Terrorisme, la menace nucléaire
(voir: Simulation d'attentat et Simulation d'accident)

 



Le Dauphiné libéré, 17/12/2009: 

Le GIGN a investi la centrale nucléaire de St-Alban
[lire: Dangers du nucléaire et terrorisme]

L'opération était annoncée (discrètement) depuis une semaine, afin de prévenir la population locale de mouvements inhabituels de militaires.

Mardi en effet, en début de soirée et durant une partie de la nuit qui a suivi, la centrale nucléaire de Saint-Alban, à Saint-Maurice-L'Exil, a été le théâtre d'un exercice de sécurité en temps réel programmé dans le cadre d'une convention entre EDF et la gendarmerie nationale. Ces exercices ne sont pas exceptionnels. Toutefois, l'ampleur de l'opération de mardi ne revêtait pas un caractère habituel du fait de la mise en place de moyens de niveau national.

Un scénario resté confidentiel. Coordonné sur place par le sous-préfet de Vienne Philippe Navarre, en lien avec la préfecture de Grenoble et le patron du groupement de gendarmerie de l'Isère, le colonel Jean-Philippe Lecouffe, cet exercice s'est déroulé avec la participation d'une centaine de gendarmes. Un poste de commandement avait été installé sur le site à cet effet.

La compagnie de Vienne et les brigades de Saint-Clair-du-Rhône et de Roussillon étaient bien évidemment présentes. Leur mission était notamment de sécuriser les accès etde contrôler les véhicules. Des militaires du groupement de gendarmerie départementale étaient également déployés en appui pour cet exercice dont la teneur n'a pas été dévoilée pour des raisons de sécurité.

Des unités d'élite venues d'Orange et de Satory. Il n'en demeure pas moins que le scénario, qui n'était pas connu des participants, se basait sur une intrusion dans la centrale et qu'il était suffisamment musclé pour faire appel à des unités d'élite. En premier lieu, les riverains ont pu voir passer vers la centrale peu avant 20 heures et à toute allure, le cortège des monospaces gris du groupement d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) basé à Orange.

Trois Puma dans la nuit. Une seconde vague de militaires du GIGN, basés au quartier général de Satory, près de Versailles, est intervenue entre 23 heures et minuit. Transportés à bord de trois Puma du groupement interarmées d'hélicoptères de Villacoublay, les "super-gendarmes" ont atterri à l'extérieur de la centrale pour ensuite l'infiltrer. Le bruit des lourds appareils n'est certainement pas passé inaperçu auprès des riverains.

« L'objectif de cet exercice est de tester l'organisation et les dispositifs de sécurité, afin de les améliorer encore », ont indiqué Philippe Navarre et le colonel Lecouffe. Quant à la réalité de risques terroristes sur le site, le directeur de la centrale, Patrice Mas, l'a écartée, malgré le scénario de mardi soir : « Nous sommes dans une zone sensible sécurisée et nous possédons des moyens techniques et technologiques pour détecter en amont sur le champ toute intention malveillante et y répondre. »

 


La centrale nucléaire de Chinon évacuée à la suite d'une alerte à la bombe

30/4/2009 - La centrale nucléaire de Chinon (Indre-et-Loire) a été évacuée jeudi matin en raison d'une alerte à la bombe, a-t-on appris auprès de la préfecture d'Indre-et-Loire. "Le poste de sécurité du CNPE (centrale nucléaire de Chinon) a reçu un appel anonyme vers 06H00. L'interlocuteur a simplement dit +bombe déposée+. La procédure standard a été appliquée", a indiqué à l'AFP, Nicolas Chantrenne, directeur de cabinet. "Le personnel non essentiel a été évacué, soit 198 personnes. Seul le personnel assurant les fonctions vitales de la centrale est resté sur place", a-t-il ajouté. Selon le directeur de cabinet: "Les lieux névralgiques ont déjà été inspectés, sans résultat. Une équipe cynophile ainsi que des démineurs doivent faire le tour de tout le site, il faut compter la matinée pour tout vérifier". "Ce genre d'alerte à la bombe directement au sein d'une centrale nucléaire est assez rare", a conclu Nicolas Chantrenne.

 


Un Suédois arrêté avec des traces d'explosifs devant une centrale nucléaire

21/5/2008 - Un Suédois a été arrêté mercredi devant une centrale nucléaire du sud de la Suède, avec des sacs contenant des traces d'un explosif très puissant, selon un communiqué de la société gérant la centrale. "Les sacs de l'homme ne contenaient pas de substances visibles illégales mais des tests de routine ont permis de détecter des traces d'explosifs", a indiqué le communiqué de la direction de la centrale d'Oskarshamn. Peu auparavant, la police avec déclaré que l'homme avait été arrêté en possession de puissants explosifs, probablement du TATP. "A huit heures ce matin (mercredi), nous avons reçu un appel de la centrale nucléaire de Oskarshamn nous indiquant qu'un homme avait été arrêté aux contrôles avec des matériaux explosifs dans ses bagages", a déclaré Sven-Erik Karlsson, porte-parole de la police de Kalmar. Pour sa part, OKG qui opère la centrale a précisé qu'à aucun moment les installations n'ont été menacées. "Nous pouvons constater que les contrôles de sécurité de routine ont bien fonctionné", a déclaré Lars Thuring, président d'OKG, cité dans le communiqué. "L'homme est actuellement dans nos locaux interrogé par nos services", a déclaré le porte-parole de la police. Selon lui, le suspect ne serait pas employé par la centrale. Il serait entré sous le prétexte d'effectuer un travail de soudure dans la centrale. Toujours selon M. Karlsson, la substance saisie serait du TATP, utilisée dans les attentats de Londres en juillet 2005. "Mais nous devons attendre les expertises (définitives) de la police de Malmö", a-t-il ajouté. La centrale d'Oskarshamn a démarré en 1972 avec un réacteur à eau bouillante. Deux réacteurs ont été ajoutés par la suite, en 1974 et 1985. La centrale fournit actuellement environ 10% de la consommation d'électricité en Suède. Le TATP est un explosif prisé par les islamistes et facilement accessible dans le commerce. Il apparaît depuis des années dans de nombreuses enquêtes antiterroristes.

 


Le monde médical mal préparé à répondre à un attentat radioactif

3/1/2008 - Le monde médical est mal préparé à répondre à un attentat ou à un accident lié à une source radioactive, qui risquerait d'entraîner une panique dans la population, a estimé jeudi un haut responsable de la radioprotection en France. Le Figaro a révélé jeudi matin qu'un rapport adressé notamment à l'Autorité de sûreté nucléaire il y a deux ans, pointait l'absence de préparation. Selon Patrick Gourmelon, directeur à l'Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN), ce rapport émettait 21 recommandations pour une meilleure réponse à un incident de type terroriste. "On demandait la création, par anticipation, d'une cellule de communication avec des représentants des principaux médias, des professionnels de la communication de crise et des spécialistes de radioprotection, pour préparer une information adaptée aux risques des rayonnements ionisants", a déclaré à l'AFP M. Gourmelon, ajoutant qu'il ne lui revenait pas de préciser si les recommandations du groupe de travail avaient été suivies d'effet. "Qu'ils le fassent à l'avance, pas quand ça arrive", a-t-il demandé aux autorités. Il a précisé que le rapport du groupe de travail dirigé par le Pr Jean-Marc Cosset de l'Institut Curie, s'adressait au "monde médical au sens élargi" et n'était "pas un rapport sur les moyens de diminuer les risques ou d'évaluer la menace". Le rapport recommandait notamment de se méfier des sources (radioactives) médicales, "parce qu'elles sont quand même plus accessibles que les autres sources radioactives", a-t-il ajouté. Il demandait aussi d'améliorer l'information du monde médical sur les pathologies liées aux contaminations par des sources radioactives, qui ne sont souvent pas diagnostiquées correctement parce qu'elles sont rarissimes. Selon Patrick Gourmelon, "il y a des marges de progrès considérables pour standardiser les doctrines de prise en charge", car si aujourd'hui "des patients irradiés arrivaient dans des hôpitaux différents, ils ne seraient pas traités de la même façon". Enfin, "le rapport a fait un certain nombre de recommandations sur la constitution de stocks stratégiques" si le risque de menace terroriste "est jugé réel ou important", a encore dit M. Gourmelon.

 


Frankfurter Rundschau, 30/11/2007: 

Centrale nucléaire de Biblis: alerte au risque d'attentat terroriste

Traduction par le Réseau Sortir du nucléaire (FG)

Un attentat terroriste, provoqué par un avion de tourisme qui viendrait s'écraser sur la centrale nucléaire de Biblis A dans la Hesse, entraînerait, selon la direction du vent, l'évacuation de Berlin, Prague, Vienne ou une partie des Pays-Bas. C'est ce qui ressort d'une étude de l'Institut d'Ecologie, en possession du Frankfurter Rundschau. Hermann Scheer, membre du SPD, présentera l'étude ce lundi à Wiesbaden.

Les auteurs Christopher Pistner et Christian Küppers, en viennent à conclure « que des mesures radicales pourraient être nécessaires dans de larges régions après la libération de matières radioactives de la centrale nucléaire Biblis A, comme cela est prévu dans les plans particuliers d'intervention (PPI). L'exploitant de Biblis RWE parle d'une évacuation qui serait limitée « à un rayon de 10 kilomètres environ autour du lieu de la centrale. »

Mais en fait, c'est d'une superficie de l'ordre de 10 000 km2 » qu'il s'agit, argumente l'Institut d'Ecologie. Frankfurt, Mannheim et Ludwigshafen sont si proches du réacteur, qu'elles seraient ­ selon la direction du vent ­ concernées « dans tous les cas ».

Les experts s'attendent à « des morts inévitables, jusqu'à quelques kilomètres de Biblis A ». Mais il faudrait aussi compter avec les dommages à venir, surtout les maladies cancéreuses.

Biblis A est la plus ancienne centrale allemande. Selon l'étude, elle ne pourrait absolument pas résister à la chute d'un avion, tout comme Brunsbüttel, Isar 1 et Philippsburg 1. Des centrales plus récentes, comme Biblis B, devraient au moins tenir le coup face au choc d'un avion militaire.

La centrale doit à nouveau être couplée au réseau

C'est l'association Eurosolar qui a commandé cette étude, qui sera présentée lors d'une conférence de presse du SPD. Le Président d'Eurosolar est le SPD Hermann Scheer, qui compte bien devenir Ministre de l'Économie et de l'Écologie [NdT : de Hesse] après les élections régionales de la Hesse en janvier.

Après les attentats du 11 septembre 2001, la Commission de Sûreté Nucléaire allemande (RSK), étudiant le risque de chute volontaire d'un avion sur une centrale, a conclu que seules les centrales les plus récentes pouvaient parer à cette éventualité.

L'exploitant RWE prétend protéger Biblis des attaques terroristes avec un « écran de brouillard artificiel », pour soustraire le site à la vue des pilotes. Le groupe en a obtenu en février l'autorisation du Ministère de l'Environnement ; mais le dispositif n'a visiblement pas encore été mis en place.

En tous cas, il n'y a eu aucune communication sur la question, et le Ministère et l'exploitant RWE se renvoient la balle.

Le moment auquel l'étude est publiée n'est pas innocent puisque Biblis A et B doivent être recouplées au réseau d'ici la fin de l'année. Elles sont à l'arrêt depuis plus d'un an pour cause de mauvais montage d'un millier de chevilles.

Pitt Von Bebenburg

 


Le Soir, 12 juin 2007:

La menace nucléaire discutée aux Etats-unis

Des responsables internationaux de la sécurité, réunis en Floride ont mis en garde lundi contre la menace d'un attentat terroriste nucléaire et appelé à intensifier les efforts pour combattre le marché noir des ventes de matériel radioactif et nucléaire.

Le terrorisme nucléaire est une menace mondiale qui exige une réponse mondiale », a indiqué le directeur du FBI Robert Mueller, en inaugurant une conférence internationale sur le terrorisme nucléaire à Miami. Il a qualifié le terrorisme nucléaire comme « une des plus dangereuses et mortelles menaces ».

Vladimir Bulavin, directeur adjoint du département russe de sécurité a renchéri indiquant que le terrorisme nucléaire représente « la principale menace ». La Russie a pris des mesures pour contrôler cette menace en « répertoriant et en contrôlant le matériel nucléaire », a indiqué M. Bulavin.

Le ministre américain de la Justice Alberto Gonzales, présent à la conférence a appelé les participants à « communiquer, partager et se coordonner » sur les données soulignant que cela « permettra en fin de compte à notre réseau d'être plus fort que celui des terroristes ».

Construire une bombe nucléaire est relativement simple mais ce qui est plus difficile est d'accéder aux composants comme l'uranium enrichi ou le plutonium. « Les lois de l'offre et de la demande font que quelqu'un, quelque part, va fournir les composants au plus offrant », a dit M. Mueller.

Mettre fin au marché noir

M. Mueller a appelé à prendre de strictes mesures pour mettre fin au marché noir sur la technologie nucléaire internationale.

Des responsables de plus de 30 pays sont réunis pour cette conférence organisée par le FBI (police fédérale) et qui entre dans le cadre de l'Initiative mondiale pour combattre le terrorisme nucléaire annoncée l'an dernier par les présidents américain George W. Bush et russe Vladimir Poutine, lors d'un sommet du G8.

 

Lire:

- La contrebande de matières nucléaires

- Trafic de substances radioactives

- Un "Copernic" nucléaire n'est pas impossible (Science & Vie, 1981, en PDF)

- Les centrales nucléaires vulnérables à des attaques aériennes suicide

- Dangers du nucléaire et terrorisme (Société nucléaire, société policière)

- A propos de prolifération

- Les contrebandiers de Bombes-A (Science & Vie n°803, août 1984, en Pdf)


Un journaliste affirme avoir déposé un paquet à bord d'un train de déchets radioactifs

LONDRES (21 juillet 2006) - Un journaliste britannique a réussi à déposer un paquet qui aurait pu contenir une bombe à bord d'un train transportant des déchets nucléaires sans être inquiété, affirme le journal "Daily Mirror" dans son édition de vendredi.
Le journal affirme que Tom Parry a pu s'approcher du convoi de quatre wagon contenant douze tonnes de déchets radioactifs destinés à être retraités à Sellafield, dans le nord-ouest de l'Angleterre. Il a laissé un "engin" dont la nature n'a pas été précisée et a pu quitter les lieux sans être arrêté par le personnel de la sécurité.
Vêtu d'une combinaison fluorescente et d'un casque de chantier, il n'a pas eu à utiliser de fausse autorisation pour s'approcher du convoi, en plein jour. Il affirme avoir répété l'opération une dizaine de fois.
Direct Rail services, l'entreprise privée chargée d'acheminer les déchets, n'a pas pu être jointe pour commenter ces informations.
Le "Daily Mirror" affirme pour sa part avoir soumis des photographies prouvant cette intrusion à la compagnie. "L'ensemble du trajet est protégé par des mesures de sécurité très strictes. Mais, après avoir vu ces photos, nous en parlerons avec nos responsables de la sécurité. Une enquête complète sera menée", aurait répondu un responsable de la société.

[Note du Réseau "Sortir du nucléaire" : on peut constater ici que le même genre de "test" est possible en France. Pour le moment, ce sont des gens pacifiques (journalistes, militants) qui font ces démonstrations. Les autorités semblent attendre tranquillement que des gens mal intentionnés passent aux actes...]

 

 

13 avril 2005:

L'ONU adopte une Convention réprimant le terrorisme nucléaire

NEW YORK - L'Assemblée générale des Nations unies a adopté à l'unanimité une Convention internationale pour la répression des actes de terrorisme nucléaire. Le texte a été adoptée par consensus, sans vote.
Cette convention vient s'ajouter à douze autres conventions déjà existantes contre le terrorisme. Son adoption permet de couvrir avec des instruments juridiques pratiquement toutes les formes possibles de terrorisme, selon Nicolas Michel, secrétaire général adjoint de l'Onu pour les affaires juridiques.
Cette adoption survient au bout de plus de sept ans de négociations. L'initiative de rédiger une telle convention avait été prise en décembre 1997 par la Russie.

 



"Terrorisme, la menace nucléaire"

Un film (42 mn en RealVidéo 33 Kb) de Hesi Carmel, Jean-Marc Gonin et Richard Puech (coproduction France3-Capa) qui enquête sur les menaces, réelles ou supposées, d'attentat terroriste nucléaire. Hesi Carmel est un journaliste d'investigation israélien, ancien adjoint au chef du Mossad, Jean-Marc Gonin est rédacteur en chef au Figaro, en charge du service société-enquêtes, Richard Puech, journaliste à l'agence Capa, est réalisateur de plusieurs documentaires. Cette enquête est notamment étayée par des témoignages de Graham Allison, vice-ministre de la Défense de Bill Clinton, Sam Nunn, sénateur américain, promoteur du programme d'aide américain pour la non dissémination des armes nucléaires de l'ex URSS, Yosef Bodansky, conseiller antiterroriste auprès du Congrès, le général Alain Baer, spécialiste français de l'hyperterrorisme, ou le journaliste pakistanais Hamit Mir qui a interviewé Ben Laden à trois reprises dans son repaire afghan. Tous formulent des inquiétudes précises basées sur les trafics de matériaux radioactifs de l'ex URSS, les liaisons dangereuses des réseaux terroristes avec les mafias locales notamment russe et tchétchène, les états nucléaires comme le Pakistan dont les installations sont jugées insuffisamment sécurisées, les déclarations de Ben Laden. Le 11 septembre 2001, après l'attentat contre les "twin-towers" et le Pentagone, l'administration américaine a déclenché la procédure d'alerte nucléaire, témoigne Graham Allison. Selon le document, Ben Laden a affirmé au journaliste Hamit Mir qu'il se serait procuré une arme nucléaire, la "bombe valise", une arme nucléaire portative inventée à l'époque de la Guerre froide par les savants soviétiques. Selon d'autres, il pourrait préparer l'explosion d'une "bombe sale" radioactive. Les intervenants sont en tout cas unanimes à estimer que la mobilisation des Etats et des peuples et les moyens mis en oeuvre ne semblent pas en rapport avec la menace décrite.


 

Terrorisme nucléaire: l'AIEA prévient que la menace est réelle

SYDNEY (8 novembre 2004) - Le patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a averti lundi à Sydney que le risque de terrorisme nucléaire était réel et appelé le monde à réagir très vite pour éviter un 11 septembre à l'échelle atomique. Parlant de "course contre la montre", le directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, a estimé que les hypothèses du passé pour lutter contre la prolifération des matériaux fissiles devaient être radicalement remises à plat.

S'exprimant à l'ouverture d'une conférence sur la prolifération nucléaire dans la région Asie-Pacifique, M.ElBaradei a expliqué que son agence n'avait jamais supposé, jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, que des terroristes utiliseraient des armes nucléaires ou radioactives ou qu'ils seraient prêts à sacrifier leur vie. "Nous avons besoin de prendre des mesures préventives. Nous ne devons pas attendre d'être confrontés à une situation du style de celle du 11 septembre ou de Tchernobyl", a-t-il déclaré. "Le danger existe partout. Il est réel, il est actuel et il nous faut croiser les doigts pour que rien ne survienne", a ajouté M.ElBaradei.

Le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, a soutenu l'analyse du chef de l'AIEA, affirmant que compte tenu des répercussions qu'engendrerait une attaque nucléaire, il fallait accorder une plus grande priorité aux mesures préventives. "On aurait une panique mondiale. Pourtant, quelle attention y prête-t-on actuellement?", a-t-il demandé.

Il a estimé que le type d'attaque le plus probable serait celui d'un attentat avec "une bombe sale", qui contaminerait de manière radioactive de vastes zones, plutôt que la construction ou le vol d'une bombe nucléaire par des terroristes. (voir: "La roulette russe" dans l'arsenal nucléaire de l'ex-URSS, sur 132 bombes atomiques valises, seules 48 sur 132 ont été localisées, un film de 50 mn en RealVidéo 41 kb)

Faisant allusion au programme présumé d'armement nucléaire de l'Iran, Mohamed ElBaradei a indiqué qu'un pays détenant de l'uranium enrichi ou du plutonium était "un Etat nucléaire dormant" et que le contrôle international du cycle des combustibles nucléaires pour les réacteurs civils était nécessaire.

Un pays qui possède de l'uranium enrichi ou du plutonium pourrait fabriquer une arme en quelques mois, a-t-il déclaré. "Nous ne voulons pas nous trouver dans dix à vingt ans avec 40, 50 pays détenant du plutonium ou de l'uranium fortement enrichi. Je pense que la marge de sécurité est insuffisante", a-t-il dit.

"Dans le contexte de l'après 11 septembre, le fait de voir augmenter sans arrêt le nombre de pays qui enrichissent de l'uranium est un sujet d'énorme inquiétude", a encore déclaré M.ElBaradei.

Les travaux de l'AIEA sur de possibles programmes d'armement nucléaire en Libye et en Iran ont révélé l'existence d'un vaste marché noir de produits radioactifs, avec 630 cas confirmés de trafics de produits nucléaires et radioactifs depuis 1993, a-t-il indiqué, soulignant que ce marché "prospérait clairement grâce à la demande". "La relative facilité avec laquelle un réseau international illicite peut être mis en place et fonctionner démontre de manière claire l'inadéquation du système actuel du contrôle des exportations", a estimé le chef de l'AIEA.

Plus d'une vingtaine de sociétés et d'individus étaient impliqués dans les trafics relevés par l'Agence et dans la plupart des cas ces opérations se sont poursuivies sans que les gouvernements nationaux en aient connaissance. "Il est vraiment temps de remettre en question nos hypothèses sur l'accessibilité de la technologie nucléaire", a-t-il ajouté.


Greenpeace mer 03 mars 2004

Accident ou attentat sur la route du Plutonium :
des millions de personnes contaminées, des milliers de cancers mortels... et Paris évacué ?

Greenpeace publie une étude évaluant les effets d'un accident ou d'un attentat contre les camions de plutonium passant près de Paris et Lyon. Selon la gravité des accidents, les retombées de plutonium pourraient contaminer jusqu'à des centaines de kilomètres carrés et des millions de personnes. Cette étude, effectuée par les consultants nucléaires indépendants Large & Associates (1) se penche sur un certain nombre de scénarios d'accidents et d'actes de terrorisme. Sur la base d'hypothèses officielles et conservatrices (2), elle modélise la dispersion et les retombées de particules respirables de plutonium à la suite d'un incendie grave et prolongé en divers endroits, notamment à proximité du château de Versailles, près de Paris, et dans la banlieue de Lyon (3). Pour en savoir plus sur ces transports de Plutonium et cette étude, visitez : www.stop-plutonium.org

"Même si nous sommes restés très prudents dans nos modélisations, nous sommes partis de l'hypothèse que le(s) véhicule(s) du convoi se trouveraient entourés par un feu d'une intensité suffisante pour venir à bout des châteaux FS47 contenant le dioxyde de plutonium, et qu'un ou plusieurs de ceux-ci cèderaient pour rejeter et propulser dans l'air un panache de contamination radioactive, bien au-delà du périmètre immédiat de l'accident, et jusque sur Paris. Les conséquences sanitaires d'un accident grave dans le tunnel de Versailles doivent être considérées comme inacceptables" déclare le consultant nucléaire John Large, auteur de l'étude.

Les effets d'un accident grave ou d'un attentat seraient catastrophiques et nécessiteraient un périmètre de sécurité pouvant s'étendre jusqu'à 110 km du site, selon la gravité de l'accident. A titre indicatif, la tour Eiffel ne se trouve qu'à 15 km du point de passage hebdomadaire du convoi. Des millions de personnes seraient touchées par les retombées du panache de plutonium, induisant plusieurs milliers de morts par cancers à long terme.

Ces conclusions sont d'autant plus préoccupantes que selon le rapport de la commission Vrousos (4) rendu public hier : "La France n'est toujours pas dotée d'une véritable stratégie de gestion du risque pour faire face à une contamination importante du territoire qui résulterait d'un accident nucléaire ou d'un acte de malveillance entraînant une exposition durable de la population".

"Ces études révèlent clairement que les transports de plutonium constituent un risque inacceptable et doivent cesser immédiatement"
déclare Yannick Rousselet, chargé de Campagne nucléaire à Greenpeace France. "Cela montre l'étendue de l'irresponsabilité de l'industrie française du plutonium quand elle s'entête à effectuer ces transports alors qu'ils représentent une cible potentielle de choix pour des terroristes".

Greenpeace interpelle depuis plus d'un an les autorités publiques sur l'étude qu'elles font des risques encourus aux populations et les dispositifs d'intervention prévus en cas d'accident ou d'attentat. Jusqu'à présent, aucune réponse n'a été donnée. La seule réponse effective des autorités est l'arrêté "secret défense" qui veut museler toute information relative aux transports nucléaires en France.

Le fait que les transports soient fréquents (deux camions par période de 7 à 10 jours), prévisibles (le même trajet toutes les semaines), et mal protégés (camions banalisés) comparés (par exemple) aux transports de plutonium militaire étasuniens, les rend particulièrement vulnérables à des attentats.

Infos connexes
Impact potentiel et conséquences d'incidents implicant un transport de dioxyde de plutonium entre COGEMA La Hague et Marcoule/Cadarache:
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Etude complète en anglais
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Etude résumée en français

Vidéos:
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Convoi sur l'autoroute
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Vitesse et sécurité

Notes:

(1) - Ingénieur consultant, Membre de l'Institut des Ingénieurs en Génie Mécanique (UK), Membre diplômé de l'Institut des Ingénieurs en Génie Civil (UK), Membre de la Société britannique du Génie Nucléaire, et Membre de la Société Royale d'Art (UK) ; John Large a collaboré avec de nombreux gouvernements ; il a notamment dirigé l'équipe d'experts pour l'évaluation des risques et des dangers des opérations en 2001 liées au sous-marin nucléaire le Koursk. Il fut décoré à cette occasion par les autorités russes pour le sauvetage du Koursk.

(2) - La quantité rejetée envisagée par Large & Associates s'appuie sur des chiffres du département étasunien de l'Energie (US DoE) publiés dans une récente analyse d'impact environnemental. Le schéma des retombées a été calculé à l'aide du modèle NOOA Hypsplit et de simulations d'élévation de panache faites par Hotspot. Les effets sanitaires ont été calculés à l'aide du programme COSYMA de modélisation de la dispersion radioactive et des conséquences sanitaires mis au point par la Commission européenne.

(3) - Les investigations de Greenpeace au cours des dernières années ont relevé que des convois transportant environ 300 kilogrammes de plutonium passent par ces endroits toutes les semaines lors de leur trajet de 1 000 km entre la Normandie et la Provence.

(4) - La commission Vrousos avait été chargée par André-Claude Lacoste, Directeur de la DGSNR, au nom du Ministre de la santé, de mener une réflexion sur les actions prioritaires en matière de radioprotection.

 

La France sous-estime la sécurité des convois nucléaires

PARIS (3/03/04) - La France sous-estime considérablement les risques liés au transport, deux à trois fois par semaine, de plutonium par camion de l'usine de retraitement de la Hague en Normandie vers Marcoule, dans le sud-est de la France, estime un rapport publié mercredi par Greenpeace France.
John Large, un consultant qui a travaillé pour l'autorité de sûreté nucléaire britannique dans le passé, a évalué à la demande de l'association écologiste les conséquences d'un éventuel accident de transport de plutonium en France.

M. Large s'est basé sur une étude du Département américain de l'énergie réalisée en vue du transport dans quelques mois de plutonium américain vers la France, pour y être converti en Mox, un combustible nucléaire mélangeant uranium et plutonium.

Selon les experts américains, un accident causant de sérieux dommages pourrait provoquer le relâchement de 595 grammes de plutonium sous forme de particules aérosols de taille respirable, qui seraient donc inhalées par les populations. Le plutonium est cancérigène (1/1 000 000 ème de gramme ingéré est mortel).

Deux camions français, soit 280 à 300 kg de plutonium, empruntent deux ou trois fois par semaine l'autoroute A6 à proximité de Paris. Ils passent à 15 km de la Tour Eiffel et traversent le couloir de la chimie, au sud de Lyon, deux bassins de population considérables, ce qui pourrait avoir "des conséquences très sérieuses", note le rapport.

La Cogema et le Haut fonctionnaire de défense, chargé au sein du ministère de l'Economie de la sécurité des convois, ont rétorqué mercredi que les convois nucléaires français "sont parmi les plus sûrs du monde".

Un accident suivi d'un feu dans le tunnel de Versailles pourrait entraîner 600 à 15.000 morts par cancer d'ici 15 à 30 ans, estime le rapport.

"J'ai été absolument sidéré d'apprendre que chaque camion transportait 9 conteneurs, alors que les Américains limitent le transport à 3 conteneurs", a indiqué John Large.

L'expert s'étonne que les Américains jugent possible une rupture du conteneur, impliquant un relâchement de 595 gr dans l'atmosphère, tandis que le plus grave accident envisagé par les Français ne conduit qu'au relâchement de 0,07 gr.

M. Large indique dans son rapport que les Français "semblent" utiliser des véhicules à peine plus sécurisés qu'un camion commercial tirant une remorque standard, là où les Américains emploient des camions faits sur mesure, blindés et dotés de sécurités bloquant automatiquement l'enlèvement des conteneurs.

"Les convois sont dotés de sécurités multiples: le camion est blindé, il est escorté et suivi par satellite, et les conteneurs sont extrêmement robustes", a déclaré Charles Hufnagel, porte-parole de la Cogema.

"Les parcours sont plus variés que le dit Greenpeace", a indiqué le Haut fonctionnaire de défense Didier Lallemand. L'association écologiste estime que la régularité des convois et du parcours facilite un éventuel acte terroriste. Le passage à proximité des grosses agglomérations de Paris et Lyon accroît les risques, estime en outre le rapport publié par l'association.

Selon M. Lallemand, le trajet sur l'autoroute A6-A7 est étudié "pour garantir une meilleure sécurité notamment grâce à la fluidité du trafic".

Les convois comportent bien depuis août 2003 deux camions au lieu d'un (doublant la quantité de plutonium transporté), mais c'est pour "réduire le nombre de convois sur les routes". "La quantité de matière transportée n'est pas le critère le plus important", a indiqué M.Lallemand.


Libération du mercredi 03 mars 2004

Deux rapports pointent le manque de stratégie en cas d'accident nucléaire.

La France n'est pas à l'abri atomique

John Large, expert mandaté par Greenpeace, s'étonne de la maigre escorte des convois français et de la façon dont les risques sont calculés.  

l n'existe pas de véritable gestion du risque nucléaire en France. Propos d'écologiste ? Non, parole d'expert. De douze experts, même, qui ont rendu public hier un rapport, sous la direction de Constantin Vrousos et commandé par le gendarme du nucléaire français, l'Autorité de sûreté nucléaire. Un constat que ne démentira pas Greenpeace, qui rend publique aujourd'hui une étude tentant d'évaluer les effets sanitaires d'un accident ou d'un attentat contre l'un des nombreux convois de plutonium qui sillonnent les routes de l'Hexagone, entre l'usine de retraitement de La Hague (Manche) et les usines de Cadarache et de Marcoule, dans le sud-est du pays, passant à proximité de Lyon et de Paris.

S'appuyant sur des hypothèses «utilisées par le ministère américain de l'Energie» pour un transport de plutonium militaire qui doit venir en France afin d'y être transformé en combustible, l'expert britannique John Large, mandaté par l'ONG, s'étonne de la maigre escorte des convois français et de la façon dont les calculs de risques sont effectués dans notre pays.

Entre 30 et 4 000 morts. Selon John Large, la rupture de conteneurs chargés d'oxyde de plutonium n'aurait que peu d'effets sanitaires immédiats, mais induirait à long terme une augmentation du nombre de cancers sur un large périmètre, en fonction des conditions météorologiques. Suivant la gravité de la dissémination, il estime qu'à long terme (sur une période étalée dans le temps d'au moins trente ans) on constaterait entre une trentaine et plus de 4 000 décès près de Lyon, ou entre 60 et 11 000 près de Paris. Et souligne - tout en reconnaissant la difficulté de telles estimations - que plusieurs centaines de kilomètres carrés devraient être évacués pour une période d'au moins un à deux ans. L'expert de Greenpeace recommande notamment de détourner les convois nucléaires des zones de trop forte densité urbaine et de conduire «une étude portant sur les aspects économiques et les impacts sociaux» d'une éventuelle dissémination de matières radioactives par un convoi routier.

«Suivi sanitaire». Le rapport, officiel celui-là, remis par le Pr Vrousos à l'Autorité de sûreté nucléaire ne dit pas autre chose. Sans mentionner explicitement les transports routiers de plutonium, les experts s'étonnent de «l'absence de tout programme officiel pour définir une stratégie de gestion sociale et économique des territoires éventuellement contaminés en milieu urbain et agricole, qui prendrait en compte le suivi sanitaire des populations, le suivi radiologique de l'environnement et des denrées alimentaires, et le développement d'une culture radiologique pratique au sein de la population». Cela, bien évidemment, dans le cas où la France devrait faire face à une importante contamination du territoire qui résulterait «d'un accident nucléaire ou d'un acte de malveillance».

Effort de formation. Le rapport Vrousos souligne également l'importance de la veille scientifique, présentant de nombreux exemples de publications scientifiques récentes qui, si elles étaient confirmées, seraient susceptibles de conduire à un changement des règles et des normes d'exposition aux radiations. Il demande le renforcement du suivi des 250 000 travailleurs exposés aux rayonnements et insiste aussi sur l'effort de formation nécessaire dans les milieux médicaux, notamment sur la conduite à tenir en cas d'accident, mais aussi pour réduire le nombre de clichés radiologiques inutiles. Une formation qui devrait s'étendre à l'ensemble de la population, par exemple dès l'enseignement secondaire, dans le cadre d'une «instruction civique à l'environnement et au développement durable». Sans oublier de faire référence au manque de transparence qui a parfois caractérisé la gestion du risque nucléaire par les pouvoirs publics, les douze experts soulignent que c'est au prix d'une information complète et objective, et d'un débat public sur les choix de société, que «la confiance du public» pourra être obtenue. Seront-ils entendus dans un pays où, à coups de secret défense, on tente de museler les écologistes qui dénoncent les transports routiers nucléaires ?

Denis DELBECQ

 


Greenpeace 28 février 2004
Information Plutonium ouverte aux péages de Villefranche (69) et Beuzeville (27)

 


Dangers du nucléaire et terrorisme
(Les centrales nucléaires, première option du 11 septembre?)

" Société nucléaire, société policière "

Ainsi, voilà qu’au travers du terrorisme on découvre subitement la fragilité des installations nucléaires si sûres d’après les promoteurs. Pourtant lorsque dans les années 70 les manifestants antinucléaires scandaient " société nucléaire, société policière " c’est bien parce que les centrales nucléaires sont apparues comme des installations particulièrement vulnérables et que le système policier qu’elles devaient engendrer nous apparaissait comme peu souhaitable et inéluctable…Depuis, le déploiement policier qui entoure chaque transport par rail des combustibles partant ou arrivant à La Hague est un fait devenu banal. La contradiction entre les désirs d’une société vivable et conviviale à laquelle nous aspirons et la réalité policière (et si besoin militaire) n’en est que plus profonde. Il est certain que les récents attentats aux Etats-Unis avec plus de 6000 morts et disparus ne vont pas faire évoluer notre société vers plus de libertés mais vers plus de contrôles avec un Vigipirate omniprésent. Doit-on pour autant minimiser le risque terroriste pour ne pas entraîner une précipitation de la militarisation de la société ? C’est la quadrature du cercle.

Le problème du terrorisme, des actes de malveillance sur des installations nucléaires n’est pas nouveau et il est pour le moins étonnant qu’il ne soit évoqué seulement que maintenant dans les médias. Il a été posé publiquement, sans aucun écho dans la presse, en janvier 1987 à Paris par Paul Leventhal directeur du Nuclear Control Institute (USA) au cours de l’Audition parlementaire sur les accidents nucléaires : protection de la population et de son environnement organisée par le Conseil de l’Europe après Tchernobyl. Son exposé avait en sous-titre, " un danger sournois : le terrorisme nucléaire ". Il disait clairement : " Les dégâts occasionnés par un attentat terroriste visant un réacteur nucléaire seraient analogues à ceux qui résulteraient d’un accident de réacteur ".  Le problème a été soulevé il y a quelques années par la parution d’un article du Canard Enchaîné pointant l’insuffisance de la surveillance des centrales car des agents de la sûreté du territoire avaient facilement pu s’infiltrer à l’intérieur d’une centrale et assez près pour être à portée de bazooka de parties sensibles du réacteur. Il s’est posé avec acuité aux militants antinucléaires sur la stratégie à adopter pour leur défense judiciaire contre EDF : ils avaient pénétré sans encombre dans le périmètre de la centrale de Golfech et étaient montés s’installer pacifiquement sur une tour de refroidissement. De là-haut ils avaient pu joindre les médias et dénoncer les dangers que le nucléaire fait courir à la population en cas d’accident majeur. Les militants ont été jugés pour s’être introduits illégalement dans le périmètre de la centrale. Mais c’est le chef de la centrale de Golfech qui aurait dû être jugé et condamné car l’intrusion des militants était une preuve flagrante de l’insuffisance professionnelle des vigiles et donc de faute grave de la hiérarchie au plus haut niveau. Lors du procès, le chef de centrale n’a pas été accusé publiquement d’incompétence pour le laxisme des vigiles.

Le terrorisme existe. On l’a subi en France il n’y a pas si longtemps et il peut s’attaquer aux installations nucléaires ou à d’autres installations mortifères considérées comme hyperprotégées. Si le 11 septembre les terroristes ont détourné aux USA 4 avions de ligne Boeing dont 3 d’entre eux, utilisés comme projectiles, ont réussi à percuter des cibles de haute valeur symbolique, les 2 tours du World Trade Center de Manhattan à New York, le Pentagone à Washington, il faut remarquer que le 2ème avion a survolé sur son trajet la centrale nucléaire d’Indian Point en amont de New-York. Quant au 4ème avion détourné il s’est écrasé en Pennsylvanie entre Harrisburgh et Pittsburgh, dans le comté de Somerset sur une portion désaffectée d’une mine de charbon en activité (selon Platts News). Ce crash s’est effectué dans des conditions mal élucidées. Quelle était la cible visée ? Il a été question de la Maison Blanche, de Camp David, mais ce qui est certain c’est que la véritable cible est inconnue du public. La centrale nucléaire de Three Mile Island, proche de Harrisburg et hautement symbolique car elle a connu en mars 1979 une fusion partielle du cœur, aurait pu être une cible potentielle avec pour résultat une catastrophe nucléaire.

Dès le 11 septembre l’autorité de sûreté américaine (NRC, Nuclear Regulatory Commission) recommandait " à titre de précaution, que tous les réacteurs électronucléaires, les réacteurs nucléaires non électrogènes, les installations d’élaboration de combustibles et de diffusion gazeuse soient amenées au plus haut niveau de sécurité. Les détails de ces niveaux sont classifiés [secrets] ".

(Certains internautes américains proposent d’utiliser des batteries anti-aériennes pour protéger les réacteurs. Mais il faudrait les mettre assez loin pour qu’en cas de succès l’avion abattu ne tombe pas sur le site…)

En France, l’autorité de sûreté a indiqué dès le 13 septembre 2001 dans sa Note d’information sur la protection des installations nucléaires contre les chutes d’avions " les installations nucléaires sont classées points sensibles et à ce titre font l’objet de mesures de protection contre le terrorisme qui ont été renforcées dans le cadre du plan Vigipirate ". On peut en déduire que cela concerne toutes les centrales nucléaires, tous les centres de recherche civils (Saclay, Grenoble) et militaires, l’usine de la Hague, les usines de fabrication de combustibles, Melox, Comhurex, Eurodif, etc.

 

Les réacteurs nucléaires et les " lacunes " de la sûreté

Cette même Note précise : " Ce qui s’est passé aux USA ne relève pas de chutes [d’avions] accidentelles mais de véritables actes de guerre qui ne sont pas pris en compte dans la construction des installations nucléaires ". http://www.asn.gouv.fr/

Les promoteurs aveugles du nucléaire ont refusé de voir qu’un pays nucléarisé est un pays fragilisé, ce qu’avaient bien compris les antinucléaires des années 70. Le terrorisme, la guerre, les actes de malveillance font partie des risques " oubliés " mais inacceptables du nucléaire qui peuvent être responsables d’accidents nucléaires majeurs tout comme les autres risques " habituels " (risque de rupture de matériel et circuits importants pour la sûreté des aciers et autres matériaux dégradés par action des rayonnement, par chocs thermiques, erreurs de conception et prise en compte insuffisante des séismes, inondations, incendies etc.)

Il est important de voir les grosses " lacunes " de nos concepteurs vis-à-vis du risque terroriste et des actes de malveillance en général. Il ne peut pas en être autrement puisque si la probabilité d’occurrence d’un événement est très faible, inférieure à un millionnième, il est dit hors dimensionnement c’est à dire qu’on n’en tient pas compte dans la sûreté, tout simplement ! Il a été considéré que la probabilité de crash de tels avions de l’aviation générale était très faible. Or l’acte terroriste quand il se produit a une probabilité égale à 1 !

-Impact d’un Boeing sur une enceinte de confinement

Dans un article du Monde du 14 septembre sur les centrales nucléaires américaines, Hervé Kempf signalait que les enceintes de nos réacteurs, comme celles des réacteurs américains, ne résisteraient pas à l’impact d’un Boeing 767 ce qui pourrait conduire à un scénario de type Tchernobyl si l’enceinte, une fois enfoncée, le circuit primaire pouvait lui aussi être atteint.

L’édition publique des textes des rapports de sûreté des 900 et 1300 MW confirment les données du Monde qui indiquait que seuls les crashs d’avions à une vitesse de 360 km/h de type CESSNA et LEAR JET ont été envisagés. Le premier est caractéristique d’avions pesant moins de 1,5 tonnes, le second de 1,5 à 5,7 tonnes or le Boeing 767 pèse 150 tonnes.

On remarquera que l’édition publique pour les tranches de 900 MW date de 1982, celle des tranches de 1300 MW de 1985 et 2 types de projectiles externes sont évoqués : les avions et les projectiles susceptibles d’être émis par le groupe turboalternateur d’une tranche. Des Boeing plus lourds et plus rapides que le Lear jet n’étaient-ils pas déjà largement utilisés à l’époque dans le domaine commercial et ne pouvait-on pas anticiper l’évolution de l’aviation vers des appareils plus performants plus rapides et plus lourds ? Evidemment cela aurait plombé le développement de l’électronucléaire.

Indiquons aussi que dans ces règles de sûreté, s’il y a perte de l’étanchéité de l’enceinte de confinement par perforation, pour les 900 MW la production de projectiles secondaires n’est pas prise en compte dans le dimensionnement car il est considéré que la peau d’étanchéité ne se romprait pas. De même pour les 1300 MW on considère que les protections anti-projectiles sont suffisantes pour ne pas entraîner de projectiles secondaires.

On peut d’ailleurs se demander si les calculs et les modélisations ont grand sens. Même au cas où le circuit primaire ne serait pas directement atteint, peut-on nous garantir que l’onde de choc résultante ne puisse conduire à la rupture d’éléments fragilisés par défauts et fissurations pré-existants ? Les équipements, les matériaux, sont toujours considérés comme parfaits dans les calculs (peut-on faire autrement ?) qu’il s’agisse des soudures de la cuve sous revêtement, des tuyauteries du circuit primaire, des tubes de générateurs de vapeur, des volutes des pompes primaires, des lignes de vapeur principales du secondaire dont la rupture guillotine peut engendrer la rupture des GV, etc.

Quant aux enceintes de confinement en béton armé et réputées sûres, plusieurs d’entre elles ont dû être " réparées " car elles ne répondaient pas aux normes, avec des parties fuyardes quand elles sont mises sous pression interne (comme ce serait le cas en situation accidentelle). Même l’enceinte d’une tranche récente de Civaux n’est pas conforme aux critères de sûreté ! Ces enceintes sont probablement moins résistantes à l’impact externe d’un avion-projectile (y compris hors de l’impact direct : cisaillement possible au niveau du radier et du sas matériel).

-Il n’y a pas que le bâtiment réacteur, un impact sur le bâtiment auxiliaire ou sur le bâtiment combustible et les incendies ne seraient pas sans conséquences graves.

 

L’usine de retraitement de La Hague

" Un avion sur la Hague créerait un Tchernobyl, selon une étude pour l’Europe " tel a été le titre d’un article d’Hervé Kempf du Monde du 16 septembre, reprenant les conclusions d’une étude à paraître de Wise-Paris dont un des thèmes porte sur les accidents majeurs pouvant affecter l’usine. Le principal risque provient des piscines de refroidissement où sont stockés actuellement 7500 tonnes de combustibles usés pour être refroidis pendant plusieurs années avant retraitement. Rien qu’en césium 137 (Cs137) il y aurait 287 fois la quantité de Cs 137 relâché lors de l’accident de Tchernobyl dans l’ensemble des piscines. Si une seule piscine est touchée par l’impact d’un avion conduisant à la perte de l’eau de refroidissement et par voie de conséquence à la rupture des gaines de combustible, il serait relâché 66,7 fois le relâchement total de Cs 137 de Tchernobyl ce qui pourrait provoquer sur le long terme " jusqu’à 1,5 million de cancers mortels ". [Cela me paraît une valeur basse].

Alors on continue le retraitement ? Rappelons que même si on l’arrête (c’est à dire si on arrête l’extraction du plutonium du combustible usé) il faudra continuer à refroidir les combustibles usés, non seulement ceux qui sont déjà dans les piscines mais aussi ceux qui sont actuellement dans les cœurs des 58 réacteurs PWR en fonctionnement (sans compter Phénix et les réacteurs de recherche). Donc le danger continue. Arrogante imbécillité des décideurs et inconscience des citoyens qui ont laissé faire, tellement confiants dans la Science.

Ajoutons que le nucléaire peut continuer sans retraitement, c’est le choix fait au départ par la quasi-totalité des pays nucléarisés.

 

Le sabotage

Il n’en est pas question dans les rapports de sûreté rendus publics. Pourtant les actes de malveillance existent et cela inquiète les autorités de sûreté. On peut s’en apercevoir quand par hasard on a accès au " bon " dossier.

Un exemple ancien mais significatif : le CEA voulait lancer pour le chauffage urbain, par l’intermédiaire de sa filiale Technicatome, un petit réacteur nucléaire dénommé Thermos dans la gamme de 50-100 MW. Il se trouve que les  Options générales de sûreté  concernant ce réacteur ont " fui " et qu’une analyse en a été faite par le " Groupe information Thermos de la région de Saclay " dans une brochure publiée en mars 1978 par Ecologie-hebdo. Ce qui s’est écrit il y a plus de 23 ans est toujours valable aujourd’hui quelle que soit l’installation nucléaire.

Dans le chapitre consacré au sabotage, la brochure cite des passages de ces options générales de sûreté que nous donnons ci-après en italique " Seuls peuvent être énoncés quelques principes généraux concernant ce mode commun que l’on prendra en compte dans la mesure du possible. Il est impossible de dimensionner un composant ou sa protection contre un acte de malveillance d’autant plus que celui-ci peut être le fait d’une personne avertie " [souligné par le groupe information Thermos). Plus loin on peut lire " La complicité de l’équipe de quart rend possible toutes les hypothèses : mise hors service des sécurités sur la chute des barres, explosion d’une bombe dans la salle des mécanismes, réacteur en marche etc. " La brochure ajoutait :" La complicité possible des hommes de quart pose un problème insoluble. Le bon fonctionnement de l’installation demanderait d’avoir un personnel hautement qualifié et connaissant parfaitement l’installation ce qui, en cas de sabotage, rendrait leur complicité avec des saboteurs particulièrement efficace. La tentation serait grande de recruter ce personnel sur des critères d’incompétence et de méconnaissance totale de l’installation, mais alors que de risques pour le fonctionnement du réacteur et le danger, là, peut être suffisamment grand pour que les Options générales de sûreté fassent une mise en garde : Les deux principes que nous proposons ici sont les suivants : le personnel d’exploitation aura suivi une formation appropriée et connaîtra parfaitement l’installation. Il est exclu de se contenter d’un personnel presse-bouton (…). On ne tirera pas non plus argument des risques que peut faire encourir une équipe de quart compétente dans le cas où elle deviendrait complice d’agressions dirigées contre l’installation elle-même ".

Finalement le projet Thermos a capoté mais tout ce qui est dit sur le sabotage est valable pour les PWR et toute autre installation nucléaire. Pour les auteurs de la brochure, il y a 23 ans… " (…) Les conséquences très graves du sabotage d’un réacteur rendent inéluctables et quasi nécessaires le renforcement des contrôles policiers de la Société ".

 

En conclusion

D’après Nuclear News Flashes du 20 septembre 2001 "un rapport sur la sécurité des réacteurs nucléaires allemands a été commandité par le ministre de l'environnement allemand Juergen Trittin après les attaques terroristes aux USA. Les réacteurs nucléaires sont conçus pour résister au crash d'un avion de chasse militaire mais pas à celui d'un avion de ligne moderne analogue à ceux qui ont frappé le World Trade Center et le Pentagone." Les nôtres non plus...

C’est bien pour éviter de se trouver dans une configuration pouvant conduire à une catastrophe avec d’énormes rejets radioactifs qu’on doit arrêter le nucléaire civil (et militaire).

 

Il faut sortir rapidement du piège nucléaire avec les moyens dont on dispose actuellement. Rappelons encore une fois qu’on dispose encore en France d’un parc de centrales thermiques classiques, à charbon, fioul et gaz, qui est sous-utilisé et qu’EDF projette de démanteler suffisamment pour rendre le nucléaire irréversible.

B. Belbéoch, 20 septembre 2001. 

 


L’autorité de sûreté nucléaire américaine (NRC, Nuclear Regulatory Commission) après les attentats terroristes

(Traduction d’un article publié par Platts sous le titre Sécurité nucléaire dans un nouveau monde de menaces).

Nucleonics Week, Washington, 27 septembre 2001

" Concernant les installations nucléaires le site web de la NRC ne donne plus leurs coordonnées géographiques. Il y a deux semaines n’importe qui tapant sur un ordinateur pouvait obtenir la latitude et la longitude des différents sites nucléaires. Désormais on considère que ce genre d’informations est une carte routière pour les terroristes. Le site web dit simplement : n’est plus disponible. Pour beaucoup de gens la croyance que la défense en profondeur —les multiples niveaux de protection incluant la redondance par conception, les barrières physiques [Ndt les gaines de combustible, la cuve, l’enceinte de confinement] et les procédures d’intervention des opérateurs- protègerait les travailleurs du site nucléaire et la population, cette croyance a été détruite le 11 septembre par les attaques terroristes. Les réacteurs nucléaires aux Etats-Unis n’ont pas été construits pour résister à l’impact direct de gros avions commerciaux de ligne et à l’incendie résultant. Ni la NRC ni l’industrie n’ont effectué d’analyses complètes de ce qui se passerait suite à un tel scénario. Des avions de passagers aussi volumineux que celui d’un Boeing 767 n’existaient même pas quand les réacteurs nucléaires étaient sur les planches à dessin. Mais les attentats suicides de New York et Washington du 11 septembre ont rouvert le débat sur la sûreté des réacteurs nucléaires et remettent en question la tenue des enceintes de confinement, la dernière barrière pour contenir un rejet radioactif. Et les cibles possibles ne s’arrêtent pas là : de nouvelles questions sont soulevées à propos de la vulnérabilité des piscines des combustibles usés et des installations pour combustibles usés qui sont sur les sites mêmes des réacteurs. Le Nuclear Control Institute et le Commitee to Bridge the Gap réclament l’installation d’armes antiaériennes sur chaque site avec 40 soldats de la Garde Nationale encerclant l’installation nucléaire en incluant l’accès à l’eau du site [rivière, mer, eau nécessaire pour le refroidissement du cœur], parce que, disent-ils, la possibilité d’un bateau-bombe, aussi impensable que ne l’était un avion-bombe, ne peut être exclue. La NRC a resserré ses dispositifs de sécurité sur ses propres installations, renforçant le contrôle des visiteurs et des véhicules dans ses agences principales et a installé des barrières en ciment à mi-hauteur d’homme autour de ses deux tours à Rockville (Maryland) qui sont situées sur une route principale à grande circulation dans un faubourg animé de Washington D.C. Un responsable de la NRC a indiqué que ces barrières n’étaient que temporaires. Cependant il avait été dit que la fermeture en mai 1995 de la route située devant la Maison Blanche, effectuée quelques semaines seulement après l’attentat par bombe d’un bâtiment fédéral d’Oklahoma City, serait provisoire. Or les barrières sont toujours là. Personne ne sait quel sera le coût définitif des attaques terroristes et si les installations nucléaires vont ressembler à des zones militaires. Personne non plus ne s’aventure à deviner ce que cela signifie pour le futur de l’énergie nucléaire dont beaucoup pensaient qu’elle était sur le point de renaître avec une nouvelle génération de réacteurs intrinsèquement plus sûrs. Mais l’industrie ne reste pas silencieuse. Elle dit qu’elle fera tout ce qu’elle peut pour protéger ses installations étant donné la valeur financière qu’elles représentent. Et ceci est vraisemblablement tout ce qui compte [continuer à pouvoir faire des bénéfices] ".

 


Terrorisme aérien et installations nucléaires:


Le Figaro du 12/3/02

L'affaire du rapport manipulé de la Hague

Alors que le ministère de la Défense a retiré la semaine dernière les missiles sol-air Crotale autour de la Hague, la polémique portant sur les conséquences d'une attaque terroriste sur l'usine de retraitement de la Cogema vient de se déplacer sur le terrain judiciaire. L'association Wise-Paris, un cabinet d'expertise privé, antinucléaire, a déposé plainte contre X, le 19 février dernier, auprès du tribunal de grande instance de Paris, pour « faux » et « usage de faux ». L'association dénonce la diffusion d'un faux rapport, à l'automne dernier, dans le seul but de discréditer une étude qu'elle a réalisée sur l'usine de la Hague.
Cinq jours après les attentats du World Trade Center, Le Monde publiait un article intitulé : « Un avion sur la Hague créerait un Tchernobyl » (1). Le quotidien citait une étude de Wise-Paris réalisée pour le compte de la direction générale de la recherche du Parlement européen, dans le cadre d'un programme d'évaluation des questions scientifique appelé Stoa, selon l'acronyme anglais. Selon Wise, 17 600 tonnes de combustible nucléaire usé sont stockées à la Hague. Les piscines de l'usine contiennent 287 fois plus de césium 137 qu'il n'en a été relâché dans le fameux nuage de Tchernobyl. En cas d'accident à la Hague, calculait Wise en annexe de son rapport, la dose radioactive collective serait cinquante fois celle reçue à la suite de la catastrophe ukrainienne de 1986. Des estimations aussi inquiétantes n'ont pas manqué de rapidement déclencher une polémique, en France, et particulièrement dans le département de la Manche.

C'est à Cherbourg justement que, le 10 novembre, paraît un article dans La Presse de la Manche : « Crash sur la Cogema : le rapport Wise démonté ». Le quotidien départemental cite un rapport intitulé « Groupe de conseils scientifiques, rapport d'évaluation du rapport d'étude définitif sur les éventuels effets toxiques des usines de retraitement nucléaire de Sellafield et de la Hague ». Ledit rapport estime que le calcul de Wise sur la quantité de césium qui pourrait être relâchée à la Hague est « hautement controversé et dépourvu de crédibilité ». Le document de Wise, marqué par des « insuffisances méthodologiques, (...) n'offre aucun fondement solide pour quelque position politique que ce soit ». En somme, un contre-rapport officiel règle sévèrement son compte à l'étude d'une association sur une question controversée. Sauf que ce « groupe de conseils scientifiques » est inconnu au Parlement européen. Le 5 décembre 2001, Paul Engstfeld, fonctionnaire au Parlement européen, chargé du Stoa Panel, écrit à Wise qu'il « lui semble que le rapport cité dans La Presse de la Manche est un faux ». D'où vient-il ? Il a été diffusé par la mairie de Cherbourg. A-t-il été forgé de toutes pièces ? Non.

C'est en novembre 2000 que le « panel Stoa » du Parlement européen a confié à Wise une étude qui ne portait d'ailleurs pas sur l'usine de la Hague face au risque accidentel ou terroriste, mais plus largement sur les effets toxiques possibles de l'usine de la Cogema et son équivalente britannique de Sellafield. L'identité même de Wise, sans parler du contenu du rapport, étant suspecte aux yeux de certains élus du Parlement, le « panel Stoa » décide, en juin 2001, de demander à trois experts indépendants d'évaluer le document de 150 pages produit par l'association.

L'un de ces trois « relecteurs », Ian Coudrace, du Southampton Oceanography Centre, juge le rapport de Wise « alarmiste ». Un autre, Peter Mitchell, de l'université nationale de Dublin, s'interroge sur les calculs de Wise. En plus des trois experts, une « évaluation administrative », habituelle selon les usages complexes de ce groupe du Parlement européen appelé Stoa, a été rédigée. Son auteur est un Français, fonctionnaire à l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, le docteur Philippe Gaillochet. Il a rédigé son évaluation en anglais.

Or, il s'avère que le contre-rapport publié par La Presse de la Manche ressemble à s'y méprendre au travail du docteur Gaillochet. « On m'a dit qu'il existait un papier en français qui ne correspondait pas tout à fait à ce que j'avais écrit », raconte Philippe Gaillochet au Figaro. Son évaluation n'était, selon le règlement du Stoa ou selon l'usage des révisions des publications scientifiques, pas destinée à être publiée. Le 23 octobre, en pleine polémique, le Stoa a souhaité publier le rapport Wise ainsi que les trois révisions scientifiques et celle du docteur Gaillochet. Devant cette décision, celui-ci a démissionné de ses fonctions d'assesseur au Stoa.

Qui a traduit, maquillé et diffusé le travail du docteur Gaillochet ? Bernard Cazeneuve, le député-maire de Cherbourg, qui s'en est déjà expliqué dans La Manche libre (2), interrogé par Le Figaro, affirme n'avoir « jamais vu ce document ». Il ne nie pas en revanche que la
mairie, qui reçoit « des tonnes de documents sur le nucléaire », ait pu le diffuser. Le maire préside la Commission spéciale permanente d'information de la Hague et, à ce titre, diffuse de nombreux documents sur le nucléaire. « C'est de l'agitation antinucléaire », résume-t-il, habitué aux joutes avec Wise, Greenpeace et les associations locales. La preuve ? Le rapport Wise n'était pas destiné à être publié, en septembre, avant son adoption par le panel du Parlement européen. L'association estime néanmoins qu'il y a eu « faux » et « usage de faux », un pas de plus franchi dans la guerre de communication qui sévit depuis des décennies autour de la Hague, un pas grave selon elle. Pour l'heure, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris.

(1) Le Monde du 16 septembre 2001.
(2) La Manche libre du 2 décembre 2001.

Fabrice Nodé-Langlois



Les dangers du terrorisme aérien sur les installations nucléaires étudiés
(On saura bientôt, que les installations ne sont pour l'instant pas sécurisées)

PARIS, 15 nov 2001 - Des études sont en cours pour évaluer la menace qui pèse sur les installations nucléaires françaises en cas d'attaques terroristes du type de celles du 11 septembre aux Etats-Unis, a annoncé jeudi le directeur de l'Autorité de sûreté nucléaire André-Claude Lacoste.

"Nous avons lancé des études sur les conséquences éventuelles d'un acte de terrorisme aérien (sur les installations nucléaires)", a précisé devant la presse M. Lacoste.

Des études ont également été demandées aux exploitants de ces installations (EDF, COGEMA...) et un premier point doit être fait d'ici la fin de l'année, a-t-il ajouté.

Le risque d'un attentat suicide avec un avion de ligne contre une centrale nucléaire n'a jamais été envisagé. Seule la chute accidentelle d'un petit avion d'affaires a été pris en compte dans la conception des centrales, le risque de crash accidentel d'un avion de ligne étant considéré comme trop faible.

La situation est identique dans tous les pays, sauf en Allemagne où ont également été pris en compte les risques de chute d'un avion militaire, a précisé le directeur de l'Autorité de sûreté.

Selon un rapport au parlement européen de WISE, un organisme d'études réputé pour ses positions anti-nucléaires, un attentat contre les installations de retraitement de la COGEMA à La Hague (Manche) pourrait avoir des conséquences catastrophiques, "l'équivalent de 67 Tchernobyl". "L'étude de WISE semble exagérée", a estimé M. Lacoste. (Très fort puisqu'il reconnaît qu'il n'a pas fait les études...)




L'AIEA étudie les scénarios d'apocalypse du terrorisme nucléaire

VIENNE, 2 nov 2001 - L'Agence Internationale de l'Energie Atomique a consacré vendredi une session d'experts aux menaces terroristes qui pèsent sur le nucléaire, y compris le "scénario d'apocalypse" de l'explosion d'une bombe atomique.

A l'ouverture de la session, le directeur général de l'AIEA Mohamed ElBaradei a qualifié "d'improbable" l'hypothèse que des terroristes mettent la main sur une bombe atomique. Mais "rien ne peut être exclu", a-t-il dit.

Il a cependant exposé d'autres dangers, comme celui d'une "bombe radiologique". Faite d'explosifs conventionnels et de matériaux radioactifs utilisés dans les hôpitaux et l'industrie, cette "bombe sale" pourrait irradier dans un rayon limité, mais assez pour semer la panique dans une ville et exiger son évacuation.

Le scenario d'un avion de ligne lancé sur une centrale nucléaire, plausible depuis les attaques du 11 septembre contre New York et Washington, est un autre des risques étudiés par les experts réunis au siège de l'AIEA à Vienne.

"Les risques du terrorisme nucléaire ont été propulsés au premier plan", a déclaré le directeur général.

L'AIEA, qui surveille les centrales nucléaires dans le monde entier, a prévenu les gouvernements qu'ils devraient payer pour renforcer la sécurité, demandant une augmentation de son budget de 15%, soit 50 millions de dollars.

"Nous devons prendre des mesures préventives. Nous n'essayons pas de provoquer la panique... mais nous devons être prêts", a poursuivi M. ElBaradei.

"Ce sont des menaces non conventionnelles qui demandent des réponses non conventionnelles. Nous ne pouvons évidemment pas éliminer les risques mais nous nous devons de les réduire". (Après avoir menti pendant des années en garantissant qu'il n'y avait aucun risque, c'est à nous de nous habituer à l'idée que tout est possible, mais heureusement, les experts veillent!).


La menace nucléaire a pris "une autre dimension" après les attentats

LONDRES, 1er nov 2001 - La menace nucléaire "a pris une autre dimension" depuis les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et réclame "une réponse non conventionnelle", a estimé jeudi sur la BBC (radio) Mohamed El Baradei, directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Après les attentats du 11 septembre, "nous avons réalisé que la menace nucléaire avait pris une nouvelle dimension", a déclaré Mohamed El Baradei. D'abord "parce des gens ont démontré qu'ils étaient prêts à perdre la vie en perpétrant un acte de terrorisme".

Ensuite, "parce que nous avons assisté à une nouvelle forme de terrorisme, avec ces attaques aériennes contre des bâtiments", a-t-il ajouté.

"Une attaque similaire sur une installation nucléaire doit désormais être considérée comme une menace sérieuse", a estimé le président de l'AIEA.

"Il s'agit de répondre à ces menaces non conventionnelles par des moyens non conventionnels", a-t-il dit.

"Nous vivons une époque exceptionnelle. Les Etats-Unis ont par exemple décrété une interdiction de survol (des installations nucléaires), alors qu'en France des batteries anti-aériennes sont installées à proximité des installations nucléaires", a dit M. El Baradei.

"Chaque pays devra évaluer les risques associés à ses installations et prendre les mesures appropriées", a-t-il dit.

"Nous ne pouvons éliminer tous les risques, mais nous pouvons les minimiser", a-t-il ajouté, en précisant qu'en matière nucléaire, le maillon faible concernait "la possession de produits radioactifs plutôt que les installations". (ben voyons)

"Nous voyons encore beaucoup de trafic illicite de produits radioactifs à travers les frontières et la sécurité doit également être renforcée (...) dans notre vie quotidienne, l'industrie et les applications médicales", a-t-il estimé.

"Il y a des mesures nationales à prendre, associées à des mesures internationales", a-t-il dit, en rappelant que l'AIEA organisait vendredi à Vienne une réunion d'experts sur la menace terroriste pesant sur les installations nucléaires dans le monde après les attentats du 11 septembre.


L'AIEA cherche des parades au terrorisme nucléaire

VIENNE, 1er nov 2001 - L'AIEA cherchera, vendredi à Vienne, des parades au terrorisme nucléaire après les attentats du 11 septembre, estimant que des islamistes pourraient construire de toutes pièces une bombe atomique.

Dans une réunion d'experts, l'Agence internationale de l'énergie atomique considérera également l'attaque par les airs de centrales nucléaires et la fabrication d'une bombe "sale" à partir de matériaux nucléaires volés.

"Le fait que des terroristes soient prêts à sacrifier leur vie pour faire aboutir leurs funestes desseins rend la menace du terrorisme nucléaire plus crédible qu'avant les attentats de New York et de Washington", a déclaré le directeur de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, lors d'un briefing de presse mercredi à Vienne.

"Le monde a déjà subi deux catastrophes nucléaires" en temps de paix, a-t-il poursuivi. "Tchernobyl et la découverte, par l'AIEA, que l'Irak se dotait secrètement de l'arme nucléaire. Il est vital de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour en éviter une troisième", a-t-il ajouté.

Washington a pris conscience de cette menace et, mardi, la direction de l'Aviation civile américaine (FAA) a interdit le survol de 86 sites nucléaires sensibles aux Etats-Unis.

Pour prévenir une nouvelle catastrophe, le directeur de l'AIEA a demandé aux 132 pays membres d'augmenter de 55 millions d'euros (50 millions de dollars), soit de 15%, le prochain budget de cette agence des Nations unies chargée de surveiller les installations nucléaires dans le monde.

Le 21 septembre, dix jours après les attentats, l'AIEA avait mis en garde contre l'utilisation de matériaux nucléaires par des terroristes qui pourraient chercher à contaminer des villes entières.

Dans une résolution sur la protection des matériaux et installations nucléaires, la conférence générale annuelle de l'agence mis en garde contre les risques d'utilisation de matériaux nucléaires par des terroristes et sur la nécessité de protéger les installations nucléaires.

Le principal danger réside dans la fabrication d'une "bombe sale" combinant des matériaux radioactifs avec des explosifs conventionnels, avait alors expliqué l'AIEA. Les radiations émises pourraient contaminer toute la zone de l'explosion et dans le cas d'une ville la rendre inhabitable jusqu'à sa décontamination, avait-elle ajouté. (une décontamination comme à Tchernobyl ?)

Après une accalmie entre 1995 et 1998, l'AIEA a enregistré depuis le début 1999 six saisies d'uranium ou de plutonium enrichi dans les anciennes républiques d'URSS et dans les Balkans. Les quantités saisies vont de 0,4 gramme à 6 grammes.

Il faut au minimum 8 kg de plutonium ou 25 kg d'uranium hautement enrichi pour produire une bombe nucléaire, d'après les experts.

"Nous ne pouvons pas exclure que des terroristes mettent la main sur des matériaux nucléaires, même s'il est très improbable qu'ils réussissent à construire et à faire exploser la bombe qu'ils fabriqueraient", a estimé M. ElBaradei. "Il ne faut toutefois écarter aucun scénario", a-t-il ajouté.

"Après les attentats du 11 septembre, nous avons réalisé que les installations nucléaires et les grands équipements, comme les barrages hydroliques, les raffineries de pétrole ou chimiques, sont vulnérables", a souligné le directeur de l'AIEA. "Il n'existe plus de sanctuaire", a-t-il ajouté.



L'AIEA se félicite des restrictions au survol des installations nucléaires

VIENNE, 31 oct 2001 - L'AIEA s'est félicitée mercredi à Vienne des restrictions imposées par les Etats-Unis au survol de certaines installations nucléaires, estimant qu'elles pouvaient être visées par des terroristes.

Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohamed El Baradei, a ajouté que les centrales nucléaires ne constituaient pourtant qu'une cible possible parmi d'autres.

"Toutes les mesures conservatoires sont les bienvenues", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse dans la capitale autrichienne, où l'AIEA a son siège.

"Toutes les installations de haute technologie sont en cours d'inspection et (...) les installations nucléaires sont d'évidence une cible de nature à semer la panique dans la population en raison d'une possible émission de radioactivité" après une éventuelle attaque, a-t-il souligné.

"Si l'on se met à la place des terroristes, le nucléaire n'est pas une cible à exclure, loin s'en faut", a ajouté M. El Baradei.

La direction de l'Aviation civile américaine (FAA) a interdit mardi le survol dans un rayon de 18 km et au-dessous de 5.480 m de 86 sites nucléaires sensibles .

"Les Etats-Unis sont actuellement vulnérables aux attaques terroristes et ils mettent au point ce qu'ils pensent être les meilleures parades", a affirmé le directeur de l'AIEA.

L'AIEA organise vendredi à Vienne une réunion d'experts sur la menace terroriste pesant sur les installations nucléaires dans le monde après les attentats du 11 septembre.

 

 


Libération, 19 octobre 2001:

EDITORIAL
Principe de précaution

Après la maladie du charbon, les risques du nucléaire, y compris en France. Selon certains de nos lecteurs, mieux vaudrait ne pas évoquer le sujet pour ne pas donner de mauvaises idées aux terroristes. L'argument relève peut-être du fameux principe de précaution, mais il n'est guère recevable. Imaginer un seul instant que les cerveaux pervers qui ont planifié pendant des années et réalisé en moins d'une heure l'évaporation du World Trade Center puisent leurs idées de massacre dans la presse relève de l'angélisme. Quitte à se référer au principe de précaution, mieux vaut craindre qu'ils n'aient déjà dans leurs cartons quelque projet criminel d'escalade nucléaire, visant une ou plusieurs installations de cette catégorie. Mieux vaut donc prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir ce qui serait une nouvelle catastrophe majeure.

C'est dire, de ce point de vue, que la décision du gouvernement visant à renforcer la protection des sites industriels à risque est plus que bienvenue. On serait même en droit de s'étonner qu'elle n'ait pas été prise plus tôt, tous les experts s'accordant à reconnaître qu'aucune de la vingtaine de centrales nucléaires françaises n'a été conçue pour résister au choc d'un avion de ligne détourné par des terroristes kamikazes. Le cas de l'usine de retraitement de La Hague est encore plus critique puisque ce sont 7 500 tonnes de combustibles nucléaires qui y sont stockées - des dizaines de Tchernobyl en puissance! - et que cette installation est trop éloignée d'une base de l'armée de l'air pour que la chasse ait le temps d'intervenir en cas de violation de son espace aérien préservé.

Souvent invoqué à tort et à travers avant le 11 septembre, le principe de précaution doit être redéfini avec discernement depuis. On doit dorénavant y intégrer une bonne dose d'imagination, faute de quoi il ne servira pas à grand-chose dans la lutte contre des terroristes qui ont toutes les audaces imaginatives et qui sont parvenus à matérialiser le plus fou des cauchemars. Et, n'en doutons pas, le cauchemar nucléaire, sous une forme ou sous une autre, fait partie de leurs rêves.

JACQUES AMALRIC

 

 

Face aux nouvelles menaces apparues depuis les attentats du 11 septembre
L'armée française les yeux rivés au ciel
La sécurité, surtout aérienne, des «sites d'intérêt national» va être renforcée.

L'armée de l'air devrait rapidement déployer une batterie de missiles sol-air pour protéger l'usine de retraitement nucléaire de La Hague (Manche). Les militaires n'ont pas encore reçu l'ordre d'installer leurs missiles Crotale dans le Cotentin, mais des reconnaissances ont déjà eu lieu sur place, comme l'annonçait hier le quotidien Ouest-France. Une décision devrait être prise «dans les jours à venir», a indiqué hier le porte-parole du ministère de la Défense, Jean-François Bureau. Cette mesure spectaculaire ne sera qu'un des éléments d'un plan renforcement de la sécurité de «certains sites d'intérêt national» demandé mercredi soir par le Premier ministre. La menace aérienne - celle d'avions kamikazes - est prise très au sérieux par le gouvernement. Hier, l'entreprise publique Cogema a indiqué hier avoir été «informée par le ministère de la Défense que l'usine de traitement de La Hague était incluse dans la liste» des sites sensibles.

Kourou. L'usine de La Hague ne sera pas la seule concernée. En fait, le contrôle de l'ensemble de l'espace aérien français va être renforcé. Dès le 11 septembre, des mesures ont été prises, puis durcies après le début des frappes américaines le 7 octobre. «Des moyens de protection complémentaires sont à l'étude, assure le colonel Patrick Dutartre, responsable de communication de l'armée de l'air. Ce seront des dispositifs évolutifs. Nous n'allons pas nous focaliser sur un seul endroit.» D'autres «points sensibles» pourraient bénéficier d'une telle défense antiaérienne. Sur LCI, le ministre de la Défense Alain Richard a évoqué hier l'exemple «de grandes installations industrielles, de grands sites urbains, d'un grand barrage».

Jusqu'à présent, un seul site bénéficie en permanence d'une défense sol-air: le centre spatial de Kourou (Guyane), avec des missiles Mistral à très courte portée. Mais les armées installent ponctuellement de telles défenses, par exemple lors de sommets internationaux, du Salon du Bourget ou de visite du pape en France. Les militaires appellent cela des «bulles» au sein desquelles la circulation aérienne est totalement interdite. Ces dispositifs temporaires sont très coûteux en hommes, en matériel de détection et en avions ou hélicoptères d'interception. Pour l'instant, le ministère de la Défense ne prévoit pas de multiplier ces dispositifs. «Nous sommes dans une posture de dissuasion, destinée à durer et qui sera ajustée en fonction de l'évolution de la situation», a expliqué le porte-parole du ministère.

Etude d'impact. Le cas de La Hague est particulièrement sensible. Avant les attentats, l'organisation Wise - animée par des militants antinucléaires - a réalisé pour le compte de l'Union européenne une étude sur l'impact qu'aurait la chute d'un avion sur l'usine de retraitement. «Un accident majeur aurait jusqu'à 67 fois l'impact dû au relâchement de césium à Tchernobyl», écrivent les experts de Wise. Près de 7 500 tonnes de combustibles nucléaires divers y sont en effet immergées dans cinq piscines et 55 tonnes de plutonium stockées sous forme de poudre. La Cogema a estimé ce scénario «dénué de tout fondement scientifique».

Dans ce site «hautement protégé, explique l'industriel, les combustibles sont contenus dans des gaines elles-mêmes assemblées dans des alvéoles métalliques, le tout placé sous quatre mètres d'eau.» Des parois de béton armé épaisses «de 0,80 à 1,60 mètre» résisteraient-elles toutefois à la chute d'un avion de ligne? Personne ne le croit, pas même le porte-parole de la Cogema, qui affirmait hier qu'«aucun site industriel n'est conçu en fonction d'un tel impact». Toutes les études l'ont été sur la base de la chute d'un Cessna 210 (1,5 tonne) ou d'un Learjet 23 (5,7 tonnes), pas d'un Airbus de 250 tonnes!

«La Défense nationale aurait le temps d'intervenir si une infraction à la règle d'interdiction permanente de survol était suspectée», assure-t-on à la Cogema. Mais cette interdiction ne concerne que les avions volant en dessous de 1 000 mètres d'altitude. De nombreuses lignes transatlantiques passent par le sud du Cotentin, à moins de cinq minutes de vol! C'est le temps donné à l'armée de l'air pour réagir entre le moment où le contrôle aérien diagnostique un problème et l'éventuelle ouverture du feu.

«Deux minutes». Une dizaine de Mirage 2000 sont en état d'alerte «à deux minutes», mais les bases aériennes sont situées surtout dans l'est et le sud de la France. Mission impossible pour la chasse, sauf à installer des intercepteurs dans l'ouest. Il faut donc se résoudre à déployer des missiles sol-air. Fabriqué par Thomson, le Crotale a été conçu pour défendre les bases aériennes. L'armée de l'air possède dix batteries, toutes mobiles et dotées d'un radar de 18 kilomètres de portée. Le Crotale tire un missile à courte portée - entre trois et cinq kilomètres d'altitude. Les habitants des villages du cap de La Hague risquent de devoir s'habituer à cette présence.

JEAN-DOMINIQUE MERCHET

 

 

Et si Ben Laden utilisait le nucléaire ?
Des déchets atomiques circulent clandestinement.

Vienne de notre correspondant

Même si aucune preuve formelle n'a été apportée que Ben Laden et son organisation, Al-Qaeda, se soient déjà procurés des substances radioactives, base d'une potentielle «bombe nucléaire artisanale», plusieurs indices pourraient le laisser penser.

Le premier repose sur le témoignage de Djamal Ahmed al-Fadl. Devant le tribunal de Manhattan, qui a condamné hier quatre personnes pour les attentats antiaméricains de 1998 en Afrique (lire page 6), ce membre du réseau Ben Laden a affirmé avoir servi d'intermédiaire, en 1993, dans l'achat d'un cylindre d'uranium enrichi. «On ne sait même pas si la transaction a, ou non, abouti», tempère David Kyd, porte-parole de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), dont le siège est à Vienne. «Il se peut très bien que ces aveux soient faux et n'aient servi qu'à obtenir la clémence des juges.» Dans son édition du 14 octobre, le Times de Londres rapportait de son côté le témoignage d'un négociant bulgare qui aurait été approché, au début de l'année, «par un comparse de Ben Laden cherchant à obtenir des matériaux hautement radioactifs».

Géorgie. A l'heure du terrorisme planétaire, d'autres incidents font froid dans le dos. Ainsi celui de Batumi. Dans cette petite ville frontalière du sud de la Géorgie, le 19 avril 2000, les douaniers inspectent une pile de colis à destination de la Turquie. Dans l'un d'eux, des sacs de pastilles d'une étrange couleur attirent leur attention. Après analyse en laboratoire, il s'avère qu'ils ont mis la main sur 920 g d'uranium enrichi destinés à on ne sait quel marché noir. Dans les trois dernières années, six cas de ce genre ont été recensés: 10 g d'uranium saisis en Bulgarie, 1,5 g de plutonium au Kirghizistan et 6 autres en Lettonie. Des quantités nettement insuffisantes pour fabriquer de véritables bombes atomiques (pour lesquelles 25 kg d'uranium enrichi ou 8 kg de plutonium sont nécessaires). Mais on songe immédiatement à ces bombes dites «sales», c'est-à-dire composées d'un explosif classique auquel on accolerait des matériaux radioactifs afin de contaminer les populations alentour.

«Ce genre de bombes, dites aussi radiologiques, ne sont pas forcément d'une très grande efficacité» (?????), s'empresse de souligner Abel Gonzales, directeur de la division de sûreté radiologique à l'AIEA. Avant d'ajouter: «L'effet de terreur psychologique, lié aux fantasmes développés par les images de Hiroshima ou de Tchernobyl, serait certainement très fort. Même si ces choses n'ont en vérité rien à voir entre elles.» Et de prendre l'exemple d'une valise bourrée d'explosifs et d'un peu d'uranium déposée à une heure de pointe dans une grande gare d'une capitale occidentale. «Il est très compliqué de calculer les effets exacts d'une telle bombe», explique Gonzales avec une prudence extrême, comme s'il avait peur que ses propos n'inspirent des lecteurs malveillants. «Cela dépend de la quantité d'uranium placée dans la valise, de son degré d'enrichissement (qui peut aller de 20 à 80 %, ndlr), mais aussi de la façon dont l'explosif arrive à diffuser l'uranium.» (l'effet serait redoutable avec du plutonium, car 1 millionième de gramme ingéré suffit à provoquer un cancer)

Contact. Car pour être contaminé, il ne suffit pas d'être à proximité de l'explosion, il faut que le corps entre en contact avec des particules irradiantes. Sur les milliers de voyageurs en attente de leur train, très peu seraient touchés (non). «Avec, par exemple, 100 g de substance radiologique, le nombre de personnes éventuellement contaminées - sans même parler de tuées - ne dépassera pas la centaine», assure-t-il.

Les fonctionnaires de l'AIEA ont certainement pour consigne de ne pas ajouter à l'affolement général. Cependant, plusieurs éléments les inquiètent. On dit souvent que le faible attrait pour les armes radiologiques, comparées aux chimiques ou aux biologiques, réside dans la difficulté pour les terroristes de se procurer les matériaux radioactifs. Mais «il en existe sous des formes très diverses, autres que l'uranium et le plutonium», avoue un attaché nucléaire français. Par exemple le cobalt, le césium ou le strontium. Utilisés dans les hôpitaux et dans de nombreuses industries, ces produits ont l'«avantage» de se trouver dans des lieux beaucoup moins surveillés que les laboratoires de recherche nucléaire.

A Goiania (Brésil), un pauvre bougre s'était ainsi introduit dans un hôpital afin de chaparder quelques bouts de ferraille pour les revendre à la casse. En guise de «ferraille», des barres de césium. Une fois chez lui, il entreprit de les scier et découvrit en leur centre une pâte étrange aux reflets bleuâtres fluorescents. Dont il s'amusa à se couvrir le corps, ainsi qu'à ses amis. Quatre personnes trouvèrent la mort, quatorze furent contaminées, comme des centaines d'hectares aux alentours de sa maison.

Ex-URSS. L'étendue du trafic illicite de matériaux radiologiques est une autre source d'inquiétude. Depuis 1993, l'AIEA dispose d'une base de données qui rassemble tous les cas de commerce de ce genre - environ 600 en huit ans - découverts par Interpol, des services de douanes, des médias... Avec deux réserves importantes: d'une part, ne sont inscrits que les cas confirmés par les autorités du pays concerné (or, on peut imaginer que certains refusent de rendre publiques des malversations opérées sur leur territoire). D'autre part, on n'a aucune idée de la quantité des ventes échappant à la surveillance policière.

«L'immense territoire de l'ex-URSS, avec ses centaines d'installations nucléaires et ses milliers de techniciens sous-payés, constitue un terrain très propice au marché noir de matériaux nucléaires, explique un haut responsable de l'AIEA sous couvert d'anonymat. Mais avec seulement 200 inspecteurs de par le monde, nous sommes incapables de contrôler toutes les anciennes républiques soviétiques comme il le faudrait.» L'AIEA prend donc l'alerte au sérieux. Le 2 novembre, une réunion extraordinaire rassemblera à Vienne les spécialistes mondiaux de la sécurité nucléaire. Thème: «Combattre le terrorisme nucléaire.»

PIERRE DAUM

 


Une quarantaine de militaires installés à Flottemanville-Hague

LA HAGUE 19 octobre 2001 - Une quarantaine de militaires de l'armée de l'air, arrivés vendredi matin à Flottemanville-Hague (Manche) avec cinq camions de transmission, un camion radar et deux autres camions, se sont installés dans un camping de cette commune à la position stratégique.

Le site est le point culminant du nord Cotentin à 183 mètres au-dessus du niveau de la mer avec vue sur le site Cogema, distant d'environ cinq kilomètres.

Virulentes chez les militants antinucléaires, les réactions face à cette protection renforcée du site en cas d'attaque, se teintaient vendredi de fatalisme parmi la population locale.

''Cela fait vingt ans que nous disons que si un jour un avion s'écrase sur la Cogema, ce sera une catastrophe sans précédent'', s'est écrié Yannick Rousselet, représentant de l'organisation écologiste Greenpeace à Cherbourg.

De son côté, Didier Anger, conseiller régional des Verts a estimé que ''protéger le supermarché du plutonium et la poubelle nucléaire du monde ne suffit pas à rassurer. Les terroristes peuvent très bien entrer à l'intérieur du site''

Dans le village, fort de 800 habitants, la vie se poursuivait sans modification. ''On se sent protégé maintenant. Mais cela fait des années que nous vivions à côté de cette usine qui, on le sait représente un danger. Alors cela ne change pas grand chose'', a commenté une habitante à la sortie de l'école.

 

 

L'armée de l'air en place pour protéger le complexe nucléaire de La Hague

FLOTTEMANVILLE-HAGUE (Manche), 19 oct 2001 - Une vingtaine de camions, un radar déployé, des militaires qui devisent : l'armée de l'air a pris position dans la nuit de jeudi à vendredi à Flottemanville-Hague (Manche) dans un champ dominant la presqu'île de La Hague où se trouve le centre de retraitement des combustibles nucléaires que le gouvernement a décidé de protéger.
Un lieutenant du Centre de détection et de contrôle mobile (CDCM) de la base aérienne (BA) 128 de Metz explique que le radar en cours d'installation, dans ce champ entouré d'un talus planté de fougères, va surveiller la région dans un rayon de 150 km et qu'il est "optimisé" pour détecter des engins volant à basse et moyenne altitude.

"Dans chaque véhicule du CDCM, des techniciens sont prêts à traiter les données reçues avant de les transmettre au Centre de conduite des opérations aériennes de Taverny (Val d'Oise)", dit-il.

Le lieutenant cite la présence sur place d'hommes de l'escadron de transport 02.064 Anjou de la BA 105 d'Evreux qui sert de "support logistique". Il se veut pédagogue : "Ici, en cas d'incident, on sert d'alerte. On dit qu'il y a quelque chose d'anormal et on donne à notre hiérarchie la capacité de prendre une décision".

L'officier ne confirme pas pourtant l'arrivée de missiles sol-air qui doivent compléter le modeste dispositif aujourd'hui en place. "La guerre se déplace chez nous"

Durant ses explications, un hélicoptère civil, à bord duquel se trouvent probablement des photographes, survole le champ. Cela a le don d'agacer un adjudant-chef : "depuis les événements, la zone ou se trouve La Hague est interdite de survol. Le jour où il aura un Mirage au c.., cela lui fera drôle", lâche-t-il.

Les militaires se sont installés au point le plus haut de la presqu'île, à 180 m d'altitude, à proximité d'un observatoire astronomique. De là, ils ont une vue dégagée sur la rade de Cherbourg et sur le centre de retraitement de La Hague dont les installations gigantesques contrastent avec l'aspect paisible du Bocage normand.

Dans le bourg de Flottemanville-Hague qui compte 800 habitants et où beaucoup de familles ont un parent qui travaille dans le nucléaire, l'arrivée des militaires est ressentie sans état d'âme. "C'est tout à fait normal d'utiliser de tels moyens de défense dans la situation internationale incertaine que nous vivons", dit Eric, 40 ans, technicien de maintenance.

Le maire de la commune Christiane Desquesnes abonde dans ce sens. "Depuis que la nouvelle s'est répandue, je n'ai reçu aucun coup de téléphone affolé ou paniqué d'un habitant de Flottemanville", assure-t-elle.

Seule, Dominique, une femme au foyer de 41 ans, se montre plus nuancée : "Il ne faut certes pas céder à la panique mais cela veut quand même dire que la guerre se déplace chez nous et qu'elle n'est pas que dans l'écran de télévision à la grand-messe du 20h00".


Protection renforcée des sites nucléaires en Rhône-Alpes

LYON, 19 oct 2001 - La préfecture de région et EDF ont confirmé vendredi à l'AFP que des mesures particulières étaient prises pour la protection des sites nucléaires en Rhône-Alpes (5 centrales de 4 tranches de réacteurs), mais en se refusant à donner tout détail, notamment sur une éventuelle protection aérienne.

"L'efficacité même de la mesure est dans son secret", a souligné la préfecture.

"A partir du moment ou le risque dépasse celui qui ressort de l'exploitation, si c'est un risque terroriste ou un risque de guerre, cela relève de la défense nationale", observe de son côté Jean Fluchère, délégué régional EDF en région Rhône-Alpes

"Chacun assume ses responsabilités", a-t-il ajouté, affirmant : "Je ne connais pas les mesures qui sont prises et c'est normal. Il ne faut surtout pas les commenter parce que cela donnerait des idées aux gens, qui, précisément, n'attendent que cela pour faire des choses inavouables".

Il a en outre vivement critiqué "ceux qui veulent absolument terroriser les populations avec le nucléaire" et qui saisissent toutes les occasions de le faire".

L'armée de l'air a mis un dispositif en place pour protéger le complexe nucléaire de La Hague. En revanche, l'information selon laquelle des missiles sol-air seraient déployés pour protéger plusieurs sites d'intérêt national n'a pas été confirmée.

 

 

Les centrales nucléaires canadiennes protégées par des gardes armés (presse)

MONTREAL, 20 oct 2001 - Des gardes armés vont être chargés de renforcer la protection des installations nucléaires canadiennes, a révélé le quotidien Globe and Mail dans son édition de samedi.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire a ordonné jeudi aux opérateurs de huit installations nucléaires de renforcer leurs mesures de sécurité, après une révision de celles en place actuellement, effectuée à la suite des attentats du 11 septembre.

Il n'y a pas de menace particulière contre ces centrales, mais le haut risque associé au nucléaire impose un renforcement des mesures de sécurité, notamment avec des gardes armés, a estimé la présidente de la commission, Linda Keen, sans donner plus de détails sur ce dernier point.

L'introduction d'armes dans les sept installations civiles d'énergie nucléaire canadienne est une première. Elle s'ajoute à d'autres mesures, comme un contrôle renforcé des personnes et des véhicules à l'entrée ou des restrictions d'accès à certaines zones sensibles.

"Je veux voir ces mesures mises en place rapidement", a indiqué Mme Keen, ajoutant que certaines prenaient effet "immédiatement".

Cinq centrales nucléaires sont basées en Ontario, une au Québec et une au Nouveau-Brunswick (est). Les nouvelles mesures s'appliquent aussi au centre de recherche nucléaire de Chalk River, près d'Ottawa, dépendant de l'Agence canadienne de l'énergie atomique.

 

Un extrait du Canard enchaîné fin 80 ou début 90: