Rejet accidentel d'uranium sur le site de Tricastin


La plus importante concentration nucléaire et chimique de France (Lire: L'uranium gentil et l'uranium méchant, France info 21/7/2008,
et voir
les reportages télévisés et audio sur l'incident du 8 au 15 juillet 2008).

 


Site nucléaire du Tricastin: la nappe phréatique polluée

3/10/2008 - La nappe phréatique est polluée autour du site nucléaire du Tricastin à Bollène (Vaucluse), marqué cet été par plusieurs incidents dont une fuite de 74 kg d'uranium, a affirmé vendredi la Criirad, qui précise cependant que cette pollution remonte à une trentaine d'années. Selon des prélèvements de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) présentés par la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), la teneur en uranium dans le secteur du site "oscille entre 10 et 30 microgrammes par litre". "Or, selon les normes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un adulte peut supporter un maximum de 15 microgrammes par litre d'eau, tandis que la tolérance pour les enfants et les femmes enceintes est encore moindre", a expliqué lors d'une conférence de presse Roland Desbordes, président de la Criirad. Cependant, selon l'association, la pollution de la nappe date d'il y a plus de trente ans. Pour tenter de dépolluer la nappe, de nombreux pompages, suivis de rejets dans le ruisseau traversant le site, ont été organisés par l'exploitant. Le non-respect des limites de rejets radioactifs dans l'atmosphère "devient une habitude à la Socatri", avait déjà estimé début août la Criirad, au lendemain de l'annonce d'un dépassement des rejets mensuels de carbone 14 à l'usine du groupe sur le site du Tricastin. C'est pourquoi l'association, basée à Valence, a décidé de porter plainte, "une fois toutes les infractions" à la loi de juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire compilées, a poursuivi Roland Desbordes. Selon la loi, chaque infraction constatée peut être sanctionnée d'une amende de 7.500 euros.

 


Le Dauphiné Libéré, 28/9/2008: 

Pas de débat contradictoire sur le site de Tricastin: « Nous voulons la vérité »

Une quarantaine d'élus et responsables dans le nucléaire, ou encore les préfets de Drôme, Ardèche et Vaucluse avaient été invités jeudi soir à Brassens par l'association pour la promotion des techniques écologiques de Mérindol, à une réunion publique. Seuls quatre élus bollénois, dont le premier adjoint au maire de Bollène, Paul Eymard, y ont participé.

Devant quelque 200 personnes, les quatre intervenants invités, Michèle Rivasi, vice-présidente du Conseil général de la Drôme, Roland Desbordes, le président de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité), Jean-Pierre Morichaud de la Frapna et Pierre Péguin du Réseau Sortir du nucléaire ont fait un point de situation après la série d'incidents survenus au Tricastin cet été.

« Manque d'information et mensonges ». Roland Desbordes est revenu sur les différents épisodes qui ont émaillé l'été à compter de celui du 7 juillet à la Socatri et la fuite d'une solution liquide contenant 74 kg d'uranium. Il a, à nouveau, stigmatisé le « manque d'information » et pointé du doigt « les mensonges sur la contamination de la nappe phréatique et les eaux de surface » rappelant qu' « Areva a enfin décidé d'enlever le tumulus de déchets militaires » entreposés sur le site depuis les années 70.

« On nous ment, on nous fait croire que le nucléaire est très bien géré, on veut la vérité », ont-ils tous les quatre martelé. À commencer par l'incident du 8 septembre survenu à la centrale EDF Tricastin, qui peut «être potentiellement grave puisque ce gros pépin pose toujours problème à EDF» a déclaré Michèle Rivasi. Et de s'interroger sur «la nécessité d'une évacuation préventive de la population», ce qui avait été démenti par EDF. Argument aussi développé par le réseau Sortir du nucléaire qui rappelait également «l'importance d'avoir ses comprimés d'iode à portée de main.»

Jean-Pierre Morichaud a fait le point sur la décision « enfin prise le 4 juillet dernier de lancer une étude sur les cancers autour de Pierrelatte » qu'il demandait depuis des mois. «Il faut être vigilant pour que cette étude soit correctement menée.» À défaut d'un vrai débat contradictoire faute d'exploitants présents dans la salle, le public, composé notamment de riverains touchés par l'incident du 7 juillet, de responsables d'associations, de salariés du nucléaire a pu réagir. Et juger ces propos «alarmistes» ou «nécessaires pour un contre-pouvoir citoyen»...

 


France Soir, 26/9/2008: 

Tricastin nécessite un "suivi rapproché"

Après les multiples incidents survenus sur le site de Tricastin, l'Autorité de sûreté nucléaire décide de mettre en place des suivis. Les associations critiquent déjà cette décision.

L'été est fini, mais les incidents au sein des centrales atomiques françaises continuent. Une enquête a été ouverte hier après qu'une fuite d'huile a eu lieu à la sortie d'une pompe de la centrale nucléaire de Chinon, en Indre-et-Loire. Le même jour se tenait une séance du Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN). Invité a être auditionné, le réseau Sortir du nucléaire a préféré décliner l'offre, car l'assemblée réunie était formée d'« une majorité de personnes à la fois juges et parties ».

Une séance accablante. Le HCTISN a rendu un rapport mardi dernier où il épinglait cinq sites nécessitant un « suivi rapproché » selon l'ASN. Le centre de La Hague, dans la Manche, mais aussi les sites de Marcoule (Gard), de Saclay (Essonne), de Veurey-Voroize (Isère) et finalement le plus grand d'Europe : Tricastin. Ces sites nécessitent un suivi du fait des fréquentes pollutions. Cependant, « ce ne sont pas forcément les plus problématiques et certainement pas les seuls qui méritent un suivi », selon Lionel Cavicchioli, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.

Un parc vieillissant. Bernard Laponche, un ancien membre du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et actuel consultant en matière d'énergie, considère que « bien que peu graves, ces incidents sont révélateurs de certaines faiblesses, telles que la maintenance et la surveillance ». Loin d'être le symptôme d'un vieillissement du parc nucléaire français, ces irrégularités sont fréquentes. Néanmoins, certaines centrales telles que celles de Tricastin ou de Fessenheim (Haut-Rhin) sont âgées de plus d'un quart de siècle.

Les Français risquent de devoir payer chèrement leur indépendance énergétique que cela soit en termes d'environnement ou de financement. La première centrale devant être démantelée est en cours de dénucléarisation depuis vingt ans, ce qui a déjà coûté près d'un demi-milliard d'euros alors que le projet était évalué à 20 millions d'euros. Il existe 58 réacteurs en fonction sur le territoire français. Une facture salée que devront régler nos enfants

 


Les vignerons du Tricastin veulent abandonner un nom trop lourd à porter

25/9/2008 - La série d'incidents qui a frappé les installations de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) cet été a empoisonné les relations entre les vignerons locaux et leur encombrant voisin, au point que l'appellation Côteaux du Tricastin pourrait disparaître. Créé en 1964, avec l'attribution du label Vin de qualité supérieure (VDQS), avant de devenir une appellation d'origine contrôlée (AOC) en 1973, le vin des Côteaux du Tricastin a pourtant le bénéfice de l'antériorité. Ce n'est qu'avec l'implantation, à partir de 1974-75, de la centrale nucléaire EDF que le site, connu jusqu'alors sous le nom de Pierrelatte, l'une des trois communes qui l'abrite, est devenu le site nucléaire du Tricastin. Perçu à l'époque comme un progrès, le nucléaire est progressivement devenu un boulet pour l'image des vignerons locaux, qui cherchent à s'en démarquer depuis des années. "Il y a toujours eu des petites plaisanteries un peu douteuses, ou un petit frein lorsque les gens voyaient le nom +Tricastin+ sur la bouteille", raconte Henri Bour, président de l'appellation et vigneron à Roussas. "Il y a huit ans, on avait déjà fait une démarche auprès d'EDF pour qu'ils changent le nom de la centrale.



Le Canard enchaîné, 17/9/2008: 

Vive le Tricastintouin !

Désopilante, cette série noire à la centrale nucléaire du Tricastin ! Le 7 juillet, une grosse fuite d'uranium déclenche un tapage médiatique mahousse. Le 16 juillet, des prélèvements mettent au jour une pollution ancienne dans les nappes phréatiques : le tapage reprend de plus belle.

Et Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, se montre ulcérée par cette opinion publique qui s'affole bêtement : «Si à chaque fois que nous sommes transparents nous provoquons des craintes, il y a un problème ! » ( « Libé », 19/7 ). Heureusement, le 23 juillet, une centaines d'employés travaillant dans l'enceinte du réacteur n°4 du Tricastin sont contaminés par de la poussière radioactive, et cet « incident » classé niveau 0 sur l'échelle [médiatique INÈS] de gravité des « incidents » nucléaires (donc vachement bénins) ne passionne guère les foules : les JO de Pékin vont bientôt commencer...

Après un mois d'août atomiquement calme, voilà que ce lundi 8 septembre, toujours au Tricastin, alors qu'on est en train de les extraire de la cuve du réacteur n°4 , deux barres de combustible irradié restent bêtement accrochées aux structures supérieures de la cuve. Panique à bord, évacuation du bâtiment, classement de l' « incident » au niveau 1 de l'échelle de gravité nucléaire (comme celui du 7 juillet). Et admirable indifférence médiatique : à l'heure où nous écrivons, les deux barres sont toujours coincées, mais tout le monde s'en bat le becquerel...

Et c'est ainsi qu'Anne Lauvergeon a gagné : à force de « transparence », le populo a fini par s'habituer aux « incidents ». Et ça tombe bien, parce que la France en connaît une centaine par an (de niveau 1), et que, la fuite de juillet étant la 62ème de l'année, il en reste une quarantaine à nous tomber dessus d'ici au réveillon. Et ça tombe encore mieux, parce que, le parc nucléaire étant vieillissant (la moitié des 58 réacteurs français atteignent aujourd'hui la limite d'âge), et EDF voulant continuer à les exploiter encore une trentaine d'années (1), les « incidents » vont se multiplier. D'où l'utilité de s'y accoutumer en douceur...

Dans une récente tribune (2), le sociologue pronucléaire Ulrich Beck note qu'à l'heure où l'on présente le nucléaire comme la solution miracle au réchauffement climatique les gouvernements en « minimisent les incertitudes », comme au Tricastin. Il faut, conseille-t-il, dire la vérité à l'opinion. Lui expliquer que le réchauffement est dangereux mais que les centrales nucléaires que l'on commence à construire partout pour lutter contre le réchauffement le sont tout autant.

Sinon... « on n'aura même pas besoin de voir survenir un mini-Tchernobyl en Europe » : il suffira d'un sérieux incident nucléaire pour que les populations se retournent violemment contre les gouvernements, qu'elles accuseront de jouer sans discernement avec leur sécurité. Dans l'intérêt même de la filière nucléaire, dit-il, chaque « incident » devrait déclencher un tapage médiatique mahousse. Et Anne Lauvergeon devrait se réjouir de ces tapages... Croquignolet, non ?

(1) « Science et Vie », septembre.
(2) « Le danger nucléaire escamoté » (« Le Monde », 7/9.)



Dauphiné libéré, 13/9/2008: 

Nucléaire/Tricastin - Vendanges amères

Le 5 août dernier, le syndicat des côteaux-du-Tricastin a réuni son Conseil d'administration: "A l'unanimité, on a décidé de renoncer au nom Tricastin". Henri Bour, le président, ne décolère pas: "Le week-end dernier, j'étais sur un marché aux vins. Un client sur deux m'a parlé du nucléaire".

"On n'avait pas besoin de cela..." Cette fois, la coupe est pleine: "Nous avons un sentiment de colère, d'injustice et d'impuissance. De colère, parce qu'on n'avait pas besoin de ça dans un contexte général qui est déjà difficile. D'injustice parce que ce qui s'est produit cet été, ce sont des incidents mineurs qui n'ont eu aucun effet sur la qualité des vins. Et d'impuissance parce que nous ne faisons pas le poids, ni face à Areva, ni face aux médias".

Solution préconisée: intégrer l'appellation côtes-du-rhône. Tout simplement. Mais la partie s'annonce serrée. Il va falloir d'abord convaincre l'Inao (ex-Institut national des Appellations d'origine désormais appelé Institut national de l'origine et de la qualité) du bien-fondé de la démarche. Puis le syndicat des côtes-du-rhône. [Rappel: l'appellation beure de la Hague a elle aussi disparue, il y a longtemps...]

Et là, rien ne dit qu'il ne se trouvera pas quelques voix pour rejeter la greffe. "Depuis deux mois, on est sur la sellette", constate Henri Bour, "mais on en mesurera les effets que dans un mois ou deux. Et là, il va falloir prouver à Areva, que notre image a été écornée".

Déjà quelques cavistes ou restaurants - "pas de la région", précise-t-il - font trainer leur commande: "Pour nous, il s'agit purement et simplement de la survie d'un territoire viticole". "La solution qui aurait consisté à créer une nouvelle appellation aurait entraîné la disparition de 50 % de la vigne", explique encore Henri Bour. Cette année, en Tricastin, les vendanges auront un goût amer...

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Quelques chiffres: 350 viticulteurs répartis sur 21 communes produisent 80 à 100 000 hectolitres par an de côteaux-du-Tricastin. 2 500 hectares de vigne alimentent 50 caves dont 12 coopératives. La plus importante est La Suzienne.

 


Dauphiné libéré, 13/9/2008: 

Nucléaire: "J'ai perdu confiance"

Pascal Reynaud exploite 50 hectares de céréales dans la Plaine, à Bollène. Mais le coeur n'y est plus: "J'ai perdu confiance", lâche-t-il en remontant sur sa moissonneuse-batteuse. Sous ses pieds, les prélévements effectués dans la nappe phréatique ont révélé des taux de contamination à l'uranium au-dessus des normes. Jusqu'à 17 microgrammes par litre alors que l'OMS a fixé la barre à 15 microgrammes. Victime lui aussi du rejet d'uranium par la Socatri: "On nous a dit qu'il pourrait s'agir de contamination naturelle. Pourquoi l'eau serait contaminée ici et pas un peu plus loin ? C'est bien la preuve que la pollution est due à l'uranium déversé par la Socatri". Comme quelques voisins, il a déposé plainte. Et ce n'est pas fini: "Nous allons entamer une action collective et nous ferons appel à Corinne Lepage pour nous défendre". "Cela fait 17 ans que j'exploite ces terres, mais je ne sais pas si je vais rester, ma femme est au bord de la déprime. On veut qu'on nous dise la vérité, c'est tout", répète l'agriculteur. Et de lancer: "La question est de savoir si on peut continuer à vivre en sécurité ici".

 


Dauphiné libéré, 13/9/2008: 

Le rude été du Tricastin

Des "anomalies" à répétition, une image ébréchée, des riverains qui s'interrogent. Avec en toile de fond, le développement du site avec l'arrivée de l'EPR.

Dans la Plaine, à l'ombre des tours de la centrale, les avis sont tranchés. Pour les uns, le contrat de confiance avec "le nucléaire" a pris un sérieux coup de canif. Pour d'autres, "ça fait 30 ans qu'on vit avec sans problème". Le nucléaire est bien "plus surveillé" que toute autre industrie, assurent-ils. Alors tout ce bruit autour des incidents de l'été, "c'est de la faute des médias et des anti-nucléaires". Le maire de Lapalud, Jean-Pierre Lambertin, n'est pas loin de penser la même chose: "Bien sûr, il ne faut pas que les exploitants relâchent leurs efforts, bien sûr certaines installations ont pris de l'âge et il faut être exigeant avec Areva, mais ces incidents sont restés mineurs".

"Si difficultés il y a..." A Bollène, l'agence immobilière de Jean-Yves Sottet n'a pas souffert: "Les difficultés de l'immobilier, si difficultés il y a, ne viennent pas des problèmes du nucléaire. Les acquéreurs d'un mas ont toujours préféré avoir le Ventoux pour décor que les tours de la centrale". Son regret tient plutôt à la lenteur des pouvoirs publics: "C'était déjà pareil pour les inondations de 93. A l'époque, j'étais à minuit sur le pont du Lez et on m'assurait qu'il n'y avait pas de risque. Le lendemain, j'avais trois mètres d'eau chez moi".

Côté Areva, si on reconnait un certain "retard à l'allumage" pour sonner l'alerte après la fuite de la Socatri, on estime à demi-mots que les administrations n'ont pas fait preuve non plus d'une diligence fulgurante. Le 18 juillet, Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, a fait le voyage entre Drôme et Vaucluse: "Il n'y a pas d'inquiétude à avoir, des anomalies de niveau 1, on en compte 80 par an", a-t-elle dit aux élus et riverains. Sauf que l'été allait se révéler encore plus horribilis que prévu.

Reste le fond. Et d'abord la pollution des nappes phréatiques. Est-elle la conséquence du seul déversement dans la nature de 74 kilos d'une solution d'uranium le 7 juillet ? A la Socatri, le directeur Pascal Molinari assure que "la surveillance environnementale" a été renforcée: "On a réexaminé toutes les mesures de sureté. Onze nouveaux points de mesures, de part et d'autre des rivières sont mis en place. Nous allons poursuivre les prélévements et les analyses sur les forages des particuliers". L'entreprise va également financer le raccordement au réseau d'eau public d'une quinzaine de foyers. Cela étant, la Socatri espère avoir le feu vert, la semaine prochaine, de l'autorité de tutelle, l'ASN, "pour reprendre progressivement ses activités".

Début août, Areva a annoncé 20 millions d'euros d'investissement "pour solder le passé". Ce passé, ce sont notamment 770 tonnes de déchets militaires hérités de l'époque où la France gaullienne faisait...la bombe. D'ici 2013, ils devront avoir disparu du paysage.
Dans les mois qui viennent, Nicolas Sarkozy devrait annoncer le lieu d'implantation de l'EPR, le générateur de nouvelle génération. Tricastin est sur les rangs et tient même la corde. Mais pour conserver toutes ses chances, il ne faudrait pas que les anomalies deviennent une habitude...

REPÈRES
LES INCIDENTS
- Le 4 juillet, la Criirad dénonce l'enfouissement de déchets militaires.
- Le 7 juillet, une solution d'uranium s'échappe des installations de la Socatri. "L'anomalie" est classée de niveau 1 (sur une échelle qui en compte 7).
-Le 7 août, un rejet de carbone 14 est révélé à la suite du traitement d'un lot de déchets médicaux.
-Le 21 août, fuite à la Comurhex, sur une canalisation enterrée.
-Le 8 septembre, incident de niveau 1 lors d'une opération d'assemblages de combustibles sur la centrale numéro 2 d'EDF.

 


La Provence, 10/9/2008: 

Le ras-le-bol quotidien des habitants du Tricastin

C'est peut-être l'incident de trop. Celui que les riverains du site du Tricastin auront le plus de mal à digérer. Même s'il ne présente a priori aucun caractère de gravité, même s'il n'implique aucune restriction de baignade, d'irrigation ou consommation d'eau, comme ce fut le cas début juillet, ce quatrième incident en deux mois commence à agacer sérieusement entre Bollène, Lapalud et Saint-Paul-Trois-Châteaux. Il est vrai que "le petit côté feuilleton de l'été des incidents nucléaires", les riverains de la centrale EDF s'en seraient volontiers passés.

Avec une pointe de résignation dans la voix, Éric Mancellon, agriculteur du hameau de La Croisière, à l'ouest de Bollène, avoue sa lassitude. "Que voulez-vous qu'on fasse?", interroge-t-il, "car même si on ne se laisse pas faire, même si on dénonce tous les problèmes que nous causent ces incidents à répétition, on sait très bien qu'ils ne fermeront ni la centrale, ni le reste." Alors, Éric Mancellon fait comme la plupart des voisins du site nucléaire: il se défend. Le 7 juillet, quand 74kg d'uranium, en provenance du site Socatri, se sont déversés dans les rivières alentours et la nappe phréatique, on lui a interdit d'utiliser son forage pour arroser ses champs. Résultat : 2500 salades perdues. Et un dossier d'indemnisation aussitôt déposé auprès d'Areva.

Mais obtenir réparation n'est pas sa seule préoccupation. "Dans cette histoire, c'est notre image qui en prend un coup, s'inquiète-t-il. J'espère d'ailleurs qu'ils vont payer une belle pub sur le Vaucluse à la télé pour la corriger." L'image, c'est justement ce qui taraude les vignerons de la région. À tout le moins la soixantaine de caves particulières et de coopératives de l'appellation Coteaux du Tricastin. Après le premier incident, début juillet, quelques viticulteurs ont d'ailleurs exhumé une idée vieille de quelques années: obtenir de l'Institut national des appellations d'origine (Inao) le changement du nom de leur AOC. "C'est le fruit d'une très longue tradition et ce nom correspond à un site naturel qui existait bien avant le nucléaire, mais c'est vrai qu'il commence à nous porter tort", admet Alain Bayonne, directeur de la coopérative de Suzela-Rousse. Selon lui, ce n'est pas une vue de l'esprit: "les clients habituels et les consommateurs sont devenus plus frileux" vis-à-vis des vins du Tricastin ces dernières semaines.

"Des grossistes nous écrivent pour nous faire part de leurs difficultés à écouler nos produits du fait de leur nom", constate Alain Bayonne, regrettant que ce mouvement "ajouteau marasme" qui frappe la profession viticole depuis cinq ou six ans. À preuve, sur internet, ce sont des pages et des pages consacrées aux dangers de l'atome qui défilent quand on tape "Tricastin" dans la fenêtre "recherche". Les pages dédiées à la qualité des vins de ce terroir magnifique ne viennent, elles, que bien après. Problème: les démarches pour changer le nom d'une appellation ne sont pas réputées très faciles, ni très rapides. "Mais là, il y a urgence", explique-t-on du côté du syndicat de l'AOC Coteaux du Tricastin, comme pour se convaincre que l'Inao comprendrait le sens et la nécessité de cette demande.

Malgré quelques résistances, certains vignerons ayant du mal à admettre qu'on les force à renoncer à une part importante de leur identité. Car aujourd'hui, les centaines d'emplois et les généreux subsides versés par les entreprises du site (14 millions d'euros par an au titre de la taxe professionnelle pour la seule centrale EDF) ne suffisent plus à éteindre la contestation.

 


L'Express, 4/9/2008: 

Les eaux troubles du Tricastin

Près de deux mois après le déversement accidentel d'éléments radioactifs provenant du site nucléaire, la nappe phréatique reste polluée par l'uranium. Et si la contamination était plus ancienne ? Les habitants s'inquiètent.

La moissonneuse-batteuse, aussi haute que la maison, est garée dans la cour de la ferme. Pascal Reynaud vient de terminer sa journée. De la main, il essuie la poussière de paille qui recouvre la table et les chaises, avant de s'installer sous le platane. « Dans la plaine de Bollène [Vaucluse], personne n'a jamais manqué d'eau, raconte cet agriculteur de 47 ans, à la tête d'une petite exploitation céréalière. Les paysans pompent directement dans la nappe, elle est toujours alimentée. »

Sauf que la nappe, cette fois, est contaminée par de l'uranium. La pollution, due au déversement accidentel d'effluents radioactifs sur le site nucléaire voisin du Tricastin, dure depuis bientôt deux mois. Au sud de la centrale, où les champs s'étalent à perte de vue, une trentaine de fermes et d'habitations sont touchées. Dans les puits, les piscines et les forages fournissant l'eau courante, les concentrations en uranium montaient encore, le 26 août, jusqu'à 17 microgrammes par litre, alors que le seuil fixé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est de 15 microgrammes.

Tous les jours, Pascal Reynaud continue de recevoir la visite des employés de la Socatri, filiale d'Areva responsable de la contamination. Ils le saluent et filent dans le hangar mettre la pompe en marche, puis repartent avec leur flacon étiqueté à son nom. La routine. Chaque fois, les résultats sont supérieurs au seuil. Du coup, Pascal Reynaud et sa famille n'ont toujours pas l'autorisation d'utiliser l'eau. « J'ai vu construire la centrale quand j'étais minot et je me suis toujours senti en sécurité ici, confie cet enfant du pays. C'est terminé, j'ai perdu confiance. » Il a déposé plainte, pour « mise en danger de la vie d'autrui ». La première de sa vie. Trois autres habitants de la plaine ont fait de même.

Les riverains du site nucléaire disposent maintenant d'un scénario officiel de l'incident survenu le 7 juillet, classé au niveau 1 sur une échelle [médiatique] qui en compte 7. Une cuve, remplie d'une solution contenant de l'uranium, a débordé dans le bac de rétention en béton situé au sol. Cette structure, endommagée quelques jours plus tôt par un engin de chantier, a cédé, de sorte que plusieurs mètres cubes de liquide se sont écoulés jusqu'au ruisseau le plus proche. Soit. Mais il reste une énigme, et de taille. Des analyses d'eau ont été réalisées immédiatement après l'incident chez les riverains. Elles ont révélé des taux élevés de minerai radioactif, que les scientifiques n'attendaient pas aussi tôt. Le transfert vers la nappe phréatique a-t-il été plus rapide que prévu ? Ou la contamination serait-elle plus ancienne ?

« Il est question de manquements répétés aux règles de sécurité » Des deux hypothèses, c'est la seconde qui suscite le plus d'inquiétude. Certes, tous les foyers seront bientôt raccordés au réseau d'eau de la ville - les travaux, financés par Areva, se terminent ces jours-ci. Mais que doivent penser ceux qui ont bu, pendant des années, l'eau pompée dans la nappe ? Des analyses certifiaient qu'elle était potable. Sauf que les laboratoires recherchaient les bactéries et non l'uranium, dont la présence n'a jamais été soupçonnée. Pour ne pas rester dans le doute, la municipalité de Bollène a demandé à la justice, et obtenu, la désignation d'un expert indépendant. « Nous voulons savoir si la commune est victime de pollutions antérieures », insiste la maire, Marie-Claude Bompard. Et son adjoint, André-Yves Beck, de renchérir : « Dans cette affaire, il ne s'agit pas d'une simple bévue, avec un employé qui aurait mal fait son travail. Il est question de manquements répétés aux règles de sécurité. »

En effet, la station de traitement des effluents où s'est produit l'incident avait déjà été épinglée par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Vieille de trente ans, l'installation de la Socatri devait être remplacée par une neuve - aujourd'hui achevée. Les inspecteurs remarquaient notamment, dans leur rapport de mai 2008 : « La canalisation qui évacue les effluents liquides de la Socatri, du fait de son ancienneté, a fait l'objet de fuites répétées en 2007. » Un organisme scientifique, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), mène l'enquête pour dater et certifier l'origine de l'uranium retrouvé dans la nappe.

L'association écologiste [non, le laboratoire d'analyse] Criirad a opportunément rappelé, le 15 juillet, l'existence, sur le site du Tricastin, d'une butte de 8 mètres de hauteur contenant des déchets radioactifs militaires. Là, sous le talus couvert d'herbe et de roseaux, des fûts dorment sous la terre depuis... les années 1970. Invités à l'escalader, les journalistes ont pu constater que les pelles mécaniques venaient de commencer le terrassement, destiné à éviter l'érosion par les eaux de pluie. Du haut de la butte, Jacques-Emmanuel Saulnier, porte-parole d'Areva, affirme que « les contrôles n'ont révélé aucune anomalie ». L'expert indépendant nommé par la justice devait commencer son travail d'enquête sur place, le 3 septembre. Parviendra-t-il à résoudre l'énigme des puits contaminés ?

La méfiance du maire
Au printemps dernier, Bollène (Vaucluse), coquette ville de 14 000 habitants, avec ses corbeilles de fleurs pendues aux lampadaires, a changé de couleur politique. Marie-Claude Bompard, ex-Front national devenue villiériste, épouse du maire d'Orange, Jacques Bompard, l'a emporté contre le maire sortant, socialiste. Sur la pollution à l'uranium, son premier gros dossier, elle joue sa crédibilité. Et opte pour la méthode offensive : avocats, assignation en référé, défiance envers les industriels et les autorités. Quand Areva, à deux reprises, convie les élus à des « réunions d'information », seule son équipe boycotte les rencontres. « Nous ne voulons pas cautionner leurs opérations de communication », justifie la maire. Même attitude vis-à-vis des associations écologistes : « Un rapprochement n'est pas utile, car elles mènent un combat idéologique, pas nous. » A Lapalud, la commune voisine, le maire (PS), Jean-Pierre Lambertin, souligne : « Mme Bompard fait cavalier seul, sur ce dossier comme sur tous les autres. »

La pollution et ses suites
7 juillet 2008 : vers 22 heures, une cuve contenant une solution d'uranium déborde dans les installations de la Socatri, sur le site du Tricastin. Son contenu se répand dans l'environnement.
8 juillet : l'Autorité de sûreté nucléaire, alertée, classe l'incident en niveau 1. La préfecture prend des mesures d'interdiction pour la baignade et la consommation d'eau des captages.
15 juillet : la Criirad rappelle l'existence d'une butte contenant d'anciens déchets militaires, susceptibles d'avoir contaminé eux aussi la nappe phréatique.
17 juillet : Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, demande « la vérification des nappes phréatiques près de toutes les centrales ».
8 août : accédant à la demande de la mairie de Bollène, le tribunal de grande instance de Carpentras désigne un expert judiciaire pour déterminer l'étendue de la pollution et ses conséquences.



Le Dauphiné Libéré, 29/8/2008: 

Tricastin - Le réseau "Sortir du nucléaire" s'indigne

À la suite de l'annonce par Areva de la mobilisation de 20 millions d'euros pour "renforcer la surveillance environnementale et sanitaire du site du Tricastin et solder les héritages de son passé industriel", le réseau anti-nucléaire s'indigne. En conséquence, il appelle à une manifestation à Avignon le 6 septembre, avec le collectif anti-nucléaire. L'objectif principal : dénoncer les contaminations de 2008 au Triscastin et ailleurs, ainsi que la désinformation orchestrée par Areva et l'Autorité de sûreté nucléaire.

 


La Provence, 28/8/2008:

Tricastin: Sortir du Nucléaire veut fermer le site

Pour le réseau Sortir du nucléaire, "Les installations d'Areva doivent être fermées et non rafistolées". Après l'annonce, hier, du déblocage d'une somme de 20 millions d'euros pour renforcer la surveillance environnementale et sanitaire du site du Tricastin, le réseau anti-nucléaire a qualifié cette enveloppe de "dérisoire par rapport au délabrement des installations d'Areva." Sortir du nucléaire appelle à une manifestation le samedi 6 septembre à Avignon, alors même que la capitale vauclusienne accueillera un sommet des ministres européens des Affaires étrangères.

 


La Tribune, 28/8/2008: 

Areva investit 20 millions d'euros dans la sûreté au Tricastin

Un mois et demi après la fuite d'uranium de l'usine Socatri sur le site nucléaire du Tricastin (Drôme), le groupe Areva a annoncé un investissement de 20 millions d'euros supplémentaires pour renforcer la surveillance environnementale sur le site et ses abords. " Le site fait déjà l'objet de nombreuses mesures environnementales (contrôle des nappes phréatiques, prélèvements dans le sol, etc.) ", souligne Jacques-Emmanuel Saulnier, porte-parole du groupe. " Nous allons renforcer les équipes et les moyens techniques de ces contrôles ", explique-t-il. Cet investissement s'ajoute aux 13 millions d'euros engagés en 2006 afin de rénover la partie de l'usine responsable de la fuite d'uranium. Areva prévoit également, d'ici à 2013, le transfert vers un centre agréé d'une partie des déchets originaire du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Le 7 juillet, une cuve contenant une solution d'uranium naturel avait débordé dans l'usine Socatri, filiale d'Areva, et 74 kilos d'uranium s'étaient déversés dans les rivières voisines. Classé niveau 1 sur une échelle de 1 à 7 par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l'incident avait néanmoins suscité une forte émotion, relayée par la découverte d'un nouvel incident dans une autre usine du groupe à Romans-sur-Isère (Drôme) quelques jours plus tard. La série d'incidents a tout de même incité Areva à prendre en compte " une dimension émotionnelle que nous avions sans doute sous-estimée ", reconnaît Jacques-Emmanuel Saulnier. À ce stade, le groupe n'a pas prévu d'investissements sur ses autres sites. Le réseau Sortir du nucléaire a réagi en jugeant l'investissement d'Areva " dérisoire au regard de la vétusté de cette usine".



Tricastin: deux mois après la fuite, Areva cherche à rassurer et débloque des fonds

27/8/2008 - Près de deux mois après une fuite d'uranium survenue dans les installations de la Socatri, sur le site du Tricastin, Areva martèle sa volonté de "transparence" et débloque des fonds pour améliorer la surveillance de l'environnement. Face à l'incident nucléaire le plus médiatisé de ces dernières années en France, le groupe nucléaire français dirigé par Anne Lauvergeon cherche encore à éteindre les braises d'une émotion qu'il avoue avoir sous-estimée.

Mercredi, plusieurs cadres de l'entreprise ont donc accueilli la presse afin de faire un point de la situation et faire visiter les installations du site, placées sous son contrôle. "Nous voulons agir sans tabou, et plus particulièrement au Tricastin, agir en regagnant la confiance que nous avons pu perdre, pas trop j'espère, mais il est certain qu'il y a eu accroc", a expliqué en préambule, Jacques-Emmanuel Saulnier, directeur de la communication et porte-parole d'Areva.

"In fine, Areva a mal maîtrisé sa communication, c'est un fait. De ce point de vue, nous avons à coeur de tout remettre à plat", insiste-t-il, regrettant que "certaines associations" et "des médias pas toujours scrupuleux" se soient engouffrés dans la brèche créée par l'émotion. Tout au long de la matinée, il insiste sur quelques mots clés: "confiance", "transparence", mais aussi "contrôle" et "dialogue".

"Au fur et à mesure que la population, pas uniquement en France d'ailleurs, se rend compte que l'énergie nucléaire est devenue incontournable (...), il va y avoir, et c'est très bien pour nous, une exigence accrue de transparence et de dialogue. Cela va être +tolérance zéro+ sur tout, jusqu'aux plus petits incidents", a souligné M. Saulnier.

Selon lui, l'entreprise n'a pas su comprendre que même si l'incident n'avait été classé qu'au niveau 1 de l'échelle des évènements nucléaires (anomalie), il pouvait être perçu comme grave par la population car il s'agissait d'un rejet dans la nature d'une quantité significative d'uranium. Dans la nuit du 7 au 8 juillet, 74 kg d'uranium ont été rejetés dans l'environnement à la suite du débordement d'une cuve à l'usine Socatri à Bollène (Vaucluse).

Areva cherche-t-il à se dédouaner? "Non, Areva ne se rachète pas de conduite, Areva se perfectionne avec pour objectifs le développement durable et le progrès continu", a de son côté expliqué Hugues Blachère, directeur du site du Tricastin, répondant aux journalistes sur une butte contenant 760 tonnes de produits radioactifs, issus des travaux du Commissariat à l'énergie atomique dans les années 60-70. D'ici 2013, le contenu de cette butte sera démantelé et stocké ailleurs, a indiqué M. Saulnier.

Areva a également décidé de débloquer des fonds pour améliorer la surveillance environnementale et sanitaire du Tricastin : 20 millions d'euros sont prévus. Ils vont s'ajouter aux 13 millions déjà engagés pour la rénovation de la station de traitement des eaux industrielles sur laquelle s'était produite la fuite.

Côté indemnisations, Areva indique avoir recueilli entre 130 et 140 dossiers de réclamation. "Nous avons traité les plus simples où les sommes ne sont pas significatives mais, en revanche, nous avons engagé 350.000 euros" pour le raccordement au réseau d'eau potable des foyers qui étaient jusqu'à présent reliés à la nappe phréatique, a expliqué M. Blachère. "On a pensé que c'était utile de le faire pour ces quinze familles qui avaient vécu un début du mois de juillet peu agréable et cela rassure la population", a-t-il ajouté.



Usine Nouvelle, 25/8/2008: 

Nouvelle fuite radioactive au Tricastin

Une fuite ayant provoqué des rejets de l'ordre de 250 grammes d'uranium par an a été détectée jeudi 21 août sur une canalisation enterrée des réseaux d'effluents de la société Comurhex, filiale d'Areva, à Pierrelatte (Drôme).

Tricastin, suite. Une fuite d'uranium a été détectée jeudi 21 août, grâce à des travaux de construction d'une nouvelle usine de conversion de l'uranium et de modernisation des réseaux d'effluents à la Comurhex.

Les ouvriers ont en effet constaté qu'un clapet de fermeture d'une canalisation souterraine, entre un laboratoire d'analyse et une station de traitement, était défectueux et a pu laisser passer des échantillons d'uranium. « De petites quantités d'uranium transitent par cette canalisation, qui est utilisée de manière occasionnelle » a expliqué Areva.

250 grammes par an. "Compte tenu du débit faible et très irrégulier de [la canalisation], la quantité de matière concernée ne peut être que mineure - de l'ordre de 250 grammes par an -, sans risque pour le personnel" affirmait un communiqué du groupe publié vendredi. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s'est rendue sur les lieux vendredi soir, ainsi que la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire).

"Un suivi temporaire renforcé de la nappe et la réalisation d'analyses des sols à proximité de la fuite, sont mis en place pour confirmer le faiblesse de l'impact sur l'environnement", précise un communiqué de la préfecture.

Depuis la fuite du 7 juillet dans l'usine Socatri, plus aucun incident ne semble pouvoir passer inaperçu aux yeux du grand public dans l'industrie nucléaire. C'est la nouvelle donne qu'entérine Areva, qui prévoit ce mercredi 27 août d'annoncer de « profonds changements » de procédures.

Ana Lutzky

La Comurhex, championne de l'hexafluorure d'uranium
Dans le cycle du combustible nucléaire, la Comurhex se charge de la phase de préparation chimique de l'uranium avant son enrichissement. La conversion du concentré d'uranium en provenance des mines, le « yellow cake », est réalisée en deux étapes. La Comurhex-Malvési à Narbonne se charge de la première, et la Comurhex-Pierrelatte, où a été détectée la fuite, de la deuxième.

Dans un premier temps, l'uranium est transformé en tétrafluorure d'uranium (UF4) : le concentré minier est dissous par de l'acide, puis purifié, pour fournir, après précipitation-calcination, de la poudre d'UO3. Cette dernière est ensuite hydrofluorée (avec de l'acide fluorhydrique) et se transforme en UF4.

L'UF4 a l'apparence de granulés de couleur verte. L'UF4 est dans un deuxième temps transformé par fluoration en hexafluorure d'uranium (UF6), un composé présentant la caractéristique chimique d'être sous forme gazeuse à relativement basse température. Le fluor utilisé est obtenu par électrolyse d'acide fluorhydrique.

Marché. Les besoins annuels mondiaux de conversion s'élèvent en 2007 à environ 59 500 tonnes. En 2007, Comurhex a livré plus de 20 clients électriciens et traders à travers le monde : Areva a produit un niveau de conversion d'U308 en UF6 de 13 700 tonnes. Ses principaux concurrents sont Cameco (Canada), Converdyn (États-Unis) et Rosatom (Russie).

 


Le Monde, 13/8/2008: 

La surveillance des nappes phréatiques est à revoir autour des sites nucléaires

L'accident du Tricastin a révélé les insuffisances du contrôle des eaux souterraines. Un rapport, demandé par Jean-Louis Borloo, doit être remis le 15 septembre

"Nos experts n'assurent aujourd'hui quasiment aucune surveillance des nappes phréatiques." Didier Champion, directeur de l'environnement et de l'intervention à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), ne pratique pas la langue de bois. Ses propos prennent un relief particulier, alors que des incidents en cascade - 11 de niveau 1 sur l'échelle [médiatique] internationale allant de 0 à 7, depuis le début du mois de juillet - braquent les projecteurs sur les défaillances de la filière électronucléaire.

A la suite de l'accident du Tricastin (Vaucluse) du 7 juillet, qui a entraîné le rejet de 74 kg d'uranium dans les cours d'eau, le ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo, a demandé au Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire, créé au mois de juin, de se pencher sur la situation radio-écologique de l'ensemble des sites nucléaires français. Et, en particulier, de vérifier l'état de toutes les nappes phréatiques. Le 22 juillet, le Haut Comité a saisi l'IRSN, qui doit lui remettre pour le 15 septembre - avec un rapport d'étape début septembre - un "bilan de la surveillance et de la qualité des eaux, souterraines et superficielles, à proximité des sites nucléaires".

Les 70 agents de l'IRSN affectés au contrôle des centres nucléaires ne partent pas de rien. La loi impose une autosurveillance aux exploitants - EDF pour les centrales, Areva pour la fabrication et le retraitement du combustible, le Commissariat à l'énergie atomique pour la recherche civile et militaire, l'Andra pour les déchets - des quelque 130 installations nucléaires de base, réparties sur une trentaine de sites, dont 19 abritent les 58 réacteurs français. Ces exploitants ont obligation de s'assurer que leurs rejets, gazeux et liquides, ne dépassent pas les seuils autorisés, mais aussi qu'ils n'ont pas d'impact sur l'environnement.

UNE CERTAINE " OPACITÉ "

De son côté, l'IRSN procède chaque année à 30 000 prélèvements dans 600 points du territoire national. Les trois quarts de ces analyses portent sur les aérosols (poussières atmosphériques), la pollution radioactive de l'air étant considérée comme le risque majeur. Les autres prélèvements sont faits dans les rivières, ou sur des végétaux ou des produits tests (herbes, mousses, blé, lait). Dans le même temps, les 180 balises du réseau Téléray, qui mesurent en permanence le niveau de radioactivité dans l'air ambiant, fournissent 19 millions de mesures par an. Elles sont complétées par quelques stations de mesures des eaux fluviales et des bassins d'épuration.

Mais l'Institut ne s'intéresse que "très peu" aux nappes phréatiques, reconnaît Didier Champion. Il ne suit que 16 sites (dont celui du Tricastin), sur lesquels il n'effectue que 114 prélèvements par an. Une goutte d'eau, en comparaison du réseau hydrographique souterrain. En outre, certains de ces sites, dont le choix est lié à des "raisons historiques", ne comptent pas parmi les plus significatifs. Ce désintérêt peut s'expliquer par le fait que les exploitants ne sont pas autorisés à rejeter des effluents dans les eaux profondes, qui ne devraient donc théoriquement pas être contaminées. Et qu'en cas d'accident, les nappes ne sont pas immédiatement atteintes, ce qui laisse le temps de déployer les moyens d'analyse nécessaires.

Les exploitants sont toutefois tenus de surveiller les nappes situées sous leurs installations. Mais les résultats, communiqués à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), ne le sont pas à l'IRSN. Une "anomalie" qui, aux yeux de Didier Champion, contribue à une certaine "opacité". Un remède devrait y être apporté avec la création, à partir de janvier 2009, d'un réseau national de mesure de la radioactivité dans l'environnement. Géré par l'IRSN, il centralisera toutes les mesures émanant des exploitants comme des services de l'Etat.

L'institut n'envisage pourtant pas de mettre en place une surveillance systématique des nappes phréatiques. "Ce serait déraisonnable, pour des raisons de moyens, estime Didier Champion. Les eaux souterraines ont un comportement complexe et fluctuant. Il ne suffit pas d'effectuer quelques mesures ponctuelles pour statuer sur leur qualité."

Pour répondre à la demande ministérielle, l'IRSN a entrepris l'inventaire de toutes les données dont disposent déjà les exploitants, accompagné du recensement des stockages de déchets radioactifs, actuels ou passés, d'où des radionucléides pourraient ou auraient pu migrer vers le sous-sol. "Cet état de lieux permettra de déterminer les nappes qui présentent un marquage radioactif et demandent une attention particulière. Le Haut Comité fera ensuite des recommandations au ministre. Ce sera alors à lui de décider d'une surveillance renforcée", indique l'institut.

Au-delà des seules nappes phréatiques, Didier Champion juge nécessaire "une évaluation de la pertinence du dispositif global de surveillance des sites nucléaires". Tout aussi important, pense-t-il, est de mettre à la disposition du public "des informations faciles à interpréter, notamment en termes de risques sanitaires". "Pour l'IRSN, ce n'est pas un été de tout repos, commente le directeur de l'environnement de cet institut. Tout le monde, même les chercheurs, est mobilisé pour cette mission."

 


Le Dauphiné Libérén, 10/8/2008: 

Tricastin: deux nouveaux forages privés classés à risques

Deux nouveaux forages privés bollénois viennent d'être classés à risques suite aux dernières analyses effectuées dans le cadre du plan de surveillance mis en place par l'ASN depuis l'incident du 7 juillet à la Socatri.

Vendredi soir, les Bollénois Roger Eymard et Gilles Millon qui résident route de Lapalud ont en effet reçu la visite des gendarmes leur portant un courrier de la préfecture.

À l'instar de leur voisin Pascal Reynaud (notre édition du 5 août) qui avait reçu la même lettre quelques jours auparavant, ils sont vivement incités « à ne pas utiliser l'eau de leur forage pour les usages alimentaires (boisson, préparation culinaire, brossage des dents). »

Même raison : les teneurs en uranium de leur eau dépassent « depuis plus d'une semaine la valeur guide recommandée par l'Organisation mondiale de la santé de 15 microgrammes par litre ». Elles oscilleraient entre 15 et 16 microgrammes d'uranium par litre d'eau.

Comme le rappelait Marc Champion de l'ASN de Lyon, interrogé sur le cas du forage de Pascal Reynaud : « à ces seuils là, l'eau est tout à fait potable et sans danger pour la santé» (?) : il s'agit d'une simple « mesure de précaution prise par les pouvoirs publics » qui répond au plan de surveillance mis en place par l'Autorité de sûreté nucléaire, mais qui ne remet pas en cause l'arrêté du 22 juillet portant levée des interdictions sur la consommation d'eau.

"Dommage seulement qu'il ait fallu attendre un mois"
Il reste que pour Roger Eymard et Gilles Millon, l'approvisionnement par citerne en eau de la ville continue. Une situation difficile à vivre au quotidien qui a fait réagir Areva. «Voyant qu'on en était réduit à vivre dans des conditions plutôt rudimentaires, Areva nous a fait installer hier des surpresseurs afin que nous puissions avoir l'eau dans la maison.

Ça nous change la vie. Depuis un mois, on était obligés de se laver dans la douche de notre camping-car approvisionné avec l'eau de la citerne de la ville», raconte Roger Eymard. Et d'ajouter : «On ne peut pas dire qu'Areva ne prend pas ses responsabilités. Dommage seulement qu'il ait fallu attendre un mois !»

(?) Pour la Criirad, «la norme admise de 15 microgrammes par litre par l'OMS signifie qu'au-dessus le risque existe».

 


Le Parisien, 22/7/2008: 

Tricastin: première plainte de particulier

UNE PREMIÈRE PLAINTE d'un particulier a été déposée suite à la contamination à l'uranium de la nappe phréatique sur le site nucléaire du Tricastin (Vaucluse). Elisabeth Serinian, qui habite à Bollène, dans la zone concernée par la pollution, a déposé plainte contre X vendredi à la gendarmerie. « J'ai envie de savoir ce qui se passe vraiment. J'ai l'impression que l'on ne nous a pas tout dit sur l'origine de cette contamination de l'eau. Si ce sont d'anciens déchets radioactifs de l'armée, enfouis dans une butte de terre depuis les années 1970, qui sont responsables de cette pollution, c'est encore pire. Cela voudrait dire que l'on nous a menti depuis trente ans », explique cette enseignante, mère de deux enfants. Pour l'instant, elle et sa famille n'ont toujours pas le droit de consommer l'eau potable de leur puits, relié directement à la fameuse nappe phréatique souillée. D'autre part, l'association les Riverains de la plaine, qui regroupe différents habitants du quartier, réfléchit à une éventuelle action en justice, et prendra sa décision à l'issue d'une réunion qui aura lieu cette semaine avec des représentants de l'usine Areva-Socatri. « On va écouter ce qu'ils nous disent. Et ensuite on va se réunir entre nous, pour voir qui est pour et qui est contre », explique Mme Dubois, dont le mari dirige cette association. A leur domicile, « les niveaux de l'uranium dans l'eau font du yo-yo. Il y a trois jours, ils étaient au-dessus de la norme, à 16 mg/litre, hier matin, c'était repassé en dessous. Y compris dans mon eau de piscine, que j'ai fait analyser », ajoute-t-elle. La famille Dubois a rencontré le médecin chef d'Areva-Socatri qui leur a fait des analyses.

Mécontentement des agriculteurs
« Il a contrôlé un certain nombre d'éléments liés au fonctionnement de nos reins. Il nous a dit que ça allait, et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. Il nous a quand même conseillé de ne pas boire l'eau du robinet et de lui préférer l'eau minérale, ce qui ne m'a pas trop rassuré », ajoute-t-elle. Par ailleurs, les agriculteurs ont eux aussi fait part de leur mécontentement. Le président de la FNSEA a incité la présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, « à dédommager les exploitants dont le préjudice est considérable » en terme d'image, en particulier pour le vin AOC côtes du Tricastin. Dans une autre région, hier, une « très légère contamination », selon EDF, a eu lieu sur le site nucléaire de Saint-Alban-Saint-Maurice, dans l'Isère. Quinze employés venant d'entreprises extérieures ont été orientés vers les services médicaux du site, mais leurs examens se sont révélés normaux.


Les Echos, 21/7/2008: 

Jean-Louis Borloo déclenche un audit de la sécurité nucléaire

Le ministre de l'Ecologie a réclamé pour fin octobre un rapport sur les procédures de sécurité. Le plan de surveillance du Tricastin va se muer en un suivi permanent de l'ensemble des sites nucléaires [un ministre crétin qui ne sait pas (?) que ce suivi existe déjà] et incluera la pollution issue des déchets. Pour Jean-Louis Borloo, il faut « assurer la transparence sans céder à l'affolement ». Le ministre de l'Ecologie a réagi vendredi lors d'une conférence de presse à l'annonce, le matin même, d'une fuite d'effluents radioactifs de l'usine FBFC de Romans-sur-Isère. Elle s'ajoute à l'incident survenu au Tricastin (Vaucluse) le 7 juillet et, comme lui, elle a été estimée sans danger par l'autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui l'a classée en « micro-incident » de niveau 1 sur [l']échelle [médiatique INES] de 1 à 7. Lors d'une visite de ses deux filiales incriminées, la patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, s'est dite surprise par l'ampleur de l'émotion et des répercussions médiatiques. « Il faut rappeler qu'il y a eu 86 de ces micro-incidents de niveau 1 l'an dernier, depuis le Tricastin il a dû y en avoir 3 ou 4 de plus, a renchéri Jean-Louis Borloo [oui le nucléaire, ça fuit tout le temps, et effectivement, il s'agit là d'incidents mineurs et courants, voir ce que serait un accident majeur]. Et 86, c'est 30 % de moins que les 114 recensés en 2006, car on améliore en permanence le dispositif. » Un dispositif dont le ministre a néanmoins détaillé l'extension et la pérennisation. Car « les centrales sont très modernes, très contrôlées, a t-il reconnu. Mais j'ai l'impression que plus on s'éloigne pour aller vers la sous-traitance - comme le traitement de l'eau - plus la vigilance baisse ». Chez FBFC à Romans, les installations de traitement de l'eau du site d'enrichissement d'uranium n'étaient plus aux normes depuis des années. « L'Autorité de sûreté nucléaire avait demandé que la station d'épuration soit modifiée pour septembre ; il y a eu négligence sur la maintenance », a estimé Jean-Louis Borloo. Quant au Tricastin, si, dix jours après l'incident de la Socatri, le niveau de radioactivité est revenu à la normale selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), la recherche d'une pollution des nappes phréatiques a mis en lumière des problèmes plus structurels.

Cartographie des sites
« Des déchets ont été stockés dans les années 1970, a reconnu Jacques Repussard, directeur de l'IRSN. Nous l'avions étudié et il n'y a pas eu d'enquête avant car nous pensons qu'il n'existe pas de pollution des nappes phréatiques. Mais nous allons vérifier à 100 %. » Un bilan sur la gestion des déchets anciens figurera dans le rapport sur les procédures existantes de sécurité nucléaire que le ministre a commandé au Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire. Il doit être remis fin octobre et associer l'ensemble des acteurs du nucléaire. Pour Jean-Louis Borloo, « tout le monde doit être entendu, y compris les autorités militaires ». Un plan de surveillance permanente des sites nucléaires va être mis en place. « Une cartographie des sites sera effectuée et le résultat de toutes les mesures effectuées sera diffusé en temps réel », a insisté le ministre. Une chose que Jean-Louis Borloo se refuse en revanche à mesurer, c'est la conséquence de ces incidents sur la construction d'un deuxième EPR, ou sur Areva au moment où Anne Lauvergeon se bat pour sauvegarder son indépendance face aux vélléités de rapprochement d'Alstom. « Areva doit bien sûr tirer les conséquences des incidents, mais je constate que cela a été fait, a-t-il déclaré.
Et il n'existe pas de lien entre ces incidents et l'appréciation globale des stratégies énergétiques, qui sont arbitrées au plus haut niveau de l'Etat. »

 


L'Usine nouvelle, 21/7/2008: 

« Il y a certainement eu d'autres fuites radioactives dont la Criirad n'a pas eu connaissance »

Après les accidents radioactifs de Tricastin le 7 juillet et de Romans sur Isère le 18 juillet, le point avec Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, responsable du Laboratoire Criirad.

Si le gouvernement appelle une remise à plat de l'industrie nucléaire, pour beaucoup, l'incident de Tricastin est clôt. S'agissait-il d'un événement banal ?

La question qui vient immédiatement à l'esprit, c'est comment ça a pu se passer et pourquoi. Que ça déborde, c'est un problème. Que les bacs de rétention ne soient pas étanches, c'est un problème. Attendre plus de dix heures pour donner l'information, c'est un problème.

Selon les dernières données transmises par la Socatri, 6,25 mètre cube d'effluents contenant 8g/L d'uranium auraient été déversés dans les rivières de la Gaffière et de l'Auzon. En supposant qu'il s'agit d'uranium dont la composition est celle trouvée dans la nature, on peut montrer que le niveau de radioactivité de cet effluent était 4000 fois supérieur à la limité autorisée pour un rejet dans le canal de Donzere-Mondragon, de 50 becquerels par litre.

De plus, cela représenterait plus de 17 fois la limite annuelle autorisée de 71,7 millions de becquerels d'uranium, l'effluent représentant plus d'un milliard de becquerels en quantité totale rejetée. L'accident est d'autant plus sérieux que l'uranium a été rejeté à même le sol, dans des petits ruisseaux, alors que le canal a un pouvoir de dilution beaucoup plus important.

Nuançons : ce n'est pas une catastrophe nucléaire. Mais l'uranium émet des particules alpha parmi les plus puissantes pour créer des lésions dans notre ADN, augmentant ainsi les risques d'apparitions de mutations et cancers. Au sud de Tricastin, plusieurs dizaines de forages permettent à des familles de puiser de l'eau dans leur jardin, ou aux agriculteurs d'irriguer.

Dans les eaux qui circulent en-dessous et en surface, vous allez trouver de l'uranium, mais aussi des chlorures, des fluorures, car la problématique est également chimique. Il faut donc redoubler de vigilance.

La Criirad dénonce depuis le 4 juillet l'enfouissement de plus de 700 tonnes de déchets d'une ancienne usine militaire stockés sans précaution sur le site de Tricastin, sous une butte de terre. Est-ce ce qui explique la pollution de la nappe phréatique qui constatée aujourd'hui ?

Ce qui est sûr, c'est que la concentration en uranium des eaux de surface en aval de cette butte au Tricastin a très fortement augmenté dans le passé. Dans l'environnement extérieur au site, les concentrations en uranium sont a priori par endroits dix voire soixante-dix fois supérieures au niveau naturel mesuré en amont du site. Du point de vue des eaux souterraines sous le site de Tricastin, il faudrait que les entreprises nous livrent les niveaux de concentration en uranium.

L'IRSN a fait une étude sur la concentration des eaux sous-terraines du site de Tricastin présentée à l'oral lors de la réunion du CIGEET le 4 juillet. Cette étude constatait dans le sud du site une concentration dix fois supérieures à la normale. Le débat a porté sur l'origine de cette concentration : l'IRSN parlait d'origine naturelle, tandis que la Criirad, considérant la présence de cette butte militaire et l'activité liée au nucléaire du site, considérait qu'il s'agissait d'une contamination industrielle.

Suite à l'incident du 7 juillet, l'IRSN a reconnu qu'il s'agissait d'une pollution. Et les propos tenus par Jacques Repussard à l'issue de la commission extraordinaire du CIGEET indique qu'il reconnaîtrait désormais que la butte y est pour quelque chose. Ce déroulement illustre très bien ce qui se passe aujourd'hui : le problème ne se situe pas sur la façon dont se font les mesures mais sur les actions entreprises ensuite.

Les études préliminaires à la construction de l'unité Georges Besse II, basées sur des mesures faites entre 2002 et 2004, précisent noir sur blanc que « l'augmentation de concentration en uranium des eaux de surface ces dernières années est liée à la résurgence d'une contamination ancienne. » A la Criirad, nous ne disons pas que la pollution de la nappe phréatique est uniquement liée à cette butte, mais elle y contribue certainement.

Le Haut-Commissariat à l'Energie atomique dit lui-même dans un rapport publié en 1998 que 900 kg d'uranium issus de cette butte ont été rejetés dans le milieu naturel. A tel point qu'au lieu de laisser cette eau contaminée stagner là, le CEA a pompé la nappe phréatique au rythme 170 mètres cube d'eau par heure, pendant des années, de 1980 à 1998, pour la diluer dans le Rhône. Outre les déchets de cette butte, il y a certainement eu d'autres déchets, d'autres fuites dont la Ciirad n'a pas eu connaissance. Le terrain s'étale sur une surface gigantesque de 600 hectares. Mais cette butte montre bien le manque de rigueur relatif à la gestion des déchets radioactifs du site.

Les autorités chargées de contrôler la sécurité de la filière nucléaire, l'IRSN et l'ASN, vous semblent peu indépendantes ?

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, l'IRSN est un EPIC (établissement public à caractère industriel ou commercial), c'est l'institut de référence de l'Autorité de Sûreté nucléaire, l'ASN, qui a pour clients EDF ou Areva. Difficile pour les chercheurs de garder une neutralité. Si l'on se base sur des faits précis, on constate que cet institut n'apporte pas des garanties suffisantes en termes de protection des citoyens par rapport aux rayons ionisants.

Par exemple, le parking du stade de football de Gueugnon a été remblayé avec des déchets radioactifs issus de l'ancienne usine d'extraction d'uranium gérée par le CEA puis par Cogema/Areva : nous avons tiré la sonnette d'alarme en 2005 sur ce point alors que l'IRSN n'avait rien trouvé à y redire de prime abord. Aujourd'hui, la pollution de ce site est reconnue

 



France info, 21/7/2008: 

L'uranium gentil et l'uranium méchant

Faut-il s'inquiéter de la sécurité des installations nucléaires en France ? Pas le moins du monde. Parce qu'en France, on n'a que de l'uranium gentil...

Croyez-moi ou pas, mais il n'y a aucune raison de s'inquiéter des fuites d'uranium dans les centrales nucléaires en France... Ecoutez plutôt ce que vous dit Areva... Ce n'est pas dangereux, ça n'a aucune incidence néfaste sur l'environnement... Vous savez pourquoi ? C'est très simple... C'est parce qu'il y a deux sortes de nucléaire dans le monde... Y a le nucléaire méchant et le nucléaire gentil... Qu'est-ce que c'est que le nucléaire méchant ? C'est le nucléaire qu'on trouve à l'étranger... C'est le nucléaire de la bombe atomique, Hiroshima, Nagasaki... Très méchant, ce nucléaire-là... Le nucléaire de Tchernobyl... Très méchant aussi, celui-là...

Alors que nous, en France, on n'a que du nucléaire gentil... Celui qui donne de l'électricité, celui qui fait marcher la télévision et le four à micro-ondes... Et pourquoi on n'a que du nucléaire gentil, en France ? Parce qu'en France, on a des très bons acheteurs d'uranium... Quand le gringo de chez Areva, celui qui travaillait avant chez Jacques Vabre, il va au Canada, en Australie ou en Russie acheter de l'uranium, il fait bien la différence entre le gentil et le méchant... Sur les marchés où il y a tous les producteurs, quand on essaie de lui refourguer de l'uranium méchant, le gringo d'Areva, il n'en veut pas... Il dit : non, ça, c'est pas bon pour Areva... Moi, je ne veux que de l'uranium gentil...

C'est pour ça qu'après, quand il y a des fuites chez nous, quand ça part dans les rivières, ou que ça s'évapore dans l'air autour des centrales, ce n'est pas grave... C'est de l'uranium gentil... Y a des petits morceaux d'uranium qui se baladent comme ça dans la nature et qui rencontrent les animaux, ou les fruits, ou les fleurs... Et ça se passe comme dans les films de Walt Disney... Le poisson, dans la rivière, ou l'abricot, dans l'arbre, ils disent : bonjour, gentil petit uranium, viens te promener avec nous... Et le petit uranium se promène comme ça un peu partout, sans que MamanAreva s'inquiète... Petit uranium est bien élevé et bien gentil... Il ne fera aucune bêtise dans la nature...

C'est même mieux que ça... Dans le Tricastin, quand on fait son marché, on peut faire sa radiothérapie rien qu'en tripotant les fruits et les légumes... Ca fait faire des économies à la Sécu... C'est vous dire s'il est gentil, cet uranium-là... C'est pour ça qu'il ne faut pas s'inquiéter des fuites d'uranium dans les centrales nucléaires... Mais évidemment, vous n'êtes pas obligé de me croire...

Jean-Pierre Gauffre



Tricastin: levée des mesures de précautions, Socatri reste sous surveillance

21/7/2008 - Les préfets du Vaucluse et de la Drôme ont décidé mardi de lever toutes les mesures de précaution prises depuis deux semaines en raison d'une fuite de 74 kg d'uranium sur le site nucléaire du Tricastin, ont-ils annoncé dans un communiqué commun. Cette décision a été prise, avec l'aval du ministère de l'Agriculture, de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), au regard "de la diminution et du caractère limité de la pollution issue de la société Socatri tant pour les eaux de surfaces que pour les eaux de nappe, les sédiments, les végétaux ou les poissons". Toutefois, l'IRSN continuera de surveiller certains forages privés où a été constaté un "marquage ancien" à l'uranium et qui présentent des "dépassements ponctuels" du seuil de potabilité fixé à 15 microgrammes d'uranium par litre par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), ont précisé les préfectures. Les autorités préfectorales ont aussi obtenu que Socatri, responsable de la fuite d'uranium naturel, soit maintenue sous surveillance à moyen terme. L'ASN a imposé à la filiale d'Areva de suspendre l'activité de l'une de ses deux stations de traitement du Tricastin. Jeudi, le gouvernement avait exigé la vérification de l'état des nappes phréatiques situées "près de toutes les centrales nucléaires françaises", suite à l'émoi suscité par cette fuite et la découverte de la présence dans la nappe proche de Tricastin de points de concentrations en uranium inexpliqués, sans lien avec l'incident. Selon les préfectures de la Drôme et du Vaucluse, seront analysés tous les forages privés des habitations non raccordées au réseau d'eau potable et situés sur la partie ouest de la commune de Bollène et à l'intérieur de la bande des 100 mètres de part et d'autre du Lauzon. "Tout dépassement de la valeur de 15 microgrammes d'uranium par litre d'eau conduira à la mise en place d'une surveillance quotidienne. Tout dépassement ponctuel de la valeur de 30 microgrammes d'uranium par litre d'eau ou de 15 microgrammes/litre pendant plus d'une semaine, conduira à une concertation (ASN, IRSN, préfectures) sur les mesures à mettre en oeuvre pour le forage concerné", ont-elles précisé.

 


Ouest-France, 19/7/2008: 

« On se fait du souci pour les enfants »

Dix jours après la fuite d'effluents radioactifs à l'usine Socatri, Yves Beck ne décolère pas. Adjoint aux finances à la mairie de Bollène, l'une des communes où est installé le complexe nucléaire du Tricastin, il estime que l'incident et sa gestion par les autorités ont été « inacceptables ». « On a été traités en sous-citoyens, lance l'élu. Il est quand même extraordinaire que jusqu'à jeudi, ni Areva ni l'État n'ont téléphoné à la mairie de Bollène pour demander : ' On peut vous aider ? ' »
À présent, il compte bien obtenir une indemnisation. « Il y a un préjudice : sanitaire, à vérifier pour les populations ; matériel, pour les agriculteurs notamment. Et un préjudice d'image colossal. »
Sylvie Eymard vit avec son mari et ses deux enfants, depuis 1989, à quelques centaines de mètres de l'une des rivières proches de la Socatri. Elle ne peut plus utiliser l'eau de son puits pour la consommation familiale ou l'arrosage. L'interdiction a été prise, à titre de précaution. « Ça fait vingt ans que j'utilise cette eau sans problème. J'ai fait des analyses, mais jamais de recherches chimiques. On pense quand même que Socatri, Eurodif, ce sont des gens sérieux. »La mairie leur a fourni un réservoir de 1 000 litres. « À court terme, ça va, explique-t-elle. Mais à long terme, il faut qu'ils fassent quelque chose : faire venir l'eau de la ville, vérifier les sanitaires de la maison. L'uranium est toujours dans le chauffe-eau. Elle ne cache pas son inquiétude. On se fait du souci pour les enfants. Les analyses d'urine sont négatives, donc tout va bien pour le moment. On ne sait pas ce que l'avenir va nous donner, ce qu'il va en être de notre santé. » Elle aussi réclame des « réparations financières ».
Même attente de la part de Sandra Mancellon, agricultrice à quelques kilomètres de là. « On espère avoir quelque chose en retour. Pour l'instant, ça stagne. » L'interdiction d'arroser lui a déjà fait perdre 2 500 salades. « Nous allons avoir un rendement de pêches moindre et les melons donneront aussi en moins bonne quantité. »

 


JDD.fr, 19/7/2008: 

Anne Lauvergeon: "Nous sommes une industrie transparente"

Anne Lauvergeon, PD-G d'Areva, estime que l'incident des fuites de Tricastin "est clos". Elle reconnaît les erreurs de sa filiale mais dénonce une certaine "confusion", un emballement médiatique et administratif. Elle s'est rendue vendredi dans la Drôme, onze jours après la révélation de fuites d'eau contenant de l'uranium à l'usine Socatri de Tricastin. Et s'explique au JDD.

Extraits.

En dix jours, Areva vient de connaître deux fuites de produits contenant de l'uranium, à Tricastin et à Romans. Comment réagissez-vous ?

J'ai vécu ces dix jours intensément. Quand j'ai appris cet incident à l'usine Socatri de Tricastin, j'ai immédiatement demandé un audit et une enquête de notre inspection générale. Nous avons sans doute sous-estimé l'amplitude de l'émotion. Nous avons également été surpris par la réaction médiatique.

En effet, il s'agit d'une anomalie classée [sur l'echelle médiatique INES] de niveau 1 (sur 7) par l'Autorité de sûreté nucléaire. Cela signifie qu'il n'y a pas de danger pour les travailleurs, les riverains et l'environnement. Ce type d'incident est toujours rendu public. Areva en a enregistré 7 l'an dernier, le Commissariat à l'énergie atomique et EDF en ont compté 79.

Des mesures drastiques ont pourtant été prises sur la consommation d'eau et les baignades. L'inquiétude des habitants n'est-elle pas légitime ?

Il y a eu deux grandes confusions. D'abord, on a annoncé une fuite d'uranium en montrant des photos de la centrale nucléaire. Cela a laissé croire à une fuite venant de celle-ci qui aurait été beaucoup plus grave.

Ensuite, des gendarmes sont arrivés devant le plan d'eau de Lapalud (Vaucluse) avec des mégaphones pour faire sortir les baigneurs en leur demandant d'abandonner leurs affaires sur place. Certains se sont vu conseiller d'aller à l'hôpital. Dans le même temps, l'ASN et Areva disaient qu'il n'y avait pas d'impact. Comment ne pas créer une immense confusion ?

Vous n'avez rien cherché à cacher ?

L'information disponible a été donnée à l'Autorité de sûreté nucléaire et à la préfecture de la Drôme entre 7h30 et 8h00, il aurait fallu le faire à 4h45.

Il y a aussi la fuite d'un tuyau à Romans, annoncée cette semaine... C'est une coïncidence. Mais j'y vois la preuve d'une industrie transparente, capable de dire tout, tout de suite, quel que soit le contexte.

 


Dauphiné Libéré, 19/7/2008: 

Dysfonctionnements en série chez Areva

Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, a bien fait d'attendre onze jours pour venir dans la Drôme. Elle a ainsi fait coup double puisqu'après la fuite d'uranium sur le site du Tricastin le 7 juillet, une deuxième "anomalie", à l'usine FBFC de Romans cette fois-ci, a été révélée hier matin.

Ces deux événements, sans aucun lien entre eux, font un peu beaucoup pour une seule filière industrielle, certes sensible, et un seul département qui fait les yeux doux au futur EPR (réacteur pressuré européen de 3e génération). Anne Lauvergeon, elle, n'y voit que "déveine". La faute à pas de chance en quelque sorte...

La présidente d'Areva est venue dans la Drôme "présenter ses excuses" aux populations que "l'anomalie" du début du mois a inquiété. Après un détour de dernière minute par Romans, et avant de rencontrer les élus vauclusiens et drômois riverains du site de Tricastin, elle s'est discrétement invitée dans deux familles dont les nappes phréatiques présentent des taux de contamination "limite", pour reprendre son vocabulaire.

Devant les élus ensuite, elle a fait amende honorable en reconnaissant des dysfonctionnements. Dysfonctionnement entre l'équipe chargée des travaux à la Socatri et les responsables du site qui n'avaient pas été informés qu'une cuve de rétention était endommagée.

Anne Lauvergeon était sur place hier. Dysfonctionnement aussi dans les délais d'alerte des autorités (3 heures au moins). Et dysfonctionnement enfin lorsqu'il s'est agi de répondre aux inquiétudes du public après cet incident classé niveau 1 (sur une échelle qui va jusqu'à 7): "Nous avons sous-estimé l'émotion que cela a provoqué" a-t-elle reconnu.

Pour mesurer l'impact sur les esprits, sa rencontre avec la presse à la base de loisirs des Girardes à Lapalud tombait à pic. Ce plan d'eau, aux portes de Bollène, accueille d'ordinaire plusieurs centaines de visiteurs au coeur de l'été. Hier, les deux surveillants de baignade se tournaient désespérément les pouces devant une base nautique déserte...

Pour Jean-Pierre Lambertin, le maire de Lapalud et premier vice-président (PS) du Conseil général du Vaucluse, cet incident démontre que "le revers de la transparence, c'est le risque de psychose". "Mais en tant qu'élu, je choisirai toujours la transparence" ajoute-t-il.

Accueillie par une vingtaine de militants de "Sortir du nucléaire" venue réclamer sa démission, Anne Lauvergeon a au passage fustigé ceux "qui profitent de la situation pour se refaire une santé militante sans lésiner sur les mensonges". Pour le reste, elle se dit convaincue que "le nucléaire ne doit pas être un tabou". Et promet "la plus totale transparence".

Des compensations pour les professionnels. Au rayon des promesses, Areva prendra des mesures en faveur des professionnels, agriculteurs et maraîchers, qui ont été pénalisés par les interdictions de l'arrosage. Sans toutefois s'engager sur une enveloppe.

N'empêche que l'engagement sur des compensations n'est pas tombé dans l'oreille de sourds. Certains élus comptent bien mettre sur la table le raccordement au réseau d'eau les habitations isolées alimentées jusque-là par des puits individuels. Ou encore ces déchets du nucléaire militaire enfouis sur le site du Tricastin qu'il faudra bien déménager un jour. Autant battre le fer tant qu'il est chaud...

Dans les jours qui viennent, la Socatri aura un nouveau directeur général. Et le plan de surveillance renforcée sera maintenu a affirmé Anne Lauvergeon. A ce sujet, l'annonce tonitruante, avant-hier, de prélévements systématiques dans les nappes phréatiques autour des sites nucléaires par le ministre de l'environnement Jean-Louis Borloo a tiré un sourire éloquent à Anne Lauvergeon. Ces prélévements existent déjà...

 


La Dépêche du Midi, 19/7/2008: 

Nucléaire: fuites en série

Mauvaise passe pour le nucléaire. En l'espace de dix jours, deux incidents de niveau 1 ont été détectés sur des sites français. Ainsi, hier, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé la rupture d'une canalisation dans une usine exploitée par une filiale d'Areva à Romans-sur-Isère, dans la Drôme. « Il y a eu un épanchement d'uranium d'une quantité comprise entre 120 et 750 grammes, sur une canalisation défectueuse depuis longtemps » a indiqué le chef de division de l'ASN. Une inspection a eu lieu pendant la nuit de jeudi à vendredi, et l'incident a été classé de niveau 1. Cette fuite ne fait pas bon effet, dix jours après la fuite d'uranium sur l'usine Socatri au Tricastin. Une « bavure » qui a suscité une belle polémique au point que le directeur de l'usine vient d'être remplacé : le nouveau patron aura pour mission de « faire une revue globale du fonctionnement de l'établissement ». La fuite qui s'est produite dans la nuit du 7 au 8 juillet a conduit au rejet dans la nature de 74 kg d'uranium. Sur place, habitants et élus sont furieux, estimant avoir été traités en « sous-citoyens » et jugent inacceptable la manière dont l'incident a été géré. Les agriculteurs sont les plus touchés. Ils ne peuvent plus arroser leurs plantations, et bon nombre de récoltes vont devoir être jetées à la poubelle. Sans compter l'impact sur l'image touristique de la région, en tout début de saison. Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, tente d'éteindre le feu. « Je veux tout remettre à plat, notamment les dispositifs d'information, d'analyse et de sécurité » a-t-il expliqué hier. Il veut aussi faire évaluer l'ensemble des nappes phréatiques sous les installations nucléaires, et faire le point sur les déchets anciens.



Le Monde, 18/7/2008: 

Pollution à l'uranium au Tricastin: soupçon et inquiétude s'insinuent chez les riverains

Une année de travail fichue !" Luc Eymard est découragé. Sur des dizaines de mètres, ses plants de basilic, alignés sur une terre sèche comme du cuir tanné, ont grillé sur pied. Brûlés par le soleil et la soif. Les jeunes pousses ont rôti avant d'arriver à maturité.

Celles qui attendaient d'être cueillies se sont flétries prématurément. "Le basilic, on le pousse à la chaleur et à l'eau. Il faut l'arroser tous les jours, tous les deux jours au maximum. L'irrigation a été interdite et voilà le résultat!" se désole le maraîcher.

A 2 kilomètres à vol d'oiseau de son champ se découpent les tours évasées, coiffées d'un panache de vapeur d'eau, de la centrale nucléaire du Tricastin. Derrière un rideau de cyprès, on devine le parallélépipède gris de la Socatri, l'usine de traitement des effluents radioactifs par qui le mal est arrivé, dans la nuit du 7 au 8 juillet : le déversement accidentel, dans les eaux des rivières la Gaffière et le Lauzon, puis dans la nappe phréatique, de 74 kg d'uranium.

C'est dans cette nappe que Luc Eymard, comme les autres cultivateurs du quartier de la Plaine, à l'ouest de Bollène, puise l'eau nécessaire à son exploitation de plantes aromatiques (thym, aneth, coriandre) et de légumes. L'interdiction d'arrosage a été levée ­ à l'exception d'une bande de 100 mètres de part et d'autre des cours d'eau ­ mais il a perdu "entre 80 et 100 tonnes" de basilic et il ne pourra pas "sortir" les 120 tonnes qu'il doit livrer, par contrat, à une entreprise de conditionnement.

"Pour les pommes de terre, il a fallu commencer la récolte sans le dernier arrosage qui permet de gagner en calibre, dit-il. Pareil pour les oignons, qui ne répondront pas au cahier des charges." A un jet d'eau de la parcelle déshydratée, Sylvie Eymard, son épouse, vit au rythme des prélèvements quotidiens effectués par la Socatri dans le puits qui alimente leur maison.

"Dans les jours qui ont suivi l'accident, on était à 15 microgrammes d'uranium par litre, relate-t-elle. Au début de cette semaine, on était descendu autour de 12. Je me suis dit que c'était bon, puisque la limite de potabilité est de 15. Mais mercredi, on est remonté à 16,5 !"

La municipalité de Bollène a mis à la disposition du foyer, comme à celle d'une dizaine d'autres familles, une citerne de 1 000 litres d'eau à usage domestique et, tous les deux jours, le ravitaille en bouteilles d'eau potable.

Mais Sylvie Eymard n'est pas tranquille. "Voilà vingt ans que nous buvons l'eau de la nappe. Nous avons fait des analyses chimiques, mais jamais nous n'avons pensé à un risque radiologique, explique-t-elle [l'intelligence ça arrive de manière brutale ?]. Ce qui me préoccupe, ce sont nos deux enfants en bas âge", ajoute-t-elle.

"LA POPULATION NE CROIT PLUS AUX CHIFFRES OFFICIELS"

La mairie de Bollène s'efforce de relativiser la crise. Seuls les quartiers situés à l'ouest du canal Donzère-Mondragon ­ soit 800 des 14 000 habitants de la commune ­ sont concernés par "l'incident de pollution", précise un avis affiché à l'hôtel de ville. André-Yves Becq, adjoint aux finances et à la communication, reconnaît pourtant ne pas savoir exactement combien de foyers utilisent des captages d'eau privés, certains n'étant pas déclarés. Surtout, il met en cause le déficit d'information des autorités.

La municipalité envisage d'engager des poursuites judiciaires pour obtenir "réparation de l'énorme préjudice subi", et de faire appel à un laboratoire d'analyses indépendant. "La population est inquiète et ne croit plus aux chiffres officiels", assure l'adjoint au maire. D'autant, rapporte un autre élu, que "l'attitude de la Socatri, qui a fait des prélèvements de nuit et a tenté d'expliquer une teneur en uranium de 64 microgrammes d'uranium par litre d'eau, chez un particulier, par une souillure des instruments de mesure, nous a paru suspecte".

A Bollène comme à Lapalud, Lamotte-du-Rhône et Mondragon ­ les quatre communes touchées par les restrictions d'usage de l'eau ­, les ventes d'eau minérale ont grimpé en flèche. "Au lendemain de l'accident, c'était la ruée, raconte la gérante d'un supermarché. Nous avons écoulé en trois heures huit palettes de 500 bouteilles, alors qu'une palette nous fait habituellement deux jours. Nous continuons à en passer trois par jour." A la pharmacie, certains clients ont même réclamé des pastilles d'iode, prescrites en cas de pollution radioactive de l'air.

Aujourd'hui, la vie a repris son cours. Mais le soupçon persiste, alimenté par l'hypothèse d'une pollution ancienne de la nappe, due peut-être aux déchets d'une usine militaire d'enrichissement d'uranium. Vendredi 18 juillet se réunira, à Valence, la Commission d'information des grands équipements énergétiques du Tricastin (Cigeet). La séance s'annonce houleuse.

 


Nucléaire/nappes phréatiques: les écologistes veulent aller plus loin

17/7/2008 - La vérification des nappes phréatiques situées près de l'ensemble des centrales nucléaires françaises est un pas dans la bonne direction mais la mesure doit être élargie, estiment jeudi les organisations écologistes.Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo a annoncé jeudi dans Le Parisien qu'il souhaitait faire vérifier toutes les nappes phréatiques près de l'ensemble des centrales nucléaires après l'incident qui la semaine dernière sur le site de Tricastin.Le Réseau "Sortir du nucléaire" se "félicite", dans un communiqué, de cette décision. Mais, précise-t-il, de nombreux autres sites doivent faire l'objet de mesures similaires. "Au delà des 19 centrales nucléaires EDF, la France est parsemée de sites nucléaires exploités en général par Areva, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA)", souligne le texte.L'organisation anti-nucléaire estime par ailleurs que, pour que les résultats "ne puissent souffrir d'aucun soupçon", ces prélèvements doivent être faits par des organismes indépendants "n'ayant aucun lien avec les industriels du nucléaire ni avec l'Etat français".De son côté, l'organisation Greenpeace souligne qu'elle ne peut "que soutenir" cette initiative mais qu'elle doit être élargie à tous les sites nucléaires: sites de traitement des matières, anciennes mines d'uranium, sites militaires et centres de stockage des déchets."De manière générale, Greenpeace s'étonne de cette soudaine et tardive préoccupation au sujet des problèmes de pollution posés par le nucléaire", ajoute le communiqué. Près de dix jours après l'incident de Tricastin, des doutes persistent sur l'état général de pollution de la zone, certaines concentrations en uranium restant inexpliquées.

 


Le Parisien, 17/7/2008: 

« Ça fait peut-être vingt ans qu'on boit de l'eau contaminée »

SYLVIE EYMARD, mère de famille dont l'eau du puits est souillée par l'uranium

INSTALLEE depuis une dizaine d'années à Bollène (Vaucluse), Elisabeth Serinian possède actuellement le puits de forage le plus surveillé de l'Hexagone, puisque depuis une semaine, chaque jour, des employés de l'usine Socatri (groupe Areva) y effectuent des prélèvements.

Baptisé AEP 4 (alimentation eau potable n° 4), ce puits qui plonge dans la nappe phréatique présente des taux de concentration en uranium anormalement élevés : jusqu'à 70 microgrammes par litre (70 µ/l) quand l'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une concentration maximale de 15 µ/l. « Le plus curieux, c'est que ces taux varient énormément.

Aujourd'hui (NDLR : hier) on est à 5 µ/l alors que la veille on était à 19 µ/l. Les chiffres les plus élevés ont été prélevés dans mon ballon d'eau qui, au fil du temps, semble avoir ramassé beaucoup d'uranium. Mais le problème c'est qu'on ne sait pas d'où ça vient, et surtout depuis quand », détaille cette mère de famille qui ne cache pas son « inquiétude ».

« Je ne peux m'empêcher de réfléchir aux conséquences éventuelles de cette pollution sur mes enfants »

Mère de deux enfants de 13 et 7 ans, sa voisine Sylvie Eymard est bien obligée de se poser les mêmes questions. Les prélèvements effectués dans le puits qui alimente sa villa dépassent également 15 µ/l (16,5 µ/l mardi par exemple). « Personne ne sait d'où vient cette pollution, déplore-t-elle. Ça fait peut-être vingt ans qu'on boit de l'eau contaminée, mais je préfère ne pas y croire pour l'instant. Je ne peux non plus m'empêcher de réfléchir aux conséquences éventuelles de cette pollution sur mes enfants. » Pour l'heure, personne ne peut faire le lien entre cette pollution et la fuite d'uranium de la semaine dernière à la Socatri.

Les spécialistes imaginent plutôt l'existence d'une pollution à l'uranium plus ancienne de la nappe phréatique. « Sans cette fuite, on n'aurait jamais contrôlé mon puits et je continuerais peut-être à m'empoisonner en buvant cette eau », insiste Sylvie Eymard.

Depuis l'incident, chez les Eymard comme chez les Serinian, l'utilisation des puits est interdite. « On n'a même plus le droit de se laver avec notre eau, ça fait bizarre », souffle Elisabeth Serinian. La mairie de Bollène a mis à disposition des deux foyers des bouteilles d'eau minérale. Les analyses d'urine pratiquées dans les deux familles n'ont révélé aucune trace suspecte.



Le Parisien, 17/7/2008: 

Borloo: « Il faut vérifier les nappes phréatiques près de toutes les centrales »

Interview de JEAN-LOUIS BORLOO, ministre de l'Ecologie

Vous rencontrez aujourd'hui la présidente d'Areva. Que comptez-vous lui dire ?

Jean-Louis Borloo. Je lui ai déjà demandé d'aller sur place, de faire un audit interne et de tirer toutes les conséquences qui s'imposent s'il s'avère que des fautes professionnelles sont à l'origine de cet incident.

J'avais déjà demandé à Anne Lauvergeon que des sanctions soient prises quand l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu, au lendemain de l'incident, un rapport qui pointait notamment des négligences en matière de maintenance. Ce rapport a été transmis au parquet et nous serons extrêmement sévères. Même s'il ne s'agit pas ici d'un incident nucléaire mais d'un dysfonctionnement au niveau de l'entretien de la centrale, lorsqu'on travaille dans le domaine du nucléaire, aucune négligence ne peut exister [Baratin, sans négligence, le nucléaire s'arrête!]. Et la transparence doit être exemplaire.

Cela n'a pas été le cas ?

Comme il ne s'agissait pas d'un incident sur la centrale nucléaire elle-même, mais d'une pollution, certains ont peut-être eu tendance au début à traiter le sujet comme une pollution classique. Mais une pollution dont l'origine provient d'une centrale nucléaire ne peut pas être traitée comme n'importe quelle autre.

Pourquoi avez-vous saisi hier le Haut-Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire ?

Précisément parce que je veux une totale transparence sur ce dossier. J'ai installé ce Haut-Comité le 18 juin dernier et moins de quatre semaines après je le saisis. Il s'est réuni immédiatement en session extraordinaire pour faire le point sur l'incident. Il a déjà pu auditionner l'industriel, l'Autorité de sûreté nucléaire, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et les préfets en charge du dossier.

Qu'attendez-vous de lui ?

La transparence, la transparence, la transparence... Je ne veux pas que les gens aient le sentiment que l'on cache la moindre chose. Dans un premier temps, le Haut-Comité va suivre les conséquences de l'incident, notamment au niveau local. Mais je souhaite qu'il se penche sur la situation radio-écologique de l'ensemble des sites nucléaires et que l'on vérifie notamment l'état des nappes phréatiques situées près de toutes les centrales nucléaires françaises. Il faut faire un état des lieux et j'attends du Haut-Comité une analyse.

Certaines concentrations en uranium dans les eaux des nappes phréatiques ont été relevées et restent inexpliquées. Ce qui inquiète les riverains...

Le préfet du Vaucluse a maintenu les mesures de restriction d'utilisation et de consommation de l'eau prises à la suite de l'incident. Mais l'IRSN, l'ASN et le ministère de la Santé étudient actuellement une levée partielle des restrictions. Le ministère de la Santé suit de près tous les captages d'eau potable. On peut lui faire totalement confiance [comme pour le nuage de Tchernobyl ?]. Pour la bande des 100 mètres autour de la Gaffière et du Lauzon (NDLR : les cours d'eau les plus proches de la centrale), les restrictions ne pourront en revanche être levées que sur la base de plus amples mesures de surveillance, notamment sur les poissons, les végétaux et les sédiments.

« On me dit que tout est sous contrôle. Je veux m'en assurer »

La présence, dans l'enclave du Tricastin de déchets radioactifs d'origine militaire est-elle responsable de ces concentrations anormales d'uranium ?

Impossible de le dire pour l'instant. Mais la loi de 2006 préconisait un recensement précis de tous les sites contenant des déchets nucléaires et visait à s'assurer que ces déchets étaient en attente de retraitement dans des conditions convenables de conservation. J'ai donc demandé un rapport au Haut-Comité sur le traitement de ces déchets, deux ans après le vote de cette loi. On me dit que tout est sous contrôle. Je veux m'en assurer.



Le Parisien, 17/7/2008: 

Tricastin: une enquête épidémiologique est en cours

« Y A-T-IL plus de cancers autour du site du Tricastin qu'ailleurs ? » Simple et abrupte, cette question cruciale fait actuellement l'objet d'une vaste enquête.

Au mois de mars 2007, la Cigeet (Commission d'information des grands équipements énergétiques du Tricastin), dont les réunions rassemblent acteurs publics et privés, a adopté à l'unanimité le lancement d'une étude épidémiologique sur l'impact sanitaire du site sur la population alentour. « Comme la plupart des habitants de ce département, je suis favorable à l'industrie nucléaire. En même temps, la transparence et la sécurité sont indispensables. Il y a une demande légitime de la part de la population. C'est pourquoi nous lançons cette enquête car nous voulons savoir si la mortalité par cancer est plus élevée autour du Tricastin qu'ailleurs et si le site en est éventuellement à l'origine », explique Didier Guillaume, le président du conseil général de la Drôme et président de la Cigeet depuis 2004. Le premier à avoir souhaité le lancement de cette étude est Jean-Pierre Morichaud. Ingénieur physico-chimiste, ce militant écologiste siège à la commission en tant que représentant de la Frapna, une association de protection de l'environnement. « On entend régulièrement dire qu'il y a de nombreux cas de cancers ici, il fallait en avoir le coeur net », confie-t-il. Le projet retenu par la Cigeet est ambitieux. L'étude épidémiologique portera sur trois éléments : sur un périmètre défini autour de la centrale, déterminer le nombre de décès par cancer dans chaque commune, compter le nombre d'arrêts de travail de longue durée dus à cette pathologie et évaluer les cas de leucémie dont souffrent les enfants. Des comparaisons pourront ensuite être faites pour évaluer l'impact de la centrale. Chiffrée entre 30 000 et 50 000 ¤ , cette étude sera financée à parts égales par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et le conseil général de la Drôme.


Lire:
Le risque de leucémie augmente près des centrales anglaises et allemandes, et en France ???

 


Nucléaire: face aux interrogations de l'incident de Tricastin, nouvelles vérifications

17/7/2008 - Face aux interrogations qui ont surgi dans la foulée de l'incident du site nucléaire de Tricastin, le gouvernement a exigé jeudi la vérification de l'état des nappes phréatiques situées "près de toutes les centrales nucléaires françaises". "Il faut faire un état des lieux", a déclaré le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo dans un entretien au Parisien, réclamant "la transparence, la transparence, la transparence".

De son côté, le groupe nucléaire Areva a admis des dysfonctionnements et regretté que les équipes de sa filiale Socatri, dont le dirigeant a été remplacé, aient "clairement sous-estimé" les inquiétudes suscitées par l'incident. Citant "un manque de coordination évident", il souligne que "l'erreur de l'exploitant est aussi d'avoir attendu les résultats des mesures complémentaires pour prévenir les autorités". La dirigeante du géant français du nucléaire, Anne Lauvergeon, est attendue vendredi sur place.

La présence dans la nappe proche de Tricastin de points de concentrations en uranium inexpliqués, sans lien avec l'incident car mis en évidence avant, suscitait toujours jeudi de multiples questions toujours sans réponses. "L'accident qui s'est produit la semaine dernière a mis en lumière ce sujet sous un angle nouveau", reconnaît Didier Champion, directeur de l'environnement au sein de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui souligne que des investigations "avaient été déjà engagées" avant le 8 juillet.

Pour les écologistes, les questions sans réponse qui entourent l'affaire de Tricastin démontrent que l'impact environnemental de la technologie nucléaire n'est pas maîtrisé. Si le réseau "Sortir du nucléaire" s'est félicité de la décision du gouvernement, il a cependant estimé que d'autres sites devaient faire l'objet de mesures similaires [Voir la carte des poubelles nucléaires]. "Au delà des 19 centrales nucléaires EDF, la France est parsemée de sites nucléaires exploités en général par Areva, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), ou l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA)", a-t-il rappelé.

Les députés Verts ont de leur côté réclamé la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire pour analyser "les dysfonctionnements de la filière nucléaire française en matière de sécurité". Jeudi, l'IRSN a affirmé que les produits des jardins potagers et des cultures étaient aptes à la consommation. Selon des prélèvements effectués trois jours après l'incident, l'impact du rejet accidentel sur l'environnement est "faible" et n'a "en conséquence, pas d'impact sanitaire". Les eaux souterraines représentent moins de 1% des échantillons mesurés par l'IRSN. La majorité des quelque 30.000 prélèvements dans l'environnement effectués chaque année portent sur des "poussières atmosphériques", la menace principale sur la santé publique en cas d'accident nucléaire portant sur l'air respiré.

Concrètement, la surveillance des eaux souterraines se révèle plus complexe que celle des eaux de surface. Si dans une rivière, la circulation permet d'assurer un mélange constant de l'eau, les nappes phréatiques ont des comportements beaucoup plus "hétérogènes". "Avant d'aller tête baissée mesurer les nappes phréatiques sur tout le territoire