Nucléaire tchèque: Prague en passe de réduire ses ambitions

PRAGUE (7/2/2012) - Le projet actualisé de la stratégie énergétique de la République tchèque, dont la finalisation est attendue en juin, sera moins ambitieux que certains projets envisagés antérieurement, rapporte mercredi le quotidien Hospodarske Noviny, citant le ministre de l'Industrie.

Il ne serait pas réaliste de produire jusqu'à 80% de l'électricité avec le nucléaire, a déclaré le ministre Martin Kuba dans les colonnes de ce journal économique. Il n'y a pas non plus assez de place (en République tchèque) pour y construire de nouvelles centrales nucléaires, a-t-il ajouté.

Le ministre Kuba a remplacé en novembre Martin Kocourek, démissionnaire à la suite de soupçons de corruption dans une transaction financière douteuse réalisée en 2008.

Le même journal avait évoqué en septembre plusieurs variantes de l'évolution future, dont la possible augmentation de la part du nucléaire dans la production d'électricité en République tchèque jusqu'à 82,2% en 2060.

Initialement attendue avant la fin 2011, la publication de la stratégie énergétique nationale a été repoussée en juin, en raison du changement de ministre.

Gérées par la compagnie d'électricité CEZ, les deux centrales nucléaires tchèques de Dukovany (sud-est) et de Temelin (sud-ouest) produisent actuellement un tiers de l'électricité du pays. Cette part est censée augmenter à 50% vers 2025 avec la construction de deux nouveaux réacteurs à Temelin.

Trois groupes, le français Areva, le russe Atomstroïexport et l'américain Westinghouse sont en course pour la construction de nouveaux réacteurs à Temelin. Les candidats ont jusqu'au 2 juillet 2012 pour déposer leurs offres. La décision finale est attendue en 2013.

 


Les Echos, 2/6/2010: 

Bruxelles ouvre une enquête sur Areva et Siemens

La Commission européenne veut déterminer si des clauses de non-concurrence entre les deux groupes dans le nucléaire ont enfreint les règles communautaires.

PARIS/BRUXELLES, 2 juin (Reuters) - Bruxelles a annoncé mercredi l'ouverture d'une procédure visant à déterminer si des clauses de non-concurrence entre Areva et Siemens dans le domaine de la technologie nucléaire civile enfreignent les règles communautaires.
La Commission européenne, qui a ainsi confirmé une information du Figaro, a souligné dans un communiqué que l'ouverture de la procédure signifiait qu'il y avait "matière à enquête" mais ne préjugeait pas du résultat final de celle-ci.
La procédure concerne les suites de la sortie de Siemens d'Areva NP, leur filiale commune de réacteurs nucléaires, le groupe français ayant obtenu que l'allemand ne puisse pas le concurrencer dans ce domaine pendant huit ans après leur séparation en vertu d'un accord signé entre les deux parties.
Selon Le Figaro, "le groupe allemand (a) fait discrètement savoir qu'il se (réjouissait) par avance de l'entrée en scène de la Commission".
"Cet acte de procédure ne signifie pas que la Commission dispose de preuves concluantes attestant une infraction, mais simplement qu'elle mènera une enquête approfondie sur cette affaire", a souligné l'exécutif communautaire.
Une porte-parole d'Areva a déclaré: "Nous allons coopérer pleinement avec la Commission et nous avons confiance dans la solidité de nos arguments."
Siemens n'a de son côté pas commenté ces informations.
Fin 2009, la société indiquait avoir obtenu que Siemens ne puisse pas mener à bien son projet d'alliance avec le russe Rosatom dans le nucléaire tant qu'une procédure d'arbitrage entre les groupes français et allemand ne serait pas bouclée. (voir )
La procédure d'arbitrage engagée entre Areva et Siemens, qui suit son cours, porte sur le prix auquel le groupe allemand va vendre au français les 34% qu'il détenait dans Areva NP.
Après l'annonce de la sortie de Siemens d'Areva NP, au début 2009, le groupe français a maintenu en dette la valeur de ces 34% qui étaient estimés à 2 milliards d'euros à fin 2007.

(Benjamin Mallet, avec Julien Toyer à Bruxelles, édité par Dominique Rodriguez)

 


L'USINE NOUVELLE, 1/6/2010:

Les syndicats d'Areva sont inquiets

AREVA ESPÈRE FINALISER LES MODALITÉS DE SON AUGMENTATION DE CAPITAL D'ICI MAI

Alors que l'augmentation de capital, promise par l'Etat actionnaire tarde à venir, les syndicats craignent une dégradation de la note du groupe par Standard & Poor's. Ils réclament une reprise en main du dossier par le Parlement.

Les syndicats d'Areva trouvent que l'augmentation de capital d'Areva est trop longue à se concrétiser. Très remontés, ils organisent ce mardi une conférence de presse à l'Assemblée nationale pour sonner l'alerte, et demandent aux parlementaires d'intervenir.

La raison de leur inquiétude : cela fait déjà onze mois que l'Etat actionnaire a décidé d'ouvrir 15% du capital du groupe sans avoir avancé sur le projet. Ces reports sine die ont décidé le 14 avril dernier l'agence de notation Standard & Poor's à placer la note d'Areva sous surveillance. L'agence se donne 90 jours pour décider si elle confirme la note «A» du géant nucléaire ou si elle l'abaisse.
Un abaissement de la note d'Areva rendrait plus difficile son accès au crédit, et alourdirait les coûts de garanties de bonne fin qui font partie intégrante du processus de négociation des prix des réacteurs avec les clients.

Course contre la montre

Commandes prévues dans le plan stratégique d'Areva : 45 réacteurs EPR, et 10 à 20 réacteurs Atmea et Kirina.
Commandes fermes : 4 EPR, même si une vingtaine d'électriciens ont manifesté leur intérêt.
L'Etat de son côté semble jouer la montre. Ce dernier voulait d'abord se donner le temps d'analyser le rapport Roussely sur l'avenir de la filière. Mais prévue en avril, la publication de cette étude a été reportée «de plusieurs semaines». Cerise sur le gâteau, l'augmentation de capital est désormais suspendue à la publication des comptes du groupe le 30 juin et surtout à l'audit mené par l'expert comptable mandaté, René Ricol.

L'ancien médiateur du crédit doit notamment se pencher sur le niveau de provisions sur le chantier de l'EPR finlandais. Or vendredi, TVO, l'électricien finlandais, a confirmé que la date de mise en service de juin 2012 ne pourra pas être tenue. Pour leur part, les investisseurs pressentis pour participer à l'augmentation de capital, tels le fond souverain du Qatar, du Koweit et Mitsubishi, piétinent. Ils attendent pour verser les fonds d'être fixés par le rapport Roussely sur le rôle que prendra Areva dans la filière nucléaire.

Si la patronne d'Areva Anne Lauvergeon parvenait à réaliser cette augmentation de capital de 3 milliards d'euros, elle aurait accompli les deux tiers de ses missions. Après avoir bouclé dans les délais prévus la vente de la filiale T&D à Alstom et Schneider, pour 3,3 milliards d'euros, il lui resterait à vendre les participations d'Areva dans Eramet ou ST Microelectronics, pour plus de 2 milliards d'euros.

Ana Lutzky

 


Le Figaro, 1/6/10:

Bruxelles enquête sur Areva et Siemens

La Commission européenne lance une procédure accélérée contre les deux groupes pour atteinte au droit de la concurrence. La procédure concerne les suites de la sortie de Siemens d'Areva NP.
Bruxelles met son nez dans l'un des divorces industriels les plus retentissants de la scène européenne: la Commission Barroso annonce ce mercredi le lancement d'une procédure accélérée contre le français Areva et l'allemand Siemens pour atteinte au droit de la concurrence. Cette décision confirme les informations publiées dès mardi soir par le Figaro. A la Bourse de Paris, Areva clôture en baisse de 0,67% à 346,45 euros alors que le CAC 40 a perdu 0,05%.
En l'espèce, il s'agit du dossier Areva NP, l'ex-Framatome, détenu à hauteur de 35 % par Siemens et à 65 % par Areva. Le groupe allemand a annoncé début 2008 sa décision de sortir de cette coentreprise, après plusieurs années d'une fructueuse coopération.
Areva a pris acte de cette décision tout en précisant que Siemens était dans l'impossibilité de lui faire concurrence pendant plusieurs années en raison d'un accord signé entre les deux parties. Et c'est justement cette clause que Siemens tente de faire casser par la Commission. Une clause tout aussi fondamentale pour le groupe français qui tente de son côté de la monnayer pour abaisser le prix de rachat des 35 % .
S'attaquer à ce qui ressemble à une entente illégale, alors que la séparation entre les deux géants européens du nucléaire est consommée, n'est donc paradoxal qu'en apparence. Siemens, empêché de concurrencer son ex-partenaire français par l'une des clauses du contrat de mariage de 2001, cherche en effet à se défaire d'un dernier fil à la patte. D'ailleurs, le groupe allemand fait discrètement savoir qu'il se réjouit par avance de l'entrée en scène de la Commission.
Le pacte d'actionnaires signé en pleine lune de miel franco-allemande, le 30 janvier 2001, n'a jamais été rendu public. La clause que vise désormais le commissaire à la Concurrence, Joaquin Almunia, évoquait précisément le scénario d'une séparation: pour au moins huit ans après le divorce, elle interdit à Siemens de venir rivaliser avec Areva sur le marché des réacteurs nucléaires, selon l'une des parties en conflit.

Partenariat avec Rosatom 

La décision de Joaquin Almunia ouvre l'enquête contre des «violations présumées» des articles 101 et 102 du traité de Lisbonne par Areva SA, Siemens AG et leur filiale commune Areva NP. La procédure «ne signifie pas qu'il existe des preuves avérées» d'atteinte au droit de la concurrence, mais plus simplement que le dossier sera traité de façon prioritaire, selon le projet obtenu par Le Figaro.
La clause de non-concurrence, défendue par Areva et aujourd'hui dénoncée par Siemens, n'avait soulevé aucune objection en 2001 lors du passage du pacte d'actionnaires devant les instances européennes. A-t-elle alors été délibérément passée sous silence ? Ou ajoutée a posteriori ? En tout cas, elle revient hanter les deux partenaires.
Et pour cause, elle interdit au groupe allemand de concrétiser son partenariat dans le nucléaire avec la firme russe Rosatom. Siemens a annoncé le 3 mars - avec la bénédiction de Vladimir Poutine - la signature d'un protocole d'accord pour la création d'une coentreprise avec le groupe public. Il s'agit de développer la technologie russe des réacteurs à eau sous pression. Cette alliance à revers a suscité une bruyante réaction d'Areva, qui a dénoncé «une rupture unilatérale des obligations contractuelles» par le groupe allemand.
Au-delà de l'amertume née d'un mariage raté, c'est une concurrence à couteaux tirés qui se profile sur l'un des marchés les plus juteux des décennies à venir : celui des réacteurs nucléaires civils, que chacune des deux firmes chiffre en dizaines d'unités. À défaut de pouvoir obtenir de Bruxelles l'annulation pure et simple de la clause contestée, Siemens voudrait au moins voir son handicap de départ raccourci de plusieurs années.
Ce dossier complexe n'est plus à un rebondissement près. Alors que Siemens peine actuellement à formaliser son alliance avec Rosatom - la presse allemande a indiqué récemment qu'il n'y aurait aucune avancée significative avant 2011 -, des rumeurs ont circulé sur un possible retour en arrière du groupe allemand. Donc un partenariat réactivé avec Areva. Mais les derniers développements bruxellois montrent que ce schéma aura du mal à ressurgir.
LIRE AUSSI :
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Plus de 2 milliards d'euros 

Combien vaut la participation de Siemens dans Areva NP ? Selon les estimations qui circulent, le groupe français devra mettre sur la table entre 2 milliards et 2,5 milliards d'euros. Pour s'entendre sur le montant de cette opération, les deux groupes ont nommé un expert indépendant. Aucun calendrier n'a été fixé officiellement, mais les conclusions devraient être rendues avant la fin de l'année 2010. En attendant, Areva a singulièrement besoin de restaurer ses marges de manoeuvre financière.
Pour la période 2008-2012, lle groupe nucléaire a chiffré ses besoins d'investissement à quelque 6,5 milliards d'euros. Certes, une augmentation de capital est prévue - à hauteur de 15 %, à travers trois partenaires étrangers -, mais l'État tarde à donner son feu vert.

JEAN-JACQUES MEVEL
CORRESPONDANT À BRUXELLES

 


Le Monde, 31/5/2010:

Gênés par Areva, Siemens et Rosatom peinent à concrétiser leur coentreprise

L'allemand Siemens et le groupe public russe Rosatom pourraient ne concrétiser qu'en 2011 leur coentreprise dans le nucléaire en raison d'un bras de fer judiciaire avec le français Areva, ex-partenaire de Siemens, a-t-on appris lundi. Un porte-parole de Siemens a refusé de commenter un article du Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) lundi qui affirmait que le projet Siemens-Rosatom était "gelé" et ne reprendrait pas avant 2011. Mais une source proche du dossier n'a pas exclu que l'affaire traîne bel et bien jusqu'en 2011. "Ca peut se régler en 2010 comme en 2011. Siemens continue de discuter avec Rosatom" mais ne peut pas conclure tant que la bataille avec Areva n'est pas close, selon cette source. Siemens a mis fin à sa coopération avec Areva dans les réacteurs nucléaires (la société commune Areva NP cessera d'exister au plus tard fin janvier 2012) puis annoncé une alliance avec Rosatom pour construire des centrales nucléaires. Une coentreprise a été créée sur le papier en mars 2009, détenue à 50% plus une action par Rosatom. Areva a saisi pour arbitrage la Chambre de commerce internationale. Le groupe français conteste le prix auquel il doit racheter les 34% de parts de Siemens dans Areva NP et accuse l'allemand d'avoir rompu unilatéralement leur contrat, en bafouant au passage une clause de non concurrence. Selon la source interrogée, "il s'agit d'argent et de combien Areva veut" pour libérer Siemens. La part de Siemens dans Areva NP pèserait 2 milliards d'euros, selon le FAZ. "La clause de non concurrence sur huit ans ne concerne que certains domaines. C'est surtout un instrument utilisé par Areva pour obtenir son argent", selon la source. La coopération Siemens-Areva continue dans de nombreux domaines même si "elle n'est pas simple", a-t-elle souligné. Siemens et Rosatom veulent développer la technologie russe de réacteurs à eau sous pression, dite "VVER". Ils estiment que 400 réacteurs devraient être construits dans le monde d'ici 2030, un investissement total de 1.000 milliards d'euros. Les marchés visés sont l'Europe centrale et orientale, l'Asie, le Moyen-Orient et l'Afrique du Norrd, selon Rosatom.

 


L'expansion.com, 12 janvier 2010:
Nucléaire : du "grand retour"...au grand déclin

 


La région de Naples dit non au nucléaire

4/1/2010 - La région de Naples, la Campanie (sud), gouvernée par la gauche, refuse l'installation de centrales nucléaires sur son territoire, signe de la tension croissante entre le gouvernement et les collectivités locales sur le retour au nucléaire, rapporte lundi la presse.

Un article de la loi de finances régionale adoptée le 31 décembre par le conseil régional stipule qu' "en cas d'absence d'accord avec l'Etat sur leur localisation, l'installation d'unités de production d'énergie nucléaire, de fabrication et de stockage de combustible nucléaire et de dépôt de matières radioactives est exclue sur le territoire de la région Campanie".

La région des Pouilles, également gouvernée par la gauche, avait adopté un texte similaire fin novembre, et de nombreuses autres régions du pays ont déposé des recours auprès de la Cour constitutionnelle. Le gouvernement de Silvio Berlusconi a adopté à la veille de Noël un projet de décret établissant les critères de choix des sites et prévoyant de nombreux avantages économiques pour les collectivités qui accepteraient d'accueilir une centrale.

Mais alors que le retour au nucléaire sera un sujet de débat aux prochaines élections régionales de mars, le gouvernement a indiqué que la liste des sites serait publiée après le scrutin. La diffusion début décembre par le parti des Verts d'une liste des futurs sites probables avait provoqué une vive polémique malgré le ferme démenti du gouvernement.

Rome avait annoncé en 2008, dès le retour au pouvoir de M. Berlusconi, sa volonté de renouer avec le nucléaire, 21 ans après y avoir renoncé lors d'un référendum tenu après la catastrophe de Tchernobyl, afin d'atténuer sa dépendance envers le gaz et le pétrole. Le français EDF et l'italien Enel se sont alliés en février pour construire quatre réacteurs EPR dans la Péninsule, dans le sillage d'un accord de coopération signé entre l'Italie et la France.

Le gouvernement italien s'est fixé pour objectif de produire d'ici 2030 25% de ses besoins en électricité grâce au nucléaire. Les premiers réacteurs nucléaires devraient être opérationnels d'ici 2018/2019 et l'objectif est d'en construire de huit à dix.

 


L'Humanité, 29/12/2009:

Abu Dhabi préfère s'éclairer coréen

Le « contrat du siècle » pour fournir aux Émirats arabes unis quatre centrales nucléaires vient d'échapper à la France. Probablement le résultat de l'incohérence de la filière nucléaire française.

40 milliards de dollars, c'est au bas mot le montant du contrat qui vient d'échapper au consortium français Areva, GDF Suez, Total et EDF, pour la construction de quatre réacteurs nucléaires dans les Émirats arabes unis. C'est l'électricien public sud-coréen Korea Electric Power Corporation (Kepco) qui a emporté le marché. Un troisième candidat en lice associait l'américain General Electric au japonais Hitachi.

Le contrat, qui porte sur la construction et l'exploitation de quatre centrales de 1400 mégawatts chacune, a été paraphé par les présidents des deux États. Ce revers pour la filière nucléaire française vient clore deux années d'appels d'offres durant lesquelles l'Élysée s'est fortement impliqué. Au départ, Pierre Gadonneix, le précédent président d'EDF, avait refusé de s'associer à Areva, GDF Suez et Total sur le projet.

Il a fallu la nomination d'Henri Proglio à la tête d'EDF et l'insistance de Nicolas Sarkozy pour qu'EDF s'associe et prenne la tête de l'attelage français. Cette implication tardive ­ l'offre associant EDF a été déposée à la mi-décembre ­ n'a visiblement pas suffi à convaincre les Émirats.

Est-ce la technologie même de l'EPR qui est en cause dans cet échec? ? La question mérite d'être posée. À Flamanville, en Chine et en Finlande, les chantiers de l'EPR accusent tous des retards. En novembre, l'Autorité de sécurité nucléaire a émis des réserves sur le système de « contrôle-commande » de l'EPR [lire: Défaut de conception presque grossier dans le système de pilotage].

Est-ce que ces éléments ont pesé dans la décision d'Abu Dhabi? ? Claude Guéant, dans des propos rapportés par les Échos d'hier, répond par la négative. Selon lui, c'est « le prix de l'électricité » qui a permis au constructeur coréen de l'emporter. Il semble également que l'Enec, l'agence des Émirats chargée du programme, ait trouvé en Kepco l'interlocuteur unique ­ « une sorte d'EDF coréen » écrivent les Échos ­ qui lui permette de limiter les risques de recherche de responsabilité en cas de retard.

Du côté des écologistes, l'échec d'Abu Dhabi est la preuve que le programme EPR est « un flop monumental ». C'est ce qu'avance le réseau Sortir du nucléaire pour qui, « malgré un incroyable déploiement d'efforts et de contreparties proposées par la diplomatie française, et en particulier par M. Sarkozy, l'EPR s'avère trop mauvais et trop cher pour être sélectionné ».

Du côté du pouvoir et de l'UMP, on cherche surtout à relativiser l'échec. « Nous avons avec ce pays d'autres projets d'importance stratégique », affirme Claude Guéant.

Pas de réaction encore du côté syndical mais, depuis des mois, la CGT insiste sur la nécessité d'une « cohérence d'ensemble de la filière nucléaire ». Réitérant sa proposition d'un « pôle public de l'énergie », elle demandait, en février dernier, « la création d'un groupement d'intérêt économique (GIE) entre Areva et EDF pour la construction des centrales nucléaires à l'exportation ».

 


Les Echos, 28/12/2009: 

EPR - Les raisons de l'échec français

Partis les premiers, Areva, GDF Suez et Total, ont souffert de l'absence d'EDF dans leur consortium. Trop tardive, l'arrivée de l'électricien national n'a pas compensé les avantages de l'offre du sud-coréen Kepco. L'EPR n'est-il pas trop cher ?

Le choix du coréen Kepco est un coup dur pour les Français. La mission confiée par l'Etat à François Roussely sur la filière nucléaire essaiera d'en tirer les leçons. Tous les acteurs ont pourtant uni leurs forces pour l'emporter face à Kepco : partis les premiers, Areva, GDF Suez et Total ont finalement bénéficié du soutien d'EDF. L'Elysée a aussi joué un rôle déterminant, son secrétaire général Claude Guéant ayant fait régulièrement des allers-retours à Abu Dhabi pour défendre les couleurs françaises.

L'offensive hexagonale commence d'ailleurs avec l'intervention du président de la République, qui se rend sur place le 15 janvier 2008 pour signer un accord bilatéral de coopération nucléaire. La France sera ainsi la première nation à le faire. A ce moment, certains pensent même que c'est gagné. Areva, le concepteur du réacteur EPR, GDF Suez, l'exploitant, et Total, le pétrolier réputé dans la région, annoncent leur volonté de participer au programme nucléaire local.

La publication d'un communiqué commun surprendra le très discret émirat, mais c'est surtout le nom manquant qui va pénaliser le consortium : celui d'EDF. Pour la communauté internationale, le succès du nucléaire français est indissociable de l'électricien public. Mais son patron d'alors, Pierre Gadonneix, préfère se concentrer sur ses marchés nucléaires clefs, Royaume-Uni, Etats-Unis, Chine et Afrique du Sud. Pour Abu Dhabi, cela reste le péché originel de l'offre française.

Car, en face, la concurrence s'organise. Après s'être assuré les services de sociétés de conseil américaines très respectées (Thorium et CH2Mill), Abu Dhabi lance un appel d'offres beaucoup plus ouvert qu'initialement espéré par les français. Le gratin du secteur y participe, l'américain Westinghouse, sa maison mère, Toshiba, le duo américano-japonais GE-Hitachi, le japonais Mitsubishi, mais aussi Kepco. Au départ, l'électricien coréen est perçu comme un lièvre, pour faire baisser les prix. Après tout, il n'a jamais construit une centrale à l'étranger. Qui plus est, son réacteur APR1400 ne résiste pas aux chutes d'avions, comme l'EPR d'Areva ou l'AP1000 de Westinghouse. Erreur, même si les EAU sont maîtres dans l'art de négocier et de faire baisser les prix.

En mai 2009, c'est donc la surprise générale quand les participants apprennent les trois candidats présélectionnés : Areva, GE-Hitachi, et Kepco. Si, durant l'été, l'équipe française reste confiante, le ton change a l'automne. On sent que la partie va être difficile. Pour améliorer les chances, en septembre, l'Elysée force EDF a venir en soutien. Contre son gré, le groupe propose ses services d'assistance technique.

Le prix, facteur décisif
Mais cela ne suffit pas. Car, en face, Kepco promet une chose que les français ne peuvent pas tenir : un chef de file unique qui assure aussi bien la construction que l'exploitation. Une sorte d'EDF coréen. Pour Abu Dhabi, c'est synonyme de réduction de risque et de responsabilité en cas de retard du projet. Et même la décision en décembre du nouveau patron d'EDF, Henri Proglio, sous la pression de l'Elysée, de prendre un rôle de chef de file avec GDF Suez, ne va pas suffire.

Enec, la compagnie électrique locale, veut un interlocuteur unique. Reste que le client, lui, regarde avant tout le prix. Et, sur ce terrain, les Coréens sont imbattables. Le montant de l'offre française n'a pas fuité, mais certains parlent d'une différence de l'ordre de 30 %. La raison ? L'EPR revendique les standards de sûreté les plus élevés au monde, ce qui n'est pas le cas de l'APR1000. Autres facteurs : la parité euro-dollar, très en défaveur du camp français.

Cet échec pose donc la question de l'EPR, qui est et restera cher. Il est certes compétitif par rapport à ses concurrents directs comme l'AP1000, mais il ne fait pas le poids vis-à-vis d'autres réacteurs moins sûrs, donc moins chers. « Si on n'arrive pas à vendre l'EPR aux gens les plus riches de la planète, a qui arrivera-t-on à le vendre ? » s'interroge un spécialiste. Or la concurrence de nouveaux venus, plus agressifs, ne fait que commencer. Bientôt, ce sera au tour du russe Rosatom, allié à l'allemand Siemens, de croiser le fer avec les nations nucléaires traditionnelles, comme la France ou le Japon.

 


Les Echos, 16/12/2009: 

La relance du nucléaire en Italie provoque la polémique

A l'approche des élections régionales de mars, le gouvernement Berlusconi est obligé de temporiser, face à la levée de boucliers des élus locaux concernant le choix des sites des futurs réacteurs.

EDF et Areva vont devoir prendre leur mal en patience.

Le retour programmé du nucléaire en Italie s'annonce comme l'un des sujets majeurs des élections régionales de mars prochain dans la péninsule. Le gouvernement Berlusconi ayant l'intention de poser la première pierre des futures centrales « d'ici à 2013 », pour une mise en service « cinq ou six ans plus tard », le compte à rebours a officiellement commencé. Sauf que le calendrier politique occasionne déjà des retards.

Impossible, en effet, d'annoncer le choix des sites avant que les électeurs se rendent aux urnes, comme a pu s'en rendre compte ces derniers jours le ministre du Développement économique, Claudio Scajola.

Jusqu'alors, la liste des implantations devait être dévoilée au plus tard le 15 février. Mais, lorsque le « Corriere della Sera » a cité la région de Chioggia, au sud de la lagune de Venise, comme l'hypothèse la plus probable à ce stade, avant celle de Caorso, près de Piacenza (au sud-est de Milan) ou celle de Borgo Sabotino, près de Latina (au sud de Rome), une vive polémique s'est aussitôt déclenchée parmi les collectivités locales concernées.

Même Giancarlo Galan, président de la région de Vénétie, pourtant proche de Silvio Berlusconi, y est allé de son coup de sang. Sans parler des élus du Mezzogiorno, le stockage des déchets nucléaires étant envisagé, lui, dans le sud de la Botte.

« Pour rouvrir un chapitre aussi délicat, il manque un large consensus dans le pays, a déclaré le leader du Parti démocrate (opposition), Pierluigi Bersani. Beaucoup de régions se sentent privées de leurs prérogatives dans cette affaire. » Claudio Scajola a immédiatement cherché à reprendre la main, en reportant le choix des sites « au printemps », le temps d'arrêter les critères géologiques, sismiques et environnementaux sur lesquels s'appuyer avant toute décision.

« Ce seront les entreprises intéressées par la construction des centrales qui choisiront les terrains les plus adaptés et qui demanderont ensuite les autorisations nécessaires aux autorités nationales et locales », a-t-il précisé, faisant allusion à l'électricien national Enel, qui s'est associé cet été à EDF pour réaliser quatre EPR sur les huit réacteurs envisagés.

Le ministre a démenti les informations circulant dans la presse et rappelé la conviction de l'exécutif, au moment où le sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique reconnaît, d'après lui, les bienfaits de l'atome : « Le nucléaire est stratégique pour notre pays et, en cas d'opposition injustifiée, le gouvernement pourrait exercer son pouvoir de substitution prévu par la Constitution » pour choisir les sites.

Pour l'heure, en tout cas, le gouvernement ne respecte pas son propre agenda, puisque l'agence de sûreté nucléaire qui devait voir le jour avant le 15 novembre n'est toujours pas sur pied. C'est pourtant elle qui doit définir les critères de sélection géographiques, avant de donner son feu vert aux travaux.

 


Les Echos, 11/12/2009: 

L'Inde lève le pied sur son programme nucléaire

L'objectif de construire 40 gigawatts de nouvelles capacités nucléaires ne sera pas atteint en 2020 comme prévu, mais en 2035, a indiqué hier le patron de l'électricien public NPCIL.

Attendue initialement d'ici à la fin de cette année, puis au printemps prochain, la signature du contrat portant sur la livraison de 2 réacteurs EPR par Areva à l'Inde va-t-elle subir de nouveaux délais ? Les doutes sont permis compte tenu du net ralentissement du programme nucléaire indien annoncé hier par le président de Nuclear Power Corp. of India Limited (NPCIL). L'objectif de construire 40 gigawatts (GW) de nouvelles capacités nucléaires, ce qui correspond à multiplier par dix les capacités actuelles du pays, ne sera pas atteint en 2020 comme prévu, mais en 2035, a indiqué hier Shreyans Kumar Jain, selon Bloomberg.

Chez Areva, qui vient d'ouvrir son bureau indien, on ne voit pas de raison de douter de l'issue des négociations en cours. Le champion français du nucléaire a annoncé en février la signature d'un protocole d'accord portant sur la construction de 2 réacteurs EPR sur le site de Jaitapur, destiné à en accueillir à terme jusqu'à 6. Il espère signer un accord final au printemps. Ses concurrents directs, le russe Rosatom, l'américain Westinghouse (filiale de Toshiba) et le duo américano-japonais GE-Hitachi sont, eux aussi, en négociations avancées avec NPCIL, le monopole nucléaire indien, à capitaux publics, qui exploite déjà 17 réacteurs et 4 GW au total.

Des sources proches d'Areva rappelaient hier que l'objectif de 40 GW était nouveau. Jusqu'à l'année dernière, le pays évoquait un programme de « seulement » 20 GW d'ici à 2020. Même à cette échelle, le programme indien représente un marché de 19 milliards d'euros, selon une étude publiée le mois dernier par PricewaterhouseCoopers (PwC). La pression est là : l'offre d'énergie est insuffisante pour répondre à la demande et les black-out sont monnaie courante. « Il manque 15 % de production au moment des pics de consommation », selon le cabinet d'audit. « Il faudra bien qu'ils se lancent », confirme une spécialiste.

Selon Shreyans Kumar Jain, les projets ont toutefois été confrontés à plusieurs difficultés, dont l'obtention de permis de construction ou miniers. L'Inde dispose aujourd'hui d'une production annuelle de 500 tonnes d'uranium et peut ainsi couvrir seulement la moitié de ses besoins, selon PwC. Pour une génération d'électricité de 20 GW, il lui faudra multiplier sa production par dix, à 5.000 tonnes. Ou compter sur la livraison de tiers, comme Areva, qui assure la fourniture de combustibles pour quarante ans avec la livraison de ses réacteurs [dit] de troisième génération. La Chine, qui prévoit la construction de 40 GW d'ici à 2020, rencontre d'ailleurs le même problème.

Comme aux Emirats arabes unis, le marché indien fait, en tout cas, l'objet d'une concurrence acharnée. Et s'il y a, a priori, de la place pour tout le monde, reste à savoir qui commencera le premier. Mardi, l'Inde et la Russie ont renforcé leur coopération nucléaire. Rosatom, qui construit actuellement 2 réacteurs sur place, a affirmé à cette occasion qu'« entre 12 et 14 réacteurs de conception russe seront construits sur deux sites en Inde ». De son côté, GE-Hitachi a indiqué lundi qu'il entendait commencer la construction d'un réacteur avec NPCIL d'ici à 2012.

 


EPR - Retards et accrocs entravent les ambitions d'Areva

9/12/2009 - Des retards de construction, des surcoûts et des interrogations sur le design du réacteur EPR d'Areva pourraient contrarier l'ambition du groupe nucléaire français de jouer un rôle de premier plan dans la renaissance de l'atome civil au niveau mondial. Le groupe public a basé sa stratégie à l'exportation sur le succès de son réacteur et espère s'imposer face à Westinghouse, filiale du japonais Toshiba, pour devenir la référence en matière de centrales de nouvelle génération.

Mais Areva a connu des revers dans la course au contrat de 40 milliards de dollars qu'il vise à Abou Dhabi dans le cadre d'un consortium français également composé de GDF Suez et Total , pour lequel EDF pourrait jouer un rôle de chef de file alors qu'il n'était censé apporter qu'une assistance technique jusqu'ici. ) "Il y a eu une série de mauvaises nouvelles ces derniers temps et cela semble un peu compliqué", a déclaré un analyste qui a souhaité conserver l'anonymat. "Mais il faut garder à l'esprit qu'il s'agit d'un nouveau réacteur et du premier en construction depuis des décennies." Forte de son expérience de près de 35 ans dans l'exploitation massive du nucléaire civil, la France espère prendre la tête de la renaissance du nucléaire au niveau mondial.

Alors que la lutte contre le réchauffement climatique s'intensifie, le nucléaire est présenté comme une énergie non émettrice de dioxyde de carbone. Il offre aussi une réponse à des besoins d'indépendance énergétiques de plus en plus pressants. Les activités d'Areva couvrent l'ensemble de la chaîne du nucléaire, des mines aux déchets. La construction du premier EPR a démarré en Finlande mais le chantier subit déjà un retard de trois ans en raison, selon Areva, de la lenteur des procédures de validation de son client TVO.

IMAGE ÉCORNÉE
Une perte en terminaison évaluée à 2,3 milliards d'euros sur ce chantier et des doutes émis par les autorités de sûreté nucléaire sur le design de l'EPR ont également écorné l'image d'Areva. "Une avancée évidente consiste à résoudre leurs problèmes en Finlande", a déclaré Alex Barnett, analyste chez Jefferies. "Plus vite les problèmes s'éloigneront, meilleure seront les perspectives globalement."

Areva, qui construit également un EPR à Flamanville (Manche) et un autre en Chine, vise un tiers du marché des nouveaux réacteurs nucléaires d'ici à 2030 et vise plus particulièrement le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Inde, l'Italie et les Emirats arabes unis. "Le groupe gagne des parts globalement, peut-être un peu moins du tiers qu'il vise, mais il en gagne", a souligné Alex Barnett, estimant toutefois urgent qu'Areva résolve ses problèmes et soigne son image.

Selon des sources proches du dossier, les inquiétudes exprimées début novembre par les autorités de sûreté nucléaire française, britannique et finlandaise vis-à-vis de la conception du système de contrôle-commande du réacteur de l'EPR ont affaibli le consortium français à Abou Dhabi. "Cette déclaration a été un désastre pour la France", a déclaré l'une des sources à Reuters . Selon une autre source, la lettre commune des autorités de sûreté a affaibli l'offre tricolore parce que, "quand la France explique que son réacteur est plus cher pour des raisons de sûreté et que les autorités disent qu'il y a des doutes, ce n'est jamais très bon".

"VOITURE BLINDÉE"
Les chances du consortium français, qui apparaissait il y a quelques mois comme le mieux placé pour décrocher le contrat d'Abou Dhabi, ont semblé amoindries ces derniers temps face à une offre sud-coréenne de Korea Electric Power. Claude Jaouen, directeur adjoint de l'activité réacteurs d'Areva, a souligné lors d'un entretien à Reuters que le groupe ne pouvait pas remporter tous les appels d'offres auxquels il participe. "Le monde ne va pas s'arrêter de tourner, ni nos activités, si la concurrence remporte le contrat des Emirats arabes unis, ce que bien sûr nous ne souhaitons pas", a-t-il dit.

Pour tenter de reprendre l'avantage face à l'offre meilleure marché sud-coréenne, le consortium français a réduit son prix, selon deux sources proches du dossier. Priée de dire si l'EPR était trop cher - il est estimé à 5 à 6 milliards d'euros environ - ou trop complexe pour les Emirats, une autre source a déclaré : "Nous proposons une voiture blindée alors que les Emirats veulent juste une voiture solide". Selon certains analystes, Areva ne doit pas entrer dans une guerre de prix pour vendre son EPR car il risque de se retrouver dans une situation similaire à celle du chantier finlandais, où le prix était fixé à l'avance.

"Ce qui s'est passé en Finlande était intéressant car il s'agissait du premier projet (de ce type), mais le prix fixe a constitué un sérieux désavantage compétitif pour Areva à plus long terme", selon un analyste. ean-Marie Chevalier, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières à l'université Paris Dauphine, estime pour sa part : "La compétition à Abou Dhabi est très politique, ce qui signifie qu'il est aujourd'hui impossible de dire quel sera le résultat (de l'appel d'offres)."

 


Livraison d'EPR aux Emirats: l'offre française est compromise

25/11/2009 - L'offre française pour équiper les Emirats arabes unis de réacteurs nucléaires de nouvelle génération EPR, un contrat évalué à 41 milliards de dollars, est compromise, selon La Tribune de mercredi.

Le secrétaire général de l'Elysée Claude Géant a reçu Anne Lauvergeon (Areva), Gérard Mestrallet (GDF Suez), Christophe de Margerie (Total) et Henri Proglio (EDF) mardi à l'Elysée, selon le quotidien économique. Objectif de la rencontre: décider une nouvelle baisse du prix de l'offre française jugé trop élevé par Abu Dhabi.

Selon La Tribune, le consortium français (Areva, GDF Suez, EDF, Total et l'américain Bechtel), "défavorisé par la baisse du dollar", a déjà été contraint "il y a quelques jours, sous la pression politique de baisser de 10% son prix jugé trop cher" par rapport à celui de ses concurrents: le japonais Hitachi (allié à l'américain General Electric) et le coréen Kepco (associé à son compatriote Hyundai).

 


La Turquie annule un projet d'une première centrale nucléaire

20/11/2009 - La Turquie a annoncé vendredi avoir annulé un projet en vue de la construction de la première centrale nucléaire du pays, un programme compromis notamment par des décisions de justice.

La compagnie publique de distribution d'électricité, Tetas, chargée du dossier, a indiqué dans un communiqué que le projet avait purement et simplement été annulé par la direction de l'entreprise, sans préciser les raisons de cette décision.

Le cahier de charges d'un appel d'offre lancé en 2008 pour ce premier réacteur de Turquie stipule que Tetas est "libre" d'annuler le projet.

Un consortium conduit par la société d'Etat russe Atomstroyexport était le seul candidat pour la construction d'une centrale de 4.800 mégawatts à Akkuyu, dans la province de Mersin, sur la côte Méditerranéenne.

C'est la cinquième tentative de la Turquie de se doter de l'énergie nucléaire. Les précédentes tentatives avaient été avortées pour des raisons diverses, notamment financières et environnementales.

 


Dowjones, 12/11/2009: 

La relance du nucléaire coûte cher à EDF

EDF a dépensé une fortune pour s'offrir une tête de pont dans le nucléaire aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne: l'acquisition de British Energy lui a coûté 12,5 milliards de livres sterling, et l'achat de 49% des actifs nucléaires de Constellation, 4,5 milliards de dollars.

Mais la facture pourrait s'alourdir. Le gouvernement britannique poussant à la relance des capacités nucléaires nationales, EDF dispose de deux sites agréés où il compte installer quatre nouveaux réacteurs, d'un montant d'environ 4,5 milliards d'euros pièce. En outre, l'accord avec Constellation devrait le conduire à installer 4 autres réacteurs, dont le premier pourrait être mis en service en 2016.

Les projecteurs se trouvent ainsi braqués sur les finances de EDF, l'un des groupes de services collectifs les plus endettés d'Europe. Les investissements requis pour devenir leader de la relance mondiale du nucléaire sont considérables et EDF, détenu à 87% par l'Etat, pourrait devoir lever 27 milliards d'euros pour honorer ses engagements durant la prochaine décennie.

La dette nette de EDF et d'autres éléments de son passif pourraient, en 2010, dépasser cinq fois son excédent brut d'exploitation; à elle seule, la dette nette pourrait monter à 50 milliards d'euros d'ici à 2013, contre 42 milliards cette année, selon HSBC. Or, le désendettement se révèle difficile; la crise financière a interrompu les opérations de cessions d'actifs, et lever de nouveaux capitaux risque de s'avérer délicat pour EDF. Quant à l'Etat, dont le déficit budgétaire ne cesse de gonfler, il rechigne à soutenir une augmentation de capital ou à voir sa participation diluée.

L'arrivée imminente d'un nouveau président-directeur général ajoute aux incertitudes. Henri Proglio, en provenance de Veolia Environnement, a contesté l'investissement dans Constellation et la décision de vendre le réseau britannique de distribution du groupe, valorisé environ 4 milliards de livres sterling.

Mais la cession de ce genre d'actifs pourrait bien être l'option la plus réaliste, et les fonds spécialisés dans les infrastructures devraient en être friands. D'autres solutions consisteraient pour EDF à réduire sa part dans le réseau français de distribution ou à céder des centrales.

Alors que le groupe se concentre sur son désendettement, céder des actifs ou conclure des partenariats pour partager les coûts de nouveaux projets semble une solution bien plus attrayante que de renoncer à la croissance aux Etats-Unis - sans compter ce qu'une telle volte-face aurait d'embarrassant. Car en fin de compte, le potentiel de développement aux Etats-Unis est bien trop grand pour s'en priver.

 


Nucléaire civil aux Emirats: un contrat de 41 milliards de dollars reporté

14/9/2009 - Les Emirats arabes unis ont reporté l'octroi d'un contrat sur leur programme nucléaire civil d'un coût de 41 milliards USD en attendant de choisir entre le trois groupes en compétition pour le projet, a rapporté lundi le quotidien gouvernemental The National.

"Les offres étant très proches sur certains points, nous avons décidé de continuer à négocier avec les trois" soumissionnaires, a déclaré un responsable gouvernemental au journal, ajoutant: "Cela signifie que la période de négociations sera légèrement plus longue". Initialement, le contrat devait être attribué mercredi mais aucune décision ne devrait intervenir avant la fin du mois de septembre, a rapporté The National, citant un diplomate non identifié.

Un consortium français composé d'Areva, d'EDF, de GDF-Suez et de Total est en compétition pour le projet contre une alliance américano-japonaise formée de General Electric et Hitachi et un consortium sud-coréen rassemblant Korea Electric Power, Samsung et Hyundai, et associant la firme américaine Westinghouse.

Les Emirats, un riche pays pétrolier du Golfe, cherchent à diversifier leurs sources d'énergie. Pour leur futur programme nucléaire, ils ont signé des accords de coopération avec la France, les Etats-Unis et la Corée du sud, comme ils ont passé un mémorandum d'entente avec la Grande-Bretagne. L'accord avec les Etats-Unis, qui prévoit le transfert de composants et de matières nucléaires, a été approuvé en mai par le président Barack Obama, qui l'a soumis à l'examen ultime du Congrès avant son entrée en vigueur.

 


RTBF, 13/9/2009: 

Les limites d'une relance du nucléaire selon un nouveau rapport

Une véritable relance du nucléaire est pratiquement impossible sauf si on prolonge la durée de vie des centrales à 60 ans, ce que rien ne permet d'envisager aujourd'hui. C'est la conclusion d'un rapport sur le nucléaire dans le monde, remis au gouvernement allemand.

Aujourd'hui, il faut déja de nombreuses centrales pour maintenir le niveau actuel du parc mondial. Mais d'autres obstacles rendent peu probables une vraie relance du nucléaire. C'est la conclusion à laquelle arrivent quatre experts anglais et français sur base des chiffres officiels de l'industrie nucléaire.

Compte tenu du niveau actuel du parc de centrales, de leur âge avancé -puisqu'on a peu construit après Tchernobyl-, des centrales en construction et de celles réellement en projet, et même en utilisant une hypothèse optimiste de durée de vie prolongée à 40 ans, ... dans les 20 ans à venir il sera impossible de maintenir le nombre de réacteurs actuels. Une seule exception est pointée, si l'on prolonge encore plus la duré de vie des centrale en les portant à 60 ans par exemple. Une hypothèse que rien ne permet de soutenir aujourd'hui.

D'autres obstacles économiques, politiques, physiques ou humains se dresseront contre une véritable augmentation du parc de centrales. D'un point de vue économique, la crise actuelle rend plus compliqué encore la mobilisation d'une masse énorme de capitaux pour ces investissements sans subventions publiques. De plus selon l'étude, la construction de nouvelles centrales nucléaires n'engendre pas de coûts décroissants, contrairement à d'autres technologies.

Des obstacles juridiques et politiques se dresseront également, parce que les cadres réglementaires n'existent pas dans de nombreux pays. Il faut par exemple qu'un organisme de contrôle indépendant existe dans les pays où l'industrie exporte ses centrales. Mais cette exigence des pays exportateurs n'est pas réalisée dans bien des pays avec lesquels des protocoles d'accord sont signés pour le moment, comme la France avec la Libye ou d'autres encore.

D'un point de vue technique, beaucoup de pays n'ont pas le réseau suffisant pour absorber cette nouvelle production électrique et des goulots d'étranglement existe dans la production. Une seule entreprise japonaise est capable de construire certains éléments du coeur d'un réacteur.

Derniers obstacles, humain cette fois, parce qu'avec le stop du nucléaire, la main d'oeuvre qualifiée s'est détournée du secteur qui connaît aujourd'hui une forte pénurie.

 


Bulgarie: le projet de centrale nucléaire de Béléné enterré

7/8/2009 - Le projet de construction d'une nouvelle centrale nucléaire à Béléné en Bulgarie, sur lequel le groupe allemand RWE fondait de grands espoirs, va être enterré faute de financement, annonce vendredi le Financial Times Deutschland (FTD). "Le financement a échoué", selon une personne proche du dossier citée par le quotidien économique allemand.

RWE, associé à hauteur de 49% au projet, n'était pas directement joignable pour un commentaire. Sofia devrait annoncer la semaine prochaine l'abandon de ce chantier de 4 milliards d'euros qui aurait dû donner naissance à deux réacteurs d'une puissance totale de 1.000 mégawatts, assure le FTD.

L'abandon serait un coup dur pour le numéro deux allemand de l'énergie, qui vient déjà de se voir interdire par un tribunal néerlandais de prendre une participation dans la seule centrale nucléaire néerlandaise. RWE, qui possède beaucoup de centrales à charbon polluantes, doit diversifier ses sources de production pour améliorer son bilan CO2, sous peine de payer bientôt très cher l'achat de droits d'émissions.

Le gouvernement bulgare avait fait savoir dès le mois de mai que le financement de la centrale de Béléné était problématique. La Bulgarie avait alors demandé des crédits auprès de la Russie, de la France et de l'Allemagne, dont les industriels sont impliqués. Le projet est piloté par la société russe Atomstroyexport avec comme sous-traitant un consortium franco-allemand Areva/Siemens chargé notamment des systèmes de sécurité.

 



Constellation annonce un nouveau retard pour son alliance avec EDF

31/7/2009 - Le producteur américain d'électricité Constellation Energy a annoncé jeudi que son autorité de régulation avait décidé de reporter l'examen de son rapprochement avec le groupe français EDF dans le nucléaire, au risque de mettre en péril toute l'opération. "Tout délai dans une transaction de cette importance accroît le risque qu'elle ne soit pas finalisée, ce qui serait une véritable perte pour le Maryland", l'Etat américain où Constellation est basé, a noté le groupe.

EDF avait annoncé à la mi-décembre l'acquisition pour 4,5 milliards de dollars de la moitié des activités nucléaires de Constellation Energy, alors convoité par l'investisseur milliardaire Warren Buffett. L'opération devait normalement être conclue au troisième trimestre. Mais ce projet avait été bloqué à la mi-juin par les autorités du Maryland qui voulaient préalablement déterminer si l'investissement français était "dans l'intérêt public", en raison d'une éventuelle "influence substantielle" que pourrait exercer EDF dans la gestion du groupe américain.

Saisie par Constellation, la justice américaine avait refusé en début de mois d'étudier son appel, estimant que l'examen du dossier par le régulateur, la Maryland Public Service Commission (PSC), devait suivre son cours. Alors que le groupe américain espérait une prompte approbation de la commission, celle-ci a en fait décidé de reporter son examen à la demande de l'Etat du Maryland, le temps d'obtenir des informations supplémentaires. Pour Constellation, les parties concernées disposent "de toutes les informations raisonablement nécessaires pour étudier la transaction avec EDF". Le groupe a noté que la commission avait débuté son examen en février et que, depuis cette date, plus de 15.000 pages de documentation lui avait été fournie, sans parler des auditions et témoignages de nombreux responsables.

Le rapprochement avec EDF doit permettre à Constellation Energy d'aller de l'avant avec son projet de construction d'un nouveau réacteur nucléaire, de technologie française EPR, sur son site de Calvert Cliffs (Maryland). Le projet de Calvert Cliffs va permettre d'employer 4.000 personnes pendant la phase de construction et 400 pendant la phase d'exploitation. La construction du nouveau réacteur a déjà obtenu le feu vert de plusieurs autorités fédérales, avant de buter sur la procédure de l'Etat du Maryland.

 


Lituanie: La construction d'une nouvelle centrale nucléaire incertaine

30/7/2009 - La présidente lituanienne Dalia Grybauskaite a semé un doute jeudi sur les plans de construction d'une nouvelle centrale nucléaire en Lituanie, à la place de celle d'Ignalina de l'ère soviétique qui doit fermer avant la fin de l'année. "L'avenir de l'énergie nucléaire en Lituanie dépendra d'une révision de la stratégie et d'un calcul des meilleurs investissements", a déclaré Mme Grybauskaite, citée par l'agence de presse balte BNS.

"Etant donné que l'énergie nucléaire est une question géopolitique, et que des centrales de ce type seront construites autour de nous, nous devons revoir notre stratégie et réfléchir sur nos choix - le vent, la géothermie, la biomasse, la combustion de déchets ou le nucléaire", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse.

Elle a souligné que la Lituanie devrait tenir compte des plans de ses voisins, le Bélarus et la région russe de Kaliningrad, de construire des centrales nucléaires. Vilnius s'était engagé auprès de Bruxelles à fermer avant la fin de 2009 la centrale d'Ignalina, du même type que celle qui avait explosé à Tchernobyl en 1986.

Une nouvelle centrale doit être construite à sa place, avec le concours de la Pologne, de la Lettonie et de l'Estonie, mais des controverses persistent entre les partenaires sur la répartition de l'énergie produite. Le gouvernement lituanien avait annoncé en mars que plusieurs sociétés européennes, le groupe suédois Vattenfall, le français EDF ou encore l'une des sociétés allemandes RWE ou E.ON, étaient sur les rails pour la construction de la centrale.

Des représentants de plusieurs fabricants de réacteurs nucléaires intéressés par le projet, comme Areva (France), Endesa (Espagne), General Electric-Hitachi et Westinghouse (Etats-Unis), Nukem (Royaume Uni) et Atomic Energy of Canada Limited (Canada), se sont déjà rendus en Lituanie. Le japonais Mitsubishi Heavy Industries a aussi manifesté son intérêt. Les experts estiment que la mise en service de la nouvelle centrale pourrait intervenir au plus tôt en 2020.

 


USA/Nucléaire: Washington refuse des fonds à USEC pour un site d'enrichissement

28/7/2009 - Le groupe américain USEC a annoncé mardi que le gouvernement fédéral lui avait refusé les garanties de prêt indispensables pour achever une nouvelle usine d'enrichissement d'uranium par centrifugation, le forçant à geler son projet. "Nous sommes sous le choc et déçus par la décision du Département de l'Energie", a commenté le directeur général d'USEC John Welch, accusant le président Barack Obama de trahir une promesse de campagne avec cette décision.

USEC avait demandé l'an dernier des garanties fédérales pour obtenir un prêt de 2 milliards de dollars indispensable pour achever la construction d'un site de centrifugation de nouvelle génération à Piketon (Ohio, nord des Etats-Unis), où il dépose déjà d'une unité pilote. Au lieu de lui apporter son concours, le gouvernement américain a annoncé mardi qu'il allait financer des travaux de nettoyage du site, pollué par des contaminations "remontant à la guerre froide".

Selon un communiqué gouvernemental, "le ministère a encouragé USEC à retirer sa demande", l'encourageant à travailler encore de 12 à 18 mois pour "résoudre les problèmes technologiques" liés à ce projet sans "compromettre ses chances d'obtenir ultérieurement des garanties de prêt".

Cette décision est un coup dur pour USEC, un concurrent du français Areva. USEC a immédiatement perdu un tiers de sa valeur en Bourse: l'action perdait 34,73% à 4,04 dollars vers 16h00 GMT. USEC, qui a déjà investi 1,5 milliard de dollars dans son projet de Piketon, a indiqué qu'il étudiait des "solutions alternatives", et il a présenté la décision du gouvernement comme un coup porté au développement du nucléaire aux Etats-Unis.

"On ne voit pas bien comment le département de l'Energie espère trouver des technologies innovantes avec un risque zéro", a souligné M. Welch. "Au lieu de créer des milliers d'emplois dans le pays, nous allons les perdre, au lieu de réduire notre dépendance envers des sources étrangères d'énergies, nous la renforçons", a-t-il accusé. USEC a souligné que son projet devait créer plus de 8.000 emplois directs et indirects, après en avoir déjà créés plus de 5.000.

Le gouvernement pour sa part a indiqué qu'au lieu des garanties de prêt demandées il était prêt à offrir à USEC 45 millions de dollars sur 18 mois pour l'aider à approfondir et préciser son projet. Pour l'heure, il débloque 150 à 200 millions de dollars pour des travaux de nettoyage sur le même site qui devraient créer 800 à 1.000 nouveaux emplois.

 


Agoravox, 29/6/2009: 

L'emprunt EDF et l'emprunt Sarkozy

Annoncées bruyamment, ces deux initiatives renouent avec une tradition d'appel à la souscription qui a fait le bonheur et aussi la fortune d'épargnants depuis l'après guerre jusqu'aux années 90. A première vue, qui y a-t-il de commun entre les deux démarches ? Rien, mais à y regarder de plus près, on découvre quelques similitudes et une cohérence politique globale.

Le financement d'investissements

Dans les deux cas, il s'agit de financer des investissements, selon les informations dont nous disposons. Cela apparaît de manière claire pour EDF. Ça paraît un peu moins évident pour l'emprunt d'Etat pour lequel on parle de financer les dépenses et les investissements à venir, ce qui laisse une marge d'appréciation pour le gouvernement qui pourra, le cas échéant, se servir des fonds mobilisés pour financer des dépenses courantes (rappelons que l'emprunt Balladur en 1993 avait servi en particulier à renflouer les entreprises publiques). Reste donc à connaître l'affectation réelle de l'emprunt Sarkozy pour savoir quelle sera la répartition réelle entre investissements et fonctionnement.

[Voir: "Sortir du nucléaire" diffuse quatre contre-publicités et déconseille très vivement de souscrire à l'emprunt EDF]

Créer un lien avec les souscripteurs

Pour EDF, cela ne fait aucun doute : à l'heure de l'ouverture du marché, cette entreprise cherche à fidéliser ses clients, à ce qu'ils se sentent responsables de son fonctionnement et ainsi évitent de répondre aux sirènes de la concurrence. Autrement dit, EDF cherche à se rendre incontournable et s'offre à cette occasion un bon coup de pub, sachant que le financement par emprunt sur les marchés financiers était tout à fait possible.

S'agissant de l'emprunt d'Etat envisagé, on ne peut pas parler stricto sensu de fidélisation ou de contournement de la concurrence, par contre on peut tout à fait parler de coup de pub, de recherche d'adhésion au projet politique, dans la mesure où la levée de fonds peut se faire de manière plus discrète, sur les marchés financiers, de plus sans doute, à un moindre coût.

Qui souscrira ?

Bien évidemment ceux qui ont de l'argent et qui n'envisagent pas de mobiliser une partie de leurs fonds à court terme. Dans cette catégorie, on trouvera les petits rentiers qui ont épuisé toutes les placements courants hors placements obligataires ou en actions (livret A, livret de développement durable, assurance vie), et qui appâtés par un rendement net d'impôts de 3,5 % videront leurs livrets pour souscrire aux emprunts. On peut donc s'attendre à une baisse globale des fonds collectés sur ces livrets, ce qui pose question, s'agissant de l'emprunt d'Etat, puisqu'il ampute de fait des crédits destinés rappelons le à financer le logement social ou les économies d'énergie. On peut donc dire que l'Etat joue contre son camp et que l'entreprise EDF n'est pas bien claire non plus puisqu'il s'agira sans doute de financer le parc nucléaire, qui ne correspond pas à une opération de développement durable quoi qu'on puisse en dire.

Qui paiera les intérêts de la dette ?

Pour EDF, c'est bien sûr le particulier sur ses factures. Il ne fait en effet aucun doute que la charge en intérêts sera répercutée intégralement sur le kilowattheure ce qui permet de dire au passage que l'entreprise se paye une campagne de pub sur le dos des clients. Dès lors on peut se reposer la question de l'opportunité d'un détour vers la concurrence pour éviter de payer plus.

Pour l'Etat emprunteur, pas de concurrence. Le paiement des intérêts se fera sur son budget, soit par des économies qui seront réalisées sur son fonctionnement courant (donc induits par des transferts au privé ou des suppressions de postes de fonctionnaires, par exemple), ou bien encore par des augmentations d'impôts (il ne faut jurer de rien...).

Au final, presque tout le monde paiera les intérêts de ces emprunts, mais il y en a qui seront plus touchés que d'autres : ceux qui n'auront plus accès à des services publics supprimés et devront payer pour des services jusqu'alors gratuits et qui paieront également plus cher leur électricité, sans que leurs revenus puissent absorber les augmentations de tarifs (sans parler de ceux dont les revenus baissent pour raison de chômage).

Par contre, les souscripteurs qui par définition n'ont pas de problèmes de fin de mois, s'accommoderont d'autant mieux de la situation qu'ils percevront un intérêt non négligeable payé par l'ensemble des utilisateurs d'EDF et par les citoyens pour l'emprunt d'Etat, qu'ils soient contribuables ou non. este à savoir combien coûtera au final l'emprunt d'Etat. Souvenons-nous en effet du fameux emprunt Giscard qui a rapporté 7 milliards de francs en 1973, mais dont le remboursement total en aura coûté 80.

En définitive, on retiendra que les motivations de ces emprunts sont surtout d'ordre médiatiques, dans la mesure où la nécessité d'un emprunt public pour EDF n'apparaît pas clairement et dans celle où l'Etat aurait pu financer ses programmes comme il le fait au quotidien, de manière plus discrète, sur les marchés financiers et à un coût moins élevé.

On retiendra également les effets pervers de ces démarches pour les consommateurs et pour les citoyens et sur les contradictions flagrantes entre l'Etat emprunteur et la politique qu'il dit mener en matière de logement social et de développement durable. nfin, les souscripteurs étant avant tout spéculateurs, la question du lien avec les émetteurs d'emprunts reste à prouver. Il s'agit avant tout d'effet d'aubaine.

On se délectera au final du succès, en temps de crise, de l'emprunt EDF qui annonce sans doute celui de l'Etat, en se disant que dans une France aux déficits conséquents, à l'endettement massif, au chômage en hausse, on trouve encore beaucoup d'argent chez certaines personnes.

Le bouclier fiscal aura sans doute grandement contribué au succès de ces emprunts. Les bénéficiaires de ce bouclier peuvent être doublement satisfaits : avec l'argent redonné par l'Etat qui organise ainsi sa propre faillite, ils vont pouvoir s'enrichir encore un peu plus sur le dos des contribuables, justifiant ainsi de futures mesures de dérégulation économique ainsi que des régressions dans le domaine social.

 


Les Echos, 18/6/2009:

EDF craint un retard pour son alliance avec Constellation

L'électricien tricolore était auditionné hier par la commission des services publics du Maryland, qui revendique « un droit d'approbation préalable » pour son projet de coentreprise avec Constellation. Malgré un apport de 1 milliard de dollars de la part d'EDF, l'action Constellation ne décolle pas des 26 dollars.

La patience d'EDF est mise à rude épreuve aux Etats-Unis. Hier, le groupe tricolore était auditionné par la commission des services publics du Maryland (PSC), qui revendique « un droit d'approbation préalable » pour son projet de coentreprise avec la compagnie d'électricité américaine Constellation. Cette commission estime qu'EDF aura une influence déterminante sur l'activité de distribution de Constellation, même si la future société commune entre les deux groupes sera exclusivement active dans la production nucléaire. Son argument : si cette nouvelle entité a besoin de fonds pour financer des développements dans le nucléaire, Constellation se tournera vers sa filiale de distribution, Baltimore Gas and Electricity, et donc vers ses clients, pour trouver cet argent.
Une opération stratégique
Soutenu par EDF, Constellation a fait appel en justice de la décision de la PSC d'intervenir dans la procédure. Cet appel n'est pas suspensif et l'Etat du Maryland estime qu'il n'est pas valide. L'opération est stratégique pour l'électricien français : moyennant 4,5 milliards de dollars, elle doit lui permettre de contrôler à 50 % le parc nucléaire de Constellation et de participer à la relance du nucléaire aux Etats-Unis. Alors qu'il a reçu tout un lot d'autorisations, l'immixtion de la PSC dans le processus menace le calendrier. EDF se donne jusqu'à octobre pour finaliser la transaction. Selon un analyste, la procédure de la commission des services publics, « notoirement longue », peut durer plusieurs mois. Les investisseurs ont pris ces aléas en compte. Malgré un apport de 1 milliard de dollars de la part d'EDF, qui a ainsi sauvé l'entreprise de la faillite, le titre Constellation ne décolle pas des 26 dollars. Or l'offre faite en décembre par l'électricien français est censée valoriser l'entreprise à 52 dollars par action. Constellation s'échange sur la base de multiples inférieurs de 30 % à ceux de ses concurrents, alors que sa santé n'est plus en question, estime Per Lekander, analyste chez UBS. « Le marché pense qu'il y a un risque significatif que l'opération avec EDF échoue », constate-t-il. Chez EDF, la direction reste confiante et pense que le plus gros risque porte sur le calendrier. Voire sur les compromis qui pourraient être demandés par le Maryland.
Selon le « Baltimore Sun », le président de l'Etat du Maryland, très attentif aux tarifs d'électricité, a proposé ces dernières semaines un certain nombre de concessions à Constellation : un crédit accordé aux clients résidentiels correspondant à une réduction de 10 % de leur facture, un programme d'aide de 20 millions de dollars par an pour aider les foyers défavorisés ou encore l'engagement d'investir 200 millions de dollars dans un projet d'énergie propre.
Selon le quotidien local, les discussions se sont détériorées dès lors que le gouvernement régional a exprimé « de sérieuses réserves » sur l'éventuel parachute doré de 87 millions de dollars accordé à Mayo Shattuck, le patron sortant de Constellation.

 


L'emprunt EDF ne servira pas à rénover les lignes électriques

17/6/2009 - L'emprunt obligataire d'EDF lancé mercredi ne servira pas à rénover le réseau de lignes électriques, contrairement aux affirmations du PDG du groupe, ont indiqué la Commission de régulation de l'Energie (CRE) et le Réseau de transport d'électricité (RTE). "C'est exclusivement le Turpe (tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité) qui finance les investissements sur les réseaux de transport et de distribution" d'électricité, a rappelé mardi la CRE, l'autorité de régulation du secteur de l'énergie. Le gestionnaire des lignes à haute tension, RTE, a aussi confirmé que ses recettes dépendaient du Turpe et non de la capacité de financement du groupe EDF. Interrogé sur RMC Info mercredi matin, Pierre Gadonneix avait pourtant indiqué que l'emprunt lancé par son groupe servirait à "investir en France" notamment "pour moderniser nos infrastructures, c'est-à-dire les lignes de transport de courant à haute tension, à basse tension, le réseau". Avec l'ouverture des marchés énergétiques à la concurrence, les gestionnaires de réseau d'électricité, comme RTE (lignes haute tension) et ERDF (basse et moyenne tension), ont obtenu une indépendance opérationnelle vis-à-vis de leur maison-mère EDF. Ils sont financés directement par les consommateurs, via le tarif d'acheminement d'électricité qui représente la moitié environ de la facture finale du consommateur résidentiel. Ce tarif, le Turpe, devrait augmenter de 10% environ sur les quatre prochaines années, afin de financer la rénovation des lignes électriques françaises, victimes de coupures croissantes ces dernières années.

 


Canada: Suspension du processus de remplacement de réacteurs nucléaires

29/6/2009 - Le gouvernement de la province canadienne de l'Ontario a annoncé lundi la suspension sine die du processus visant au remplacement de deux réacteurs nucléaires, invoquant notamment des "inquiétudes au sujet des coûts" de ce projet de plusieurs milliards de dollars. Trois consortiums, l'un formé par le groupe français Areva, un autre par l'américain Westinghouse -filiale du japonais Toshiba- et un dernier par la société publique canadienne Energie atomique du Canada (EACL), avaient présenté des offres en février pour le remplacement d'ici 2018 de deux des quatre réacteurs de la centrale de Darlington, à 70 km à l'est de Toronto.

Dans un communiqué, la province la plus peuplée du Canada a indiqué que "seule l'offre d'EACL répondait aux critères de la demande de propositions et aux objectifs du gouvernement". "Toutefois, les inquiétudes au sujet des coûts et l'incertitude autour de l'avenir de la société empêchent l'Ontario de poursuivre le processus d'approvisionnement pour le moment", a estimé le gouvernement de Toronto.

Le gouvernement canadien a annoncé fin mai son intention de vendre au secteur privé tout ou partie de la société EACL qui fabrique les réacteurs nucléaires canadiens Candu, soulignant que cette dernière est trop petite et manque de capitaux pour pouvoir s'imposer sur le marché mondial du nucléaire. Le vice-premier ministre de l'Ontario, George Smitherman, a insisté toutefois sur le fait que la décision de la province ne remettait pas en cause son engagement à l'égard de la filière nucléaire, qui "reste l'élément central de l'approvisionnement électrique" de la province.

Il s'agit néanmoins d'un infléchissement de la politique du gouvernement de la province, qui avait annoncé en 2007 son intention d'investir au moins 26,5 milliards de dollars dans les prochaines années pour remettre en état plusieurs réacteurs et en construire de nouveaux. L'Ontario compte 16 réacteurs de type Candu, mis en service entre 1970 et 1990, qui lui fournissent environ la moitié de son électricité. Le quotidien The Globe and Mail avait indiqué récemment que l'Ontario cherchait à obtenir l'engagement du gouvernement fédéral en cas de dépassement des coûts du projet de remplacement des réacteurs de Darlington.

La province avait conçu son appel d'offres de façon à obtenir "les meilleures garanties sur le plan des coûts, le prix le plus bas possible et une approche équitable à l'égard du partage des risques". "EACL offre les meilleures conditions en matière de transfert des risques, mais à un coût inacceptable", a indiqué l'Ontario.

 


Ouest-France, 28/5/2009: 

L'épargne de M. Tout-le-monde pour financer EDF

Du 17 juin au 10 juillet, le groupe d'électricité lance un emprunt à destination du grand public. Pour financer ses nombreux investissements. Et s'afficher comme une entreprise proche des gens.

Dans les années 1980, vous - ou vos parents - déteniez peut-être des titres d'entreprises publiques comme la RATP, la SNCF ou EDF-GDF. Plus vraiment en vogue depuis les années 1990, cette démarche a été remplacée par des emprunts d'entreprise auprès d'investisseurs institutionnels : assurances, mutuelles, etc.

Elle réapparaît ces jours-ci en France, sous la houlette d'EDF qui, avec les grandes banques de réseau (Crédit Agricole, Société générale, etc.), lance un emprunt auprès des particuliers. Quel intérêt ? Le quotidien Les Échos évoque un taux d'intérêt compris entre 4 et 5 % sur cinq ans. Pas mal, au vu de la maigre rémunération actuelle du Livret A : 1,75 %.

Pour l'entreprise, cet emprunt est une manière de « diversifier ses moyens de financement », a indiqué son PDG, Pierre Gadonneix, qui trouve « légitime de s'adresser aux Français pour investir en France ». C'est surtout l'occasion de récupérer de l'argent frais (un milliard d'euros, de sources bancaires) pour refinancer une partie de sa dette. Laquelle a explosé l'an dernier pour atteindre 24,5 milliards d'euros aujourd'hui.

Il faut dire qu'EDF a racheté l'exploitant britannique de centrales nucléaires British Energy, et la moitié des activités nucléaires de l'américain Constellation Energy. Et puis, l'entreprise va rejoindre le consortium français candidat à la réalisation du programme nucléaire civil des Émirats Arabes Unis. Le groupe se prépare aussi à de lourds investissements en France dans les EPR.

Une manière de test. Autant de raisons qui conduisent l'association « Sortir du nucléaire » à déconseiller « très vivement (aux) citoyens d'investir dans l'emprunt EDF ». De son côté, la CGT Énergie pose deux conditions : « Pas d'augmentation des tarifs pour payer l'emprunt et un contrôle démocratique de l'utilisation de l'épargne des Français. »

Coup de com'? Sans doute. Cet emprunt est aussi une manière, pour EDF, de tester son image d'entreprise populaire. Reste au groupe à attendre le feu vert de l'Autorité des marchés financiers. Avant le lancement de l'emprunt prévu au 17 juin. Date limite de souscription : 10 juillet. Hier, Suez environnement, filiale à 35 % du groupe GDF Suez, a annoncé étudier elle aussi le lancement d'un emprunt auprès des particuliers.

 


Les Echos, 27/5/09:

Electricité: le gouvernement planche sur une réforme des tarifs

A la suite du rapport Champsaur, le gouvernement prépare une réforme des tarifs d'électricité. Il mène des discussions avec les parlementaires et la Commission européenne. L'objectif étant de voter un texte d'ici à la fin de l'année. Mais les sujets sensibles ne manquent pas, comme, en premier lieu, les prix de vente aux entreprises.

Un mois après la publication du rapport Champsaur, le gouvernement prépare une réforme des tarifs d'électricité. Officiellement, il n'a pas pris de position sur les conclusions du rapport, qui propose notamment de supprimer les tarifs régulés, sauf pour les particuliers. Il ne le fera qu'en juin ou juillet. Et sa première réaction avait été plus que discrète. Aucune remise officielle, mais une simple mise en ligne du rapport, un vendredi après-midi. « Nous étions plutôt surpris », reconnaît un membre de la commission présidée par Paul Champsaur, l'ancien président du régulateur des télécommunications (Arcep). En réalité, le gouvernement travaille étroitement avec les parlementaires et il a engagé des discussions formelles avec la Commission européenne sur la façon de faire évoluer le système tarifaire français.
Le timing est serré. Le but est de voter un texte d'ici à la fin de l'année. Par souci d'efficacité, le gouvernement pourrait confier à un député la mission de présenter une proposition de loi à la rentrée. La démarche serait plus rapide qu'un projet de loi. Jean-Claude Lenoir, député UMP et membre de la commission Champsaur, travaille déjà sur un texte qu'il reste à finaliser.

Consensus maximal
Quel que soit le dispositif choisi sur la forme, le gouvernement cherche un consensus maximal sur le fond. « Il ne faut pas que ce soit un conflit de rue, mais que toutes les parties prenantes soient d'accord, note une source gouvernementale. Tout est question de garde-fous. » C'est là que cela risque de se compliquer. Les sujets sensibles ne manquent pas : le rythme de la réforme, le niveau des prix, les modalités pratiques d'accès au nucléaire pour les concurrents d'EDF. Les intéressés ont jusqu'à vendredi pour participer à la consultation publique sur le rapport.

Premier sujet délicat : les prix de vente du courant aux entreprises. « Au cas où la concurrence ne jouerait pas pleinement son rôle, il serait utile de mettre un plafond sur le prix de vente final, ne serait-ce que pendant une période de transition de trois ou quatre ans », estime Jean-Louis Schilansky, président du comité énergie du Medef. Un tel scénario irait dans le sens des parlementaires, qui sont par nature très regardants sur les prix de l'électricité. Qui plus est en temps de crise. « Il faut veiller à ce que les dispositions de la loi ne s'éloignent pas trop des préoccupations des clients », reconnaît Jean-Claude Lenoir, député UMP et membre de la commission Champsaur, qui ne veut pas voir les prix s'envoler comme en 2004. Mais un tel plafond paraît difficilement acceptable pour la Commission européenne, qui mène trois procédures contre la France et EDF au sujet des tarifs d'électricité. Pour elle, la libéralisation du marché n'est pas compatible avec des tarifs réglementés. Or limiter les prix de vente correspondrait à revenir en substance aux tarifs administrés.

Deuxième point problématique : le rapport Champsaur préconise que les concurrents d'EDF puissent acheter dans de bonnes conditions des kilowattheures d'origine nucléaire pour les besoins dits « de base » (la demande constante du pays hors des pics de consommation). Cette disposition pose deux questions : à quel prix et qui en profiterait ? « Il faut être sûr que ce prix de gros soit à un niveau acceptable, entre 42 et 44 euros », avertit Jean-Louis Schilansky. Quant aux bénéficiaires, le gouvernement entend limiter cet accès aux fournisseurs présents en France, comme Poweo ou Direct Energie, et pour leurs clients hexagonaux. « On ne peut pas imaginer un guichet ouvert », indique une source proche du dossier. Or, là encore, la Commission européenne pourrait interpréter cela comme une clause de destination et donc une entrave à la liberté de marché.

Bref, les garde-fous réclamés ici et là risquent de compliquer les discussions avec Bruxelles. Alors même que le gouvernement souhaite profiter de cette réforme pour purger son différend avec la Commission européenne...

 


Les Echos, 27/5/09:

L'Etat électrique

Les regards changent avec la crise. C'est vrai dans l'énergie, et en particulier l'électricité, comme dans la finance. Hier vilipendée, l'action de l'Etat est aujourd'hui sollicitée. En Allemagne, le gouvernement envisage de subventionner ses industriels gros consommateurs d'énergie. Au Royaume-Uni, EDF réclame un soutien financier public pour construire de nouvelles centrales nucléaires. Mais en France, c'est l'inverse. Dans la lignée du rapport Champsaur, le gouvernement prépare une loi pour accroître la concurrence dans les tarifs de l'électricité, actuellement enserrés dans un corset réglementaire que même Kafka n'aurait pas su imaginer. Paris espère ainsi se réconcilier avec Bruxelles, apparemment le dernier lieu de la planète où les sirènes de la concurrence continuent de couvrir les chants interventionnistes. La France irait-elle une nouvelle fois à contre-courant ?

En réalité, l'électricité est une activité économique où l'Etat reste omniprésent. C'est lui qui décide s'il peut y avoir du nucléaire, au Royaume-Uni comme en Allemagne, aux Etats-Unis comme en Suède. C'est lui qui encourage les énergies renouvelables par des mesures réglementaires, voire par des investissements massifs. C'est lui qui rappelle l'exigence du long terme, essentielle dans un domaine où l'on compte les efforts en dizaines de milliards d'euros et le temps en décennies. C'est lui, enfin, qui doit organiser le marché, une mission particulièrement ardue comme dans toutes les activités de réseau où le monopole est la pente naturelle. Comme le dit Paul Champsaur, l'Etat doit mettre de la concurrence partout où c'est possible, de la réglementation partout où c'est nécessaire.

Une conception aux antipodes de la tradition d'une France où le réflexe premier est de protéger le champion national et le consommateur de la rudesse des marchés. Et une conception exigeante, puisqu'elle impose de répondre à des questions jusqu'alors soigneusement laissées de côté - comme le partage de la « rente du nucléaire », dégagée par un prix de production de l'électricité inférieure à celle des autres sources d'énergie. Pour aller jusqu'au bout de cette logique, on ne peut pas se contenter de grands principes et de coups de menton. Il faut aussi mener des raisonnements économiques, analyser le jeu des marchés et le poids des acteurs. C'est une autre innovation pour la France : pour penser les liens entre le marché et l'Etat, il faut des économistes.

 


Les Echos, 27/5/09:

PAUL CHAMPSAUR - PRÉSIDENT DE LA COMMISSION CHARGÉE DE RÉFLÉCHIR AUX TARIFS DE L'ÉLECTRICITÉ

« Les concurrents d'EDF pourront proposer des tarifs administrés aux particuliers »

Quel diagnostic portez-vous sur le marché français ?
Le système actuel est trop compliqué et résulte de décisions successives qui ont été prises dans le passé. Chacune avait sa logique, mais cela a abouti à un système qui n'est pas pérenne. Aujourd'hui, des tarifs bleus, verts et jaunes coexistent avec le marché libre auquel ont accès les entreprises et le tarif de retour qui correspond au tarif régulé plus un certain pourcentage. Concrètement, deux entreprises identiques peuvent payer des tarifs différents. Ce système ne peut pas durer. D'autant plus qu'il est considéré comme incompatible avec les textes européens. C'est la raison pour laquelle les ministres de l'Environnement, Jean-Louis Borloo, et de l'Economie, Christine Lagarde, ont établi la commission que j'ai eu l'honneur de présider. Il semble qu'ils prennent le rapport très au sérieux.
Quels remèdes proposez-vous ?
La logique est de conserver des tarifs administrés là où c'est nécessaire, au moins pendant un certain temps et je rappelle qu'en matière énergétique le temps est long. Mais elle consiste aussi à promouvoir le marché là où cela paraît possible. Après une analyse détaillée, la conclusion est que les petits acheteurs (particuliers et très petites entreprises) ne sont pas capables de faire jouer la concurrence à leur profit. Donc, il vaut mieux leur offrir des tarifs administrés que pourront proposer EDF, mais aussi ses concurrents.
La situation est différente pour les entreprises...
Effectivement, les entreprises consommatrices sont capables de faire jouer la concurrence, donc elles n'ont pas besoin de régulation sur les prix de détail. En revanche, sur le front de la production, il est souhaitable que l'accès au nucléaire soit régulé par l'Etat par l'intermédiaire d'un tarif de gros, auquel se fourniraient les concurrents d'EDF. Pourquoi ? Parce que le coût de l'électricité nucléaire est sensiblement inférieur au coût de l'électricité produite avec des combustibles fossiles
[Parce qu'elle est financée depuis 40 ans par les impôts des citoyens et qu'on ne tient pas compte du coût du démantèlement et des déchets]. Or cette production nucléaire est en France exclusivement sous la responsabilité d'EDF.

 


Le Figaro,25/5/2009:

Vers un recul historique de la consommation d'électricité

Dans un rapport présenté aux ministres de l'environnement du G8 à Rome hier, l'Agence Internationale de l'Energie a dit s'attendre à un recul de 3,5% en 2009.

Premier recul de la consommation d'électricité mondiale depuis 1945. C'est ce que prévoit l'Agence Internationale de l'Energie (IAE) pour l'année 2009. Lors d'une réunion des ministres de l'environnement des pays du G8 hier à Rome, l'IAE a fait un point sur l'état de la demande mondiale en énergie. Ainsi la consommation mondiale d'électricité devrait reculer de 3,5% en 2009. Conséquence directe de la crise économique, cette chute devrait se faire à différentes échelles. Ainsi, en Chine le recul devrait être « un peu supérieur à 2% » alors qu'il sera de 5% pour les pays de l'OCDE et de 10% en Russie.

La consommation des clients industriels d'EDF a reculée de 9%

Par ailleurs, les trois quart de la baisse de consommation mondiale d'électricité devrait provenir des industries plutôt que des particuliers. Les premiers signes de cette baisse se font déjà ressentir : durant les quatre premiers mois de 2009, la consommation des clients industriels d'EDF a reculée de 9%. « Cela montre à quel point la récession dans laquelle nous sommes est profonde » précisait Faith Birol, chef économiste de l' IAE. « La demande en pétrole a déjà diminuée dans le passé en raison du cours du prix du pétrole, et des crises financières, mais pas la consommation d'électricité ». L'année dernière, l' IAE avait anticipé une hausse de la consommation mondiale d'électricité de 32,5% entre 2006 et 2015. En 2007 la demande mondiale avait prit 4,7% et 2,5% en 2008.
Le secteur des énergies renouvelables devrait être le plus touché par la crise économique. Ainsi, les investissements dans la construction d'infrastructure et la production d'énergies renouvelables devraient chuter de 38% en 2009, soit le plus grand recul depuis dix ans. L'IAE a précisé aux ministres de l'environnement que pour remplir les objectifs d'émissions de gaz à effet de serre visés par les Nations Unies, il faudrait des dépenses six fois supérieures à celles prévues.

 


Capital, 22/5/2009: 

EDF à la recherche d'argent frais: évitez

Un appétit d'ogre ! EDF a consécutivement racheté British Energy et pris une participation dans l'américain Constellation Energy. Mais, le spécialiste de l'énergie semble avoir du mal à digérer la facture. Avec une dette nette en hausse de 50% en un an, à près de 24,5 milliards d'euros à fin décembre, supérieure à ses fonds propres, le groupe doit trouver le moyen d'assainir son bilan.

Pour cela EDF réalise des arbitrages. En acceptant une décote, il a cédé 20% de British Energy à Centrica en échange de 51% du capital du belge SPE et le versement de 1,2 milliard d'euros. Le groupe pourrait également être amené à vendre d'autres actifs comme l'activité de distribution d'électricité au Royaume-Uni. D'ailleurs, le directeur général de Scottish & Southern Energy a indiqué que son groupe était intéressé par cette branche qui est estimée à 3 milliards de livres sterling.

EDF améliore également la structure de son endettement, notamment en remboursant les emprunts bancaires à court terme conclus lors des ses dernières grandes opérations de croissance externe. Et pour cela, la société n'hésite pas à se tourner vers les investisseurs institutionnels, où qu'ils soient.

Le groupe a ainsi levé 4 milliards d'euros dans la zone euro en janvier en proposant des taux d'intérêt allant de 5,12% à 6,25%. Il s'est ensuite tourné vers le marché américain en février et a obtenu 5 milliards de dollars en proposant des obligations rémunérées entre 5,50% et 6,95%. Enfin, l'entreprise se prépare à solliciter les investisseurs de la City. Selon IFR Markets, un emprunt d'une durée de 25 ans dont le montant n'est pas encore connu sera prochainement lancé.

Enfin, EDF envisage aussi de s'adresser aux épargnants français pour placer un emprunt obligataire. Une opération qui pourrait être finalisée avant la fin de l'année.

Mais pour les actionnaires, ces multiples refinancements de la dette deviennent coûteux et absorberont une part importante des bénéfices de la société. Mieux vaut donc restez à l'écart du titre.

 


Enerpresse, 20/5/2009: 

Exelon pourrait réduire ses commandes de réacteurs nucléaires

Le moral n'est plus au beau fixe chez les électriciens américains. Le 15 mai, lors d'une conférence à Washington le p-dg d'Exelon, a confirmé que le groupe allait retarder, voire annuler, les commandes pour deux ABWR (GE Hitachi) qu'il entendait construire au Texas. John Rowe a par ailleurs rappelé que sans garantie du DOE, il serait très difficile pour Exelon de financer la construction de ces deux tranches. Selon Platts, quatre compagnies ont officiellement demandé au DOE de leur apporter des garanties financières : Southern Nuclear Operating Co (pour deux AP1000 à Vogtle), South Carolina Electric & Gas (pour deux AP 1000 à Summer), NRG Energy (pour deux ABWR à South Texas Project) et Constellation (pour un EPR à Calvert Cliffs).

 



EDF: la consommation des clients industriels baisse de 9% depuis début 2009

20/5/2009 - La consommation des clients industriels d'EDF a reculé de 9% en France sur les quatre premiers mois de l'année 2009, a indiqué mercredi le PDG du groupe, Pierre Gadonneix, au cours de l'assemblée générale des actionnaires. "EDF n'est pas épargné par" le "contexte économique difficile", a affirmé M. Gadonneix. "La consommation de nos clients industriels est affectée par la conjoncture. En France, elle est en retrait de 9% environ sur les 4 premiers mois de l'année par rapport à la même période de l'année dernière", a-t-il ajouté. "Néanmoins, la croissance de la consommation des particuliers devrait compenser en grande partie le recul de la consommation des industriels", a nuancé M. Gadonneix. EDF a réalisé un chiffre d'affaires en hausse de 15,1% au premier trimestre 2009, à 21,1 milliards d'euros.

 


Les Echos, 30/4/2009: 

Areva attaque Siemens devant un tribunal international

Le champion nucléaire français a lancé une procédure d'arbitrage auprès de la Chambre de commerce internationale contre son partenaire allemand. Objectif : lui interdire de nouer une alliance concurrente avec le groupe russe Rosatom.

Le ton monte entre Areva et Siemens. Le champion nucléaire français vient de lancer une procédure d'arbitrage auprès de la Chambre de commerce internationale (CCI) contre son partenaire allemand, qui veut rompre leur mariage pour nouer une alliance concurrente avec le russe Rosatom. « Areva sollicite une décision qui interdise à Siemens d'avancer davantage dans sa possible société commune avec Rosatom, a indiqué hier le conglomérat munichois. Siemens va faire une demande de rejet de cet arbitrage. » Cette nouvelle étape intervient alors que les discussions portant sur les modalités de divorce entre les deux groupes semblaient se dérouler dans une certaine harmonie.

En réalité, la société présidée par Anne Lauvergeon utilise tout l'arsenal juridique pour limiter la facture qui lui échoit. La participation de Siemens dans leur filiale commune Areva NP est évaluée dans ses comptes à 2 milliards d'euros. De son côté, Siemens cherche à réduire la durée d'une clause de non-concurrence de huit ans dans le nucléaire.

Recul de la division industrie
Areva avait affirmé le 4 mars, au lendemain de la signature d'une lettre d'intention entre Siemens et Rosatom, que l'annonce de cette coentreprise mettait le groupe allemand « en rupture de ses obligations contractuelles » en vertu du pacte d'actionnaires de leur filiale commune Areva NP. Le pacte prévoit que dans une telle situation le groupe français dispose d'une option d'achat sur les actions d'Areva NP détenues par Siemens, exerçable avec une décote de 40 %. En saisissant la CCI, Areva veut faire reconnaître ce droit.

Chez Siemens, on interprète ce mouvement comme un simple élément prévu par la procédure. Le groupe se montre serein sur un dossier ultrasensible, qui sera déterminant pour l'avenir de sa division énergie. Celle-ci a été le principal moteur de sa croissance durant les trois premiers mois de l'année. Le résultat opérationnel de cette division a atteint 818 millions d'euros, contre 6 millions d'euros sur la même période en 2008, où des charges exceptionnelles sur des grands projets avaient pesé sur le résultat.

Face à la chute des commandes dans sa division industrie, Siemens a revu hier à la baisse son objectif de résultat annuel pour son exercice courant jusqu'à la fin septembre. Le groupe vise désormais un bénéfice opérationnel supérieur à 6,6 milliards d'euros, contre un précédent objectif compris entre 8 et 8,5 milliards. Ce geste, largement attendu par les analystes, n'a pas empêché le titre de clôturer en hausse de 8,16 % hier, compte tenu de la solidité des résultats de Siemens.

Peter Löscher a toutefois reconnu que « cette année prendra une direction évidente, et cette direction, c'est un affaiblissement progressif des commandes, du chiffre d'affaires et du résultat ».

 


USA: l'électricien AmerenUE renonce à construire un réacteur EPR

23/4/2009 - Le producteur américain d'électricité AmerenUE, qui avait retenu la technologie EPR du groupe français Areva, a renoncé provisoirement jeudi au projet de construction d'un nouveau réacteur nucléaire, en raison d'une loi le rendant financièrement "impossible". La société a expliqué qu'un texte de loi en débat au Parlement de l'Etat du Missouri (centre des Etats-Unis) supprimait la possibilité de faire supporter aux abonnés le coût de la construction d'une centrale, ce qui remet en cause le financement du projet prévu dans cet Etat. "Une grande usine serait difficile à financer même dans les meilleures conditions, mais avec les marchés du crédit resserrés d'aujourd'hui, sans le soutien des responsables de la politique énergétique de l'Etat, nous pensons qu'obtenir un soutien financier pour ce type de projet est impossible", a expliqué le directeur général d'AmerenUE Thomas Voss dans un communiqué. Se félicitant cependant de l'ouverture d'un débat "vigoureux" sur l'opportunité de construire une centrale nucléaire, il n'a pas exclu que ce projet puisse rebondir plus tard.

 


Les Echos, 3/4/2009: 

Areva accentue la pression sur l'Etat pour obtenir une augmentation de capital

Le champion français du nucléaire, qui estime avoir besoin d'environ 3 milliards d'euros pour assurer sa croissance, continue de faire pression sur l'Etat, en acceptant des cessions d'actifs non stratégiques. Mais d'autres scénarios sont aussi sur la table. Le dossier, très politique, peut se débloquer à tout moment.

Anne Lauvergeon accentue la pression. « S'il n'y a pas d'augmentation de capital, nous serons obligés de revoir nos investissements à la baisse », a déclaré hier au « Monde » la patronne d'Areva. Le champion français du nucléaire estime avoir besoin d'environ 3 milliards d'euros pour assurer sa croissance. A cela s'ajoutent quelque 2 milliards nécessaires pour payer la participation de Siemens dans leur filiale commune de réacteurs Areva NP. Mercredi soir, l'agence de notation financière Standard & Poor's a elle aussi tiré la sonnette d'alarme, menaçant d'abaisser la note A - 1 du groupe public d'ici à cet été sans une injection de capital et des cessions d'actifs.

Comme l'a annoncé Nicolas Sarkozy à Flamanville en février, le dossier fait bien partie des priorités. Une réunion importante était d'ailleurs prévue mardi dernier avec Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, et Christine Lagarde, ministre des Finances, avant d'être reportée pour cause de G20. Deux schémas sont sur la table.

Premièrement, celui défendu par Anne Lauvergeon avec une augmentation de capital financée par l'Etat, plus des cessions d'actifs non stratégiques (participations dans GDF Suez, Safran ou Eramet...) et l'ouverture du capital de filiales minières (Uramin, Imouraren...) ou industrielles (Georges-Besse II...).

L'Elysée tranchera
Deuxièmement, un scénario consistant à former un noyau dur avec les acteurs de la filière nucléaire française, dont EDF, GDF Suez, Total et Alstom, ainsi que d'éventuels partenaires étrangers comme Mitsubishi, voire des fonds souverains d'Abu Dhabi ou du Koweït. Une approche qui pourrait avoir les faveurs d'EDF. « La solution pourrait aussi être un mélange des deux schémas », insiste un proche des discussions. Le dossier sera tranché par le président de la République. « Rien n'est arrêté pour le moment, mais les choses peuvent s'accélérer dans le mois », ajoute une autre source. Le scénario d'une fusion avec Alstom semble, lui, écarté pour l'heure.

En parallèle, Areva négocie son divorce avec Siemens. « Les discussions se déroulent dans une ambiance professionnelle, pas conflictuelle », assurent les deux groupes. Ceux-ci ont scindé la question du contrôle-commande du reste. Dans ce métier, Siemens livre une plate-forme technologique qui permet d'activer des outils Areva. Les deux groupes veulent continuer à travailler ensemble sur ce métier. Plus tard, le français pourrait se tourner vers un autre partenaire, comme Alstom ou Thales. Idem pour l'allemand, avec son nouveau partenaire Rosatom.

De part et d'autre, on veut cependant maintenir une relation commerciale dans la durée, ce qui explique la bonne volonté qui accompagne les négociations sur le deuxième aspect, juridique et financier. Ici, les partenaires d'hier doivent évaluer la participation détenue par Siemens. Vaut-elle 2 milliards d'euros, comme inscrit dans les comptes d'Areva, ou plus ? Certains évoquent jusqu'à 5 milliards. « Tout dépend des scénarios de renaissance du nucléaire, selon une source proche du dossier. Y aura-t-il 180 nouveaux réacteurs dans le monde d'ici à 2020, ou 600 ? » En cas de désaccord, les parties nommeront l'« Institute of Chartered Accountants in England and Wales », qui déterminera de manière définitive la « fair market value ».

La clause de non-concurrence imposée à Siemens pendant huit ans est elle aussi sujette à interprétation. Selon Siemens, elle lui interdit seulement de prendre une participation de plus de 50 % dans un rival d'Areva, précise un expert. Or le groupe allemand sera minoritaire dans sa coentreprise avec Rosatom. « Mais on peut aussi dire que Siemens aura une influence déterminante dans cette société. »

Autre argument avancé par Siemens : cette clause ne serait pas valide parce que trop longue. Dans ses lignes directrices, la Commission européenne n'admet pas que de telles clauses dépassent trois ans en conditions normales. Pour le français, la longueur du cycle d'investissement dans le nucléaire justifie exceptionnellement une durée plus longue. La Commission l'aurait même reconnu en donnant son feu vert pour trente ans à la clause de non-concurrence s'appliquant pendant le partenariat, et non pour cinq ans comme c'est le cas habituellement.

 


L'Expansion, 1/4/2009: 
Nucléaire - Les coulisses de la guerre franco-russe

"En cas de séparation, le « contrat de mariage » prévoit qu'Areva garde la propriété des technologies nucléaires, notamment les plans du fameux EPR, à condition qu'il rachète la participation de Siemens - évaluée à 2 milliards d'euros - avant 2012. Ce qui n'arrange guère Areva, qui cherche 2,7 milliards d'euros pour financer ses investissements."

 


Le JDD, 26/3/2009: 
Le nucléaire ne rapporterait pas

 


Les Echos, 23/3/2009: 

Le coût du nucléaire, un sujet qui fait débat

EDF estime le coût de production du parc existant entre 46 et 48 euros, mais le régulateur le voit plutôt entre 41 et 43 euros et des analystes le chiffrent à la moitié.

Si le gouvernement suit les propositions de la commission Champsaur, l'Etat ou la Commission de régulation de l'énergie (CRE) devront fixer un tarif de gros pour le nucléaire. A priori, ils calculeraient ce prix sur la base des coûts de production.

Quels sont-ils ? EDF estime le coût du mégawattheure (MWh) entre 46 et 48 euros. Cela correspond à une moyenne des coûts de revient de tous ses moyens de production, sachant que le nucléaire y est prépondérant. Selon la CRE, qui a confié un audit à un cabinet de conseil, les coûts historiques réévalués se situeraient en réalité « entre 41 et 43 euros par mégawatt- heure », comme l'a déclaré son président, Philippe de Ladoucette, lors d'une audition devant l'Assemblée nationale, en octobre dernier. [Lire: EDF réclame une hausse des tarifs]

Pour arriver à cette estimation, la CRE part d'un coût comptable historique de 35 euros le mégawattheure, qu'elle réévalue en intégrant les coûts engagés de maintenance ainsi que l'inflation. Encore une fois, ce chiffre porte sur le coût de production global d'EDF. On peut estimer que le coût du nucléaire est légèrement moins cher, de quelques euros. Mais, même les chiffres du régulateur sont contestés. Selon Patrice Lambert de Diesbach, chez CM-CIC, le coût de revient d'EDF s'élève à moins de 23 euros le mégawattheure. « Notre estimation reprend de manière implicite l'amortissement de la moitié du parc nucléaire », explique l'analyste.

Renouvellement du parc
Ces derniers mois, l'opérateur historique a tenté d'imposer une trajectoire tarifaire calquée sur le coût de renouvellement du parc nucléaire, basé sur le coût complet de l'EPR de Flamanville, qu'il estime à 54 euros. La méthode n'a pas convaincu la commission Champsaur. Elle estime qu'il est trop tôt pour parler de renouvellement du parc et pour connaître le coût de l'EPR, qui doit être mis en service en 2012. De fait, ce coût est aussi contesté. Pour Patrice Lambert de Diesbach, il serait compris entre 31 et 47 euros, selon qu'on prenne un coût du capital de 6 % ou 10 %. D'autres analystes partent d'un coût du capital supérieur et arrivent à plus de 60 euros. La différence provient du fait que, dans le nucléaire, l'investissement, donc le capital, représente les trois quarts du coût.

 


Suède: l'opposition sortira du nucléaire si elle remporte élections de 2010

22/3/2009 - Les dirigeants des partis d'opposition en Suède ont annoncé dimanche leur intention de supprimer progressivement le nucléaire s'ils remportent les élections de 2010, alors que l'actuel gouvernement a décidé récemment de ne plus arrêter les 10 réacteurs du pays. "Nous voulons supprimer progressivement les centrales nucléaires (...) en les remplaçant par des sources d'énergie renouvelables", écrivent Mona Sahlin (parti social-démocrate), Maria Wetterstrand et Peter Eriksson (verts) ainsi que Lars Ohly (parti de Gauche), dans une tribune commune publiée dans le quotidien Dagens Nyheter (DN). L'évolution vers l'énergie renouvelable devra se faire en protégeant l'emploi, ajoutent-ils. Le 5 février, la coalition de centre-droit (parti des modérés, parti du centre, démocrates-chrétiens et parti libéral), au pouvoir depuis 2006, avait décidé de revenir sur la décision de fermer progressivement les dix réacteurs du pays. Elle avait alors annoncé que les réacteurs en fin de vie seraient remplacés dans le cadre d'une politique énergétique ambitieuse. Le pays scandinave, réputé pour son engagement en matière d'environnement, s'était prononcé en 1980 en faveur de la fermeture de tous les réacteurs d'ici 2010 mais l'objectif avait été abandonné en 1997, des études montrant que les ressources alternatives seraient insuffisantes pour remplacer le nucléaire. Le gouvernement social-démocrate de l'époque s'était alors mis d'accord avec les principaux autres partis sur le principe d'une fermeture progressive dans les 30 ans en ne remplaçant pas les réacteurs vieillissants. Depuis 1999, il avait d'ailleurs arrêté deux de ses douze réacteurs nucléaires. Les dix réacteurs restants assurent aujourd'hui près de la moitié de la production d'électricité de la Suède. L'opposition, qui dénonce en outre la suspension des discussions sur le nucléaire avec le gouvernement, affirme qu'une décision relative à l'avenir dans le pays nordique de cette énergie controversée n'était pas nécessaire avant 2015.

 


Le Monde, 19/3/2009: 

Areva aurait bien besoin d'un petit coup de privé

La longue hésitation de Nicolas Sarkozy à propos de l'avenir d'Areva commence à devenir coûteuse. Le groupe nucléaire, que l'Etat contrôle à plus de 90 %, attend depuis plus de deux ans que le gouvernement se décide sur la meilleure manière de financer un programme d'investissement pluriannuel de plusieurs milliards d'euros. La non-décision lui a déjà coûté à peu près l'équivalent de ce qu'il lui faudrait dépenser cette année.
Anne Lauvergeon, la présidente du directoire du groupe, souhaite de longue date une introduction partielle d'Areva en Bourse. M. Sarkozy, au moment de son élection, semblait favorable à une fusion du groupe avec Alstom, qu'il avait contribué à sauver de la faillite il y a cinq ans, à l'époque où il était ministre de l'économie.
Certains des collaborateurs du chef de l'Etat ainsi que les services du ministère des finances, semblaient l'avoir convaincu que ce n'était pas là la meilleure idée. Mais, alors que le débat n'est toujours pas tranché,
Areva doit trouver les 10 milliards d'euros nécessaires à son plan d'investissement des quatre prochaines années. Auxquels il faut ajouter environ 2 milliards pour le rachat à venir de la participation de Siemens dans la division Areva NP, qui conçoit et commercialise les centrales nucléaires : le groupe allemand, éconduit dans sa volonté d'accroître sa participation, a signé avec l'agence nucléaire russe un accord créant un concurrent sérieux pour le groupe français.
Le gouvernement a approuvé le plan d'investissement, sans indiquer d'où viendrait l'argent, au moment où l'Etat se débat dans la "faillite" décrite naguère par François Fillon. Il a été demandé à Areva de se défaire de ses participations minoritaires dans certains groupes - Total, GDF Suez, Safran et STMicroelectronics. Mais ces participations ont perdu 3 milliards d'euros de leur valeur depuis un an : c'est le coût de l'indécision.

INTRODUCTION EN BOURSE
Des rumeurs ont circulé, comme celles qui verraient l'Etat en quête d'investisseurs amis du côté du Moyen-Orient (on peut penser que l'Iran est exclu de la liste). Il y a investir et investir - dans le groupe lui même, ou dans certains de ses projets. Mais on imagine mal des fonds souverains comme ceux du Koweït ou d'Abu Dhabi se précipiter sur le seul instrument coté en Bourse : les certificats d'investissement sans droit de vote qui représentent à peine 4 % du capital.
Il est temps pour Areva de trouver des actionnaires sérieux. L'Etat français - dans son incarnation présente - n'en tient pas lieu. La seule manière sérieuse d'assurer l'avenir du groupe est une introduction en Bourse. Ou pour appeler un chat un chat, une privatisation partielle.

 


Areva: Paris réfléchit à une ouverture du capital à des fonds arabes

12/3/2009 - Le gouvernement français étudie la possibilité d'ouvrir le capital du groupe nucléaire Areva à des fonds d'investissements publics du Moyen-Orient, écrit mercredi le Financial Times sur son site internet, en citant des sources proches du dossier. "Des discussions exploratoires ont eu lieu sur la possibilités que des fonds d'investisements publics prennent des participations minoritaires de 1 à 5% dans Areva", écrit le journal dans un article intitulé "Areva cherche des fonds au Moyen-Orient". Notant qu'aucune décision n'a encore été prise, le journal ajoute que cette réflexion procède "d'un examen plus large de l'avenir d'Areva, qui a un besoin urgent de capitaux pour tirer parti de la renaissance de la demande mondiale pour le nucléaire". "Des responsables ont également laissé entendre que le gouvernement français pourrait être attiré par les avantages politiques" d'un tel plan, "étant donné les ambitions du président (français) Nicolas Sarkozy de jouer un rôle plus grand au Moyen-Orient", ajoute l'article. Selon le quotidien britannique, "des investissements de partenaires stratégiques ou de fonds dans dans marchés importants comme les Emirats arabes unis ou l'Arabie saoudite pourraient apporter de nouvelles ressources tout en renforçant la position d'Areva vis-à-vis de la concurrence dans cette région, qui a besoin de nouvelles capacités de production" électrique.

 


Challenges, 12/3/2009: 

Anne Lauvergeon lie son avenir à celui d'Areva

La championne du nucléaire a des problèmes d'argent... et son conseil recale son plan de financement. L'Elysée la presse de trouver un partenaire. Elle entend le choisir.

Le 5 février, Anne Lauvergeon, patronne d'Areva, fait grise mine. Siemens, son partenaire allemand, vient de lui filer entre les doigts, la laissant dans l'obligation de racheter ses parts pour 2 milliards d'euros. Comble de malchance, l'ex-partenaire révèle que TVO, le commanditaire de l'EPR finlandais, réclame 2,4 milliards de pénalités à cause des retards du chantier. Le 6 février, changement radical. Nicolas Sarkozy visite le chantier de l'EPR de Flamanville.

Anne Lauvergeon l'accompagne, tout comme les autres sommités du monde de l'énergie français : Pierre Gadonneix , patron d'EDF, Patrick Kron, PDG d'Alstom, et son premier actionnaire Martin Bouygues. Devant ces derniers, qui ont Areva en ligne de mire, le président souhaite que le dossier de l'avenir du groupe - l'Etat en contrôle 94% - «aboutisse rapidement» .

Et ajoute qu'Areva «est l'exemple même, dans le nucléaire, de la réussite. Tous ses concurrents imitent son modèle intégré, qui part de la mine d'uranium, passe par la fabrication du combustible, la construction et l'entretien des réacteurs, et termine par le traitement et le recyclage des déchets». Phrase magique qui encense la stratégie défendue bec et ongles par Anne Lauvergeon depuis la création de son groupe en 2001 ! Requinquée, elle prépare la contre-attaque.

Son souhait le plus cher est de rester indépendante. Seulement, outre Siemens et les pénalités de son EPR finlandais, elle doit trouver 11 milliards d'euros pour financer son programme d'investissements d'ici à 2012. Or, en 2009, Areva n'a pas les moyens de ses ambitions. A tel point que le conseil de surveillance a refusé de voter son plan de financement. Du jamais-vu !

D'où la course à l'argent. Une ouverture du capital apporterait les milliards dont Anne Lauvergeon a besoin. Hélas, actuellement, le groupe ne serait pas estimé à sa juste valeur (il valait deux fois plus cher il y a un an). Impossible donc à mettre en oeuvre. Profiter de la manne du Fonds stratégique industriel ? A la Caisse des dépôts, qui en a la tutelle, le dossier Areva n'avance pas. Le groupe garde une capacité d'endettement, mais seulement pour quelques centaines de millions, vu l'état des marchés. Alors que faire ? Maigrir ? Grossir ? S'unir ?

Cessions, acquisition...
La voie la plus simple consisterait à se défaire d'actifs non stratégiques. Mais les participations qui sont immédiatement cessibles - dans Safran, Total, GDF Suez - se limitent à 1,5 milliard d'euros, selon une étude de Natixis. Il y a aussi T&D, la filiale d'Areva dans les équipements pour la transmission et la distribution d'électricité, qui n'est pas spécialisée dans le nucléaire. Mais la céder, c'est se priver de près de 30% du résultat opérationnel !

Areva avait plutôt imaginé un chemin inverse : grossir. Sur une idée d'Alain Minc, devenu conseil d'Anne Lauvergeon, un rapprochement avec le parapétrolier français Technip avait été mis sur la table. Pour le groupe nucléaire, il présentait trois avantages : il l'arrimait à une entreprise dotée d'une poche profonde; il se ménageait une aide puissante dans les projets miniers; et il se renforçait en ingénieurs capables de mener à bien des projets complexes. Mais ce montage, les dirigeants de Technip, les pouvoirs publics et même le conseil de surveillance d'Areva l'ont refusé catégoriquement en janvier dernier. Motif : aucune synergie de fond entre les deux groupes, au-delà des trois arguments d'opportunité.

... ou union ?
C'est dans ce climat que ressurgit le projet Alstom. L'entreprise dirigée par Patrick Kron souhaite depuis longtemps une fusion avec Areva. Jusqu'ici, la présence de Siemens, son concurrent direct, interdisait tout rapprochement. Aujourd'hui, il n'y a plus d'obstacle... sinon Anne Lauvergeon, qui a promis qu'elle démissionnerait en cas de mariage forcé. Au sein du conseil de surveillance, l'opposition n'est pas aussi absolue. Certains y voient un avantage : la nouvelle entité atteindrait une masse critique (près de 25 milliards de capitalisation); cela lui permettrait de cesser d'être un nain financier en face des énormes conglomérats nucléaires qui se constituent partout dans le monde (Toshiba-Westinghouse, Siemens-Rosatom...).

Et puis, il y a les expédients : Total, déjà actionnaire à hauteur de 1,02%, pourrait grimper à 5%. Ou GDF Suez, qui finance à hauteur de 5% l'usine Georges Besse II, pourrait monter dans le capital. Officiellement, ni l'un ni l'autre ne sont intéressés. Mais l'Etat pourrait subordonner leur participation dans le nouvel EPR de Penly à une entrée dans le capital d'Areva. La solution idéale pour Anne Lauvergeon et sa stratégie de «célibattante». Mais provisoire.

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Anne Lauvergeon, la reine de l'atome
Capitalisation d'Areva : 11,5 milliards d'euros. La patronne d'Areva est sous le choc du départ brutal de Siemens, son partenaire dans Areva NP, la filiale réacteur du groupe qui a mis au point les EPR. Elle doit trouver d'urgence comment financer son programme de 11 milliards d'investissements. Elle refuse oute alliance qui aboutirait au dépeçage du groupe qu'elle a créé en 2001 en fusionnant Cogema (enrichissement et retraitement de l'uranium) et Framatome. Son modèle, c'est Nespresso : vendre les centrales à bon marché et se rattraper sur le prix du combustible.

Patrick Kron, le prédateur
Capitalisation d'Alstom : 11 milliards d'euros. Ennemi juré d'Anne Lauvergeon, le PDG d'Alstom est en embuscade depuis longtemps. Il n'a jamais digéré que son rival Siemens fournisse à sa place les turbines de l'EPR de Finlande. En se mariant avec Areva, il compte bien récupérer T&D, la filiale transmission et distribution, dont il a dû se séparer en 2002 et qui s'avère très rentable. Il dispose d'alliés au sein du conseil de surveillance d'Areva; quant à Anne Lauvergeon, elle démissionnerait si sa belle construction était fusionnée.

Christophe de Margerie, le chevalier blanc
Capitalisation de Total : 94 milliards d'euros. - Le directeur général de Total souhaite se diversifier dans le nucléaire pour devenir un acteur global de l'énergie. Dès 2008, il s'est associé à GDF Suez et à Areva pour la construction de deux EPR dans le golfe Persique. Plus récemment, il s'est déclaré intéressé par le deuxième EPR de Penly où il est prêt à prendre «une participation à deux chiffres». Anne Lauvergeon aimerait bien qu'en échange le gouvernement l'incite à donner un petit coup de pouce financier à Areva en augmentant sa part dans le capital.

Gérard Mestrallet, le discret allié
Capitalisation de GDF Suez : 59 milliards d'euros. - GDF Suez est déjà un opérateur nucléaire important avec sept centrales en Belgique. Il lui manque une vraie compétence technologique. Gérard Mestrallet, le PDG, rêve de l'acquérir en participant à la construction de l'EPR de Penly. Anne Lauvergeon aimerait qu'il participe plus activement à ses investissements, au risque de se rapprocher d'un de ses clients. L'Elysée pourrait appuyer discrètement Areva en échange d'une part significative dans l'EPR de Penly ou dans un éventuel troisième site. Donnant, donnant.

Pierre Gadonneix, le client incontournable
Capitalisation d'EDF : 57,4 milliards d'euros. Anne Lauvergeon ne peut pas se passer du premier client de l'usine de la Hague. Elle vient en outre de signer avec EDF un contrat de fourniture d'uranium pour les vingt prochaines années. Entre eux, la hache de guerre est enterrée : Pierre Gadonneix a cessé de tempêter contre les prix de son fournisseur et de guigner le rachat de la partie combustible. Anne Lauvergeon souhaite toutefois diversifier ses clients et ne manque jamais de rappeler qu'EDF ne représente qu'un quart de ses ventes.

 


Les Echos, 12/3/2009:

Bruxelles soupçonne EDF de manipulation de marché

Rien ne va plus entre Bruxelles et EDF. La Commission européenne a confirmé hier avoir mené mardi et mercredi des inspections surprises chez l'électricien (voir « Les Echos » d'hier). Ces perquisitions ne portaient pas sur les tarifs réglementés en France, qui font l'objet d'une enquête spécifique, mais sur des soupçons de manipulation de cours. « La Commission soupçonne EDF d'être l'instigateur potentiel d'une hausse des prix sur le marché de gros de l'électricité en France », a-t-elle déclaré dans un communiqué, indiquant qu'elle avait « des raisons de penser que le groupe français aurait enfreint les règles » du traité européen qui interdit l'abus de position dominante. La Commission européenne agit de sa propre initiative. Son soupçon : que l'électricien, qui contrôle l'essentiel de la production d'électricité nucléaire et hydraulique en France, ait modulé sa production pour créer une pénurie et faire monter les cours. En janvier, la Commission française de régulation de l'énergie (CRE) avait manifesté des inquiétudes dans ce sens. Bruxelles a déjà poursuivi l'allemand E.ON pour un problème comparable. Manifestement, ses inspecteurs ont fouillé les bureaux de Bernard Dupraz, directeur général adjoint en charge de la production et de l'ingénierie, Jean-Louis Mathias, directeur général délégué en charge de l'intégration et des opérations dérégulées, Marianne Laigneau, secrétaire général et directeur juridique, et Philippe Torion, responsable de la direction qui chapeaute les activités de trading.

 


Enerpresse, 20/2/2009: 

Nucléaire: GDF-Suez n'ira pas à Belene

GDF Suez a annoncé, jeudi, qu'il abandonnait un projet de coopération avec RWE pour la construction d'une centrale nucléaire en Bulgarie. «GDF Suez se retire de ce projet en Bulgarie», a déclaré à l'AFP un porte-parole du groupe. Le groupe franco-belge s'était vu proposer de prendre une participation de 24,5%, soit la moitié du capital détenu par RWE, au côté du bulgare National Electricity (51%), dans cette centrale nucléaire de 2 000 MW qui doit être construite à Belene (nord) sur le Danube pour 2013 ou 2014. GDF Suez préfère se concentrer sur ses autres projets de centrales nucléaire : la deuxième centrale nucléaire française de troisième génération EPR à Penly (Seine-Maritime), où il sera associé pour une part minoritaire à EDF, le possible troisième EPR français, mais aussi en Grande-Bretagne, en Roumanie et aux Emirats arabes unis où il est candidat à la construction de deux EPR aux côtés de Total et Areva.

 


USA: Constellation Energy enregistre une perte nette de 1,4 md USD au 4t

18/2/2009 - Le producteur américain d'électricité Constellation Energy, partenaire de l'électricien français EDF dans le nucléaire, a annoncé mercredi dans un communiqué avoir essuyé au quatrième trimestre une perte nette de 1,4 milliard de dollars. Le groupe a dû passer une provision de 1,17 milliard de dollars pour dédommager MidAmerican, son concurrent appartenant à l'investisseur Warren Buffett: leur accord de fusion avait été annulé après le partenariat conclu par Constellation avec EDF. Le chiffre d'affaires du groupe, quant à lui, a reculé de 8% à 4,9 milliards de dollars au quatrième trimestre, et de 6,5% sur l'année 2008, à 19,8 milliards. "La rapide détérioration sur le marché du crédit mondial, doublée de l'une des pires volatilités de notre histoire sur les cours des matières premières, ont fait de 2008 une année extrêmement difficile", a observé le PDG Mayo Shattuck, cité dans un communiqué. "Les 12 ou 24 prochains mois seront une période de transition qui, si elle est abordée convenablement, contribuera à renforcer l'entreprise. Le rapprochement avec EDF est critique (...) et nous travaillons avec notre partenaire pour le finaliser aussi vite que possible", a-t-il ajouté. EDF avait conclu en décembre un accord avec Constellation Energy pour acquérir la moitié de ses activités nucléaires pour 4,5 milliards de dollars, via la création d'une société conjointe. Le français avait indiqué que la transaction devait se concrétiser dans les 6 à 9 mois. Les deux groupes avaient en outre conclu un accord prévoyant la possibilité pour Constellation de céder à EDF ses centrales thermiques pour 2 milliards de dollars dans les deux ans à venir. Constellation Energy a par ailleurs confirmé mercredi qu'il allait poursuivre ses restructurations pour "diminuer la taille et les risques de ses activités commerciales ou dans les matières premières". Le groupe avait annoncé en janvier qu'il cédait la plupart de ses activités de trading internationales à une filiale de la banque américaine Goldman Sachs pour un montant non précisé, et en février qu'il cédait ses activités de distribution de gaz naturel à l'australien Macquarie.

 


Les Echos, 13/2/2009: 

EDF déçoit les marchés boursiers et lance un plan de cession d'actifs

L'électricien tricolore a enregistré l'an dernier un résultat net en baisse de 7,9 %, à 4,3 milliards d'euros, pour un chiffre d'affaires de 64,3 milliards, en hausse de 7,8 %. Il vise 5 milliards d'euros de cessions entre 2009 et 2010.

EDF a vu son cours chuter de 7,48 % hier en clôture, après avoir dévoilé des résultats et des perspectives inférieurs aux attentes. Le groupe a enregistré en 2008 un résultat net en baisse de 7,9 %, à 4,3 milliards d'euros, pour un chiffre d'affaires de 64,3 milliards (+ 7,8 %). Il impute le recul des bénéfices à la prolongation jusqu'en 2010 du tarif de retour, le Tartam, qui permet aux entreprises ayant choisi des prix de marché de renouer avec des tarifs réglementés. Pour s'y préparer, EDF a passé une provision de 1,2 milliard dans ses comptes. Mais cela n'explique pas tout. « La performance opérationnelle n'est pas au rendez-vous et les perspectives ne sont pas florissantes », estime un analyste. Les marchés tablaient notamment sur un meilleur coefficient de disponibilité des centrales nucléaires, un indice de productivité du parc. A la suite d'arrêts de tranche prolongés et de travaux exceptionnels, il a reculé de 1 point en 2008, à 79,2 %. EDF reste très loin des normes internationales et de son objectif de 85 % à l'horizon 2011. Le groupe veut corriger le tir et vise 81 % cette année. « Les objectifs, c'est bien, mais il faut encore les remplir », note toutefois Per Lekander, analyste chez UBS. Lors de son introduction en Bourse, en 2005, le groupe visait un taux de 84 % pour 2007...

Alors que la crise commence à se faire sentir et qu'il se trouve face à un gros programme d'investissements, EDF se montre prudent pour l'exercice en cours. « Le résultat net hors éléments non récurrents ne devrait pas progresser », a déclaré le PDG, Pierre Gadonneix. Le résultat opérationnel devrait connaître une croissance organique modérée, malgré les efforts prévus dans le cadre du plan « Excellence opérationnelle » annoncé l'an dernier. Celui-ci vise des gains de 600 millions en 2009 et de 1 milliard en 2010. « Le marché est très déçu par cette perspective, selon Benjamin Leyre, analyste chez BNP Paribas. Il s'attendait à une croissance organique très forte, notamment sur la France, en intégrant des perspectives de hausses tarifaires irréalistes, mais aussi dans les filiales allemande et italienne, en décalage avec les résultats annoncés par Edison et EnBW cette semaine. »

L'endettement bondit de 50 %
Alors qu'il vient de boucler son achat de British Energy pour 12,2 milliards de livres (13,5 milliards d'euros) et espère finaliser celui de la moitié des activités nucléaires de l'américain Constellation pour 4,5 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros), EDF veut maintenant réduire sa dette. Du fait de ces acquisitions, l'endettement a bondi de 50 % entre fin 2007 et fin 2008, pour atteindre 24,5 milliards d'euros. Pour améliorer sa structure financière, EDF vise 5 milliards de cessions entre 2009 et 2010.

Pierre Gadonneix a refusé de préciser les noms des actifs mis en vente. La somme n'inclut pas la cession de 25 % de British Energy à Centrica mais celle programmée de 2 centrales britanniques. Quid du reste ? Les yeux se tournent inévitablement vers RTE, le gestionnaire de réseau de haute tension, estimé à quelque 5 milliards d'euros. Une cession partielle pourrait satisfaire Bruxelles, mais fâcher les syndicats. Les regards se tournent aussi vers Dalkia, le groupe de services énergétiques dont EDF possède 34 %, et vers les sites de production indépendants situés au Brésil (Norte-Fluminense), au Vietnam (Phu My), au Laos (Nam Theun) et en Chine.



EDF: objectif de disponibilité du parc nucléaire à 85% en 2011

12/2/2009 - L'objectif de disponibilité du parc nucléaire d'EDF est "de 85% à l'horizon 2011", a indiqué jeudi son PDG Pierre Gadonneix lors d'une conférence de presse. "Cela suppose un rythme d'accélération de 2% par an", a indiqué M. Gadonneix. Le taux de disponibilité du parc nucléaire était en effet de 79,2% fin 2008 contre 80,7% fin 2007 et 83,6% fin 2006. EDF souhaite également l'ouverture "d'un dialogue" avec l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) sur l'allongement de "la durée de vie du parc de production nucléaire" en France. L'investissement "progressif" pour l'allongement de durée de vie d'une centrale nucléaire "représente environ 10% du coût d'une nouvelle installation, un ERP neuf", a estimé M. Gadonneix.



Les Echos, 9/2/2009: 

Nucléaire: Nicolas Sarkozy étudie des partenariats pour Areva

Le président de la République « souhaite que l'Etat réfléchisse aux partenariats industriels qui seraient les plus profitables à Areva ». Il veut apporter des réponses rapidement. Alstom, Bouygues, EDF, etc., suivent le dossier de près. Quelques jours après l'annonce de sortie de Siemens de sa filiale commune avec Areva, Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi, sur le chantier de l'EPR de Flamanville, une réflexion sur la filière nucléaire française.

« Je souhaite que l'Etat réfléchisse aux partenariats industriels qui seraient les plus profitables à Areva », a déclaré le président de la République au cours d'un discours très volontariste sur la politique énergétique. La ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde, et le ministre de l'Ecologie et de l'Energie, Jean-Louis Borloo, y travaillent, a-t-il ajouté. « C'est une réflexion qui ne s'improvise pas, qui prendra quelque temps, mais je souhaite qu'elle aboutisse prochainement parce qu'elle est désormais nécessaire. »

Le chef de l'Etat, qui a notamment justifié la construction du deuxième EPR français par sa volonté d'exporter de l'électricité, s'exprimait devant des salariés et une brochette de patrons de la filière : Pierre Gadonneix, le président d'EDF, Anne Lauvergeon, son homologue d'Areva, Martin Bouygues, le patron du groupe de BTP, Patrick Kron, celui d'Alstom. Citant ces entreprises, ainsi que le pétrolier Total et l'énergéticien GDF Suez, il a déclaré : « Il faut maintenant qu'ils travaillent tous ensemble. Il y a le monde à conquérir en matière énergétique. » Sans pour autant délaisser les énergies renouvelables, Nicolas Sarkozy estime que la France se doit de défendre son leadership dans le nucléaire.

La refonte de la filière qu'il prépare pourrait prendre différentes formes et, pour le moment en tout cas, les choses paraissent ouvertes. Prudent, le chef de l'Etat ne s'est engagé sur aucun schéma particulier. Mais il a affiché un soutien de taille pour Areva et sa stratégie intégrée, qui part de l'uranium, passe par la fabrication du combustible et des réacteurs, et se termine par le retraitement. « Je soutiens totalement l'engagement d'Areva d'investir dans ces activités », a-t-il affirmé. Sa déclaration peut s'interpréter comme un soutien aux besoins du groupe nucléaire, qui ignorait jusqu'ici si son actionnaire public allait valider ses lourds projets d'investissements.

Un statu quo non exclu. Le rôle des uns et des autres dans cette refonte éventuelle est difficile à prévoir, et un statu quo ne peut pas être exclu. Alstom lorgne sur Areva, particulièrement pour ses activités de réacteurs et de transport et distribution d'électricité. Mais l'appétit de son actionnaire, Bouygues, semble moins important qu'il y a quelques mois.

De son côté, EDF suit le dossier de près et veut préserver sa coopération avec Areva. Anne Lauvergeon, elle, prône avant tout une augmentation de capital pour assurer sa croissance. Faute de pouvoir faire appel aux marchés, elle estime que l'Etat est le plus à même d'y répondre. Une solution qui pourrait satisfaire tout le monde. Dans un premier temps.

 


Sarkozy veut que la réflexion sur l'avenir d'Areva aboutisse "prochainement"

6/2/2009 - Nicolas Sarkozy a souhaité vendredi que la réflexion engagée par le gouvernement sur les futurs partenariats nécessaires à l'avenir du groupe Areva "aboutisse rapidement", lors d'une visite du chantier du premier EPR français à Flamanville (Manche). "Nous allons réfléchir aux partenariats industriels qui seraient les plus favorables à Areva. C'est une réflexion qui ne s'improvise pas, qui prendra quelque temps mais je souhaite qu'elle aboutisse prochainement parce qu'elle est désormais nécessaire", a déclaré M. Sarkozy lors d'une allocution prononcée devant des salariés d'EDF et d'Areva. "De toute façon avec la décision des Allemands de Siemens de quitter (Areva), on n'a pas le choix", a-t-il poursuivi. L'Etat réfléchit aux moyens de renforcer le capital du numéro un mondial du nucléaire pour lui permettre de réaliser les investissements rendus nécessaires par le développement du marché mondial de l'énergie nucléaire. La PDG de l'entreprise publique Anne Lauvergeon préconise une augmentation de capital. Elle s'oppose à une entrée dans son capital du groupe français Alstom, poussée par son PDG Patrick Kron. Le groupe de BTP Bouygues détient 30% du capital d'Alstom. Le groupe allemand Siemens, partenaire depuis 2001 d'Areva, a annoncé le mois dernier qu'il revendait les 34% qu'il détenait dans la filiale d'Areva en charge de la fabrication des centrales nucléaires (Areva NP).

 


Challenge, 5/2/2009: 

Anne Lauvergeon doit trouver les moyens de garder son Areva

Après le retrait-surprise de Siemens, le groupe est fragilisé par son manque de capitaux

Longtemps la coqueluche du patronat français, Anne Lauvergeon se retrouve dans un corner. L'annonce totalement inattendue du retrait de son partenaire Siemens, actionnaire à 34% d'Areva NP, la filiale qui possède la technologie de l'EPR, coince doublement la patronne d'Areva : d'abord, elle la prive de son meilleur argument pour contrer les visées hégémoniques sur Areva de Patrick Kron, le PDG d'Alstom; ensuite et surtout, les quelque 2 milliards d'euros nécessaires au rachat de la part de Siemens mettent en évidence la fragilité financière de notre prétendue perle nucléaire.

Indépendamment du sujet Siemens, Areva avait déjà de gros besoins : 11 milliards d'euros d'ici à 2012, avait estimé son conseil de surveillance, pour faire face à d'indispensables investissements, comme l'usine d'enrichissement Georges Besse II, les mines du Niger et la prospection au Gabon... Conséquence, selon une note d'Oddo Securities : «Le free cash-flow sera négatif pour les trois prochaines années.» Un déficit de financement d'au moins 500 millions d'euros cette année, et de 750 millions l'an prochain. Sans compter une échéance de dette de 600 millions en 2009.

Une ardoise très lourde
Un malheur n'arrivant jamais seul, Siemens a cru bon de révéler certains détails du chantier de l'EPR en Finlande : TVO, l'électricien commanditaire, réclame quelque 2,4 milliards d'euros de pénalités pour le retard de trois ans sur le calendrier initial. «C'est peut-être ce que demande TVO, corrige une porte-parole d'Areva. Mais rien n'a été tranché pour l'instant. Et nous n'avons jamais communiqué le montant des provisions passées sur ce chantier.» Areva passe pourtant régulièrement des provisions sur ce risque : confidentiellement, elles se monteraient déjà à 700 millions d'euros, auxquels s'ajouteraient 300 millions inscrits dans les comptes 2008, publiés dans quelques semaines.

Face à cette situation, le groupe nucléaire, dont le chiffre d'affaires (13,2 milliards d'euros) a progressé de plus de 10% en 2008 (et même de 20% pour le carnet de commandes), n'est pas resté sans réaction : «Nous avons déjà différé des investissements, précise-t-on à Areva. Et nous avons jusqu'à 2012 pour racheter la part de Siemens.» N'empêche, il y a urgence. Première solution, trouver un financement en puisant dans ses actifs. Natixis a calculé que le groupe possède «diverses participations cessibles à tout moment» notamment dans Total, Safran et GDF Suez - qui «représentent une valeur de marché cumulée de 1,5 milliard d'euros», les participations stratégiques dans Eramet et STM étant difficilement cessibles.

Autre solution, demander aux actionnaires de mettre la main à la poche. Peu probable du côté de l'Etat français, actionnaire à plus de 93%. Quant à Total, s'il souhaite effectivement cofinancer des centrales nucléaires, il n'entend pas aller au-delà de sa participation actuelle de 1,02%. Reste l'hypothèse Alstom-Bouygues, maintenant que le retrait de Siemens a dégagé le terrain. Si l'Elysée tranchait en faveur de cette solution, la partie retraitement nucléaire, qui pourrait difficilement être mise entre les mains du privé, «pourrait être rachetée par EDF», murmure- t-on à Bercy. Une telle alliance aurait du sens - un accord prévoyant qu'EDF fera désormais retraiter 85% de son combustible par Areva a même été signé en décembre. Mais ce serait un ultime camouflet pour Atomic Anne.

 


Les Echos, 5/2/2009: 

Areva veut économiser 500 millions d'euros en 2009

Invité par l'Etat actionnaire à réduire son train de vie, Areva veut économiser 500 millions dès cette année. Aujourd'hui, le conseil de surveillance doit se concentrer sur le budget opérationnel et laisser de côté les investissements. Et aucune solution ne se dégage pour répondre aux besoins financiers du groupe.

Invité par l'Etat actionnaire à réduire son train de vie, Areva veut économiser environ 500 millions d'euros dès cette année. Anne Lauvergeon, la présidente du directoire, doit présenter aujourd'hui un budget dans ce sens lors d'un conseil de surveillance extraordinaire. Premièrement, 400 millions d'euros seront économisés sur les achats. « On renégocie tous les contrats, de l'informatique aux composants », explique une source interne. Deuxièmement, une centaine de millions seront économisés sur les frais généraux. Les voyages sont réduits au strict minimum. D'autre part, le groupe entend rationaliser les fonctions support (services administratifs, ressources humaines, etc.).

Areva, qui a confirmé hier la signature d'un protocole d'accord pouvant déboucher sur la vente de 6 réacteurs EPR en Inde, dépense entre 7 milliards et 8 milliards d'euros par an pour ses achats. En économisant 500 millions par an, le groupe réduit donc sa facture de 6 % à 7 %. Reste à savoir si cet effort sera de nature à satisfaire son actionnaire. Manifestement, l'Agence des participations de l'Etat a demandé au champion français du nucléaire d'améliorer son résultat de « façon significative ». Areva présente ses résultats annuels le 25 février, mais a déjà prévenu en décembre que son résultat opérationnel pour 2008 s'inscrirait en baisse par rapport à 2007.

Besoin doublement urgent
Le conseil de surveillance, réuni aujourd'hui pour valider le budget qu'il avait refusé d'approuver en décembre, doit se concentrer sur les dépenses opérationnelles. Autrement dit, il ne traitera pas des investissements. C'est dire à quel point la question du financement d'Areva devient sensible. Le groupe prévoit d'investir 2,6 milliards d'euros cette année et un total de 11 milliards à 12 milliards (acquisitions incluses) d'ici à 2012. Mais il ne pourra pas tenir cette feuille de route sans une augmentation de capital, puisqu'il exclut de dégrader sa situation financière en recourant à l'endettement.
Le besoin, estimé par Areva à quelque 3 milliards, s'avère doublement urgent avec le départ annoncé de Siemens de leur filiale commune de réacteurs, Areva NP.

« L'Etat parle de relance, mais il oublie que nous sommes une entreprise publique, s'indigne un représentant des salariés. Le groupe a besoin de carburant, c'est l'intérêt des salariés qui est en jeu. » La moitié de ses projets d'investissement sont prévus en France et des dizaines de milliers d'emplois en dépendent, rappelle-t-il. Si elle ne bénéficie pas de fonds propres supplémentaires, la direction est prête à réduire drastiquement ses investissements et à les ramener à 1,4 milliard d'euros pour cette année. Mais « alors on dégraderait l'outil », regrette une source interne.

Sans nier les besoins d'Areva, l'Etat n'a pas encore trouvé la solution miracle, qui soulagerait ses finances. Répliquer les mesures d'aides consenties aux banques et aux groupes automobiles ne résoudrait pas le problème. Dans l'immédiat, le groupe présidé par Anne Lauvergeon n'a pas besoin de prêts ou de garanties, mais d'un apport de capitaux, en bonne et due forme. Une équation délicate à résoudre.

 


Areva: la crise empêche toute ouverture éventuelle du capital (Lauvergeon)

4/2/2009 - La crise empêche toute ouverture éventuelle du capital du groupe nucléaire Areva et pourrait retarder des investissements dans le secteur aux Etats-Unis, a estimé mercredi Anne Lauvergeon, présidente de son directoire, dans un entretien sur la chaîne France 24. Quant aux rumeurs évoquant des cessions des participations minoritaires d'Areva dans plusieurs sociétés, comme celle dans le groupe minier Eramet, Mme Lauvergeon s'est refusée à tout commentaire.

"Je pense qu'aujourd'hui il ne serait pas raisonnable d'envisager une ouverture de capital", a-t-elle estimé, interrogée pour savoir si un tel projet serait réalisable dans le contexte de crise financière. Areva soutient régulièrement la piste d'une ouverture de son capital pour trouver les financements nécessaires à son développement.

Le groupe "souhaite garder une très forte solidité financière", a-t-elle toutefois ajouté, soulignant qu'il y avait donc "quelque part un sujet de discussion avec (l')actionnaire principal (l'Etat, à travers le Commissariat à l'énergie atomique, ndlr)".

Interrogée sur l'impact de la crise sur l'activité du groupe, Anne Lauvergeon a estimé que "certains investissements prévus dans les années 2011-2012 aux Etats-Unis pourraient peut-être être un petit peu retardés", mais ce serait "vraiment dans un deuxième temps", a-t-elle ajouté. Elle a assuré que son groupe ne constatait "pas de ralentissement" de son activité, notamment parce que 80% de son chiffre d'affaires est "récurrent, lié aux centrales nucléaires existantes".



Les Echos, 3/2/2009: 

Un mur de dépenses sur la route d'Areva

L'un reste, l'autre part. Siemens a jeté, la semaine dernière, un beau pavé dans la mare en mettant fin au partenariat qui le liait depuis huit ans à Areva NP, l'ex-Framatome. Alors que la refonte de la filière nucléaire française semblait en sommeil, son retrait programmé a ravivé d'un coup les spéculations autour d'Areva et d'un éventuel rapprochement avec Alstom. Car ce fut la première réaction, presque instinctive : en pliant bagage, l'industriel allemand ouvre forcément un boulevard au groupe de Patrick Kron. Quoi qu'en dise ce dernier, personne n'imaginait sérieusement qu'Alstom et Siemens puissent un jour cohabiter au sein d'Areva. Et, sur ce dossier, on peut penser que l'Elysée aurait lancé depuis longtemps son grand Meccano industriel s'il n'avait pas eu à craindre un différend franco-allemand. De ce point de vue, au moins, la situation s'est franchement éclaircie. Mais la fin de l'histoire n'est pas encore écrite.

Dans l'immédiat, pour Areva, les conséquences concrètes du départ de Siemens sont avant tout financières et stratégiques. Financières, car, dans les trois ans qui viennent, le leader mondial du nucléaire va devoir mobiliser quelque 2 milliards d'euros pour racheter les 34 % détenus par son ancien allié munichois dans sa filiale de réacteurs. Une ardoise qui s'ajoutera aux 11 à 12 milliards d'investissements prévus d'ici à 2012. Sur le plan stratégique, le groupe français a par ailleurs compris qu'il n'en avait pas tout à fait fini avec Siemens, dont les ambitions sont intactes dans le nucléaire. D'ores et déjà, le conglomérat allemand réfléchit à des coopérations avec le russe Atomenergoprom. A terme, un nouvel acteur de poids risque donc de surgir dans le secteur, aux côtés de Toshiba-Westinghouse, General Electric et Mitsubishi. De puissants concurrents, qui se mettent tous en ordre de bataille pour profiter de la renaissance de l'atome. Dans ce contexte, Areva conserve a priori une longueur d'avance : son modèle d'opérateur intégré est désormais copié par tous ses rivaux. Et, à ce jour, son réacteur EPR est le seul modèle [dit] de troisième génération en construction dans le monde.

Mais cette avance risque de fondre comme neige au soleil si l'entreprise tricolore ne passe pas à la vitesse supérieure. A cet égard, l'équation de départ n'a pas changé : avec ou sans Siemens, Areva a besoin d'argent frais pour financer son développement. D'ici à 2020, le groupe veut se mettre en situation de remporter une soixantaine de commandes. Pour cela il lui faudra investir dans de nouvelles capacités de production, recruter (12.000 personnes cette année), nouer des partenariats, procéder, peut-être, à des acquisitions... Au total, et en intégrant le rachat des intérêts de Siemens dans Areva NP, près de 30 milliards d'euros pourraient devoir être engagés dans les douze ans à venir. Un plan de marche inenvisageable dans la configuration actuelle. D'autant que depuis l'an dernier, l'entreprise présidée par Anne Lauvergeon consomme plus de cash qu'elle n'en génère. Pour la seule année 2009, elle assure devoir trouver 2,6 milliards pour boucler son programme d'investissements...

Face à cette montagne de dépenses, un apport de capitaux apparaît désormais indispensable. Sur le papier, les solutions ne manquent pas. L'ennui, c'est que les plus évidentes sont aussi les plus compliquées à mettre en oeuvre. La question d'une mise en Bourse ne se pose même pas dans le contexte actuel. Et l'adossement à un autre acteur industriel, quel qu'il soit, paraît hors de propos à court terme : sans renier leur intérêt pour la filière nucléaire, ni Alstom ni son premier actionnaire, Bouygues, ne semblent vouloir s'impliquer tant que les retombées financières du chantier finlandais d'Areva ne seront pas mieux cernées - sur place, la construction du tout premier réacteur EPR est toujours aussi problématique, et le groupe n'est pas à l'abri d'un nouveau dérapage du calendrier. Quant à Total, en dépit des ambitions affichées dans le secteur, il ne souhaite pas non plus bouger dans l'immédiat.

En dernier recours, il est assez naturel que les regards se tournent vers le tout nouveau Fonds stratégique d'investissement (FSI), dont la vocation est précisément de répondre aux besoins de financement des entreprises hexagonales et de sécuriser les plus prometteuses d'entre elles. Bien sûr, on imagine mal que le FSI - doté de 6 milliards de liquidités « activables » - injecte dans Areva près de la moitié de ses ressources. Mais il pourrait, par un premier apport, fédérer un noyau d'autres investisseurs institutionnels afin d'aider le groupe nucléaire à traverser sans encombre les premières années de son plan de développement. Une simple parenthèse, mais une parenthèse susceptible de satisfaire tout le monde. Avant de reposer les questions qui fâchent.

 


Tradingsat, 29/1/2009:

Et si le Fonds Souverain entrait au capital d'Areva ?

Suite à la récente décision de l'allemand Siemens de vendre les 34% qu'il détenait dans Areva NP, filiale d'Areva spécialisée dans la conception de réacteurs nucléaires, les analystes de CM-CIC excluent jeudi a priori le cas où Alstom reprendrait cette participation. Ils font remarquer en effet qu'une telle opération "mettrait [Alstom] -sans réel intérêt stratégique- en situation de partenaire minoritaire". Sur la question plus générale de l'ouverture du capital d'Areva dans le cadre du "meccano franco-français" du nucléaire, le broker juge que "la solution la plus simple politique et financièrement serait [...] l'entrée du Fonds Souverain d'Investissement". A l'occasion de la publication des ventes du troisième trimestre 2008-2009 de sa société, Patrick Kron, le PDG d'Alstom a récemment réitéré son intérêt pour un rapprochement avec Areva.

 


USA/enrichissement nucléaire: Areva, "déçu", met en avant sa stratégie

27/1/2009 - Le groupe nucléaire français Areva s'est dit lundi "déçu" par la décision de la Cour suprême des Etats-Unis d'autoriser des droits de douane anti-dumping à son encontre, et a mis en avant sa stratégie d'enrichir l'uranium aux Etats-Unis. "Nous sommes plutôt déçus par cette décision, d'autant que la justice nous avait donné raison lors des étapes précédentes et que nous étions soutenus par l'ensemble de l'industrie, qui considère, comme nous, que l'enrichissement est une activité de services", a déclaré à l'AFP une porte-parole d'Areva aux Etats-Unis, Laurence Pernot. Dans cette procédure, Areva avait plaidé que son activité échappait à la loi de 1930 sur les pratiques de dumping, qui ne couvre que les biens. Interrogée pour savoir si Areva pratiquait des prix s'apparentant à du dumping en exportant son uranium vers les Etats-Unis, la porte-parole a répondu qu'Areva "considère que non". "Cette décision, nous l'avions anticipée, et cette possibilité a été l'une des raisons pour lesquelles Areva a demandé en décembre aux autorités américaines l'autorisation d'enrichir de l'uranium aux Etats-Unis, a ajouté Mme Pernot. Parmi ces raisons, elle a cité également "la forte demande" et "l'euro fort qui est pénalisant pour un exportateur européen".

 


Les Echos, 26/1/2009: 

La sortie de Siemens relance le débat sur la refonte de la filière nucléaire française

Le groupe présidé par Anne Lauvergeon estime avoir besoin d'environ 3 milliards d'euros d'ici à la fin de l'année. Désormais en position de force, Alstom veut relancer son projet de fusion, mais d'autres scénarios pourraient se dessiner.

Alors que Siemens devrait entériner aujourd'hui, lors d'un conseil de surveillance, sa décision de rompre son alliance avec Areva, le débat sur la refonte de la filière nucléaire française reprend de plus belle. Plusieurs schémas semblent se dessiner, sachant que, dans ce dossier ultrasensible, c'est le président de la République qui tranchera. Nicolas Sarkozy considère cette branche comme stratégique.

Une augmentation de capital d'Areva.
Aussitôt informée du retrait de son partenaire allemand, Anne Lauvergeon s'est rendue à l'Elysée pour sensibiliser l'Etat sur le sujet. D'après sa présidente, Areva a besoin d'environ 3 milliards d'euros d'ici à la fin de l'année pour lui permettre d'assurer ses investissements (sans compter le rachat de la participation de Siemens dans Areva NP, estimé à 2 milliards d'euros). Compte tenu des conditions de marché, une introduction en Bourse est exclue. Du point de vue d'Anne Lauvergeon, qui a décliné en 2007 une invitation de Nicolas Sarkozy à participer au gouvernement, l'Etat est le mieux à même de répondre à ses besoins dans un premier temps. Ceci pourrait se faire via la Caisse des Dépôts, l'Agence des participations de l'Etat (APE) ou encore le Fonds stratégique d'investissement (FSI).

Une fusion avec Alstom. Le départ de son rival allemand remet en course le groupe présidé par Patrick Kron. Son projet de fusion, auquel s'oppose farouchement Anne Lauvergeon, prévoit la création d'un champion français de la production d'électricité et du ferroviaire. Désormais en position de force, Alstom n'hésitera pas à poser ses conditions : il veut une fusion en bonne et due forme, qui lui donne le leadership, et une participation de l'Etat réduite a minima. En décembre, Bouygues, qui détient 30 % d'Alstom, estimait cependant que la situation financière mondiale rendait un tel rapprochement impossible et voulait d'abord voir l'évolution des projets de réacteur EPR d'Areva. Patrick Kron et Martin Bouygues sont des proches de Nicolas Sarkozy.

Une montée de Total dans le capital. Vendredi, le groupe pétrolier a fait savoir qu'il était « satisfait » avec sa participation de 1 % dans Areva. Mais sur le long terme, la question se pose sûrement. Son directeur général, Christophe de Margerie, raisonne en offre globale énergétique et y inclut le nucléaire, en plus du pétrole et des énergies renouvelables. « Dans vingt ans, je ne vois pas comment Total pourrait être absent du nucléaire », déclarait-il aux « Echos » dès décembre 2007. Pour l'instant, la priorité du groupe semble consister à observer le marché. Il veut participer à la construction d'un EPR en France avec GDF Suez et travaille sur un projet similaire aux Emirats arabes unis, avec Areva également.

Areva sous pression. Une chose est sûre : que l'investisseur soit public ou privé, il voudra savoir où il mettra son argent - surtout en période de crise. Or la situation d'Areva n'est pas claire pour tous. Le groupe n'a jamais chiffré officiellement les provisions passées sur son chantier d'Olkiluoto, en Finlande, qui a deux ans de retard. Par ailleurs, la crise financière va retarder la renaissance de l'atome et donc relativiser ses besoins. Inversement, la concurrence ne dort pas. Avec son EPR, premier réacteur [dit] de troisième génération, Areva a une longueur d'avance sur ses rivaux Westinghouse ou General Electric. Mais elle pourrait s'éroder sans investissements. D'autant qu'un nouveau concurrent arrive : Siemens, qui n'a rien perdu de son appétit dans le nucléaire et envisagerait de s'allier avec le russe Atomenergoprom.

 


Les Echos, 23/1/2009: 

L'Etat s'oppose à un projet de fusion entre le groupe d'Anne Lauvergeon et Technip

Anne Lauvergeon a proposé récemment un projet de rapprochement entre son groupe, Areva, et le champion de l'ingénierie pétrolière, Technip. Un schéma refusé par Technip comme par les pouvoirs publics.

Un grand mariage entre Areva, le champion français du nucléaire, et Technip, le spécialiste de l'ingénierie pétrolière.

Tel est le projet inattendu qui a été envisagé récemment par Anne Lauvergeon. La présidente du directoire d'Areva s'est, semble-t-il, appuyée dans ce dossier sur Alain Minc, qui se refusait hier à tout commentaire. Le schéma a été présenté le mois dernier aux pouvoirs publics ainsi qu'aux dirigeants de Technip, a-t-on appris de sources concordantes. Mais les uns comme les autres s'y sont opposés, et l'affaire semble à présent abandonnée. Elle est néanmoins significative des réflexions stratégiques en cours chez Areva.

Une filiale commune
Pourquoi rapprocher Areva et Technip ? Sur le papier, leurs métiers semblent assez éloignés. Le premier construit des centrales nucléaires, vend des combustibles atomiques, fabrique des équipements pour le transport du courant à haute tension. Le second effectue des forages, bâtit des raffineries et des usines pétrochimiques.

« Nos clients sont des animaux qui n'ont rien à voir, s'exclame un proche de Technip. D'un côté, il s'agit de compagnies électriques comme EDF, de l'autre, de pétroliers comme Total. Quand on m'a parlé du projet, je n'y ai donc pas consacré plus d'une minute... » Après l'avoir étudiée, « Technip a donc repoussé l'offre avec courtoisie », rapporte un connaisseur du dossier.

Lorsqu'elle a testé l'idée auprès de sa tutelle, Anne Lauvergeon, elle, a mis en avant l'intérêt national : un rapprochement avec Areva aurait permis de s'assurer que Technip resterait bien dans le giron français. Le capital du numéro un tricolore de l'ingénierie est en effet très émietté, et, en 2006 et 2007, la menace d'une OPA hostile de l'italien ENI ou d'un prédateur russe avait fortement inquiété ses dirigeants.

Autre argument possible en faveur d'une fusion : les deux entreprises ont des points de contact. L'an dernier, ils ont ainsi créé une filiale commune chargée de réaliser les grands projets miniers du groupe nucléaire dans l'uranium, notamment en Afrique.

Un rapprochement aurait pu avoir d'autres avantages pour Areva. Celui d'abord de réduire la dépendance du groupe à l'égard tant de son très grand client EDF que de la construction de centrales, un métier où il rencontre des déboires, notamment en Finlande. « Cela aurait permis d'ajouter une activité liée à un autre cycle et apportant un cash assez régulier », relève un analyste.

Ultime intérêt
Ensuite, l'opération aurait pu s'effectuer en apportant Areva à Technip, ce qui aurait permis au nouvel ensemble d'être véritablement coté en Bourse. Alors qu'Areva n'est actuellement présent sur ce marché que très marginalement, via 4 % de son capital, sa présidente souhaite depuis des années introduire véritablement le groupe en Bourse, pour pouvoir y lever les fonds que ses actionnaires publics ne peuvent lui apporter.

Ultime intérêt de l'affaire : fusionner avec Technip aurait sans doute permis à Areva d'échapper durablement à Alstom. Patrick Kron, le patron du fabricant de turbines et de TGV, milite de longue date en faveur d'une union entre les deux groupes. Anne Lauvergeon s'y oppose farouchement. Mais le projet risque de refaire surface après le retrait de Siemens.

 


Les Echos, 27/11/2008: 

La crise financière menace de retarder le renouveau du nucléaire

Depuis la mi-novembre, Areva a ajourné deux projets non stratégiques, une extension de bureaux sur un site américain et l'exploitation d'une mine d'uranium au Canada. La crise pousse les clients à un certain attentisme.

Ce sont de petits événements, des mesures de gestion quotidienne par les temps qui courent. Mais dans le nucléaire, elles reflètent un changement d'attitude contrastant avec la confiance habituelle du secteur dans la relance de l'atome. Depuis la mi-novembre, Areva a ainsi ajourné deux projets.

Le groupe a reporté la construction de nouveaux bureaux sur son site de Lynchburg, aux Etats-Unis. Sur place, le groupe a justifié cette décision par « le climat économique actuel », qui « crée une forte incertitude sur tous les marchés, y compris celui de l'énergie ». Il a aussi décalé un projet de mine d'uranium au Canada, dont l'exploitation devait initialement débuter en 2010.

Projets de développement
Le champion français du nucléaire ne remet pas en question ses projets de développement. A Lynchburg, il envisage d'embaucher entre 200 et 250 salariés l'année prochaine, après un renforcement de ses effectifs de 350 personnes cette année. Quant à sa stratégie dans l'uranium, le groupe présidé par Anne Lauvergeon entend toujours doubler sa production d'ici à 2012, à 12.000 tonnes.

Plus largement, il vient d'annoncer la construction d'une nouvelle usine américaine de composants lourds avec Northrop Grumman, pour 360 millions de dollars. Il a aussi pris au début du mois une participation symbolique dans son fournisseur japonais Japan Steel Works.

Mais le resserrement du crédit risque de freiner la renaissance de l'atome. « La crise pourrait favoriser certains modèles peu risqués en termes de mise de fonds initiale, ce qui est le cas du gaz naturel, et du charbon dans une moindre mesure, souligne Marc Benayoum, directeur associé au sein du cabinet de conseil BCG. Le nucléaire demande des reins solides. »

Officiellement, une centrale EPR coûte 3 milliards d'euros. Mais selon le patron d'E.ON, le géant allemand de l'électricité, il faut en réalité compter entre 5 et 6 milliards d'euros pour un réacteur de troisième génération de 1.600 mégawatts, soit plus de 3 millions d'euros par mégawatt. Par comparaison, il faut compter un investissement moyen de 750.000 euros par mégawatt installé pour une centrale à gaz et 1,75 million d'euros par mégawatt pour une centrale vapeur.

La question est sensible aux Etats-Unis, où les groupes d'énergie sont plus fragiles du fait de leur dimension régionale. Et leurs actionnaires, souvent privés, sont intéressés par des durées d'amortissement courtes, peu compatibles avec le nucléaire, selon les experts. Par ailleurs, les acteurs attendent de voir la politique de Barack Obama.

La prudence de Barack Obama
Durant sa campagne, le candidat démocrate mettait l'accent sur la réduction des émissions de CO2, sans exclure le nucléaire, mais en favorisant les énergies renouvelables. Son rival conservateur, John McCain, était plus décidé : il voulait construire 45 réacteurs d'ici à 2030...

Chez Areva, on reconnaît à demi-mot que le développement aux Etats-Unis pourrait prendre plus de temps que prévu. Mais on veut aussi voir une chance dans la prudence de Barack Obama, pour qui l'avenir du nucléaire ne peut être abordé sans régler au préalable la question du retraitement des déchets - un métier sur lequel le groupe français est leader. Kit Batten, une experte énergétique du Center for American Progress, un « think tank » réputé proche du président élu, s'est d'ailleurs rendue en France cet automne pour s'informer sur les solutions possibles sur la fin de cycle, se félicite- t-on dans le groupe.

Mais la crise laisse aussi des traces ailleurs. Elle n'a certes pas empêché la Bulgarie de confirmer sa commande de 2 réacteurs pour la centrale de Belene. Dans d'autres pays, cependant, l'attentisme est patent. En Afrique du Sud, la décision concernant le projet de construction de deux centrales d'ici à 2016, puis de 10 autres tranches d'ici à 2025, a été reporté par l'électricien Eskom de septembre à fin décembre.

Mais les experts s'interrogent sur la possibilité d'une réelle avancée avant les élections, au printemps 2009. Au Canada, l'Etat d'Ontario ne veut plus choisir le constructeur de sa future centrale d'ici au 31 décembre, mais au 31 mars 2009. Il évoque la « débâcle » des marchés boursiers, mais aussi le degré de risque financier.

 


L'industrie nucléaire française se dit confiante

24/11/2008 - L'industrie nucléaire française est peut-être trop confiante lorsqu'elle affirme qu'elle sortira indemne de la crise de crédit. Certains analystes jugent au contraire que si les problèmes de financement se prolongent, elle retardera les projets d'expansion dans un secteur où les investissements coûtent cher.

La France compte sur son expertise nucléaire unique au monde pour relancer la filière dans un contexte favorable (renchérissement des combustibles fossiles et préoccupations sur le changement climatique). Les entreprises du nucléaire pourraient aussi bénéficier d'une baisse des coûts de la construction. "La crise aura un impact sur le financement et va favoriser des projets de court terme comme les turbines à gaz face à des projets très longs (comme le nucléaire)", déclare Jean-Marie Chevalier, directeur du centre géopolitique de l'énergie de l'Université Paris Dauphine. "Les producteurs et les banques se disent qu'ils ne savent pas très bien où ils en sont. Ils vont donc attendre avant de lancer de nouveaux projets". Ce mois-ci, un haut fonctionnaire du ministère de l'énergie sud-africain a annoncé que le pays pourrait reporter un projet d'une deuxième centrale nucléaire, pour laquelle Areva et l'américain Westinghouse Electric ont fait une offre. Cependant, EDF , le plus grand producteur européen d'électricité nucléaire avec 58 réacteurs en France, a estimé que la crise ne perturberait pas ses projets, y compris en Grande-Bretagne. L'ancien monopole d'Etat est en train de racheter British Energy et vise la construction en Angleterre de quatre réacteurs répartis sur deux sites d'ici à 2025. Le groupe prévoit une première mise en service d'ici à 2017. "Il n'y a pas remise en question de projets", a dit un porte-parole d'EDF. "Et c'est également vrai pour la Grande-Bretagne. Nous avons du temps devant nous et nous n'excluons pas des partenariats pour exploiter les réacteurs que nous allons construire". Mais les sept banques qui garantissent le prêt pour financer l'offre sur British Energy ont du mal à trouver d'autres établissements pour s'associer au projet et partager le risque, selon les Echos au début du mois.
SOLIDITE FINANCIERE Anne Lauvergeon, la présidente du directoire du groupe nucléaire Areva, est également plutôt confiante. "Je crois que les effets de la crise vont être limités sur Areva : nous sommes dans le secteur de l'énergie, qui est extrêmement porteur aujourd'hui, et nous n'avons pas beaucoup de dettes", a-t-elle déclaré le mois dernier. Compte-tenu de la taille et de la santé financière des principaux acteurs de la filière nucléaire française, les conséquences de la crise devraient être limitées, sauf si le besoin d'argent ne se fait sentir, estiment des analystes. "Je ne pense pas que les sociétés d'une certaine taille avec un bilan solide ou les sociétés détenues par le gouvernement seront touchées par la crise. Le nucléaire devrait continuer à se développer dans ces pays", a déclaré Colette Lewiner de Capgemini. "C'est le cas de la France, du Royaume-uni, de la Chine et de la Corée", a-t-elle ajouté. D'autres analystes s'accordent a dire qu'il est trop tôt pour s'alarmer. "Les choses (en France) ne doivent pas être exagérées étant donné la solidité financière des deux acteurs EDF et GDF Suez et également parce que les projets nucléaires sont à très long terme", a dit Koen Dierckx de KBC Securities. "Peut-être que nous observerons quelques retards mais la crise ne fera pas complètement dérailler les projets", a ajouté l'analyste. La durée de la crise sera essentielle. "Si cette crise se termine dans les 12 à 24 mois et puisque la construction des réacteurs nucléaires prend beaucoup de temps, l'impact sera limité", a dit Koen Dierckx. "Mais si elle dure des années, ce sera une toute autre histoire". La baisse des coûts de construction pourrait être une des retombées positives de la crise pour les projets déjà en cours de réalisation. La récession économique va probablement ralentir la demande de matières premières et de main d'oeuvre du bâtiment ce qui pourrait réduire les coûts. "La crise actuelle pourrait se traduire par de bonnes nouvelles pour la construction de Flamanville en France parce qu'il y aura plutôt une baisse des coûts de construction et des matières premières (acier par exemple) et un desserrement des contraintes sur le personnel", a estimé Colette Lewiner. Ces derniers années, la construction nucléaire - dont les besoins en main d'oeuvre spécialisée et en matières premières sont importants - a été pénalisée par la hausse du coût du travail et des matériaux comme l'acier et le béton.

 


Afrique du Sud: La construction d'une centrale nucléaire remise en cause

13/11/2008 - Le projet des autorités sud-africaines de construire une nouvelle centrale nucléaire va devoir être reconsidéré compte tenu du contexte économique actuel, a annoncé jeudi un responsable du ministère de l'Energie. Confrontée à des coupures de courant en raison d'une capacité insuffisante, l'Afrique du Sud veut construire une deuxième centrale nucléaire, d'une capacité de 20.000 mégawatts, un projet d'un montant estimé à plusieurs milliards de dollars. Le français Areva et l'américain Westinghouse Electric se sont portés candidats. Tseliso Maqubela, directeur général adjoint par intérim du département des Minéraux et de l'Energie, a déclaré jeudi que l'ampleur des investissements à réaliser suscitait des interrogations au sein de l'exécutif, notamment dans le contexte de la crise financière actuelle. "Dire que nous pouvons poursuivre ce projet nucléaire de la façon dont nous l'avions envisagé serait mensonger. Tous nos projets vont devoir être revus et nous allons devoir trouver un juste milieu. Nous allons devoir fixer des priorités", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. Il a précisé que le gouvernement attendait de connaître l'avis de la compagnie sud-africaine d'électricité Eskom avant de prendre une décision. "La décision n'a pas encore été prise par le conseil d'administration d'Eskom et Eskom doit conseiller le gouvernement. Nous avons besoin de conseils sur la façon dont nous devons procéder", a-t-il déclaré.

 


Novethic, 21/7/2008: 

Le nucléaire manque de talents et d'investissements

Manque de main-d'oeuvre qualifiée, perte massive de compétences, remise en cause de son faible impact environnemental... A ces difficultés s'ajoutent le manque de confiance des institutions financières internationales, ainsi que la compétition de secteurs très dynamiques comme le gaz naturel, le charbon et les énergies renouvelables. Art Stall, directeur de la branche nucléaire au sein du groupe Florida Power & Light Company, expliquait que " l'euphorie qui avait entouré la renaissance avait été quelque peu refroidie par la réalité des défis liés à la construction de nouvelles centrales ", lors du congrès annuel de l'American Nuclear Society de 2007. Selon lui, l'un des défis majeurs est de trouver du personnel qualifié - artisans, techniciens, ingénieurs et scientifiques,- pour assurer la construction et l'exploitation des centrales. Le problème est identique en France, où Areva a lancé le recrutement de 400 ingénieurs en 2006 et de 750 de plus en 2007, mais sans communiquer le taux de réussite de ces campagnes. Le rapport World Nuclear Industry Status prévient : " S'il est déjà difficile d'embaucher le personnel dont on a besoin pour les programmes nucléaires en cours, on peut se demander d'où viendrait la main d'oeuvre qualifiée en cas d'expansion majeure ". Les auteurs rappellent que, de manière générale, le domaine de l'électricité dans son ensemble n'est pas un secteur qui attire les jeunes talents... "Aujourd'hui, la plupart des étudiants talentueux et prometteurs veulent travailler dans des secteurs high-tech plus séduisants ", rapportait, en 2005, une analyse du Hay Group au titre provocateur : "Tendances de la main d'oeuvre à porter un coup fatal au secteur de l'électricité et du gaz". Autre défi et non des moindres : le scepticisme des institutions financières internationales et des analystes à l'égard du nucléaire. Dans une analyse récente, Standard & Poor's souligne l'aspect risqué de ces investissements. " Par le passé, il était facile de garantir les contrats d'ingénierie, de passation des marchés et de construction. Cependant, avec des matières premières en hausse, une main d'oeuvre de spécialistes du nucléaire appauvrie, et une forte demande en projets d'investissement lourds de par le monde, les coûts de construction augmentent rapidement. Tout cela peut affecter de façon significative les compagnies d'électricité (...) ". En octobre 2007, l'agence de notation Moody's estimait également " qu'il ne faut pas sous-estimer les risques d'exécution liés à des projets de construction de cette nature. (...) Une bonne partie des prévisions actuelles relatives à de nouvelles capacités de production nucléaire sont excessivement ambitieuses (...) Les coûts associés à la prochaine génération de construction nucléaire pourraient être significativement plus élevés que l'estimation de nombreux représentants de l'industrie."

 


L'Italie va revenir au nucléaire mais l'entreprise s'annonce ardue

27/5/2008 - Le gouvernement italien a annoncé jeudi qu'il voulait renouer avec le nucléaire, 20 ans après y avoir renoncé par un referendum populaire, afin de sortir de sa dépendance énergétique mais ce revirement sera long à concrétiser et à faire accepter. "Lors de cette législature, nous poserons la première pierre pour la construction, dans notre pays, d'un groupe de centrales nucléaires de nouvelle génération", a déclaré le nouveau ministre du Développement économique, Claudio Scajola, devant l'organisation du patronat italien, la Confindustria. L'Italie a renoncé au nucléaire lors d'un référendum organisé en 1987, peu après la catastrophe du 26 avril 1986 à Tchernobyl en Ukraine, et a fermé ses quatre centrales nucléaires. "On ne peut plus éviter un plan d'action pour un retour au nucléaire", a déclaré le ministre, rappelant qu'il s'agissait d'une promesse de campagne de Silvio Berlusconi. "Il n'y a que les centrales nucléaires qui puissent produire de l'énergie à grande échelle et de manière sûre, à des coûts compétitifs et dans le respect de l'environnement", a souligné Claudio Scajola. L'Italie souffre d'une double dépendance, envers l'étranger et envers le gaz et le pétrole, qui frappe de plein fouet sa compétitivité avec la flambée du prix du brut et la met à la merci de ruptures d'approvisionnements. A l'hiver 2006, le gouvernement italien avait dû prendre des mesures d'économies et piocher dans ses réserves stratégiques de gaz en raison de ruptures des livraisons de gaz russe. L'Italie dépend à 87% de l'étranger pour sa consommation d'énergie. Le pétrole est le principal combustible utilisé (43 %) devant le gaz (36 %). Pour ses besoins en gaz, elle dépend à 67% des seules Russie et Algérie, selon le gestionnaire du marché électrique italien. En outre, l'Italie est tributaire à 60% du gaz pour produire son électricité, selon Enel, le numéro un italien de l'électricité. L'annonce de M. Scajola a été saluée par Enel, dont l'Etat est actionnaire à 30%, et par le numéro deux du secteur en Italie, Edison, contrôlé par le numéro un mondial du nucléaire EDF. Enel a retrouvé des compétences dans le nucléaire en rachetant le numéro un slovaque de l'électricité Slovenske Elektrarne (SE). Les patrons de deux groupes se sont immédiatement dits prêts à travailler avec le gouvernement pour relever ce défi. Le chemin promet cependant d'être long en raison des résistances politiques et des associations ainsi que des délais de construction d'une centrale. "Entre la création d'un organisme gérant le nucléaire, l'autorisation pour implanter un site et enfin la construction d'une première centrale nucléaire, cette dernière pourra difficilement entrer en fonction avant 2020", a récemment estimé le patron d'Edison, Umberto Quadrino, tandis que son homologue d'Enel évoque un délai de 7 à 10 ans. L'annonce du gouvernement a réveillé l'hostilité des associations comme Legambiente, la première en Italie pour la défense de l'environnement, qui se dit prête à "une opposition très dure" et se demande comment le gouvernement financera un projet aussi coûteux. "M. Scajola parle de nouvelle génération, laissant entendre qu'il s'agit de la quatrième génération qui est encore dans une phase embryonnaire et dont les centrales seront, si tout va bien, disponibles d'ici 20-25 ans", a souligné son président, Vittorio Cogliati Dezza, dans un communiqué. "Revenir au nucléaire en Italie en 5 ans (le temps d'une législature) est un parti pris idéologique", a critiqué de son côté Ermete Realacci, responsable de l'environnement au sein du Parti démocrate (gauche).

 


Les Echos, 19/5/2008: 

Le retour de l'illusion nucléaire

Par Bernard Laponche et Benjamin Dessus (*)

Peut-on « réussir le passage à la nouvelle ère nucléaire ? C'était le titre d'un point de vue de Bernard Kouchner dans « Les Echos » du 29 avril 2008. Il y témoignait d'une ignorance, réelle ou simulée, des questions énergétiques et nucléaires, et d'une condescendance vis-à-vis des pays partenaires, inquiétantes au vu de la gravité du sujet.

Qu'on en juge.

« Il y a trente ans, la France fit le choix du nucléaire. C'était le prix de son indépendance, celui de sa prospérité, celui de sa liberté. » Belle erreur ! En termes de sécurité énergétique, tant économique que géopolitique, la contrainte majeure est la dépendance pétrolière. Or la consommation de pétrole par habitant de la France atteignait 1,48 tonne en 2006, autant qu'en Allemagne (1,49 tonne), plus qu'en Grande-Bretagne (1,41 tonne) et que la moyenne de l'Union européenne (1,36 tonne), qui n'ont pourtant pas choisi le « tout-nucléaire ». L'autonomie vantée par l'auteur est aussi une illusion. Les produits pétroliers représentent 50 % de la consommation d'énergie finale de la France, loin devant l'électricité (21 %). Et si celle-ci est à 70 % d'origine nucléaire, n'oublions pas que la totalité de l'uranium naturel, qui est la source de cette énergie, est importée.

Sur la question de la prolifération, l'argumentation est a priori plus subtile. Les technologies de l'enrichissement de l'uranium en isotope 235 et du retraitement du combustible irradié avec production de plutonium sont à la base d'un programme militaire. La solution : s'assurer que le pays qui voudra développer un programme civil n'ait pas accès à ces technologies et que le combustible nucléaire soit « géré » par une « banque du combustible ». Mais le grand argument utilisé par les promoteurs du nucléaire, repris au début de l'article de Bernard Kouchner, a depuis toujours été l'« indépendance ». Cela signifie qu'un pays qui veut se doter d'un programme nucléaire civil doit se doter d'une industrie autonome du combustible. Si celui-ci dépend d'une ou de plusieurs puissances étrangères, l'indépendance disparaît.

Certes, le retraitement des combustibles irradiés et la production du plutonium n'ont rien d'obligatoire pour produire de l'électricité d'origine nucléaire. La plupart des pays s'en passent. Un traité international interdisant cette technologie serait déjà un progrès considérable vis-à-vis des risques de prolifération comme de détournement d'une matière fissile extrêmement dangereuse. Par contre, l'enrichissement est une nécessité si l'on développe des réacteurs à eau ordinaire et uranium enrichi (filière la plus courante et dont l'EPR est le dernier avatar). C'est sur ce point que la propagande développée par le ministre des Affaires étrangères aboutit à une impasse, évidente dans le cas de l'Iran et applicable aux autres « clients » potentiels, surtout s'ils ne sont pas signataires du traité de non-prolifération. Qui veut développer un programme civil avec ce type de réacteur se doit de développer un programme d'enrichissement au nom de sa prétendue indépendance énergétique. Il peut alors enrichir l'uranium à des fins militaires le jour où il en prend la décision.

Que dire maintenant des politiques énergétiques qui permettent le développement économique et social tout en réduisant les contraintes de la sécurité énergétique et du réchauffement climatique ? Tout le monde s'accorde aujourd'hui, l'Agence internationale de l'énergie et l'Union européenne les premières, à reconnaître que la priorité des priorités est la mise en oeuvre dans tous les secteurs d'activité d'une politique d'efficacité énergétique beaucoup plus ambitieuse qu'elle ne l'est aujourd'hui. Les gains potentiels sur la consommation d'énergie sont considérables et c'est là que se situe la plus grande ressource énergétique. Ensuite, et c'est particulièrement vrai pour les pays du pourtour méditerranéen, vient le développement des énergies renouvelables : biomasse (chaleur et biogaz), éolien, solaire.

Quant à la rationalité économique, parlons-en ! Les investissements nucléaires sont très lourds (construction des centrales, gestion des déchets, démantèlement des installations). La sûreté nucléaire (prévention des accidents) demande un effort colossal de contrôle et de surveillance. Les durées de construction sont très longues par rapport à celles des autres technologies et les besoins d'eau de refroidissement considérables. Enfin les puissances unitaires très élevées, de 1.000 à 1.600 mégawatts, ne sont souvent compatibles ni avec les besoins en électricité ni avec le réseau de transport du courant. C'est le cas notamment en Tunisie, au Maroc ou en Lybie, dont les capacités électriques installées sont quatre fois inférieures au seuil considéré comme économiquement raisonnable par des hommes comme Jean Syrota, pourtant favorables au nucléaire.

La technologie serait, de plus - et pour longtemps -, presque totalement importée au prix fort (on ne voit pas pourquoi les « fournisseurs » du nucléaire ne profiteraient pas de la montée des prix de l'énergie). Bref, voilà un marché de dupes, drapé dans les voiles bien commodes du « développement durable ».

*
BENJAMIN DESSUS est coauteur du rapport au Premier ministre « Etude économique de la filière nucléaire » (Commissariat général du Plan, 2000).
 BERNARD LAPONCHE est docteur ès sciences en physique des réacteurs nucléaires, expert en politiques énergétiques.

 


Les Echos, 19/5/2008: 

L'ancien au prix du neuf

Transformer un fiasco industriel en succès financier n'est jamais une sinécure. Mais là où l'Hexagone a échoué avec le Concorde, le Royaume-Uni pourrait bien réussir avec ses vieilles centrales nucléaires. Parce qu'ils ont toujours refusé aux Français le monopole des Lumières, les Anglais sont finalement parvenus à susciter l'intérêt d'autres électriciens européens qu'EDF, jusqu'ici le seul à s'être manifesté pour reprendre British Energy. L'entrée de RWE et de Centrica, voire d'E.ON, dans la course, risque évidemment de faire monter les prix pour l'unique opérateur nucléaire britannique. Cependant, il est peu probable que ces enchères suivent la pente ascendante de son cours de Bourse, qui a gagné 25 % depuis la mise en vente par l'Etat de sa participation minoritaire. Malgré leur envie de prendre part à la relance de l'énergie atomique outre-Manche, les prétendants éviteront d'aller très au-delà des 680 pence par action déjà dépassés par deux offres, alors qu'à partir de 650 pence, selon Lehman Brothers, aucun d'entre eux ne parviendra à rentabiliser le capital immobilisé. Car, outre les 13,6 milliards minimum qu'il faudra quand même débourser pour une société dont la plupart des centrales sont en fin de vie, il s'agira d'investir au moins une quinzaine de milliards pour en construire de nouvelles. Un prix élevé pour faire du neuf avec de l'ancien.



Le Nouvelliste (Suisse), 12/1/2008 : 

Le déclin inexorable du nucléaire

Par ISABELLE CHEVALLEY, présidente d'Ecologie libérale

Tout le monde parle de la relance du nucléaire, mais qu'en est-il vraiment? On s'aperçoit que les prédictions du lobby nucléaire des années 70 ne se sont jamais réalisées. Aujourd'hui, ses représentants continuent de faire peur à la population sans aucune raison, et aussi longtemps que celle-ci se voilera la face et refusera de décider elle-même de son sort, ce mensonge durera.

En 1974, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) prévoyait une capacité installée dans le monde correspondant à 4450 réacteurs. La diminution rapide des ressources en uranium devait être compensée par la mise en circuit des surgénérateurs, appelés à produire plus de plutonium qu'ils n'en consomment, et devenir donc une source inépuisable d'électricité bon marché. En 1977, André Giraud, alors patron du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), voyait se profiler une crise énergétique «en tout cas avant la fin du XXe siècle», à moins que les programmes nucléaires ne soient nettement accélérés. Il ajoutait qu'il y aurait 540 surgénérateurs de la taille de Superphénix en service dans le monde à la fin du XXe siècle.

Aujourd'hui, trente ans après ces prédictions, la situation du nucléaire est bien différente. En 2005, le CEA dénombrait 440 réacteurs nucléaires en service dans le monde, soit moins de 10% des projections faites par l'AIEA trente ans plus tôt. Le Gouvernement français a fermé le surgénérateur Superphénix, qui a quand même coûté la somme de 10 milliards d'euros à la France pour ne jamais fonctionner. Aucun surgénérateur au plutonium de taille industrielle n'est en service dans le monde.

Fin 2003, la Finlande décidait de construire un prototype EPR. Depuis cette date, aucun nouveau réacteur nucléaire n'a démarré en Europe alors que dans le même temps huit réacteurs ont été définitivement arrêtés. La dernière commande américaine date de 1973, aucune construction de centrale nucléaire n'ayant été entreprise depuis lors.

Dans le monde, pas plus de 34 réacteurs sont actuellement en cours de construction. Certains d'entre eux sont «en construction» depuis plus de quinze ans et on ne sait pas si ils seront terminés un jour.

La plupart des études faites sur la rentabilité du nucléaire (incluant celles relevant d'organismes officiels, comme le Massachusetts Institute of Technology ou le Britain's Royal Institute of International Affairs) concluent que de nouvelles centrales construites par le secteur privé, avec des actionnaires assumant tous les risques, ne seraient pas rentables sans subventions.

La relance du nucléaire n'est qu'une poudre aux yeux des personnes qui ne veulent pas prendre la seule solution qui s'impose: arrêter de gaspiller l'énergie et passer aux énergies renouvelables !


Enerpresse, 11/1/2008: 

Royaume-Uni: un feu vert qui ne règle rien

Mettant fin à deux décennies de suspense, Londres a enfin confirmé son soutien à l'énergie nucléaire. Dans une déclaration faite, jeudi matin, à la Chambre des Communes, le secrétaire à l'Industrie a indiqué que le gouvernement britannique souhaite la construction de nouveaux réacteurs. «De nouvelles centrales nucléaires devront jouer un rôle dans le mix énergétique du futur», a affirmé John Hutton.

Claire, cette mise au point ne règle pas tout. Car la décision est loin de recueillir l'adhésion de tous. Trois des quatre candidats à la mairie de Londres ont pris position contre le programme électronucléaire. Tout comme le parti Libéral-démocrate, bon nombre d'élus travaillistes et écossais.

Seuls les Conservateurs soutiennent, sans état d'âme, l'électronucléaire. A condition qu'il ne coûte rien aux contribuables. Or, rien n'est moins sûr. Car, si les électriciens jurent leurs grands dieux qu'ils sont prêts à assumer les coûts de construction de 4 à 10 réacteurs, nul ne sait aujourd'hui quelles seront les règles (et donc le prix à payer) du démantèlement et de la gestion des combustibles usés. Bien sûr, le gouvernement britannique a prévu de faire rapidement voter un paquet énergétique qui devrait fournir le cadre réglementaire idoine. Mais cette nouvelle bataille d'Angleterre n'est pas encore gagnée.

Sans surprise, Greenpeace a annoncé qu'elle combattrait par tous les moyens la relance du nucléaire. Or, l'organisation écologiste a déjà obligé l'administration Blair à refaire sa concertation publique. Autre source d'inquiétude : le manque de compétences nucléaires au Royaume-Uni. Le Nuclear Installations Inspectorate manque déjà de personnel pour instruire correctement les demandes de licence présentées par les concepteurs de réacteurs. Et des années de mauvais résultats de British Energy et de son parc n'ont pas incité les jeunes ingénieurs à se tourner vers le secteur.

Autre soucis en perspective : la découverte du pantouflage nucléaire de deux anciens ministres de Tony Blair. Ian McCartney (ancien ministre du Commerce) et Richard Caborn (ancien ministre des Sports) sont sous le coup d'une enquête parlementaire après avoir été embauchés par Fluor et Amec : deux entreprises qui jouent déjà et joueront plus encore dans les années qui viennent un rôle central dans le renouveau du nucléaire outre-Manche.

 


Le Monde, 23/11/2007: 

Les limites du retour du nucléaire

Une "renaissance" de l'énergie nucléaire, vraiment ? Aux certitudes inébranlables des partisans de son grand retour après l'"hiver de Tchernobyl" répondent les mises en garde de plus en plus nombreuses - pro et antinucléaires mêlés - contre cet excès d'optimisme. Le groupe des Verts au Parlement européen vient de se joindre au concert des sceptiques.

Il a publié, mercredi 21 novembre, un rapport (www.greens-efa.org) soulignant les obstacles à son développement et la contribution "négligeable" de l'atome à la lutte contre le réchauffement climatique - oubliant que les 440 réacteurs actuels permettent d'éviter le rejet de 2 milliards de tonnes de CO2 par an (9 % des émissions mondiales).

[Lire:

Réchauffement climatique:

- Pas de certitude scientifique sur le climat
Il faut rappeler que la preuve scientifique n'a pas besoin de l'unanimité pour exister... La difficulté avec la question du réchauffement est que s'opposer à sa cause plébiscitée peut être perçu comme un soutien à la pollution, ce qui est évidemment faux.

- Nucléaire: L'escroquerie du discours sur l'effet de serre

L'année la plus chaude du XXe siècle ? Réponse 1934

- Des fraises à Noël à Liège en 1116 et des figuiers à Cologne vers 1200... (en PDF), La Recherche n°321, juin 1999

- L'élevage contribue beaucoup au réchauffement climatique...

On ne sortira pas du nucléaire sans les centrales à charbon, fioul, gaz

- Yves Lenoir dénonce
le discours catastrophiste sur l'évolution du climat (Note de lecture, voir la préface de son livre)

- Les prophètes
de l'été carbonique, (dossier en PDF 2,3 Mo, Science et Vie n°827, août 1986), il faut se rappeler que 10 ans avant certains climatologues prédisaient une nouvelle aire glaciaire à cause des activité polluante de l'homme, lire: Le temps change, cycle ou accident ? (Science & Vie n°708, septembre 1976), Vers une nouvelle ère glaciaire ? (Sciences & Avenir n°337, mars 1975)

- Vers un
refroidissement de l'Europe ? (en PDF), La Recherche n°295 février 1997

- Les pôles
fondent-ils ? (en PDF, 1,5 Mo), La Recherche n°358, novembre 2002]

Le document n'est pas un de ces brûlots signés par quelque nostalgique des luttes de Plogoff et Creys-Malville. Il n'insiste pas sur la question des déchets radioactifs, le risque d'attentat contre les centrales ou la menace de prolifération qui s'accroît avec le nombre de pays nucléarisés (31 actuellement).

Non, chiffres et déclarations de dirigeants du secteur à l'appui, ses auteurs préfèrent souligner le caractère virtuel des perspectives radieuses tracées par le "lobby nucléaire". Ainsi faudrait-il mettre 290 réacteurs en service d'ici à 2025 pour compenser la fermeture des centrales actuelles après quarante ans d'exploitation. Un tous les mois et demi jusqu'en 2015. Et un tous les dix-huit jours au cours de la décennie suivante, comme dans les années 1980.

Un pari intenable. Victime de goulets d'étranglement, l'industrie ne pourra pas répondre à un tel plan de charge. Une seule aciérie (au Japon) est capable de forger l'une des pièces maîtresses du coeur du réacteur.

Plus grave, le manque de techniciens et d'ingénieurs ne permettra pas de construire, d'exploiter et de contrôler autant de centrales. Après deux décennies d'abandon de la formation, les forces vives ont vieilli : 8 % des salariés du nucléaire ont moins de 32 ans ; en 2015, 40 % des agents des centrales EDF seront partis à la retraite.

Restent les financiers. Avec la dérégulation des marchés de l'électricité, ils jugent les investissements plus risqués et redoutent de mauvaises surprises sur des projets longs (certification des réacteurs, permis de construire...) et très coûteux (3 milliards d'euros pour un EPR).

L'agence de notation Standard and Poor's a récemment pointé les risques : retards de la construction, dérive des coûts, contrats insuffisamment sécurisés... Sa consoeur, Moody's, qui est très prudente sur la renaissance du nucléaire américain, a invité banquiers et électriciens à ne pas les "sous-estimer" et a prévenu que les coûts de production de l'électricité nucléaire seront "sensiblement plus élevés" que les prix communément admis.

Jean-Michel Bezat

 

Les Echos, 21/11/2007 : 

La relance du nucléaire s'annonce plus difficile que prévu

La renaissance du nucléaire promet d'être difficile, souligne un rapport présenté aujourd'hui devant les parlementaires européens à Strasbourg et réalisé pour le groupe des Verts (1). Premier constat : le nucléaire fait pour l'instant du surplace. Sur la période 2004-2007, le nucléaire a représenté à peine 1,5 % des capacités électriques supplémentaires installées dans le monde.

Dans cette conjoncture, les opérateurs nucléaires ont-ils raison d'annoncer des jours meilleurs ? En passant en revue les diverses prospectives disponibles, Mycle Schneider et Antony Frogatt, deux consultants connus pour leur défiance à l'égard du nucléaire, constatent que les taux de croissance envisagés vont de 415 gigawatts (GW) installés en 2030 pour le scénario le plus pessimiste à 833 GW pour le plus optimiste.

Sachant qu'il faudrait remplacer 250 réacteurs d'ici à 2050, sur la base d'une durée de vie de 40 ans par réacteur, ils jugent ces scénarios optimistes. Pour atteindre 700 GW en 2030, l'industrie nucléaire devrait retrouver pendant des décennies le rythme de croissance des années 1980. A cette époque, un réacteur nucléaire était mis en route tous les 17 jours dans le monde. Impossible aujourd'hui, soulignent les auteurs en relevant les obstacles financiers, les problèmes d'acceptation du public et surtout le manque de plus en plus grave de personnel et de formation.

Et de citer Art Stall, en charge de la division nucléaire de la société électrique Florida Power & Light, dont 40 % des effectifs dans les centrales nucléaires vont arriver à la retraite et qu'il ne parvient pas à remplacer. Chez EDF, en France, 40 % des équipes des centrales seront à la retraite d'ici à 2015. Depuis l'an passé, EDF comme Areva font des efforts énormes pour embaucher des ingénieurs, mais la tâche est ardue. Seuls 50 diplômés sortent chaque année de l'Institut des sciences nucléaires et techniques.

Aux Etats-Unis, 65 universités dispensaient des programmes pour former des ingénieurs nucléaires dans les années 1980. Aujourd'hui, elles ne sont plus que 29. En Europe, au Royaume-Uni, il n'existe plus aucun cours nucléaire au niveau de la licence, et en Allemagne, les sciences nucléaires ne sont plus enseignées que dans 10 universités, contre 22 en 2000. Le directeur de l'Institut de sûreté nucléaire allemand parle d'ailleurs d'une réelle menace pour la sûreté des installations nucléaires.

Dans l'industrie, le nombre de bureaux d'études et de sous-traitants a lui aussi fondu depuis les années 1980. « En conclusion, une relance du nucléaire sera tout sauf simple et donc, d'ici à 2030, l'apport de l'industrie nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique sera négligeable », conclut Mycle Schneider.

(1) « The World Nuclear Industry Status Report 2007 ». Le rapport est téléchargeable sur le site des Verts au Parlement européen : www.greens-efa.org