6/12/2007 - L'Etat a commis une faute en ne prenant pas "de mesures adaptées" face au passage du nuage radioactif de Tchernobyl, a estimé jeudi la commissaire du gouvernement du tribunal administratif de Bastia. Mais il n'est pas possible pour autant d'établir une relation de cause à effet entre la survenue de cancers en Corse et le nuage radioactif, a-t-elle ajouté. Le tribunal avait été saisi par deux Corses atteints d'un cancer de la thyroïde après l'explosion de la centrale nucléaire ukrainienne. La Corse a été la première région française atteinte par le nuage radioactif, le 29 avril 1986, trois jours après l'explosion d'un des réacteurs. Pour la commissaire du gouvernement, Geneviève Vescovali, il y a faute de l'Etat en raison de "l'absence de toute mesure adaptée aux risques éventuels inhérents à une augmentation de la radioactivité". Elle a cependant ajouté que "l'existence d'un lien de causalité, certain et direct, entre la présence du nuage radioactif et la survenance de la maladie des requérants n'est pas établi". Mme Vescovali a en outre écarté l'argument des avocats des plaignants selon lesquels l'information du public aurait été insuffisante et même volontairement falsifiée. Cet avis a été vivement contesté à l'issue de l'audience par l'avocat des plaignants Me Emmanuel Ludot : "Cela revient à dire que l'Etat a le droit de polluer quand il veut, où il veut puisque il n'est jamais possible de prouver avec certitude un lien de causalité, ni dans cette affaire, ni dans les contaminations de l'hépatite C, ni dans l'affaire du sang contaminé...". Le tribunal administratif de Bastia rendra sa décision le 20 décembre.
Lire: L'interview de Pierre Pellerin réalisée par Alexandre Sidorenko le 19 juin 1989 pour le journal Kiev-Soir
Voir:
- La vidéo du JT d'A2 du 30/4/1986, ou le professeur Jean Chanteur, directeur adjoint SCPRI se montre très rassurant sur les risques de pollution en France.
| - "Le
mensonge français" Un documentaire sur les mensonges des "autorités" sur le nuage de Tchernobyl, à noter les témoignages de pompiers corses de l'époque et de certains membres du personnel de centrales nucléaires. Une enquête signée Sophie Le Gall et Matthieu Lère, 24mn en Realvideo 33Kb. |
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| - "Tchernobyl
Autopsie d'un nuage" Un documentaire sur les conséquences de Tchernobyl, 50mn en Realvideo 33Kb. Rappel: Cent-vingt cinq personnes souffrant de cancers ou d'affections de la thyroïde ont déposé plainte à Paris, dans le cadre d'une enquête ouverte sur les éventuelles conséquences sanitaires en France de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. |
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NouvelObs, 8/10/07:
La surveillance en France était artisanale
A propos du professeur Pierre Pellerin, l'ancien patron du Service de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI):

" On aurait pu croire, que le développement du nucléaire civil en France, avec le poids croissant d'EDF sur la technique, allait quelque peu " civiliser " les services tournés vers la protection du public comme le SCPRI, les détacher doucement de leurs traditions guerrières. Il s'est produit le contraire: avec l'intrusion en force du nucléaire, c'est le secteur de l'énergie lui-même qui s'est subrepticement militarisé, comme en fait foi le nouveau serment, encore plus restrictif, auquel sont obligés depuis 1983 les ingénieurs et techniciens chargés de la protection et du contrôle des matières nucléaires.
On trouvera [en lien] le décret de 1966 visant les membres du SCPRI, signé de Georges Pompidou, et celui de 1983 visant les travailleurs du cycle du combustible nucléaire, signé de Pierre Mauroy, et, entre autres, de Rober Badinter. "
Extrait du livre "Crépuscule des atomes", Louis Puiseux, 1986.
PARIS (31/8/2006) - Le professeur Pierre Pellerin, poursuivi dans l'enquête sur le passage en France du nuage radioactif de Tchernobyl en 1986, a assuré devant la juge avoir totalement respecté la réglementation sur la protection des populations, ce que la Criirad, partie civile, conteste. "Aucune réglementation applicable à l'époque n'a été violée de quelque façon que ce soit par mon service et par moi-même", a assuré le professeur Pellerin lors d'une audition le 19 juin devant la juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy dont l'AFP a eu connaissance.
L'ancien responsable du Service de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) a été mis en examen le 31 mai par la magistrate pour "tromperie aggravée". La justice lui reproche notamment d'avoir été responsable du maintien, de l'introduction et de l'exportation de denrées alimentaires dangereuses pour la santé, car dépassant les normes fixant les taux de radioactivité présentant des risques pour la santé.
Plus de 500 victimes de maladies thyroïdiennes sont parties civiles. Interrogée par l'AFP, la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) dénonce la mauvaise foi de M. Pellerin. "La justice détient des dizaines de certificats signés de sa main affirmant que des lots d'aliments importés sont +consommables sans restriction+ alors que les analyses révélaient des niveaux de contamination très supérieurs aux limites fixées par un règlement européen du 31 mai 1986 d'application obligatoire en France", affirme-t-elle.
Le SCPRI avait pour mission de surveiller le niveau de contamination du territoire et d'alerter en cas de problème ses ministères de tutelle, dont celui de la Santé. Après le passage en France du nuage lié à l'explosion de la centrale ukrainienne de Tchernobyl, le 26 avril 1986, il affirmait que "l'élévation relative de la radioactivité" en France était "très largement inférieure au limites réglementaires et qu'il faudrait imaginer des élévations 10.000 ou 100.000 fois plus importantes pour que commencent à se poser des problèmes significatifs d'hygiène publique". "Il y a eu en 1986 une cacophonie totale dénoncée par les organismes internationaux sur les limites d'application obligatoire. On a présenté comme des limites réglementaires des références qui n'avaient aucun fondement ni scientifique ni réglementaire. Je m'en suis tenu, en ce qui me concerne, à la réglementation française et à la directive Euratom du 15 juillet 1980", s'est défendu M. Pellerin.
Interrogé par la juge sur la non-prise en compte de normes européennes plus restrictives, M. Pellerin a expliqué que, selon lui, ces recommandations n'étaient pas "contraignantes". La commission européenne recommande toujours "de tenir compte des conditions économiques et sociales des Etats membres", justifie-t-il.
"Les directives européennes qui obligent les Etats membres à tenir compte des spécificités anatomiques et physiologiques des enfants sont totalement contraignantes. Aucun Etat ne peut invoquer des conditions économiques pour s'en exonérer", répond la Criirad rappelant qu'un enfant en bas âge était dix fois plus vulnérable qu'un adulte à l'iode 131 véhiculé par le nuage radioactif. "Et de fait, en France, beaucoup d'enfants, notamment en Corse, ont reçu à la thyroïde des doses très supérieures aux limites de la réglementation française et européenne", conclut l'association.
Le Figaro, 18 juillet 2006:
Dès mai 1986, un haut fonctionnaire
dénonçait le pouvoir excessif du patron du Service
central de protection contre les rayonnements ionisants.
AUJOURD'HUI, le professeur Pellerin est convoqué chez le
juge qui enquête sur les conséquences de la catastrophe
de Tchernobyl en France. Patron du Service central de protection
contre les rayonnements ionisants (SCPRI) pendant près
de quarante ans, l'homme aujourd'hui âgé de 82 ans
a été mis en examen pour «tromperie»
le 31 mai dernier, vingt ans après l'accident. Il est soupçonné
d'avoir minimisé l'ampleur des retombées du nuage
en France, ce qui aurait empêché de prendre les mesures
de prévention rapidement adoptées dans les pays
voisins.
Au cours de ces rendez-vous, Pierre Pellerin livre pour la première
fois sa vérité à Marie-Odile Bertella-Geffroy
en charge du dossier. C'est un homme déterminé qui
se rend au pôle judiciaire de santé publique. «Il
est heureux de pouvoir s'expliquer car il estime n'avoir rien
à se reprocher», raconte son avocat Me Georges
Holleaux. Au magistrat, le scientifique a remis un courrier pour
lui demander de laisser ses collaborateurs en dehors de la procédure,
sur le mode «J'étais le directeur, je suis le
seul responsable...».
Pierre Pellerin dit avoir pris soin
d'informer Matignon ainsi que les ministres concernés ou
leurs plus proches collaborateurs.
L'étau judiciaire se resserre sur cet homme clef du dossier.Le
10 juillet dernier, il a dû s'expliquer sur un document dont Le Figaro
a eu connaissance. La note était
destinée au premier ministre de l'époque, Jacques
Chirac. Elle lui avait été adressée le 27
mai 1986 par Michel Lajus, le secrétaire général
du comité interministériel de la sûreté
nucléaire (SGCISN) qui y fait un bilan d'étape un
mois après la catastrophe. Il critique surtout vertement
les méthodes du spécialiste du nucléaire
en France. «Malgré une compétence que nul
ne songe à lui contester (...) le SCPRI n'apporte pas à
tous les partenaires (...) tout le concours qu'ils sont en droit
d'attendre de lui». Dans ce même document, Michel Lajus poursuit
«le directeur du service (NDLR : Pierre Pellerin)
s'arroge un pouvoir d'appréciation sur l'opportunité
de communiquer des informations à l'égard des pouvoirs
publics et du SGCISN, je considère cette attitude comme
une entrave de fait à leur bon fonctionnement en infraction
directe avec les textes réglementaires... Lorsqu'il s'agit
de l'information des médias et du public, il s'agit de
l'appropriation au niveau d'un service d'une responsabilité
gouvernementale et d'ordre politique lourde de conséquence
comme on vient de le voir».
Pour les parties civiles, ces quelques lignes illustrent les dysfonctionnements
qu'elles traquent depuis plusieurs années. «C'est
la confiscation du pouvoir politique par un fonctionnaire surpuissant
et omniprésent», constate Me Bernard Fau, l'avocat
de l'association des malades de la thyroïde.
Le gouvernement informé
Dans son audition, Pierre
Pellerin ne fait pas mystère d'avoir dû gérer
avec quelques collaborateurs, le mercredi 30 avril, veille de
jour férié, ce péril sanitaire. Il dit avoir
pris soin d'informer Matignon ainsi que les ministres concernés
ou leurs plus proches collaborateurs : Madelin à l'Industrie,
Carignon à l'Environnement, Guillaume à l'Agriculture. Mais quelles sont les données dont disposait
réellement le patron du SCPRI au moment où il déclare
à ses autorités politiques de tutelle et à
la presse le 30 avril 1986 à minuit : «Ce jour,
situation dans l'ensemble stationnaire. On note cependant sur
certaines stations du Sud-Est, une légère hausse
de la radioactivité atmosphérique non significative
pour la santé publique».
Vingt ans après les faits, plusieurs associations de victimes
attendent le véritable scénario de la catastrophe.
Pour l'instant, aucune étude ne permet d'établir
un lien scientifique entre le nuage et le cancer de la thyroïde.
Les poursuites judiciaires restent suspendues à ces interrogations.
Marie-Christine Tabet
Dossier Tchernobyl / Instruction de Mme Bertella-Geffroy
Mise en examen du Pr Pierre PELLERIN / Scandale à Académie
des sciences
Cf. dépêche AFP et article du Monde de ce jour
Communiqué de la CRIIRAD
La « mise au point historique »
sur Tchernobyl publiée en 2003 par l'Académie des
sciences, censée rétablir la vérité,
invalider les mesures de la CRIIRAD et disculper définitivement
le professeur Pierre PELLERIN a été rédigée...
Réalisées à la demande
de Mme Marie-Odile BERTELLA-GEFFROY, magistrate en charge de la
plainte contre X déposée par la CRIIRAD et l'AFMT,
les écoutes téléphoniques
ne laissent aucune place au doute :
MM Pierre GALLE, Jean COURSAGET et Raymond PAULIN les 3
éminents professeurs qui ont signé l'article
ne sont que des PRÊTE-NOMS !
Ainsi que Pierre PELLERIN le déclare lui-même en
2003 à l'un de ses interlocuteurs, l'article devait « tout
casser » au niveau de l'instruction et constituer
« une référence incontournable ».
De fait, les erreurs, contrevérités et dissimulations
qui émaillent la « mise au point historique »
ont été reprises largement et sans aucune distance
critique par nombre de « scientifiques ».
Pour ne citer que le dernier exemple en date, on lit dans Le
Monde du 30 juin 2006 (Pierre Pellerin serein sur son nuage)
que Mme COLAS-LINHART soutient que les mesures de la CRIIRAD
ne tiennent pas compte du césium 137 militaire et surévaluent
par conséquent les dépôts de Tchernobyl. Déclaration
fausse et diffamatoire à l'égard de notre laboratoire
qui découle en droite ligne de l'article publié
par l'Académie des sciences. Les seules bonnes mesures
auraient été effectuées par le SCPRI que
dirigeait alors le Pr PELLERIN. Le fait que les valeurs publiées
en mai 1986 par cet organisme sous-évaluaient la contamination
d'un facteur 100 à 1 000 ( !) continue d'être
passé sous silence par la quasi-totalité des « scientifiques »
officiels.
Cette persistance dans la désinformation, entretenue au
plus haut niveau de la hiérarchie scientifique, est tout
aussi inquiétante, si ce n'est plus, que les fautes commises
en 1986.
Choquée par le contenu de l'article, la CRIIRAD avait demandé
dès 2005 à la juge d'instruction l'audition des Professeurs GALLE, COURSAGET et PAULIN.
Communiqué du 13 avril 2004 : « Bien que publié sous couvert de l'Académie des Sciences, cet article contient un nombre élevé d'affirmations tendancieuses, voire carrément fausses. La CRIIRAD souhaite que les auteurs soient invités à s'expliquer sur le contenu et les objectifs de leur publication. En effet, toutes les anomalies identifiées visent à dégager la responsabilité du SCPRI et à discréditer le travail scientifique des laboratoires qui ont mis en cause ses évaluations.
Compte tenu de l'instruction judiciaire en cours, la publication d'un tel article par l'une des plus hautes institutions scientifiques françaises n'a rien d'anodin (ni, peut-être, de fortuit).
Connaissant aujourd'hui le véritable
rôle qu'ont joué ces personnalités, leur audition
s'impose plus que jamais.
Par ailleurs, la CRIIRAD a adressé ce jour, à M.
BRÉZIN, président de l'Académie des sciences,
un courrier recommandé avec accusé de réception
demandant un rectificatif
public, une enquête interne et un droit de réponse.
Pour plus d'information,
vous trouverez sur le site de la CRIIRAD, www.criirad.org à partir de ce jour
18h :
1/ un texte explicatif
2/ la lettre de la CRIIRAD au président et
aux membres de l'Académie des sciences (en Word .doc)
Le Monde, 12//7/06:
Des écoutes téléphoniques le montrent : le professeur Pierre Pellerin, ancien directeur du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), serait le véritable auteur de la "mise au point historique" sur l'affaire du nuage de Tchernobyl publiée en 2003 dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences. Cet article concluait qu'"en France, les retombées ont été très inférieures à celles qui auraient pu justifier des contre-mesures (sanitaires) préventives", dédouanant ainsi... le professeur Pellerin, responsable en 1986 du contrôle des retombées du nuage. Le document était pourtant signé par Pierre Galle, Raymond Paulin et Jean Coursaget, trois spécialistes de médecine nucléaire et de radiotoxicologie.
Photo
prise au Vésinet le 16 octobre 1986 du professeur Pierre
Pellerin, visitant les laboratoires du service de protection contre
les rayonnements ionisants dont il était le directeur.
La Commission de recherches et d'informations indépendantes
sur la radioactivité lui reproche d'avoir minimisé
l'impact sur la santé des Français des retombées
radioactives consécutives à l'accident de la centrale
nucléaire de Tchernobyl en avril 1986.
L'explication figure dans le dossier d'instruction
de la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, qui a mis en examen,
le 31 mai, M. Pellerin pour "tromperie aggravée"
dans l'affaire de l'impact sanitaire de l'explosion de la centrale
nucléaire.
Perquisitionnant l'Académie des sciences, la magistrate
avait saisi les versions successives de cet article scientifique
qui dédouanait le service central de protection contre
les rayonnements ionisants (SCPRI) et son ancien patron de toute
minimisation des risques sanitaires liés au passage du
panache radioactif.
S'interrogeant sur la paternité de l'article, un récent
rapport d'expertise commandé par la juge estimait que "M.
Pellerin était intervenu sur (sa) rédaction".
Il concluait : "On peut se demander d'ailleurs s'il n'en
est pas lui-même le rédacteur."
Des écoutes posées sur la ligne du professeur Pellerin
viennent accréditer ce soupçon. Le 16 juillet 2003,
appelant le cabinet de son avocat, il explique à une collaboratrice
de celui-ci qu'il va lui remettre une nouvelle version d'un rapport
déposé à l'Académie des sciences.
"J'aimerais avoir votre avis, dit-il, sur ce document
que je ne signe pas mais que j'ai rédigé à
98 % et que mes collègues Coursaget, Galle et Paulin prennent
sous leur entière responsabilité. C'est entendu
que c'est eux qui l'ont rédigé avec mon aide."
Quelques jours plus tard, il explique à une correspondante
du Commissariat à l'énergie atomique : "Galle
et Coursaget ont fait un travail de relecture. Toute la partie
technique, c'est moi qui l'ai faite, et je ne signe pas pour la
bonne raison que si j'avais signé, (l'article) n'aurait
pas été accepté."
Une autre conversation est édifiante : redoutant de devoir
s'expliquer devant la justice, l'académicien Pierre Galle,
premier signataire de l'article, appelle, le 19 novembre 2003,
M. Pellerin, pour lui demander où il est censé avoir
puisé les données qui ont nourri l'article. Aussitôt,
Pierre Pellerin lui donne, presque mot pour mot, la réponse
figurant dans le deuxième point de l'article de l'Académie
que M. Galle est censé avoir rédigé.
La genèse du document a été laborieuse. Soumis
le 17 juillet 2002 à l'Académie, l'article n'a été
accepté qu'un an plus tard, le 9 juin 2003, et publié
en septembre. Etait-on conscient, Quai Conti, de l'implication
de Pierre Pellerin dans sa rédaction ?
Jean Dercourt, secrétaire perpétuel de l'Académie,
se dit "estomaqué" par le contenu des
écoutes téléphoniques. Si leur teneur venait
à être prouvée en justice, indique-t-il, les
Comptes-Rendus de l'Académie publieraient une mise
au point. Il précise que l'article de 2003 ne constitue
pas la position officielle de l'Académie sur Tchernobyl,
mais qu'il avait été publié avec la mention
"débat", et qu'à ce titre une éventuelle
réponse serait examinée avec le même soin.
Selon la procédure, l'avis des mêmes relecteurs serait
sollicité, mais aussi celui des auteurs initiaux...
Malgré plusieurs relances, Le Monde n'a pas réussi
à joindre MM. Galle et Coursaget. Quant à Jean Paulin,
il a coupé court : sa contribution se serait bornée
à enrichir le texte de données provenant de l'Institut
qu'il a dirigé à Marseille. Il affirme n'avoir eu
"aucune relation avec Pellerin depuis vingt ans".
L'avocat de M. Pellerin, Me Georges Holleaux, sollicité
à plusieurs reprises, n'a pas donné suite.
La Commission de recherche et d'information indépendantes
sur la radioactivité (Criirad), partie civile dans le dossier,
réclame l'audition des cosignataires par la juge. Contestant
les conclusions de leur article, l'association les accuse d'avoir
"abusé de leur notoriété et de celle
de l'Académie pour faire croire à une validation
extérieure du travail du SCPRI et du professeur Pellerin
et ainsi influencer l'instruction et l'opinion publique".
Hervé Morin et Cécile
Prieur
Le monde, 30/6/06:
A son propos circulent toutes les légendes. Il aurait arrêté le nuage de Tchernobyl à la frontière ; aurait fait construire un hôpital dans un abri antiatomique sous l'établissement qu'il dirigeait ; aurait continué à hanter les lieux, de nuit, bien après son départ à la retraite... Pierre Pellerin, qui dirigeait le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) en 1986, continue de fasciner, vingt ans après l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl.
Mis en examen, le 31 mai, pour "tromperie
aggravée" par la juge d'instruction Marie-Odile
Bertella-Geffroy dans le dossier des conséquences du passage
sur la France du nuage radioactif, le professeur Pellerin, 82
ans, est soupçonné d'avoir minimisé l'impact
sanitaire de ces retombées.
Depuis sa mise en examen, il a rendez-vous tous les mardis avec
la juge pour des auditions qu'il transforme en cours magistraux
sur le nucléaire. C'est que l'affaire a réveillé
la combativité du
vieux monsieur, qui réclamait depuis
le dépôt de la plainte, en 2000,
par la Commission de recherche et d'information indépendante
sur la radioactivité (CRII-Rad) et l'Association française
des malades de la thyroïde (AFMT), de livrer sa version des
faits. S'il refuse toujours de parler aux médias, il reste
fermement convaincu d'avoir pris les bonnes décisions dans
la gestion de la crise : aux avant-postes en 1986, il est, à
ce jour, la seule personne à être directement mise
en cause dans l'affaire.
L'homme est un pur produit de la "nucléocratie"
française. Médecin électroradiologiste, médecin
du travail, agrégé de biophysique, il a fondé
le SCPRI en 1956 et en est resté l'inamovible directeur
jusqu'en 1992. A l'origine dépendant de l'Inserm, placé
sous la tutelle du ministère de la santé, le SCPRI
est très vite devenu un acteur incontournable du secteur
nucléaire, fort en 1986 de 120 salariés, contre
3 à l'origine. Sis au Vésinet (Yvelines), il est
chargé de la protection de la population contre la radioactivité
: il effectue des mesures dans l'environnement, dans et autour
des installations nucléaires, et établit normes
et techniques de prévention. Ses prérogatives et
son autonomie en font alors quasiment un Etat dans l'Etat.
Le patron du SCPRI est décrit comme "un autocrate
de dimension unique". "Il avait notamment sous
ses ordres deux adjoints, qu'il méprisait de façon
joyeuse", se souvient Jean-Claude Zerbib, ancien ingénieur
de radioprotection du Commissariat à l'énergie atomique
(CEA), qui reste encore ébahi par "sa répartie
et son toupet incomparables". Aucune initiative n'était
tolérée : "En réunion, ses adjoints
sortaient toujours cinq minutes avant de donner leur point de
vue, le temps d'en référer à Pellerin",
raconte Jean-Claude Nénot, ancien responsable de la radioprotection
à l'Institut de protection et de sûreté nucléaire
(IPSN). Il cultivait le goût du secret, peut-être
hérité de ses missions sur les sites d'expérimentation
de la bombe française à Reggane (Algérie)
et Mururoa. "C'était un homme difficile, très
rigoureux, qui ne laissait rien passer, et qui vous engueulait
facilement, témoigne Rémy Carle, ancien patron
du parc nucléaire d'EDF. On redoutait de l'avoir au
bout du fil, car il était un peu rude." EDF a
pourtant accepté sans barguigner les exigences du professeur,
qui imposait jusqu'à la couleur des voyants d'alerte des
appareils de mesure.
C'est que Pierre Pellerin est un croisé de l'atome. En
1974, au moment du lancement du programme électronucléaire
français, il estime, devant l'Agence internationale de
l'énergie atomique que "le véritable danger
serait que l'opposition à l'énergie nucléaire
ne se généralise et mette alors réellement
en cause le développement indispensable de cette source
d'énergie particulièrement saine". La même
année, dans les Annales des Mines, il recommande
de "ne pas développer de façon excessive
les mesures de sécurité dans les installations nucléaires
afin qu'elles ne provoquent pas une anxiété injustifiée".
[Les Annales des Mines,
fondée en 1794, sont une des plus prestigieuses et des
plus crédibles parmi les revues publiées par les
grands Corps de l'Etat français.]
Sa soif de contrôle paraît sans limites. Monique Sené,
du Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie
nucléaire (GSIEN) se souvient que dans les années
1980, le GSIEN avait lancé une étude auprès
de médecins alsaciens pour voir comment ils réagiraient
en cas de catastrophe nucléaire. "Pierre Pellerin
avait fait passer une note auprès du conseil de l'ordre
pour s'y opposer", affirme la physicienne. Le chef du
SCPRI n'avait pas non plus été enthousiasmé
par les campagnes du GSIEN en faveur des intérimaires du
nucléaire, dont le suivi des expositions aux rayonnements
était jugé défaillant. "La grande
antienne était de ne pas affoler les populations",
résume Mme Sené.
Lorsque la catastrophe de Tchernobyl survient, le 26 avril 1986,
cette vision a-t-elle pesé dans l'appréciation des
risques ? La France, à la veille des deux ponts traditionnels
de mai, étrenne à peine sa première cohabitation
entre François Mitterrand et Jacques Chirac. L'URSS est
toujours debout, le principe de précaution encore dans
les limbes. Le nucléaire civil, fils de l'atome militaire,
reste une affaire d'initiés.
Pierre Pellerin occupe donc naturellement le terrain : à
partir du 29 avril, le SCPRI diffuse plusieurs dizaines de communiqués,
à la tonalité rassurante - l'IPSN, les ministères
de la santé et de l'agriculture en font autant. Le SCPRI
centralise toutes les mesures réalisées sur le territoire.
Les centres de recherche du CEA, les portiques des centrales EDF
détectent bien le passage du nuage, mais on leur défend
de diffuser des informations au public. "A Saclay, la
direction avait fait interdire un tract explicatif des mesures
que nous avions prises, qui ne montrait pourtant rien de très
inquiétant", se rappelle M. Zerbib.
Alors que les pays voisins mettent en oeuvre une série
de moyens de protection des populations (distribution d'iode,
interdiction de certaines denrées...), la France ne prend
d'abord aucune initiative : Pierre Pellerin affirme, le 2 mai,
que "ni la situation actuelle ni son évolution
ultérieure ne justifient dans notre pays quelques contre-mesures
sanitaires que ce soit". Les médias lui font encore
confiance.
Mais, le 10 mai, tout bascule. Invité du journal de TF1
par Jean-Claude Bourret, le Pr Pellerin a la surprise de trouver
face à lui la physicienne Monique Sené. Désarçonné,
il décrit des retombées radioactives bien plus importantes
qu'admises jusqu'alors. En direct et cartes à l'appui,
il parle de contamination jusqu'à 400 fois supérieure
à la radioactivité déjà présente
dans l'environnement... La thèse du mensonge d'Etat peut
enfler. [Le Monde
toujours égal à lui-même !!!]
Voir:
| "Le mensonge
français" Un documentaire sur les mensonges des "autorités" sur le nuage de Tchernobyl, à noter les témoignages de pompiers corses de l'époque et de certains membres du personnel de centrales nucléaires. Une enquête signée Sophie Le Gall et Matthieu Lère, 24mn en Realvideo 33Kb. |
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La CRII-Rad s'appuie notamment sur l'analyse de Bella Belbeoch, ingénieur docteur, membre du GSIEN, et qui réclame, dès 1987, la démission du professeur pour "incompétence". Mme Belbeoch décortique les nombreuses contradictions entre les communiqués du SCPRI et les données qu'il a diffusées de façon confidentielle, quelques mois plus tard.
Face aux attaques, Pierre Pellerin ne reste
pas inerte. Quiconque insinue publiquement qu'il aurait nié
le passage du nuage sur la France s'expose à des poursuites
en diffamation - Noël Mamère, notamment, en a fait
les frais en 2002. Mais l'homme est loin d'être isolé
: le 14 juin 2005, un prestigieux comité de soutien comprenant
le Prix Nobel de physique Georges Charpak, l'ancien premier ministre
Pierre Messmer, et divers hauts responsables de la filière
nucléaire française écrit au président
de la République pour dénoncer les "odieuses
attaques" lancées contre "ce grand serviteur
de l'Etat" qui a su éviter à la France
"une panique injustifiée".
L'argument est repris par l'éminent cancérologue
Maurice Tubiana, qui
connaît le Pr Pellerin depuis l'agrégation de médecine,
"en 1953 ou 1954". L'ancien directeur de l'Institut
Gustave-Roussy, relève que, dans d'autres pays, le passage
du nuage aurait entraîné une vague d'avortements
"préventifs". Les études épidémiologiques
montrent pourtant des situations contrastées : pas d'avortements
supplémentaires en Finlande, Suède et Autriche,
par exemple, mais une augmentation significative en Italie et
en Grèce.
Pour les défenseurs du Pr Pellerin, l'inquiétude
était d'autant plus injustifiée que les retombées
en France ont été sans commune mesure avec celles
des pays avoisinants la centrale ukrainienne. La biophysicienne
Nicole Colas-Linhart, qui a organisé, le 7 avril un colloque
de "mise au point" rappelle que les essais atomiques,
pratiqués de 1954 à 1966, ont projeté dans
l'atmosphère terrestre 400 fois plus d'iode 131 et 35 fois
plus de césium 137 que l'accident de Tchernobyl. Elle remet
en cause les mesures effectuées par la CRII-Rad en affirmant
qu'elles ne tenaient pas compte de la présence antérieure
de ces radionucléides dans l'environnement.
Au sein du milieu nucléaire, le Pr Pellerin est devenu
un enjeu symbolique. Certains, comme Jean-Luc Pasquier, ancien
directeur scientifique de l'OPRI, organisme qui succéda
au SCPRI en 1994, met en garde contre une relecture "anachronique"
du comportement du Pr Pellerin. "Les moyens à sa
disposition - mesures instantanées, capacités de
modélisation, standardisation des données - étaient
bien moins développés que ceux dont nous disposons
aujourd'hui, qu'il a contribué à développer",
avance-t-il.
D'autres osent le droit d'inventaire, comme à l'IPSN, où
on revisite les données de l'époque pour reconstituer
des cartes de l'impact du nuage, qui se sont progressivement rapprochées
des données de la CRII-Rad. Une modélisation vivement
contestée par le Pr André Aurengo, chargé
par le gouvernement d'un groupe de travail sur le sujet. Même
l'Académie des sciences s'en mêle. Publiée
en 2003, une "mise au point historique"
a repris les données du SCPRI
pour conclure que "les retombées ont été
très inférieures à ce qui aurait pu justifier
des contre-mesures autres que le contrôle des denrées
importées". Problème : selon le
rapport d'expertise versé au dossier d'instruction, "le
Pr Pellerin est intervenu sur la rédaction de cet article".
Interrogé sur ce point, son avocat ne nie pas la relecture
du professeur.
Persuadés de ne pouvoir se faire entendre des médias,
une cinquantaine de médecins ont fait publier, dans Libération
daté 19-20 novembre 2005, un placard publicitaire "à
l'attention des malades de la thyroïde". "Il
n'y a pas d'effet Tchernobyl en France", affirment
les signataires, dont le
Pr
Tubiana, qui voient
dans les malades français des "otages d'un lobby
antinucléaire et juridico-médical".
Voir:
| "Tchernobyl
Autopsie d'un nuage" Un documentaire sur les conséquences de Tchernobyl, 50mn en Realvideo 33Kb. Rappel: Cent-vingt cinq personnes souffrant de cancers ou d'affections de la thyroïde ont déposé plainte à Paris, dans le cadre d'une enquête ouverte sur les éventuelles conséquences sanitaires en France de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. |
![]() |
Hervé Morin et Cécile
Prieur
Le Monde, 2/6/2006:
UNE SILHOUETTE cassée en deux par l'âge, c'est à peu près tout ce que l'on en voyait, mercredi 31 mai, dans les journaux télévisés du soir. Un vieillard, marchant à l'aide d'une canne, entrait dans une annexe du Palais de justice, à Paris. Il n'avait pas un regard pour ceux qui l'accusent de leur avoir menti effrontément, il y a près de vingt ans.
Le professeur Pierre Pellerin, âgé de 83 ans, ancien chef du service central de protection contre les rayonnements ionisants en sortait, quatre heures plus tard, lesté d'une mise en examen pour " tromperie aggravée ". C'est lui qui avait pris en main, en 1986, la communication officielle concernant les risques encourus par la population française après le passage du nuage radioactif de Tchernobyl.
Le but n'était pas alors d'informer le public, mais d'éviter un retournement de l'opinion, acquise jusque-là au nucléaire, alors que la France était en pleine phase de construction de ses centrales.
On a donc inventé cette fable selon laquelle le nuage de Tchernobyl avait respecté les frontières françaises. Les maraîchers, les producteurs de lait, au Danemark, en Allemagne et jusqu'en Ecosse, avaient été mis en garde, et certains produits avaient été interdits à la consommation en raison, en particulier, des risques de cancer de la thyroïde pour les enfants. Pas en France.
Il a donc fallu près de vingt ans pour que la justice identifie enfin celui qui a été le chef d'orchestre de ce mensonge d'Etat. Il n'était pourtant pas difficile à trouver.
On voyait sur TF1 des images d'archives éloquentes. " Il s'agit d'une radioactivité qui est mesurable, mais qui ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique ", disait le professeur Pellerin lors d'une conférence de presse, un mois après l'explosion. " Cela ne menace personne actuellement, sauf peut-être dans le voisinage immédiat de l'usine, et encore, c'est surtout dans l'usine que je pense que les Russes ont admis qu'il y avait des personnes lésées ", ajoutait-il.
On admirera ce " peut-être ", alors que des milliers de gens avaient été contaminés sur place. On voyait encore le même professeur Pellerin commenter une carte de France montrant, région par région, les taux de radioactivité atteints. On sait maintenant que ces chiffres avaient été manipulés.
Les moyennes servaient à masquer les niveaux très élevés atteints dans certaines zones, où le nuage s'était transformé en pluie. Au moment même où, dans ce qui était encore l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev s'efforçait à une certaine transparence, le lobby nucléaire français faisait exactement le contraire.
Communiqué conjoint du jeudi 1er juin 2006:
| CRIIRAD Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité Téléphone : 04 75 41 82 50 Télécopie : 04 75 81 26 48 E-mail : contact@criirad.org Internet : www.criirad.org |
AFMT Association Française des Malades de la Thyroïde BP1 82700 BOURRET Tel/Fax : 05 63 27 50 80 E-mail : asso.thyroide@worldonline.fr |
Réaction des parties civiles : AFMT et CRIIRAD
· L'Association Française des Malades de la Thyroïde et la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité avaient déposé plainte contre X, le 1er mars 2001, conjointement avec une cinquantaine de malades (environ 500 aujourd'hui) afin de faire sanctionner l'incapacité de l'État français à assurer la protection de la population française contre les retombées radioactives consécutives à l'accident survenu à la centrale nucléaire de Tchernobyl le 26 avril 1986.
· Les deux associations se félicitent de la mise en examen du Professeur Pellerin qui était à l'époque directeur du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants et avait, à ce titre, pour principale mission de surveiller la contamination du territoire français et d'alerter si nécessaire le ministère de la Santé afin que des mesures de protection soient prises. Les preuves accumulées depuis 20 ans, et confirmées par l'instruction, démontrent qu'il a complètement failli à sa mission en publiant des chiffres très fortement sous-évalués et en n'assurant pas la protection des populations à risque, et en particulier des enfants.
· La mise en examen de l'ancien directeur du SCPRI constitue un geste fort auquel sont sensibles toutes les personnes qui souffrent aujourd'hui d'une pathologie susceptible d'avoir été provoquée par leur exposition aux retombées de Tchernobyl et tous ceux qui luttent depuis 20 ans aux côtés de la CRIIRAD afin que toute la lumière soit faite sur ce dossier.
· La décision de Mme Bertella-Geffroy intervient alors que les pouvoirs publics couvrent depuis 20 ans les fautes commises en 1986 et que des organismes publics et des personnalités scientifiques de premier plan ont usé de leur notoriété pour réécrire l'histoire et exonérer l'État français et le professeur Pellerin de toute responsabilité. Les associations tiennent d'ailleurs à saluer le travail de la magistrate qui a poursuivi les investigations en dépit des pressions, des obstacles et de l'indigence des moyens attribués au pôle santé publique.
· La CRIIRAD et l'AFMT sont conscientes que la Justice ne pourra sanctionner qu'une petite partie des fautes commises du fait des contraintes de l'action juridique (délais de prescription, défini-tion des chefs d'inculpation, caractère non spécifique des cancers radio-induits, modalités de la charge de la preuve, etc). Cependant, dans un contexte de négation totale et systématique des fautes commises en 1986, la décision de mise en examen sur la base du délit de tromperie aggravée constitue une avancée d'une extrême importance.
· La Justice est en effet, à ce jour, la seule institution à avoir fait un pas vers l'établissement de la vérité et la recherche des responsabilités. Du côté des pouvoirs publics, de la représentation nationale et des services officiels, c'est la politique de l'autruche et le silence qui prédominent ... quand ce n'est pas la complicité active.
· L'AFMT et la CRIIRAD se battent depuis des années pour que la gravité des dysfonctionnements passés soit reconnue et que de telles situations ne puissent pas se reproduire. Elles ne peuvent, malheureusement, que constater qu'en cas d'accident la population n'a pas plus de garantie qu'en 1986 que la défense des intérêts sanitaires l'emportera sur les considérations financières et économiques. L'incapacité à reconnaître les fautes passées laisse mal augurer de l'avenir.
· La démarche conjointe de la CRIIRAD et de l'AFMT est une démarche citoyenne pour que soient préservés la santé et le droit des personnes face aux intérêts particuliers des lobbies nucléaires ou d'une prétendue raison d'État. Elles espèrent que l'actuelle instruction débouchera sur un procès à la hauteur de ces enjeux.
Le Figaro, 1 juin 2006:
L'ancien directeur du service de protection contre les rayons ionisants a été mis en examen hier soir.
LE PROFESSEUR Pierre Pellerin qui a dirigé
pendant près de quarante ans le Service central de protection
contre les rayonnements ionisants (SCPRI), organe chargé
du risque nucléaire, a été mis en examen
hier soir dans le dossier Tchernobyl par le juge Marie-Odile Berthella-Geffroy.
A 82 ans, ce haut fonctionnaire est le premier Français
mis en cause dans cette affaire.
Que lui reproche-t-on ? Il est soupçonné
d'avoir minimisé les retombées du nuage radioactif
en France. Dans leur expertise du 25 novembre 2005, les professeurs
Genty et Mouton considèrent que «la restitution
par le SCPRI des informations n'a été ni complète
ni précise et certaines valeurs ont été occultées».
Dans leurs conclusions, ils écrivent : «La
publication de valeurs moyennes était de nature à
masquer les pics de contamination.»
Pour quelles infractions est-il poursuivi ? Le professeur
Pellerin a été mis
en examen pour tromperie aggravée. Cette qualification,
passible de quatre ans d'emprisonnement, de 72 000 euros d'amende, avait conduit le docteur Michel Garretta, dans l'affaire
du sang contaminé, en prison. La mauvaise information fournie
par Pierre Pellerin aurait conduit à mettre sur le marché
des produits dangereux.
En outre, le scientifique a été placé sous
statut de témoin assisté pour des «blessures
involontaires». Les plaignants affirment que les radiations
leur ont provoqué des cancers de la thyroïde. Pour
l'instant, aucun élément matériel ne permet
de le démontrer.
Pourquoi cette mise en examen vingt ans après ? L'information
judiciaire a été ouverte en mars 2001 à la
suite d'une plainte de l'Association française des malades
de la thyroïde. L'instruction, qui comprend déjà
une vingtaine de tomes, a donné lieu à de multiples
perquisitions au SCPRI et dans différents ministères.
L'expertise demandée par le juge en juillet 2002 lui a
été remise en novembre dernier. C'est ce document
qui met en cause le directeur de SCPRI.
Y aura-t-il d'autres mises en cause ? Un adjoint de l'ancien
directeur du SCPRI serait dans le collimateur.
Des politiques devront-ils rendre des comptes ? Les ministres
de l'Industrie, Alain Madelin, de l'Agriculture, François
Guillaume et de la Santé, Michèle Barzach ont géré
conjointement la crise. Pour l'instant, les parties civiles ne
semblent pas décidées à leur demander des
comptes. «Nous verrons bien ce qui a motivé les
décisions de Pierre Pellerin, explique Bernard Fau,
l'avocat de plaignants, mais il ne s'agit pas d'une chasse
aux politiques.»
Qu'est-ce qui pourrait faire évoluer le dossier ? Les
déclarations du professeur Pellerin ainsi qu'une enquête
épidémiologique conduite en Corse, particulièrement
irradiée. Seule cette étude sanitaire sur un millier
d'écoliers de 1986, scolarisés dans 13 villages,
pourrait établir un lien entre des cancers et le nuage
radioactif.
Marie-Christine Tabet
Communiqué CRIIRAD, mercredi 31 mai
2006:
Dossier TCHERNOBYL
Liste des principales accusations portées par la CRIIRAD
(voir le détail dans le communiqué complet présenté in fine)
Rappel : Pierre Pellerin a joué un rôle déterminant dans la gestion de la crise de Tchernobyl en 1986. En tant que directeur du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants, il avait en effet la charge de la surveillance radiologique du territoire et il devait alerter le ministre de la Santé en cas de problème nécessitant des mesures de protection.
La CRIIRAD accuse M. Pierre Pellerin, directeur du SCPRI,
1. d'avoir diffusé des affirmations absurdes et surtout irresponsables sur l'ampleur réelle de l'accident survenu à la centrale nucléaire de Tchernobyl et d'avoir mis ainsi en danger la santé des habitants de l'ex URSS et de pays très touchés comme la Pologne, en se prononçant contre la distribution d'iode stable, ainsi que la santé des Français qu'il a alors encouragés à se rendre dans les pays contaminés.
2. d'avoir été incapable de rendre compte de la réalité de la contamination et de son évolution et d'avoir publié délibérément des chiffres totalement faux sur l'intensité des dépôts radioactifs : la sous-évaluation a atteint un facteur 1 000 !!!
3. d'avoir triché de façon éhontée sur l'appréciation de la contamination afin de faire croire à un événement complètement insignifiant ne nécessitant aucune mesure de protection, y compris dans les régions les plus contaminées, y compris pour les femmes enceintes et les enfants.
4. d'avoir tout fait pour empêcher la mise en uvre de mesures de protection contre la contamination des produits alimentaires (ceux produits en France et en Europe, comme ceux provenant des pays de l'Est), n'hésitant pas à violer, ce faisant, des textes d'application pourtant obligatoire.
5. d'avoir menti sur les normes de radioprotection, de les avoir utilisées de façon incorrecte et d'avoir été incapable d'assurer la protection des groupes à risque ainsi qu'il en avait l'obligation.
6. d'avoir en particulier privé les enfants de la protection qui leur était due, non seulement en 1986 mais aussi jusqu'à son départ en 1994, grâce à la falsification du décret fondamental de radioprotection.
Toutes ces accusations ont été
détaillées et transmises, preuves à l'appui,
à la Justice.
L'action de la Justice
La CRIIRAD fait totalement confiance à Mme Bertella-Geffroy, magistrate en charge de l'instruction de la plainte contre X déposée le 1er mars 2001, conjointement avec l'AFMT (association française des malades de la thyroïde). Elle a pu mesurer sa détermination malgré l'importance des pressions qui se sont exercées au plus haut niveau.
La CRIIRAD est bien sûr consciente que la Justice ne pourra sanctionner qu'une petite partie des fautes commises du fait des contraintes de l'action juridique (liées notamment aux délais de prescription, aux chefs d'inculpation, à la charge de la preuve en matière de dommages sanitaires, etc).
Toutefois la Justice est la seule institution
qui ait eu le courage, à ce jour, de se saisir du dossier
Tchernobyl. C'est pourquoi, le simple fait que le Professeur Pellerin
ait été convoqué, qu'on lui demande de rendre
compte de ses actes et que sa mise en examen soit envisagée,
constitue une étape d'une extrême importance, un
acte fort attendu depuis très longtemps par la population
française, et tout particulièrement par les personnes
dont la pathologie est susceptible d'avoir été induite
par l'incurie des responsables de 1986.
Le silence des politiques
Du côté des pouvoirs publics,
des responsables de la radioprotection (DGSNR, ASN) comme de l'élite
scientifique, les 20 dernières années sont marquées
par, au mieux, la lâcheté, au pire, la complicité
active. La CRIIRAD n'a pas pour autant l'intention d'abandonner
le terrain. Elle demande aujourd'hui au Gouvernement de démettre
M. André-Claude LACOSTE, directeur de la direction
générale de la sûreté nucléaire
et de la radioprotection (DGSNR dite aussi Autorité de
Sûreté Nucléaire) de tout pouvoir de décision
en matière de radioprotection. Étant donné
que ce haut responsable considère, et a déclaré
publiquement, que la crise de mai 1986 a été gérée
avec sérieux et qu'aucune mesure de protection n'était
justifiée, il est choquant et dangereux qu'il puisse décider
des mesures à prendre (ou à ne pas prendre !)
si la population française était à nouveau
exposée à une contamination.
PS : un communiqué commun AFMT & CRIIRAD sera publié dès que sera connue la décision de Mme Bertella-Geffroy sur la mise en examen éventuelle de M. Pierre Pellerin.
Communiqué CRIIRAD complet:
En 1986, Pierre Pellerin était directeur du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI). L'une des principales missions de ce service était de pratiquer toutes les mesures permettant de déterminer le taux de radioactivité dans tous les milieux où sa présence pouvait présenter un risque pour la santé des populations et d'alerter le cas échéant le ministre de la Santé afin que soient prises les mesures de protection nécessaires..
C'est vers lui que se sont tournés tous les responsables, autorités sanitaires, Préfets, directeurs de DDASS, médecins afin de savoir si la situation nécessitait, ou non, de mettre en oeuvre des mesures de protection. On peut apprécier l'importance que les décideurs lui accordaient à l'époque à travers le courrier que le Préfet de Haute-Corse adressait en 1986 au président de l'Assemblée territoriale : "Seul le SCPRI est en mesure d'analyser les prélèvements réalisés et surtout d'en interpréter correctement les résultats (...) La complexité du sujet ainsi que la multitude des données à recueillir ne permettraient à quiconque d'autre que le SCPRI de donner des indications valables sur l'intensité du phénomène et les mesures à prendre (ou à ne pas prendre)."
Liste des principales accusations portées par la CRIIRAD à l'encontre du directeur du SCPRI, Pierre PELLERIN :
1. Nous accusons M. Pellerin, directeur du SCPRI d'avoir
diffusé des affirmations absurdes et irresponsables sur
l'ampleur réelle de l'accident survenu à la centrale
nucléaire de Tchernobyl et d'avoir mis ainsi en danger
la santé des citoyens de l'ex URSS, des pays de l'Est et
de la France.
Nous accusons en particulier le professeur Pellerin :
· d'avoir affirmé dès le 29 avril et alors qu'il ne disposait d'aucune information : "En ce qui concerne les populations, il y a certes un problème d'hygiène publique, mais pas de réel danger, et certainement pas plus loin que 10 à 20 km au nord de la centrale",
· d'avoir conseillé, dès le 2 mai, le maintien des voyages touristiques en URSS, en indiquant que : "les inquiétudes concernant le tourisme ou les missions en URSS et dans les pays de l'Est sont sans fondement sanitaire. Les autorités soviétiques ont, dès l'origine, bien entendu, consigné toutes les zones où de telles situations auraient pu ou pourraient encore se présenter". Or, à cette date, personne ne savait comment la situation allait évoluer, les rejets radioactifs massifs se sont poursuivis 10 jours durant, du 26 avril au 5 mai, les masses d'air contaminé se dispersant de façon imprévisible, au grès des conditions météorologiques. Les soviétiques ne considèreront la situation maîtrisée qu'à la fin du mois de mai. Rappelons par ailleurs que les premières cartes de contamination ne seront disponibles qu'en 1989 et que des zones très contaminées, situées à plusieurs centaines de kilomètres de Tchernobyl seront alors évacuées.
· d'avoir déconseillé l'utilisation d'iode stable (permettant d'éviter la fixation de l'iode radioactif sur la thyroïde) dans les pays de l'ex URSS et des pays comme la Pologne en affirmant que cette mesure n'était pas justifiée hormis à quelques dizaines de kilomètres de la centrale. Aujourd'hui plus de 4 000 personnes qui étaient enfants en 1986 sont atteintes de cancers de la thyroïde provoqués par Tchernobyl et le bilan attendu à terme est d'au moins 50 000 cas (et ce pour la seule cohorte des enfants !).
2. Nous accusons M. Pellerin d'avoir été incapable de rendre compte de la réalité de la contamination et de son évolution et d'avoir publié délibérément des chiffres totalement faux sur l'intensité des dépôts radioactifs : sous-évaluation d'un facteur 1000 !
Nous l'accusons en particulier :
· de n'avoir pas su mettre en place une méthodologie adaptée à la crise, un dispositif de surveillance ciblé sur les secteurs et les produits à risque, d'avoir publié des résultats incohérents, incomplets et tardifs. Il est difficile de savoir ce qui relève de l'incompétence du laxisme ou de la volonté délibérée de minorer les chiffres.
· d'avoir privilégié le contrôle des secteurs faiblement contaminés alors que les régions les plus touchées par la contamination sont restées sans surveillance ou avec une surveillance tout à fait insuffisante (aucun prélèvement de végétaux même pas des légumes critiques types salades et épinards sur la région Corse pendant tout le mois de mai 1986 ! ; aucun prélèvement de lait ni en Corse, ni en région Provence Côte d'Azur les plus précocement touchées (dès le 29 avril) pendant toute la première semaine de mai ! ; le suivi de la contamination des thyroïdes de bovins, un indicateur clef de la contamination a concerné presque exclusivement la moitié ouest de la France : rien en Corse, rien dans les départements situés à l'est du Rhône, rien dans le Jura, rien en Alsace !).
· d'avoir, en particulier, publié tout au long du mois de mai 1986 des bilans de contamination des sols tellement minorés qu'ils en devenaient ineptes. Les bilans établis aux 7, 15 et 23 mai donnent des niveaux de contamination de 100 fois (régions de l'ouest) à 1 000 fois (régions de l'est) inférieurs à la réalité. Des écarts d'un facteur 2 à 3 sont compréhensibles en période de crise mais pas des facteurs 100 ou 1 000 qui font toute la différence entre une contamination anodine et une contamination préoccupante.
· d'avoir sciemment ignoré les retombées radioactives associées à la pluviosité alors que ses propres études, conduites dans les années 70-80, lui avaient enseignaient que la pluie joue un rôle déterminant dans la contamination, pouvant multiplier par 10 ou plus l'intensité des dépôts.
· de ne s'être pas donné les moyens de contrôler dans les délais les plus brefs et de la façon la plus précise et exhaustive la contamination de l'air : mesures généralement trop tardives, trop globales (pas d'identification des radionucléides), n'incluant qu'un faible pourcentage de la contamination en halogènes faute de dispositifs de piégeage des isotopes gazeux de l'iode qui constituaient pourtant plus de 80% du total.
· D'avoir publié, sous sa propre en-tête, une carte météorologique complètement fausse montrant la France presque entièrement protégée par un anticyclone le 1er mai 86 alors qu'elle était au contraire totalement recouverte par le panache radioactif avec des activités aussi élevées à Bordeaux que dans l'Est de la France.
3. Nous accusons le professeur Pellerin d'avoir triché de façon éhontée sur l'appréciation de la contamination afin de faire croire à un événement complètement insignifiant ne nécessitant aucune mesure de protection.
Nous l'accusons notamment :
· d'avoir menti sur l'impact de la contamination provoquée par le passage du nuage de Tchernobyl en affirmant, dans un communiqué spécial explicatif intensément diffusé à partir du 2 mai aux autorités sanitaires, aux Préfets, aux DDASS, aux médecins, aux pharmaciens, aux journalistes et au public :
"L'élévation relative de la radioactivité relevée sur le territoire français à fa suite de cet incident est très largement inférieure aux limites recommandées par la CIPR et aux limites réglementaires françaises, elles-mêmes fixées avec des marges de sécurité considérables. Il faudrait imaginer des élévations dix mille ou cent mille fois plus importantes pour que commencent à se poser des problèmes significatifs d'hygiène publique. "
Ce communique a joué un rôle décisif dans l'absence de toute mesure de protection et même de la plus élémentaire précaution (inutile, par exemple, de faire consommer aux enfants pendant les quinze premiers jours de mai du lait en poudre à la place du lait frais contaminé),
4. Nous accusons, M. Pellerin, directeur du SCPRI, d'avoir tout fait pour empêcher la mise en oeuvre de mesure de protection contre la contamination des produits alimentaires.
Nous l'accusons notamment :
· d'avoir délibérément ignoré les règlements et recommandations édictés par la Commission européenne dans le but de limiter la consommation d'aliments contaminés afin de "sauvegarder la santé des consommateurs" en les qualifiant de limites purement douanières et en invitant chacun à consommer les aliments dont la contamination dépassait pourtant les normes.
· d'avoir ainsi favorisé la consommation de produits d'importation contaminés, en déclarant que "toutes les denrées alimentaires ou produits ci-dessus mentionnés sont sans exception consommables sans restriction" alors que certains des lots contrôlés dépassaient largement les limites imposées par le règlement CEE n°1707/86 du Conseil du 30/5/86.
· d'avoir ainsi favorisé la consommation de produits français et européens dont le taux de radioactivité était supérieur aux seuils de tolérance recommandés dès le 6 mai par la Commission européenne (et repris officiellement par le gouvernement français le 7 mai), alors que ces limites portaient sur des aliments sensibles : le lait et les produits laitiers, les légumes et les fruits.
5. Nous accusons M. Pellerin d'avoir menti sur les normes de radioprotection, de les avoir utilisées de façon incorrecte et d'avoir été incapable d'assurer la protection des groupes à risque ainsi qu'il en avait l'obligation.
6. Nous l'accusons
en particulier d'avoir privé les enfants de la protection
qui leur était due, non seulement en 1986 mais aussi jusqu'à
son départ en 1994, grâce à la falsification
du décret fondamental de radioprotection.
Nous l'accusons notamment :
· de n'avoir pas assuré la protection des groupes à risque, c'est-à-dire de toutes les personnes qui du fait de leur situation géographique, de leur âge, de leur régime alimentaire ou de leur profession, ... risquaient de recevoir des doses de rayonnement très supérieures à celles de la moyenne des français, des doses de rayonnement supérieures aux limites réglementaires, qui nécessitaient des mesures de protection, alors que la radioprotection imposait d'assurer la protection individuelle de chaque Français ;
· d'avoir appliqué délibérément aux enfants les limites annuelles d'incorporation réservées aux adultes alors que pour garantir aux enfants une protection équivalent, il faut fixer des limites jusqu'à 10 fois plus basses pour les enfants). Il porte ainsi une lourde responsabilité dans l'exposition des populations corses et tout spécialement dans les doses de rayonnement encaissées par la thyroïde des enfants et des foetus.
· d'avoir falsifié le contenu du décret n°88-521 qui transposait en droit français les prescriptions des directives Euratom de 1980 et 1984. En effet, le paragraphe stipulant que les limites d'incorporation devaient être adaptées aux particularités anatomiques et physiologiques des enfants a été supprimé lors de la transposition ! Cet acte délictueux n'a jamais été sanctionné alors qu'il a permis d'exposer les enfants à des niveaux de risque très supérieurs (jusqu'à 10 fois) aux maxima tolérés pour les adultes. Cette altération du texte de base de la radioprotection des populations démontre que l'absence de prise en compte des enfants en 1986 était bel et bien délibérée.
31/5/2006 - La convocation ce mercredi par la justice de Pierre Pellerin, ancien chef de l'autorité de protection nucléaire, et sa possible mise en examen vont marquer un tournant dans l'enquête sur les contaminations, longtemps occultées, lors du passage du nuage de Tchernobyl en France.
Le professeur Pellerin, 84 ans, ancien responsable du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), est convoqué mercredi par la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy et pourrait être le premier responsable mis en examen dans cette enquête, ce dont se sont félicitées quelques-unes des 500 parties civiles dans le dossier.
Cette magistrate du pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris est en charge depuis juillet 2001 d'une instruction pour "atteintes involontaires à l'intégrité d'autrui" en lien avec le passage en France du nuage issu de l'explosion de la centrale ukrainienne de Tchernobyl, en 1986. Une expertise rendue fin 2005 a fait état de mesures radioactives "occultées" par les autorités de contrôle françaises. Selon cette expertise, Pierre Pellerin a fourni des cartes de relevés incomplètes.
Les auteurs du rapport ont estimé que la publication de valeurs moyennes par département a masqué la présence d'isotopes radioactifs dangereux concentrés dans certaines zones à forte pluviosité. Le rapport précise que plusieurs relevés établis en France contiennent des valeurs comparables à celles de "certains territoires proches de la centrale de Tchernobyl" entre avril et juin 1986.
Sur ce fondement notamment, la juge Bertella-Geffroy pourrait mettre en examen M. Pellerin pour "tromperie aggravée" plus particulièrement en ce qui concerne les pathologies liées à la thyroïde. La juge n'a pas besoin d'un supplétif pour être saisie de cette infraction et aucune demande en ce sens n'était parvenue lundi au parquet, a indiqué une source proche du dossier. Selon une autre source, le Pr Pellerin devrait être entendu comme témoin assisté sur les faits de "blessures involontaires". La convocation de Pierre Pellerin et sa possible mise en examen ont été saluées par les parties civiles et les opposants au nucléaire.
"La faute majeure qui est reprochée à M. Pellerin est d'avoir trompé l'autorité publique et les populations sur les risques encourus", a déclaré Me Bernard Fau, avocat de l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT). "Enfin ! Vingt ans pour que la justice mette en examen les responsables du plus gros mensonge dans le nucléaire civil sur les retombées du nuage de Tchernobyl en France, pour que les victimes se sentent reconnues et respectées", s'est exclamée Chantal Garnier, coprésidente de l'AFMT.
Le Réseau "Sortir du nucléaire"
a estimé dans un communiqué que "même
s'il doit logiquement être sanctionné, le Pr Pellerin
ne doit pas servir de paravent aux responsables politiques de
l'époque". Il s'agit d'"une étape importante
vers la vérité", a estimé par ailleurs
estimé le président de la Commission de recherche
et d'information indépendantes sur la radioactivité
(Criirad), Roland Desbordes.
RFI, 31/5/06:
Vingt ans après la catastrophe de Tchernobyl, Pierre Pellerin est convoqué par la justice. Au moment de l'accident dans la centrale ukrainienne, il était responsable de la sécurité des Français contre les radiations. Pierre Pellerin devrait être mis en examen dans le cadre d'une instruction pour « atteintes involontaires à l'intégrité d'autrui ». C'est la conséquence juridique d'une plainte déposée en 2001 par une association de malades de la thyroïde et par une association indépendante de mesure de la radioactivité.
En 1986, au moment de la catastrophe de Tchernobyl,
le professeur Pellerin dirige le Service central de protection
contre les rayonnements ionisants (SCPRI). Cette administration
est peu connue du public. Pourtant, c'est elle qui est chargée
de garantir à la population la protection contre la radioactivité.
Information du public, plans d'évacuation en cas de besoin,
niveau de radiations acceptable pour les travailleurs du nucléaire,
pour les personnes habitant à proximité des centrales
et pour toute personne soumise à une contamination imprévue
comme celle de Tchernobyl : la mission du SCPRI est de mettre
en uvre les mesures de protection pour la santé des populations.
Fin avril et début mai 1986, on apprend que le nuage radioactif
échappé de la centrale ukrainienne accidentée
recouvre une bonne partie de l'Europe. Pourtant le SCPRI l'affirme :
ce nuage n'a pas atteint la France, il est retenu aux frontières
grâce aux bienfaits d'un anticyclone.
Des années ont passé avant que l'évidence
ne s'impose : le nuage radioactif ne s'était pas arrêté
à Monaco. Des pays voisins de la France avaient d'ailleurs
pris des mesures immédiates comme l'interdiction de consommer
du lait ou des légumes frais. Ces pays reconnaissaient
ainsi que leur sol avait été pollué par les
retombées radioactives. En France, la catastrophe provoque
la naissance d'une association indépendante de mesure de
la radioactivité. C'est la CRIIRAD, Commission de recherche
et d'information indépendantes sur la radioactivité.
Elle s'installe au bord du Rhône dont l'eau peut avoir des
traces de radioactivité en raison de la proximité
de plusieurs installations nucléaires. La CRIIRAD s'intéresse
également à Tchernobyl.
C'est en 2001, 15 ans seulement après la catastrophe, que
l'association porte plainte contre X, conjointement avec l'Association
française des malades de la thyroïde. Pendant toutes
ces années, la CRIIRAD a épluché les rapports
internationaux pour évaluer l'ampleur de la catastrophe.
Dans le même temps, des Français atteints du cancer
de la thyroïde ont créé une association. L'ingestion
de césium, radioélément rejeté en
quantité considérable dans l'atmosphère après
l'explosion nucléaire de 1986, serait responsable d'une
augmentation des cas en France.
Pour les malades, un combat presque perdu d'avance
Ces malades parviendront-ils à faire la preuve du lien
entre le nuage de Tchernobyl et la dégradation de leur
état de santé allant souvent jusqu'à l'ablation
de la thyroïde, cette glande qui sert à réguler
les hormones ? Rien n'est moins sûr. Trop d'années
ont passé entre la date de la catastrophe et le dépôt
de leur plainte. Et des années passeront encore avant que
la justice n'établisse les responsabilités de cette
petite épidémie française. Epidémie
d'ailleurs contestée par les spécialistes. Ils estiment
qu'on trouve plus parce qu'on cherche mieux depuis 1986.
Pour l'heure, Pierre Pellerin, ex-responsable de la protection
des Français face aux rayonnements ionisants, est convoqué
par le juge en tant qu'ancien directeur du Service central de
protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) pour « atteintes
involontaires à l'intégrité d'autrui ».
500 plaignants lui reprochent d'avoir fourni des cartes incomplètes
de la radioactivité sur le sol français. Le rapport
d'expertise élaboré par la justice, fin 2005, fait
également état de mesures radioactives « occultées »
par les autorités de contrôle.
Toujours selon les auteurs du rapport d'expertise, la publication
de valeurs moyennes a permis de masquer des concentrations d'éléments
radioactifs dans certaines zones où la pluviosité
avait été forte. Ce rapport précise encore
que plusieurs mesures relevées sur le sol français
sont d'un niveau comparable à celui relevé dans
« certains territoires proches de la centrale de
Tchernobyl ».
La juge Marie-Odile Bertella-Geffroy pourrait mettre le professeur
Pellerin en examen pour « tromperie aggravée ».
« La faute majeure qui est reprochée à
M. Pellerin est d'avoir trompé l'autorité publique
et les populations sur les risques encourus »,
a pour sa part déclaré l'avocat de l'association
de malades de la thyroïde, Bernard Fau.
« Il considérait que la dose pouvait être
100 fois plus élevée »
« Comment se fait-il qu'il (le professeur Pellerin)
ait pu signer des papiers autorisant la consommation de produits
alimentaires sans restriction alors qu'ils dépassaient,
très largement, en Allemagne ou en Italie, les limites
européennes en matière de radioactivité ? »,
s'interroge Roland Desbordes, le président de la CRIIRAD.
« Le Professeur Pellerin a tiré les mesures
de radioactivité qui l'intéressaient en écartant
sans justification les plus élevées. Dans quel but,
je ne sais pas, c'est à la justice de voir »,
explique encore le président de l'association.
La CRIIRAD interpelle le professeur Pellerin parce qu'il a géré
la crise, en France, après la catastrophe de Tchernobyl.
Et si le volet judiciaire de l'affaire ne concerne que l'aspect
français de la catastrophe, l'association rappelle que
le professeur Pellerin était également expert auprès
de la Commission de Bruxelles. « Il a critiqué
les autorités européennes et locales qui voulaient
prendre des mesures plus fortes, comme des mesures d'évacuation.
Pour les Français, en tant qu'expert, il considérait
que la dose pouvait être 100 fois plus élevée »,
explique encore le président de la CRIIRAD.
Le procès ne couvrira pas les responsabilités internationales
du professeur Pellerin. Il était aussi expert à
l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans les années
qui ont suivi l'accident, il s'est rendu à plusieurs reprises
dans les deux républiques soviétiques les plus contaminées,
l'Ukraine et la Biélorussie, pour « soutenir
les autorités de radioprotection soviétiques et
contrer les scientifiques ukrainiens et biélorusses qui
réclamaient une meilleure radioprotection de la population,
ce qui aurait impliqué un programme d'évacuation
bien plus important que celui prévu par les autorités
soviétiques », écrivait Bella Belbeoch
dans la Gazette du nucléaire, il y a plusieurs années
déjà.
Le débat sur les suites de la catastrophe dans les autres
pays européens soumis à des retombées n'est
pas l'objet de la procédure en cours. Pourtant dans tous
les pays où Tchernobyl a laissé des traces, également
en France et en Russie où le nucléaire est très
développé, se pose la question des doses acceptables
pour la santé humaine. Si les autorités sanitaires
d'un pays décident de les durcir, cette précaution
a automatiquement un coût supplémentaire. Il faut
évaluer le budget d'éventuelles évacuations,
des relogements et du surcoût pour les systèmes de
santé.
Colette Thomas
Communiqués de presse du Réseau "Sortir du nucléaire", 29/5/2006:
Le Réseau "Sortir du nucléaire" se félicite de la prochaine mise en examen du Pr Pellerin, cheville ouvrière du mensonge d'Etat lors du passage du nuage de Tchernobyl sur la France en avril et mai 1986.
Cependant, même s'il doit logiquement être sanctionné, le Pr Pellerin ne doit pas servir de paravent aux responsables - politiques et du nucléaire - de l'époque.
Les responsables politiques de 1986 étaient clairement informés de la gravité de la situation et de la nécessité de mettre en oeuvre des mesures sanitaires comme ce fut le cas dans de nombreux pays d'Europe :
- Interdiction à la consommation des
aliments les plus dangereux : légumes frais, lait, champignons,
etc.
- Confinement des enfants, interdiction de jouer dans les bacs
à sable, etc.
Le Président de la République
de l'époque étant décédé, il
ne peut bien sûr plus être poursuivi, mais doivent
être aujourd'hui poursuivis, en particulier :
- M Chirac, premier Ministre en 1986
- M Juppé, porte-parole du Gouvernement
- Mme Barzach, ministre de la Santé
- M Guillaume, ministre de l'Agriculture
- M Pasqua, ministre de l'Intérieur
Il est nécessaire que l'enquête remonte aussi jusqu'aux dirigeants d'EDF, de la Cogéma et du CEA, qui ne pouvaient ignorer les résultats des mesures opérées par leurs services partout en France et qui ont menti, au moins par omission. Ils doivent être poursuivis pour "non assistance à personnes en danger".
Le NouvelObs, 29/5/06:
Le professeur Pellerin poursuivi pour tromperie
?
Libération, 28 mai 2006:
Vingt ans après le passage du nuage
de Tchernobyl, le Pr Pellerin, responsable de la radioprotection
en France à l'époque, est convoqué par la
justice mercredi · Selon nos informations, il devrait être
mis en examen pour «tromperie aggravée». Et
bénéficier du statut de témoin assisté
pour «blessures involontaires» · La juge Marie-Odile
Bertella-Geoffroy instruit le dossier dit des «cancers de
Tchernobyl»
Elle hésite, ose à
peine y croire. «Cette mise en examen? Depuis le temps qu'on
l'attend» Chantal L'Hoir Liesse est présidente de
l'association
française des malades de la thyroïde, à
l'origine d'une plainte collective en 2001. Selon nos informations,
le professeur Pierre Pellerin, directeur du Service central de
protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) au moment
du passage du nuage de Tchernobyl au-dessus du ciel français,
vient de recevoir une lettre de la juge d'instruction, Marie-Odile
Bertella-Geoffroy, chargée du dossier dit des cancers de
Tchernobyl. Convoqué mercredi, il devrait être mis
en examen pour «tromperie aggravée». Et bénéficier
du statut de témoin assisté pour «blessures
involontaires».
Plus de cinq ans après le dépôt de la plainte,
et plus de vingt ans après l'explosion de Tchernobyl, c'est
la fin d'une première étape d'un marathon judiciaire.
Une lenteur d'autant plus impressionnante qu'aujourd'hui les faits
reprochés - à savoir une dissimulation du passage
du nuage de Tchernobyl au-dessus du ciel français (lire
ci contre) - sont largement admis. Pour autant, cette rétention
d'informations vaut-elle mise en examen? La juge d'instruction
a multiplié les expertises, contre-expertises et perquisitions.
Elle a pu noter que les cabinets ministériels (en particulier
celui d'Alain Madelin, alors ministre de l'Industrie, et celui
de Michèle Barzach, alors ministre de la Santé)
ont été peu informés. D'où l'explication
de cette mise en examen unique, celle d'un haut fonctionnaire,
Pierre Pellerin, aujourd'hui âgé de 82 ans. Selon
les parties civiles, la juge s'est appuyée sur le fait
que «faute d'avoir transmis des informations, des aliments
ont pu être contaminés». Un grand nombre de
pays européens voisins avaient pris, eux, des mesures de
protection.
Reste la traduction juridique de l'affaire et, d'abord, le choix
de la qualification: la tromperie aggravée. Dans ces dossiers
sanitaires, c'est une question complexe. Faut-il parler de blessures
volontaires, d'empoisonnement, de non-assistance à personne
en danger? Juridiquement, la qualification de tromperie s'applique
à des personnes qui sont dans la chaîne de production.
Là, ce n'est pas le cas. Mais le qualificatif «aggravé»
est employé quand l'action «a des conséquences
dommageables sur l'homme». Ce qui est éventuellement
le cas. Le parquet, qui suit de près l'instruction, a adopté
la même logique que la juge, manifestement rassuré
que l'affaire ne remonte pas au niveau politique. Quant à
la qualification de «blessures volontaires» pour laquelle
Pierre Pellerin sera entendu comme «témoin assisté»,
il concerne le volet sanitaire, avec la survenue de cancers de
la thyroïde. Problème: comment établir un éventuel
lien entre le nuage et les cancers? A présent, aucune causalité,
du moins en France, n'a pu être démontrée.
Dernier problème juridique: la prescription. A partir de
quand court-elle? A partir de l'explosion de la centrale? De l'apparition
des premiers cancers susceptibles d'être liés au
passage du nuage? Du dépôt de la plainte? La juge
a retenu le dépôt de la plainte. S'appuyant sur le
fait que, dans l'affaire de l'hormone de croissance, la chambre
de l'instruction avait jugé que la «tromperie aggravée»
était «une infraction clandestine par nature»
dont la «prescription doit partir du jour où l'infraction
est apparue ou a pu être constatée dans des conditions
permettant l'exercice de l'action publique».
Dans ce dossier, la mise en examen de Pierre Pellerin marque,
en tout cas, un tournant. Il faut s'attendre maintenant à
une très rude bataille de procédure.
Sur le même sujet:
- «On nous a menti sur les cartes»
- Vingt ans de mensonges
- Tchernobyl hante encore la France
Eric FAVEREAU
Le Monde, 25 avril 2006:
Entre les estimations de 1986 et celles d'aujourd'hui, il existe un gouffre. Incompétence des autorités de sûreté nucléaire ou mensonge ?
Le nuage de Tchernobyl est bien passé sur la France, au cours des jours qui ont suivi l'explosion du réacteur no 4 de la centrale nucléaire ukrainienne, le 26 avril 1986. Toute la question est de déterminer l'ampleur des retombées de particules radioactives sur le sol français, à la faveur notamment des fortes pluies enregistrées début mai, cette année-là. En vingt ans, les évaluations ont considérablement évolué.
Le 7 mai, puis le 16 mai 1986, le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), dirigé par Pierre Pellerin, diffusait des cartes de l'activité totale des dépôts au sol des particules radioactives. Sur le second document, elles s'échelonnaient de 25 becquerels par m2 en Bretagne à 500 Bq/m2 dans l'ensemble de l'est de la France, un chiffre modeste.
En 2005, une carte de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), lointain successeur du SCPRI, reconstituant les retombées de mai 1986, montre un paysage bien différent : les dépôts du seul césium 137 dépassent dans certaines zones (Alsace, région niçoise, sud de la Corse) les 20 000 Bq/m2, avec des pointes supérieures à 40 000 Bq/m2 ! Comment expliquer cette différence d'un facteur parfois supérieur à 1 000 ?
Pour Corinne Castanier, directrice de la Criirad, un laboratoire indépendant qui, dès 1986, avait entrepris ses propres mesures de radioactivité, on peut y voir au choix la marque de " l'incompétence du SCPRI, ou celle d'un mensonge délibéré ". La Criirad, partie civile dans une plainte contre X pour " défaut de protection des populations contre les retombées radioactives de l'accident de Tchernobyl " déposée en 2001, conjointement avec l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT), penche pour la seconde hypothèse. Elle entend démontrer que les autorités ont minimisé les retombées et n'ont pas pris les mesures sanitaires préventives qui s'imposaient - et que plusieurs pays voisins ont appliquées, comme la restriction de consommation de certains aliments.
En décembre 2005, un rapport transmis à la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, chargée de l'instruction de l'enquête sur le passage du nuage de Tchernobyl au-dessus de la France, affirmait que des mesures radioactives ont été " occultées " par les autorités de contrôle de l'époque. Selon ce rapport, le SCPRI aurait restitué de façon incomplète les données en sa possession.
Depuis 1986, de nombreuses cartes ont été constituées. En 1997, l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN), successeur du SCPRI, en a produit une en se fondant sur les mesures de contamination des végétaux et du lait. En 2003, une nouvelle carte est proposée, mettant en relation les dépôts et les précipitations. Certaines données de la Criirad y sont intégrées. L'ensemble dévoile des niveaux de contamination bien plus élevés que précédemment.
Mais ce résultat est contesté, notamment par le professeur Aurengo. Spécialiste de médecine nucléaire, il se déclare, dans un courrier au gouvernement qui l'a chargé d'animer un groupe de travail sur le sujet, " consterné " par les résultats de l'IPSN. Il les qualifie de " méthodologiquement contestables et très probablement faux (...), diffusés sans aucune validation scientifique ". Pour tenir compte de ses remarques, l'IPSN inclut des mesures atmosphériques dans sa reconstitution. Une nouvelle carte est produite en 2005 : " Le résultat restait très proche de celui de 2003 et collait bien, à l'échelle de la France, avec les données de la Criirad ", résume Didier Champion, directeur de l'environnement et de l'intervention à l'IRSN.
Dernier épisode, le 27 mars, le conseil scientifique de l'IRSN (qui a succédé à l'IPSN) confirme la validité des travaux de l'Institut concernant les retombées de Tchernobyl en France. D'une certaine manière, il s'agit aussi d'un hommage rendu au travail de la Criirad, l'IRSN ayant puisé dans les données de l'association - sans que celle-ci soit d'ailleurs associée aux travaux en question.
Reste à expliquer le rapport de 1 à 1 000 entre les cartes de 1986 et celles d'aujourd'hui. " La première carte du 7 mai 1986 était très fruste. Les chiffres avancés ressemblent beaucoup à ceux des dépôts secs de particules radioactives, beaucoup moins concentrés que les dépôts humides, dus aux précipitations ", avance Didier Champion. Malheureusement, note-t-il, plus personne à l'IRSN n'a la mémoire de la façon dont le SCPRI a procédé : " C'est un peu un puzzle pour nous. " Un puzzle d'autant plus difficile à reconstituer qu'une information judiciaire est en cours, et que chaque acteur campe sur ses positions.
Pour Jacques Repussard, directeur général de l'IRSN, les premières cartes de 1986 ont été constituées à partir d'un réseau qui manquait de densité, ce qui s'est traduit par un " effet lampadaire ", de grandes zones restant dans l'ombre : " Ils ont fait des moyennes avec ce qu'ils avaient sous la main. " Vingt ans après, note-t-il, il n'est pas certain que, face à une situation d'urgence, le réseau d'alerte soit suffisant pour nourrir de façon satisfaisante les modèles de prévision d'impact qui ont été développés.
Hervé Morin
PARIS (24 avril 2006) - Vingt ans après la catastrophe de Tchernobyl,
et cinq ans après le dépôt des premières
plaintes en France, le dossier d'instruction est dans une impasse,
les investigations déjà menées n'ayant pas
permis d'établir de "lien de causalité"
entre le passage du nuage radioactif et les maladies dont souffrent
les victimes.
Saisie du dossier depuis juillet 2001, la juge d'instruction
parisienne Marie-Odile Bertella-Geffroy cherche à apporter
la preuve d'une corrélation entre le passage du nuage et
certains cancers dont souffrent les victimes. L'information judiciaire
vise les faits de "violences volontaires" et "atteintes
involontaires à l'intégrité physique".
Mais la magistrate
réfléchit en ce moment à l'opportunité
de requalifier ces faits en "tromperie", un délit
prévu par le code pénal, a-t-on indiqué de
sources judiciaires. De son côté, le parquet de Paris
semble circonspect. "Nous sommes en train de réfléchir
à une autre qualification",
note-t-on prudemment dans l'entourage du procureur.
Car, la tromperie s'applique plutôt à un produit
précis, comme par exemple un médicament. Le code
pénal prévoit ainsi une peine de deux ans de prison
maximum pour "quiconque aura trompé ou tenté
de tromper le contractant" sur la nature d'un produit, son
origine, ou sur "l'aptitude à l'emploi, les risques
inhérents à l'utilisation, les contrôles effectués,
les modes d'emploi ou les précautions à prendre".
"Est-ce vraiment applicable à un nuage radioactif?",
s'interroge une source proche du dossier. Rien n'est moins sûr.
"On cherche à faire tenir le dossier", commente
une source judiciaire.
Car si la magistrate dispose de nombreux documents démontrant
que les autorités françaises étaient conscientes
du danger dès le début de la catastrophe, ces mêmes autorités n'ont
pêché que par omission. Des faits difficiles à
poursuivre sur le plan pénal.
La juge a également ordonné un certain nombre d'études
épidémiologiques, notamment en Corse et dans l'Est
de la France, régions particulièrement exposées.
Mais les résultats de ces études ne sont pas encore
revenus. "Et il sera difficile d'en déduire une quelconque
responsabilité, parce que d'autres facteurs extérieurs
peuvent influencer la santé des populations locales",
note une source judiciaire.
Reste que la France "est le seul pays d'Europe à avoir
des plaintes de malades de la thyroïde", souligne Roland
Desbordes, président de la CRIIRAD (Commission de recherche
et d'information indépendantes sur la radioactivité).
"Les malades de la thyroïde ont le sentiment qu'à
cause de l'incurie du gouvernement, ils sont malades".
Les pays voisins de la France avaient pris de mesures de précaution
en avril-mai 1986 comme le retrait de la consommation de certains
aliments contaminés. En Pologne et dans certaines régions
d'Allemagne, une partie de la population a pris de l'iode stable
pour protéger sa thyroïde des effets de l'iode radioactif.
Plus de 500 personnes sont désormais parties civiles dans
le dossier de la juge Bertella-Geffroy. Des "victimes"
qui comptent sur la justice pour réparer les dégâts.
Et réclament toujours la mise en examen du Pr Pierre Pellerin,
l'ancien directeur du Service central de protection contre les
rayonnements ionisants (SCPRI).
Pour l'instant, aucune mise en examen n'est intervenue dans le
dossier. Le 1er mars 2001, 53 premières plaintes ont été
déposées, suivies par 125 autres le 5 octobre 2001
par des personnes s'estimant victimes d'un cancer lié au
passage du nuage radioactif sur la France.
L'Est républicain, 18/4/2006:
Après cinq ans d'enquête judiciaire,
les plaignants attendent que la réalité d'une contamination
longtemps occultée en France sur le passage en 1986 du
nuage radioactif, soit enfin démontrée.
Dans cette enquête pour « atteintes involontaires
à l'intégrité d'autrui » confiée
à la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy du pôle santé
de Paris en juillet 2001, une expertise rendue fin 2005 fait état
de mesures radioactives « occultées » par les
autorités de contrôle françaises.
Parmi les personnes visées figure le professeur Pierre Pellerin, 84 ans, ancien responsable du Service central de protection
contre les rayonnements ionisants (SCPRI) qui a fourni des cartes
de relevés incomplètes.
Mises en examen
A un autre niveau, selon une source proche
du dossier, l'enquête pourrait également s'orienter
vers les cabinets des ministres de la Santé et de l'Industrie
du gouvernement de Jacques Chirac (1986-1988), respectivement
Michèle Barzac et
Alain Madelin. « Il est logique,
compte tenu de ce que l'on sait, qu'il y ait rapidement des mises
en examen », estime Me Bernard Fau, l'un des avocats des
parties civiles. « La question est maintenant de savoir
pourquoi les responsables ont agi ainsi », a-t-il ajouté.
Plus de 500 victimes de maladies thyroïdiennes sont aujourd'hui
parties civiles, aux côtés de la Commission de recherche
et d'information indépendante sur la radioactivité
(Criirad) et de l'Association française des malades de
la thyroïde (AFMT). Selon les auteurs du rapport d'expertise,
la publication de valeurs moyennes par département a masqué
la présence d'isotopes radioactifs dangereux concentrés
dans certaines zones à forte pluviosité.
Expertises en Corse
Le rapport précise que plusieurs relevés
établis en France contiennent des valeurs comparables à
celles de « certains territoires proches de la centrale
de Tchernobyl » entre avril et juin 1986. En outre, Marie-Odile
Bertella-Geffroy a confié en avril 2005 à deux médecins
une expertise épidémiologique portant sur 13 villages
de Corse, pour tenter d'établir un lien de causalité
entre le passage du nuage et les maladies thyroïdiennes.
Les experts sont notamment chargés de comparer les données
relevées sur des habitants âgés à l'époque
de moins de 15 ans, à celles réalisées sur
des enfants atteints de pathologies thyroïdiennes en Bélarus
et en Ukraine. Environ 1 000 personnes doivent être contactées.
Les 13 villages ont été choisis en raison de mesures
radioactives élevées, mais également parce
que les populations y vivent en quasi-autarcie et consomment des
produits laitiers, fruits ou légumes locaux. Parallèlement,
l'assemblée de Corse a voté le 11 avril le financement
d'une enquête épidémiologique, qui doit être
confiée à une « structure indépendante
», sur les retombées du nuage de Tchernobyl sur l'ensemble de l'île.
Vingt ans après la catastrophe de
Tchernobyl, l'instruction menée par la juge Marie-Odile
Bertella-Geffroy, touche à son terme. La preuve d'un mensonge
d'Etat est avérée, mais pourra-t-on établir
la mise en danger de la santé des gens ?
Qui est ou qui sont, finalement, les
« x » visés par la plainte déposée
en mars 2001 par l'Association française des malades de
la thyroïde (AFMT), la Commission de recherches et d'information
indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD) et une
cinquante de personnes souffrant de pathologies thyroïdiennes
conséquence selon elles des retombées, en France,
du nuage de Tchernobyl ? Vingt ans après la catastrophe
et le passage du nuage sur une partie de la France, dont la Corse,
il est possible que tombent les réponses. En effet, l'instruction
judiciaire est bouclée et le volumineux rapport - près
de 1 500 pages - remis l'an passé à la juge Marie-Odile
Bertella-Geffroy par les experts Paul Genty et Gilbert Mouthon,
contiendrait des éléments suffisamment accablants
pour entraîner de premières mises en examen.
Les parties civiles avaient initialement jusqu'au 9 mars dernier
pour formuler d'éventuelles observations quant à
ce rapport. En fait, la CRIIRAD a bénéficié
d'un délai supplémentaire de quelques jours, jusqu'à
la fin mars. Mais précisait son président, Roland
Desbordes, les réserves éventuellement formulées
ne concernent aucunement les conclusions contenues dans ce document
et sur lesquelles, dit-il, « il n'y a rien à
redire, les experts ont bien regardé dans toutes les directions.
Les seules remarques portent sur quelques éléments
de l'argumentaire scientifique qui méritent d'être
bétonnés ». Mais dans l'ensemble, les
parties civiles estiment que le travail réalisé
par les experts est allé au-delà de ce qu'ils pouvaient
espérer. Il ne se contenterait pas d'évoquer simplement
des négligences : il pointe du doigt des « fautes »,
des « manipulations » et établit
les responsabilités. Confirmant que l'Etat a délibérément
minimisé l'impact de la catastrophe et des retombées
radioactives, nié les risques de contamination et délibérément
caché l'étendue de la contamination des sols dans
certaines régions telles que l'Est, les Alpes, la vallée
du Rhône, les environs de Nice et surtout... la Corse. Une
contamination pourtant connue du gouvernement. Pour preuve, cette
transcription manuscrite d'une réunion, tenue à
la mi-mai 1986 au ministère de l'Intérieur, faisant
état de chiffres « qui ne peuvent être
diffusés ». Une transcription dont ont du reste
fait état Jean-Charles Chatard et Eliane Parigi dans un
documentaire de 52 minutes coproduit par France 3 Corse et intitulé
« Corse, le mensonge radioactif ». Un mensonge
rien moins que pieux, motivé par la « raison
d'Etat », estime pour sa part Jean-Charles Chatard,
non sans rappeler qu'en Italie, où le gouvernement prit
rapidement des mesures et ne tenta pas de dissimuler le