Les industries du nucléaire le clamaient bien haut : la probabilité pour qu'un accident sérieux se produise était inférieure à 1 sur un million d'années de fonctionnement-réacteur. En un mot, si l'on ajoutait bout à bout, le nombre d'années de service de l'ensemble des centrales dans le monde. il faudrait atteindre au moins le chiffre d'un million pour qu'une catastrophe survienne. Pour en arriver là, les experts avaient calculé les chances de mauvais fonctionnement de chacun des composants vitaux d'un réacteur. leurs conséquences sur les autres éléments du système et ils en avaient déduit la probabilité d'un accident.
En utilisant cette méthode, les auteurs
du rapport Ramussen, qui durant des années fit autorité
en matière de sûreté nucléaire, calculèrent
qu'il y avait une chance sur deux pour qu'une catastrophe se produise
à l'intérieur d'une fourchette de 23 000 à
100 000 ans de fonctionnement-réacteur.
Ces calculs théoriques sont totalement irréalistes,
expliquent deux chercheurs - un Suédois et un Allemand
- dans une lettre adressée à l'hebdomadaire Nature.
Aujourd'hui, il y a 374 réacteurs en service dans le monde.
Ils totalisaient fin mai 1986, 4 000 ans de fonctionnement
durant lesquels il y eut deux accidents très graves - Three
Mile Island et Tchernobyl -. Il faut donc recommencer tous les
calculs de probabilité à partir de ces données
réelles et abandonner les calculs théoriques. C'est
ce que firent les deux scientifiques. Leurs résultats sont
alarmants. Ainsi, avec le parc de centrales actuellement en fonctionnement,
il y a 95 % de chances pour qu'une nouvelle catastrophe se produise
dans les 20 ans à venir, ou 86 % de chances pour que ce
soit dans les 10 ans à venir ou encore 70 % de chances
pour qu'elle survienne dans les 5,4 prochaines années.
De quoi nous faire froid dans le dos! Il est vrai qu'une forte
probabilité n'équivaut pas à une certitude,
Mais ces chiffres donnent à réfléchir puisqu'ils
sont basés sur l'expérience et non plus sur quelques
données théoriques.
Extrait de l'article "Le vrai
coût d'un accident nucléaire",
Françoise Harrois-Monin, octobre 1986.