La radioactivité des plages de Camargue

Lire le communiqué de la CRIIRAD du vendredi 20 juin 2003 sur la radioactivité anormalement élevée sur certaines plages de Camargue.

Voir le reportage "L'énigme des sables noirs" de 26 mn en Realvideo 33Kb de Jean Charles Chatard et Solange Graziani.

 

La Provence 20/06/03

Après les accusations d'Envoyé spécial hier soir

La radioactivité des plages de Camargue ressurgit

Peut-on profiter sans danger pour sa santé des plages de sable noir propres au littoral camarguais, comme ici au Saintes Maries de la Mer ? La question se pose. 246 zones particulièrement radioactives ayant en effet été répertoriées entre l'Espiguette, la pointe de Beauduc, Faranam et l embouchure du Rhône. Selon Michel Fernex, un ancien médecin de l'OMS, les doses de radiations auxquelles s'exposent les baigneurs ne sont pas anodines Dès lors, pourquoi les autorités alertées depuis mars 2000 n'ont-elles pris aucune mesure ?

Les sables radioactifs de Camargue sont-ils dangereux ? Diffusé hier soir sur France 2, un reportage sur les plages camarguaises du Grau-du-Roi jusqu'au Rhône, relance le débat sur le sable noir radioactif, trois ans après l'alerte de la CRIIRAD.

L'affaire avait été révélée fin mars 2000 par André Paris un géologue indépendant qui tente d'établir un atlas des retombées radioactives de Tchernobyl. Membre de la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD), il avait détecté, sur plusieurs plages de Camargue, des zones où la radioactivité dépassait de 50 à 200 fois les valeurs naturelles attendues sur cette portion du littoral. A l'époque, cette radioactivité anormale avait été mesurée sur des échantillons d'un sable noirâtre bien connu des habitants de la région. Composé d'uranium 238 et de thorium 232, deux isotopes considérés comme très radiotoxiques, ce matériau est beaucoup plus dense que le sable commun. Aussitôt, la CRIIRAD avait alerté les préfectures du Gard et des Bouches du Rhône, ainsi que les principales institutions publiques des deux départements. Dans la foulée, l'office de protection contre les rayonnement ionisants (OPRI) indiquait que ce sable radioactif ne présentait aucun danger sur le plan sanitaire. Depuis, l'affaire avait sombré dans l'oubli et plus grand monde ne se préoccupait de savoir quels risques éventuels prenaient les baigneurs en allant étendre leurs serviettes sur le sable noir de Camargue. La Provence y était toutefois revenue en mars dernier, un universitaire nîmois réaffirmait que la radioactivité naturelle de ces sables noirs était sans danger.
L'été dernier, Jean Charles Chatard et Solange Graziani, deux journalistes déjà auteurs d'un documentaire sur les retombées de Tchernobyl, ont pourtant décidé de reprendre l'enquête. "Parce que deux ans et demi après les mesures d'André Paris, il ne s'était rien passé. Malgré le doute sur les effets de cette radioactivité" expliqueront-ils. Après huit mois de travail,de très nombreuses interviews d'experts et de multiples contacts avec les institutions du nucléaire, leur film "L'énigme des sables noirs" a été diffusé hier soir dans l'envoyé spécial sur France 2
"Ce qui nous a troublés au départ, avouent les auteurs, c'est l'empressement des pouvoirs publics à dire que cette radioactivité était sans danger et leur peur d'entrain, ensuite à vérifier que c'est bien le cas".
Il est vrai qu'après les révélations de la CRIIRAD, aucune campagne de mesures précises n'avait été diligentée et aucune information délivrée au public..
Pourquoi ? Mystère. Alors les deux journalistes ont eux-mêmes prélevé du sable l'ont fait analyser, y compris par les labos officiels. Et là, surprise, les taux de radioactivité étaient souvent supérieurs à ceux relevés en 2000.. Est il finalement dangereux de lézarder au soleil sur les plages de Camargue ? Un ancien médecin de l'OMS, Michel Fernex, connu pour ses sympathies écolo, suggère que les baigneurs soucieux de leur santé seraient avisés de ne pas trop s'y allonger. Et Pierre Laroche, un médecin colonel de la Marine, spécialiste du thorium, ne conteste pas le danger qu il y a à inhaler ce radioélément. Plus inquiétant, c'est à partir du moment où les deux journalistes ont commencé leur enquête que les institutions du nucléaire ont commencé de bouger. En mars dernier, Jean-Charles Chatard et Solange Graziani ont ainsi croisé les experts en plein travail de mesure entre le Grau-du-Roi et Salins de Giraud. Dans l'intervalle, une carte a été établie qui répertorie 246 zones anormalement radioactive le long de ces 90 Km de littoral de l'Espiguette à la pointe de Beauduc en passant par Faraman et l'embouchure du Rhône. Les résultats de l'étude entamée au printemps dernier sont attendus d'ici à la fin de l'année. Permettront-ils de trancher le mystère des sables noirs et de leurs dangers, réels ou supposés ?

Hervé Vaudoit

 

 

"Croyez vous que nous sommes des élus irresponsables ?"

"Tu crois que les gens vont faire la différence entre Arles et les Saintes ? Pour eux, la Camargue c'est tout pareil. Bonjour les touristes ! Pour nous c'est pas nouveau ça : mais on sait que ça a toujours été comme ça et personne n'en est mort ou alors on nous l'a pas dit". Le résumé est hâtif. Georges, pécheur en Camargue, réagit à chaud. Et chaudement. Mais au fond, son sentiment abrupt, n'est pas très éloigné de celui des élus locaux. En l'occurrence le maire et conseiller général d'Arles Hervé Schiavetti et le député maire des Saintes maries de la Mer Roland Chassain.
Sauf qu'eux s'interrogent aussi sur la santé des hommes et des femmes dont ils sont en tant qu'élus responsables. Pour une fois d'accord dans l'indignation : "Pensez vous réellement qu'on aurait négligé de nous informer si un danger existait ? Nous avons appris en 2000 l'existence de ce phénomène. Et nous nous en sommes inquiétés : les pouvoirs publics nous disent qu'il n'y pas de danger et nous avons du travailler pour informer et rassurer les populations. Je ne comprends pas et j'accepte très mal qu'à l'orée de la saison, on fasse du sensationnel sur un sujet connu et sur lequel nous sommes vigilants. Il est faux de laisser supposer que nous sommes indifférents", constate Hervé Sciavetti, furieux.
"Je suis assez surpris de tels agissements : on me sort un rapport de 2000, où tous les services des ministères concernés nous ont confirmé que les risques sont inexistants. J'ai là aussi, une lettre du préfet le rappelant dit Roland Classain. Je fais confiance aux pouvoirs publics. Si demain, il est prouvé qu'il y a danger réel, nous ferons le nécessaire. Mais on est encore, je le crains dans le rocambolesque : rien n'est prouvé dans ce reportage. Nous savons que le phénomène est peur être lié à l'usure de nos montagnes.. Mais il n'y a à ce sujet, aucune certitude. Nis sur l'origine ni sur des maladies qui auraient pu être causés. Je trouve scandaleux que des associations qui vivent de fonds publics ne soient jamais sanctionnées lorsque formulent des hypothèses nos prouvées? Cela peut créer un climat de peur, préjudiciable autant à la vie locale qu'à la société en entier : faut-il croire tous ceux qui un jour décident de faire du sensationnelle avec des informations connues et vérifiées par les autorités de notre pays ? (...) Ici aux Saintes, tout le monde connaît le sable noir. Que l'on me prouve qu'il est dangereux ; je prendrait immédiatement les mesures qui s imposent. Mais honnêtement j'en doute".

Recueilli par Sylvia Aries

 

 

Rappel:

 

Le Kerala en Inde:

Exploitation de sables sur la côte de l'Etat du Kerala.

Ce sables comptent parmi les plus riches en monazites du monde. Il faut signaler qu'on attribue à la radioactivité naturelle un nombre anormalement élevé d'anomalies mentales et de cas de mongolisme dans cette région du Kerala où la radioactivité naturelle est de 1 à 3 rem/an, par rapport à une population témoin vivant dans une région proche où la radioactivité naturelle est de 160 mrem/an.

Environ 400 000 personnes vivent dans le taluk (subdivision administrative intermédiaire de l'Inde) de Karunagappally dans l'état de Kerala situé le long de la côte sud-ouest de l'Inde. Ce taluk d'une superficie d'environ 125 km2 possède une forte densité de population (2000 habitants par km2). Il est divisé en 12 unités administratives appelées panchayats (carte 2). La population est stable (faible taux de migration) et principalement rurale, vivant de l'agriculture et de la pêche. Le niveau élevé de radioactivité naturelle est dû à la présence d'importantes quantités de monazite, et en particulier aux dépôts de thorium sur la partie côtière. Les estimations de doses sont basées sur des campagnes de mesures de l'irradiation externe, à l'intérieur et à l'extérieur des habitations (plus de 66 000 mesures). L'exposition au sein du taluk est très variable, avec des doses externes médianes de 1 à plus de 5 mGy/an selon les panchayats (Gangadharan 2000). Les HLNRA sont situées principalement le long de la partie côtière du taluk dans les panchayats de Neendakara, Chavara, Alappad et Panmana, et comprennent près de 100 000 habitants. En certains points de la côte, l'exposition externe peut atteindre 70 mGy/an (Krishnan Nair 1999).

[IPSN - Note technique SEGR/LEADS- 2000]

Plage de sable radioactif provenant de l'érosion des montagnes environnantes.
 
35 mSv par an ! [Donnée de L'Agence Spaciale Canadienne]

À cet endroit, la combinaison des minéraux naturellement radioactifs présents dans le roc environnant et de la concentration de ces minéraux par les processus géologiques a créé des sols enrichis par des éléments radioactifs.

 

Plage de Guarapari au Brésil:

Plage de sable radioactif provenant de l'érosion des montagnes environnantes.
 
800 mSv par an ! [Donnée de L'Agence Spaciale Canadienne]

Le sable de la plage a tendance à concentrer les éléments lourds un peu à la façon des batées des prospecteurs d'or. Le ballottement et le lavage naturels par les vagues retirent tout le limon et l'argile du sol. Ceci concentre les particules plus denses restantes dans le résidu sablonneux. Puisque la plupart des matières radioactives naturelles ont un grand nombre de masse atomique, ils forment des composés très denses (et donc lourds).

Les "bains de radioactivité" sur la plage de Guarapari sont réputés au Brésil pour leurs vertus curatives et bénéfiques pour la santé à tel point qu'on y trouve un "hotel du thorium" et que la ville est surnommée "Cidade da Saude" (ville de santé). Le sable noir qu'on y trouve sur la plage y est particulièrement riche en thorium : il est recommandé aux curistes qui s'y rendent pour des raisons de santé de se recouvrir le corps de ce sable noir, sans dépasser environ 10 minutes d'exposition les premiers jours, puis environ 20 minutes par séance par la suite.

Guarapari et Meaipe sont deux villes situées le long des plages du littoral atlantique du Brésil, comptant ensemble de l'ordre de 15 000 habitants. Le sable de ces plages est riche en monazite, sa couleur noire est due à la présence caractéristique d'Ilmenite. Une campagne de mesures radiologiques a permis d'estimer l'exposition. La dose efficace moyenne annuelle reçue par les habitants de Guarapari est de l'ordre de 6,4 mSv/an, principalement due à l'exposition externe. Les mesures ponctuelles font apparaître une variation importante du débit de dose de 1 microGy/h jusqu'à 20 microGy/h en certains points des plages (Fujinami 2000).

[IPSN - Note technique SEGR/LEADS- 2000]

 

Ramsar en Iran:

Sources thermales.
 
700 mSv par an ! [Donnée de L'Agence Spaciale Canadienne]

Ces sources sont appelées ainsi car elles sont chaudes, mais ironiquement, on peut également dire qu'elles sont chaudes radioactivement. Toutes les sources radioactives naturelles de rayonnement découlent de la désintégration de noyaux atomiques instables. Un des produits de ces désintégrations radioactives est le gaz radon, que l'on retrouve dissout dans les eaux de beaucoup de sources thermales.
Le radon est légèrement plus dense que l'air et, ainsi, il a tendance à s'accumuler dans les dépressions et les sous-sols. Ce gaz est un grand émetteur de particules alpha. Le radon est un gaz inerte et on peut facilement l'inhaler sans en détecter la présence. Il peut causer des dommages sérieux aux tissus pulmonaires. Le radon est également légèrement soluble et se dissout dans le sang.

Dans le nord de l'Iran, dans la région de Ramsar, 9 sources thermales sont fréquentées comme établissements de cure par le public. Ces sources induisent une exposition importante due au Ra226 contenu dans l'eau et à l'inhalation du Rn222. En particulier, dans le village de Talesh Mahalleh, la dose externe moyenne est estimée à 10 mGy/an, certains individus pouvant atteindre 132 mGy/an, et la concentration moyenne de radon dans les habitations est de 615 Bq/m3 (Sohrabi 1998).

[IPSN - Note technique SEGR/LEADS- 2000]

 

 

L'irradiation naturelle tellurique est caractérisée par des débits de dose généralement très faibles compris entre 0,3 et 3,0 milligrays par an, mais quelquefois, des valeurs très élevées sont mesurées sur des sites uranifères:
0.80 gray par an dans un sol de toundra sibérienne [Verkhovskaya et al., 1967]
0.88 gray par an sur le site uranifère du Mas d'Alary, dans le Bassin permien de Lodève (Hérault) [Delpoux, 1974]. Dans la même région, au-dessus de l'indice de Riviéral, la valeur record de 1.70 gray par an a été observée sur le point le plus minéralisé du filon uranifère.