Sud-Ouest, 5 janvier 2000:

Après la tempête - Centrale de Blaye
Très près de l'accident majeur

La centrale nucléaire du Blayais n'a pas résisté à la tempête de la fin de siècle. Le scénario catastrophe a été évité de justesse. La conception du site est sans doute à revoir.

Les tranches 1 et 2 de la centrale nucléaire du Blayais, à l'arrêt depuis la tempête des 27 et 28 décembre dernier, sont passées très près d'un véritable scénario catastrophe, et elles vont vraisemblablement devoir être déchargées de leur combustible, le temps que d'importantes réparations soient effectuées sur le site.

En effet, l'inondation d'une bonne partie des bâtiments a successivement mis hors d'usage plusieurs installations de sauvegarde, comme le circuit d'injection de sécurité (RIS), qui permet de rétablir le niveau du circuit primaire, et l'EAS (aspersion de l'enceinte), qui permet de faire baisser la température à l'intérieur du bâtiment réacteur en cas d'accident.

Quand ce fut au tour, à 8 h 23, le matin du 28 décembre, de la moitié des pompes du circuit SEC (eau brute de sauvegarde), qui prélève l'eau en Gironde, la situation est devenue très grave.

C'est le SEC qui assure en effet le refroidissement de l'ensemble, par l'intermédiaire d'autres circuits, et la sûreté de la tranche n° 1 ne tenait plus qu'à deux pompes, justifiant le déclenchement d'un plan d'urgence interne.


FUSION

Comme l'explique Christophe Quintin, responsable de la division nucléaire à la DRIRE (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) de Bordeaux, « si le SEC avait lâché, on se retrouvait dans la configuration de l'exercice fait à Golfech en novembre dernier, où l'on avait simulé la fusion du coeur de la centrale au bout de dix heures ». La fusion du coeur étant l'accident le plus grave qui puisse survenir à une centrale nucléaire et peut conduire à la rupture de l'enceinte de confinement.

Cette possibilité est tellement prise au sérieux que les experts de l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (ISPN) calculent actuellement quelle a été la probabilité de s'en approcher le 28 décembre dernier.

Hier, Jérôme Goellner, adjoint au directeur de la sûreté des installations nucléaires (DSIN), s'est rendu à Blaye en compagnie de Christophe Quintin pour une « visite technique » destinée à évaluer la situation pour prendre des décisions aujourd'hui.

La DSIN devrait faire connaître en fin d'après-midi ses recommandations pour les prochains jours.

Il s'agit dans l'immédiat de remettre tous les équipements en marche, pompes, vannes et autres appareils pour assurer la sécurité qui est en partie rétablie, permettant l'allègement du plan d'urgence interne.

Cette phase devrait être terminée vers la mi-janvier, indiquait hier l'EDF. Il faudra aussi rétablir les digues de la centrale avant les grandes marées prévues à la fin du mois.


VINGT ANS APRÈS


Mais tout le matériel, qui a été plongé dans l'eau saline de la Gironde, est sérieusement endommagé, corrodé, et il faudra sans doute prévoir ensuite de longs travaux, plusieurs semaines, expliquait hier la direction de la centrale.

Pour les entreprendre en toute sûreté, les autorités de tutelle d'EDF envisageaient sérieusement hier de recommander le déchargement du combustible des tranches 1 et 2.

Ce qui les rendrait plutôt indisponibles pour quelques mois.

Il faudra aussi comprendre, explique Christophe Quintin, pourquoi une centrale nucléaire, dont la plate-forme devait rester hors d'eau à la suite d'une « surcote de marée millénale », a pu voir ses installations vitales submergées par de l'eau qui s'est engouffrée dans les multiples galeries techniques, vingt ans seulement après sa construction.

« On peut se tromper, explique-t-il, il y a un travail de conception à revoir. »

On ne disposait évidemment pas de statistiques précises sur les tempêtes des mille dernières années, mais il faudra désormais tenir compte de celle-ci qui s'est pourtant produite avec un faible coefficient de marée.

Si la conception n'avait pas tout prévu, à aucun moment, en revanche, la gestion de la crise par le personnel EDF n'a été mise en cause par la tutelle. Alors que de banales opérations de maintenance sont parfois dans certaines centrales l'occasion d'erreurs de routine, il semble que le grave incident de la semaine dernière ait été l'objet d'un « sans-faute ».

JEAN-PIERRE DEROUDILLE

 


APRÈS LA TEMPÊTE - CENTRALE DU BLAYAIS

Sud-Ouest, 6 janvier 2000:

L'incident le plus grave de 1999

L'autorité de sûreté nucléaire confirme qu'il s'agit d'un défaut de conception et n'autorisera le redémarrage que lorsque le site sera " convenablement " protégé.

L'autorité de sûreté nucléaire a publié hier un communiqué confirmant que l'incident survenu le 28 décembre dernier à la centrale du Blayais est classé au niveau 2 de l'échelle [médiatique] internationale des événements nucléaires (INES) et précisant : " L'inondation a endommagé des pompes et circuits importants et le niveau de sûreté des installations a été affecté. "
Toutefois, elle précise également : " A aucun moment la situation n'a été menaçante, plusieurs lignes de défense étant toujours restées disponibles. " Pour sa part, Martine Griffon-Fouco, déléguée régionale d'EDF , a précisé à " Sud-Ouest " : " C'est un incident qui n'est pas grave, ce n'est pas un accident. A aucun moment les barrières de sûreté n'ont été atteintes. Contrairement à ce que l'on peut entendre, la fusion des coeurs ne pouvait pas se produire.


DÉCISION AUJOURD'HUI

" Jérôme Goellner, adjoint au directeur de la sûreté des installations nucléaires (DSIN), interrogé hier par " Sud-Ouest ", rappelait que le refroidissement du circuit primaire par les générateurs de vapeur était toujours resté opérationnel. C'est d'ailleurs toujours la procédure employée, tant que l'autorisation de le connecter sur le circuit de refroidissement à l'arrêt (RRA) n'a pas été donnée. Or, c'est le RRA qui avait nécessité des interventions sur le réacteur n° 3 lors de son arrêt de maintenance, l'été dernier.
En fait, c'est aujourd'hui que la DSIN prendra la décision concernant la suite des opérations. Les réacteurs n° 1 et 2 resteront à l'arrêt tant que l'EDF n'aura pas fait la preuve que ses installations sont mises à l'abri d'un événement climatique semblable.

Comme le constate le communiqué de la DSIN, " il apparaît que l'inondation de plusieurs locaux situés au-dessous du niveau du sol s'est propagée par des galeries techniques souterraines, elles- mêmes noyées du fait du passage d'eau de la Gironde au-dessus de la digue de protection du site. Ces galeries n'étaient pas conçues pour interdire le passage d'eau.

Selon le commentaire de Jérôme Goellner, " notre appréciation, c'est qu'on n'est pas passé près de la catastrophe, mais qu'il s'agit d'un incident vraiment sérieux, le plus grave de l'année, et qu'il s'agit d'un problème de conception. L'eau s'est répandue par des galeries techniques munies de portes coupe-feu conçues pour protéger d'un incendie, qui n'ont pas résisté à l'eau. C'est aussi sérieux que l'incident de Civaux en mai 1998. "

L'EDF va donc devoir proposer des modifications importantes du site pour prouver qu'il reste hors d'eau en toutes circonstances, même exceptionnelles.

Il faut donc soit l'autoriser à maintenir les réacteurs à l'arrêt avec cuve ouverte, et refroidi par le RRA, soit décharger complètement le coeur, sachant qu'un arrêt " cuve ouverte " ne peut se pérenniser.

En attendant, l'EDF travaille d'arrache-pied à tout remettre en état pour se préparer à la marée de fort coefficient attendue le 21 janvier.

 

SÉCURITÉ NUCLÉAIRE

Le cri d'alarme d'un universitaire

Pour Jean-Pierre Dufour, l'ouragan du 27 décembre a boulversé les données en matière de sécurité nucléaire

Professeur de physique nucléaire, le conseiller régional Vert, Jean-Pierre Dufour, a fait partie de la commission locale d'information et de surveillance de la centrale de Braud-et-Saint-Louis. Il l'a quittée après s'être aperçu que cette structure, placée sous l'autorité du président du Conseil général de la Gironde, n'était pas un modèle de transparence. " C'était la messe. Elle sert de relais à la propagande d'EDF ", affirme l'universitaire, qui avait pourtant pris, dans un premier temps, son rôle au sérieux.

" Je voulais qu'on avance sur un certain nombre de points importants. Il me semblait anormal que les gens chargés de mesurer la radioactivité fassent partie du personnel de la centrale nucléaire, aient leurs bureaux dans les locaux de la centrale et soit tributaires des responsables de la centrale pour leur avancement.

Ils ne pouvaient pas être indépendants. Mais à chaque fois que je soulevais des problèmes de cette nature, la réponse était toujours la même : Ne vous inquiétez pas. "

Au regard de ce contexte, comment appréhender les communiqués d'EDF, de la Direction régionale de l'industrie et de la recherche et de l'Autorité de sûreté nucléaire ? Relèvent-ils de la communication, de l'information ou des deux à la fois?

Un spécialiste comme Jean-Pierre Dufour estime ne pas avoir les éléments suffisants pour se prononcer en connaissance de cause. Tout juste peut-il faire état de quelques impressions.


L'IMPRÉVU MAJUSCULE

" Il ne semble pas y avoir eu de dysfonctionnement opérationnel. Pendant un laps de temps, la centrale a fonctionné sans certains éléments de sécurité. Et il s'en est fallu de peu que d'autres protections soient mises à leur tour hors course ", constate l'universitaire. Le film des événements peut être interprété de manières diamétralement opposées.

Soit on s'inquiète en constatant qu'on a frôlé le pire. Soit on se félicite de l'efficacité des procédés de sauvegarde mis en oeuvre. " On ne peut pas se cacher derrière des slogans du style "on a le nucléaire le plus sûr du monde" ", poursuit Jean-Pierre Dufour. " Le discours d'EDF en matière de fiabilité repose sur des calculs de probabilité.

On sait qu'une pompe peut tomber en panne, qu'un manomètre peut lâcher. A partir de là, on cherche à maîtriser la complexité d'un système et des séquences qui peuvent l'interrompre. Mais ce qui s'est passé à Braud ne relève pas d'une défaillance dite normale. "


LA FORCE DE LA RÉALITE

Par définition, un calcul de probabilité prend en compte ce qui est connu à un moment donné. Les accidents font partie de l'expérience. Mais ils ne peuvent être intégrés qu'a posteriori.

Qu'une marée dans un estuaire ayant la configuration d'un entonnoir se traduise par une onde ne surprend pas. Mais qu'un vent violent soufflant à des vitesses inhabituelles l'amplifie et c'est l'imprévu majuscule. " Quand les événements ne se sont pas produits, personne n'y pense. Une fois qu'ils ont eu lieu, on s'aperçoit que c'est rationnel ", poursuit Jean-Pierre Dufour.

La centrale de Braud était protégée par des mesures de sécurité déduites d'une modélisation reposant sur un système d'hypothèses. La réalité a souligné la faiblesse de cette construction intellectuelle. " On ne sait pas paramétrer l'incendie, l'inondation ou le tremblement de terre ", assure Jean- Pierre Dufour. L'enseignant ne se sent pas pour autant le droit de taper sur le dos des ingénieurs ou des techniciens d'EDF. D'autant que certains d'entre eux ont très certainement eu des réflexes décisifs dans la nuit du 27 au 28 décembre.

" C'est une façon de penser qu'il faut combattre, insiste l'universitaire. Je n'accepte pas ce discours qui se polarise sur la minimisation du risque. Un citoyen ne peut pas accepter que l'on discute de probabilité quand les conséquences d'un sinistre sont à ce point irréversibles. Je ne veux pas faire de catastrophisme. Mais un jour ou l'autre, il y aura une fusion d'un coeur de centrale en France. Et ce sera autre chose à gérer que la forêt sinistrée. Les arbres, cela repousse. "

Dominique Richard



L'EVALUATION DES RISQUES

" Ce qui s'est passé est énorme "

Spécialiste des risques techno-scientifiques à l'université de Bordeaux, Simon Charbonneau invite les technitiens d'EDF "à la modestie" après les incidents de la centrale nucléaire de Blaye.

Enseignant à Bordeaux 1, Simon Charbonneau, spécialiste de droit de l'environnement et des risques techno-scientifiques, ne mâche pas ses mots, suite à la révélation des incidents de la centrale du Blayais.

"SUD-OUEST". - Quel a été votre premier sentiment en apprenant les incidents de la centrale nucléaire du Blayais ?

SIMON CHARBONNEAU. - L'article 21 de la loi sur les risques majeurs prévoit une information en temps réel. Il n'a pas été respecté. Ce qui s'est passé est énorme. On implante une centrale en zone inondable, mais on ne prévoit pas que les digues la protégeant puissent être submergées. On mesure toute l'absurdité de cette hypothèse du risque zéro développée dans les années 70 par ces ingénieurs d'EDF plein de morgue qui sortaient de Polytechnique. Certes, ils en ont rabattu depuis. Mais l'affaire du Blayais, s'il en était besoin, ne peut que les inciter à la modestie.

" S.-O.". - Pourquoi avoir implanté une centrale à cet endroit ?

S.C. - Cela présentait un certain nombre d'avantages. La région n'était pas très peuplée, le rivage peu valorisé. Et puis c'était une question de coût. La proximité de l'estuaire permettait de choisir un circuit ouvert, c'est-à-dire de puiser l'eau dans le fleuve pour faire tourner les turbines et de la rejeter dans le milieu suffisamment vaste pour l'absorber. On faisait ainsi l'économie de la construction de tours de réfrigération qui refroidissent sur d'autres sites l'eau avant son rejet. "

"S.-O.". - Quels enseignements tirez-vous de ces incidents ?

S.C. - Imaginons la conjonction d'un fort coefficient de marée, d'une crue importante et d'un grand coup de vent ! C'est la totale ! Le coeur fond, la centrale s'emballe. Qu'est-ce qui peut se passer ? L'enceinte de confinement peut-elle résister et éviter la libération du combustible dans l'atmosphère. On n'en sait strictement rien ! La technologie ne nous protège pas de la nature. Nous sommes toujours dépendants de cette dernière. A Braud-Saint-Louis, le risque technologique a interféré avec le risque naturel. C'est gravissime. Le nucléaire reste toujours dangereux. C'est peu de le dire dans le pays le plus nucléarisé du monde, où il existe un réacteur par million d'habitants.

Recuelli par Dominique Richard

 

POPULATIONS

" Nous aurions le temps "
Le maire de Braud est catégorique. En cas d'accident majeur, il serait " en mesure d'évacuer les populations "

"Je sais bien qu'il y a eu des inondations, mais je ne suis quand même pas particulièrement inquiet ", déclare Michel Ninaud, maire de Braud-et-Saint-Louis, commune où est située la centrale nucléaire du Blayais. Et d'ajouter : " Hier encore, nous avons eu une réunion avec les responsables de la préfecture. On se voit tous les jours, et je suis en contact permanent, par fax, par téléphone. " Si un accident majeur devait se produire à la centrale, Michel Ninaud affirme qu'il serait en mesure de mettre en place le plan particulier d'intervention. " En tant que maire, je suis responsable, mais mon rôle serait d'exécuter les ordres de la préfecture, c'est tout. On a déjà fait des exercices avec les populations. On a évacué des personnes, des écoles, etc., sur un périmètre de 5 kilomètres autour de la centrale. Ces exercices sont d'ailleurs périodiques. " En outre, insiste le maire : " Si un grave pépin se produisait, nous aurions le temps de nous organiser, car on dispose d'un délai pour évacuer, de 8 heures à 24 heures. Les points stratégiques où l'on peut conduire les habitants sont déjà identifiés. Quant aux moyens de locomotion, tout est prévu : on réquisitionnerait des ambulances de Bordeaux, de Blaye. Et la commune dispose d'une douzaine de bus qui pourraient également être tout de suite réquisitionnés. "


PASTILLES D'IODE

De l'avis de Michel Ninaud, les habitants sont très bien informés du comportement à adopter en cas de catastrophe. Des brochures sont toujours disponibles à la mairie, et des quantités de ces documents ont plusieurs fois été distribuées. " Ces brochures récapitulent toutes les informations liées aux mesures à prendre pour les humains et ensuite pour les bêtes. Les gens ont des consignes. Ils savent très bien qu'ils devraient se confiner chez eux et attendre les directives. Des messages seraient diffusés par radio et par haut-parleur. Tous disposent également chez eux de pastilles d'iode. "



 A LA CENTRALE


Raz-de-marée médiatique

Le téléphone a commencé à sonner dès 6 heures, hier, à la centrale nucléaire de Braud-et-Saint-Louis, suite à la publication dans nos colonnes de l'article intitulé " Très près de l'accident majeur ".

A 14 heures, des équipes de télévision étaient encore en train de tourner dans la partie nucléaire de l'installation.

A la direction du site, on a passé son temps à répondre aux questions de tous les journalistes de la presse audiovisuelle dépêchés sur les lieux, Wit FM, Sud Radio, Radio France Bordeaux-Gironde, RTL, Europe 1, BFM, LCI, TF 1, M 6, France 2, France 3, France Info national, ITV, Canal +, Reuters...

Parmi les questions récurrentes : " Est-ce vrai que l'on a frôlé la catastrophe ? ", " Est-ce que vraiment vous avez caché des choses ? ", " Où en est l'état des différentes unités de production ? ", ou encore " Que comptez-vous faire pour éviter qu'une telle situation se reproduise ? "

 

DRIRE

Onze heures pour décider

En cas d'accident, il reste onze heures pour prendre les décisions relatives à la sécurité de la population. Les autorités affirme qu'on était encore loin de ce cas de figure

" On s'interdit de communiquer sur des scénarios. Nous devons rester factuels. " François Goulet, directeur régional de la DRIRE (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement), répondait en ces termes, hier, aux questions sur les incidents de fonctionnement à la centrale nucléaire du Blayais dans la nuit du 27 au 28 décembre. " La DRIRE est l'autorité de sûreté, l'EDF est exploitant : je n'ai pas à apprécier sa communication. "

" Il est sûr que si l'on avait été près d'une catastrophe, nous aurions évacué la population ", ajoute François Goulet. " Nous avons onze heures de délai quand tous les systèmes de refroidissement sont en panne.

Il existe quatre ou cinq incidents de type 2 chaque année en France. Au niveau 3, on commence à prendre en compte les rejets externes de la centrale, ce qui nous oblige à prendre en compte la population avec des mesures de confinement. "


TOUT " RETESTER "

Cela aurait été le cas si les deux dernières pompes de secours avaient cessé de fonctionner cette nuit-là au CNPE (Centre nucléaire de production d'électricité). " Nous étions dans une configuration où une voie de refroidissement se trouvait noyée, l'autre non. Il est vrai que certaines barrières ont été défaillantes. Mais les plans d'urgence ont évité la panique et permis une gestion de la crise. Ce fut un incident. "

Le directeur régional de la DRIRE poursuit : " Aujourd'hui, il faut que tout soit revu; tout "retester", et vérifier la galerie technique. Ce problème de l'eau peut se poser pour toutes les centrales en bord de mer, même si celle de Blaye est la seule en estuaire. Des expertises sont en cours avec les autorités de sûreté. Les vérifications vont aussi être faites, afin de vérifier si les données d'exploitation étaient bonnes. "

Quant à savoir combien de centimètres d'eau en plus auraient noyé les deux dernières pompes de secours, affirme François Goulet : " Je n'ai pas l'information. " Car même si dans la graduation du risque existent sept niveaux, c'est bien à partir du troisième que des rejets gazeux sont effectués hors de la centrale par les clapets de sécurité.

Hier, on ne parlait que de confinement des populations, mais pas d'évacuation. Cela étant, lors de la dernière simulation d'accident nucléaire effectuée le 5 novembre 1998 sur les communes de Braud- et-Saint-Louis et Reignac, celle-ci était liée à une alerte de niveau 3. Et le scénario avait prévu des cars de l'armée de terre venus récupérer les enfants pour les éloigner de la zone.

La route leur était ouverte par les motards de la gendarmerie. Avec, dans un périmètre de 5 kilomètres autour de la centrale (le premier périmètre de sécurité), des gendarmes partout.

Patrick Faure


Mamère en appelle à la loi

" On ne peut pas accepter l'opacité comme règle et l'impunité comme sanction ", affirme Noël Mamère, le député Vert de la Gironde. " Cette catastrophe évitée de justesse rend plus urgent que jamais le vote d'une loi sur la transparence dans le domaine du nucléaire. Elle avait été promise par le gouvernement. Il faut en finir avec cette logique cynique et dangereuse du contrôleur contrôlé et créer une autorité indépendante et fiable. Il n'existe pas d'insécurité zéro contrairement à ce qu'a voulu nous faire croire le lobby du nucléaire. "

 

Centrale nucléaire du Blayais : La lettre qui accuse

Informations IPSN
(Institut de Protection et Sûreté Nucléaire):

Le mardi 28 décembre 1999, le Plan d'Urgence Interne (PUI) de la centrale du Blayais a été déclenché vers 9 h du matin, compte tenu des difficultés rencontrées sur cette centrale, essentiellement la tranche 1.
A ce moment-là :
- Le réacteur est arrêté, mais il reste nécessaire d'évacuer la puissance résiduelle du coeur du réacteur due aux désintégrations radioactives. La puissance à évacuer est de l'ordre de 25 MW et le refroidissement est assuré par les générateurs de vapeur! (GV), alimentés en eau par le circuit d'alimentation de secours des GV (ASG) comme il est normal quand un réacteur est arrêté; le circuit ASG comporte une réserve d'eau de 625 m3, deux motopompes et une turbopompe (une seule pompe suffit pour assurer le débit de refroidissement nécessaire).
- L'alimentation électrique nécessaire au fonctionnement des matériels de la centrale est assurée par le réseau 400 kV, le réseau auxiliaire 225 kV n'est pas disponible.
- La voie A du circuit d'eau brute secouru (SEC) est indisponible, les moteurs des 2 pompes de cette voie étant noyés; les 2 pompes de la voie B sont disponibles (1 pompe suffit pour assurer les fonctions de ce circuit qui permet en particulier de refroidir les joints des pompes primaires mais aussi le circuit de refroidissement à l'arrêt (RRA) quand celui-ci est utilisé;
- Les pompes du circuit d'injection de sécurité à basse pression (RIS) et les pompes du circuit d'aspersion de l'enceinte (EAS), utilisés en particulier en cas de brèche du circuit primaire pour refroidir le coeur du réacteur et évacuer la puissance dégagée dans l'enceinte de confinement, sont noyées et donc indisponibles, le fond du bâtiment du combustible où se trouvent ces pompes étant noyés sous 1,5 mètres d'eau; La conduite du réacteur consiste alors à dépressuriser et à refroidir le circuit primaire pour le mettre dans des conditions permettant, le cas échéant, la connexion au RRA, soit une température inférieure à 177°C et une pression inférieur à 32 bars. Ces conditions seront atteintes aux environs de 11h, alors que la puissance résiduelle est encore de l'ordre de 20 MW. La période la plus critique de l'incident a donc duré plusieurs heures. Pendant cette période on pouvait envisager 2 voies d'aggravation importante de la situation :
1) La défaillance de la voie B du circuit SEC. Une telle défaillance aurait diminué les moyens de refroidissement des joints des pompes primaires mais l'injection aux joints de ces pompes par le circuit de contrôle volumétrique et chimique (RCV) restait suffisante pour assurer le refroidissement. Il faut imaginer une défaillance supplémentaire du réseau 400 kV, pour obtenir une situation conduisant rapidement à la dégradation du coeur du réacteur (la défaillance du 400 kV entraînerait la perte de la ventilation des pompes du circuit RCV et leur mise hors d'usage; il en résulterait un risque d'apparition d'une brèche du circuit primaire au niveau des joints des pompes primaires.)
2) La défaillance complète du refroidissement par le circuit ASG; dans ce cas, un refroidissement correct du coeur aurait pu être assuré pendant au moins une dizaine d'heures par l'ouverture des soupapes de sécurité du circuit primaire et l'introduction d'eau dans ce circuit par le circuit d'injection de sécurité haute pression (pompes RCV) (le délai de 10h résulte de la capacité de la bâche alimentant le circuit). Au 5 janvier 2000, la tranche est toujours refroidie par les GV alimentés par le circuit ASG. En cas de défaillance de ce circuit, la connexion au circuit RRA est possible et le circuit SEC a 2 voies disponibles, même si une seule pompe est disponible sur la voie A. Un programme de requalification des fonction du circuit RIS et de l'EAS est en cours mais ceci nécessitera plusieurs semaines.

A paraître dans la Gazette Nucléaire n°179/180, janvier 2000.
GSIEN
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91400 ORSAY
tel 33 (0)1 60 10 03 49
fax 33 (0)1 60 14 34 96

Commentaire Gazette
BON, EN CLAIR ON A EU CHAUD...
Dans la prochaine gazette je ferai une analyse plus complète de cet accident, soldé par... beaucoup de chance ainsi que sur les problèmes de Civaux. Il y a maintenant la future grande marée qui risque de prolonger l'arrêt. D'où les crues millénaires, ça existe et les tempêtes aussi... [Monique Sené]

 

 

Conférence de presse DSIN le 14/1/99

 


En Gironde, la centrale nucléaire du Blayais s'est trouvée au coeur de la tempête

Il faudra revoir nos études

Dossier Blayais :
La tempête du 27 décembre 1999 et les inondations à la centrale du BLAYAIS : la sécurité absolue ne peut pas exister. Où l'on perçoit comment une situation peut dégénérer en accident majeur.
Ce qui s'est passé à la centrale du Blayais, sur l'estuaire de la Gironde, montre que l'accident grave est possible et qu'il faut sortir du nucléaire sans attendre, avec les moyens énergétiques dont on dispose: Aux Antinucléaires
Le site TchernoBlaye
Communiqué de presse du GSIEN 26 avril 2000
Monsieur le Directeur de la Centrale Nucléaire du Blayais
Dans une lettre datée du 15 mars 2000 Jérôme GOELLNER, Adjoint au Directeur de la Sûreté des Installations Nucléaires, adresse une série de demandes au Directeur de la Division Production Nucléaire ELECTRICITE DE FRANCE afin que soit pris en compte le risque d'inondation sur les centrales nucléaires en exploitation.
------->Prise en compte du risque d'inondation sur les centrales nucléaires en exploitation