Yucca Mountain, un travailleur dans un tunnel à presque 800 mètres à l'intérieur de la montagne.

Aves France, 25 mars 2008:

Pas de déchets radioactifs à Yucca Mountain

La lutte pour préserver le site Yucca Mountain continue. 20 ans de combat pour les Indiens Shoshones et Paiutes, les écologistes et les citoyens du Nevada qui ne veulent pas d'un centre de stockage pour déchets nucléaires. Le Département de l'Energie souhaite tout simplement utiliser la montagne comme site d'enfouissement tandis que les autorités fédérales tentent de convaincre les Shoshones de vendre leurs terres. Jusqu'à présent, le conseil tribal de la nation Shoshone a tenu bon. Les terres ne seront pas vendues à des firmes qui vont venir prospecter et polluer tout l'environnement !

En 2002, l'administration Bush a autorisé l'édification du centre de stockage, mais le gouverneur républicain du Nevada Kenny Guinn et l'attorney général Brian Sandoval ont entamé une procédure judiciaire qui a bloqué le projet temporairement.

Le site est par ailleurs d'une grande importance spirituelle pour les deux tribus.

Depuis les années 70, l'administration et les compagnies lorgnent sur Yucca Mountain et espèrent en faire le centre national de stockage des déchets nucléaires. Quoi de mieux en effet qu'une montagne, dans un coin isolé appartenant de surcroît à des Indiens ? Mais voilà, en 2005, il a été établi que les rapports d'experts concernant la nature géologique du terrain avaient été falsifiés ou sciemment ignorés, car le site est loin de présenter les conditions idéales de stockage pour des produits aussi dangereux.

La tribu des Shoshones a déjà subi bien des drames. Les sites funéraires ont été saccagés, les gens sont fréquemment atteints de cancers et leucémies, conséquence du voisinage avec des produits dangereux. Même si le centre de stockage est abandonné, ils devront se battre contre un autre projet, un centre de stockage des déchets nucléaires « temporaire » est prévu dans la Skull Valley.

Les déchets nucléaires sont actuellement stockés et répartis dans 39 états. Le gouverneur du Nevada refuse de laisser les convois transporter par route et rail ces déchets nocifs sur son territoire et la population se montre également très hostile. Le projet a pris un tel retard qu'il ne verra pas le jour avant 2017 ou 2020 dans le meilleur des cas. Jusqu'à présent, la polémique de Yucca Mountain n'a suscité aucun débat de fond sur les dangers de l'utilisation du nucléaire et la nécessité de recourir à d'autres sources d'énergies alternatives.

Sylvie CARDONA

Lire plus d'informations sur le site de Sacred Land (en anglais)

 


Enerpresse, 15 février 2006:

Menaces sur Yucca Mountain

Le futur site de stockage américain verra-t-il jamais le jour ? C'est un peu la question que se pose la presse américaine. Lundi, au cours d'une conférence, le secrétaire à l'Énergie s'est en effet montré peu optimiste. Devant des centaines de responsables de l'industrie nucléaire américaine, Sam Bodman a rappelé que certaines études géologiques devaient être refaites et que l'EPA exigeait désormais des évaluations de relâchement de radioactivité sur un million d'années, contre 10 000 ans auparavant. Par ailleurs, les concepteurs de l'installation ont décidé récemment de laisser plus d'espaces entre les conteneurs. Ce qui nécessitera de creuser plus de galeries. L'an passé, le DOE prévoyait encore que la future installation du Nevada ouvre ses portes en 2012. Or, rien n'est moins sûr. La semaine passée, le secrétariat à l'Énergie a admis que le budget initial prévu (60 milliards de dollars) serait probablement insuffisant.

 


USA: Les déchets nucléaires s'invitent dans la campagne présidentielle

LAS VEGAS, 11/8/04 - Le candidat démocrate à la présidentielle John Kerry est venu mardi dans le Nevada (ouest) dire son opposition à l'immense projet de stockage de déchets nucléaires du Mont Yucca, situé dans le désert au coeur de l'Etat. "Comme sénateur j'ai voté contre, et comme président je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer que votre arrière-cour ne devienne pas la décharge de déchets nucléaires de l'Amérique", a-t-il dit lors d'une rencontre avec des riverains à Las Vegas.

Ce centre, objet de controverse depuis 20 ans, doit stocker en sous-sol les déchets américains accumulés depuis le début de l'ère atomique. Il est situé à une centaine de km de Las Vegas, qui verra passer les convois à sa porte.

John Kerry reproche au président George Bush, qui a promulgué en 2002 la loi de création du site, d'ignorer les avertissements des scientifiques indépendants sur les risques de l'opération. "Ce n'est pas juste le problème du Nevada, cela concerne l'Amérique", a-t-il dit, relevant que les Etats-Unis ont besoin d'un "président qui croit en la science".

Parmi les risques, selon les opposants: la contamination des sources d'eau, la proximité d'une faille sismique et le danger lié au transport des déchets à travers des dizaines d'Etats, a fortiori dans un contexte de menace terroriste.

Aujourd'hui les déchets nucléaires américains - des dizaines de milliers de tonnes - sont dispersés dans 131 décharges temporaires.

John Kerry et son co-listier John Edwards (qui comme sénateur avait voté la création du site) "croient que l'énergie nucléaire peut jouer un rôle essentiel en fournissant une énergie abordable et réduisant les risques pour le climat, mais il faut s'occuper du défi des déchets", explique la campagne, réclamant de plus amples études scientifiques.

Les républicains ont immédiatement accusé le démocrate de fluctuer, évoquant six de ses votes au Sénat soutenant l'idée d'un site au Nevada. "Le vote de John Kerry afin de faire du Nevada le seul site de dépôt des déchets, et ses variations sur le Mont Yucca, sont encore l'illustration d'un candidat qui dit aux électeurs ce qu'ils ont envie d'entendre", a dit dans un communiqué Steve Schmidt, porte-parole de la campagne Bush.

 

La Cogema (Areva) signe un contrat de 29,7 M USD pour Yucca Montain (Nevada)

PARIS, 21 mai 2003 - La Cogema, filiale du groupe nucléaire français Areva, a signé un contrat de 29,7 millions de dollars (25,3 M EUR) pour la conception de systèmes de manutention dans le cadre du projet de stockage Yucca Montain, dans le Nevada (Etats-Unis), a annoncé la Cogema mercredi dans un communiqué.
Ce contrat a été attribué par le géant californien du bâtiment et des travaux publics Bechtel, qui est chargé de la direction et de la gestion opérationnelle de ce projet.
Cogema contribuera à la conception des équipements de surface de l'entrepôt dans lequel seront déchargés et préparés les déchets nucléaires de haute activité avant d'être placés dans l'immense chantier de Yucca Montain, un site de stockage situé dans le désert du Nevada.
Une information de presse avait fait état le 14 mai de la signature imminente de ce contrat, pour 40 millions d'euros, mais Areva avait alors refusé de confirmer le contrat et le montant évoqués.
"On n'a pas encore officiellement signé le contrat. On n'est pas encore tout à fait à l'abri d'un retournement de dernière minute", avait affirmé au quotidien Libération Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva.

 

Libération, 14/5/03:

Yucca Mountain: Areva pose un pied dans le désert américain
Le géant nucléaire français remporte un contrat important.

Ce contrat, qui n'est pas encore officiellement signé, est la porte d'entrée indispensable pour pouvoir espérer en remporter d'autres beaucoup plus importants. on montant est plutôt maigrelet. Mais sa valeur politique, en ces temps de friction franco-américaine, vaut, elle, beaucoup d'argent. Selon nos informations, la Cogema, filiale d'Areva, numéro un mondial du nucléaire civil, vient de remporter un contrat d'ingénierie de 40 millions d'euros, pour l'immense chantier de Yucca Mountain, un site situé en plein désert du Nevada, appelé demain à abriter les déchets radioactifs de toute l'industrie nucléaire américaine. Areva fournira une étude sur les conditions d'entreposage des déchets.

Appel au boycott. Une sorte de don du ciel au moment où certains patrons français s'inquiètent de possibles mesures de rétorsion américaines contre les intérêts économiques hexagonaux. L'affaire avait pris récemment une tournure particulière pour la Cogema, puisque l'éditorialiste du New York Times William Safire avait carrément appelé au boycott de l'entreprise française (Libération du 17 avril) dans cette compétition.

Manifestement l'appel n'a pas été entendu par le principal intéressé, le géant américain Bechtel, l'un des leaders mondiaux de l'ingénierie, qui gère pour le compte du gouvernement américain, l'énorme cuisine des appels d'offre du chantier de Yucca Montain. Anne Lauvergeon, ancienne sherpa de François Mitterrand et actuelle PDG d'Areva, n'a pas ménagé sa peine. En février, elle avait fait le déplacement aux Etats-Unis pour rencontrer Spencer Abraham, le secrétaire à l'Energie, et tenter d'arrondir les angles.

Hier soir, sauf coup de théâtre de dernière minute, la victoire française ne faisait plus aucun doute. Tout est prêt. Le communiqué de presse est même déjà rédigé. L'entreprise attendait juste le feu vert des autorités américaines pour officialiser la signature. «On n'a pas encore officiellement signé le contrat, confiait avec prudence Anne Lauvergeon à Libération. On n'est pas encore tout à fait à l'abri d'un retournement de dernière minute.» Les équipes d'Areva avaient évidement reçu comme consigne de ne surtout pas froisser l'allié américain et de faire «low profile».

Retour en grâce. Pour Areva, ce tout petit contrat est extrêmement précieux. Primo, il confirme l'arrivée déterminée du groupe sur le premier marché nucléaire mondial, avec ses 103 centrales en activité. Depuis la pénurie d'électricité survenue en Californie au printemps 2001, les Etats-Unis voient un retour en grâce de l'atome... poussé par l'administration Bush. Pour s'américaniser, Areva, qui réalise déjà près de 15 % de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis, avait pris les devants en mettant la main au début 2002 sur la filiale d'ingénierie et de services de l'électricien américain Duke Energy.

Deuxio, gagner ce minicontrat était la porte d'entrée indispensable pour pouvoir espérer en remporter d'autres, cette fois beaucoup plus importants et plus juteux. Car ce démentiel chantier de Yucca Moutain devrait au total mobiliser 50 milliards d'euros d'investissement. Or aujourd'hui, tout reste à faire. Et Areva compte bien profiter de la situation.

Cette histoire de Yucca Moutain est en fait une vieille affaire. Depuis le début des années 90, l'administration américaine promet de se saisir du dossier des déchets nucléaires. Mais rien. Il a fallu attendre le début 2002 pour que Washington prenne la décision de faire du site désertique du Nevada le lieu d'enfouissement, à 600 mètres de profondeur, de tous les déchets nucléaires américains, soit 70 000 tonnes au total. Un choix à l'opposé de celui de la France, qui a opté pour le retraitement (lire ci-contre).

«Poubelle» naturelle. C'est que depuis la loi américaine sur les déchets nucléaires de 1982, les producteurs d'électricités d'origine nucléaire versent une redevance à l'Etat fédéral pour chaque kilo wattheure produit. A charge ensuite pour les autorités de gérer la fin de vie des déchets. Aujourd'hui, grâce à cette redevance, une douzaine de milliards de dollars ont déjà été collectés et environ 4,5 milliards dépensés, en études en tout genre (sismique, géologique...) sur le site pour s'assurer de l'étanchéité de la «poubelle» naturelle.

C'est exactement sous la crête de Yucca Moutain, à 150 kilomètres de Las Vegas, que seront entreposés, dès 2010, les premiers déchets. Ni l'opposition de la capitale mondiale des machines à sous, ni la mobilisation des Indiens Shoshone et des associations écologiques n'ont pas eu raison du lobbying des exploitants de centrales nucléaires. Il faut dire que ces derniers sont dans une situation particulièrement inconfortable : les piscines des centrales où s'entreposent temporairement les déchets sont aujourd'hui pleines. Et c'est tout le parc nucléaire américain qui était menacé de paralysie si aucune décision n'était prise.

Le lancement du chantier devrait débloquer les choses. Et accessoirement faire la joie d'Areva. Car derrière les marchés potentiels de Yucca Moutain, le français guette déjà une autre fenêtre météo : celle où les Etats-Unis autoriseront la construction - gelée depuis 1979 et l'accident de Three Miles Island - d'une nouvelle centrale nucléaire. «Vraisemblablement autour de 2010», espère-t-on chez Areva.

Stockage ou retraitement ?

Que faire des déchets de l'industrie nucléaire ? Les grands cerveaux de la nucléocratie mondiale n'ont pour l'instant pas trouvé d'autres solutions que celle du retraitement (voie choisie par la France avec son usine de la Cogema à La Hague) ou celle du stockage, qu'ont choisi les Etats-Unis. Ni l'une ni l'autre ne sont franchement enthousiasmantes sur le plan environnemental. Si la voie du stockage a le mérite de la simplicité (pas de transport et donc, a priori, moins de risque de prolifération...), elle présente le gros inconvénient d'entasser des déchets radioactifs dont la nocivité devrait durer plusieurs millions d'années. La solution du retraitement à la française consiste, elle, à retraiter le combustible usé en récupérant notamment l'uranium et le plutonium. Avantage supposé : réutiliser le potentiel énergétique de ces matières premières et réduire la nocivité des déchets finaux. Une filière qui, outre son coût économique, ne résout pourtant pas la disparition définitive des déchets.

Grégoire BISEAU


Yucca Mountain de nouveau sur la sellette des scientifiques

(N°7337, Juin 1999)

Il y a plusieurs centaines de milliers d'années, le site de Yucca Mountain, retenu par le département américain de l'Énergie (DOE) pour y entreposer de manière définitive des déchets nucléaires à haute activité et à vie longue, a été envahi par les eaux. C'est la découverte que vient de rendre publique Youri Doublyansky, un géologue membre de l'Académie des sciences russe, lors d'une conférence de l'American Geophysical Union. Étudiant la formation des cristaux de calcite de la colline, le géologue a remarqué des imperfections qui montrent que la roche a pu atteindre, il y a plusieurs centaines de milliers d'années, des températures de l'ordre de 170 degrés Celsius. Or, selon lui, seules des eaux remontant des profondeurs du globe peuvent atteindre une telle chaleur.

Y.Doublyansky estime avoir levé là un lièvre capable de remettre en cause le projet. James Paces, un scientifique américain qui a étudié le site pour le compte de l'US Geological Survey, n'est pourtant pas de cet avis. Pour lui, il y a bien eu de l'eau à Yucca Mountain, mais il s'agissait de suintements d'eaux de pluie, et non de remontées d'eaux souterraines, ce qui, à ses yeux, modifie radicalement les. données du problème. Selon lui en effet, les cristaux ont été formés par des infiltrations d'eau de pluie et «il ne fait aucun doute que le dépôt n'a jamais été saturé d'eau».

Quoi qu'il en soit, cette découverte ne fait pas les affaires du DOE dans le réglement d'une question qui, compte tenu du retard pris, commence à faire figure de scandale national outre-Atlantique, et cela d'autant plus que Yucca Mountaîn est le seul site retenu à ce jour pour accueillir les déchets nucléaires civils et militaires américains. Comble de malchance, le DOE connaît actuellement des difficultés insurmontables dans la mise au point du procédé de vitrification des déchets militaires stockés à Savannah, en Caroline du Sud (cf partie IV). Yucca Mountain devait à l'origine être opérationnel en janvier 1998 alors qu'on parle aujourd'hui de 2010 au plus tôt. Pressée par l'urgence, la National Regulatory Commission (NRC) a d'ailleurs décidé en février dernier de réviser certaines des dispositions appelées à régir le site, et cela sans attendre, au mépris de la loi, que l'Agence de protection de l'environnement (EPA) ait statué sur les aspects sanitaires et la sûreté du projet (cf Enerpresse n° 7271).

Gazette Nucléaire n°175/176, juin 1999.


Libération, 17/4/03:

La Cogema, objet d'un appel au boycott
La filiale d'Areva est en lice pour un contrat d'ingénierie aux Etats-Unis.

L'appel au boycott du «New York Times» n'a été repris nulle part. Et la Cogema attend une réponse dans les prochains jours. «Il ne faut jamais insulter l'avenir mais jusqu'à présent, on n'a eu aucun retour de nos clients américains qui pourraient accréditer l'idée d'un boycott», assure Philippe Knoche, le directeur de la stratégie d'Areva, le leader mondial du nucléaire civil. Pourtant le groupe français s'est retrouvé malgré lui au coeur d'un début de polémique. Il y a quelques semaines, le New York Times publiait un point de vue d'un de ses éditorialistes, William Safire, qui appelait les autorités américaines au boycott de la Cogema. C'est que cette filiale d'Areva (qui gère entre autre l'usine de retraitement de La Hague) est en lice pour arracher un très précieux contrat d'ingénierie, sur l'immense chantier de Yucca Mountain. Un site situé en plein désert du Nevada où seront demain entreposés les déchets nucléaires de toutes les centrales américaines. Un immense chantier d'environ 50 milliards de dollars s'étalant sur plusieurs années. Compte tenu de l'ampleur de la tâche, les autorités américaines ont saucissonné l'appel d'offre en plusieurs petites compétitions. Et la Cogema concourt pour un petit contrat d'étude sur les «conditions de réception et d'entreposage des déchets nucléaires», d'environ 50 millions de dollars. «Financièrement, c'est pas très gros, mais gagner ce contrat devrait nous permettre de créer un précédent et nous ouvrir d'autres portes sur le chantier», dit un cadre d'Areva. L'appel au boycott publié dans le New York Times a-t-il compliqué la tâche du français? «Non. Cette polémique n'a été reprise nulle part. Si la Cogema dérange c'est tout simplement parce que notre offre est crédible», continue le même cadre. Pourtant, en février, Anne Lauvergeon, l'ancienne sherpa de François Mitterrand et actuelle patronne d'Areva, avait fait le déplacement aux Etats-Unis pour rencontrer Spencer Abraham, le secrétaire d'Etat à l'énergie et prendre le pouls de l'administration américaine.

La Cogema attend une réponse dans les prochains jours. Un bon test pour évaluer la détermination américaine. Mardi, le Medef est monté au créneau sur les deux fronts, appelant d'un côté les entreprises américaines à ne pas boycotter les produits français et de l'autre, les entreprises françaises «à se préparer à participer pleinement» à la reconstruction de l'Irak.

Grégoire BISEAU



Le Point, 2/8/02:

Une poubelle dans le Nevada

Hélène Vissière (à San Francisco)

Après vingt ans d'études et de controverses, le président George Bush vient de donner son feu vert à la création du premier centre de stockage permanent de déchets nucléaires à Yucca Mountain, dans le Nevada. Ce centre, dont l'édification coûtera 58 milliards de dollars, doit être construit souterrainement dans le désert, à 144 kilomètres de Las Vegas. Il abritera 77 000 tonnes de déchets qui vont rester hautement radioactifs sur les dix mille prochaines années.

Ce projet, malgré 7 milliards de dollars d'études, ne fait pas l'unanimité. Les opposants estiment que les transports de déchets en provenance des 65 centrales du pays font courir un risque à la population sur le trajet et au 1,4 million d'habitants de la région. Ils invoquent aussi le danger terroriste. L'Etat du Nevada, très hostile, a intenté cinq procès et il est peu probable que le site ouvre avant 2010. Le nucléaire fournit 20 % de l'électricité domestique et les installations de stockage, souvent bâties sur le site des centrales, arrivent à saturation. Le lancement de Yucca Mountain suit l'annonce de George Bush, il y a quelques mois, de réactiver le programme nucléaire arrêté depuis l'accident de la centrale de Three Mile Island, en 1979.


 

Les déchets nucléaires américains finiront tous au Nevada

WASHINGTON, 23 juil 2002 - Après dix ans de controverses, le président George W. Bush a promulgué mardi une loi autorisant la création d'un centre national de stockage des déchets nucléaires américains dans le sous-sol des monts Yucca du Nevada (ouest des Etats-Unis).

Depuis le début de l'ère atomique, les Etats-Unis n'avaient pas réussi à se doter d'un centre national de stockage de leurs déchets nucléaires, qui sont toujours dispersés dans 131 décharges temporaires situées dans 39 des 50 Etats du pays. Ils représentent aujourd'hui 77.000 tonnes.

Selon le Département américain à l'Energie, 161 millions de personnes vivent actuellement dans un rayon inférieur à 120 km autour d'une décharge nucléaire.

Après 20 ans d'études qui ont coûté quelque 7 milliards de dollars, les experts officiels américains avaient fini par estimer que le sous-sol des monts Yucca, au milieu du désert Mohave, constituaient le meilleur site pour un centre national de stockage souterrain. Les déchets y seront enterrés dans des fûts scellés à plusieurs centaines de mètres de la surface terrestre.

Cette décision a suscité une opposition virulente des habitants et des autorités du Nevada, y compris du gouverneur républicain Kenny Guinn qui avait mis son veto à la création de la décharge. Mais le Congrès fédéral a décidé récemment de passer outre, comme il en avait l'autorité.

Les résidents du Nevada craignent que cette décharge, située à environ 140 km de Las Vegas la capitale mondiale du jeu, ne décourage les visiteurs ainsi que le développement de la ville, qui bat tous les records de croissance aux Etats-Unis.

Les opposants au projet soulignent aussi que les déchets devront être transportés par train ou camion à proximité de villes dans 43 Etats totalisant 123 millions d'habitants.

En signant cette loi, M. Bush a écarté ces craintes en se déclarant persuadé que les monts Yucca fourniront un centre de stockage "sûr tant pour l'environnement que pour nos citoyens".

1) Reportage de 2mn 50 en Realvideo 19Kb de France 2

2) Pourquoi l'État du Nevada s'oppose à l'enfouissement de déchets nucléaires à Yucca Mountain.

3) Yucca Mountain sur la sellette des scientifiques. Il y a plusieurs centaines de milliers d'années, le site de Yucca Mountain, retenu par le département américain de l'Énergie (DOE) pour y entreposer de manière définitive des déchets nucléaires à haute activité et à vie longue, a été envahi par les eaux. C'est la découverte qu'a rendue publique Youri Doublyansky, un géologue membre de l'Académie des sciences russe, lors d'une conférence de l'American Geophysical Union. Étudiant la formation des cristaux de calcite de la colline, le géologue a remarqué des imperfections qui montrent que la roche a pu atteindre, il y a plusieurs centaines de milliers d'années, des températures de l'ordre de 170 degrés Celsius. Or, selon lui, seules des eaux remontant des profondeurs du globe peuvent atteindre une telle chaleur.

Y.Doublyansky estime avoir levé là un lièvre capable de remettre en cause le projet. James Paces, un scientifique américain qui a étudié le site pour le compte de l'US Geological Survey, n'est pourtant pas de cet avis. Pour lui, il y a bien eu de l'eau à Yucca Mountain, mais il s'agissait de suintements d'eaux de pluie, et non de remontées d'eaux souterraines, ce qui, à ses yeux, modifie radicalement les. données du problème. Selon lui en effet, les cristaux ont été formés par des infiltrations d'eau de pluie et «il ne fait aucun doute que le dépôt n'a jamais été saturé d'eau».

Quoi qu'il en soit, cette découverte ne fait pas les affaires du DOE dans le réglement d'une question qui, compte tenu du retard pris, commence à faire figure de scandale national outre-Atlantique, et cela d'autant plus que Yucca Mountaîn est le seul site retenu à ce jour pour accueillir les déchets nucléaires civils et militaires américains. Comble de malchance, le DOE connaît actuellement des difficultés insurmontables dans la mise au point du procédé de vitrification des déchets militaires stockés à Savannah, en Caroline du Sud (cf partie IV). Yucca Mountain devait à l'origine être opérationnel en janvier 1998 alors qu'on parle aujourd'hui de 2010 au plus tôt. Pressée par l'urgence, la National Regulatory Commission (NRC) a d'ailleurs décidé en février dernier de réviser certaines des dispositions appelées à régir le site, et cela sans attendre, au mépris de la loi, que l'Agence de protection de l'environnement (EPA) ait statué sur les aspects sanitaires et la sûreté du projet.

 


Feu vert pour une vaste décharge nucléaire dans le Nevada

WASHINGTON (10/7/02) - Le Congrès américain a donné son feu vert à la décision de l'administration Bush d'installer un vaste site de déchets nucléaires dans le désert du Nevada, malgré les protestations de l'Etat concerné.

Les sénateurs ont voté mardi par 60 voix contre 39 un projet déjà adopté par la Chambre des représentants qui passe outre au veto du Nevada pour entreposer dans les monts Yucca, à 150 km au nord-ouest de Las Vegas, 77.000 tonnes de matériau radioactif à partir de 2010 provenant de 103 centrales nucléaires et installations militaires à travers le pays..

Le département de l'Energie a désormais les mains libres pour lancer ce projet de 58 milliards de dollars mais l'Etat du Nevada a engagé plusieurs recours devant les tribunaux fédéraux, arguant que le site retenu n'offre pas toutes les garanties de sécurité requises.

"Nous aurons notre revanche devant les tribunaux", a déclaré Elaine Sanchez, porte-parole du maire de Las Vegas Oscar Goodman. "Un accident dans le transport des déchets nucléaires n'est qu'une question de temps. Ce sera une cible mobile pour les terroristes. Le monde a changé et on doit prendre cela en compte."

Au Sénat, les élus ayant voté pour le projet ont reconnu qu'ils l'avaient fait pour éviter que leur Etat ne soit à leur tour choisi. "Si l'on me donne le choix, je préfère que les déchets traversent l'Utah plutôt qu'ils n'y restent", a avoué le sénateur républicain de l'Utah Robert Bennett.

D'autres sénateurs ont déclaré que l'industrie nucléaire ne pouvait plus s'offrir un nouveau retard dans la mise à disposition d'un site d'entreposage permanent.

Une centaine de centrales nucléaires produisent environ 20% de l'électricité aux Etats-Unis. Le combustible usagé hautement radioactif est stocké dans 131 sites à travers 39 Etats. Mais la plupart des sites sont proches de leur capacité maximale.

Selon le secrétariat américain à l'Energie, 161 millions de personnes vivent actuellement dans un rayon inférieur à 120 km autour d'une décharge nucléaire. Mais les opposants au projet soulignent que les déchets devront être transportés par train ou camion à proximité de villes dans 43 Etats comptant 123 millions d'habitants.

Un récent sondage a montré que 83% des habitants du Nevada désapprouvaient la présence d'une telle décharge nucléaire mais que 68% estimaient inévitable l'adoption du projet.

 



Les Représentants approuvent un projet de dépot de déchets nucléaires au Nevada

WASHINGTON, 9 mai 2002 - La chambre des Représentants a approuvé un projet soutenu par le président George W. Bush de créer dans le Nevada un énorme dépôt des déchets nucléaires de tout le pays, malgré la vive opposition des habitants.

Le projet, adopté par 306 voix contre 117, prévoit de stocker sur le site de Yucca Mountain (ouest) la totalité des déchets nucléaires américains, qui représentent environ 77.000 tonnes. Les déchets seraient enfouis dans des galeries creusées à 400 mètres sous terre.

Actuellement, les déchets nucléaires sont entreposés dans 131 sites dans 39 Etats.

"Ces déchets nucléaires vont aller quelque part", a indiqué le démocrate John Dingell. "Jusqu'à présent, ils sont disséminés dans tout le pays dans toutes sortes d'endroits, c'est dangereux pour vos administrés et les miens", a-t-il ajouté.

Le gouverneur du Nevada, M. Kenny Guinn, qui, comme toute la classe politique de l'Etat, s'est battu bec et ongles contre le projet, a affirmé avoir perdu la bataille mais pas la guerre : "Nous continuerons notre bataille au Sénat, qui doit encore voter le projet, et en même temps devant la justice", a-t-il dit dans un communiqué.

Il a indiqué que ce projet deviendrait un problème national car les 77.000 tonnes de déchets nucléaires devront circuler sur des autoroutes traversant 43 Etats où habitent 123 millions de personnes.

 

 

Déchets nucléaires: veto du Nevada à une décision de Bush

WASHINGTON, 8 avril 2002 - Le gouverneur républicain du Nevada (ouest), Kenny Guinn, a annoncé lundi avoir mis son veto à un projet défendu par le président George W. Bush d'entreposer dans cet Etat la totalité des déchets nucléaires américains.
"Laissez-moi être très clair: le projet de Yucca Mountain n'est pas inévitable", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Las Vegas (Nevada), avant de partir pour Washington où il entend faire campagne cette semaine contre le projet de stocker ces déchets sous des montagnes arides du désert de Mohave, à Yucca Mountain.

"Yucca Mountain n'est pas un lieu sûr et n'est pas fait" pour le stockage de ces déchets, a-t-il indiqué selon un communiqué.

M. Guinn a formellement signé vendredi le texte du veto qui devait être transmis lundi au Congrès américain. Sa décision était attendue et il reviendra au Congrès américain de décider en dernier ressort de la création ou non de ce dépôt central dans le Nevada.

Le président Bush avait annoncé en février dernier sa décision de soutenir ce projet, qui est défendu par l'industrie nucléaire et le département de l'Energie.

Il s'agit de stocker sur ce site de Yucca Mountain la totalité des déchets nucléaires américains, qui représentent environ 77.000 tonnes. Les déchets seraient enfouis dans des galeries creusées à 400 mètres sous terre.

Toutefois, les autorités locales, ainsi qu'une majorité des habitants du Nevada, s'y opposent en craignant de devenir le dépôtoir nucléaire des Etats-Unis. Yucca Mountain est situé à environ 140 km de la capitale du jeu, Las Vegas.

Actuellement, les déchets nucléaires sont entreposés dans 131 sites dans 39 Etats.

Yucca Mountain, qui fait partie du domaine fédéral, avait été sélectionné par le Congrès en 1987 pour des études géologiques préalables.


Bush endosse la création d'un dépôt central de déchets nucléaires au Nevada

WASHINGTON, 15 février 2002 - Le président américain George W. Bush a donné vendredi son feu vert à la création d'un cimetière souterrain pour stocker la totalité des déchets nucléaires américains au Nevada (ouest), ouvrant ainsi la voie à une bataille sévère avec les autorités et la population de cet Etat qui refuse de devenir le dépotoir nucléaire des Etats-Unis.
M. Bush a fait connaître sa décision dans une lettre adressée aux dirigeants du Congrès et rendue publique par la Maison Blanche. Le président a suivi les recommandations qui lui avaient été adressées la veille par son secrétaire à l'Energie Spencer Abraham.

Il avait proposé le stockage de la totalité des déchets nucléaires américains, qui représentent environ 77.000 tonnes, à Yucca Mountain, sous les montagnes arides du désert de Mohave au Nevada, un site situé à environ 140 km de la capitale du jeu, Las Vegas.

Les principaux responsables politiques au Nevada qu'ils soient républicains ou démocrates, sont opposés à la création de ce dépôt. Ils craignent qu'il ne fasse fuir les touristes de Las Vegas, l'une des premières destinations touristiques américaines, et que cela ne ralentisse le développement de la capitale américaine du jeu, qui se place en tête de toutes les villes américaines pour la croissance urbaine.

La décision de M. Bush qui devrait être confirmée officiellement sous peu, pourra être bloquée par le Parlement du Nevada. Mais dans ce cas, indique-t-on à la Maison Blanche, c'est aux parlementaires du Congrès à Washington qu'il appartiendra de prendre une décision en dernier ressort.

Actuellement les déchets nucléaires américaines sont stockés sur 131 sites provisoires dans 39 Etats.


Graves difficultés techniques pour le DOE sur le site de Savannah
(N°7337, Juin 1999)

Après seize ans d'études et d'expérimentations, le département américain de l'Énergie (DOE) a décidé d'abandonner son procédé de vitrification et de stockage des déchets nucléaires militaires entreposés dans l'usine de Savannah, en Caroline du Sud.

Son défaut, le procédé, étudié par Westinghouse Government Services et baptisé « in-tank precipitation » produit des gaz explosifs. Aussi BilI Richardson, le secrétaire à l'Énergie, a-t-il entrepris de rechercher un nouveau partenaire privé pour réfléchir à des solutions techniques alternatives.

Le but de l'opération est de séparer les déchets les plus radioactifs des liquides qui les entourent, afin de réduire au minimum les quantités qui devront être vitrifiées. Néanmoins, ce sont quelque 6000 conteneurs qui devront être fabriqués en trente ans, pour un coût estimé à plus de 17 milliards de dollars. Quant à la recherche d'une méthode de substitution, elle devrait prendre de huit à dix ans et demander entre 1 et 3,5 milliards de dollars...

C'est le General Accounting Office, l'équivalent américain de notre Cour des comptes, saisi par John Dingell, un représentant Républicain du Michigan, qui a fait éclater l'affaire. Le DOE aurait dû abandonner cette méthode depuis longtemps, a commenté le parlementaire, ajoutant que «la mauvaise gestion de ce programme a conduit à un gâchis fabuleux et pathétique d' argent public.» .... «Tout ce que nous rapportent les 500 millions de dollars (investis depuis 1983), c'est vingt ans de retard et la perspective de dépenser un milliard de plus pour faire fonctionner un procédé qui s'avère problématique".

Quant au DOE, il a fait savoir que la décision de renoncer au procédé "in-tank precipitation" avait été prise au début de l'année dernière, et que trois solutions de rechange étaient actuellement à l'étude, dont l'une porte sur la mise au point d'un procédé similaire mais sur une plus petite échelle.

Westinghouse a été remercié et une décision définitive devrait intervenir l'an prochain. En dépit de toutes ces difficultés, le DOE affirme toujours que les 35 millions de gallons (130 millions de litres) qui encombrent Savannah devraient avoir quitté le site en 2028, comme prévu. Ils devraient être alors stockés à Yucca Mountain, dont la mise en service est censée avoir lieu en 2010 (cf. partie 2)

Gazette Nucléaire n°175/176, juin 1999.