Radio-Canada, 11/6/2008:
L'Ontario
pourrait payer plus cher la construction de ses nouvelles installations
nucléaires. En juin 2006, la province annonçait
la construction de deux nouveaux réacteurs au coût
estimé de 26,5 milliards de dollars. Mais les prix pour
la construction de centrale nucléaire sont hors de contrôle
et ont bondi de 173 % en huit ans, selon Candida Scott, une experte
en coût du nucléaire à la firme d'analyse
Cambridge Energy Research Associate. La hausse des prix de l'équipement,
de la main d'oeuvre, de l'acier et des matériaux de construction
rend difficile la planification du coût d'un projet à
long terme, ajoute-t-elle. Ces facteurs pourraient faire doubler
le coût de construction de la nouvelle centrale nucléaire
ontarienne et la facture pourrait être refilée aux
consommateurs, prévient le député néo-démocrate
Peter Tabuns, qui réclame une stratégie pour l'énergie
renouvelable. Le gouvernement ontarien assure qu'il imposera des
pénalités pour les retards et les dépassements
de coûts à l'entreprise qui sera choisie pour construire
la nouvelle centrale. Mais le ministre de l'Énergie, Gerry
Phillips, reconnaît qu'il est impossible de garantir un
prix fixe. Il se borne à dire que l'appel d'offres de l'Ontario
sera flexible et qu'il tiendra compte de l'inflation pour les
entreprises, tout en minimisant les risques pour les contribuables
Le Soleil (Québec), 21/1/2008 :
Le gouvernement conservateur joue-t-il à la roulette russe avec le nucléaire canadien? Le scandaleux congédiement, la semaine dernière, de Linda Keen, la présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), soulève d'importantes questions de sécurité et d'environnement. En fait, la situation montre tout le danger qu'il peut y avoir à laisser des politiciens jouer aux apprentis sorciers avec le risque de provoquer une catastrophe.
En novembre, la CCSN a maintenu la fermeture du réacteur nucléaire de Chalk River, vieux de 50 ans, pour des raisons de sécurité. Avant même cette fermeture, le réacteur avait été exploité de longs mois en violation de son permis. Malgré tout, Stephen Harper a forcé sa remise en marche. Un conflit subséquent avec Mme Keen a mené à son congédiement et ramené les dangers du nucléaire sous les feux de l'actualité.
En regard des changements climatiques, le nucléaire présente des avantages indéniables. Il permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre [non, lire: Nucléaire: L'escroquerie du discours sur l'effet de serre] en se substituant aux centrales thermiques (charbon, gaz naturel, etc.). Il assure aussi un approvisionnement constant et suffisant, ce qui n'est pas encore le cas de toutes les énergies renouvelables, malgré de belles percées (solaire, éolienne, maréemotrice, etc.).
On pourra toujours plaider que le risque d'une catastrophe nucléaire est si faible qu'il est acceptable. Ce serait oublier un peu vite la fusion partielle du coeur du réacteur de Three Mile Island (1979) et celle complète de Tchernobyl (1986).
Il y a également tous les accidents
évités de justesse et les lacunes parfois criantes
en matière de sécurité. Par exemple, en 1998,
l'Ontario a dû fermer 7 de ses
20 réacteurs à la suite d'un rapport d'experts indépendants.
Il est aussi commun, si on en croit son vice-président,
qu'Énergie atomique Canada comble ses lacunes de sécurité
bien après que celles-ci sont constatées.
Le nucléaire est si dangereux qu'il exige la plus grande transparence et le maximum d'informations et de débats publics sur la question [mais la "transparence" ne fait pas disparaitre le risque de catastrophe nucléaire!]. L'actuel gouvernement conservateur fait exactement l'inverse. Et il n'en est pas à ses premières frasques sur la question. Le Canada s'est joint, en novembre, au Partenariat mondial pour l'énergie nucléaire, une initiative américaine, sans qu'il y ait le moindre débat politique ou public.
Les risques de contamination de l'environnement existent, surtout dans un contexte de vieillissement des centrales. Sans parler de l'exploitation des mines d'uranium et de la problématique de la gestion des déchets radioactifs.
[ A propos de l'exploitation des mines d'uranium, voir le documentaire:
| "Uranium"
(Canada - 1990) Un film du cinéaste indépendant Magnus Isacsson. Prix Golden Sheaf du meilleur documentaire, Yorkton Short Film and Video Festival (Saskatchewan, 1991). 48 mn en RealVideo 33kb Le Canada est le plus important pays producteur et exportateur d'uranium au monde. Or les résidus des mines d'où il est extrait sont à l'air libre, et si l'exploitation se poursuit au rythme de 1988, l'industrie nucléaire produira, avant dix ans, 250 millions de tonnes de résidus radioactifs qui continueront à contaminer les rivières et à empoisonner la chaîne alimentaire pour des centaines de milliers d'années... |
![]() Le film est aussi disponible à environs 50kb sur Visions Autochtones |
Plusieurs pays font face à un épineux problème. Le cinquième de l'électricité en Angleterre provient du nucléaire. Mais pas moins de 22 de ses 23 centrales vétustes doivent fermer d'ici 2023. Autrement dit, demain. Le gouvernement a donc donné le feu vert à la construction de nouvelles centrales nucléaires.
Mais même au Royaume-Uni, la question est loin de faire l'unanimité. L'Écosse s'est réjouie de ne pas faire partie du projet de modernisation. «Les risques et les incertitudes de l'énergie nucléaire sont de toute évidence beaucoup trop grands», a déclaré le ministre des Finances John Swinney.
Pourtant, en ce moment, la moitié des quelque 100 réacteurs et plus en construction ou projetés se retrouvera en Chine, en Inde ou dans un autre pays émergent. Le Viêtnam, la Thaïlande, l'Égypte et la Tunisie désirent leur premier réacteur. Disons qu'en termes de sécurité, ce n'est guère rassurant. Et c'est sans compter tous les incidents inquiétants qui ont marqué l'histoire du nucléaire.
L'industrie nucléaire japonaise doit encore redorer son blason après les révélations, il y a cinq ans, sur de faux rapports d'inspection d'incidents. Il y a aussi la défaillance partielle d'un mécanisme de fermeture d'un réacteur bulgare, rendue publique par un dénonciateur, deux mois après les faits. On pourrait trouver beaucoup d'autres exemples.
La science peut mener à la découverte de l'énergie atomique, mais elle ne peut pas nous préserver d'une catastrophe nucléaire, selon la formule de l'écrivain et ex-président de la République tchèque Vaclav Havel. Cela mérite réflexion.