Libération, 21/2/2012:
Besson en campagne pour le nucléaire à
Fukushima
[no comment] ...
«J'appartiens à un pays qui produit l'essentiel de
son électricité avec l'énergie nucléaire
et continue de croire à un nucléaire civil avec
le plus haut niveau de sécurité, nous comptons sur
vous pour redonner vie à ce secteur», a déclaré
sur place M. Besson à des responsables et employés.

Le ministre a passé en tout cinquante minutes sur le
site, se disant finalement assez «rassuré»
par une situation qu'il considère comme moins catastrophique
qu'il ne l'imaginait... [no
comment]
Le Parisien , 20/2/2012:
Equipés de dosimètres et de GPS, des primates vont être envoyés dans les zones contaminées de la région de la centrale. Le but : évaluer les dégâts là où l'homme ne peut plus aller.
La
centrale de Fukushima (Japon) est située dans une région
forestière.
Après avoir lutté pendant des mois pour stabiliser les réacteurs en perdition de la centrale de Fukushima, les autorités nippones s'attellent désormais à un chantier colossal : assainir les terres, contaminées à des kilomètres à la ronde. Afin de dresser une carte détaillée des zones irradiées, l'université de Fukushima a décidé d'équiper de GPS, de dosimètres et de compteurs Geiger des singes et des sangliers.
« Le fait d'utiliser ces animaux sauvages nous permettra d'établir une carte précise des niveaux de radiation au cur des forêts qui couvrent 71% de la préfecture de Fukushima et sont parfois difficilement accessibles », nous explique le vice-président de l'université, Takayuki Takahashi.
Equipés de leurs bracelets électroniques, des primates ont déjà été envoyés en octobre dernier à proximité de la zone d'exclusion dans les forêts qui jouxtent la ville de Minamisoma mais le matériel de mesures n'a pas pu être récupéré ni les données analysées. Le professeur de robotique veut donc renouveler l'expérience en mars. L'utilisation de ces « cobayes » permettra de compléter les mesures de radioactivité effectuées en hélicoptère et en avion au-dessus des zones contaminées, devenues des no man's land.
Envoyer des primates en zone irradiée les expose évidemment à être contaminés mais permettra de mieux connaître l'étendue des dégâts là où l'homme ne peut plus aller. Les scientifiques espèrent ainsi connaître le niveau d'exposition des animaux et l'impact des radiations sur la faune qui vit à proximité de la centrale. Mais ils souhaitent surtout déterminer « le mouvement de la radioactivité » dans les forêts dont ils craignent qu'elles soient « hautement contaminées ».
La contamination des forêts aura de lourdes conséquences
« A Fukushima, les zones forestières sont les sources principales de bois, d'eau, de nourriture, souligne Takayuki Takahashi. La contamination au césium des forêts menace donc d'affecter à terme l'agriculture, la pêche et même les zones résidentielles situées à proximité. »
D'après l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (Acro), plus de 2200 échantillons ont été prélevés dans une zone de 80 km autour de la centrale pour déterminer le niveau de contamination. Mais ces mesures ne concernent que des zones de plaine ou des secteurs bitumés « accessibles à l'homme », souligne le professeur japonais.
« Traiter les forêts est prioritaire car les pluies, en faisant ruisseler la radioactivité, recontaminent à chaque fois les zones habitées dans les vallées », explique le président de l'Acro, David Boilley. « Portés par le vent, les rejets massifs de radionucléides dans l'atmosphère ont duré dix jours au lendemain de la catastrophe, rappelle David Boilley. Il est clair que, dans certaines zones très contaminées, la radioactivité ne s'effacera pas avant des siècles. »
Chine Nouvelle, 17/02/2012:
Le Japon va suspendre le fonctionnement d'un autre réacteur actif restant, laissant que deux sur un total de 54 réacteurs commerciaux japonais en ligne, a déclaré vendredi l'opérateur, Kansai Electric Power Company.
Le réacteur de suspension, le réacteur n ° 3 à la centrale nucléaire de Takahama dans la préfecture de Fukui, sera arrêté pour un contrôle régulier mardi matin, selon l'opérateur. Les deux autres restants en ligne, le réacteur n ° 6 du Tokyo Electric Power Company de l' usine de Kashiwazaki-Kariwa de la préfecture de Niigata devrait être arrêté le 26 mars 2012, et le réacteur n ° 3 à Hokkaido Electric Power Company de l'usine de Tomari, à Hokkaido sera suspendu à la fin d' avril.
Les médias locaux ont rapporté qu'il est fort probable que le Japon n'aura [bientôt plus] de réacteurs nucléaires en pleine activité d'exploitation car ils ont tous été fermés pour la maintenance, comme aucun des réacteurs n' a repris ses activités après l' achèvement des examens depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011.
Guo Jibu
TOKYO (12/2/2012) - Des milliers de personnes ont manifesté samedi à Tokyo contre le recours à l'énergie nucléaire, onze mois après le violent séisme et le tsunami qui ont endommagé la centrale nucléaire de Fukushima.
Kenzaburo Oe, 77 ans, Prix Nobel de littérature 1994, a déclaré devant des manifestants rassemblés à Yoyogi Park que "les déchets radioactifs des centrales nucléaires seront supportés par les nouvelles générations".
"Les êtres humains ne doivent pas passer cela sous silence. C'est contraire à l'éthique", a ajouté le romancier.
La manifestation a réuni 12.000 personnes selon les organisateurs, 7.000 selon la police.
Le séisme et le tsunami qui ont dévasté le 11 mars la région du Tohoku, dans le nord-est du Japon, ont fait quelque 19.000 morts et déclenché l'accident nucléaire de Fukushima, le pire depuis celui de 1986 à Tchernobyl.
En raison de l'élévation du niveau des radiations, des dizaines de milliers de personnes habitant aux alentours de la centrale située à quelque 220 km au nord-est de Tokyo, ont dû abandonner leur foyer.
La grande majorité des 54 réacteurs nucléaires japonais sont arrêtés du fait d'un mouvement d'opposition populaire provoqué par la crise de Fukushima.
L'acteur japonais Taro Yamamoto, qui aurait été écarté de plusieurs distributions du fait de ses prises de position contre le nucléaire, a déclaré aux manifestants : "Notre pays cessera d'exister s'il est confronté à nouveau à un grand séisme".
Une manifestation analogue, quoique de moindre importance, s'est déroulée dans la préfecture de Niigata, sur la côte de la Mer du Japon, où se trouve une centrale nucléaire.
A l'issue du rassemblement de Tokyo, les manifestants ont redescendu les rues de Shibuya, un des principaux quartiers commerciaux et de loisir de la capitale.
Ils ont scandé des slogans et déroulé des banderoles sur le thème "Sayonara (Adieu) aux centrales nucléaires", "Ayez le courage de dire non au nucléaire" et "Il y aura d'autres accidents si les centrales sont remises en marche".
Le Nouvel Observateur, 7/2/2012:
Selon la chaîne japonaise NHK World, la température dans la cuve du réacteur 2 de la centrale de Fukushima est repartie à la hausse, malgré l'"arrêt à froid".
La température dans la cuve du réacteur 2 de la centrale de Fukushima est repartie à la hausse, a indiqué lundi 6 février la chaîne japonaise NHK World. Les colossaux efforts pour refroidir le réacteur injection de 10 tonnes d'eau par heure- n'ont donc que partiellement atteint leur objectif.
La température dans le réacteur aurait augmenté de 45°C depuis les dernières mesures officielles, réalisées le 27 janvier. Et depuis le 2 février en particulier, elle aurait gagné une vingtaine de degrés, pour atteindre 70°C.
L'exploitant de la centrale, la Tokyo Electric Power Company (Tepco), a commencé à injecter davantage d'eau dans le réacteur vers 1 heure du matin lundi 6 février. Mais à 7 heures, la température indiquée par l'un des trois thermomètres avait atteint 73,3°C. Les deux autres indiquaient des températures d'environ 44°.
Selon Tepco, le circuit d'eau pourrait avoir changé de direction après une opération de pompage, et ne plus refroidir le combustible nucléaire fondu. Aucune trace de xenon, un gaz radioactif, n'a toutefois été détectée autour du réacteur.
Une situation toujours très instable
Ces informations confirment que la situation est loin d'être stabilisée dans les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. A l'inverse de ce que laissait entendre le 3 décembre 2011 le gouvernement japonais et Tepco. Ils annonçaient alors que les trois réacteurs détériorés étaient en "arrêt à froid", selon une définition aménagée pour l'occasion.
Pour rester en deçà d'un seuil désormais fixé officiellement à 80°C, Tepco a annoncé qu'il augmenterait la quantité d'eau injectée dans le réacteur. La Nisa (Nuclear and Industrial Safety Agency), organisme gouvernemental, a indiqué de son côté qu'une étude était nécessaire pour déterminer si oui ou non, le réacteur pouvait être considéré en arrêt à froid. Elle a également souligné qu'un bref passage au-dessus des 80C° ne témoignait pas forcément d'un problème dans le système de refroidissement.
Morgane Bertrand,
Journaliste Société Planète
Le Nouvel Observateur, 5/2/2012:
Un journaliste français, correspondant de la chaîne France 24 à Tokyo, a été arrêté le 3 janvier par les forces de l'ordre japonaises alors qu'il tentait de rentrer illégalement dans l'enceinte de la centrale nucléaire de Fukushima. [Question: Ce journaliste est-t-il suicidaire ???]
Une source proche du dossier avait d'abord indiqué au "Nouvel Observateur" que deux journalistes avaient été arrêtés avant de se rétracter et confirmer l'arrestation d'un seul correspondant.
D'après cette source, le journaliste français aurait tenté de pénétrer illégalement dans la zone de la centrale nucléaire de Fukushima. Il aurait scanné les pass spéciaux d'ouvriers travaillant sur le site pour déjouer les contrôles de sécurité et pénétrer ainsi dans la zone interdite.
Les autorités japonaises ont arrêté le journaliste pour l'interroger avant de le remettre en liberté. A la sortie, il aurait confié à un confrère qu'il risquait jusqu'à 5 ans de prison. Car si des journalistes sont déjà entrés dans la zone interdite, c'est la première fois que certains d'entre eux sont arrêtés en détention de documents frauduleux.
Une procédure judiciaire est en cours et le journaliste devrait être convoqué prochainement par la justice japonaise.
Le ministère français des Affaires étrangères procède à des vérifications.
Paul Laubacher, avec Benjamin Roger.
Novethic, 3/2/2012:
Alors que la menace nucléaire s'éloigne à Fukushima, la question de la gestion des déchets reste en suspens. Aux débris du tsunami vont maintenant s'ajouter ceux de la décontamination nucléaire. Incinération ou stockage, le gouvernement peine à trouver une solution satisfaisante au risque de propager la contamination dans tout le pays.
Le 26 décembre dernier, la fin officielle de l'accident de Fukushima était décrétée par le gouvernement japonais grâce à « l'arrêt à froid » des réacteurs*. Il envisage maintenant de mettre en place le plan de décontamination de la province de Fukushima et des alentours. Des déchets contaminés qui s'ajoutent à ceux du tsunami dont le sort n'est pas encore réglé. Car les derniers mois ont vu des « accidents » dans la gestion des premiers déchets de la catastrophe.
L'incinération, une voie critiquée
Au Japon, la principale voie d'élimination des déchets est l'incinération du fait de la place limitée existante dans le pays. Or dès le mois de mars, après l'accident, des déchets verts contaminés ont été incinérés dans des zones très éloignées de Fukushima dans des incinérateurs de déchets ménagers générant des cendres hautement radioactives (100 000 à 140 000 Bq/kg). « Les cendres concentrent dans un ordre de grandeur de 10 fois la radioactivité des déchets incinérés », expliquait Robin des bois dans son rapport d'étape en septembre. Par le biais de contrats d'échange de cendres entre provinces réalisés avant la catastrophe, celles-ci ont voyagé et ont été entreposées dans le nord du pays. En mai, l'ACRO (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'ouest) montrait des résultats d'analyse inquiétants dans les alentours d'un incinérateur de boues de stations d'épuration contaminées dans la baie de Tokyo. Fin août, 42 incinérateurs dans le pays dépassaient 8000 Bq/kg, seuil au-delà duquel les cendres radioactives ne peuvent plus être entreposées avec les déchets ménagers classiques. Enfin, début janvier, c'est la ville de Kashiwa dans la banlieue de Tokyo qui a dû arrêter son incinérateur à cause de l'accumulation des cendres radioactives supérieures à 8000 Bq/kg. Pour Robin des Bois, « aucun protocole clair n'est mis en oeuvre presqu'un an après la catastrophe. On observe une lente répartition de la radioactivité post-Fukushima sur l'ensemble du territoire, en tout cas dans la moitié nord de l'archipel ». Au nord du Japon, Robin des Bois a estimé qu'à fin octobre 70 000 tonnes de cendres radioactives avaient été produites.
La population, inquiète, refuse désormais que les déchets du tsunami - a priori non contaminés- soient incinérés ce qui risque de générer des retards dans le stockage. Selon les sources, la quantité des déchets du tsunami pourrait représenter entre 25 millions de tonnes selon le gouvernement et 80 millions selon les experts du Japan Research Institute. Pour rassurer ses habitants, la métropole de Tokyo qui prévoit d'éliminer 500 000 tonnes de déchets issus du tremblement de terre envisage de mettre en place des contrôles de radioactivité chaque semaine à la sortie de l'incinérateur et dans les cendres.
Mais la radioactivité issues des déchets se retrouve parfois déjà jusque dans les nouveaux bâtiments, construits après la catastrophe. Car au Japon (comme en France) les cendres incinérées sont souvent recyclées et incorporées dans le ciment et le béton. Depuis la catastrophe, cette pratique se poursuit avec les cendres dont la teneur moyenne est inférieure à 8000 Bq/kg. « Il est prévu de renforcer la traçabilité du ciment contaminé et de le dédier à des usages non résidentiels mais les erreurs d'aiguillages pourront-elles toutes être évitées ? » s'interroge Robin des Bois.
Quant à certains matériaux contaminés directement par les rejets de la centrale, ils ont déjà été utilisés pour construire de nouveaux bâtiments. Des niveaux de radiation allant jusqu'à1,24 microsievert par heure (µSv/h) ont ainsi été relevés dans un immeuble de Nihonmatsu, une ville à 55 kilomètres de Fukushima a indiqué l'AFP. Le bâtiment, où vivaient 12 familles avait été construit avec du béton fabriqué à partir de gravier collecté en avril dans une carrière proche de la centrale accidentée. Le gouvernement japonais a ouvert une enquête le 16 janvier dernier : les habitants du bâtiment s'exposeraient en effet à un taux de radiation d'environ 10 millisieverts (mSv) par an [soit 1 Rem], soit la moitié du niveau fixé par les autorités pour décréter une évacuation
A la recherche d'un lieu de stockage pour les déchets contaminés
Pour les déchets issus de la décontamination de Fukushima, c'est un autre problème : « Pour le moment, il n'est pas question que ces déchets soient incinérés » explique David Boilley de l'ACRO. Mais c'est une autre quantité colossale de déchets qui risque d'être produite. La méthode, déjà employée pour décontaminer les cours d'école de Fukushima, consiste à racler la terre sur une profondeur de quelques centimètres et en forêt de ramasser tous les débris au sol. Et le gouvernement a annoncé qu'il prendrait en charge la décontamination de la province de Fukushima ainsi que de toutes les zones où la contamination dépasse 1mSv/an. « Pour Fukushima, cela représente 29 millions de m3 de déchets et hors de la province cela représente 13 000 km2 à décontaminer » explique David Boilley. Pourtant entre l'entreposage et l'incinération, il n'existe pas d'autres alternatives pour gérer cette quantité de déchets particulièrement importante. « Il existe bien des recherches pour laver les boues avec de l'eau et utiliser des résines échangeuses d'ions pour les décontaminer mais pour l'instant cela reste expérimental. », ajoute David Boilley.
Le gouvernement aimerait donc entreposé les déchets dans le district de Futaba extrêmement contaminé puisqu'il s'agit de celui où se trouve la centrale. Mais les maires des 8 municipalités concernées demeurent sceptiques car ils espèrent un retour de la population un jour et ces déchets posent problème. En attendant de trouver un lieu et pour la décontamination en dehors de Fukushima, les municipalités devront gérer elle-même l'entreposage de leurs déchets. Alors que le début de la décontamination est prévu pour le printemps prochain par le gouvernement, la capacité de gestion de ces déchets supplémentaires demeure pour l'instant compromise.
*L'arrêt à froid est décrété quand la température des réacteurs passe sous la barre des 100°C.
Pauline Rey-Brahmi
Le Monde, 1/2/2012:

FUKUSHIMA ENVOYÉ SPÉCIAL -
"Quand je vois défiler ces magnifiques paysages
de Fukushima aujourd'hui contaminés, je ne peux m'empêcher
de penser à ma région et de m'interroger
sur le devenir de ces territoires." La remarque a fusé, empreinte d'une réelle
émotion. Par la fenêtre du bus, l'adjoint au maire
de Chinon (Indre-et-Loire), Yves Dauge, admire la nature généreuse
du département de Fukushima. Des rizières au repos,
d'immenses forêts, le tout sur fond de montagnes enneigées
sous un soleil accroché dans un ciel sans nuages.
Une vraie carte postale qui séduit Yves Dauge comme les
sept autres élus français venus passer quelques
jours dans ce département du nord-est du Japon. Avec un
objectif : "Voir comment les autorités locales
japonaises gèrent la crise nucléaire et ses conséquences."
Partant du constat que l'accident de mars 2011 à la centrale
Fukushima Dai-ichi a marqué les esprits au Japon comme
en France, Cités unies, organisation française de
promotion des collectivités locales à l'international,
et son équivalent japonais CLAIR ont organisé, du
12 au 14 janvier, ce voyage réservé à des
élus de collectivités voisines de sites nucléaires,
La Hague (Manche), Chinon ou encore Fessenheim (Haut-Rhin).
Quelques jours pour s'immerger dans un territoire marqué par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, et surtout par le pire accident nucléaire depuis Tchernobyl. Un drame d'une ampleur telle que Bertrand Gallet, directeur général de Cités unies, regrette que "les élus n'aient pas été plus nombreux à répondre à l'appel, tant ce voyage est instructif".

Instructif et bouleversant. "Pour nous,
ajoute Yves Dauge, ce voyage est un cas concret. Tout ce qui
nous a été dit me perturbe beaucoup. A l'avenir,
qui va vouloir s'installer ici ? Quelle entreprise
va vouloir investir ?" Car, au fil de ces
journées à arpenter l'un des plus vastes départements
japonais, à contourner la zone interdite des 20 kilomètres
établie autour de la centrale et à écouter
élus locaux et habitants, les visiteurs ont pris la mesure
réelle d'un drame à l'origine de l'évacuation
de plus de 100 000 habitants, d'une crise qui pourrait durer quarante
ans et d'un coût évalué à 1 151 milliards
de yens (11,4 milliards d'euros). Le tout sans compter l'impact
sur la santé de milliers de personnes, qui devrait être
ressenti d'ici quelques années et le problème durable
de la contamination radioactive.
Une situation qui n'incite guère à l'optimisme.
L'adjointe au maire de Strasbourg, Françoise Buffet, pour
qui les paysages de Fukushima évoquent les forêts
des Vosges, déplore que l'environnement soit "aujourd'hui
dangereux, interdit" par la présence massive des
dépôts radioactifs. Ils atteignent parfois de tels
niveaux qu'ils font réagir les dosimètres amenés
par la délégation.
Cette pollution radioactive a été baptisée
d'"ennemi invisible" par Norio Kanno, le maire
d'Iitate, village qui avait misé sur l'agriculture bio
et qui se situe à l'intérieur des terres, à
une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de la centrale.
Les 6 000 habitants ont dû l'évacuer, car il a eu
la malchance de se trouver sur la route du nuage hautement radioactif
émis dans les premiers jours de la crise. "Nous
avons été victimes d'un caprice du vent",
regrette Norio Kanno, rencontré à Iino, dans la
banlieue de la ville de Fukushima, où se trouve désormais
sa mairie.
Son émouvant témoignage a mis en évidence
l'enjeu complexe de la décontamination, qui empêche
aujourd'hui d'envisager le retour chez eux des habitants. "Un
jour, juge Jacques Maugein, président de la commission
locale d'information (CLI) sur le nucléaire en Gironde,
le gouvernement japonais devra avoir le courage de reconnaître
que la décontamination est une épreuve du temps.
Il faudra au moins quarante ans pour un retour à la normale."
De fait, a, par ailleurs, expliqué Ryo Ijichi, responsable
de l'ONG On the Road et membre du secrétariat gouvernemental
pour la reconstruction, "les efforts de décontamination
ne donnent pas grand-chose". Le vent et la pluie déplacent
les dépôts radioactifs accumulés dans les
forêts et sur les montagnes. Et la centrale accidentée
continue de rejeter du césium, à 70 millions de
becquerels par heure. Si bien qu'une zone "nettoyée"
est à nouveau polluée en quelques jours.
Outre le problème de la contamination, qui pousse au départ
des milliers d'habitants, le plus souvent jeunes, les élus
français ont pu noter le profond sentiment d'abandon ressenti
dans les jours qui ont suivi l'accident par les responsables rencontrés.
Katsunobu Sakurai, maire de Minami-Soma, ville côtière
de 71 000 habitants, victime du tsunami et dont une partie se
trouve dans la zone des 20 kilomètres, a évoqué
"l'absence totale d'informations, de consignes, de ravitaillement.
J'ai dû tout décider seul, notamment en matière
d'évacuation". Réaction de Jacques Maugein
: "En France, c'est le préfet qui a normalement
l'autorité pour décider une évacuation.
Que devraient faire les élus s'il ne la décide
pas ?"
A la centrale aussi, les responsables se sont sentis bien seuls
au moment du drame. Ce déficit de communication avec le
siège tokyoïte de Tepco (compagnie d'électricité
de Tokyo, propriétaire et opérateur de la centrale)
fait dire à Jacques Maugein qu'aujourd'hui, en pareille
situation, "EDF se serait comportée comme Tepco".
Triste constat qui en amène un autre : "Les Japonais
vivaient avec l'idée du zéro danger du nucléaire,
note Françoise Buffet. Cet accident leur a prouvé
l'inverse." Elle se dit profondément marquée
par le témoignage du maire d'Iitate. "Pour lui,
le traumatisme, le choc violent du tsunami paraissent préférables
au mal invisible et sans fin de la radioactivité. Car l'important
dans ce genre de situation est de pouvoir reconstruire,
ce que la nature du mal radioactif ne permet pas."
Même les plus attachés au nucléaire paraissent
ébranlés. Michel Laurent, ancien d'Areva, maire
de Beaumont-Hague (Manche), commune voisine du chantier de l'EPR et où se
trouve le centre de traitements des déchets de la Hague, clame l'importance de "toujours
penser à l'impensable quand on s'intéresse
aux risques d'accident". "Ce drame confirme l'importance
de ne pas faire d'économies sur la sécurité
et de maintenir les exploitants sous le statut de sociétés
nationales."
Michel Laurent souhaite également des réponses sur
les indemnisations. Pierre Gaillard, vice-président de
la CLI auprès de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne),
veut rencontrer l'assureur d'EDF, ce qu'il n'a pas encore réussi
à faire malgré plusieurs demandes. Il s'interroge
également sur le déroulement des exercices réalisés tous les
deux ans en France. "Est-ce que l'on peut exiger
des chauffeurs de bus, des gendarmes ou des pompiers d'intervenir
dans des milieux devenus aussi hostiles ? Avons-nous les moyens
de garantir leur sécurité ?"
Certaines craintes s'expriment. Jacques Maugein rappelle que la centrale du Blayais
(Gironde) a été inondée en 1999 et peut toujours l'être.
"Que peuvent les protections mises en place contre la
puissance de l'eau ?" Evoquant l'ancienneté de
la centrale de Fessenheim et le fait qu'elle se trouve sous la
menace des eaux du canal d'Alsace, Françoise Buffet rappelle
que Strasbourg, comme plusieurs villes allemandes et suisses,
en a demandé
la fermeture, en vain.
Et, finalement, la question porte sur l'avenir du nucléaire,
une technologie dont, constate Françoise Buffet, "nous
ne maîtrisons pas l'ensemble du processus et qui peut avoir
des conséquences désastreuses". Pour Yves
Dauge, c'est clair, aujourd'hui "il faut affirmer
la nécessité de sortir du nucléaire".
"Cela doit être accompagné d'une réflexion
sur la stratégie énergétique, précise-t-il.
Mais c'est d'autant plus fondamental que le nucléaire
devrait coûter de plus en plus cher."
Il ne croyait pas si bien dire, comme l'a démontré
le rapport
de la Cour des comptes sur "Les coûts de la filière
électronucléaire". Dévoilé le
31 janvier, il soulignait les "grandes incertitudes"
pesant sur ce secteur.
Philippe Mesmer
Fukushima Over Blog, 29 janvier 2012:
La piscine commune de combustible usé de
Fukushima Daiichi
Pas moins de cinq comités de crise constitués pour faire face à la triple catastrophe naturelle et nucléaire du 11 mars au Japon n'ont gardé aucun compte-rendu officiel de leurs réunions, a admis vendredi un fonctionnaire de l'Etat.
Plus tôt cette semaine, le gouvernement avait avoué que la cellule spéciale réunie autour du Premier ministre de l'époque, Naoto Kan, pour gérer l'accident atomique de Fukushima n'avait gardé aucune trace des discussions tenues lors de ses réunions, ce qui a déclenché des interrogations sur les autres commissions ad hoc.
Le gouvernement a ainsi reconnu ne pas avoir non plus les minutes de quatre autres organes d'urgence, renforçant ainsi l'image d'une gestion brouillonne du désastre déclenché par le séisme et le tsunami survenu le 11 mars dans le nord-est de l'archipel, la pire crise connue par le Japon depuis la Deuxième guerre mondiale.
Trois des comités n'ont pas même établi de brefs résumés de leurs entretiens, tandis que deux autres groupes de travail n'ont noté que partiellement le contenu des rendez-vous.
Face à ce constat dont l'actuel gouvernement n'est pas responsable, puisque la plupart des membres ont changé entre-temps, le vice-Premier ministre en exercice, Katsuya Okada, a ordonné de recréer d'ici à la fin février des résumés des rencontres à partir de témoignages.
L'absence de documents officiels sur ces réunions est qualifié de "grotesque" par Kazuhiro Hayakawa, professeur agrégé de droit administratif, et relève même selon lui d'une violation de l'obligation légale de tenir des minutes.
"Peu importe la situation d'urgence et l'obligation d'aller vite, il est absurde que n'aient pas été établis de comptes-rendus", a-t-il souligné. "Je doute que cela ait été intentionnel de la part du gouvernement, mais je suppose que les fonctionnaires n'ont pas reçu clairement l'ordre de créer ces documents", a-t-il précisé, regrettant que cette erreur prive les experts de la possibilité d'étudier ce qui s'est exactement passé immédiatement après la catastrophe naturelle qui a fait plus de 19.000 morts et l'accident de Fukushima qui a forcé à évacuer une centaine de milliers personnes.
Cette énorme maladresse est pain béni
pour l'opposition conservatrice qui y voit la preuve de l'inexpérience
du Parti Démocrate du Japon (PDJ), formation de centre-gauche
relativement jeune et arrivée au pouvoir en septembre 2009
après plus d'un demi-siècle de domination de la
droite. "C'est symptomatique de l'imprudence du gouvernement",
a déclaré Hirofumi Nakasone, un ténor du
Parti Libéral-Démocrate (PLD).
TOKYO (24/1/2012) - La compagnie d'électricité de l'est du Japon, Tokyo Electric Power (Tepco), qui dessert la capitale, a annoncé mardi l'arrêt prochain pour maintenance de son avant-dernier réacteur atomique ce qui ne laissera plus que trois unités actives dans tout le pays en fin de semaine.
Le réacteur Kashiwazaki-Kariwa 5 (côte ouest), qui avait été remis en exploitation commerciale il y a environ un an, sera stoppé pour sa 13e session d'entretien régulier à compter de mercredi pour une durée d'au moins cinq mois, a précisé Tepco, compagnie qui gère aussi la centrale accidentée de Fukushima.
Le complexe Kashiwazaki-Kariwa, qui avait été endommagé par le tremblement de terre de Niigata en juillet 2007, compte sept unités dont cinq sont déjà hors service.
Les réacteurs japonais doivent subir des contrôles durant plusieurs semaines tous les treize mois environ.
Du fait de l'arrêt prévu de Kashiwazaki-Kariwa 5, suivi deux jours plus tard par celui de Shimane 2, exploité par la compagnie du centre Chugoku Electric, 51 réacteurs sur 54 seront suspendus dès cette fin de semaine.
Trois des neuf compagnies régionales nippones (Chugoku Electric Power, Shikoku Electric Power et Kyushu Electric Power) n'auront à ce moment plus aucun réacteur actif, et Tokyo Electric Power n'en aura plus qu'un sur les 17 qu'elle possède, le numéro 6 de Kashiwazaki-Kariwa.
Les trois unités du pays qui resteront encore en fonction doivent en outre aussi être suspendues d'ici au mois de mai au plus tard, et nul ne sait quand toutes les tranches inactives pourront être relancées.
A la suite du séisme et du tsunami qui, le 11 mars, ont engendré l'accident sur le site nucléaire Fukushima Daiichi (nord-est), une quinzaine de réacteurs ont été subitement arrêtés dans les centrales du nord-est, puis deux autres présentant des risques à Hamaoka (centre).
Le redémarrage de tous les autres réacteurs stoppés pour maintenance ou à cause des secousses sismiques est conditionné à de nouveaux tests de résistance (notamment vis-à-vis des catastrophes naturelles) et à l'approbation des autorités locales, ce qui retarde l'échéancier habituel.
Le ministre nippon de l'Industrie, Yukio Edano, a reconnu la semaine dernière que le Japon pourrait n'avoir plus aucun réacteur nucléaire en activité cet été et prévenu qu'il ne pouvait s'engager sur un calendrier pour la réactivation des tranches stoppées.
Nous devons dès lors prendre des dispositions
au cas où plus aucune centrale nucléaire ne serait
exploitée dans les prochains mois et surtout lors des pics
de consommation estivaux, a-t-il insisté. Les compagnies
d'électricité, qui appellent la population et les
entreprises à réduire leur consommation, sont forcées
de remettre en exploitation des centrales thermiques afin de compenser.
21/1/2012 - Le gouvernement japonais compte nationaliser la compagnie-opérateur de la centrale nucléaire «Fukushima-1» Tokyo Electric Power (TEPCO) au minimum pour 10 ans. Ce n'est qu'une des mesures, adoptée par les pouvoirs du Japon pour le soutien de la compagnie. À cause des grandes pertes que TEPCO a subies après les avaries sur la centrale nucléaire, la compagnie n'est plus en mesure gérer les obligations financières qui lui ont été confiées. Il s'agit notamment du paiement des compensations aux habitants de la préfecture Fukushima qui ont été touchés par la catastrophe, et des travaux très difficiles du démantèlement de la station nucléaire.
Agora Vox, 18/1/2012:
En dépit des messages rassurants qui seuls percent (rarement) l'indifférence médiatique, la crise que le Japon traverse depuis le début de l'accident de Fukushima demeure ingérable et affectera durablement l'avenir du pays. Mais cet avenir n'affectera pas tout le monde. La prochaine ville japonaise sera... en Inde.
Le recouvrement achevé d'un des quatre bâtiments éventrés par une tente en nylon est loin de constituer une début de résolution de la crise environnementale que le Japon traverse.
Pour comprendre ce qui se passe derrière ce paravent pudique, je vous propose de regarder la situation en partant d'abord des décombres de la centrale nucléaire pour s'en éloigner progressivement. Une périple qui nous mènera jusqu'en Inde.
Sur le site même de Fukushima.
Il faut d'abord relever les conditions dramatiques et héroïques dans lesquelles les équipes sur place travaillent. Un quatrième employé, âgé d'une soixantaine d'année, est mort subitement le 11 janvier, officiellement d'un arrêt cardiaque. La police a emporté le corps pour autopsie.
La température dans le réacteur n° 2 a effectué de subites variations passant de 48.4°C à 102°C le 12 janvier puis atteignant les 142°C le 14 janvier. Une « panne de la sonde » selon TEPCO.
Les travaux de construction de la tente du bâtiment 2 ont été suspendus à partir du 5 janvier pour concentrer les efforts sur le bâtiment n° 4 dont plusieurs pans de murs ont été démolis depuis novembre. Il est acquis désormais que le couvercle de l'enceinte de confinement de ce réacteur git à plusieurs dizaines de mètres de son emplacement d'origine. Le réservoir de désalinisation du système de refroidissement de secours présente des fuites.
300 tonnes d'eau contaminée de Césium radioactif (49 à 69 Becquerels par cm2) a été trouvé le 13 janvier dans des tunnels proches de l'unité 3.
En zones contaminées
Les cartes des zones contaminées les plus récentes montrent que la contamination s'étend bien au delà ces précédentes évaluation. Deux zone très contaminées se trouvent dans les faubourgs de Tokyo. Les zones plus faiblement contaminées s'étendent j'jusqu'a 250 km au sud-ouest de la centrale, une zone où l'on rencontre une des plus hautes densités de population de la planète.
Dans le reste du japon.
Mais la contamination s'exporte aussi hors des zones directement atteintes. Ainsi une jeune habitante de la ville de Nihonmatsushia constaté avec stupeur que l'appartement dont elle venait de prendre livraison était anormalement radioactif. La raison en était qu'on avait intégré dans le béton des matériaux contaminés à la suite de l'accident de Fukushima.
Le même phénomène de dissémination affecte aussi les usines de traitement des eaux usées : Dans certains centres de traitement des eaux usées, les boues résultat du traitement concentrent des taux élevés de radioactivité, interdisant leur usage comme fertilisant. Les autorités les stockent sans savoir comment s'en débarrasser..
La fuite vers l'étranger.
Face à cette perte irrémédiable de terres habitable, le Japon se tourne vers l'étranger. Le gouvernement Japonais, accompagné des grands nom de l'industrie Japonaise, vient de signer un accord afin de créer une ville japonaise dans le sud de l'Inde.
D'une capacité de 50.000 personnes et d'une superficie d'environ 2 km2 cette « station balnéaire de qualité Japonaise » offrira tout le luxe de la vie moderne, « parc industriel, hôpital, galeries marchande, mini-golf ». Certains au Japon y voient un plan de l'élite Japonaise en vue d' abandonner le navire.
Les lignes de crédits que la banque du Japon a ouvert pour favoriser les échanges avec l'Inde ( 15 milliards de $) et la Corée du sud (70 milliards) indignent la population qui s'attendait à ce que la priorité aille à la reconstruction et la décontamination des zones dévastées au Japon même et à l'évacuation des zones trop fortement contaminées encore habités.
Bref, selon que vous serez puissant ou misérable, vous cohabiterez avec des becquerels ou vous jouerez au golf dans une station balnéaire bien loin de Fukushima.
Une ville balnéaire où vos enfants ne risqueront pas de jouer dans des bacs à sables rayonnant 20 µS/h, la norme pour le reste des enfants japonais.
Elle est pas belle la mondialisation ?
L'Usine Nouvelle, 18/1/2012:
Selon les propos du porte-parole du gouvernement, Osamu Fujimura, le 18 janvier, le Japon prévoit d'inscrire dans la loi de porter à 60 ans la durée d'exploitation des réacteurs nucléaires.
"Les extensions seront exceptionnellement approuvées lorsque la sécurité est assurée", estime le porte-parole. En effet, le gouvernement prévoit d'étendre la durée d'exploitation des centrales, sous réserve d'obtention d'une autorisation spéciale au-delà de 40 ans. Il prend ainsi exemple sur ce qui a été fait aux Etats-Unis. "Nous nous inscrivons dans une ligne mondiale", a justifié un responsable du gouvernement
Cette annonce fait suite aux déclarations de Goshi Hosono, le ministre de l'Environnement également chargé du traitement de l'accident de Fukushima. Il avait précisé que le gouvernement voulait fixer une durée maximum légale de 40 ans. Une idée qui ne serait pas remise en cause selon le porte-parole : "il n'y a pas de changement à la limite de base de 40 ans, mais des exceptions".
Cette proposition d'extension a provoqué des réactions immédiates, notamment de la part des opposants à l'énergie nucléaire. "Le risque est inacceptable pour le peuple du Japon, surtout quand il souffre déjà des effets continus de la crise de Fukushima", précise Junichi Sato, directeur de l'association écologiste Greenpeace Japon.
Sur le parc de 54 réacteurs nucléaires japonais, 3 ont plus de 40 ans et 16 plus de 30 ans.
Aujourd'hui la Chine, 6/1/2012:

Au supermarché, Nakayama scrute les
étiquettes à la recherche de l'origine des produits
qu'elle achète. Légume, lait, thé ou riz,
aucun ingrédient de sa cuisine n'a échappé
à la vérification. "Cela double le temps
de préparation des repas", confie-t-elle, mais
cette mère de famille est prête à tout pour
assurer à son fils de 3 ans une nourriture non contaminée.
« Mes priorités ont changé, mon enfant
passe désormais en premier», explique cette ancienne
carriériste au Japan Times.
Parents inquiets
Comme beaucoup de parents nippons, Nakayama craint les retombées
du désastre de Fukushima, et évite les produits
en provenance du Nord-Est de l'île d'Honshu (région
Tohoku et Kanto).
Quand elle ne barre pas l'entrée de sa cuisine aux isotopes
radioactifs, elle lutte pour que ses exigences de sécurité
soient adoptées dans les écoles. Dans son quartier
de Setagaya, à Tokyo, elle anime un groupe de parents d'élèves
très actifs dans la prévention des risques de contamination.
Elle consacre donc plusieurs heures par jour à interpeller
la direction des établissements scolaires, les politiques
et les parents d'élèves : elle est désormais
une activiste politique.
Ces groupes se sont multipliés depuis le mois de mars,
et se sont organisés. En juillet, s'est formé le
Réseau National des Parents pour la Protection des Enfants
contre les Radiations, un rassemblement de plus de 250 groupes
de quartier, qui compte aujourd'hui plus de 6000 membres.
Une
manifestation de Japonais inquiets à Tokyo. Dans le cortège,
beaucoup de mères de famille...
La plupart sont des mères de familles
qui ne se sont jamais engagées politiquement et qui n'ont
jamais voté, mais elles relaient le sentiment d'anxiété
d'un nombre beaucoup plus importants de Japonais. Leurs actions
consistent à partager et diffuser des informations sur
la sécurité environnementale et alimentaire vis-à-vis
du nucléaire, et à faire pression sur les autorités
pour que des mesures soient prises.
Leurs appels ont forcé les municipalités à
s'équiper. A Setagaya comme dans beaucoup d'autres villes,
les écoles testent les repas dans les cantines scolaires.
Les revendications remontent, et le Ministère de l'Éducation
a lui-même déboursé 100 millions de yens pour
permettre l'achat de tels équipements.
Leur engagement est d'autant plus remarquable que les Japonais
sont traditionnellement peu intéressés par les questions
politiques. La contestation directe, ou la revendication organisée
a une image anticonformiste peu appréciée dans le
société.
In Facebook we Trust
Quand elle est entrée dans son groupe, Madame Itoh a d'ailleurs
été étonnée par le manque de plateforme
permettant la communication politique. Internet s'est dès
lors imposé comme un moyen d'organisation et de récolte
d'informations, explique-t-elle à Associated Press. C'est
ainsi que des milliers de « mère du bon sens »
ont commencé à être très actives sur
les réseaux sociaux. Sur Facebook, Twitter ou les autres
médias sociaux japonais, elles échangent des informations
sur les retombées de la catastrophe, organisent des rencontres
avec des élus et font en sorte de diffuser leur message.
Une volontaire de la Station Citoyenne de Mesure
de la Radioactivité de Setagaya, à Tokyo...
Yoshiko Fukagawa, 41 ans, fait partie du même
groupe que Nakayama, à Stenagaya. Elle est arrivée
dans cette localité avec ses deux enfants de 4 et 7 ans
après avoir fui leur préfecture de Fukushima. 10
mois après la catastrophe, elle vit toujours dans un centre
d'évacués et justifie son engagement par une phrase
simple : "je ne peux pas croire le gouvernement". Car
le moteur de cette nouvelle forme d'activisme, c'est aussi la
chute de confiance des Japonais à l'égard du gouvernement
et des médias traditionnels. Dès les premières
semaines suivant la catastrophe de Fukushima, des voix se lèvent
contre le « manque de franchise » du gouvernement.
Les sondages révèlent que plus de 70% des Nippons
pensent que les annonces officielles ne sont pas « dignes
de confiance » et critiquent au passage la gestion
politique de la crise. Pourtant, les télévisions
et journaux de l'archipel continuent de s'aligner sur la communication
gouvernementale : dans cet Etat "paternaliste", pour
la première fois, les citoyens doutent de leur classe politique.
« Changer l'orientation du pays »
Avec l'échange entre internautes comme seule source d'information,
les réseaux se mettent en place, et les écoles ne
sont pas le seul champ de bataille. Les citoyens veulent avoir
une participation active dans la reconstruction des zones sinistrées
par le tsunami, et surveiller eux-même l'évolution
du risque nucléaire. Aujourd'hui, une dizaine de Stations
Citoyennes de Mesure de la Radioactivité sont en service,
dans la province de Fukushima et à Tokyo. Les consommateurs
et les producteurs apportent eux-mêmes des produits pour
les faire tester, en échange d'une somme modique qui sert
à couvrir les frais de fonctionnement.
Tous les résultats sont publiés sur le web : « Notre
rôle est ce qu'ils appellent une deuxième opinion
dans le monde médical », explique une responsable
du mouvement.
Là encore, les mères de famille sont en première
ligne. Elles qui considéraient internet comme une « source
d'information douteuse » inondent la Toile de contre-expertises,
et les Japonais suivent assidument. « Nous sommes
en train d'évoluer vers une forme de démocratie
plus active, dans laquelle les gens réalisent qu'ils sont
les acteurs principaux, pas le gouvernement »,
explique Tatsuya Yoshika, fondateur d'un groupe de volontaire
pour la reconstruction du Nord-Est.
L'importance de ces groupes reste pourtant à relativiser,
face à l'impact médiatique des médias traditionnels
et de la communication gouvernementale. Mme Itoh, mère
de 48 ans reste toutefois optimiste : "Nous sommes toujours
petits, mais les mères impliquées n'allaient même
pas voter, et font aujourd'hui signer des pétitions",
confie-t-elle au Today Online. "Je pense que c'est un
facteur qui peut faire changer l'orientation de notre pays"
conclut-elle avec optimisme.
Claude Lely
Rue89, 30/12/2011:`
Les ruines du bâtiment qui abritait le
réacteur n°3.
« Il est inexcusable qu'un accident
nucléaire n'ait pu être géré parce
qu'un événement majeur tel que le tsunami n'a pas
été anticipé. » Tel est le ton
sans concession adopté dans le rapport de la commission
indépendante, dont une version intermédiaire a été
publiée le 26 décembre.
Certes, personne ne pouvait imaginer qu'une vague de 15 mètres
recouvre la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi et
transforme le périmètre des 20 km à la ronde
en zone morte. Mais à la lecture de ce qu'écrit
la commission d'enquête sur les accidents à la centrale
nucléaire de Fukushima, on voit que l'impréparation
était réelle, et que les responsabilités
sont partagées par Tepco et le gouvernement japonais.
Mandatés le 24 mai, les experts ont mené 456 entretiens
et rendront leur rapport définitif à la mi-2012.
Que faut-il retenir ? (voir aussi le résumé en anglais, de 22
pages, les phrases importantes surlignées en jaune)
1) Des ratés dans la gestion de la crise
Le centre de gestion de crise situé à 5 kilomètres
de la centrale n'a pas pu fonctionner correctement à cause
du tremblement de terre et du niveau élevé de radiation.
En 2009, un programme public de prévention des risques
avait signalé certains manquements, comme l'absence de
filtres à air, mais rien de concret n'avait été
fait.
Le 13 mars, après la perte des générateurs,
un temps précieux a été perdu avant que de
l'eau ne soit injectée pour refroidir le réacteur
numéro 3, celui où s'est produit une explosion qui
a généré d'importants rejets radioactifs.
L'enquête devra préciser pourquoi la délégation
de pouvoir ne s'est alors pas faite correctement.
La surveillance de la radioactivité juste après
l'accident a aussi mal fonctionné : les patrouilles n'ont
pas été opérationnelles sur un terrain cataclysmique,
alors que justement il était urgent de prendre des mesures
de protection de la population.
L'évacuation de dizaines de milliers de personnes
s'est faite dans la confusion, notamment parce que les ordres
venus du gouvernement n'étaient pas répercutés
au niveau local. Des mesures spécifiques auraient dû
être prévues pour les personnes les plus vulnérables.
Les déclarations officielles telles que «
il n'y a pas d'impact immédiat sur la santé des
populations » ont nui à la confiance que l'opinion
publique porte au gouvernement. Le rapport final devra dire pourquoi
les autorités ont tant minimisé la gravité
des événements, préférant cacher les
informations disponibles [c'est
une blague ou de l'humour noir ???].
2) Une prévention des risques insuffisante
La commission de sécurité nucléaire du Japon
a passé cinq ans (2001-2006) à revoir ses réglementations
par rapport aux séismes, mais aucun spécialiste
des tsunamis n'en faisait partie. Si les experts notent que le
risque de tsunamis est bien évoqué dans le nouveau
guide réglementaire, ils s'étonnent qu'aucune mesure
concrète n'ait été prise. Tepco avait bien
envoyé aux autorités de sûreté nucléaire
en 2002 ses évaluations, mais celles-ci n'ont pas fait
de remarques particulières ou demandé de travaux.
Or la centrale de Fukushima Dai-ichi a été conçue
sur la plus haute vague observée au port d'Onahoma après
le tremblement de terre au Chili en 1960, à savoir 3,1
mètres au-dessus du niveau de la mer.
En 2008, quand Tepco a réévalué les risques
de tsunami pour sa centrale de Fukushima Dai-ichi, plusieurs hypothèses
lui ont été présentées : une vague
de 9 mètres ou de 15 mètres. Mais Tepco a considéré
que la probabilité d'un tsunami de grande envergure était
faible, bien que le risque existât, et n'a pris aucune mesure
concrète.
Autre exemple d'impréparation : la perte totale d'alimentation
électrique n'a jamais été envisagée
par Tepco. Ce qui a amené à l'envoi, dans la précipitation
de camions de pompiers afin d'envoyer de l'eau destinée
à refroidir les réacteurs.
3) Des réformes préconisées pour éviter
une nouvelle catastrophe
Le 15 août, le gouvernement japonais a annoncé une
réforme des instances de régulation du nucléaire.
La commission réitère la nécessité
que le nouveau régulateur : soit réellement indépendant
et transparent, et doté de moyens en conséquence,
développe une vraie expertise sur la prévention
des catastrophes naturelles, soit pleinement conscient de la nécessité
de fournir des informations justes et fiables.
En conclusion, les experts répètent ce que chacun
doit avoir à l'esprit : même si les probabilités
d'accident sont faibles, ceux-ci peuvent avoir des conséquences
tellement graves qu'il faut que toutes les précautions
soient prises.
Sophie Verney-Caillat
26/12/2011 - L'impact semble à peu près comparable à celui de Tchernobyl; Les petits enfants sont les plus durement touchés, une recherche en cours montre un comptage de décès sûrement plus élevé.
On estime que plus de 14.000 décès aux États-Unis sont liés aux retombées radioactives de la catastrophe des réacteurs nucléaires de Fukushima, selon un important article de l'édition de décembre 2011 du Journal International des Services de Santé. C'est la première étude spécialisée publiée dans un journal médical à faire connaître les risques sanitaires de Fukushima. Les auteurs Joseph Mangano et Janette Sherman ont écrit que leur estimation des 14.000 décès d'américains dans les 14 semaines après les fusions des réacteurs de Fukushima peut se comparer aux 16.500 décès dans les 17 semaines après la fusion de Tchernobyl en 1986. L'augmentation de décès rapportés après Fukushima a surtout été constatée chez des enfants américains de moins d'un an. L'accroissement de décès infantiles 2010-2011 a été de 1,8%, comparé à la diminution de 8,37% des 14 semaines précédentes.
Exactement 6 jours après la fusion des 4 réacteurs, (donc le 17 mars) des scientifiques ont détecté un nuage de retombées toxiques parvenu au-dessus des plages américaines. Des mesures ultérieures faites par l'Agence américaine de Protection de l'Environnement ont montré aux États-Unis des niveaux de radioactivité de l'air, de l'eau et du lait des milliers de fois au-dessus des normes. Les plus forts taux détectés d'iode-131 en précipitation ont été aux États-Unis les suivants (la norme est environ de 2 picocuries d'iode-131 par litre d'eau) : Boise, Idaho = 390 ; Kansas City = 200 ; Salt Lake City = 190 ; Jacksonville, Floride = 150 ; Olympia, état de Washington = 125 ; et Boston, Massachussets = 92.
L'épidémiologiste Joseph Mangano a dit : « Cette étude des risques sanitaires liés à Fukushima est la première à être publiée dans un journal scientifique. Elle ne fait qu'augmenter l'inquiétude et suggère fortement de continuer des études de santé pour comprendre le réel impact de Fukushima au Japon et autour du monde. Les découvertes sont importantes pour le débat actuel sur la construction de nouveaux réacteurs et combien de temps on doit conserver les réacteurs vieillissants en service. »
Mangano est directeur exécutif du projet Radiations et Santé Publique, et auteur de 27 articles de journaux médicaux et lettres. Janette Sherman, interne en médecine et toxicologue disait : « En se basant sur notre recherche en cours, le comptage réel des décès ici peut atteindre 18.000 personnes, si on ajoute les grippes et les pneumonies comme cause de décès, qui ont quintuplé dans la période en question. On a vu des morts dans toutes les tranches d'âge, mais nous continuons à réaliser que les petits enfants sont plus durement touchés car leurs tissus se multiplient rapidement, ils ont des systèmes immunitaires moins développés et les doses de radioisotopes sont proportionnellement plus importantes que pour les adultes. »
Le Dr Sherman est professeur adjoint à l'université du Michigan et co-éditrice de »Tchernobyl conséquences d'une catastrophe pour les gens et l'environnement », publié en 2009 par l'Académie des Sciences de New York, et auteur de »Exposition chimique et maladie et Le délicat équilibre de la vie Causes et prévention du cancer du sein. »
Les rapports hebdomadaires des centres de contrôle et de prévention des maladies établissent le nombre de morts pour 122 cités américaines avec une population supérieure à 100.000 habitants, c'est à dire entre 25 et 30% des États-Unis. Dans les 14 semaines après l'arrivée des retombées de Fukushima aux US (entre le 20 mars et le 25 juin), les morts rapportées aux centres de contrôle des maladies a augmenté de 4,46% par rapport à la même période de 2010, comparé aux seuls 2,34% dans les 14 semaines précédentes. Les décès en excédent pour tout les US pendant cette période sont d'environ 14.000.
[Remarques d'Infonucléaire:
C'est le principe des études épidémiologiques
d'arriver à distinguer un phénomène qui autrement
serait passé inaperçu.
Ici on a affaire à de très faibles doses radioactives
sur une population importante. Ce qui compte en premier c'est
de savoir s'il n'y a pas d'autre cause pouvant expliquer l'accroissement
des décès sur la période en question, car
le nombre de décès varie au cours de l'année
(très froid, très chaud, pollution atmosphérique
plaquée au sol ou stagnante à cause d'un phénomène
météo, etc).
S'il n'y a pas d'autre explication que Fukushima, les taux en
iode-131 dans l'eau de pluie (Boise, Idaho = 390 ; Kansas
City = 200 ; Salt Lake City = 190 ; Jacksonville, Floride
= 150 ; Olympia, état de Washington = 125 ; et
Boston, Massachussets = 92) sont très faibles, ça
fait (sauf erreur de calcul) au max 14 becquerels en Idaho, et
avec 14 becquerels en iode-131 on peut sans problème se
faire doucher par une averse sans parapluies
Donc s'il y a relation avec Fukushima, c'est probablement une
surmortalité chez des personnes extrêmement fragilisées
ou malades chez qui cette pollution supplémentaire a suffi
à faire passer de vie à trépas. Pour un adulte,
un enfant, ou un bébé à naître sans
problème particulier c'est une petite pollution comme ils
en rencontreront bien d'autres au cours d'une vie (donc qui s'accumule
pour produire des effets) mais qui ne peut avoir de conséquence
funeste immédiate.]
Politis, 20/12/2011:
Avec un sens de l'humour qui doit être une spécialité nucléaire particulièrement japonaise, la Tepco, l'opérateur privé qui gère la centrale de Fukushima Daiichi, a annoncé il y a quelques jours que les réacteurs un, deux et trois étaient arrêtés. En réalité, bien sur, ils le sont depuis le jour de la catastrophe. Ce qui se poursuit, c'est la fusion [fonte] toujours non maîtrisée des réacteurs dont le contenu continue à ronger le béton qui les sépare du sous-sol et des nappes phréatiques. À l'appui de ses dires, la Tepco affirme que la température y serait redescendue autour de 100 degrés. Ce que de nombreux spécialistes japonais contestent. Tout comme ils mettent sérieusement en doute la fin des rejets radioactifs dans l'atmosphère. Il y a une quinzaine de jours, l'entreprise a dû avouer que l'eau de refroidissement continuait à gagner la mer. Une eau contenant, par exemple, du césium 137, de l' iode 131 et du strontium, ce dernier entraînant des risques élevés de cancer des os.
Loin, très loin de ce dernier avatar
technique encore inexpliqué et que des ouvriers tentent
d'endiguer, comme l'a montré brièvement la télé
japonaise, avec des sacs de sable, les habitants de la région
de Fukushima prennent progressivement conscience de ce qui leur
arrive et du caractère approximatif des informations qui
leur sont données sur la teneur en radioactivité
de l'air : jusqu'à 10 microsieverts/heure, soit entre 150
et 300 microsieverts/an. Soit des doses largement supérieures
aux normes internationales. D'autant que les teneurs moyennes
ne tiennent pas compte des différences locales et de l'accumulation
de la radioactivité dans les terres contaminées,
en taches de léopard, au gré des vents, du relief
et du hasard.
Confrontés à l'invisible
Théoriquement, il ne reste personne dans un rayon de 20 kilomètres autour de la centrale de Fukushima Daiichi, puisque plus de 90000 personnes ont été évacuées. Théoriquement... Quant aux habitants qui vivaient entre la zone comprise entre 20 et 30 kilomètres, ils sont partis, ou calfeutrés dans leurs maisons. Théoriquement encore... Car il n'est pas facile d'admettre, notamment pour des paysans, qu'il faut tout abandonner face à une radioactivité qui ne se voit pas. Pour la première fois, des dizaines de milliers de Japonais se retrouvent confrontés à l'invisible. Seules indications que la région a été projetée dans un autre monde : comme autour de Tchernobyl, la végétation commence à grignoter les routes ou les rues, les champs ne sont plus cultivés, les serres en plastique s'effilochent sous le vent, chiens et chats errent à la recherche de nourriture. Comme les quelques vaches et autres animaux domestiques que les paysans n'ont pas eu le coeur d'abattre. Ça et là, des ombres humaines discrètes reviennent les aider à survivre. Dans de nombreux villages, les traditionnelles maisons en bois abandonnées depuis des mois commencent à se délabrer, ajoutant à l'impression de désolation.
Peu d'habitants croient aux annonces gouvernementales expliquant que la région sera prochainement réhabilitée par grattage des terres contaminées, alors que nul ne sait où il serait possible de stocker les déchets de terre et d'arbres contaminés : pour une seule commune de moyenne grandeur, les débris couvriraient l'équivalent d'une trentaine de terrains de football. Les déclarations gouvernementales retentissent comme la promesse d'une renaissance miraculeuse. Une promesse qui ne correspond guère à la réalité de la contamination, qui empêchera les habitants de revoir un jour leurs paysages familiers.
Ne restent plus à ces Japonais, menacés
ou évacués, que leurs yeux pour pleurer. Ils ne
s'en privent pas. Passé le temps de la stupeur, des habitants
désespérés expriment ouvertement leur chagrin
: bon gré mal gré ils commencent à oublier
le tsunami et ses dizaines de milliers de morts pour exprimer
leur désespoir d'être condamnés à l'exil
et au chômage. Quant aux personnes âgées, terrassées
par le déracinement ou la solitude délibérément
choisie, elles décèdent deux fois plus que dans
le reste du pays.
Réacteurs brusquement mis à l'arrêt
Reste une autre réalité : les raisons de l'accident. Le réacteur le plus irrémédiablement touché, bien qu'il soit difficile de discerner une différence dans leur triste état 9 mois après l'accident, a été le réacteur numéro 1 de 460 Mw : il était opérationnel depuis 1970 et prévu pour fonctionner 40 ans. Le mois précédant l'accident, à la demande de la Tepco, l'opérateur privé qui l'a fait construire, le gouvernement japonais avait prolongé, de dix ans sa durée de fonctionnement sans consulter qui que ce soit en dehors d'un petit cercle d'économistes et d'ingénieurs pro-nucléaire. Les deux autres réacteurs datent de 1973 et de 1974. Contrairement à ce qui a été expliqué pendant des mois, l'entrée en fusion des trois réacteurs n'a pas été provoquée par le tsunami (Politis l'avait expliqué après la catastrophe). L'arrivée d'une grande vague de 13 mètres de hauteur, plusieurs heures après le séisme, n'a inondé que la partie basse des bâtiments. Selon une procédure automatique prévue à l'avance, les réacteurs (le numéro 6 étant en révision depuis plusieurs semaines) ont été brusquement mis à l'arrêt au moment du séisme de force 8,9 sur l'échelle de Richter alors que les prévisions et les précautions de l'opérateur n'avaient envisagé, avec l'accord des autorités de sûreté japonaises, qu'un tremblement de terre de force 7. Pour faire des économies lors de la construction qui avait d'ailleurs été effectuées par des compagnies différentes pour chaque installation.
Selon de nombreux spécialistes japonais
qui en discutent depuis plus d'un mois, la faille de sécurité
ne se situe donc pas vraiment dans la violence de la secousse,
mais dans son caractère inopiné. Nul ne sait jamais,
malgré les automatismes mis en place, comment un réacteur
peut réagir à un brusque arrêt : bien ou mal,
cela ressemble à une loterie technologique. En effet, le
fonctionnement d'un réacteur et son refroidissement
essentiel reposent sur un équilibre technique fragile
qui peut être rompu par le moindre événement
intérieur ou extérieur. Lorsqu'il s'arrête
brusquement de fonctionner, il subit un choc brutal, comme si
l'on arrêtait un véhicule ou un train lancés
à grande vitesse. C'est exactement ce qui s'est produit
dans les réacteurs 1, 2 et 3 et dans leurs organes auxiliaires,
les générateurs de secours par exemple.
La fable du raz-de-marée
La situation a évidemment été aggravée par la vague du tsunami qui a privé la centrale d'une alimentation électrique extérieure. Les groupes électrogènes endommagés ne pouvant pas prendre le relais qu'ils avaient refusé dès la secousse tellurique. Or, en cas d'incident, un réacteur a besoin d'électricité pour que les systèmes de secours fonctionnent, notamment pour alimenter les circuits de refroidissement. L'enquête de la Commission gouvernementale, difficile politiquement et techniquement, lancée à contre-coeur par les autorités japonaises et dont les conclusions ont été partiellement publiques à la fin du mois de décembre 2011, a montré que le séisme a mis à mal la tuyauterie des systèmes de refroidissement...
Malgré cette réalité,
la « fable » de la responsabilité du raz-de-marée
a été utilisée en France, y compris par le
gouvernement. Ce qui a permis d'expliquer au public que rien de
tel ne pouvait survenir dans les réacteurs français
puisque la plupart ont été construits loin de la
mer et se trouvent donc hors de portée d'un tsunami. En
oubliant de mentionner qu'à la fin de 1999, la centrale
du Blayais, noyée par la tempête et la montée
de la mer, avait failli connaître le même sort et donc un accident majeur. Mais le lobby nucléaire est à la fois
sourd, aveugle et piégé par ses mensonges.
Le Nouvel Observateur, 15/12/2011:
Le césium ne s'est pas arrêté à la porte des riverains de la centrale de Fukushima. On le retrouve dans les assiettes et les poussières des habitations.
Après les urines d'enfants contaminées, les sacs d'aspirateur ! L'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (Acro), l'un des deux laboratoires d'analyses indépendants créés en France après la catastrophe de Tchernobyl, a procédé à des analyses des poussières contenues dans les sacs d'aspirateur de treize habitations, situées dans un rayon de 200 km autour de la centrale de Fukushima.
Toutes les poussières contaminées
Résultat : toutes les poussières issues des sacs sont contaminées en césium 137 et 134. Sans surprise, la zone la plus touchée est la plus proche de la centrale : il s'agit du district de Watari (ville de Fukushima), à 50 km de la centrale, où la vente de riz vient d'être interdite. L'Acro y a trouvé "presque 20 000 becquerels par kilo de poussière pour les deux césiums", indique son communiqué.
Des contaminations significatives ont également été identifiées jusqu'à Ichinoseki (province d'Iwaté) et Kashiwa (province de Chiba), à quelque 200 km de la centrale. De quoi interroger, selon l'Acro, les critères d'évacuation du gouvernement japonais, qui "reposent uniquement sur la contamination des sols à l'extérieur et supposent implicitement qu'une fois chez eux, les habitants des zones contaminées ne courent plus aucun risque".
Les urines d'un enfant de Tokyo également touchées
L'Acro, laboratoire basé à Hérouville-Saint-Clair (banlieue de Caen), s'est notamment illustré en produisant, en mai et juillet dernier les analyses d'échantillons d'urines d'une quinzaine d'enfants de la ville de Fukushima, située à 60 km de la centrale. "Toutes contaminées", analysent alors les chercheurs, contredisant les statistiques officielles.
En ce qui concerne les analyses réalisées en septembre dernier, une bonne nouvelle : "Il n'y a plus 100% des urines analysées en provenance de Fukushima contaminées". Et deux mauvaises : de nombreux enfants continuent à être contaminés à des niveaux qui ne baissent pas depuis le mois de mai, et pour la première fois, des traces de césium ont été trouvées dans les urines d'un enfant de Tokyo.
"Il ne semble pas y avoir de corrélation
claire entre la contamination des poussières et des urines"
», indique l'association. Quand on sait que la quantité
de césium dans le corps diminue de moitié en un
mois chez un enfant qui mange sain, l'alimentation fait figure
de principal mode de contamination interne. Un vecteur qui, une
fois encore, n'est guère pris en compte dans les critères
d'évacuation des autorités japonaises, souligne
l'Acro.
Le Nouvel Observateur, 15/12/2011:
Interview.
David Boilley, président de l'Association pour le contrôle
de la radioactivité dans l'Ouest et fin connaisseur du
Japon, analyse le tournant dans lequel se trouve le pays neuf
mois après Fukushima.
Lait infantile contaminé, eaux radioactives Vu de France, le Japon semble subir un deuxième effet Fukushima.
- Au Japon, la catastrophe est dans les médias tous les jours. On en apprend toujours davantage sur la contamination de l'environnement. En ce qui concerne l'affaire du lait en poudre, le plus surprenant est qu'il s'agit d'un produit importé mais conditionné dans une usine de la province de Saitama, dans la banlieue de Tokyo. Suffisamment contaminée pour contaminer le lait.
Y a-t-il une méfiance particulière à l'égard des produits alimentaires locaux ?
- Le Japon importe 60% de sa nourriture, qui n'est, par principe, pas contaminée. Pour les 40% restants, le gouvernement a mis en place des contrôles dans les zones à risque, sans interdiction a priori. C'est-à-dire que les produits sont autorisés, mesurés, et ensuite seulement interdits si l'on y trouve du césium au-dessus de la limite.
Evidemment, de nombreux produits passent entre les mailles du filet. Le boeuf cet été, ou encore le thé vert de Shizuoka. Un cas d'école. En France, après la marée noire de l'Erika, la production de sel de Guérande a été suspendue pendant trois ans pour garder la confiance des consommateurs. Au Japon, les producteurs de thé voulaient que leur produit soit autorisé alors que ses feuilles étaient contaminées. L'an prochain, la nouvelle récolte sera bonne à la consommation mais les consommateurs n'auront plus confiance.
De même, ils boudent le poisson de Fukushima même si son niveau de contamination est inférieur au seuil légal. On n'est jamais totalement sûr. En septembre dernier à Hokkaido, au nord de l'archipel, on a pêché une morue à 80 becquerels par kilo. C'est sous la limite, mais étonnant pour une zone de pêche aussi éloignée.
Mais le principal problème reste le riz. A la différence du boeuf, c'est un aliment quotidien et symbolique. Le Japon est autosuffisant. La récolte a eu lieu entre la fin août et octobre. Les contrôles mis en place étaient plus stricts que pour les légumes. Mais ça n'a pas manqué: le riz de trois municipalités a été retiré du marché car contaminé.
Pourquoi le commercialiser si les gens n'achètent pas ?
- Si le gouvernement interdit ces produits a priori, il devra dédommager les agriculteurs, alors même qu'il tient déjà Tepco sous perfusion financière. Il y a aujourd'hui au Japon un conflit entre le coût sanitaire et le coût financier de l'après-Fukushima.
Le rapport d'étape de la commission gouvernementale chargée d'enquêter sur la catastrophe, qui doit être publié le 26 décembre, indique que les réacteurs auraient été fortement endommagés par le séisme plutôt que par le tsunami. Comment ces informations diffusées par le journal "Asahi" sont-elles reçues au Japon ?
Que Tepco ne soit pas prête face à un séisme, ce n'est pas nouveau. En 2007, la centrale de Kashiwasaki-Kariwa a subi une forte secousse et le transformateur électrique a brûlé. Des fûts radioactifs sont tombés, il y a eu ici et là des fissures, des fuites radioactives Et sur les sept réacteurs, certains n'avaient toujours pas redémarré en 2011. A Fukushima, le séisme est responsable de la coupure du courant et de l'eau. Le tsunami, lui, a empêché le fonctionnement des moteurs diesel destinés à l'alimentation de secours.
10% des séismes de la planète ont lieu au Japon, alors qu'un tsunami reste un phénomène exceptionnel. Au niveau des experts, personne n'a jamais cru que le tsunami avait seul causé tous les dégâts. Ces informations sont désormais publiques.
Le Japon est-il en train de sortir du nucléaire ?
- A ce jour, 8 réacteurs fonctionnent sur 54. L'un d'eux a encore été arrêté le 7 décembre à cause d'un incident, mais il l'aurait été de toute façon le 18 décembre. La règle est qu'au bout de treize mois de fonctionnement, on les arrête pour maintenance. Leur redémarrage est soumis à l'autorisation du président de région, le gouverneur. Or aucun d'eux n'a accepté de signer ce redémarrage !
Tous réclament des garanties solides, sachant que les avis de la Nisa (Nuclear and Industrial Safety Agency), autorité japonaise de sûreté nucléaire, sont discrédités après la catastrophe qu'elle n'a pas su prévenir. A ce jeu là, le Japon aura arrêté la production d'électricité nucléaire au printemps mais sera encore empêtré dans les problèmes du nucléaire pendant des décennies, voire des siècles.
Les réacteurs peuvent être relancés
- La sortie du nucléaire me semble acquise. Dans la région d'Osaka, à 600 kilomètres de Fukushima, le gouverneur connu pour ses positions anti-nucléaires vient d'être élu maire de la ville d'Osaka, qui possède 9% des parts de la compagnie d'électricité locale. L'ancien premier ministre avait clairement annoncé que le Japon sortait du nucléaire.
Le nouveau, Yoshihiko Noda, au poste depuis le 27 septembre, est beaucoup moins clair. Mais son gouvernement a mis en place une commission pour réfléchir à l'avenir énergétique du pays, dans lequel figurent des antinucléaires notoires. Elle doit elle aussi sortir son rapport prochainement.
Comment sera compensée la baisse de production énergétique ?
- Le nucléaire représente 30% de l'électricité du pays. Pour les périodes de forte demande, été et hiver, il existe des installations thermiques, qui tournent au charbon, au gaz et au pétrole. Le pays compte dessus, y compris en remettant en marche les anciennes centrales.
Et puis tout le monde fait des économies. Cet été, moins chaud que d'habitude il est vrai, Tokyo a consommé 15% d'énergie en moins. Les restaurants ont baissé la climatisation, les enseignes lumineuses ont été éteintes la nuit, les industries et les trains ont changé leurs horaires pour limiter leur consommation aux heures de pointe C'est un début.
Si le Japon sortait du nucléaire rapidement, que deviendrait le parc de centrales ?
- On n'en n'est pas encore à la question du démantèlement. D'autant que le pays n'a pas de centre de stockage des déchets. Les déchets radioactifs vont devenir le problème n°1 du pays : le gouvernement a dit qu'il décontaminerait une surface estimée à 13 000 km2 de terres. Pour la seule province de Fukushima, avec 70% de forêts et montagnes, environ 29 millions de m3 de déchets sont attendus. Que personne ne sait où mettre.
Ma Ville.Com, 7/12/2011:
Par Agnès Rousseaux
À Hitachinaka, à une centaine de km de la centrale, le taux de radiation est de 40 000 becquerels/m2, près d'un million de fois supérieur à la radioactivité naturelle locale, avant la catastrophe [2]. Après l'accident de Tchernobyl, les zones où les niveaux de radioactivité dépassaient 37 000 becquerels/m2 étaient considérées comme « contaminées », rappelle le journal Asahi, principal quotidien du Japon
Les conséquences de l'accident nucléaire de Fukushima sur la population commencent à montrer leur étendue. Pneumonies, leucémies ou problèmes hormonaux semblent se multiplier chez les deux millions d'habitants de la région. Les enfants sont en première ligne, alors que les terres, les eaux et certains aliments sont fortement contaminés. De son côté, Tepco, l'exploitant de la centrale, sombre dans le cynisme : les éléments radioactifs qui se sont échappés des réacteurs ne lui appartiennent plus
« La santé de nos enfants est maintenant en danger. Nous constatons des symptômes tels que thyroïdes enflées, saignements de nez, diarrhées, toux, asthme » C'est l'appel lancé par un groupe de femmes de la région de Fukushima. Depuis mars, ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser pour alerter sur les dangers sanitaires de la radioactivité, dans la zone concernée par la catastrophe nucléaire, comme ailleurs dans le pays. Des graphiques mis en ligne par Centre de surveillance des maladies infectieuses font apparaître d'inquiétants pics pour certaines maladies au Japon, comme les pneumonies, ou les conjonctivites aiguës hémorragiques.
Des écoliers plus irradiés que les travailleurs du nucléaire
Des prélèvements d'urine effectués par un laboratoire indépendant français (l'Acro, agréé par l'Autorité de sûreté du nucléaire), auprès d'une vingtaine d'enfants de la région de Fukushima ont montré que 100 % d'entre eux sont contaminés par du césium radioactif. Dans cette région, un enfant examiné sur 13 aurait des problèmes hormonaux et un dysfonctionnement de la thyroïde, selon une étude japonaise. Face à l'angoisse des parents, la préfecture de Fukushima a lancé en octobre une grande étude médicale auprès de 360 000 enfants.
Les habitants de la région de Fukushima restent soumis à un important taux de radiation. En avril, le gouvernement japonais a relevé la norme de radioprotection de la préfecture de Fukushima de 1 millisievert/an à 20 millisieverts/an. Ce taux est le seuil maximal d'irradiation en France pour les travailleurs du nucléaire. Alors que la sensibilité des enfants aux radiations est plus importante que celle des adultes, le ministère de l'Éducation considère pourtant comme « sans danger » les écoles où le taux de radiation approche les 20 millisieverts/an. 20 % des écoles de la préfecture de Fukushima dépasseraient ce taux. Dans ces établissements, les activités de plein air sont limitées : les enfants ne sont pas autorisés à rester plus d'une heure dans les cours de récréation et les parcs, ni à jouer dans les bacs à sable. Parallèlement, du césium a même été détecté dans du lait en poudre destiné aux enfants.
Les autorités confirment la vente de riz contaminé
Cette situation est « extrêmement dangereuse », s'indigne le réseau Sortir du nucléaire, qui rappelle qu'« aucune dose de radioactivité n'est inoffensive » : « Les normes d'exposition ne correspondent en aucun cas à des seuils d'innocuité scientifiquement fondés ; elles définissent seulement des niveaux de "risque admissible". » Dans la ville de Fukushima, située à 60 km de la centrale, la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) a mesuré une contamination de 370 000 Bq/kg de la terre prélevée sous les balançoires d'une école primaire. Une radioactivité énorme. « Ce sol est devenu un déchet radioactif qui devrait être stocké dans les meilleurs délais sur un site approprié », déclarait alors l'organisation.
La nourriture est aussi un vecteur de contamination radioactive. Les autorités japonaises ont étendu le 29 novembre l'interdiction de vente de riz, notamment dans la région de Date, où des milliers d'agriculteurs ont dû suspendre leurs livraisons. Les dernières mesures effectuées montraient une teneur supérieure à la limite légale provisoire, fixée par le gouvernement à 500 becquerels/kg. Neuf kg de riz « excédant les standards de sécurité internationaux » ont par ailleurs été vendus à des consommateurs, ont déclaré les autorités de la préfecture de Fukushima, qui se sont excusées pour « les désagréments causés aux personnes qui ont acheté ce riz » (sic). C'est la première fois depuis la catastrophe que les autorités confirment la vente de riz contaminé. Le présentateur de télévision Norikazu Otsuka, qui consommait en direct des produits de la région de Fukushima pour en montrer l'innocuité, a récemment été hospitalisé pour une leucémie aigüe. Ce qui n'a pas rassuré les deux millions d'habitants de la zone.
L'équivalent de la Bretagne contaminé au Césium
Autre sujet d'inquiétude : le taux de contamination en césium des rivières de la région de Fukushima. Une étude universitaire évalue le niveau de contamination à l'embouchure de l'Abukumagawa à environ 50 milliards de becquerels répandus dans la mer chaque jour. L'équivalent, au quotidien, du césium déversé dans la mer pour tout le mois d'avril, par les eaux « faiblement contaminées » relâchées par Tepco depuis les réacteurs.
Un rapport publié fin novembre par les autorités japonaises souligne que 8 % du territoire du Japon est fortement contaminé par du césium radioactif. Soit 30 000 km2. L'équivalent de la superficie de la Bretagne ou de la région Paca. Le césium s'est diffusé à plus de 250 km vers l'ouest, et jusqu'à la préfecture d'Okinawa, à 1 700 km de la centrale, selon le ministère des Sciences [1]. Une zone de 20 km autour de la centrale a été évacuée en mars, et à 30 km les habitants avaient pour consigne de se calfeutrer chez eux, prêts pour une évacuation. Les dernières cartes publiées par le ministère montrent que la zone à risque est beaucoup plus étendue. 300 000 personnes vivent dans la ville de Fukushima, où la radioactivité cumulée atteignait en mai plus de 20 fois la limite légale.
À qui appartient la radioactivité ?
À Hitachinaka, à une centaine de km de la centrale, le taux de radiation est de 40 000 becquerels/m2, près d'un million de fois supérieur à la radioactivité naturelle locale, avant la catastrophe [2]. Après l'accident de Tchernobyl, les zones où les niveaux de radioactivité dépassaient 37 000 becquerels/m2 étaient considérées comme « contaminées », rappelle le journal Asahi, principal quotidien du Japon. Dans le quartier Shinjuku de Tokyo, le taux est toujours de 17 000 becquerels/m2 [3]. Dans certaines régions montagneuses, à 180 km de Fukushima, la radioactivité se situe entre 100 000 et 300 000 becquerels/m2. Une contamination qui aura des conséquences durables, car la demie-vie du césium 137 est de 30 ans.
Le gouvernement se veut pourtant rassurant. Beaucoup d'habitants n'ont de toute façon pas les moyens de quitter les zones contaminées. La plupart des 160 000 Japonais évacués après la catastrophe attendent toujours des indemnités de la part de Tepco. Le propriétaire de la centrale est de plus en plus critiqué pour sa gestion de l'après-catastrophe. Lors d'un procès concernant la décontamination d'un terrain de golf au Japon, Tepco a sidéré les avocats en se dédouanant de ses responsabilités, affirmant que « les matériaux radioactifs (comme le césium) qui ont été disséminés par le réacteur n° 1 de la centrale de Fukushima et sont retombés appartiennent aux propriétaires des terres et non plus à Tepco » !
Cynisme et manque de transparence
Un argument rejeté par le tribunal, qui a cependant décidé de confier les opérations de décontamination aux autorités locales et nationales. Tepco va jusqu'à contester la fiabilité des mesures effectuées et affirme qu'un taux de 10 millisieverts/heure n'était après tout pas un problème et ne justifiait pas de maintenir des terrains de golf fermés. Les mesures effectuées sur ces terrains mi-novembre ont pourtant détecté un taux de césium de 235 000 becquerels par kg d'herbe : à ce niveau, la zone devrait être classée comme interdite selon les standards mis en place après l'accident de Tchernobyl, souligne Tomohiro Iwata, journaliste du Asahi Shimbun.
Au cynisme de Tepco s'ajoute le manque de transparence. Le 28 novembre, l'entreprise a annoncé que Masao Yoshida, 56 ans, directeur de la centrale de Fukushima au moment de la catastrophe, a dû quitter son poste pour des raisons de santé.. Il a été hospitalisé en urgence. Tepco refuse de donner davantage de précisions. Par ailleurs, un projet du gouvernement d'organiser un monitoring en temps réel des radiations dans 600 lieux publics de la préfecture de Fukushima, notamment les écoles, devait démarrer en octobre. Il a été reporté à février 2012. Argument évoqué : l'entreprise qui devait fournir les équipements n'a pas pu tenir les délais.
Le béton des réacteurs rongé par le combustible
Les experts estiment que les efforts de décontamination devraient coûter au Japon 130 milliards de dollars. À cela risquent de s'ajouter des coûts sanitaires et environnementaux encore difficiles à comptabiliser, tant le risque sanitaire semble être aujourd'hui minimisé. D'après Tepco, la situation de la centrale est aujourd'hui stabilisée [4]. La température des réacteurs 1, 2 et 3 qui ont subi une perte totale du système de refroidissement en mars serait maintenue en dessous de 100 degrés. Le risque sismique n'est pourtant pas écarté, qui pourrait de nouveau aggraver la situation. Dans un rapport rendu public le 30 novembre, Tepco explique que le combustible du réacteur 1 aurait entièrement fondu, percé la cuve et rongé une partie du béton de l'enceinte de confinement, sur 65 cm de profondeur. Le combustible fondu serait à 37 cm de la coque en acier. Mais ces analyses reposent sur des estimations et simulations informatiques. Impossible d'avoir des informations plus précises.
Pendant ce temps, la vie continue dans les régions contaminées. Le 13 novembre, dans la ville de Fukushima, était organisé le marathon annuel, Ekiden. Des jeunes femmes ont couru 40 km, sans aucune protection, dans une des zones les plus contaminées du Japon. Un journaliste japonais y a relevé des taux de 1,4 microsieverts/h (soit plus de 12 fois la limite d'exposition aux rayonnements autorisée pour la population civile en temps normal). L'organisateur de la course a fait signer aux participants un formulaire stipulant qu'ils ne pourraient le poursuivre en justice s'ils avaient des problèmes de santé. À Fukushima, la vie ressemble à un jeu de roulette russe où les victimes ne sont pas ceux qui appuient sur la gâchette. Eux jouissent, pour le moment, d'une impunité totale.
Source : The Asahi Shimbun
Notes
[1] La présence de césium 134,
à la durée de mi-vie de 2 ans, est la preuve que
la source de cette radioactivité est bien l'explosion de
la centrale de Fukushima.
[2] 970 000 fois le niveau de 2009, qui était de 0,042
becquerels/m2 de « densité cumulée de césium
134 et 137 », d'après The Asahi Shimbun
[3] De grandes quantités de poussières radioactives
sont tombées sur Tokyo, mais une autre étude montre
une faible accumulation de césium dans le sol. L'explication
? « Tokyo a de plus petites surfaces de sol que les autres
préfectures, mais les routes et les surfaces en béton
ont moins tendance à fixer le dépôt de césium,
qui a probablement été lessivé par le vent
et la pluie », affirme un membre du ministère.
[4] 45 tonnes d'eau radioactive se sont pourtant de nouveau échappées
du réacteur n°1 début décembre.
TF1, 7/12/2011:
Résumé : Et si l'accident nucléaire
de Fukushima n'était pas dû au tsunami ? La commission
gouvernementale a de plus en plus de doute sur la version livrée
par l'exploitant Tepco. Les réacteurs auraient été
fortement endommagés avant l'arrivée de la vague.
Le responsable serait le séisme, ce qui pourrait changer
la donne pour l'industrie nucléaire dans le pays.
Rfi , 28/11/2011:
Masao Yoshida lors d'une réunion, le 30 mai 2011. Le directeur de la centrale de Fukushima était sur le site de la catastrophe jour et nuit, depuis le 11 mars.
Avec notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles
« J'ai cru que nous allions tous mourir », a déclaré Masao Yoshida, le directeur de la centrale de Fukushima, il y a deux semaines à quelques journalistes. Lorsque ces derniers lui ont demandé la dose de radiation à laquelle il est exposé - Masao Yoshida est sur le site jour et nuit depuis le 11 mars - il a balayé la question d'un revers de la main.
De quels maux souffre-t-il aujourd'hui ? Tepco, l'opérateur, refuse de répondre. Au moins trois ouvriers de la centrale, après avoir été hospitalisés, sont morts depuis l'accident. Pour d'autres raisons qu'une exposition aux radiations, selon Tepco, mais personne ne croit l'opérateur d'après les dires des ouvriers qui travaillent toujours sur le site.
Masao Yoshida aura évité que l'accident de Fukushima ne tourne à la catastrophe en désobéissant [il a peut-être empéché l'explosion des réacteurs...] à l'ancien Premier ministre Naoto Kan et à la haute direction de Tepco [mais 3 réacteurs qui fondes + les piscines de refroidissement, ça fait 4 accidents majeurs sur le site, ça fait une grosse catastrophe du même ordre de grandeur que Tchernobyl]. Il avait cherché, dans les heures qui suivirent l'accident, à sauver ses installations. Le Premier ministre Naoto Kan aggrava ensuite la situation dans la centrale - trois réacteurs ayant fondu en un peu plus de 48 heures - en décidant de micro-gérer l'accident sans rien connaître au nucléaire.
Après plusieurs explosions d'hydrogène, alors que les réacteurs étaient surchauffés, Masao Yoshida décida d'utiliser de l'eau de mer pour les refroidir et d'ignorer le Premier ministre Naoto Kan.
Cri On Line, 13/11/2011:
Plus de 15 000 manifestants se sont rassemblés à Fukuoka, dans le sud-ouest du Japon, pour exiger le démantèlement de toutes les centrales nucléaires du Japon, selon l'agence de presse Kyodo News. Yukinobu Aoyagi, l'un des meneurs du rassemblement, s'est adressé ainsi aux manifestants, réunis dans un parc de Fukuoka : "Nous devons lutter ensemble pour sauver notre sol de la contamination radioactive". Une femme, évacuée de la préfecture de Fukushima après l'accident nucléaire de la centrale de Daiichi, suite au tremblement de terre et au tsunami du 11 mars, a déclaré qu'elle souhaitait "un monde sans centrales nucléaires". Les manifestants ont ensuite défilé dans les rues du centre-ville, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des slogans tels que "Nous ne voulons pas du nucléaire", ou "Non aux centrales nucléaires". Après l'accident nucléaire de Fukushima, le pire que le Japon ait connu, les opposants au nucléaire se rassemblent régulièrement à travers le pays pour appeler le gouvernement à cesser d'être dépendant de l'énergie nucléaire.
Tribune de Genève,10/11/2011:
Catastrophe nucléaire | La presse a été autorisée à pénétrer dans une partie du périmètre de la centrale nucléaire de Fukushima. Les journalistes ont dus restés à bord d'un bus pendant l'essentiel de la visite, et n'ont pas pu approcher des bâtiments des réacteurs.
Une trentaine de journalistes, essentiellement des Japonais, a été autorisée samedi à pénétrer dans une partie du périmètre de la centrale nucléaire de Fukushima, pour la première fois depuis la catastrophe du 11 mars dernier. Les journalistes ont pu constater les traces des dégâts et les travaux en cours.
Les systèmes de refroidissement de la centrale, située à 240 km au nord-est de Tokyo, ont été mis hors d'usage le 11 mars par un puissant raz de marée, consécutif à un séisme.
Les journalistes autorisés à entrer ont été promenés à bord d'un bus pendant l'essentiel de la visite, et n'ont pas pu approcher des bâtiments des réacteurs. Ils ont dû revêtir des combinaisons de protection et des gants et se protéger les cheveux avec des sortes de foulards en plastique. De plus, ils ont dû porter des masques pour respirer et des appareils de détection de la radioactivité.
Lente amélioration
Les autorités leur ont déclaré que la situation s'améliorait lentement, au point qu'un «arrêt à froid» serait possible comme prévu vers la fin de l'année.
«Il ne fait aucun doute, au vu des données auxquelles vous avez eu accès sur la centrale, que les réacteurs ont été stabilisés», a déclaré Masao Yoshida, directeur de la centrale de Fukushima-Daiichi.
Les bâtiments ont beau être toujours jonchés de débris, la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), qui exploite la centrale, a réussi à abaisser la température des trois réacteurs endommagés, de sorte qu'elle n'atteint plus des niveaux considérés comme dangereux.
«Arrêt à froid»
Les autorités ont bon espoir de déclarer l'état d'»arrêt à froid» - soit le moment où les températures sont stabilisés en dessous du point de bouillonnement - comme prévu vers la fin de l'année.
La catastrophe du 11 mars a conduit le gouvernement à décréter une zone d'évacuation dans un rayon de 20 km autour des installations, ce qui a entraîné le départ de 80.000 habitants. Un «arrêt à froid» est l'une des conditions devant être remplies pour envisager un retour de ces habitants.
Une trentaine d'années nécessaire
«Chaque fois que je reviens ici, je constate que les conditions se sont améliorées. Cela est le fruit de notre travail acharné», a déclaré le ministre japonais de l'Environnement et de la Crise nucléaire, Goshi Hosono, aux employés de la centrale.
Il n'en a pas moins estimé qu'il faudrait une trentaine d'années pour démanteler les réacteurs lorsque l'arrêt à froid aura été atteint.
Les ouvriers engagés dans les travaux d'assainissement de la centrale sont logés au village-J, un centre national d'entraînement de football près de Daiichi, qui a été renconverti en base opérationnnelle.
Quelque 3300 personnes au total se rendent chaque jour du «village-J», situé en lisière de la zone d'évacuation, à la centrale.
Les bâtiments des réacteurs, eux, sont toujours environnés de débris - réservoirs éventrés, pièces de métal tordues. Des grues se dressent ici et là, témoin des efforts de remise en état.
31/10/2011:
Fukushima, témoignage de terrain d'un cinéaste
franco-belge Alain de Halleux
Aujourd'hui le Japon, 3/10/2011:
Plusieurs débats publics sur le nucléaire auraient été truqués par les entreprises du secteur, avec la complicité d'agences gouvernementales, selon deux rapports publiés récemment.
Lors d'une manifestation anti-nucléaire
à Tokyo.
Déjà affaibli par la catastrophe
du 11 mars dernier à Fukushima, le lobby nucléaire
japonais a pris un nouveau coup dur vendredi dernier, avec la
publication conjointe de deux rapports édifiants.
Des pratiques plutôt douteuses ont d'abord été
révélées par un comité tripartite mis en place par le ministère
de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie, qui affirme que
des organes du gouvernement ont organisé avec les entreprises
du nucléaire le trucage de débats destinés
à informer le public sur la question du nucléaire,
et ce, à au moins sept reprises.
Dans un rapport publié vendredi, les auteurs mettent en
cause l'indépendance de l'Agence de Sécurité
de l'Industrie et du Nucléaire (NISA) et de l'Agence pour
les Ressources Naturelles et l'Energie, qui "n'ont pas
conscience de l'importance des relations publiques et du besoin
de justice et de transparence".
Le directeur des relations publiques pour le nucléaire
de la NISA aurait par exemple rencontré les dirigeants
de la Tohoku Electric Power Co avant une série de réunions
explicatives destinées aux résidents proches de
la centrale en octobre 2006. "Les personnes connectées
à Tohoku Electric Power Co devraient participer aux réunions
et exprimer leurs opinions", aurait alors recommandé
la NISA.
Bidonnages au sud du pays
Egalement publié vendredi, un autre rapport épingle
des pratiques similaires sur l'île de Kyushu, au sud du
pays.
"Le réacteur numéro un est en activité
depuis 30 ans, et je n'ai jamais eu de problèmes pour vendre
mon riz ou mes légumes à cause des radiations",
déclarait ainsi un paysan lors d'un meeting destiné
à discuter d'une proposition visant
à utiliser du combustible MOX, beaucoup plus radioactif que le combustible
à base d'uranium enrichi, à la centrale nucléaire
de Genkai. Sauf que ce soi-disant paysan était en fait
un employé de Kyushu Electric Power, l'opérateur
de la centrale.
Autre exemple lors d'une autre réunion, diffusée
après la catastrophe du 11 mars à la télévision,
durant laquelle l'entreprise demandait aux téléspectateurs
d'envoyer leurs questions par e-mail. Là encore, il s'agissait
d'un bidonnage en bonne et due forme: les questions ont toutes
été rédigées par des employés
de l'entreprise qui se sont fait passer pour des citoyens ordinaires.
Pas étonnant, donc, que beaucoup d'entre eux aient demandé
la remise en route des réacteurs dont l'activité
avait été interrompue après l'accident...
Politiques et industriels vraiment désolés
Les politiciens locaux en prennent d'ailleurs également
pour leur grade, et le rapport pointe en particulier la responsabilité
du gouverneur de la préfecture, Yasushi Furukawa.
Les auteurs recommandent l'arrêt des donations et autres
cadeaux faits par Kyushu Electric aux politiques, et a demandé
au gouverneur de couper ses liens avec l'entreprise. "Il
y a un manque de transparence entre Kyushu Electric et les officiels",
a déclaré Nobuo Gohara, qui a dirigé le rapport,
à la télévision australienne ABC. "Le
rapport m'a conseillé de reconsidérer ma relation
avec Kyushu Electric Power Company, a reconnu, pour sa part,
M.Furukawa. Je vais donc réfléchir à ce
que pourrait être une relation appropriée".
Promettant de ne plus jamais s'adonner à ce genre de pratiques,
l'entreprise a également procédé à
un mea culpa public.
"C'est un moment de vérité pour l'entreprise,
a affirmé son vice-président, Yoshinori Fukahori.
Nous ferons tout ce que nous pouvons pour empêcher que
cela se reproduise".De son côté, le directeur
général de la NISA, Hiroyuki Fukano, a assuré
qu'il s'excusait "du fond du coeur".
Benjamin Gauducheau
1. La contagion radioactive
Le 11 mars 2011, c'est le vide juridique au
Japon pour les déchets radioactifs diffus d'une catastrophe
nucléaire. La Loi en vigueur sur la gestion des déchets
place sous la responsabilité technique et financière
des collectivités territoriales les déchets des
catastrophes naturelles à l'exclusion cependant des déchets
radioactifs ; la Loi sur la réhabilitation des sols pollués
exclut de son périmètre les sols et déchets
radioactifs ; la Loi sur la gestion des matières et des
déchets radioactifs concerne seulement l'emprise des établissements
nucléaires. Aucun enseignement n'a été tiré
des accidents antérieurs sur le sol japonais et en Ukraine.
Le cas des fuites accidentelles d'un réacteur transformant
bien au-delà de son périmètre les végétaux,
le bâti, la voirie, les milieux urbains, naturels, aquatiques
en déchets radioactifs n'est pas envisagé.
Au Japon, la principale
voie d'élimination des déchets est l'incinération.
Il y a plusieurs centaines d'incinérateurs établis
en milieu urbain. Dès la fin du mois de mars sont repérées
des cendres contenant 100.000 à 140.000 Bq/kg « d'une
substance radioactive inconnue ».
Avant l'alerte, une partie de ces cendres avait été
incorporée selon l'usage dans la production commerciale
de ciment. La contamination des cendres provient de la concentration
de la radioactivité intégrée à la
biomasse. Les végétaux, les feuilles des arbres,
les écorces, les mousses, les haies, les herbes, les cultures
servent de premier réceptacle aux dépôts atmosphériques
radioactifs. Il semble que dans un réflexe de sauvegarde
de la propriété privée les citoyens se soient
rués sur les tondeuses, les tronçonneuses, les faucheuses,
pour se débarrasser massivement des végétaux
suspects juste avant ou après les premières explosions
des réacteurs de Fukushima Daiichi. Dans un deuxième
temps, ces déchets verts ont été brûlés
dans les incinérateurs de déchets ménagers.
Les cendres concentrent dans un ordre de grandeur de 10 fois la
radioactivité des déchets incinérés.
Depuis la mi-mars la contamination radioactive s'est répandue
dans la moitié nord de l'archipel sans déclencher
de mise en garde officielle, de consignes techniques et comportementales,
ni même de solidarité interrégionale. Ainsi,
conformément à un accord signé 10 jours avant
la catastrophe, les incinérateurs de Matsudo dans la préfecture
de Chiba ont exporté dans la préfecture d'Akita,
distante au nord d'environ 500 km, 40 tonnes de cendres contenant
près de 50.000 Bq/kg de césium 137. Elles ont été
partiellement enfouies dans la décharge de déchets
ménagers de Kosamachi. Six conteneurs non ouverts ont été
renvoyés aux expéditeurs et la ville de Matsudo
a ouvert sur un parking un entreposage provisoire de ces cendres
tout en annonçant qu'à la fin du mois d'août
il sera saturé.
Les boues de potabilisation
des eaux destinées à la distribution et des stations
d'épuration des eaux usées sont aussi devenues des
déchets radioactifs. Elles ont concentré la radioactivité
des eaux pluviales et superficielles provenant du lessivage des
toitures, du bâti, de la voirie, des voitures, des milieux
naturels et des eaux usées. Un rebond
de radioactivité est prévisible après les
inondations catastrophiques de cet été.
A la mi-juin, le ministère
de l'Environnement japonais émet enfin des recommandations
:
- Entre 100 et 8.000 Bq/kg de césium 137, les cendres et
les boues peuvent être déposées dans des décharges
d'ordures ménagères. La circonscription de Tokyo
en a enfoui 6.000 t dans un parc de décharges au bord de
la baie.
- Entre 8.000 et 100.000 Bq/kg, les déchets pourront être
enfouis dans des sites sécurisés à désigner
ou dans les sites existants dédiés aux déchets
industriels. Des précautions constructives telles que des
toitures, la pose de géomembranes d'étanchéité
ou de conditionnement comme l'encapsulage des fûts de déchets
dans du béton devront être prises pour réduire
la pollution des eaux souterraines.
- Au dessus de 100.000 Bq/kg, les déchets devront être
confinés dans des emballages étanches et le périmètre
d'entreposage sera entouré de palplanches en béton
pour absorber les radiations. Les sites restent à désigner
et les refus des populations riveraines commencent à affluer.
A titre de comparaison, en France, des déchets contaminés
par 100 Bq/kg de césium 137 sont normalement considérés
comme TFA (Très Faiblement Actifs) et à partir de
8.000 Bq/Kg comme des déchets Moyennement Actifs. Tous
ces déchets sont destinés à être stockés
dans les sites spécialisés de l'ANDRA (Agence Nationale
pour la gestion des Déchets Radioactifs).
Au 30 juillet, selon les informations diffusées par le
ministère japonais de la Santé, 37.000 tonnes de boues doivent être considérées
comme des déchets radioactifs.
Fin août, le ministère de l'Environnement déclare
que les cendres de 42 incinérateurs dépassent le
seuil de 8.000 Bq/kg et le service public de radio et télévision
Nihon Hoso Kyokai (NHK) considère qu'il y a désormais 50.000 tonnes de boues radioactives. Certaines stations de traitement des eaux ont dû
suspendre leur activité, les travailleurs étant
exposés à des doses inacceptables de radioactivité.
C'est seulement à partir du 28 juillet que le gouvernement
japonais a envisagé d'élaborer une loi plaçant
sous la responsabilité technique et financière de
l'Etat les déchets radioactifs disséminés
dans la préfecture de Fukushima et dans les autres préfectures
impactées. Cette loi n'est pas encore promulguée
et elle exigerait de TEPCO et de tous les exploitants de réacteurs
nucléaires de financer la gestion des déchets.
Faute d'avoir anticipé ce type de contagion radioactive,
le Japon est en train de
contaminer ses moyens logistiques en même temps que son
réseau de traitement des déchets ménagers
et d'assainissement.

2. Par millions de tonnes
Au mois de mai 2011, le gouvernement a publié
un plan de gestion de déchets du double désastre
tremblement de terre et tsunami : le tri est encouragé.
Les rôles des trois échelons, gouvernemental, préfectoral,
territorial, sont rappelés et définis. La coopération
pour l'élimination des déchets entre les préfectures
et les régions est encouragée. Les risques amiante,
bois traités, dioxines, déchets toxiques dans les
épaves de voitures et de navires sont soulignés.
Pas un mot sur la radioactivité.
Le bilan global des déchets post-tremblement de terre et
tsunami reste imprécis : 25 millions de tonnes selon le
gouvernement, 80 millions selon des experts du Japan Research
Institute, 100 millions de tonnes selon la radiotélévision
nationale japonaise, environ la moitié de la production
annuelle de déchets ménagers sur l'ensemble de l'archipel
japonais selon l'université de Kyoto ou 15 fois la production
annuelle des trois préfectures les plus sinistrées,
Fukushima, Iwate et Miyagi. Dans la commune portuaire d'Ishinomachi,
les déchets du tsunami équivalent à 100 ans
de collecte. Le regroupement des déchets bruts ou triés
sur des sites provisoires prendra encore deux à quatre
ans selon les estimations, sans parler de la phase complexe du
recyclage, de l'élimination et de la surveillance qui s'étendra
sur deux à trois décennies.
La phase préliminaire des regroupements se heurte à
une crise des espaces disponibles. Les stockages provisoires s'installent
dans les parcs, les stades, les friches, les tarmacs. Cet apport
considérable et soudain s'inscrit dans une pénurie
de décharges légales. Le recyclage de tous les matériaux
est compliqué par la présence ou la suspicion de
contamination radioactive et par les dépôts de sel
pour les déchets végétaux ou de démolition
submergés par le tsunami. L'incinération et la co-incinération
dans les cimenteries sont encouragées par le gouvernement,
par les préfectures et les collectivités pressées
de réduire les volumes de déchets tandis que la
contamination radioactive et les dépôts de sel ralentissent
ou empêchent ces opérations. Le sel en excès
est un polluant pour le ciment et les végétaux qui
en sont imprégnés dégagent des dioxines au
moment du brûlage. Le cumul des déchets de bois atteindrait
20 millions de tonnes. Il est aussi redouté et constaté
autour des gravats de démolition une « ambiance »
amiante élevée. La Loi sur l'interdiction totale
de l'usage de l'amiante date seulement de 2006.
Dans les trois préfectures cibles du tsunami, un million
de tonnes de déchets de métaux serait à terme
disponible s'ils sont extraits du magma de démolition et
triés mais là encore le recyclage en deuxième
fusion va poser à cause de la radioactivité des
problèmes d'acceptabilité technique et des risques
ultérieurs pour les populations générales
au Japon et ailleurs si ces ferrailles sont exportées.
Cet été un nouveau facteur aggravant est apparu.
Les déchets ont été envahis par des millions
de mouches ou autres insectes attirés par les produits
alimentaires en décomposition et l'humidité. 200.000
tonnes de poissons et autres produits de la mer stockés
dans les congélateurs industriels portuaires détruits
ont été avariés. Des pulvérisations
massives d'insecticide ont été réalisées
par l'armée ou des travailleurs intérimaires dans
les ports de pêche courant juin. Par dérogation du
ministère de l'Environnement au moins 55.000 tonnes de
produits de la mer en voie de décomposition ont été
immergées à 50 milles du littoral.
Les boues et sédiments générés par
le tsunami pourront être immergés sous certaines
conditions susceptibles d'interprétations multiples, ce
qui ouvre la voie à de nouvelles inquiétudes pour
la mer et ses ressources. 130 usines mettant en oeuvre et stockant
des produits toxiques ont été dévastées
ou endommagées par le tsunami. Des centaines de marées
noires ont été visibles à l'oeil nu. 25.000
hectares de terre, de serres et de coopératives agricoles
ont été lessivés. Les boues et les sédiments
sont polypollués.
Le corps médical remarque chez les populations les plus
exposées des problèmes respiratoires, asthmatiques,
cutanés, oculaires, un ensemble de pathologies déjà
remarquées après d'autres catastrophes où
les rescapés ont été soumis à l'inhalation
et aux envols de composés et poussières toxiques.
Ce rapport d'étape a été
réalisé par Jonathan Senin, Miriam Potter, Charlotte
Nithart, Christine Bossard et Jacky Bonnemains.
Robin des Bois
Association de protection de l'Homme et de l'environnement
Depuis 1985 / Since 1985
www.robindesbois.org
19 mai: Tepco commence à avouer l'ampleur du désastre (début de "syndrome chinois" sur le réacteur n°1, et peut-être sur les n°2 et n°3...)
Japon: La Corruption médiatique qui protège TEPCO et la censure gouvernementale des médias
Fukushima: Peut-être 417 000 cancers supplémentaires d'ici 50 ans dans la seule zone contaminée des 200 km.
12 avril: L'accident
de Fukushima classé 7 (au même
niveau que Tchernobyl)
sur l'échelle médiatique
Ines graduée de 0 à 7
Rappel: "Cette échelle, utilisée au plan
international depuis 1991, s'appuie à la fois sur des critères
objectifs et des critères subjectifs. Appliquée
par une soixantaine de pays, elle est destinée à
faciliter la perception par les médias et le public de
l'importance des incidents et des accidents nucléaires.
Elle ne constitue pas un outil d'évaluation et ne peut,
en aucun cas, servir de base à des comparaisons internationales
: en particulier, il n'y a pas de relation univoque entre le nombre
d'incidents sans gravité déclarés et la probabilité
que survienne un accident grave sur une installation." Extrait
de L'échelle INES de classement des incidents
et accidents nucléaires ASN 2007.
Pour la CRIIRAD, ce classement arrive trop
tard: Hypothèses et calculs
auraient dû servir à protéger les habitants
!
"L'urgence, c'est d'évaluer les niveaux de risque
et de dimensionner en conséquence les mesures de protection.
OU, PLUS EXACTEMENT, C'ETAIT L'URGENCE D'IL Y A 4 OU 5 SEMAINES
! Il aurait fallu anticiper, évaluer les doses que les
habitants étaient susceptibles de recevoir et décider
en conséquence des contre-mesures à prendre pour
limiter, autant qu'il est possible dans de telles conditions,
l'irradiation et la contamination des habitants des zones les
plus affectées". Extrait de Japon: les experts calculent, les populations
subissent.
- Des débits de dose de plusieurs microSieverts par heure
(µSv/h), voire de plusieurs dizaines de µSv/h, ont
été, sont encore, couramment mesurés que
ce soit dans la zone de mise à l'abri (20-30 km) ou à
l'extérieur, avec des valeurs dépassant même
les 100 µSv/h.
- Une augmentation brutale de la radioactivité de l'air a été enregistrée à TOKYO, à 230 km au sud de la centrale de FUKUSHIMA DAIICHI, le 15 mars au matin (jusqu'à 240 Bq/m3 à 11h pour l'iode particulaire et on ignore encore la quantité d'iode gazeux !). Les conditions météorologiques ont heureusement limité à 3 heures la phase de forte contamination. Avec quelques heures supplémentaires, il aurait fallu administrer de l'iode stable aux groupes critiques et les autorités n'en auraient jamais eu le temps. Si Tokyo a été relativement épargné, ce n'est pas le cas des villes et villages situés plus au nord.
- Le niveau de contamination des légumes à feuille a atteint des centaines de milliers, voire des millions de becquerels d'iode 131 par kilogramme (Bq/kg) : 690 000 Bq/kg à IWAKI, ville de 345 000 habitants à 45 km au sud de la centrale ; 2 540 000 Bq/kg à IITATE, gros village de 7 000 habitants, à 40 km au nord-ouest. A ce niveau de contamination, ce ne sont plus des aliments, ce sont des déchets radioactifs : il suffit qu'un jeune enfant avale 2 ou 3 grammes de ce légume pour recevoir la limite maximale admissible sur 1 an.
Le 10 avril: 17 000 Japonais ont manifesté contre le nucléaire
A lire: Les mendiants, esclaves du nucléaire au Japon (El Mundo, 2003)
Photos très impressionnantes des "ruines" de la centrale de Fukushima Daiichi.
Communiqués d'Infonucléaire:
Fukushima proche du
"syndrome chinois" ? (30
mars 2011)
Japon : Les faibles doses inoffensives ça n'existe
pas (21 mars 2011)
L'accident nucléaire de Fukushima "entre Three Mile Island et Tchernobyl" ?
(17 mars 2011)
L'accident nucléaire est aussi possible
en France à tout moment, aujourd'hui, ce soir, demain
matin ! (14 mars 2011)
Dossier spéciale Japon de la CRIIRAD:
Les comprimés
d'iode stable seraient nécessaires au Japon, car des
niveaux de contamination très élevés - et
non pas des traces de radioactivité - ont été
mesurés dans des épinards : de 6 100 Bq/kg à
15 020 Bq/kg pour l'iode 131, avec une moyenne de 10 450 Bq/kg.
Les lieux de prélèvements ne sont pas situés
dans des villes proches de la centrale de FUKUSHIMA DAIICHI :
il s'agit de 7 villes de la Préfecture d'IBARAKI situées
à 100 km environ au sud de la centrale. Les aliments ont probablement commencé à
être contaminés dès samedi 12 mars, dans
les zones voisines de la centrale de Fukushima Daiichi.
L'augmentation des niveaux de rayonnements
se poursuit à 100, 200 km, voire 300 km de la centrale
nucléaire de Fukushima. La CRIIRAD mentionne une
multiplication par 1 000 du débit de dose le 13 mars à
120 km au nord-nord-ouest ; valeurs encore 100 fois supérieures
à la normale hier 15 mars. La CRIIRAD mentionne la multiplication
par 100 du débit de dose à 75 km au sud (villes
de la préfecture d'Ibaraki) et la multiplication par 16
du débit de dose à Tokyo, à 270 km au sud.
Ces augmentations s'expliquent par la présence de produits
radioactifs (gaz, halogènes, aérosols) que les personnes
présentes incorporent en respirant. Aucune information
n'a été publiée sur l'activité volumique
(en Bq/m3) des radionucléides (césium 137, iode
131). L'absence de toute donnée chiffrée sur le
niveau de contamination de l'air, paramètre clef de la
gestion de crise, empêche d'évaluer le niveau de
risque réellement encouru par la population.
La CRIRAD rappelle que
les limites de dose (doses dites efficaces ou au corps entier)
sont de 1 mSv/an (1 milliSiervert par an) pour les personnes du
public et de 20 mSv/an pour les travailleurs les plus exposés.
Ces doses ne correspondent pas à des niveaux de non risque
mais de risques maximum admissibles. Par exemple pour 100 000
personnes exposées à 1 mSv, on s'attend à
5 décès par cancers radio-induits.
Le 15 mars, après l'explosion du bâtiment qui abrite
le réacteur n°2 les autorités japonaises ont
publié des niveaux d'exposition externe excessivement élevés
: Réacteur n°3 : 400 mSv/h (milliSieverts par heure);
Réacteur n°4 : 100 mSv/h ; Réacteur n°2
et 3 : 30 mSv/h " Avec des valeurs aussi élevées,
explique l'association, (1 million de fois et plus le bruit de
fond naturel) on n'est plus dans le domaine des faibles ou très
faibles doses de rayonnements, avec des pathologies ne se manifestant
qu'après un temps de latence (plusieurs années à
plusieurs décennies pour les cancers par exemple) mais
dans le domaine des fortes doses d'irradiation. Les fortes doses
de rayonnements provoquent une destruction massive des cellules,
destruction qui peut altérer le fonctionnement de certains
organes, voire engager le pronostic vital." (Enviscope)
23 mars: 140 000 personnes abandonnées en zone contaminée au Japon (voir: l'analyse des débits de dose dans la zone de confinement, et au-delà de 30 km)
Les chiffres relatifs à la contamination de l'air par le nuage radioactif existent mais ils sont confisqués par les Etats !
21 mars: Le nuage arrive en France mardi ou mercredi, le risque associé à l'inhalation des aérosols radioactifs présents dans l'air devrait être très faible, les calculs de dose indiquent que la prise de comprimés d'iode stable, n'est pas justifiée.
18 mars: De l'iode et du césium radioactifs ont été détectés à 1600 km de la centrale en Russie (Kamchatka) et à 7500 km aux Etats-Unis (Californie).
Les piscines de refroidissement
des réacteurs 2, 3 et 4 sont en ébullition.
La quantité de combustible extrèmement
radioactif dans les piscines des réacteurs de Fukushima
Daiichi est quatre fois supérieure à la quantité
de combustible dans les cuves des réacteurs de la centrale,
a révélé Tepco.
17 mars: "La plus haute des priorités maintenant est de verser de l'eau en quantité adéquate sur les réacteurs n°3 et 4, tout particulièrement sur les piscines de combustible usé" a déclaré un porte parole de l'agence de sûreté nucléaire japonaise...
16 mars: Une
nouvelle explosion dans le réacteur 4 a eu lieu ce mercredi,
après celle de mardi, et le niveau de radioactivité
a obligé à renoncer à une nouvelle tentative
de refroidissement du combustible (l'armée aurait
dû déverser de l'eau par hélicoptère
ce mercredi, mais l'opération a été annulée.
Une fumée blanche s'échappait ce mercredi du réacteur
3, et les canons à eau de la police pourraient être
utilisés dans les prochaines heures pour refroidir le combustible.
La température augmente dans les réacteurs 5 et
6. La population a été évacuée dans
un rayon de 20 km autour de la centrale, et les habitants de la
zone comprise dans un rayon de 20 à 30 km sont invités
à rester calfeutrés chez eux.
70 % du coeur du réacteur n°1 aurait
fondu et 33 % du coeur du réacteur n°2 selon l'exploitant
de la centrale
15 mars: Le gouvernement japonais a confirmé que de la radioactivité fuyait des réacteurs accidentés. La radioactivité à Tokyo est 20 fois supérieure à la normale selon les officiels de la ville, située à 270 km de la centrale nucléaire. A la centrale accidentée, la dose de radioactivité atteint 400 mSv/h selon l'AIEA, soit une dose mortelle pour l'homme en 12 heures d'exposition.
3ème explosion dans le réacteur
2 de la centrale nucléaire de Fukushima n°1, mardi
matin. L'Agence de sûreté nucléaire japonaise
a rapporté deux brèches de huit mètres de
large dans l'enceinte extérieure du réacteur n°4
de la centrale suite à une explosion survenue aujourd'hui
Un incendie se serait également
déclaré sur la piscine (qui contient les barres
de combustible usagé) du réacteur 4 et il serait
maîtrisé selon l'AIEA (si les barres de combustible
commencent à brûler des quantités énormes
de radioactivité pourraient être relâchées).
Le secrétaire général
du gouvernement japonais Yukio Edano a annoncé mardi "Une
explosion d'hydrogène s'est produite dans le réacteur
N°4 de la centrale. Samedi et lundi derniers, des explosions
aux causes similaires ont eu lieu dans les réacteurs N°2
et N°3. Le niveau de radiation entre le réacteur N°2
et le réacteur N°3 était égal à
30 microsieverts. Près du réacteur N°3, elle
atteint 400 microsieverts, et 100 microsieverts pour le réacteur
N°4".
14 mars: L'ASN redoute un accident de niveau 5 voire 6
à Fukushima (sur l'échelle médiatique
de communication INESS)
13 mars : Le point sur la situation des centrales nucléaires de
Fukushima Daiichi, Fukushima Daini, Onagawa et Tokaï
(ASN)
L'affaire semble mal engagée pour les réacteurs
japonais endommagés à Fukushima (plusieurs autres
réacteurs connaîtraient également des problèmes
de refroidissement), et empêcher leur fonte (au moins partielle),
le déroulement des accidents est plus lent qu'à
Tchernobyl
et plus rapide qu'à Three
Mile Island, compliqué par les destructions du tremblement
de terre et les innondations (rappelons qu'en France si les tremblements
de terre sont bien moins fréquents qu'au Japon et moins forts, les centrales sont aussi bien moins protégées...).