Terrorisme nucléaire: l'AIEA prévient que la menace est réelle

SYDNEY (8 novembre 2004) - Le patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a averti lundi à Sydney que le risque de terrorisme nucléaire était réel et appelé le monde à réagir très vite pour éviter un 11 septembre à l'échelle atomique. Parlant de "course contre la montre", le directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, a estimé que les hypothèses du passé pour lutter contre la prolifération des matériaux fissiles devaient être radicalement remises à plat.

S'exprimant à l'ouverture d'une conférence sur la prolifération nucléaire dans la région Asie-Pacifique, M.ElBaradei a expliqué que son agence n'avait jamais supposé, jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, que des terroristes utiliseraient des armes nucléaires ou radioactives ou qu'ils seraient prêts à sacrifier leur vie. "Nous avons besoin de prendre des mesures préventives. Nous ne devons pas attendre d'être confrontés à une situation du style de celle du 11 septembre ou de Tchernobyl", a-t-il déclaré. "Le danger existe partout. Il est réel, il est actuel et il nous faut croiser les doigts pour que rien ne survienne", a ajouté M.ElBaradei.

Le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, a soutenu l'analyse du chef de l'AIEA, affirmant que compte tenu des répercussions qu'engendrerait une attaque nucléaire, il fallait accorder une plus grande priorité aux mesures préventives. "On aurait une panique mondiale. Pourtant, quelle attention y prête-t-on actuellement?", a-t-il demandé.

Il a estimé que le type d'attaque le plus probable serait celui d'un attentat avec "une bombe sale", qui contaminerait de manière radioactive de vastes zones, plutôt que la construction ou le vol d'une bombe nucléaire par des terroristes.

Faisant allusion au programme présumé d'armement nucléaire de l'Iran, Mohamed ElBaradei a indiqué qu'un pays détenant de l'uranium enrichi ou du plutonium était "un Etat nucléaire dormant" et que le contrôle international du cycle des combustibles nucléaires pour les réacteurs civils était nécessaire.

Un pays qui possède de l'uranium enrichi ou du plutonium pourrait fabriquer une arme en quelques mois, a-t-il déclaré. "Nous ne voulons pas nous trouver dans dix à vingt ans avec 40, 50 pays détenant du plutonium ou de l'uranium fortement enrichi. Je pense que la marge de sécurité est insuffisante", a-t-il dit.

"Dans le contexte de l'après 11 septembre, le fait de voir augmenter sans arrêt le nombre de pays qui enrichissent de l'uranium est un sujet d'énorme inquiétude", a encore déclaré M.ElBaradei.

Les travaux de l'AIEA sur de possibles programmes d'armement nucléaire en Libye et en Iran ont révélé l'existence d'un vaste marché noir de produits radioactifs, avec 630 cas confirmés de trafics de produits nucléaires et radioactifs depuis 1993, a-t-il indiqué, soulignant que ce marché "prospérait clairement grâce à la demande". "La relative facilité avec laquelle un réseau international illicite peut être mis en place et fonctionner démontre de manière claire l'inadéquation du système actuel du contrôle des exportations", a estimé le chef de l'AIEA.

Plus d'une vingtaine de sociétés et d'individus étaient impliqués dans les trafics relevés par l'Agence et dans la plupart des cas ces opérations se sont poursuivies sans que les gouvernements nationaux en aient connaissance. "Il est vraiment temps de remettre en question nos hypothèses sur l'accessibilité de la technologie nucléaire", a-t-il ajouté.

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"Terrorisme, la menace nucléaire"
Un film de Hesi Carmel, Jean-Marc Gonin et Richard Puech (coproduction France3-Capa) qui enquête sur les menaces, réelles ou supposées, d'attentat terroriste nucléaire.
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Un film de Hesi Carmel, Jean-Marc Gonin et Richard Puech (coproduction France3-Capa) qui enquête sur les menaces, réelles ou supposées, d'attentat terroriste nucléaire. Hesi Carmel est un journaliste d'investigation israélien, ancien adjoint au chef du Mossad, Jean-Marc Gonin est rédacteur en chef au Figaro, en charge du service société-enquêtes, Richard Puech, journaliste à l'agence Capa, est réalisateur de plusieurs documentaires. Cette enquête est notamment étayée par des témoignages de Graham Allison, vice-ministre de la Défense de Bill Clinton, Sam Nunn, sénateur américain, promoteur du programme d'aide américain pour la non dissémination des armes nucléaires de l'ex URSS, Yosef Bodansky, conseiller antiterroriste auprès du Congrès, le général Alain Baer, spécialiste français de l'hyperterrorisme, ou le journaliste pakistanais Hamit Mir qui a interviewé Ben Laden à trois reprises dans son repaire afghan. Tous formulent des inquiétudes précises basées sur les trafics de matériaux radioactifs de l'ex URSS, les liaisons dangereuses des réseaux terroristes avec les mafias locales notamment russe et tchétchène, les états nucléaires comme le Pakistan dont les installations sont jugées insuffisamment sécurisées, les déclarations de Ben Laden. Le 11 septembre 2001, après l'attentat contre les "twin-towers" et le Pentagone, l'administration américaine a déclenché la procédure d'alerte nucléaire, témoigne Graham Allison. Selon le document, Ben Laden a affirmé au journaliste Hamit Mir qu'il se serait procuré une arme nucléaire, la "bombe valise", une arme nucléaire portative inventée à l'époque de la Guerre froide par les savants soviétiques. Selon d'autres, il pourrait préparer l'explosion d'une "bombe sale" radioactive. Les intervenants sont en tout cas unanimes à estimer que la mobilisation des Etats et des peuples et les moyens mis en oeuvre ne semblent pas en rapport avec la menace décrite.