (seize couvercles de cuves, vingt-et-un générateurs de vapeur et trois pressuriseurs). Du fait des pyramides d'âge ou de l'arrêt du programme nucléaire allemand depuis six ans, nombre d'ingénieurs et de chercheurs, des deux côtés du Rhin, sont partis. Vers d'autres horizons professionnels ou en préretraite. Ce qui suppose aujourd'hui une embauche importante de jeunes ingénieurs et techniciens pour reconstituer et rénover le savoir-faire.
Particulièrement recherchées, les compétences dans la science et le génie des matériaux, les procédés de fabrication (état de surface, tenue à la corrosion), en simulation numérique et en contrôles non destructifs. Ou encore en robotique et en optimisation industrielle. Areva, qui a embauché 150 jeunes ingénieurs et techniciens l'an dernier sur son site de Chalon/Saint-Marcel en Saône-et-Loire, compte en recruter une centaine cette année. Valinox-Nucléaire (groupe Vallourec), le tubiste de Montbard au nord ouest de Dijon, propose une cinquantaine de postes. Sfarsteel cherche une trentaine de tourneurs verticaux supplémentaires.
Un pôle de compétitivité
L'autre défi est économique et passe par le projet
de pôle de compétitivité PNB (Pôle Nucléaire
Bourgogne): lancer la fabrication de la totalité d'une
cuve pour un ou deux réacteurs, n'est plus rentable après
plusieurs années de sous-activité des sites bourguignons
spécialisés depuis toujours dans les composants
lourds. Areva et ses partenaires souhaiteraient des engagements
à long terme d'EdF au-delà de l'actuelle tête
de série. Combien d'EPR suivront Flamanville et à
quelle échéance? Aucun engagement irrévocable
n'a été pris ni par l'Etat ni par EdF, devenue société
anonyme et déjà soucieuse de l'impact de ses décisions
sur son entrée en Bourse, en principe toujours prévue
avant la fin de cette année.
Via ce projet, les industriels impliqués dans l'aventure du « réacteur du XXIe siècle» vendent aux pouvoirs publics l'idée qu'il faut, dès maintenant, s'équiper pour construire cinquante EPR. En France, bien sûr, mais aussi en Chine, en Inde, au Pakistan, en Corée du Sud ou en Suède. Soit, en moyenne, quatre EPR par an. D'où l'obligation de rassembler, au plus vite, pour pouvoir « fabriquer les composants lourds du circuit primaire », 157 millions d'euros de crédit, dont 140 millions pour des investissements industriels (cuve et générateurs de vapeur) et 17 millions pour la R&D et la formation.
L'avenir est bourguignon
Sur la ligne de départ : le CEA, EDF, Areva, Sfarsteel,
Valinox-Nucléaire, Industeel et, espèrent ses promoteurs,
entre 70 et 100 de leurs sous-traitants. Areva a déjà
investi 40 millions d'euros dans des préétudes.
Et, annoncé fin avril que 30 millions d'euros sur trois
ans allaient être consacrés au renforcement du potentiel
industriel de Chalon/Saint-Marcel. Sfarsteel a lancé un
programme de modernisation de 10 millions d'euros, Valinox de
7 millions pour la modernisation d'un four de traitement thermique
des tubes utilisés dans les générateurs de
vapeurs.
Un début pour les promoteurs du «PNB» qui comptent fortement sur le soutien de l'Etat à leur projet de pôle. Impossible d'échouer de toute façon. Pour qu'Areva puisse vendre l'EPR en Chine, il faut impérativement que le groupe puisse démontrer qu'il maîtrise parfaitement, dans toute sa complexité, la fabrication de la cuve. Il est en effet peu probable, en raison des actuelles relations entre la Chine et le Japon, que Pékin confie à deux groupes nippons les commandes des quelque quarante cuves attendues de son prochain programme nucléaire. Des missions d'ingénieurs d'Areva sont allées en Mandchourie pour savoir quelles possibilités existaient d'y faire fabriquer ces cuves géantes.
Leur conclusion : théoriquement possible,
mais, pour l'instant, des problèmes de qualité demeurent.
Le temps ne joue pas forcément au bénéfice
du numéro 1 mondial. Le principal concurrent de l'EPR sur
l'immense marché chinois qui se profile, l'«AP 1000»
de Westinghouse, ne comporte pas de cuve de cette dimension (mais
le groupe américain n'est plus qu'ingénieriste sans
être lui-même industriel). L'avenir d'Areva va donc
se jouer en Bourgogne. Si la mobilisation prévue ne se
concrétise pas, on peut craindre que le groupe d'Anne Lauvergeon
ne puisse, en définitive, s'aligner en candidat le mieux
placé pour les gigantesques programmes nucléaires
qui s'annoncent.
Le Point, 28/10/2004:
C'est un petit nid douillet et verdoyant, niché
sur les bords de la Manche.
A Flamanville, on trouve de l'air, de l'eau et des voisins accueillants,
déjà bien habitués aux jeux de l'atome, entre
la centrale existante de la ville et l'usine de retraitement de
la Hague... Bref, tout pour que le petit protégé
du nucléaire français, l'EPR (European pressurized
water reactor), se sente chez lui.
Pour la première fois, l'EPR, qui a déjà été vendu à la Finlande en 2003, prend racine en France. En désignant le site du prototype français de nouvelle centrale, EDF a donné le véritable coup d'envoi de ce programme controversé, même chez certains partisans du nucléaire. La communauté nucléaire française, qui porte ce projet comme son enfant depuis quinze ans, respire. L'EPR a désormais sa « maison ». Il ne sera achevé qu'en 2012, mais qu'importe. Il existe.
Pourtant, il n'y avait pas le feu. La première centrale française qui atteindra l'âge de la retraite (c'est-à-dire 40 ans) sera celle de Fessenheim, en Alsace, en 2017. « Le lobby nucléaire a eu gain de cause, tonne Nicolas Crespelle, un spécialiste de l'énergie, à la tête du cabinet Entreprises et Parlement. Alors qu'on avait bien cinq ans pour se décider. Toute l'industrie du nucléaire en avait envie. » Chez EDF, on se défend en précisant que 50 % du parc français sera arrêté entre 2017 et 2027, et que pour lancer une série de réacteurs à temps il faudra d'abord réaliser un démonstrateur.
Un calendrier précipité
Mais ce scénario ne tient pas compte des kilowattheures non utilisés (le taux d'utilisation des centrales françaises est de 72 % seulement) et de ceux qui sont exportés. « On a déjà 10 réacteurs de trop », s'étrangle Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement du gouvernement Juppé. « Plus de 15 % de l'électricité nucléaire française est exportée. Avait-on besoin d'ajouter des capacités supplémentaires ? » s'interroge Benjamin Dessus, directeur de recherche au CRNS. A cet argument, chez EDF, on répond... que l'on exportera encore plus ! « C'est vrai qu'il faudra renouveler le parc, mais il n'y a pas une telle urgence, affirme Nicolas Crespelle. Les Américains disent qu'ils pourraient prolonger leurs centrales jusqu'à 60 ans. On les entretient très bien, on change des pièces... » (voir: fuite radioactive à la centrale d'Indian Point 2)
Le calendrier quelque peu précipité de l'EPR intrigue, voire agace. Y compris au sein de l'UMP. « Le débat interne a été étouffé, s'indigne Fabien Chalandon, un banquier d'affaires, vice-président de la fondation Concorde. Du jour au lendemain, en juin 2003, le débat a été fermé, sur instruction de Juppé. » Alors pourquoi ? Quelle « raison nucléaire d'Etat » derrière cette décision ? Il y a bien l'explication chinoise... Faire l'EPR en France pour le vendre aux Chinois (voir plus bas...). Mais, plus généralement, on a voulu profiter d'une exceptionnelle « fenêtre de tir » pour une relance du nucléaire. Une opportunité politique, d'abord : le gouvernement Jospin, lié par ses accords avec les Verts, avait exclu de se lancer dans un nouveau projet nucléaire. Si d'aventure la gauche revenait au pouvoir en 2007, avec les mêmes alliés, c'en serait fait de l'EPR. De ce point de vue, le choix de Flamanville n'est pas fortuit : même la gauche locale est favorable au projet, alors que le site normand de Penly, écarté au dernier moment, était plombé par l'opposition au projet d'un élu local nommé... Laurent Fabius. Le climat économique est aussi favorable : l'explosion du prix du baril de pétrole, avancée par Nicolas Sarkozy pour justifier le retour du nucléaire, tombe à pic. « Pourtant, dans les faits, pétrole et nucléaire ne sont pas concurrents, objecte Benjamin Dessus. Les voitures ne roulent pas encore à l'électricité, et le pétrole n'est quasi plus utilisé en Europe pour faire de l'électricité. » Mais rien n'y fait. Le nucléaire a été lancé en réponse aux chocs pétroliers, et ce réflexe pavlovien semble demeurer... Ajoutez à cela une préoccupation toujours plus grande quant à l'effet de serre conjugué à la nouvelle nucléophilie américaine, et l'on obtient un climat propice aux projets nucléaires.
Une chance pour l'EPR, qui végète
dans les cartons depuis près de quinze ans. Petit rappel
: l'EPR n'est pas une révolution technologique, tant s'en
faut. Il est né à la fin des années 80 sur
les planches à dessin d'ingénieurs de Framatome
et de Siemens. Les Allemands ajoutent au réacteur français
classique la coque en béton et des systèmes de sécurité
supplémentaires. Une précaution due aux avions de
chasse F-104 Starfighter de l'armée allemande, qui tombaient
alors comme des mouches (plus de 200
appareils) ! L'EPR marque une évolution - « dix fois
plus sûr », dit-on - des réacteurs de deuxième
génération, celle de l'ensemble du parc français.
En outre, plus efficace, il consomme un peu moins de combustible
et produit un peu moins de déchets.
Mais, pas de chance, l'EPR est arrivé au moment où les principaux programmes nucléaires s'arrêtaient, parce qu'ils avaient atteint leurs objectifs de puissance, ou à cause de la psychose consécutive aux accidents de Three Mile Island, aux Etats-Unis, et de Tchernobyl, en Ukraine. Résultat, tout s'enlise. S'ensuivent quinze longues années pour les milliers de chercheurs d'EDF, du CEA et d'Areva qui planchaient sur le projet. Pour eux, le démarrage du programme en France est une délivrance. Du coup, certains suspectent que l'EPR ait en partie été poussé pour préserver l'activité de l'armée des blouses blanches du nucléaire. « C'est une question de plan de charge pour les ingénieurs », soutient sans détour Nicolas Crespelle.
Directement visé, le fameux lobby du nucléaire. En fait, une communauté de l'atome qui regroupe quelques milliers de personnes chez Areva, EDF, au CEA, le tout lié par l'influent corps des ingénieurs des Mines, omniprésent dans les cabinets ministériels et qui a fait du nucléaire sa « chose ». « J'y ai eu affaire une fois en 1997, lorsqu'il s'agissait du redémarrage de Superphénix, se souvient Corinne Lepage. Je peux vous dire que ça passe directement par le sommet, là où se prennent les décisions. Ils ne perdent pas leur temps aux échelons inférieurs. »
Mais, cette fois, ces grands commis de la cause nucléaire se trompent-ils ? Sont-ils en train d'imposer une mauvaise solution ? Corinne Lepage, justement, ne décolère pas contre le choix de l'EPR, qu'elle juge « passéiste et obsolète. D'un point de vue économique et industriel, c'est une décision stupide. Ce choix exclut d'emblée tout investissement sérieux dans la recherche sur la quatrième génération de réacteurs et dans les énergies renouvelables ».
Et les économies d'énergie...
L'EPR réussit en effet l'exploit de réunir contre lui le courant écologiste, partisan des économies d'énergie, des énergies renouvelables, et le courant pronucléaire... de quatrième génération. Il sera en effet bien difficile de réaliser des économies d'énergie si celle-ci abonde. Pourtant, des progrès sont possibles. « Savez-vous, demande Claude Mandil, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie, que, si l'on appliquait à l'ensemble de l'OCDE les règles les plus strictes existant dans chaque pays en matière de consommation d'appareils électroménagers, celle-ci chuterait de 30 % ! » Quant aux énergies renouvelables, les crédits de recherche dont elles disposent pourraient s'en ressentir. « Vous trouvez normal que 98 % des dépenses de recherche dans l'énergie soient engloutis dans le nucléaire ? » s'étouffe Philippe Brousse, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire. Enfin, les nucléophiles impatients de voir aboutir la quatrième génération de réacteurs sont de leur côté frustrés par ce contretemps.
Très attendue, cette quatrième génération est un ensemble de technologies (six filières différentes à ce jour) qui permettent notamment de réduire les déchets et d'améliorer le rendement. Il s'agit en particulier des réacteurs à neutrons rapides (déjà expérimentés dans Phénix et Superphénix), avec des refroidissements à l'hélium ou au plomb, plutôt qu'à l'eau, comme pour les réacteurs actuels.
Pour 2025, 2035 ou 2045
Plus propres, ces réacteurs ont l'avantage, en recyclant leurs propres déchets, de ralentir le rythme de consommation de l'uranium, et donc de prolonger considérablement les réserves. Une solution aux côtés de laquelle l'EPR français paraît bien vieillot. « L'EPR, c'est une voiture à laquelle on ajoute un ABS », ironise un spécialiste. Mais, chez les partisans de l'EPR, on affirme qu'aucune de toutes ces merveilles d'un type nouveau ne verra le jour avant 2040 ou 2045. « Il y a ce fantasme de la quatrième génération qui veut faire croire que demain il y aura la panacée, s'amuse-t-on chez Areva. C'est comme si une compagnie aérienne décidait de ne pas acheter l'A380 en attendant le futur vaisseau spatial... » Foutaises, pour Benjamin Dessus, qui soutient que le délai sera forcément plus court : « Quarante ans, c'est très long. On voit rarement de tels délais de développement en science... »
Alors 2025, 2035, 2045 ? Le débat reste ouvert. En attendant la quatrième génération, il s'agit de savoir si l'EPR fera des petits. Pour certains, comme Fabien Chalandon, la question ne devrait pas se poser, car l'on peut très bien investir dans de petites centrales à gaz pour attendre la relève de la quatrième génération. Pour d'autres, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, « c'est une solution de transition satisfaisante ». « A condition de garder les crédits de recherche pour la quatrième génération », prévient la députée, qui fut parmi les sceptiques lors du débat sur l'EPR à l'UMP et qui défend aujourd'hui une position médiane. Nathalie Kosciusko-Morizet verrait bien une série de 5 à 10 EPR, dans l'intervalle.
Du côté d'Areva, on espère bien sûr une série plus longue. Philippe Garderet, directeur de la recherche, a son hypothèse quant à la durée de la transition : « Si tout le monde relance le nucléaire, le problème des ressources en uranium finira par se poser. Si la Chine construit 200 réacteurs, et les Etats-Unis 100 autres, les réacteurs de quatrième génération, qui peuvent brûler leurs propres déchets, verront le jour rapidement. C'est une question de marché. Les réacteurs à neutrons rapides comme Superphénix sont arrivés trop tôt. Ils n'étaient pas en phase avec le marché. » Une façon de décrire une transition harmonieuse, naturelle.
Sauf qu'un choix technologique aussi lourd
a des conséquences. « Comme cela va coûter
beaucoup plus cher que prévu, il faudra faire une grande
série pour l'amortir », prédit Benjamin Dessus.
Autrement dit, le train de l'EPR, une fois lancé, sera
bien difficile à arrêter. Pour Areva aussi, d'ailleurs.
Même si le spécialiste français du nucléaire
n'est pas absent de la recherche sur les générations
suivantes, son engagement massif en faveur de l'EPR est trop important
pour ne pas le lier... Pour Nicolas Crespelle, « chez Areva,
la réflexion stratégique n'a pas été
faite. Mais on ne peut pas accabler Anne Lauvergeon, qui a hérité
d'une situation où elle n'avait pas le choix ». Areva
doit absolument placer son EPR, véritable machine à
gagner de l'argent. L'entreprise devrait, pour la partie purement
nucléaire du réacteur, obtenir un quart des 3 milliards
d'euros. Sans compter que l'ouverture du capital de la société,
qui est en projet depuis quelques années, se fera dans
des conditions tellement plus avantageuses avec un EPR qui se
vend bien... Beaucoup d'espoirs, donc, se concentrent dans ce
petit berceau atomique du Cotentin nommé Flamanville
Etienne Gernelle
Trop cher pour EDF...
Trois milliards d'euros, au bas mot. L'EPR est un investissement lourd, pour une entreprise qui a accumulé 24,5 milliards d'euros de dettes. En outre, 29 milliards d'euros sont à prévoir pour le démantèlement des centrales existantes, les engagements hors bilan des filiales pourraient atteindre 17 milliards, et 7,7 milliards seront à verser à la CNAV au titre des retraites. La commission Roulet, qui doit rendre ses conclusions à la mi-novembre, devrait tirer au clair l'inquiétant mystère des comptes d'EDF. L'ouverture du capital de l'électricien à hauteur de 30 % pourrait être un début de solution. En outre, EDF pourrait faire entrer des partenaires « à risque » dans le projet EPR. Suez, l'espagnol Endesa, l'italien Enel et des « électro-intensifs », comme Air liquide ou Alcan, seraient intéressés
E. G.
La bataille de Chine
Certains y ont vu un signe. C'est au retour
de la tournée de Jacques Chirac en Chine que la décision
de construire l'EPR à Flamanville a été prise.
« La Chine a toujours été un argument, depuis
le début », coupe Nathalie Kosciusko-Morizet, députée
UMP de l'Essonne qui a dirigé le débat sur la question
au sein du parti. Claude Gatignol, député UMP de
la Manche (c'est- à-dire de Flamanville), et qui a accompagné
Jacques Chirac en Chine, confirme : « Les Chinois nous demandaient
: "Et vous, qu'allez-vous choisir ?" » Toutefois,
si Flamanville est une « centrale témoin »,
une vitrine, elle est un peu chère : entre 3 et 3,5 milliards
d'euros. « D'autant que les Chinois achèteront peut-être
quelques centrales à Areva, mais il y aura un transfert
de technologie, et après ils les construiront eux-mêmes
», souligne Fabien Chalandon. Chez Areva, on reconnaît
l'argument, mais on affirme que des marchés secondaires
resteront à conquérir, même pour des centrales
« sinisées ». Et le potentiel chinois est colossal.
32 réacteurs d'une capacité d'au moins 1 000 mégawatts
devraient être installés dans les quinze ans qui
viennent. A lui seul, le programme chinois pourrait représenter
80 % des réacteurs construits dans le monde au cours des
deux prochaines décennies. Le gouvernement de Pékin
a lancé la semaine dernière des appels d'offres
pour quatre réacteurs de troisième génération.
Un marché clé, car il pourrait décider du
choix des technologies à venir.
Mais rien n'est acquis pour Areva. Un concurrent sérieux
lui fait face : l'américain Westinghouse. Avec son AP-1000,
qui n'était pas encore prêt pour l'appel d'offres
finlandais, Westinghouse offre une solution de même génération,
mais techniquement un peu moins complexe que l'EPR, donc sans
doute un peu moins chère. Sans compter que les Chinois
développent une autre technologie, dite à très
haute température, afin de construire des réacteurs
plus petits et plus disséminés. La bataille de Chine
ne fait que commencer
E. G.
Le Monde, 21/10/2004:
Le débat sur l'énergie a eu lieu
sans que l'avis de l'Autorité de sûreté soit
connu du Parlement.
Alain schmitt, directeur adjoint à la DGSRN (direction
générale de la sûreté nucléaire
et de la radioprotection, le service du ministère de l'industrie
qui joue le rôle de gendarme du nucléaire), l'indique
clairement : "Le gouvernement voulait que l'examen de la
loi au Parlement ait lieu avant que nous publiions notre prise
de position." Ainsi, la position prise par la DGSRN sur la
sûreté d'un nouveau réacteur EPR a été
cachée aux députés qui examinaient, au printemps,
le projet de loi sur l'énergie. Un des principaux sujets
de cette loi était le lancement du réacteur EPR.
La DGSRN connaissait depuis plusieurs mois les questions de sûreté
qui se posent sur ce réacteur, et qu'elle a exprimées
dans une lettre, finalement envoyée le 28 septembre à
EDF - bien après le débat.
Tout en donnant une approbation générale - "Les options de sûreté satisfont globalement à l'objectif d'amélioration générale de la sûreté" -, la DGSRN souligne plusieurs points techniques importants qui "feront l'objet d'une attention particulière". La note est accompagnée d'un document de 80 pages, établi en octobre 2000, qui fait une revue des questions techniques que suscite l'EPR.
On confirme au cabinet du ministère de l'écologie la volonté de ne pas fournir ces éléments aux parlementaires : "On s'est posé la question au printemps, indique un conseiller de M. Lepeltier. On s'est mis d'accord avec le ministère de l'industrie qu'on ne souhaitait pas envoyer la lettre -de la DGSRN- avant que les députés se prononcent sur la loi d'orientation."
Pour Yves Cochet, député (Verts) de Paris, "l'EPR était présenté par les ministres comme plus sûr qu'un réacteur classique. Mais nous n'avions pas d'éléments techniques pour juger de cette affirmation. S'il y a des questions à se poser, il aurait été utile de le savoir au moment des débats."
La discussion parlementaire s'est déroulée en mai sans que les députés aient d'autres éléments techniques sur le réacteur que des éléments généraux et tous favorables. Le "débat sur l'énergie", qu'avait lancé en 2003 la ministre de l'industrie d'alors, Nicole Fontaine, avait été mené sans dossier précis sur l'EPR. Or le document que publie la DGSRN avait été établi en octobre 2000 lors de l'assemblée plénière du groupe permanent d'experts sur les réacteurs.
RÉVÉLATION TARDIVE
Il aurait été utile au public intéressé de les connaître. Monique Séné, du GSIEN (Groupement de scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire), vient de le découvrir. "Je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi précis sur l'EPR. Cela permet de connaître les questions techniques qui se posent sur ce projet", dit-elle.
Cette dissimulation du dossier technique de l'EPR est surprenante : le rapport de 2000 et la lettre de la DGSRN ne révèlent pas de fêlure grave dans le projet. "Il y a beaucoup de travail d'examen de plusieurs options techniques, dit Juhani Hyvaerinen, de l'Autorité de sûreté de Finlande (STUK), qui a commandé un EPR. C'est normal, cela arrive toujours avec un nouveau projet."
Les questions sur lesquelles les autorités françaises et finlandaises attendent de se prononcer concernent la prévention des erreurs humaines, un système de récupération du cur fondu, des dispositifs de sécurité en cas de rupture de tuyauterie, la fiabilité du logiciel de commande de l'EPR - il sera intégralement numérisé -, et la résistance du réacteur à la chute d'un avion de ligne. Ces questions ne semblent pas de nature à bloquer l'autorisation : "Le feu vert que nous devons donner en fin d'année pourrait en être retardé, dit M. Hyvaerinen, mais je ne pense pas que cela sera nécessaire."
La révélation tardive de ces questions alimente la critique des antinucléaires. Le Réseau Sortir du nucléaire publie ainsi un "Dossier noir de l'EPR" dans lequel il stigmatise "les tares rédhibitoires" du réacteur projeté.
Hervé Kempf
Le Monde, 21/10/2004:
Elus socialistes soulagés, élus
de droite et milieux socioprofessionnels désolés
: en Rhône-Alpes, l'annonce de l'installation du réacteur
nucléaire en Normandie va susciter des réactions
différentes. En effet, la candidature à l'EPR n'y
faisait pas l'unanimité. Contraint de tenir compte des
22 élus Verts sans lesquels il n'a pas la majorité,
Jean-Jack Queyranne, président
(PS) du conseil régional, s'était prononcé
contre l'installation de l'EPR à Tricastin (Drôme).
En revanche, les élus UMP et des élus PS de la Drôme
avaient fait chorus avec le patronat et les syndicats pour réclamer
la réalisation de ce projet. Ils avaient même mis
en place, en septembre, une délégation commune auprès
de Pierre Gadonneix, président d'EDF, pour plaider les
avantages de la région. Ils mettaient en avant, notamment,
la concentration importante des installations nucléaires
dans la région. Mais, depuis la canicule de 2003, le risque
de manque d'eau, nécessaire au refroidissement de ces installations,
jouait contre Rhône-Alpes.
Le Figaro, 21/10/2004:
- EPR de troisième génération
: des progrès importants pour la sûreté (non, archi faux)
- Le nucléaire tente de s'imposer comme la
première alternative au pétrole (Allez, pour rire... bientôt
les avions, camions, voitures, motos... atomiques)
Greenpeace France, mercredi 20 octobre 2004: L'affaire EPR
Le canard Enchainé, 20/10/2004:
Le baril de pétrole à plus de 50 dollars ne met pas tout le monde de mauvaise humeur. Il y a même des imprudents pour s'en réjouir ouvertement. Depuis quelques semaines, le lobby nucléaire est sur un petit nuage (non radioactif) et pousse son avantage pour tenter de relancer son business plutôt languissant. L'idée est de profiter d'une nouvelle crise pétrolière pour rendre plus acceptable le démarrage du programme EPR, cette nouvelle machine franco-allemande qui doit remplacer le parc actuel vieillissant. Le Premier Ministre s'est déjà déclaré favorable à la construction d'un EPR, et EDF doit décider cette semaine du lieu d'implantation. C'est le site de Penly, en Haute-Normandie, qui tient la corde. Et selon Patrick Devedjian, autre défenseur du nouveau réacteur, "tout le monde est pour, socialistes compris".
Chef-d'uvre inutile
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur
des mondes nucléaires possibles.
A une nuance près : la France n'a aucun besoin de cette
merveilleuse machine. Et ce pour trois raisons, sur lesquels s'accordent
- une fois n'est pas coutume - tous les experts. D'abord il n'y
a aucune urgence à renouveler le parc actuel. Les 58 réacteurs
en service dans l'Hexagone tournent correctement, et le plus ancien,
situé à Fessenheim, n'aura quarante ans (âge
de la retraite) qu'en 2017. Et encore il n'est pas exclu que son
temps de service soit prolongé.
Deuxième raison de ne pas se précipiter, l'outil
nucléaire français est suffisant pour faire face
à une augmentation de la consommation. La preuve : EDF
a exporté en 2003 environ 72 milliards de kilowattheures,
soit 13% de sa production. Ce qui lui donne une marge confortable
pour répondre à la demande intérieure. De
ce point de vue aussi, l'EPR peut attendre. L'an passé,
le directeur de la prospective d'EDF résumait ainsi la
situation : "Il n'y a pratiquement pas de choix à
faire dans les prochaines années". Un aveu qu'il doit
aujourd'hui regretter. Il faut ajouter à ces deux raisons
de tempêter l'ardeur l'ardeur d'une relance précipitée
un troisième argument qui clôt l'incidence du prix
du brut sur la stratégie d'EDF : en 2003, la part d'électricité
produite par l'électricien national en brûlant du
fioul n'était que de 1,3%. Autant dire que le cours du
baril laisse les stratèges d'EDF froids comme des pylônes...
Tout est dans la vitrine
Mais alors pourquoi pousser les feux nucléaires
? Tout simplement parce que ce qui est vrai pour la France ne
l'est pas pour le reste du monde. Les besoins en électricité
dans les pays dits "émergents" sont gigantesques.
Rien qu'en Chine, où Chirac a tenté de vendre des
EPR, le marché
des réacteurs à construire dans les prochaines années
est estimé entre 30 et 40 milliards d'euros. Pour vendre
la machine conçue par Areva et Siemens, il faut une "vitrine".
Certes, la Finlande a commandé un premier réacteur
EPR. Les travaux de génie civil ont même commencé.
Mais rien ne vaut la consécration d'une commande par EDF,
premier électricien mondial et leader incontesté
du nucléaire. Il ne faut pas le dire trop fort, mais la
France s'apprête donc à construire, pour la bagatelle
de 3 milliards d'euros, une machine dont elle n'a pas besoin,
pour que Areva et Siemens ont envie d'exposer pour en vendre des
répliques.
Pourquoi pas ? Business in business ! Sauf que les possibilités
d'investissement et de recherche de la filière nucléaire
française ne sont pas inépuisables. En consacrant
les quinze années qui viennent au développement
de l'EPR, qui n'est qu'un perfectionnement des réacteurs
classiques, la France risque de louper d'autres trains. Notamment
celui des nouvelles technologies, comme les réacteurs à
haute température, qui paraissent prometteurs du point
de vue technique autant qu'économique.
C'est à peu près ce qui est arrivé dans les
années 70, lorsque les efforts méritoires de nos
ingénieurs avaient abouti à la mise au point des
réacteurs de la filière graphite-gaz juste au moment
où la nouvelle génération à eau pressurisée
s'imposait partout. Et il avait fallu acheter les brevets américains.
Louis-Marie Horeau
Ouest France, 20/10/2004:
Le réacteur EPR attendu à Flamanville
Communiqué Crilan, 20/10/2004:
Alors que beaucoup s'attendaient au choix de PENLY, le CRILAN a attiré depuis longtemps l'attention sur la possibilité du choix de Flamanville :
- Un choix qui n'est ni technique, ni économique : il va être nécessaire de construire un nouveau couloir de lignes THT de 400 000 volts vers Laval Sud et les Pays de Loire.
- Mais un choix politique à l'évidence : La Basse-Normandie est la seule région de France dont le Conseil Régional -à majorité de gauche- se soit prononcé favorablement à l'implantation d'un EPR.
Nous avions demandé une entrevue à la Direction d'EDF, à la mi-septembre, rendez-vous qui venait de nous être accordé pour le 10 novembre. Il est devenu habituel que le Gouvernement et le lobby nucléaire décident d'abord et n'acceptent de discuter qu'après. débat et entrevue bidons : nous n'irons pas.
Le collectif régional « L'EPR, Non merci ! Ni ailleurs, ni ici ! » qui regroupe une quinzaine d'organisations et de groupes locaux et personnes, a animé, depuis presqu'un an des réunions d'information le long du tracé de l'éventuel couloir de lignes, distribué des milliers de tracts sur les côtes du Cotentin, depuis le Mont Saint-Michel jusqu'au Val de Saire pour sensibiliser population locale et touristes aux effets des rejets radioactifs et chimiques du nucléaire déjà installé.
Le pouvoir nucléaire feint de croire
qu'il existe un consensus populaire, misant sur le contrôle
qu'il exerce par le moyen des taxes professionnelles et la mono
industrie en Cotentin.
L'EPR n'est pas encore construit !
La période, avec la nécessaire réunion de la commission du débat public, l'enquête publique, la période électorale de 2007, sera active en espérant qu'elle soit moins radioactive : l'information va s'accompagner de l'organisation de la lutte sur le terrain en relation avec le « Réseau Sortir du nucléaire ».
Sont d'ores et déjà prévues
:
- Une reprise des réunions canton par canton ;
- Un état géologique indépendant du site
;
- Une première analyse des rejets actuels de tritium ;
- Une réunion publique à Cherbourg sur « Nucléaire
et santé » avec Paul Lannoye, ancien parlementaire
européen, auteur du rapport sur la réduction des
doses nucléaires.
- Une exposition de photographies sur l'accident de Tchernobyl,
en avril 2005 ;
- Et en relation avec le « Réseau Sortir du Nucléaire
», les organisations s'associeront au blocage administratif
d'EDF décidé nationalement.
C.R.I.L.A.N.
Association loi 1901, agréée au titre de l'article
L.141-1 du code de l'Environnement.
Siège social : 10 route d'Etang Val,
50340-Les Pieux-
Tel : 02 33 52 45 59-- Fax : 02 33 52 53 26
Président et représentant dans les commissions :
CSPI de la Hague, CSM, Flamanville, arsenal de Cherbourg : Didier
ANGER, membre du CA du « réseau Sortir du Nucléaire
»
Coordinateur du collectif « EPR, NON merci, Ni ailleurs
ni ici ! »
Libération, 23/07/2004:
La nouvelle majorité se divise sur l'implantation
de l'EPR dans la Drôme.
Le Monde 18/7/2004
Dans sa revue de la politique énergétique de la France, publiée lundi 12 juillet, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) critique à mots couverts le projet EPR : "En ce qui concerne cette unité de démonstration, écrit l'AIE, le gouvernement devrait s'assurer que toute usine de ce type soit construite aux conditions de marché." L'Agence insinue ainsi que la rentabilité du projet est loin d'être assurée, et que, considéré du point de vue économique, l'EPR est peut-être discutable. Les experts internationaux notent que "la construction d'un projet de démonstration en France n'est pas le seul moyen de maintenir ouverte l'option nucléaire". Ils recommandent au gouvernement d'examiner plutôt l'hypothèse de l'allongement de la durée de fonctionnement des réacteurs existants, aujourd'hui fixée à trente ans. Aucun document économique précis relatif à l'EPR n'a été publié..
Greenpeace 10/7/2004 - A quelques semaines du choix d'implantation du nouveau réacteur EPR par EDF, les opposants au projet ont décidé de marquer simultanément, ce matin à 11h, leur motivation à faire échouer ce projet, quel que soit le site finalement choisi par EDF fin juillet.
A quelques semaines du choix d'implantation du nouveau réacteur EPR par EDF, les opposants au projet ont décidé de marquer simultanément, ce matin à 11h, leur motivation à faire échouer ce projet, quel que soit le site finalement choisi par EDF fin juillet.
Dans le Nord-Pas de Calais, un immense logo radioactif de plus de 400 m2 de surface a été déployé sur une plage à proximité de la centrale nucléaire de Gravelines, dernier site apparu sur la liste d'EDF. Ce rassemblement s'est déroulé en présence de nombreux représentants associatifs et élus locaux, regroupés dans le collectif "Non à l'EPR, ni à Gravelines, ni Ailleurs".
En Haute-Normandie, une ferme éolienne de démonstration a été implantée devant les grilles de la centrale de Penly (76), en présence d'élus locaux ainsi que des représentants du Réseau Sortir du Nucléaire et des Verts.
En Basse-Normandie, une ferme éolienne de démonstration a été implantée devant l'entrée de la plateforme Nord du site nucléaire de Flamanville (50) en présence de nombreux représentants associatifs et élus locaux, regroupés dans le collectif régional "EPR, Non Merci ! Ni ailleurs, ni ici !"
Partout, les militants vont distribuer tracts et affiches tout au long de la journée. "Les promoteurs du projet revendiquent de soi-disant consensus locaux, nous constatons aujourd'hui que ce n'est pas le cas ; au contraire, la résistance sera aussi forte pour un site ou un autre : l'EPR est un projet indigne partout !" a déclaré Hélène Gassin, chargée de la campagne énergie pour Greenpeace France.
Greenpeace rappelle que l'EPR est un mauvais
projet de tous les points de vue :
- Energétique: la France n'a besoin d'aucune nouvelle grande
capacité de production électrique avant plusieurs
décennies, et cela même sans effort de maîtrise
des consommations et sans développement des énergies
renouvelables.
- Economique et social: Un coût de plusieurs milliards d'Euros
pour EDF, ses clients, le contribuable ? Poudre aux yeux des travailleurs,
il entraînera un retard dommageable dans la nécessaire
reconversion d'une partie de l'industrie nucléaire française
sans en résoudre les difficultés. Energies renouvelables
et maîtrise de l'énergie sont bien plus créatrices
d'emplois et porteuses d'avenir.
- Environnemental: l'EPR n'apporte aucune amélioration
notable du point de vue de la sûreté et de la gestion
des déchets radioactifs.
2/7/2004 - Le conseil régional de Rhône-Alpes a exprimé lors d'une séance plénière son opposition à une implantation d'un réacteur de troisième génération EPR dans la région, a-t-on appris vendredi auprès de l'exécutif régional. Cette opposition s'est traduite par le rejet par 79 voix (PS, PRG, Verts) contre 78 (UDF, UMP, FN, PC), jeudi, d'une proposition des groupes UMP et UDF appelant le Conseil à "réaffirmer son soutien à l'implantation du premier réacteur EPR en Rhône-Alpes", a indiqué la région dans un communiqué. L'exécutif régional, par la voix de son président Jean-Jack Queyranne (PS), a indiqué qu'"une décision précipitée ne s'impos(ait) pas" et que "le procédé EPR pos(ait) les mêmes difficultés que les centrales actuellement en service notamment en ce qui concerne les problèmes de déchets". M. Queyranne a ajouté: "la technologie EPR est fortement consommatrice d'eau pour le refroidissement des réacteurs" et "la canicule de l'été dernier a soulevé des interrogations sur la pertinence d'installer de nouvelles centrales au bord du Rhône". "Le refus de l'EPR par l'Assemblée plénière est une victoire pour l'emploi et pour la sécurité", ont indiqué vendredi les conseillers régionaux Verts dans un communiqué.
Paris Normandie, 22/6/2004:
EDF tiendra-t-il l'engagement de Nicolas Sarkozy ? Après l'avoir d'abord annoncé « au courant du mois de mai », le ministre de l'Economie a promis que le groupe lui proposera « avant l'été » un site d'implantation du prototype du nouveau réacteur nucléaire EPR.
Une rumeur persistante annonçait la décision lors du conseil d'administration d'EDF d'aujourd'hui, mais il n'en sera rien. Si le dossier sera abordé, il s'agira de donner au président François Roussely le pouvoir « d'engager le processus de consultation » au terme duquel le lieu de construction du futur démonstrateur sera déterminé. L'attente se prolonge donc mais les défenseurs d'une implantation à Penly en profitent pour continuer leur travail de séduction.
Hier, le héraut de cette mobilisation, le député-maire de Dieppe, Edouard Leveau, a fait parvenir au ministère de l'Economie et à la présidence d'EDF une lettre dans laquelle il rappelle les arguments plaçant favorablement Penly par rapport aux deux autres candidats : notamment refroidissement à l'eau de mer (contrairement à Tricastin dans la Drôme) et existence de lignes électriques pour 4 réacteurs (contrairement à Flamanville dans la Manche). « Le site de Penly et de sa région sont à même de relever le défi de la nouvelle génération de réacteurs nucléaires et sont fiers de leurs atouts » écrit l'élu. Le maire a même déjà engagé une procédure afin de rendre constructibles plusieurs dizaines d'hectares de terrains « idéalement situés pour l'implantation de lotissements EDF ».
Réunion d'information lundi
Cette action de lobbying a été accompagnée la semaine dernière par la création d'un « comité de promotion » du site de Penly. Une quarantaine d'élus aurait accepté d'y participer. « Au point de vue technique et économique nous avons le meilleur dossier. La décision va être prise dans les jours qui viennent. Je reste optimiste. Il faut continuer à montrer que nous souhaitons tous ce choix » défend Edouard Leveau, minimisant la portée des réticences exprimées par la gauche à la tête du conseil régional haut-normand. A son initiative, une « grande réunion d'information » va se tenir dès le lundi 28 juin, à la mairie de Dieppe, pour évoquer avec l'ensemble des maires concernés comment « envisager » la possible concrétisation dans la région du projet de 3 milliards d'euros. EDF a accepté d'y participer et devrait y dépêcher son chef de projet EPR et un responsable de travaux. Un signe ?
Thierry Delacourt
22/6/2004 - Le conseil d'administration d'EDF a autorisé mardi son président François Roussely à engager le processus de consultation au terme duquel doit être déterminé le site de construction du démonstrateur EPR, le réacteur nucléaire de troisième génération.
Le conseil d'administration a autorisé M. Roussely "à faire tous actes pour engager le processus nécessaire en vue d'aboutir à la consutruction d'une tête de série EPR", a annoncé EDF dans un communiqué diffusé à l'issue de ce conseil.
"Pour ce faire, François Roussely engagera dans les prochains jours une série de consultations des acteurs régionaux intéressés et en rendra compte au conseil d'administration d'EDF avant le 1er août", a ajouté EDF.
Ouest-France Cherbourg, 19/6/2004:
Rassemblement hier soir place De Gaulle pour soutenir Flamanville
Plus de 400 signatures ont été
recueillies pour un réacteur nucléaire EPR à
Flamanville. Les élus UMP, qui avaient appelé à
venir signer la pétition, hier soir place de Gaulle, affichent
leur satisfaction.
« On a l'habitude de voir la région défiler
contre quelque chose. Aujourd'hui, les gens se mobilisent pour.
Ça change. » Effectivement, le public n'est pas celui
des manifestations habituelles, ce vendredi, place du général
de Gaulle. Elus, sympathisants UMP, cadres ou employés
du nucléaire. Plus d'une cinquantaine de personnes, vers
18 h, venues montrer leur soutien au site de Flamanville pour
l'implantation d'un réacteur nucléaire EPR (à
eau pressurisée), à l'appel d'élus de droite.
« J'ai un avis, je le donne ! », lance ce retraité des Mines. « Il faut du travail pour la région, il y en a assez de perdre des emplois », résume Eric Baudelle, 43 ans, informaticien chez DCN. Arsenal, Cogéma, chantiers navals... L'hémorragie n'en finit plus. « On nous a fait miroiter Fastship, mais on ne voit rien venir, rappelle François Bodin, ingénieur Cogéma, 58 ans. L'EPR, c'est du concret. Et le site de Flamanville dispose de sérieux atouts. »
« Continuez ! »
Depuis 17 h 30, les gens défilent. Claude Gattignol, député de Valognes, est absent. Mais Jean Lemière assure qu'il a son soutien. Alain Cousin, député, a, lui, fait part officiellement de sa sympathie. Ce qui n'est pas le cas de la CGT d'EDF. Le syndicat est pour un EPR, mais dans un secteur contrôlé par l'Etat. « Il nous paraît incompatible que vous puissiez voter d'une main la réalisation de l'EPR à Flamanville et l'ouverture du capital d'EDF de l'autre main. »
A 18 h 30, le collectif recense 330 signatures. « On en avait déjà 80 avant », comptabilise Jean Lemière, à l'origine de ce rassemblement. Et pour lui, le bilan est positif. « On voit que ça peut marcher, que les gens viennent. Je vais appeler d'autres élus du département à faire la même chose dans leur communes. » En attendant, le député de Cherbourg annonce qu'il centralise les signatures : elles peuvent être envoyées à sa permanence, 15 avenue Delaville.
Matthieu MARIN.
PARIS (1 juin 2004) - Les députés ont adopté mardi en première lecture, par 358 voix contre 157, le projet de loi d'orientation sur l'énergie, qui prévoit la construction prochaine d'un prototype du réacteur à eau pressurisée (EPR) de troisième génération pour renouveler le parc nucléaire français vieillissant.
L'UMP et l'UDF ont approuvé ce texte présenté par le ministre de l'Economie Nicolas Sarkozy, tandis que le PS et le PCF ont voté contre. Les députés socialistes accusent le gouvernement de ne pas promouvoir suffisamment les énergies renouvelables. "Le gouvernement choisit son camp, il dit 'nous allons développer l'EPR', donc une nouvelle étape de la filière nucléaire", a déploré leur chef de file Jean-Marc Ayrault, "vous comprendrez que, en matière politique, nous voulions appliquer aussi le principe de précaution".
Décrié par les écologistes, dont Greenpeace, ce texte fixe les grandes orientations énergétiques de la France pour les trente prochaines années. Il prévoit la construction prochaine par EDF d'un prototype du réacteur EPR proposé par Areva et Siemens, d'un coût de trois milliards d'euros, financé par des industriels.
EDF devra proposer "avant l'été" au gouvernement un site pour accueillir ce "démonstrateur", qui sera opérationnel en 2010. Une série industrielle pourrait être lancée en 2015, en vue d'une mise en service à partir de 2020. La majeure partie des 58 centrales nucléaires françaises sera alors arrivée en fin de vie.
Ce choix de l'EPR a relancé les craintes autour du projet de loi modifiant le statut d'EDF-GDF, qui sera examiné en première lecture par les députés à partir du 15 juin. Pour rassurer les inquiets, Nicolas Sarkozy a rappelé au cours des débats qu'un texte sur la transparence de la filière nucléaire serait examiné au Sénat avant l'été. (lire: "Nucléaire : la transparence muselée")
En pleine flambée des cours du pétrole, le projet de loi incite également les Français à diminuer leur consommation électrique, en proposant notamment que le coût de consommation des appareils électroménagers figure sur l'étiquette de vente. Alors qu'une conférence internationale sur les énergies renouvelables s'est ouverte ce mardi à Bonn (Allemagne), il se donne aussi pour objectif de porter de 15 à 21% leur part dans la production électrique d'ici 2010.
Déclaré en urgence, le texte doit être examiné en première lecture au Sénat à compter du 9 juin.
PARIS (18 mai 2004) - "On ne peut pas tergiverser. Il faut décider et décider maintenant": venu présenter mardi aux députés le projet de loi d'orientation sur l'énergie, Nicolas Sarkozy a vigoureusement défendu le choix du réacteur EPR pour renouveler le parc nucléaire français vieillissant. Malgré la grogne des écologistes, un premier site sera proposé "avant l'été" pour accueillir le prototype.
"Le choix de l'EPR est un choix incontournable", a-t-il affirmé à l'ouverture des débats. J'ai "demandé à EDF de réunir dès le lendemain de l'examen de cette loi un conseil d'administration pour préparer le dossier qui sera soumis à la concertation au second semestre" et "pour proposer au gouvernement avant l'été un premier site" pour accueillir le futur démonstrateur.
Ce prototype du réacteur européen à eau pressurisée de troisième génération (EPR), proposé par Areva et Siemens, serait opérationnel en 2010. Une série industrielle pourrait être lancée en 2015, en vue d'une mise en service à partir de 2020. La majeure partie des 58 centrales françaises sera alors arrivée en fin de vie. Or, les réacteurs de quatrième génération ne sont pas attendus avant 2045.
Ce maintien de l'option nucléaire est fortement contesté par les écologistes, partisans d'un développement des énergies renouvelables et des économies d'énergie. Evoquant de "graves incidents", le réseau Sortir du nucléaire invite à rompre avec l'atome "avant que l'irréparable ne se produise".
Le ministre de l'Economie a préféré insister sur la nécessité de garantir l'indépendance énergétique de la France sans nuire à l'environnement, alors que le prix du baril de pétrole flambe. L'EPR "est dix fois plus sûr", "10% moins cher" et "30% plus propre", a-t-il souligné. Vouloir sortir du nucléaire est donc "irresponsable", a-t-il dit, "c'est augmenter nos émissions de CO2 de 30% et notre facture énergétique de 50%". "Ce ne sont quand même pas les éoliennes qui vont remplacer les 58 centrales!" (Lire: Un spécialiste dénonce le discours catastrophiste sur l'évolution du climat)
Conscient des réticences, Nicolas Sarkozy a toutefois jugé "capital" d'imposer des obligations de transparence à la filière nucléaire. A cette fin, un projet de loi doit être examiné au Sénat avant l'été.
PARIS, 5 mai 2004 - Nicolas Sarkozy a présenté en conseil des ministres un projet de loi d'orientation sur l'énergie qui réaffirme la primauté du nucléaire et confirme, sans plus de précisions, la construction en France d'un réacteur européen à eau pressurisée (EPR).
Le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie a rappelé les quatre axes de réforme qu'il avait détaillés le 15 avril lors du débat d'orientation sur la politique énergétique de la France à l'Assemblée nationale.
Nicolas Sarkozy entend "diversifier le panier énergétique français" en favorisant le développement des énergies renouvelables (solaire thermique, biomasse, hydraulique, éolien) mais priorité reste à la filière nucléaire avec l'assemblage d'un EPR, fer de lance d'une nouvelle génération de centrales.
La moitié du parc nucléaire français aura en moyenne 30 ans en 2011, durée de vie initialement prévue pour une centrale.
Selon Bercy, la technologie de l'EPR est dix fois plus sûre, 10% moins chère qu'un réacteur classique et produit 15 à 30% de déchets en moins. (Les réacteurs actuels ne sont donc pas sûrs du tout !)
Lors du débat à l'Assemblée, Nicolas Sarkozy avait estimé que le déploiement industriel de l'EPR était possible "dès 2020", alors que les experts estiment que la génération suivante de réacteurs - la quatrième - ne sera disponible "au mieux" qu'à l'horizon 2045.
MAITRISER LA CONSOMMATION D'ENERGIE
Prié de dire quand et où ce réacteur nouvelle génération serait assemblé, le porte-parole du gouvernement a déclaré mercredi que "ce point n'a[vait] pas été évoqué dans le détail" en conseil des ministres.
"Ce texte est un texte d'orientation générale puisque son objet vise à déterminer une stratégie d'ensemble. Les choses n'ont pas été plus précisées", a dit Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement.
Autres pistes de réforme: "mener une action volontariste dans le domaine de la maîtrise de l'énergie" en visant une baisse de l'intensité énergétique (rapport entre consommation d'énergie et PIB) de 2% par an à l'horizon 2015.
Le projet de loi prévoit un système de certificats d'économie d'énergie pour aider au financement d'opérations de maîtrise de l'énergie, y compris chez les particuliers.
- Veiller au développement d'un réseau de transport "efficace" et de capacités de stockage "suffisantes" pour garantir la sécurité d'approvisionnement de la France.
- Développer fortement la recherche, notamment dans le domaine des énergies renouvelables et du nucléaire.
Au chapitre environnemental, la France se donne toujours pour objectif de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. (Lire: Un spécialiste dénonce le discours catastrophiste sur l'évolution du climat)
Le ministère de l'Economie songe également à accorder des dégrèvements fiscaux aux entreprises, notamment aux PME, qui sont prêtes à consentir un effort en matière de protection de l'environnement.
PARIS (15 avril 2004) - Nicolas Sarkozy a réaffirmé jeudi que le nucléaire resterait pour les années à venir la principale filière de production d'énergie en France et confirmé la décision du gouvernement de recourir à la technologie du réacteur européen à eau pressurisée (EPR).

Le ministre des Finances, qui ouvrait à l'Assemblée nationale un débat d'orientation sur la politique énergétique de la France, a indiqué que le gouvernement entendait relancer la maîtrise de l'énergie et développer les énergies renouvelables.
"Il faut toutefois avoir l'honnêteté de reconnaître que ces énergies, quelle que soit notre volonté politique, resteront un appoint aux énergies classiques et non un substitut, ce qui pose inévitablement la question du nucléaire", a-t-il poursuivi.
Or la moitié du parc nucléaire français aura en moyenne 30 ans en 2011, durée de vie initialement prévue pour une centrale.
"Nous avons de bonnes raisons de penser que cette durée pourra être prolongée de 10 ans, mais ce n'est pas certain, juste probable", a-t-il ajouté. "Il nous revient la responsabilité de mettre notre pays en capacité de lancer une nouvelle génération de centrales entre 2015 et 2020 (...) au risque sinon de se retrouver dans une impasse dans quelques années."
"Pour cela, une seule technologie est actuellement disponible", a-t-il souligné. "C'est le réacteur européen à eau pressurisée, l'EPR. Ce réacteur est 10 fois plus sûr (les centrales actuelles sont donc "très moyennement" sûres), 10% moins cher et produit 15 à 30% déchets en moins."
Nicolas Sarkozy a aussi fait valoir que le déploiement industriel de l'EPR était possible "dès 2020", alors que les experts estiment que la génération suivante de réacteurs - la quatrième - ne sera disponible "au mieux" qu'à l'horizon 2045.
"C'est la raison pour laquelle le gouvernement est en faveur de la construction prochaine d'un EPR", a-t-il ajouté.
Il a fait valoir que le nucléaire permettait à la France d'avoir un taux d'indépendance énergétique de 50%, une électricité "10% moins cher que la moyenne européenne" et des émissions de CO2 inférieures de 40% à celles de l'Allemagne et de 35% à celle de l'Angleterre.
Il a cependant affirmé, pour tenter de rassurer les adversaires de la filière nucléaire, que le gouvernement n'entendait pas signer à celle-ci un "chèque en blanc", et plaidé pour une transparence accrue de ce secteur.
"Le nucléaire n'a pas non plus vocation à produire toute notre électricité et la France devra également veiller à garder un parc de production thermique suffisant et de qualité", utilisant le gaz, le charbon ou le fioul, a-t-il ajouté.
EUROPE DE L'ENERGIE
Le quatrième axe de la politique énergétique de la France, a indiqué Nicolas Sarkozy, sera le développement de la recherche.
"Les nouvelles technologies de l'énergie doivent devenir une des priorités de la recherche", a-t-il expliqué. Il a indiqué qu'il proposerait un "programme d'action précis", doté des "moyens financiers nécessaires pour préparer l'avenir".
Il a fixé pour objectif la stabilisation de la consommation d'énergie de la France à l'horizon 2015 - "La France doit produire dans 10 ans 25% de richesse en plus avec seulement 9% d'énergie en plus. Dans 30 ans il nous faudra produire deux fois plus de richesse avec la consommation d'énergie de 2015."
Il a indiqué parmi d'autres mesures qu'il proposerait "de faire évoluer la fiscalité énergétique d'ici la fin de l'année pour qu'elle prenne mieux en compte l'impact sur l'environnement des consommations d'énergie".
Selon son entourage, il s'agirait d'accorder des dégrèvements fiscaux aux entreprises - notamment aux PME - qui feront un effort en matière de protection de l'environnement.
Le ministre a également indiqué que le gouvernement proposerait aux constructeurs automobiles d'afficher à côté du prix des voitures "le coût annuel de leur consommation d'essence" afin que les acheteurs puissent modifier leurs comportements et choisir en connaissance de cause.
Dans le domaine des énergies renouvelables, il a repris deux objectifs :
- accroître de 50% d'ici 2015 l'utilisation du bois, des déchets et de l'énergie solaire, grâce à une amélioration des aides financières, "avant la fin de l'année" ;
- porter de 15% à 21% d'ici 2010 la proportion d'électricité produite avec des resssources renouvelables, avec une double priorité, l'éolien terrestre et off-shore et la "préservation du potentiel hydraulique actuel", le gouvernement continuant par ailleurs à encourager le developpement des biocarburants.
Nicolas Sarkozy a enfin indiqué que la France s'attacherait à promouvoir une "Europe de l'énergie", qui "doit devenir une réalité", notamment par le biais du développement d'EDF et GDF.
Il a réaffirmé à ce propos qu'il entendait donner à ces entreprises publiques françaises le statut de société tout en maintenant une participation "largement majoritaire" de l'Etat dans leur capital et en préservant le statut de leurs agents.
L'Europe doit "aller plus loin dans la relance de la maîtrise de l'énergie" et se doter d'une "véritable diplomatie énergétique" pour assurer la sécurité de ses approvisionnements, a ajouté le ministre, qui a aussi estimé que les pays membres de l'Union devraient "engager sérieusement le débat sur l'énergie nucléaire, qui ne constitue aujourd'hui que 34% de la production européenne d'électricité".
Nicolas Sarkozy a confirmé que le gouvernement proposerait au Parlement d'adopter "avant l'été" une loi d'orientation sur les énergies, puis une loi relative à la nouvelle organisation juridique d'EDF et de GDF.
PARIS (15 avril 2004) - Favoriser les énergies renouvelables, diminuer
les émissions de gaz à effet de serre, relancer
la politique de maîtrise de l'énergie: l'Assemblée
nationale a débattu jeudi de la politique énergétique
de la France avant le dépôt d'un projet de loi d'orientation
en la matière.
Ce projet, qui sera examiné début mai par le Parlement,
doit engager les choix de la France pour les trente prochaines
années.
Les députés sont aussi longuement revenus sur le projet de construction du réacteur nucléaire européen de troisième génération, EPR, destiné à renouveler le parc nucléaire.
Les différents groupes politiques ont unanimement souhaité "une politique ambitieuse" en matière d'énergie, se sont dits favorables à un "engagement ferme" de la France dans la lutte contre le réchauffement climatique qui doit, selon François-Michel Gonnot (UMP), devenir "une priorité nationale et européenne".
Le ministre de l'économie et des finances, Nicolas Sarkozy, qui a ouvert le débat, a défini "quatre axes prioritaires" : la maîtrise de l'énergie, le développement des énergies renouvelables, le lancement d'une nouvelle génération de centrales nucléaires et le développement de la recherche dans le domaine de l'énergie.
Il a souligné que la France devait "produire dans dix ans 25% de richesses de plus avec 9% d'énergie en moins". Pour réaliser cet objectif, il a proposé de "faire évoluer la fiscalité énergétique d'ici la fin de l'année pour qu'elle avantage les Français qui participent, à travers leur consommation d'énergie, à une meilleure protection de l'environnement".
Le ministre n'a pas détaillé le dispositif qu'il envisageait. "Je crois davantage à l'incitation et à la conviction qu'à la contrainte et à l'interdiction", a-t-il toutefois souligné.
Dans ce sens, Philippe Folliot (App-UDF) a réclamé des mesures de taxation pour les pollueurs et un allègement pour ceux qui feraient preuve d'innovation.
Concernant l'EPR, Claude Birraux, président (UMP) de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, a expliqué que "si la durée de vie des centrales ne dépassait pas 40 ans, 13 réacteurs seraient arrêtés d'ici 2020 et 24 supplémentaires entre 2020 et 2025, soit 63% du total. Alors il ne s'agit nullement de relancer le nucléaire, il s'agit de préparer le renouvellement du parc", a-t-il justifié.
"Nous sommes pour le renouvellement du parc. L'EPR serait une réalisation plus sûre, plus respectueuse de l'environnement, plus fiable et plus compétitive", a également expliqué Daniel Paul (PCF).
Le porte-parole du groupe PS, François Dosé, a demandé au gouvernement de se prononcer avant le dépôt du projet de loi d'orientation sur sa décision de construire ou non cet EPR en métropole.
En revanche, l'ancien ministre de l'Environnement Yves Cochet (Verts) a prononcé un véritable réquisitoire contre la poursuite de la politique nucléaire, réfutant tous les arguments en sa faveur.
Clôturant le débat, le ministre délégué à l'Industrie, Patrick Devedjian, a souligné dans la soirée ce "relatif consensus" des députés "sur la question du réacteur EPR et de la filière nucléaire".
Enfin, M. Sarkozy a souhaité que le débat dépasse les frontières françaises, proposant un mémorandum "sur l'Europe de l'énergie" afin de "minimiser les risques" d'insuffisance de production électrique.
PARIS (15 avril 2004) - Le Réseau "Sortir du nucléaire", qui rassemble 688 associations, annonce un mois de mobilisation à partir du 24 avril à travers la France contre la construction du réacteur de troisième génération EPR.
La mobilisation prendra la forme d'un "tour de France" de 28 étapes dont le coup d'envoi sera donné devant la centrale nucléaire de Fessenheim, en Alsace.
Les militants, qui sillonneront la France jusqu'au 22 mai, organiseront des manifestations devant la plupart des installations nucléaires importantes et devant des sites produisant de l'énergie renouvelable, a-t-il expliqué.
Ce tour de France se terminera par un rassemblement à Rouen, près de Panly (Basse-Normandie), l'un des sites susceptibles de recevoir le réacteur EPR (réacteur européen à eau sous pression).
D'ici à 2020, la France doit remplacer 30 de ses 58 centrales nucléaires.
Les écologistes préconisent, pour remplacer le nucléaire, des énergies renouvelables comme l'énergie éolienne, le solaire, la géothermie ou la biomasse.
Ils affirment que l'EPR, dont le prix du prototype est évalué à trois milliards d'euros, produit autant de déchets nucléaires que ses prédécesseurs.
Trois régions se sont pour l'instant portées candidates pour accueillir l'EPR : Rhône-Alpes, la Basse-Normandie et la Haute-Normandie.
"Le nouveau ministre de l'Industrie Nicolas Sarkozy fait allégeance au lobby nucléaire", a estimé le porte-parole du réseau, Sortir du nucléaire, Stéphane Lhomme, qui a présenté jeudi son programme de mobilisation.
Le ministre de l'Economie Nicolas Sarkozy a annoncé cette semaine la tenue d'un débat d'orientation sur l'énergie le 15 avril au Parlement.
Le 5 avril, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, dans son discours de politique générale, avait déclaré que la France devait s'engager dans la voie de l'EPR.
Pour le ministre de l'Ecologie Serge Lepeltier qui s'exprimait lors d'une conférence de presse avant le débat sur la politique de l'Energie prévu dans l'après-midi: le lancement de la construction des nouveaux réacteurs nucléaires EPR "n'aggrave pas la situation actuelle même si, c'est vrai, cela ne l'améliore pas".
De son côté, François Roussely, le P-DG d'EDF, a estimé cette semaine que la procédure du choix d'un site pour l'EPR serait lancée juste après le débat d'orientation.
"Il s'agit là d'un inacceptable passage en force", a estimé Stéphane Lhomme. "La population française, majoritairement, refuse la construction de nouveaux réacteurs nucléaires et préconise les économies d'énergie et les énergies renouvelables", a-t-il dit.
Il a accusé Nicolas Sarkozy d'avoir
"très vite cédé aux pressions des multinationales
Areva et EDF qui exigent la construction du réacteur EPR".
6 avril 2004 - Lors de son discours de politique générale à l'Assemblée, Jean-Pierre Raffarin a annoncé son intention d'engager un programme d'équipement des centrales nucléaires françaises avec le nouveau réacteur à eau pressurisée (EPR). Une annonce qui déclenche de vives critiques des défenseurs de l'environnement.
Jean-Pierre Raffarin change de cap. Après avoir freiner son ancienne ministre déléguée à l'Industrie, Nicole Fontaine, qui défendait le projet EPR, le Premier ministre a finalement opté pour le nouveau réacteur à eau pressurisée. Dans son discours de politique générale à l'Assemblée, il a affirmé que la responsabilité du gouvernement est d'assurer l'avenir de la filière nucléaire et il a donc annoncé son intention de faire construire un prototype d'EPR.
Greenpeace France 5 avril 2004:
La tentative de troc de Raffarin III : EPR contre
privatisation
PARIS, 5 avril 2004 - Des écologistes français, dont le député Vert Noël Mamère, ont dénoncé lundi la "surdité" et le "mépris" de Jean-Pierre Raffarin sur la question du nucléaire et prévenu qu'ils s'opposeraient à l'installation de réacteurs EPR en France.
Le Premier ministre a déclaré lundi dans son discours de politique générale à l'Assemblée que la France "devra s'engager" dans la voie de ce réacteur de troisième génération à eau pressurisée, élaboré par l'industrie franco-allemande.
Il s'est engagé à demander la tenue d'un débat au Parlement dans les prochaines semaines sur l'EPR (European Pressurized Reactor, réacteur européen à eau sous pression), dont la construction n'était jusque-là qu'envisagée par le gouvernement.
"Il s'agit d'un véritable déni démocratique que nous ne pouvons pas accepter", a déclaré Noël Mamère lors de son intervention à l'Assemblée devant le Premier ministre. "Vous nous avez fait croire que vous étiez là pour consulter les Français afin de savoir quelle devait être la politique énergétique de notre pays et vous voulez nous imposer de vivre encore près de 30 ans sous l'hégémonie de l'énergie nucléaire", a lancé le député de la Gironde, dénonçant la "surdité" du Premier ministre.
De son côté, le réseau "Sortir du nucléaire", qui regroupe 688 associations écologiques dont Greenpeace et des partis politiques dont les Verts, a dénoncé une position "totalement inacceptable.
Il a promis à Jean-Pierre Raffarin "un affrontement majeur s'il veut passer en force sur l'EPR". "Ce qui est très choquant, c'est que le Premier ministre demande au Parlement d'en débattre après avoir donné son résultat", a dit Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau.
"C'est un mépris total par rapport à la protection de l'environnement", a-t-il dit, estimant "que l'argent qui sera utilisé pour l'EPR ne pourra pas être investi dans l'énergie renouvelable".
Sortir du nucléaire promet au gouvernement "un mois de mobilisation" du 24 avril au 23 mai, durant lequel des militants "sillonneront toute la France et manifesteront devant les principaux sites nucléaires".
"Il s'agit d'un tour de France avec 28 étapes. Nous allons mobiliser la population contre les projets de nouveaux réacteurs, en particulier l'EPR", a expliqué Stéphane Lhomme.
En novembre dernier, la ministre déléguée à l'Industrie, Nicole Fontaine, remplacée la semaine dernière par Patrick Devedjian, s'était engagée à considérer "toutes les options" d'ici à 2020, année à partir de laquelle il faudra remplacer 30 des 58 centrales nucléaires de la France.
Selon les écologistes, le réacteur EPR produit autant de déchets nucléaires que ses prédécesseurs et le coût d'un prototype est évalué à trois milliards d'euros.
Trois régions se sont pour l'instant
portées candidates pour l'accueil éventuel d'un
EPR : Rhône-Alpes, la Basse-Normandie et la Haute-Normandie.
Lire: Pseudo-débat sur le nucléaire en
France ?
PARIS 14 janvier 2004 - Le réacteur franco-allemand à eau sous
pression EPR, que le gouvernement envisage de construire, est
"inutile" et sans réel marché à
l'étranger, affirment des experts de l'énergie regroupés
dans l'association Global Chance.
"Que l'on soit anti-nucléaire ou que l'on soit pro-nucléaire,
l'EPR est inutile", estime l'énergéticien Bernard
Laponche.
La récente prise du position du gouvernement pour l'EPR
n'est étayée que par "un seul scénario"
d'évolution de la demande énergétique émanant
de ses services, accusent M. Laponche et l'économiste Benjamin
Dessus, président de Global Chance, qui ont rencontré
récemment la ministre de l'Industrie Nicole Fontaine "à
sa demande".
Si le gouvernernement s'était appuyé sur les scénarios
du Plan et les autres études disponibles, il n'aurait trouvé
"absolument aucun argument pour construire ce réacteur".
Les experts présentaient mercredi à la presse un
rapport de Global Chance sur l'EPR, avant une "manifestation
nationale" samedi à Paris des associations anti-nucléaires
contre le réacteur.
Dans un Livre blanc publié en novembre, le gouvernement
souligne "la nécessité de conserver l'option
nucléaire ouverte" lorsque les premières centrales
actuelles arriveront en fin de vie vers 2020. Il "envisage"
à cet effet "la construction prochaine d'un démonstrateur"
(sorte de prototype) de l'EPR.
C'est "inutile puisqu'on n'a pas besoin de grande centrale
(électrique) nucléaire ou non avant 2025" en
France, écrit Global Chance. "D"ici là,
si l'utilisation de l'énergie nucléaire doit se
perpétuer, des réacteurs plus conformes aux exigences
économiques de rendement, de sûreté et de
gestion des déchets auront vu le jour".
En dépit d'"avancées en matière de sûreté"
et d'un rendement de 36% contre 33% pour les réacteurs
PWR à eau pressurisée équipant les centrales
actuelles, l'EPR ne marque "pas de rupture technologique",
selon Global Chance. Il diminue les quantités de déchets
"d'environ 10%" mais sans "aucun changement quantitatif".
Le rapport juge "contestable" l'argument du gouvernement
selon lequel "la mise en service de générateurs
d'un nouveau type, présentant des avantages décisifs
par rapport à la filière des réacteurs à
eau, ne saurait être envisagée avant 2035 ou 2040"
et l'EPR serait indispensable pour assurer la transition entre
le parc actuel et les générateurs du futur.
"Le développement ex-nihilo des réacteurs PWR
équipant les centrales actuelles a pris moins de 20 ans",
écrit-il.
L'EPR, réacteur de troisième génération,
sera dépassé dans 15 ans, explique M. Dessus aux
journalistes. "On saura faire l'HTR (réacteur à
haute température) dans 15 ans", dit-il, une des "10
ou 12 technologies" qui composeront la 4e génération
de réacteurs.
Au final, le seul enjeu de l'EPR, c'est de permettre au constructeur
français (Areva et sa filiale Framatome) de "maintenir
ses compétences en attendant l'HTR", estime Yves Martignac,
consultant de Global Chance et directeur de l'association anti-nucléaire
Wise. Car en dehors de la France et de la Finlande (qui a commandé
un EPR au consortium franco-allemand Areva-Siemens), seule la
Chine est susceptible d'en commander un exemplaire, quitte à
le construire ensuite sous licence, selon Global Chance.
"La raison industrielle n'est peut-être pas négligeable
mais alors que l'on le dise clairement", conclut M. Laponche.
Les Echos, 2/12/03:
l'EPR au coeur du débat
EDF se met en ordre de marche pour construire
l'EPR
A-t-on réellement besoin de nouvelles centrales ?
L'Humanité, 2/12/03:
L'EPR relance le débat sur l'avenir du
nucléaire
25/11/03 - Patrick
Ollier, président (UMP) de la commission des Affaires économiques
de l'Assemblée, a demandé mardi l'ouverture d'une
"enquête administrative", à la suite de
la diffusion par le réseau "Sortir du nucléaire"
d'un document classé "confidentiel défense"
sur le futur réacteur nucléaire EPR.
Ce document, publié lundi par ce réseau, qui regroupe
plusieurs centaines d'associations écologistes et anti-nucléaires,
démontrerait "les faiblesses"
du futur réacteur face au risque de chutes d'avions de
ligne.
Alors que la commission des Affaires économiques auditionnait
mardi François Roussely, président d'EDF, M. Ollier
"a tenu à condamner énergiquement" la
diffusion de cette lettre confidentielle, a annoncé un
communiqué de la commission.
M. Ollier "regrette que ce genre de document, au caractère
anodin par son contenu, et qui semble donc n'avoir aucun intérêt
stratégique, puisse être rédigé et
diffusé au mépris du secret défense",
a ajouté le communiqué.
Dénonçant "le caractère démagogique
et politicien" du réseau "Sortir du nucléaire",
M. Ollier "demande qu'une enquête administrative permette
de connaître l'origine de l'indiscrétion afin que
des sanctions soient prises", selon le communiqué.
Le Figaro, 25/11/03:
Le bras de fer qui oppose le réseau
d'associations «Sortir du nucléaire» aux pouvoirs
publics a franchi hier une nouvelle étape. L'association
a rendu publics des documents classés «secret défense»
sur les capacités de l'EPR, le futur réacteur nucléaire
de troisième génération, à résister
aux chutes d'avions de ligne. Une possibilité étudiée
depuis le 11 septembre.
Le réseau associatif a intercepté une lettre «confidentiel
défense» de Bruno Lescoeur, directeur de la branche
énergie EDF, destinée à la DGSNR (1), l'administration
responsable de la sûreté nucléaire en France.
Son directeur général, André-Claude Lacoste,
avait demandé à EDF des précisions sur les
capacités de résistance de l'EPR à un acte
de terrorisme, dans la ligne de celui du World Trade Center.
A EDF, où l'on reconnaît l'authenticité de
cette lettre, on se refuse à tout commentaire, ce document
ayant un caractère «secret défense».
André-Claude Lacoste, directeur général de
la DGSNR, fait observer que l'attentat du 11 septembre a modifié
les exigences en matière de sûreté pour les
centrales nucléaires et que ces préoccupations sont
tout à fait normales. Il relève aussi que ce document
n'était pas encore finalisé. Les antinucléaires
estiment pour leur part qu'il «démontre les faiblesses
du réacteur nucléaire EPR face aux chutes d'avions
de ligne».
C'est la première fois que des documents confidentiels
concernant la sécurité des centrales nucléaires
sont divulgués par une association en France.
Cette polémique intervient dans un contexte bien particulier.
En effet, aujourd'hui, l'avenir du nucléaire en France
est lié à celui de l'EPR, le réacteur à
eau pressurisée européen présenté
comme plus sûr, plus propre et moins cher que ses prédécesseurs.
Des échéances importantes s