Collectif des Bois-Noirs,
juin 2026:
Pétition : https://c.org/tnzt9dTK4Q
BREF HISTORIQUE
Ouverte en 1955, la mine de Saint-Priest-La-Prugne a produit 7000
tonnes d'uranium et des millions de tonnes de résidus radioactifs.
La fermeture en 1980 a été suivi du démantèlement
de la plupart des installations : têtes de puits, usine
de traitement du minerai (SIMO) et les galeries ont été
partiellement comblées... A ce jour, il ne reste sur le
site que le bassin de stockage de 18ha recouvrant les 1 300
000 tonnes de résidus radioactifs, la digue classée
grand barrage et des ouvrages annexes : stations de traitement
des eaux, canal de dérivation de la Besbre.
PROJETS DE REAMENAGEMENT
Depuis la fermeture, les exploitants successifs ont présenté
trois projets visant à s'affranchir des lourdes contraintes
de gestion du site. Le manque de sérieux de ces projets
a entraîné leur abandon. La quatrième mouture,
présentée par ORANO, a franchi le cap d'un premier
agrément auprès des services de l'état. La
consultation-enquête est en cours jusqu'au 10 juillet 2026.
Ce projet comporte 3 points essentiels :
- le remplacement de la couverture liquide par une couche minérale
- le creusement d'un nouveau lit de la Besbre en rive gauche
- l'abaissement d'une partie de la digue
La durée de ces travaux colossaux est
estimée à 6 ans.
POSITION DU COLLECTIF BOIS NOIRS
L'opposition du Collectif aux trois premiers projets a permis
de mettre en évidence leurs faiblesses et de participer
à leur abandon. Le quatrième projet pourrait permettre
d'améliorer une situation insatisfaisante actuellement
et qui ne peut que s'aggraver avec les changements climatiques
en cours. Le Collectif serait d'accord sur le principe de ces
travaux, mais il émet de sérieuses réserves
sur plusieurs points.
- Faute de documents pertinents présentés dans le
dossier, le nouveau tracé de la Besbre en rive gauche suscite
de nombreuses inquiétudes : vallée profondément
encaissée fragilisant l'extrémité nord de
la digue, les rectifications apportées dans le dossier
de la consultation ne sont pas vraiment convaincantes.
- La surveillance des émanations de radon a toujours été
un grand point de désaccord entre les exploitants successifs
et le Collectif appuyé par les scientifiques indépendants.
Nous réclamons impérativement une cartographie précise
du site et des ses environs qui indiquera les origines et les
circulations de ce gaz. C'est la seule façon d'établir
ensuite un maillage de points de mesures, nombreux et judicieusement
répartis.
Ces deux exigences sont indispensables pour établir un
point zéro et évaluer de façon rigoureuse
et incontestable à la fois la situation actuelle et les
perturbations occasionnées par les travaux, puis la surveillance
du site dans la durée. Cette étape permettra un
suivi des travailleurs et des populations à la hauteur
des enjeux. Les directives internationales récentes mettent
en lumière la
dangerosité de ce gaz, longtemps sous-estimée,
et donnent un crédit supplémentaire à notre
position.
- Au cours, et après les travaux, sans limite de temps, le site produira de grandes quantités de résidus radioactifs qui seront stockées dans une « alvéole » dédiée à cet usage. Les lixiviats qui en seront issus seront acheminés vers la station de traitement des eaux par des drains et canalisations datant du début de l'exploitation minière. Ces installations, qui sont déjà obsolètes et ont été mises à mal par plusieurs effondrements, ne peuvent en aucun cas convenir à ce nouvel usage.
CHACUN SE DOIT D'AGIR !
- En consultant le dossier de présentation du projet, soit dans les mairies soit sur le site ORANO, qui donne toutes les indications sur les modalités de consultation, les horaires des mairies, etc...
- En apportant ses remarques soit en mairie, soit auprès des commissaires enquêteurs, soit sur le site de consultation, sans limitation de nombres, au fur et à mesure de la lecture de ce gros dossier avant le 10 juillet 2026 à 12h
- En participant à la deuxième réunion publique : mardi 30 juin, 18h salle des Fêtes de Saint-Priest-La-Prugne
- En n'hésitant pas à contacter et à soutenir le Collectif Bois Noirs qui se bat depuis 1980 pour un avenir plus serein en Montagne Bourbonnaise.
Collectif.bois.noirs@protonmail.com
Déchets nucléaires sur France 3: "Pièces à conviction" d'Elise Lucet, voir le reportage:
|
Réalisé par Emmanuel
Amara et Romain Icard. |
![]() |
(Remarque: On ne peut pas exploiter des mines d'uranium proprement, et ce sont aussi les maires de certaines communes ou des particuliers qui ont contribué à la réutilisation des déchets miniers)
France 3, 13/5/2021:

L'extraction de minerai d'uranium en Limousin a généré 79 millions de tonnes de stériles miniers et 20 millions de tonnes de résidus. Ces déchets radioactifs n'ont pas tous été confinés.
En mars 2014, la famille Jusiak a vécu une aventure dont elle se souviendra très longtemps. Un matin vers 8h30, le téléphone a retenti. Au bout du fil un responsable de la société Areva avertit Sylvie Jusiak qu'elle va devoir abandonner sa maison : "On a été informé le vendredi matin pour partir le soir même vers 18h00. On a été relogés au camping".
Après des reconnaissances aériennes imposées par l'Etat pour détecter les endroits les plus pollués par des radioéléments en Limousin, Areva s'est aperçue que la maison des Jusiak avait été bâtie sur des résidus de traitement de minerai d'uranium extrêmement radioactifs. Construite dans les années 60, cette maison était à la base une station-service.

La famille Jusiak a donc été exposée à des rayonnements importants pendant plusieurs années et elle est toujours suivie médicalement.
L'histoire a pris des proportions d'autant plus importantes que Sylvie Jusiak était assistante maternelle et accueillait des enfants dans la maison radioactive. A l'époque, le fils de Jessy Duchillier, président de l'association radon 87, avait 5 ans et dormait ici certaines nuits. Si le père de famille a aujourd'hui tourné la page, il garde un souvenir amer de toute cette période : "on a eu un rapport qui disait qu'il n'y avait rien de grave, mais qui concluait en disant que si une pathologie était décelée plus tard, il nous faudrait prouver que ça venait de cet évènement-là. On a reçu ça comme un démerdez-vous".
Nul ne sait comment ces résidus radioactifs sont arrivés sous la maison de Bessines-Sur-Gartempe. Il y a eu deux cas en France. L'autre maison contaminée se situe à Gueugnon, en Saône-et-Loire.

Les stériles
Les stériles miniers sont ces roches faiblement radioactives
que l on a retirées pour atteindre les filons d uranium
lors de la période d extraction. En 50 ans, 79 millions
de tonnes se sont entassées.
Jusqu en 2002, un arrÍté préfectoral a autorisé
leur réutilisation comme matériau de remblai. Areva
aurait cessé cette pratique dès 1992. On trouve
encore beaucoup de stériles sur certains chemins forestiers,
dans des cours de fermes ou d habitations. Ils sont répertoriés par la DREAL.
Grâce à ses reconnaissances aériennes en hélicoptères,
Areva les a officiellement tous répertoriés. Au
milieu des années 2010, la société d exploitation
minière a procédé au nettoyage de 5 sites,
à Bessines, Compreignac et Razès.
La maison des associations de Razès
En 2015, 1200 m3 de stériles miniers ont été
retirés des abords de la maison des associations sur la
commune de Razès. Puisqu'Areva ne peut pas nettoyer toutes
les roches disséminées partout en Limousin, il a
fallu faire des choix. La société ne décontamine
que lorsque les riverains sont exposés à plus
de 0,6 millisieverts par an selon un scénario de fréquentation
des sites préétabli :

Le problème est que cette méthode de calcul est contestée. Pour Bruno Chareyron, directeur du laboratoire scientifique de la CRIIRAD, "La cartographie par hélicoptère qu'a utilisée Areva à l'époque pour identifier les zones radioactives n'est pas suffisamment précise. 2ème point : la manière qu'a imposée Areva aux autorités pour décider si un lieu doit être assaini ou pas, consiste à calculer la dose dans un état d'usage du site aujourd'hui. L'uranium est radioactif pendant des milliards d'années. Qui vous dit que ces matériaux ne vont pas être réutilisés beaucoup plus tard".
Antoine Gatet, juriste pour l'association "Sources et Rivières du Limousin surenchéri : "C'est le responsable de la pollution qui décide tout seul et qui dit à quelle dose va faire quelque chose. Et l'administration est priée de valider le truc. Il reste des valeurs qui ne sont pas normales sur le site. Et on ne traitera sans doute jamais parce qu'on considère qu'il est dépollué."
A 50 mètres de la maison des associations de Razès, le compteur de radioactivité de Bruno Chareyron crépite. La route communale qui passe à cet endroit n'a pas été assainie. Le maire du village est étonné, car aucun stérile n'est mentionné ici par les documents officiels qui lui ont été fournis par l'administration : "Je ne dis pas qu'il ne faut pas traiter. Je n'en sais rien. Je ne suis pas un technicien, je suis un élu. On me propose un document validé par la DREAL, le ministère, l'administration et plein de gens. Peut-être pas par les associations. Dans tous les cas aujourd'hui, je suis obligé de faire confiance à l'administration".
Jean Marc Legay termine cependant avec cette remarque lucide : "On est à un quart d'heure de Limoges. On devrait être submergés par les demandes de permis de construire et on ne l'est pas. On est à 3 minutes du lac de Saint-Pardoux, avec une piscine ouverte toute l'année, on devrait cartonner, et on ne cartonne pas".

Pour revoir le magazine Enquête de région en partie consacré au passif minier lié à l'extraction d'uranium en Limousin :
Lire:
- Le
Limousin radioactif
- Les atomes du Limousin...
- Comment redire quelques
vérités oubliées... (document Word)
- Le gaz radioactif Radon: Une supercherie institutionnalisée pour
se refaire une virginité (document Word)
- La carte
des anciennes mines d'uranium publiée par l'IRSN et
les cartes de la CRIIRAD
L'Express, 8/10/2009:

A Saint-Priest (Loire), la mine d'uranium a fermé en 1980. Depuis, des résidus radioactifs sont stockés sur le site, mais d'autres ont servi de matériau de construction, de remblai sur les chemins... Les riverains, inquiets, sont mobilisés. Reportage. (A voir également, notre diaporama.)
"Biiiiiiiiiiiip!" D'un coup, le compteur Geiger s'affole; un son aigu, strident. C'est un caillou, échoué sur le bord d'un chemin, qui a fait s'emballer la machine. A 80 centimètres de la pierre, le compteur affiche déjà 15 microsieverts (µSv). Et les chiffres grimpent à mesure que l'on se rapproche: 89, 158, 195... Christian Courbon lance un sifflement de spécialiste: "Ouh la! Ça crache!"
Ça "crache" tellement, d'après ce technicien de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), que les 195 µSv mesurés représentent 800 fois le niveau de radioactivité naturelle (0,3 µSv). Traduction: il suffit de tenir ce caillou dans les mains pendant quelques heures pour atteindre la dose maximale annuelle admise par les autorités sanitaires. Pas rassurée, Arlette Maussan, qui se tient à ses côtés, recule d'un pas. "Ne restons pas là", lance la présidente du collectif des Bois noirs, une association de riverains qui se bat, depuis près de trente ans, pour informer la population. Droite comme un "I", sûre de son combat, Arlette raconte: née dans le coin, elle aime sa région et voudrait bien "se promener sans risques" dans le pays qui l'a vu grandir.
[Lire: Les conséquences de l'exploitation de l'uranium en France (CRIIRAD)]
Le "pays" d'Arlette Maussan, c'est Saint-Priest-la-Prugne (Loire), un hameau en pleine nature, entouré de bois magnifiques. En 1955, l'entreprise Cogema (aujourd'hui Areva) débarque. Elle se lance dans l'exploitation d'une mine d'uranium à ciel ouvert et d'une usine d'extraction, en vue de fournir du combustible à ses centrales nucléaires. En 1980, fin de partie: Areva ferme le site. Clôture les accès de la mine par un grillage. Plante alentour arbres et gazon pour rendre l'endroit plus pittoresque. Entrepose le 1,3 million de tonnes -rien que ça!- de minerai fortement radioactif dans un bassin artificiel spécialement conçu à cet effet et protégé par une simple digue en terre longue de 400 mètres. Pour les rebelles des Bois noirs, la bataille vient de commencer.
166 millions de tonnes dans l'Hexagone
En France, 200 sites d'extraction comme celui de Saint-Priest ont été officiellement exploités jusqu'en 2005, année de fermeture du dernier bassin, à Jouac (Haute-Vienne). Plus de 70 000 tonnes d'uranium ont été extraites depuis 1946. Mais, pour obtenir une seule tonne d'uranium, il fallait creuser et creuser encore, en ne conservant que les blocs les plus riches en minerai. Le reste - les roches trop pauvres - était le plus souvent laissé sur place. Au total, ces résidus représenteraient dans l'Hexagone environ... "166 millions de tonnes", estime Bruno Chareyron, directeur de la Criirad.
On qualifie ces résidus de "stériles", par un magnifique tour de passe-passe sémantique, puisqu'ils sont stériles pour l'entreprise qui ne peut s'en servir, mais radioactifs pour ceux qui les touchent. A Saint-Priest, plus de 1 million de tonnes de roches "faiblement" contaminées sont entreposées un peu partout. Une partie a servi à combler la mine à sa fermeture. Une autre a été utilisée par les pouvoirs publics pour remblayer des routes et des fossés, ou pour caillouter les chemins de randonnée, dont celui sur lequel Arlette Maussan et Christian Courbon effectuent aujourd'hui leurs mesures.
Aussi incroyable que cela paraisse, des tonnes de résidus "stériles" ont été mis gracieusement à disposition des riverains. Certains s'en sont servis pour tracer un chemin d'accès à leur domicile ou couler une dalle de parking. Ces reliquats radioactifs ont également été utilisés dans la construction d'un restaurant, d'une cour de centre de loisirs, de hangars... Les habitants ont commencé à s'inquiéter en 1998. "On a effectué les premières mesures nous-mêmes, avec un radiamètre, se souvient Arlette Maussan. Puis, en 2001, la Criirad a été désignée comme expert officiel. Et, là, il a bien fallu que les pouvoirs publics reconnaissent qu'il y avait un problème."
Les résultats de la Criirad ne souffrant guère de polémique, le processus s'enchaîne alors: certains lieux sont enfin décontaminés, Areva promet une cartographie exhaustive dans un cercle d'un rayon de 3 kilomètres autour de l'usine. Un questionnaire est même distribué aux habitants des communes environnantes, afin de déterminer qui a utilisé des remblais miniers. Une première en France. Mais, est-ce suffisant? "Le cadre réglementaire est défini en concertation avec les pouvoirs publics, les élus ainsi que les associations, se défend Laurent Blaszczyk, l'un des porte-parole d'Areva. Nous ne sommes que l'opérateur, nous n'édictons pas les règlements."
De fait, les analyses effectuées à 1 mètre du sol se révèlent rassurantes -plus, en tout cas, que celles de la Criirad au contact direct d'une roche radioactive... Mais ces mesures ne prennent pas en compte les risques d'inhalation ou d'ingestion. Ni l'éventualité qu'un promeneur rapporte chez lui un caillou radioactif. "C'est bien là que le bât blesse! s'exclame Bruno Chareyron. Les normes sont trop permissives et ne permettent pas de trancher la question scientifique fondamentale: quel est l'impact d'une contamination permanente, même faible, sur la faune, la flore et les êtres humains?"
Pour tenter d'apporter une réponse, Christian Courbon a prélevé quelques plantes aquatiques le jour même où il mesurait la radioactivité sur le chemin de randonnée avec son compteur Geiger. Le lieu avait été soigneusement choisi: à environ 1,5 kilomètre en aval des rejets radioactifs, dans la Besbre, une rivière en principe décontaminée. Les équipes de la Criirad ont analysé ces mousses en exclusivité pour L'Express, en utilisant un spectrogramme de masse, appareil hautement perfectionné qui permet de détecter des dizaines d'éléments radioactifs artificiels ou naturels. Car les "périodes" de radioactivité varient considérablement selon les "descendants" radioactifs de l'uranium: de trois minutes pour le polonium 218 à des centaines de milliers d'années pour le thorium 230 et même 4,5 milliards d'années pour l'uranium 238!
Concernant ce dernier, les analyses de la Criirad sont formelles: avec 5500 becquerels par kilogramme (Bq/kg) par seconde, le taux d'uranium 238 analysé est 50 fois supérieur au niveau naturel (109 Bq/kg). "Il y a bien un impact sur la rivière, reconnaît Laurent Blaszczyk, d'Areva. Même si nous restons en dessous des seuils admissibles, nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire de cette situation."
Aucune alerte officielle donnée
Quant au radium 226, la contamination en aval a certes baissé depuis 2001, mais la concentration demeure encore 23 fois supérieure à ce qu'elle est en amont. Or ces particules dites "alpha" sont potentiellement dangereuses. Au point que, pour les centrales nucléaires, le niveau de rejet admissible est fixé à... 0 ! "Pourquoi ce qui est refusé à une centrale est-il jugé acceptable pour une mine ?" s'interroge Bruno Chareyron. Car ce "deux poids-deux mesures" a un prix: des cours d'eau souillés, des berges contaminées, des poissons et des plantes bourrés d'éléments radioactifs. Sans que jamais une alerte officielle soit donnée.
Et pour cause: "Quand une pollution est visible, on l'enlève, relève Arlette Maussan. Mais, là, personne ne voit rien, beaucoup de gens ne savent pas, le travail de sensibilisation est plus compliqué." Les riverains les plus avertis ont dû bricoler eux-mêmes des panneaux pour signaler les lieux les plus contaminés. Le dimanche, lors de balades en famille, les habitants évitent de s'attarder trop longtemps sur certains chemins réputés à risque.
D'autres ignorent totalement où ils mettent les pieds. Il y a quelques années, une rave-party avait été organisée devant le lac artificiel où sont entreposées les roches hautement radioactives - sans que quiconque ait été informé des risques. On a aussi retrouvé des habits au bord de l'eau et un téléphone portable, abandonné sur la berge, qui appartenait... à un militaire en permission.
Arlette souligne l'impasse dans laquelle se trouvent certains habitants. "Ils n'ont pas le droit de vendre leur maison parce qu'elle est contaminée, mais Areva refuse de la nettoyer, au motif qu'ils n'ont pas encore d'acquéreur!" Et, lorsque ce n'est pas Areva, ce sont les pouvoirs publics qui font preuve d'une transparence relative...
En 2001, la Criirad alerte les autorités sur le haut niveau de radiation du parking d'un restaurant à Saint-Priest. De retour pour une courte mission en 2005, les experts de la Criirad découvrent que le site a été revendu entre-temps à un Néerlandais d'une trentaine d'années. Surprise! Personne, ni à la mairie ni à la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire) n'avait jugé nécessaire de l'informer des étonnantes "performances" radioactives de son nouveau bien. L'infortuné jeune homme, il est vrai, ne parlait pas français.
Le Journal du Dimanche, 30 Mai 2010:
En Bourgogne, 235.000 tonnes de déchets
radioactifs sont entassées en pleine ville, à côté
du stade de Gueugnon. Une présence qui embarrasse Areva,
mis en cause.
Elles reposent sous terre, bien cachées à
l'abri des regards. Pas de traces, pas d'odeur; ni vu ni connu.
Officiellement, il n'y a rien à craindre ni à voir
à Gueugnon, juste ses forges bâties sous Louis XIV
et son club de football. A cinq minutes du centre-ville, au moins
235.000 tonnes de déchets radioactifs peuplent pourtant
le sous-sol de la cité bourguignonne, juste à côté
du stade Jean-Laville (14.000 places pour une population de 8.000
personnes). Le Football-Club de Gueugnon connut longtemps son
heure de gloire, trente-sept saisons en 2e division, une en 1ère
(1995-1996), plus une victoire en finale de la Coupe de la Ligue
en 2000. Le voici qui stagne aujourd'hui en 3e division et traîne
comme un boulet l'affaire du parking sud, sous lequel sont cachées
un dixième des 235.000 tonnes.
235.000 tonnes
de déchets
radioactifs reposent sous terre.
De 1955 à 1980, la ville héberge
une usine de traitement de minerais et de pré-concentrés
d'uranium appartenant à la Cogema (aujourd'hui Areva).
Quand l'usine ferme, les déchets sont jetés dans
des gravières et vaguement recouverts Les anciens se souviennent
de têtes de mort affichées aux abords et des consignes
données aux enfants de ne pas y aller. De maigres fils
de fer qui n'empêchent personne de passer sont installés,
les têtes de mort disparaissent avec le temps. Les habitants
viennent flâner sur les rives toutes proches de l'Arroux,
un affluent de la Loire. Des pêcheurs y taquinent le goujon,
la municipalité trace un parcours santé autour de
la zone de stockage...
Elus et habitants finissent par oublier la présence des
déchets au grand soulagement d'Areva. Jusqu'à l'apparition
d'une association locale, Vigilance pour l'Environnement de Gueugnon
(VPEG). Avec l'aide de la Criirad (Commission de recherche et
d'information indépendantes sur la radioactivité),
seul laboratoire français indépendant, VPEG convie
début 2009 une équipe de France 3 qui enquête
sur les sites de stockage français (51 millions de tonnes
de résidus d'extraction de l'uranium entreposées
dans 21 sites, selon la Criirad). Comme par enchantement, une
clôture métallique verte de 2 m de haut sort alors
de terre et vient enfin encadrer la zone de stockage. Mais juste
à côté, tout près du stade, un expert
de la Criirad mesure la radioactivité et s'écrie:
"Y en a partout! C'est l'horreur!" Au bord de
la rivière tant appréciée des pêcheurs,
le flux de rayonnement atteint 16.000 coups par seconde, soit
100 fois plus que la norme. Jusque-là, pendant trente ans,
les expertises commandées par Areva n'avaient jamais rien
relevé...
"Nettoyer en totalité aurait bloqué la
zone pendant un, peut-être deux ans"
L'une des zones les plus dangereuses se situe au niveau
du parking sud du stade. A l'été 2009, Areva entreprend
sa rénovation. "Ils ont proposé deux solutions,
explique Bernadette Lesme, présidente de VPEG. Nettoyage
total des déchets avec transfert vers le centre de stockage
d'à côté ou nettoyage partiel." Areva
s'engage à prendre en charge le coût des travaux,
700.000 euros pour la première solution, moitié
moins pour la seconde. "Aussi incroyable que cela paraisse,
quand Areva a logiquement exprimé sa préférence
pour la moins coûteuse, le maire a dit OK", s'étrangle
Roland Desbordes, le directeur de la Criirad.
C'est qu'il faut faire vite. En septembre, la ville accueille
le match France- Ukraine Espoirs. Et comme le reconnaît
Areva, jointe par le JDD, "nettoyer en totalité
aurait bloqué la zone pendant un, peut-être deux
ans". Dominique Lotte, le maire (PS) se défend:
"La commission locale d'information et de surveillance
avait validé la proposition du nettoyage partiel et je
me voyais mal demander à Areva de tout enlever. Pour en
faire quoi? Pour les refiler à qui?" En juillet
dernier, Areva entreprend donc les travaux. Une entreprise de
sous-traitance creuse la roche radioactive. Présent ces
jours-ci sur le chantier, un ouvrier laisse éclater sa
colère: "L'année dernière, on était
dans le trou à creuser! Deux heures après la fin
de ma journée de travail, à 80 km delà, mes
vêtements étaient toujours radioactifs. Le mal est
fait depuis cinquante ans! Toute cette merde qui est là"
Areva se défend en affirmant qu'aucun niveau élevé
de radioactivité n'a été observé sur
les ouvriers.
72.000 ans pour que la radioactivité des déchets
diminue de moitié
Ce qui n'est pas le cas du parking. En septembre 2009, des
tests montrent que sous l'effet du nouveau goudron répandu
sur le parking, la radioactivité a été multipliée
par deux! "Le numéro 1 mondial du nucléaire
qui nous dit en juin avoir trouvé la réponse pour
éviter les fuites radioactives et deux mois plus tard se
montre incapable de mesurer les effets du goudron sur les déchets"
raille Christine Bernard, chef de file de l'UMP locale. Areva
sort alors de son chapeau une autre solution miracle, une membrane
que des ouvriers sont en train de poser, ces jours-ci, sur les
2.500 m2 du parking. Promis juré, enfouie sous 20 cm de
gravats, celle-ci étouffera totalement les émanations
du radon 222, dont les propriétés cancérigènes
ont été reconnues par l'Organisation mondiale de
la santé. Le maire de Gueugnon y croit: "On essaie
de solutionner le problème à moyen terme. Sachant
que si les tests ne sont pas satisfaisants une fois les travaux
terminés, il n'y aura pas de parking."
A entendre Areva, l'élu qui, comme l'écrit Le
Journal de Saône-et-Loire, a en tête "derrière
le souci sanitaire de veiller à l'image de la ville",
peut enfin dormir tranquille. Il n'y aurait plus aucun souci avec
le nucléaire à Gueugnon: le centre de stockage est
propre, délimité et interdit au public; le parking
sera bientôt flambant neuf; les eaux de l'Arroux et les
poissons qui la peuplent sont blancs comme neige, tests scientifiques
à la clé. Ces mêmes tests qui n'avaient rien
relevé en trente ans...
Cet optimisme fait hurler les militants de Vigilance pour l'Environnement:
"On ne lâchera rien, prévient Bernadette
Lesme. Ils ont tenté de nous enfumer plusieurs fois, mais
on est toujours là." Le directeur de la Criirad
estime qu'il faudrait attendre 72.000 ans pour que la radioactivité
des déchets diminue de moitié. "Pour l'instant,
on manque de recul pour connaître les effets sur la santé
publique, mais à long terme les déchets vont évidemment
poser problème. La membrane va forcément se dégrader,
céder au niveau des soudures, souffrir des intempéries."
VPEG et la Criirad ont entamé une action en référé
et un recours en annulation devant le tribunal administratif de
Dijon. Avec l'espoir de voir le parking interdit d'accès
à la population, à défaut d'être jamais
vidé de ses déchets radioactifs.
Alexandre Duyck,
envoyé spécial à Gueugnon (Saône-et-Loire).
La Montagne,
8/1/2010:
De l'eau du robinet
radioactive dans une commune de Haute-Vienne
13/2/2009 - L'émission de France 3 "Pièces à conviction", diffusée mercredi, a présenté "de façon calomnieuse" la gestion des anciens sites miniers français d'uranium par Areva, estime ce groupe."Le réaménagement et le suivi environnemental des anciennes mines sont effectués suivant une méthodologie rigoureuse et reconnue, tant par les autorités nationales qu'au niveau international", a affirmé Areva dans un communiqué. En France, l'extraction du minerai d'uranium s'est achevée en 2001, à la suite de l'épuisement des gisements, a précisé le groupe. L'uranium extrait provenait de 210 mines réparties sur l'ensemble du territoire et plus de la moitié de ces sites avaient été exploités par d'autres opérateurs qu'Areva (associations de collectivités, pétroliers, autres mineurs), a-t-il ajouté. Or, "l'Etat a confié à un seul acteur le réaménagement des anciens sites miniers d'uranium français", a souligné Areva, précisant avoir "assumé volontiers cette responsabilité parce qu'elle fait appel à sa connaissance reconnue de l'uranium naturel et à ses engagements en matière de responsabilité sociale".France 3 s'est félicité pour sa part d'avoir "ouvert un débat national sur les déchets d'uranium en France", avec cette émission suivie par plus de 3 millions de téléspectateurs. Areva avait saisi le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) à propos de cette émission, en faisant état d'un "magazine à charge" contre lui.
Le Monde, 12/2/2009:
Une enquête diffusée sur France 3 révèle des lacunes dans la gestion, par Areva, des résidus radioactifs
Avant même sa diffusion, mercredi 11 février, sur France 3, le magazine " Pièces à conviction " aura mis en émoi le monde du nucléaire. Intitulée Uranium, le scandale de la France contaminée, cette enquête décrit les lacunes entourant la gestion, par Areva, des 210 sites miniers d'uranium français, dont le dernier a fermé en 2001. Les 166 millions de tonnes de " stériles " (roches à trop faible teneur en uranium pour être exploitées), mais aussi les 50 millions de tonnes de résidus issus des usines d'extraction, stockés sur 17 sites miniers, constituent un héritage encombrant.
L'émission décrit des situations préoccupantes : utilisation de stériles radioactifs comme remblais dans des zones fréquentées par le public ; fuites dans l'environnement de radioéléments issus des résidus ; construction sur des zones " réhabilitées " de bâtiments qui se révèlent contaminés au radon, un gaz radioactif... Le documentaire s'interroge aussi sur l'état de santé des mineurs chargés de l'extraction des roches radioactives : les décès par cancer du poumon sont 40 % plus élevés que dans une population comparable, et ceux par cancer du rein deux fois plus nombreux.
COMPTEURS GEIGER
L'enquête s'appuie notamment sur le travail de fourmi de particuliers qui, armés de compteurs Geiger, arpentent les environs des anciennes mines pour identifier les zones où les stériles ont été réutilisés par des entrepreneurs de travaux publics. Elle s'est aussi beaucoup nourrie de l'expertise de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), un laboratoire de mesure indépendant.
Les associations ont obtenu quelques succès. Autour du site des Bois-Noirs (Loire et Allier), Areva a dû traiter plusieurs sites où des bâtiments, construits sur des remblais radioactifs, présentaient des taux de radon alarmants. Mais elles ont aussi perdu des batailles, comme en 2005, lorsque Areva, accusée de polluer l'environnement dans le Limousin, a été mise hors de cause par la justice.
Bruno Chareyron, directeur scientifique de la Criirad, est las de ce jeu du chat et de la souris. Il réclame une réglementation nationale fixant un niveau de risque résiduel acceptable. Il estime que, même s'il s'agit le plus souvent de " très faibles doses ", les méthodes de mesure et les seuils retenus par l'administration ne sont pas adéquats. Ses préconisations ? Informer le public de la présence de ces matières radioactives ; se donner les moyens de conserver sur le long terme les informations concernant les sites ; traiter ceux-ci, " sachant que leur responsable, Areva, est connu et solvable ".
Coïncidence ? Quelques jours avant la diffusion de " Pièces à conviction ", l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a mis en ligne une base de données sur les sites miniers incriminés. L'IRSN a aussi publié, lundi 9 février, un rapport sur les anciens sites miniers du Limousin. A partir de 1984, la Cogema (dénomination antérieure d'Areva) a mis en place un système visant à encadrer l'utilisation des stériles, interdisant leur usage dans les bâtiments. Cette démarche " pertinente ", note l'IRSN, présentait des limites : " Manque de précisions concernant certaines cessions, absence de vérification sur les lieux de réutilisation en particulier. " Pour la période antérieure, la situation est plus nébuleuse.
" Jusqu'à présent, nous n'avons pas trouvé de situation de danger immédiat ou majeur ", rassure André-Claude Lacoste, " patron " de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il note que les résidus seront incorporés au prochain Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs. Quant aux stériles, ils constituent selon lui un problème " plus diffus ", pour lequel la " mémoire locale " devra être mise à contribution.
Pour sa part, Areva, qui avait saisi le Conseil supérieur de l'audiovisuel contre une émission supposée " à charge ", se défend de négliger ces questions. " On n'est pas dans le caché, dans le non-su ", assure Yves Dufour, porte-parole des activités minières du groupe. Il en veut pour preuve la mise en place, dans le Limousin, d'un groupe d'expertise pluraliste (GEP), qui étudie la situation depuis 2006.
Yves Marignac, directeur de Wise-Paris, un expert peu suspect de complaisance vis-à-vis du nucléaire, participe activement au GEP, et note que celui-ci constitue en effet une " première ". Mais pour les résidus, " il est encore trop tôt pour dire si nous pourrons dégager des solutions satisfaisantes à long terme pour ces sites, lorsque l'exploitant s'effacera ", dit-il.
11/2/09 - Le
ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo s'engage à veiller
à une meilleure sécurisation dans moins d'un an
des déchets de mine d'uranium abandonnés dans une
interview que France 3 devait diffuser mercredi soir, dans le
cadre de l'émission "Pièces à conviction".
"Je demande juste à Areva, qui m'apparaît responsable
clairement, juridiquement et entièrement, de faire son
boulot. Je demande d'avoir le rapport d'enquête", déclare
Jean-Louis Borloo à la journaliste Elise Lucet, qui venait
de lui présenter une pierre hautement radio-active prélevée
sur un terrain accessible au public. "On va vérifier
avec les préfets, qui pourraient peut-être ne pas
être si malins que cela", ajoute le ministre.
Le magazine s'ouvre par un reportage dans une petite ville de
Saône-et-Loire, Gueugnon,
qui abritait dans le passé une usine de traitement d'uranium.
Sur une superficie de 12 hectares, près de 225.000 tonnes
de déchets radioactifs sont dispersés sur un terrain
ouvert à tout venant, qui a même accueilli un temps
un "parcours de santé".
Le ministre reproche d'abord à Elise Lucet de ne pas avoir
signalé ce danger dès qu'elle l'avait découvert.
"Ce n'est pas bien d'utiliser des éléments
excavés pour faire des remblais", déclare ensuite
Jean-Louis Borloo.
"Clôturer, mettre des panneaux, dans un an tout est
fait ?", interroge Elise Lucet. "Cela ira plus vite
que cela", lui répond le ministre, qui était
interrogé dans son bureau fin janvier, plusieurs jours
avant la diffusion de l'émission.
Le ministre reconnaît que l'exploitation des mines d'uranium
était auparavant "un domaine globalement réservé",
qui échappait au contrôle du gouvernement et du parlement.
"Le sujet des résidus des fermetures du passé,
qui a été traité de manière négligente,
sera traité", conclut Jean-Louis Borloo.
Hervé Morin.
La Dépêche du Midi, 12/2/2009:
15 mines d'uranium abandonnées : danger
Les pouvoirs publics veulent créer un nouveau sigle pour indiquer l'emplacement des sites nucléaires aux générations futures. Un sigle qui puisse résister à des dizaines de milliers d'années de tourmentes climatiques et humaines. Un sigle qui pourrait même résister à l'effacement des mémoires humaines. Parce qu'un homme vit cent ans (au maximum) et que certaines matières fissiles ont une demi-vie de plusieurs dizaines de milliers d'années. Bref, l'atome est plus résistant que l'homme.
Là réside le problème. Or, jusque dans les années soixante, quinze mines d'uranium ont été exploitées en Aveyron. Avec les résidus que cela implique. Parfois de manière marginale (aucune extraction, voire une ou deux tonnes). Et parfois de façon très intensive : c'est le cas de Bertholène, avec 750 tonnes extraites et des milliers de mètres cubes de « stériles ». Les « stériles », voilà le hic. Ils sont ce que l'exploitant abandonne sur le bord de la mine parce que les utiliser ne lui rapporte pas assez. Avec les « stériles », le rapport « coût-bénéfice » est dérisoire.
Tous ces travaux de terrassement de creusement, d'extraction ont laissé sur place ces « stériles », aujourd'hui encombrants. Pour le business, pas assez de minerai pour être rentable. Mais ces « stériles » ne le sont pas pour la nature. Ces dizaines de milliers de tonnes de terre brassée sont lessivées par la pluie et entraînent souvent des matières radioactives dans les ruisseaux, les rivières. Et, au final, dans les organismes humains. Avec la publication d'un inventaire des sites abandonnés -quasiment contrainte par l'émission «Pièce a conviction» diffusé hier soir sur France 3 qui va aborder la question- c'est tout un pan de la mémoire minière qui remonte à la surface.
Exemple : la seule des quinze mines de l'Aveyron
surveillée rejette ses effluents à Bertholène
dans les « Belaures », un affluent de l'Aveyron Les
gosses qui taquinent le poisson à Layoule sont-ils exempts
de tout risque ? Rien n'est moins sûr. En tout cas, dans
une époque où l'opinion aspire à la sûreté,
seule l'association « France Nature environnement »
dispose des données recueillies et ne les publie pas. Quinze
mines d'uranium ont été exploitées en Aveyron.
Quels en sont les effets induits ? Il est légitime de se
poser la question. C'est une direction toulousaine de l'Industrie
de la Recherche et de l'Environnement qui est chargé du
suivi de ces « stériles ». Dormons tranquilles.
Communes concernées
Bertholene : fermé en 1994. 745 tonnes d'uranium extrait
Brousse-le-Château (Broquies, Le Rouble): aucune information.
Entraygues (Margabal): fermé en 1960 1,5 T d'uranium extrait.
Estaing (Coursière): fermé depuis ? 1,2 T d'uranium extrait.
Eysperac (Falguière): fermé en 1960. 5T d'uranium extrait.
Eysperac (Cabanel): fermé en 1960. 3T d'uranium extrait.
Florentin la Capelle (Prévinquières): fermé en 56. Pas d'information.
Gages (Bennac. La Lussague): fermé en 1968. Pas d'information
Graissac (Les Plagnes):fermé en 1979.1,4 T d'uranium extrait.
Le Nayrac (Vic Conquette): absence totale d'informations.
Montrozier (Lussagues): fermé depuis? 1,6 T d'uranium extrait.
Saint Martin (Le Roube): fermé en 1981. Pas d'information.
Senergues: fermé depuis 1960. 1,5 T d'uranium extrait
12/2/2009 - PARIS - France 3, qui a diffusé mercredi soir un magazine consacré aux déchets d'uranium, s'est félicité d'avoir "ouvert un débat national sur les déchets d'uranium en France" avec cette émission suivie par plus de 3 millions de téléspectateurs, selon un communiqué diffusé jeudi. Le magazine d'enquêtes de la chaîne "Pièces à conviction", présenté par Elise Lucet, proposait des enquêtes et un débat sur une question de santé publique et d'environnement : "Uranium, le scandale de la France contaminée".Au cours de l'émission, le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo s'est s'engagé à veiller à une meilleure sécurisation dans moins d'un an des déchets de mine d'uranium abandonnés. "Je demande juste à Areva, qui m'apparaît responsable clairement, juridiquement et entièrement, de faire son boulot. Je demande d'avoir le rapport d'enquête", a-t-il dit. Fin janvier, le groupe Areva avait annoncé son intention de saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) à propos de cette émission, exprimant son "sentiment que le magazine est d'ores et déjà bouclé, à charge contre le groupe Areva".
Ouest-France, 10/2/2009:
La commissaire enquêteur a émis un avis défavorable à la réutilisation des stériles radioactifs à Gorges. Décision du préfet d'ici trois mois.
Christiane Huchet, commissaire enquêteur, a émis un avis défavorable concernant la réutilisation des stériles, faiblement radioactifs, à Gorges. Ces stériles ont été générés lors de l'exploitation de l'uranium, entre 1953 et 1991. On n'utilisait que les matériaux riches en uranium. Le reste était stocké sur place. C'est ce stock - 1,76 million de tonnes - que l'entreprise Aubron-Méchineau, demande à réutiliser. Notamment, pour faire des sous-couches sur les routes. La commissaire enquêteur motive son avis négatif par « la large publicité diffusée par les médias autour de cette enquête [...], les nombreuses réactions de la population. » Ainsi que par des arguments touchant au fond du dossier, comme « la crainte de l'aspect diffus de dispersions de poussière radioactives malgré des plantations de haies et différentes dispositions prises par la société » ou encore « la radioactivité naturelle présente dans les sols granitiques de la région, la volonté de l'application stricte du principe de précaution. » Pour Moine et Sèvre, association opposée au projet, « cet avis est une satisfaction qui va dans le sens du principe de précaution. Nous espérons que la décision du préfet ira dans le même sens. » Pour l'association, « si ce projet était autorisé, ce serait aller à contre-courant de toutes les mesures en France qui décontaminent et dépolluent les sites radioactifs. » Contacté, Roland Jégou, responsable de l'entreprise Aubron-Méchineau, ne souhaite pas réagir. Il préfère attendre la décision du préfet. Ce dernier a maintenant trois mois pour se prononcer. Mercredi 11 février, France 3 diffuse, à 20 h 30, dans Pièces à conviction une enquête sur les mines d'uranium, exploitées entre 1945 et 2001. Il devrait être question de Gorges.
Le Post, 9/2/2009:
Sur Le Post, Elise Lucet raconte les coulisses de "Pièces à conviction" diffusée mercredi, qui met à jour la contamination de la France par les déchets des mines d'uranium. Le numéro de "Pièces à Conviction" qui sera diffusé mercredi 11 février à 20h35 sur France 3 risque de faire parler de lui, ou plutôt d'Areva.
En effet, l'équipe d'Elise Lucet s'est intéressée aux déchets nucléaires des mines d'uranium qui ont été enfouis dans des lieux où nous nous balladons tous: des parkings, des stades de foot, ou encore des parcours de santé. On apprend également que de multiples cours d'eau sont contaminés.
Intitulé "Uranium, le scandale de la France contaminée", le reportage de France 3 dénonce un "scandale sanitaire", dont les victimes ne savent parfois pas qu'elles sont en danger. La thèse du reportage est claire: des mines d'uranium françaises n'étant plus en activité depuis longtemps pourraient encore être dangereuses et personne ne s'en préoccupe.
Il y a une dizaine de jours déjà, l'émission a fait parler d'elle: Areva a décidé de saisir le CSA, reprochant à France 3 d'avoir communiqué sur le contenu de l'émission avant d'avoir interviewé Areva. Ce qui était prévu le lendemain. L'entreprise avait précisé: "Areva (ex-Cogema) soutient le contraire (sur la dangerosité des déchets ndlr), estimant extrêmement improbable l'hypothèse d'une exposition prolongée évoquée par l'émission."
Ce lundi, l'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a rendu un rapport sur l'exploitation des sols et roches issus des anciennes mines d'uranium de la Cogema (aujourd'hui Areva NC) dans le Limousin. Le rapport estime que cette "exploitation n'est pas assez encadrée ni vérifiée". En outre le rapport précise que "le bilan décennal d'Areva n'a pas fait état de la présence de matériaux irradiants dans l'environnement", relève l'IRSN qui "considère que les informations dont dispose Areva NC ne sont pas suffisantes pour exclure tout impact".
Interview d'Elise Lucet:
Comment vous est venue l'idée de
traiter ce sujet sur les déchets nucléaires ?
"Nous avons pour habitude de traiter des sujets d'actu chaude
comme la crise mais nous enquêtons aussi sur des dossiers
dont tout le monde se fout. En juin, nous en avons discuté
avec la boîte de production Ligne de Mire. J'avais déjà
parlé de ce problème il y a 14 ans dans une autre
émission mais je n'imaginais pas qu'aujourd'hui on en était
à ce point avec 25 départements touchés et
200 millions de tonnes de résidus."
"Devant l'ampleur de ce scandale et la volonté farouche de la Cogema puis d'Areva de faire comme s'il ne s'était rien passé, on a décidé d'enquêter. Et plus on enquêtait, plus on se rendait compte qu'il y avait une omerta. Mais nous sommes une émission de service public et notre mission est d'informer les gens et de lever le voile."
Vos reportages sont clairement à
charge. Même si un porte-parole d'Areva est sur le plateau,
on n'entend pas Areva dans les reportages hormis par la voix du
responsable de la communication qui ne dit pas grand chose...
"Non, notre reportage
n'est pas à charge, il est réaliste. Pendant un
mois, nous avons sollicité Areva quotidiennement. On nous
répondait qu'Anne Lauvergeon (la présidente du directoire
d'Areva ndlr) n'avait pas le temps. Mais je pense qu'elle ne souhaitait
pas s'exprimer. D'ailleurs, nous avons été très
surpris qu'Areva saisisse le CSA alors que nous les avions quotidiennement
au téléphone..."
"Et puis sur le terrain, quand nous sommes avec des personnes d'Areva, elles ne souhaitent pas être filmées. Ce n'est pas une volonté de notre part, mais ce qu'il faut comprendre, c'est qu'Areva s'en est tirée pendant deux décennies en ne communiquant pas. Nous on les dérange, donc ils ont quand même répondu par l'intermédiaire de leur porte-parole sur le plateau."
Justement, vous dites que le sujet dérange,
à France Télévisions, vous n'avez pas eu
de souci ?
"Non, aucun. Nous étions libre politiquement et nous
n'avons jamais reçu une injonction de qui que ce soit."
Vous avez rencontré Jean-Louis Borloo,
que dit-il ?
"On a surpris Jean-Louis Borloo en amenant au ministère
des cailloux radioactifs qu'on a ramassés à Gueugnon
et sur le parking de la station de ski. Il était un peu
faché qu'on ne l'informe pas avant. Jean-Louis Borloo avait
l'impression que le dossier était sous contrôle.
Mais il a eu l'air de se rendre compte de la réalité
et a affirmé que cette situation était inacceptable."
Pensez-vous qu'il y ait une réelle
volonté politique d'enrayer ce problème ?
"Oui, il a une volonté de Borloo, de dominique Voynet
et de Corinne Lepage (tous trois ministres de l'environnement
ndlr). Mais la pression de ce lobby historique qu'est le nucléaire
est très forte. Les acteurs du nucléaire n'ont pas
l'habitude de référer aux journalistes ou aux ministres,
mais à l'Elysée."
Quand vous êtes allée sur le
terrain, que vous disaient les gens, ils étaient au courant
?
"Ils savent, mais depuis peu de temps. Les habitants de Gueugnon
par exemple ont appris qu'il y avait des déchets nucléaires
il y a un an environ. Ils sont effarés et ont l'impression
d'avoir été floués, d'autant que Gueugnon
a l'image d'une ville saine et sportive."
Ne trouvez-vous pas que les reportages sont
un peu trop alarmistes ?
"Je ne crois pas. On a mésestimé ce problème
pendant si longtemps. Nous ne sommes pas une bande d'anti-nucléaires
farouche, mais quand on met en place une politique énergétique
fondée sur le nucléaire comme l'a fait la France,
la moindre des choses est d'en gérer l'héritage
et ne pas faire comme si."
Justement, comment le porte-parole d'Areva
a-t-il réagi ?
"Il a tenté de montrer qu'un morceau de granite crépitait
autant au compteur geiger (ce qui permet de mesurer la radioactivité
ndlr) que les cailloux que nous avons ramenés de notre
reportage mais il retournait son morceau de granite dans tous
les sens pour qu'il crépite! Par contre, il a effectivement
reconnu qu'Areva a mésestimé le problème
depuis des années car il y avait des déchets hautement
nucléaires qui devaient être traités mais
il n'a pas cessé de nous dire malgré tout que ce
n'était pas dangereux. Areva se base sur des normes internationales
qui sont assez laxistes et ils ne veulent pas entendre parler
des nouvelles normes. Ils ont choisi les normes plutôt que
le principe de précaution."
Qu'attendez-vous de la diffusion de votre
émission ?
"Il ne s'agit pas de semer la psychose ni de dire aux gens
qu'ils vont mourir demain mais il faut les informer. Les citoyens
français sont pris pour des imbéciles et j'espère
qu'il y aura une prise de conscience, comme cela a été
le cas pour l'amiante. Avec notre émission, nous ouvrons
une brêche, et ce sera compliqué de la refermer comme
ça pour Areva. Il va falloir penser à tenir un discours
responsable et donner à la population les moyens de se
protéger."
Europe 1, 29/1/2009:
Le 11 février, le nouveau numéro du magazine "Pièces à conviction" sur France 3 évoquera "le scandale de la France contaminée". Pour défendre la thèse que des millions de tonnes d'uranium sont dispersées dans toute la France. Ce sujet fait polémique, le groupe Areva a fait appel au CSA car il juge que l'enquête est "contraire à la déontologie".
Le groupe Areva a annoncé jeudi son intention de saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel à propos de l'émission de France 3, "Picèes à conviction". Dans un communiqué, Areva, qui a eu connaissance par la presse de la teneur des reportages proposés, estime "pour le moins surprenant, voire contraire à la déontologie, que son point de vue soit présupposé et rendu public avant même qu'il ne se soit exprimé". Les producteurs de l'émission ont cependant prévu un entretien avec le porte-parole du groupe, qui doit être enregistré vendredi et inséré dans l'émission. Se référant aux informations de presse, Areva exprime "le sentiment que le magazine est d'ores et déjà bouclé, à charge contre le groupe Areva". Lionel de Coninck, rédacteur en chef de "Pièces à conviction", a assuré qu'il ne s'agissait "en aucun cas de présupposer ce qui va être dit dans l'émission". Selon lui, ce qui a été dit dans le reportage de la position d'Areva est "basé sur ce que dit Areva depuis des dizaines d'années sur le sujet".
Le sujet de la controverse : l'émission qui défend l'idée selon laquelle, en toute discrétion, dans nos campagnes, à proximité des villages ou des villes, des déchets radioactifs extrêmement dangereux ont été disséminés, ou ensevelis méthodiquement, depuis des dizaines d'années. Pire encore, ils ont parfois servi à construire des routes, des parkings, et même des logements, des écoles ou des aires de jeu pour les enfants, sans aucune mise en garde sur les risques encourus. C'est cette situation que France 3 évoquera dans son magazine "Pièces à conviction" le 11 février prochain. Avec une édition intitulée "Le scandale de la France contaminée".
Le magazine s'ouvrira sur un reportage à Gueugnon, en Saône-et-Loire. Sur le parking d'un stade, le détecteur de radiation d'un spécialiste de la Criirad (Commission de Recherche et d'Information Indépendante sur la Radioactivité) crépite à tout va. Là, sur une superficie de 12 hectares, près de 225.000 tonnes de déchets radioactifs ont été dispersés sur un terrain ouvert à tout venant. Ironie du sort, ce terrain a même accueilli un "parcours de santé". Gueugnon est "la toute dernière ville ayant découvert qu'elle était concernée par ce problème des déchets radioactifs", selon Elise Lucet, présentatrice du magazine.
Au total, selon les enquêteurs du magazine, entre 1945 et 2001 plus de 300 millions de tonnes de déchets radioactifs, résidus des 210 mines exploitées en France, ont été abandonnées sans mesure de protection ou de surveillance particulière. L'enquête fait également état de liens étroits entre ceux qui sont officiellement chargés de mesurer la radioactivité dans la nature et les anciens pollueurs. Négligence ou véritable "omerta" des pouvoirs publics ? Une pierre radioactive à la main en guise d'argument, Elise Lucet se propose de demander des explications à Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, qui sera interrogé séparément.
Malgré le fait que les mines d'uranium
françaises ne soient plus en activité depuis plusieurs
années, cette pollution qu'il s'agisse de minerais "stériles"
(trop pauvre en uranium pour devenir du combustible nucléaire)
ou d'autres résidus de l'activité minière,
peut s'avérer dangereuse à long terme, assurent
les enquêteurs du magazine. Areva (ex-Cogema) soutient le
contraire, estimant extrêmement improbable l'hypothèse
d'une exposition prolongée évoquée par l'émission.
Sa présidente, Anne Lauvergeon, n'a pas souhaité
apparaître dans l'émission et a laissé à
un porte-parole le soin de répondre à Elise Lucet
lors du débat prévu sur le plateau. Anne Lauvergeon,
d'autre part, sera récompensée par le trophée
des "Créateurs sans frontières" pour son
action en faveur du rayonnement de la France à l'étranger.
Ironique pour quelqu'un qui participe à l'irradiation intérieure
de la France.
Voir le JT de TF1
Le figaro,
4 février 2004:
But de l'opération : tenter de remettre la main sur des remblais radioactifs, extraits de la mine d'uranium voisine de Saint-Priest-la-Prugne (Loire) et disséminés dans la nature depuis une quarantaine d'années.
En effet, les responsables du site exploité de 1960 à 1980 par le CEA puis par la Cogema ont distribué gratuitement à la population locale des matériaux de remblais qui se sont finalement révélés radioactifs. Pendant des années, les habitants du cru ont donc collectionné des pierres ou utilisé ces matériaux pour bâtir des maisons, des chemins ou des soubassements. Même les services de l'Equipement y ont eu recours pour construire des routes dans ce secteur.
Grâce au Collectif des Bois Noirs, composé d'élus locaux et de citoyens, des expertises ont pu être menées sur place par la Cogema, mais aussi et surtout par des cabinets d'experts indépendants. «Il aura fallu huit ans pour obtenir cette victoire, affirme Georges Duray, président du collectif. Au début, nous passions pour des doux dingues. Mais maintenant, il est officiellement prouvé que la mine d'uranium de Saint-Priest-la-Prugne a un impact sur l'environnement.»
Par endroits, le taux de radioactivité affiche en tout cas des résultats jusqu'à dix fois supérieurs au seuil d'alerte, comme dans cette scierie située à Lavoine (Allier), construite sur d'anciens terrils miniers.
La Cogema a dû décontaminer les bâtiments en enlevant, au printemps dernier, 8 000 m3 de remblais radioactifs sur lesquels était construite l'entreprise. D'après Georges Duray, «les hommes qui ont travaillé ici pendant des années ont pris sans le savoir des radiations de radon égales à celles d'un mineur de fond ! Mais, ajoute-t-il, les effets de la radioactivité sont partout présents dans un périmètre assez large autour de la mine. C'est pourquoi nous avons eu l'idée de ce questionnaire, pour faire parler les gens, les faire collaborer. Par exemple, nous savons que des particuliers collectionnent encore chez eux des cailloux contaminés. Ils sont beaux mais aussi radioactifs. Ils doivent être rendus !» Selon la Cogema, ces mêmes cailloux peuvent en effet produire en une heure le niveau de radiations admissible pour l'homme en une année !
Sur place, la population hésite entre fatalisme et révolte. Peu de gens tiennent à s'exprimer publiquement, craignant une mauvaise publicité pour leur région. Pourtant, grâce aux informations qu'ils pourront fournir, une cartographie des sites sensibles pourrait être élaborée. Il faudra ensuite procéder à la collecte des matériaux contaminés et, surtout, tenter de trouver un moyen d'en finir avec la mine. D'après des analyses menées entre 2000 et 2003 et révélées récemment, la radioactivité a aussi un impact sur l'eau, notamment dans la Besbre, en aval du site.
Enfin, même si Saint-Priest-la-Prugne n'est plus exploitée depuis vingt-quatre ans, il reste environ un million de tonnes de résidus radioactifs sableux encore stockés sur place et 1,3 million de tonnes de boues radioactives immergées dans un bassin de décantation de 18 hectares, dont on ne sait que faire...
Isabelle Poncet
Science & Vie n° 899, août 1992:
Lorsque la très faible proportion d'uranium qu'on extrait des mines s'en va vers les centrales, la gangue radioactive reste sur place, la plupart du temps à ciel ouvert. Et puisqu'elle s'y trouve déjà, on a eu moins de scrupules à y ajouter d'autres déchets, quelquefois beaucoup plus dangereux encore, provenant de lieux où ils auraient été trop visibles.
Le sous-sol français est riche en uranium. Les premières mines ont été ouvertes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour fournir la matière première nécessaire à la fabrication de la bombe atomique. Aujourd'hui, plus des deux tiers de l'uranium consommé par les réacteurs français sont importés, mais la France reste néanmoins le premier producteur d'Europe.
L'exploitation actuelle et celle qui a précédé sont responsables d'une quantité gigantesque de déchets: plus de 300 millions de tonnes, dont certains causent de réels problèmes biologiques. Il y a d'abord les "stériles", ces roches extraites qui, contenant trop peu d'uranium, ne sont pas traitées et finissent souvent par former des petites collines rocheuses, sortes de terrils des régions uranifères.
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Lacs de boues et terrils Les anciennes mines d'uranium à ciel ouvert, ici celle de Bellezane, servent de décharges aux boues radioactives, résultant du traitement du minerai, tandis que les résidus grossiers, les "stériles", s'empilent aux alentours, laissant échapper des fines particules radioactives et du radon. |
Leur volume est colossal, puisqu'ils représentent 40 % du tonnage total extrait pour une souterraine, et 90 % pour une mine à ciel ouvert. C'est-à-dire, dans ce dernier cas, qu'avant de pouvoir traiter 1 tonne de minerai pour en récupérer l'uranium, il faut en manipuler et en stocker 9 tonnes. La quantité cumulée des stériles de mines d'uranium en France se situerait autour de 270 millions de tonnes !
Or, ils ne sont pas totalement "stériles", car ils contiennent toujours de l'uranium ainsi que d'autres corps radioactifs. Bien sûr, le minerai lui-même était aussi radioactif, et il élevait dans les régions alentour la radioactivité à un niveau parfois double de celui de la région parisienne. Mais ce minerai formait un bloc compact sous terre, alors qu'une fois extrait il est plus facilement lessivé par les eaux de pluie. D'autre part, ces stockages en plein air engendrent nécessairement des poussières radioactives, qui s'envolent sur la région. Sans parler du radon, ce gaz radioactif, lui aussi, qui s'échappe beaucoup plus facilement de ce labyrinthe de pierrailles que de la roche mère où il doit, pour remonter à l'air libre, trouver des failles, des fissures ou des roches poreuses. La radioactivité de ces stériles n'empêche d'ailleurs pas que l'on autorise des sociétés de travaux publics à les utiliser pour construire des ponts, des routes... Les préfets de Vendée et de Haute-Vienne ont ainsi accordé plusieurs autorisations. En bénéficient notamment la société Jean Lefebvre, sur la commune de Compreignac, et la SCREG-Ouest, sur la commune de Saint-Sylvestre, en Haute-Vienne. Mais il y en a bien d'autres!
Seule une faible partie du minerai extrait est donc traitée en usine pour récupérer l'uranium. Ce traitement engendre d'autres déchets, bien plus nocifs que les stériles. Avant d'aboutir au yellow-cake, qui contient de 70 % à 90 % d'uranium, le minerai subit toute une série d'opérations visant à séparer le métal de la gangue qui le contient.
Il est d'abord concassé, puis finement broyé en particules de moins d'un millimètre, Ce sable très fin est mélangé à de l'eau pour constituer une pâte. Il existe deux méthodes principales pour extraire le métal de cette pâte : soit des réactifs acides soit, au contraire, alcalins. Dans le premier cas, de l'acide sulfurique chaud, additionné de chlorate de sodium est mélangé à la pulpe, à raison de 40 kg environ d'acide par tonne de minerai. Dans le second cas, la pulpe est envoyée dans un autoclave à 140 °C à une pression de 6 bars, avec du carbonate de sodium, de la chaux, de la sidérose et de l'oxygène.
Il s'agit ensuite de séparer la partie liquide, qui renferme l'uranium solubilisé, et la partie solide qui constitue les fameux "résidus de traitement", une sorte de boue rosâtre riche en radium. Précisons qu'avant de pouvoir être utilisé comme combustible dans un réacteur, le yellow-cake devra subir bien d'autres transformations (raffinage, enrichissement, fabrication des éléments combustibles), mais, sur les sites miniers, la métamorphose s'arrête là. Ce concentré d'uranium naturel contient essentiellement de l'uranium 238 et seulement 0,71 % d'uranium 235, dont la proportion devra être augmentée jusqu'à 3 % pour permettre à la réaction en chaîne de se produire dans le coeur des réacteurs français. Car seul l'isotope 235 est fissile.
Revenons au minerai. Lorsqu'il n'est pas jugé suffisamment riche pour être traité en usine (teneur de 0,03 % à 0,08 % environ), une autre méthode consiste à le concasser et le disposer en grands tas sur le carreau de la mine, à travers lesquels on fait percoler une solution acide qui dissout l'uranium et que l'on récupère à la base. Cette opération de lixiviation doit être répétée plusieurs fois et s'étale sur plusieurs mois, alors que le traitement en usine s'effectue en quelques heures.
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Une décharge à becquerels A quelques dizaines de mètres des maisons, l'ancienne mine à ciel ouvert du Brugeaud, sur la commune de Bessines, a été comblée par 5 800 000 t de résidus radioactifs. Plus de 250 térabecquerels sont enfouis là, c'est-à-dire que plus de 250 000 milliards de désintégrations s'y produisent chaque seconde. Lorsque le niveau d'eau baisse, comme c'est le cas ici, la radioactivité est plus élevée, l'eau jouant un rôle d'écran. |
Depuis environ quarante ans, 47,5 millions de tonnes de minerai ont été traitées en France, d'abord par le CEA, puis par sa filiale Cogema qui gère actuellement 85 % des ressources nationales, l'autre exploitant étant le groupe Total. De ces millions de tonnes ont été tirées environ 60 000 t de yellow-cake, produit de base de l'énergie nucléaire. D'où une montagne de déchets. Ainsi, rien que l'ensemble des sites de la Cogema, anciens ou en exploitation, renferment, en plus des stériles qui n'ont subi aucun traitement, 26 millions de tonnes de résidus très fins (les boues qui sortent de l'usine) et 17 millions de tonnes de résidus grossiers (les restes des tas de lixiviation).
Or, tous ces résidus qui n'ont été débarrassés que d'une partie de leur uranium - il en reste 3 000 t sur l'ensemble des sites, dans les résidus très fins, et 1400 t dans les autres - contiennent toujours la quasi-totalité des "descendants" radioactifs de l'uranium. Le radium 226, d'abord, notoirement radiotoxique, qui représente à lui seul le total faramineux de 700 térabecquerels (700 000 milliards de becquerels, le becquerel remplace désormais le curie, un curie est égal à 37 milliards de becquerels.). Pour donner une idée du risque, signalons que la dose maximale admissible de radium dans l'eau potable en France est de 0,37 becquerel par litre. Rappelons aussi qu'à Itteville, dans la région parisienne, on s'est beaucoup affolé parce qu'on soupçonnait la présence d'une trentaine de grammes de radium sur un terrain qui avait servi de décharge au centre de Saclay. Le radium 226 a une période de 1620 ans, c'est-à-dire qu'au bout de ce laps de temps il aura perdu la moitié de sa radioactivité, puis 1620 ans plus tard, la moitié de la moitié... Mais il y a aussi du thorium 230, du plomb 210 et bien d'autres radionucléides dans ce cocktail radioactif pour des milliards années.
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Des fûts abandonnés A moitié enfouis sur l'ancien site minier de Margnac, en Haute Vienne, ces fûts font-ils partie du lot de 88 082 barils expédiés par l'usine de conversion d'uranium Comurhex, à Malvesi, près de Narbonne, entre 1975 et 1989 ? |
Or, que fait-on de ces boues ? Une partie a servi à remblayer des galeries de mines, mais la majorité est restée en surface. Elles ont été déversées soit dans un "bassin" aménagé dans une vallée et fermé par une digue faite de stériles comme à Saint-Priest-la-Prugne, et à Lavaugrasse, soit tout simplement dans une ancienne mine à ciel ouvert. C'est le cas le plus fréquent.
Ainsi, actuellement, la noria de camions-bennes non bâchés qui quittent chaque jour, à la cadence d'un tous les quarts d'heure, l'usine SIMO, filiale de la Cogema, à Bessines-sur-Gartempe, dans le Limousin, ne font que quelques kilomètres pour rejoindre les anciens sites miniers de Montmassacrot et de Bellezane, où ils se délestent de leur cargaison.
Les habitants de Bessines, excédés de voir dégouliner ces boues rosâtres dans les rues de leur ville, ont demandé à la CRIIRAD, un laboratoire indépendant, de mesurer le taux de radioactivité de ces boues et des mousses qui poussaient sur le mur bordant la route empruntée par les camions. Réponse de la CRIIRAD: plus de 100 000 becquerels par kg de matières sèches pour les boues dont plus de 25 000 becquerels imputables au seul radium 226, et plus de 30 000 pour les mousses.
Avant 1987, ces boues étaient envoyées plus près encore de l'usine SIMO, dans l'ancienne mine du Brugeaud et dans le bassin de Lavaugrasse, transformé aujourd'hui en vaste lac de plusieurs hectares où il ne ferait pas bon se baigner, sous peine de profiter des... 141000 milliards de becquerels de radium 226 qu'il renferme, ce que les canards semblent ignorer !
A une quarantaine de kilomètres de là, à Jouac, une autre usine de traitement est exploitée par Total compagnie minière, une filiale du groupe Total. Le minerai est actuellement extrait d'une mine souterraine, mais celles à ciel ouvert qui ne sont plus exploitées servent de dépôts pour les boues résiduelles. Impossible pour les riverains de soupçonner ce qui se passe derrière les immenses tas de stériles qui ceinturent le site. Que l'on imagine un lac de boues gigantesque s'étendant sur des dizaines d'hectares, où l'on ne voit guère que des arbres morts et des bidons vides (voir photos). Dans l'ancienne mine de Margnac, au sud de Bessines, c'est la Cogema qui se débarrasse de ses détritus !
Mais il y a eu des déchets plus dangereux qui ont été enfouis au cours des années dans nombre de ces sites. C'est une commission chargée d'examiner les dépôts de matières radioactives pour le compte du Conseil supérieur de la sûreté et de l'information nucléaire qui a soulevé une partie du voile en remettant ses conclusions en juillet 1991. La demande émanait des ministères de l'Environnement, de l'Industrie et de la Santé, ce qui explique que la Cogema ait dû ouvrir ses dossiers (ou du moins une partie). Ainsi, le rapport Desgraupes, du nom du président de cette commission, nous apprend que sept sites au moins (voir cartes 1 et 2), dont six dans le Limousin et un en Saône-et-Loire, ont accueilli, parfois à plusieurs reprises, des déchets radioactifs provenant pour la plupart de l'usine de traitement de minerai du Bouchet, dans l'Essonne, qui a produit de l'uranium et du thorium de 1946 à 1971. Il y a eu d'autres livraisons en provenance de l'usine d'enrichissement d'uranium de Pierrelatte, dans la Drôme; de l'usine de raffinage Comurhex à Malvesi, près de Narbonne ; du centre du CEA de Fontenay-aux-Roses, près de Paris; et de l'usine de fabrication de combustible SICN à Veurey dans l'Isère (la nappe phréatique du site à Veurey-Voroize est polluée à l'uranium). Bref, Il en est venu de toute la France. Quelque 300 000 fûts et des dizaines de milliers de tonnes de terre, gravats et ferrailles contaminés.
Ces chargements se sont faits, pour la plupart, dans le plus grand secret, au mépris de l'information du public, et se sont échelonnés de 1958 à 1989 pour les plus récents d'entre eux, du moins officiellement. Ce sont dans l'ensemble des résidus de minerai riche, plus nocifs encore que ceux du sous-sol limousin, c'est du moins la version qui nous a été donnée. Mais comment vérifier qu'il n'y a pas eu pires déversements, maintenant que ces déchets sont sous les stériles ou sous les boues ? Mais les 18 000 fûts verts, jaunes ou noirs, qui viennent de Pierrelatte et dorment sous les verses du Brugeaud, contiennent de l'uranium enrichi en uranium 235, l'isotope fissile dont il suffit de quelques kilos pour fabriquer une bombe. Là, il y en a 1,5 kg.
Quant aux quelques centaines de fûts (la quantité exacte n'est nulle part précisée) envoyés sur le site du Bauzot par le centre de Fontenay-aux-Roses, ils sont hautement suspects. Ils proviennent, en effet, d'une usine pilote qui a fonctionné de 1954 à 1957, puis qui a été démantelée entre 1959 et 1962 et dont l'activité était l'extraction de... plutonium !
Les seuls fûts que l'on puisse aujourd'hui examiner à loisir sont stockés discrètement dans un hangar isolé de la Cogema à Bessines. Il y a là 388 fûts provenant de l'usine du Bouchet et contenant des minerais d'uranium, de thorium et de terres rares, représentant environ 4 000 kg d'uranium métal et... 580 milliards de becquerels. Aujourd'hui les langues se délient. Et, dans la région de Bessines ou de Saint-Priest-la-Prugne, on parle de mystérieuses cargaisons qui étaient livrées de nuit ! Ainsi, les habitants de Pény affirment avoir été réveillés en juillet 91 par l'arrivée de camions qui avaient raté l'embranchement conduisant à une ancienne mine. Ils transportaient des fûts sur lesquels les riverains reconnurent le sigle radioactif. A Saint-Priest, on évoque même l'enfouissement de déchets industriels toxiques. On peut, en effet, se demander pourquoi la société Sedemap qui exploitait au début des années 1980 un centre de traitement de déchets industriels, à Buxières-les-Mines, dans l'Allier, avait racheté à la Cogema, un terrain jouxtant l'ancienne mine de Saint-Priest-la-Prugne ?
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| A Jouac, au nord de Limoges, personne ne soupçonne ce qui se cache derrière les monticules qui s'étendent sur des kilomètres : au centre, des boues radioactives sont déversées à perte de vue (1) dans des bassins artificiels entourés de ces digues faites de stériles de mines. Ces immenses tas sont arrosés d'acide sulfurique (2) pour dissoudre l'uranium, le jus étant récupéré à la base. |
Même sans tenir compte de ces apports clandestins, tous ces sites miniers représentent des zones contaminées ; 300 000 milliards de becquerels rien qu'en radium 226, dans le bassin de Lavaugrasse, 150 000 Milliards au Brugeaud, 800 000 milliards pour l'ensemble des sites!
Or, ils ne font l'objet en France d'aucune réglementation spécifique. Alors que certains d'entre eux devraient, tout comme les centrales nucléaires, être soumis à la réglementation des installations nucléaires de base (INB), Ils ne relèvent même pas dans la plupart des cas, à l'instar de n'importe quel autre établissement industriel, de la législation des Installations classées pour la protection de l'environnement.
Le rapport Desgraupes estime notamment que les stockages de Saint-Priest-la-Prugne, de l'Ecarpière, de Bessines, du Bosc, du Cellier et de Jouac (voir cartes 1 et 2) sont des INB. Ce n'est pas l'avis des compagnies minières et de l'administration. La section des travaux publics du Conseil d'Etat a d'ailleurs donné raison à ces dernières dans son avis Ou 11 décembre 1991.
Pourquoi cette divergence ? Les uns considèrent les résidus de traitement comme un mélange de substances radioactives, les autres comme de l'uranium naturel. Or, la réglementation n'est pas la même suivant que l'on adopte l'une ou l'autre thèse. Le site doit être classé INB à partir d'une activité totale de 37 térabecquerels dans le premier cas et de 3 700 térabecquerels dans le second.
D'un point de vue strictement chimique, il semble pourtant évident que les résidus n'ont plus rien à voir avec de l'uranium naturel, leur composition ayant été modifiée, ne serait-ce qu'à cause des produits qui ont été ajoutés au moment du traitement. Et la radioactivité, qu'elle soit légale ou non, est bel et bien là!
Encore une fois, comment comparer un minerai en bloc compact sous la terre et ce même minerai réduit en poudre et répandu à la surface du soi ? On n'obtient pas le même breuvage en faisant infuser des grains de café ou du café moulu ! Le vent emporte et dissémine les fines poussières à des kilomètres à la ronde, et les pluies se chargent de particules.
Quels sont les risques ? De plus en plus de chercheurs semblent penser qu'il n'y a pas de seuil au-dessous duquel le taux de radioactivité n'aurait pas d'effets sur l'organisme. La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) a d'ailleurs révisé à la baisse les normes qu'elle avait précédemment édictées: elles sont passées de 5 millisieverts par an (le sievert remplace le rem. 1 sievert = 100 rems) pour la population à seulement 2 millisieverts. Ces chiffres n'ayant valeur que de recommandations, la France a d'ailleurs préféré s'en tenir aux bonnes vieilles normes ! Pour donner un ordre d'idée, la radioactivité naturelle en France (aussi nocive que l'artificielle) inflige en moyenne 1 millisievert par an. La CIPR estime que 10 millisieverts reçus par un million de personnes généreront 500 décès par cancer ; pour l'Académie des sciences américaine, cette dose entraînerait 800 morts par cancer ; pour la Fondation américano-japonaise pour la recherche sur les effets des rayonnements: 1740 ; et pour l'équipe de chercheurs américains dirigée par le Dr Mancuso, de l'université de Pittsburgh : 6 000.
Dans des régions comme le Limousin, où la radioactivité naturelle est déjà élevée (1,5 millisievert en moyenne), le niveau est multiplié par 20, voire par 100, au-dessus ou à côté de ces énormes dépôts de résidus.
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Des cheminées à radon Dans la campagne limousine, les aérateurs comme celui-ci font partie du paysage. Ils servent de bouche d'évacuation pour le radon, ce gaz radioactif qui est extrait des galeries souterraines en raison de sa nocivité. |
Si nous avons tant parlé de radium 226, très radiotoxique et soluble, c'est aussi parce qu'il donne naissance, en se désintégrant, à un gaz radioactif, le radon (1) dont les propriétés cancérigènes sont officiellement reconnues. De nombreuses études épidémiologiques effectuées sur des mineurs d'uranium le prouvent. Il n'y a pas que les dépôts de résidus qui augmentent le niveau de radioactivité. Le simple fait d'exploiter un gisement y contribue.
Une série de mesures pour doser le radon, effectuées du 17 au 19 juillet 1989 par la CRII-RAD sur deux sites uranifères du Limousin, l'un à Saint-Sylvestre en exploitation (mine souterraine) et l'autre à Négremont, encore non exploité, est fort significative. Le protocole était identique : 25 mesures sur une surface de 400 m de côté avec un maillage de 100 m. Résultat: de 100 à 1080 Bq/m3 à Saint-Sylvestre et de 22 à 200 Bq/m3 à Négremont, où le gisement est pourtant plus près de la surface et la teneur en uranium plus élevée.
Sur les autres lieux testés à ce jour par la CRII-RAD, le niveau extérieur moyen est d'environ 15 Bq/m3. Et l'EPA, l'agence américaine de l'environnement, conseille aux habitants d'effectuer des travaux (isolation, ventilation ... ) si le niveau mesuré chez eux dépasse 148 Bq/m3.
Nous avons demandé à la CRII-RAD de mesurer le taux de radon à proximité d'une bouche d'aération de la mine désaffectée des Vieilles Sagnes, sur la commune de Saint-Sylvestre. Une précédente mesure effectuée dans cet orifice, en février 92, à un mètre de profondeur, avait révélé des taux de radon dans l'air faramineux : plus d'un million de becquerels par m3 d'air ! A un mètre du sol et à une distance de 10 m de la bouche d'aération, on trouve encore 8 308 Bq/ m3 ; à 15 m : 1420 Bq/m3 et à 30 m : 721 Bq/m3. Voilà ce que respirent les enfants qui viennent jouer dans ces lieux, dont la plupart n'étaient pas même clôturés il y a trois mois de cela.
Mieux vaut tard que jamais. Au bout de quarante ans, sous la pression des associations de défense de l'environnement, une commission locale d'information vient d'être mise en place à Bessines. Ces associations réclament, entre autres, la remise en état des sites miniers abandonnés et notamment le recouvrement des dépôts de résidus. Aux Etats-Unis, où l'on n'hésite pas parfois à prendre des mesures extrêmes, on a carrément déplacé tous les résidus de quatre sites à Salt Lake City (Utah), Durango et Grand Junction (Colorado) et Canonsburg (Pennsylvanie) : ces déchets ont réintégré leur dépôt d'origine à Canonsburg, après que l'on eût réalisé un étanchement de bonne qualité.
En France, le CEA songe à transformer la décharge radioactive de Saint-Priest-la-Prugne, dans l'Allier en base nautique
Les dépôts d'uranium du Limousin...
(carte n°1)

Figurent sur cette carte de la Haute-Vienne
(département contenant le plus grand nombre de décharges
d'uranium) et sur celle de la France (voir carte n° 2 tous
les dépôts connus) de résidus de traitement
de l'uranium, riches en radium, ainsi que les usines, fermées
ou en exploitation, à l'origine de ces déchets.
Nous avons également indiqué les sites miniers qui
ont reçu des déchets radioactifs en provenance d'autres
centres nucléaires.
L'activité totale ne représente que l'activité du radium 226 et du thorium 230; chaque fois que cette activité est supérieure à 37 térabecquerels (TBq), le site devrait être classé installation nucléaire de base (INB) et donc soumis à des contrôles sévères. Mais aucun des sites ne respecte cette réglementation (Voir la revue, fort bien documentée, info Uranium, 7 rue de l'Auvergne.).
1. Lavaugrasse : bassin de 25 ha ayant reçu les résidus de l'usine SIMO de Bessines de 1958 à 1978 : 5 700 000 t, contenant 600 t d'uranium et représentant une activité de plus de 282 000 milliards de becquerels (282 TBq) dont 141 TBq en radium 226. Renferme également 3 500 t de résidus provenant de minerai d'uranium riche (teneur de 5 % à 20 %) contenant 1 TBq de radium 226 en provenance de l'usine du Bouchet dans l'Essonne, démantelée de 1972 à 1979. Devrait être classé INB.
2. Le Brugeaud : ancienne mine d'uranium à ciel ouvert, l'une des plus grandes de France, ayant reçu les résidus de l'usine SIMO de Bessines, de 1978 à 1987 : 5 800 000 t contenant environ 550 t d'uranium et représentant une activité de plus de 258,2 TBq dont 129,1 TBq en radium 226. Contient également des déchets provenant de l'usine du Bouchet : 6 000 t de résidus contenant 1,7 TBq de radium 226; 16 800 t de terres et gravats contenant 0,62 TBq de radioéléments alpha; 1900 t de ferrailles contenant 0,07 TBq de radioéléments alpha. Les terres, gravats et ferrailles n'ont pas été mis dans la fosse, mais ont été enfouis dans les verses de "stériles".
Il y a aussi 18 048 fût arrivés de Pierrelatte (Drôme) entre 1968 et 1971 et contenant des déchets enrichis en uranium 235.
S'y ajoutent, ainsi que sur le site voisin de la Croix-du-Breuil, des résidus plus grossiers provenant de la lixiviation des minerais pauvres sous la forme de verses, sortes de terrils de l'uranium; il y en a 8 400 000t contenant 465 t d'uranium représentant une activité de 14,4 TBq en radium 226. Devrait être classé INB.
3. Montmassacrot : ancienne mine d'uranium à ciel ouvert ayant reçu les résidus de l'usine SIMO de Bessines de 1986 à 1990 : 737 000 t de résidus contenant 69 t d'uranium et représentant une activité de plus de 38 TBq dont 19 TBq en radium 226. Devrait être classé INB,
4. Bellezane : cette ancienne mine d'uranium à ciel ouvert reçoit les résidus de l'usine SIMO de Bessines, depuis 1988. Début 1991, ces boues représentaient 845 000t contenant 90t d'uranium et une activité de plus de 42 TBq, dont 21 TBq en radium 226.
De plus, 1126 000 t de résidus ont été déposées de 1958 à 1986 dans certains puits et certaines galeries de la partie souterraine de la mine aux fins de remblayage. Devrait être classé INB.
5. Margnac: ancien site minier ayant reçu, de 1975 à 1989, 88 082 fûts provenant du centre de conversion de l'uranium Comurhex, à Malvesi, près de Narbonne. Ces fûts d'une masse de 2 110 t, qui avaient contenu de l'uranate, étaient plus ou moins bien décontaminés et écrasés. Leur activité représente 0, 11 TBq. Ils ont été enfouis dans les verses des stériles
6. Pény : cette ancienne mine, proche de Margnac, a reçu un chargement identique à celui de Margnac, enfoui également dans une verse.
7. Fanay: ancien site minier ayant reçu, en 1971, 400 m3 de fûts écrasés provenant de l'usine du Bouchet, soit environ 0,01 TBq.
8. Bessines-sur-Gartempe : sur le site de la Cogema, un hangar contient 388 fûts provenant du Bouchet et représentant une activité de 0,58 TBq.
9. Jouac : les immenses bassins entourés de digues construites avec des stériles d'une ancienne mine à ciel ouvert, contenaient, début 1991, 900 000 t de résidus provenant de l'usine de Jouac, appartenant au groupe Total. L'activité totale était de plus de 104 TBq dont 52 TBq en radium 226. Devrait être classé INB.
ET LES AUTRES DÉCHARGES FRANçAISE
(carte n°2)

Si la Haute-Vienne à elle seule,
renferme la moitié des décharges de résidus
de l'uranium, d'autres régions abritent néanmoins
des dépôts très importants.
1. La Ribière (Creuse) : ancienne mine d'uranium à ciel ouvert abritant 200 000 t de résidus d'une radioactivité d'environ 2 TBq, dont 1 TBq en radium 226.
2. Saint-Pierre-du-Cantal (Cantal): ancienne mine à ciel ouvert ayant reçu les résidus d'une usine qui a fonctionné sur le site de 1977 à 1985; en tout, 570 000 t représentant une activité de 15,8 TBq dont 7,9 TBq en radium 226.
3. Bertholène (Aveyron): site minier en exploitation, où ont été stockées, début 1991, dans la vallée des Balaures, derrière une digue constituée de stériles et de déblais, 310 000 t de résidus représentant une activité de 5,72 TBq rien qu'en radium 226.
4. Le Cellier (Lozère) : ancien site minier souterrain et à ciel ouvert, renfermant 1 112 000 t de résidus de traitement fins, dont 76 t d'uranium, et 4 532 000 t de résidus grossiers (dont 672 t d'uranium). L'activité totale dépasse 86 TBq, dont 43 TBq en radium 226. Ce site devrait être classé INB.
5. L'Ecarpière (Loire-Atlantique) : sur cet ancien site minier, un bassin artificiel entouré de digues constituées de résidus grossiers de lixiviation, contient 7 500 000 t de boues, soit 510 t d'uranium. Avec les digues qui renferment, elles, 300 t d'uranium, le tonnage total est de 11 500 000 t l'un des plus importants de France. L'activité totale est de plus de 365,6 TBq, dont 182,8 TBq en radium 226. On projette d'y mettre des résidus radioactifs provenant du traitement de terres rares effectué par Rhône-Poulenc à La Rochelle, à raison de 7 800 t par an. Ce site devrait être classé INB.
6. Le Bosc (Hérault) : excavations d'une mine à ciel ouvert renfermant, début 1991, 2 969 000 t de résidus, dont 818 t d'uranium, provenant de l'usine SIMO du Bosc, actuellement en exploitation. L'activité totale est de plus de 236,2 TBq, dont 118,1 TBq pour le radium 226, Ce site devrait être classé INB.
7. Saint-Priest-la-Prugne (Loire): ancien site minier renfermant 1 100 000 t de résidus dans la mine souterraine et 1 300 000 t, dont 286 t d'uranium, dans un vaste bassin de 20 ha où ils s'étagent sur 19 m d'épaisseur. L'activité totale est de plus de 168 TBq, dont 84 TBq en radium 226. Après avoir essayé de reconvertir le site en centre de stockage de déchets radioactifs, le CEA donne la préférence, pour sa réhabilitation, à la transformation du bassin en... base nautique ! Ce site devrait être classé INB.
8. Gueugnon (Saône-et-Loire): sur le terrain d'une ancienne usine de traitement, grand bassin de 6 ha renfermant 185 000 t de résidus contenant 42 t d'uranium. L'activité totale dépasse 20,8 TBq, dont 10,4 TBq en radium 226.
9. Le Bauzot (Saône-et-Loire): ancien site minier renfermant des fûts de déchets radioactifs livrés entre 1958 et 1969. Il s'agit de 32 600 fûts provenant du centre du Bouchet et contenant 5 600 t de déchets pour une activité de 2,8 TBq de radium 226. Il y a aussi 48 000 fûts venus de l'usine SICN/CERCA, à Veurey-en-Isère, qui fabrique les éléments combustibles des réacteurs ! Ils contiennent 10 400 t de graphite, de quartz et de boue de sablage; leur activité est de 0,1 TBq. S'y ajoutent quelques centaines de fûts contenant des terres et des gravats provenant de l'usine pilote d'extraction de plutonium qui a fonctionné à Fontenay-aux-Roses de 1954 à 1957. Actuellement, tous ces fûts sont enfouis dans une sorte de tumulus de 6 m de hauteur sur une surface de 8 000 m2.
10. Rophin (Puy-de-Dôme) ancien site minier renfermant 30 000 t de résidus contenant une tonne d'uranium, l'activité du radium 226 représentant plus de 0,3 TBq
11. Saint-Hippolyte (Haut-Rhin)
: à deux pas d'un ravissant village de la route du vin,
ancien site minier de Schaentzel et du Teufelsloch (le trou du
diable) renfermant toujours 2 000 t de résidus de lixiviation.
En fait, le minerai lixivié est resté dans les cuves
et l'exploitation a cessé après une campagne d'essai
en 1969. L'activité en radium 226 serait de 0,1 TBq. Il
y a encore sur ce site, qui est le plus petit dépôt
de résidus de traitement d'uranium en France, 2 000 t de
minerai non traité.
Jacqueline Denis-Lempereur.