La SFEN (Société Française d'Énergie Nucléaire) un organisme de propagande pronucléaire

 

Le Monde, 26/4/2005: 
La polémique sur les séquelles, en France, de Tchernobyl rebondit



Libération, 20 avril 2005:

Dix-neuf ans après, les conséquences de la catastrophe en France ne sont toujours pas éclaircies.

Pour le lobby atomique, Tchernobyl ne rime pas avec cancer

Circulez, il n'y a rien à voir ! Pour les tenants de l'atome, dix-neuf ans après, il n'existe en France aucune conséquence sanitaire «détectable» due à l'explosion de la centrale soviétique. En clair, aucun cancer de la thyroïde détecté depuis 1986 ne peut être attribué à la catastrophe.

«Rumeur». Que la centrale nucléaire ait explosé et rejeté de l'iode radioactif dans la nature est un fait avéré et incontesté. Mais que cet iode radioactif ait provoqué une augmentation des cancers de la thyroïde en France relève de la «rumeur infondée», estime la Société française pour l'énergie nucléaire (Sfen), société savante pronucléaire qui organisait hier une conférence de presse pour «rétablir la vérité». Une position dénoncée comme scandaleuse par les associations de malades et les antinucléaires.

Le professeur de médecine nucléaire Yvon Grall a tenté au cours de la conférence de faire le point sur la question des cancers de la thyroïde, qui peuvent avoir plusieurs causes (environnementales, héréditaires ou liées à des radiations). Il rappelle qu'«on a constaté une augmentation de 7 % par an des cancers de la thyroïde en France, mais depuis 1975, c'est-à-dire bien avant l'accident. Cette augmentation n'a rien à voir avec Tchernobyl : elle est principalement due à l'amélioration des techniques de dépistage.» Yvon Grall ne s'appuie que sur deux études, en Franche-Comté et en Champagne-Ardennes, sur des enfants âgés de 0 à 14 ans en 1986. Il le reconnaît lui-même : aucune enquête épidémiologique sérieuse n'a encore été menée. D'ailleurs, la France ne tient toujours aucun registre des cancers, ce qui complique toutes les études de santé environnementale.

Plainte. Si la Sfen s'ébroue à une semaine du 19e anniversaire de l'accident, c'est pour occuper le terrain face aux associations ayant entamé une action en justice. L'Association française des malades de la thyroïde (AFMT), la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad) et 51 malades ont déposé une plainte contre X en 2001 pour défaut de protection des populations contre les retombées radioactives du nuage. Dans le cadre de l'instruction, une enquête épidémiologique vient d'être lancée en Corse où des médecins ont constaté une multiplication des maladies de la thyroïde qu'ils imputent à l'accident. En attendant les résultats, les plaignants se félicitent du rapport remis fin mars à la juge qui révèle que les autorités de l'époque ont menti sur les niveaux de contamination du territoire. Un rapport qui ne fait pas l'affaire de la Sfen et sur lequel s'est naturellement appuyée la «rumeur» ...

Laure Noualhat

 

Lyonne-Républicaine, 4/12/04:

A propos de la catastrophe de Tchernobyl: «Je m'insurge contre la rumeur»

Les hécatombes annoncées par les marchands de peur peu scrupuleux n'ont pas eu lieu, assure Francis Sorin, directeur du pôle information de la Société Française d'Energie Nucléaire.
 « Si les opposants au nucléaire se complaisent à faire « courir la rumeur » à propos de Tchernobyl, c'est parce que l'excellent niveau de sûreté des centrales nucléaires, en France et dans les pays de technologie occidentale, les prive d'arguments percutants », estime Francis Sorin.

Suite à une interview de Wladimir Tchertkoff sur les conséquences de l'accident de Tchernobyl publié dans l'Yonne Républicaine du samedi 18 novembre dernier (voir plus bas), le directeur du pôle information de la Société Française d'Energie Nucléaire (SFEN*) a souhaité réagir.
Francis Sorin ne partage pas l'avis de Wladimir Tchertkoff, et donne sa vérité au nom des 4 000 adhérents, chercheurs, ingénieurs et médecins oeuvrant dans les différents domaines d'application du nucléaire.

« l'Yonne Républicaine ». Faut-il nier la gravité de l'accident de Tchernobyl ?

Francis Sorin. Il n'est pas question de nier la gravité de l'accident de Tchernobyl ni de minimiser ses conséquences.
Mais nous contestons formellement le tableau caricatural qu'en dresse Wladimir Tchertkoff, au mépris de toute objectivité scientifique.
Ainsi, faire état de « dizaines de milliers de morts » parmi les liquidateurs (les personnes qui ont « nettoyé » le site) ne repose sur aucune donnée constatée.

(Selon un bilan soviétique de l'époque, l'explosion a fait 31 morts. Mais depuis 1986 sont décédés plus de 25.000 "liquidateurs", ces militaires et civils venus d'Ukraine, de Russie, du Bélarus et d'autres pays faisant alors partie de l'URSS... Quelques 2,3 millions d'Ukrainiens, dont 450.000 enfants, souffrent de maux liés aux radiations, parmi lesquels un nombre important de cancers de la thyroïde, selon le ministère ukrainien de la Santé.
- Texte de la commémoration de la catastrophe de Tchernobyl,
Ambassade d'Ukraine à Bruxelles le 26/04/2004 -)

Aucune des enquêtes menées depuis des années par les grands organismes internationaux ne rapporte semblables évaluations.

(Selon les estimations d'organismes [eux-mêmes pronucléaires]: la NRC (autorité de sûreté américaine) prévoit 14 000 morts et le DOE (département de l'énergie des Etats-Unis) prévoit 27 000 morts)

Sur quels éléments Wlkadimir Tchertkoff se fonde-t-il pour avancer de telles contre-vérités ? Quelles sont ses sources ? Où sont ses preuves ?
De même, dire qu'« il y a là-bas 500 000 enfants qui meurent prématurément » relève d'une désinformation pour le moins incongrue.
Cela voudrait dire que sur les six millions de personnes de la zone considérée la population d'adolescents serait pratiquement divisée par deux ! Le trait est grossier, mais qu'importe !
Wladimir Tchertkoff n'hésite pas à relayer la rumeur en espérant que les naïfs la goberont.
Quant aux « 9 millions de victimes » dont est censé « parler » Kofi Annan, qui les a dénombrés ? S'agit-il de personnes décédées, malades, traumatisées ? Là encore, on lance une évaluation effrayante mais totalement ambiguë et fantaisiste, pour mieux laisser courir la rumeur.

Quelles sont, selon vous, les conséquences de l'accident nucléaire sur les populations ?

De très nombreuses études et enquêtes de terrain sont menées depuis bientôt vingt ans dans de très vastes régions autour de Tchernobyl, auprès des populations affectées par l'accident ainsi que des liquidateurs. Nous ne pouvons en exposer les résultats et nous nous bornerons à en rapporter les principales conclusions.
Outre les 39 décès enregistrés parmi les personnes présentes les premiers jours sur le site même du réacteur, et 95 cas de forte irradiation, la conséquence la plus marquante de l'accident a été une nette augmentation des cancers de la thyroïde chez les enfants qui avaient moins de 15 ans au moment de l'accident. 2 000 cas ont été recensés. Heureusement, le taux de guérison de ces types de cancers est important. Il est évalué entre 70 et 95 % des cas, selon l'apparition de complications éventuelles
(encore faux pour les cancers de la thyroïde en Ukraine et Bélarus).
La très légère augmentation des leucémies enregistrée auprès des liquidateurs et des populations riveraines était déjà constatée dans la région depuis le début des années 1980, soit six ans avant l'accident, et ne saurait donc être tenue pour une conséquence directe de celui-ci.
S'il existe un effet - qu'il ne faut pas écarter a priori - il reste faible en tout état de cause.
On peut en dire autant des cancers solides, dont les études indiquent qu'aucun excès n'a été clairement constaté, ainsi que des malformations congénitales. Celles-ci existent de façon « naturelle », comme partout ailleurs, avec des taux variant de 2 à 6 % selon les régions.
Les attribuer à Tchernobyl, comme certains le font sans vergogne à travers des documents photographiques ou des reportages filmés prétendument « révélateurs », est une tromperie.

Pourquoi, alors, faire courir une telle rumeur ? N'existe-t-il pas quand même des risques ?

Si l'accident a été un drame pour les populations résidentes (avec l'apparition incontestable de pathologies notamment psychosomatiques avec troubles cardiaques, maladies digestives, anxiété), il reste que les hécatombes annoncées par les marchands de peur peu scrupuleux n'ont pas eu lieu et que les allégations de Wladimir Tchertkoff ne reposent sur aucune base crédible.
En fait, si les opposants au nucléaire - tout au moins certains d'entre eux - se complaisent à faire « courir la rumeur » à propos de Tchernobyl, c'est parce que l'excellent niveau de sûreté des centrales nucléaires, en France et dans les pays de technologie occidentale, les prive d'arguments percutants. Dans notre pays, depuis quarante ans qu'on les utilise, les centrales nucléaires ont fait zéro victime (hormis quelques accidents de chantier intervenus pendant les phases de construction).
Par rapport aux grandes sources d'énergie traditionnelles (charbon, pétrole, gaz, hydraulique), le nucléaire s'affirme clairement, et de loin, comme celle dont les risques sont le mieux maîtrisés. Les militants antinucléaires se servent de Tchernobyl comme d'une arme pour brouiller ce constat, Wladimir Tchertkoff comme les autres.

EN SAVOIR PLUS
· Les lecteurs qui souhaitent prendre connaissance du dossier sur Tchernobyl, réalisé par la SFEN (études et enquêtes de terrain sont menées depuis bientôt vingt ans dans de très vastes régions autour de Tchernobyl, auprès des populations affectées par l'accident ainsi que des liquidateurs) peuvent le faire sur le site : www.sfen.org, rubrique « nucléaire et société ».

*La Société Française d'Énergie Nucléaire: Association sans but lucratif, forte de 4500 adhérents, la société a une double vocation :
- favoriser l'avancement des sciences et techniques nucléaires ;
- contribuer à toute forme d'information sur les questions liées à ce type d'énergie

Propos recueillis par Gérard DELORME

Lire:
- Tchernobyl: quelques faits dérangeants
- Tchernobyl le pire est à venir
- Quelques indications sur la situation sanitaire en Bélarus, Ukraine et Russie (mai 1999)
- Les radiations nous font vieillir
- Le point de vue d'une généticienne sur les conséquences sanitaires en Bélarus (mai 1999)

 

 


Lyonne-Républicaine, 18/11/04:

Connaître la vérité sur le nucléaire

Ce soir à la MJC de Sens

Le réalisateur italien Wladimir Tchertkoff, spécialiste de Tchernobyl, viendra ce soir, à la MJC de Sens, débattre après projection de deux de ses films dans le cadre de la semaine de la solidarité. L'occasion de faire un point sur la situation du nucléaire dans le Sénonais.

L'YONNE RÉPUBLICAINE. Votre film Le sacrifice évoque les « liquidateurs ». Qui étaient-ils ?

Wladimir Tchertkoff. C'était les jeunes recrues de l'Armée Rouge appelées pour intervenir sur la catastrophe de Tchernobyl, d'abord pour éteindre l'incendie, puis pour recouvrir les ruines avec le sarcophage, dans des conditions de radioactivité extrême. On ne connaît pas leur nombre exact, secret d'État. Mais selon moi, ils étaient 1 000 000 de liquidateurs, chiffre vraisemblable.

Que ce serait-il passé si ces hommes n'étaient pas intervenus ?

Les scientifiques soviétiques ont fait des calculs disant que si on n'éteignait pas l'incendie vers le 8 mai, il y avait le risque que s'enclenche une réaction en chaîne puis une explosion nucléaire. Ils l'ont éteint à temps, mais avec des coûts humains considérables. Je crois que si une chose pareille se produisait dans un pays d'Occident, il y aurait de gros problèmes pour y envoyer des gens et intervenir efficacement. Là-bas, le système soviétique a permis de le faire avec, comme en temps de guerre, un appel au front.

Sur le million de liquidateurs, combien sont déjà morts ?

Il est question d'une centaine de milliers d'invalides au moins et de dizaines de milliers de morts.

Vous présentez aussi le film Controverses nucléaires.

Il a été filmé en 2001, à Kiev, lors d'une conférence internationale faite sous l'égide de l'OMS, avec la participation des représentants et experts de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA). L'ONU a une vingtaine d'agences spécialisées, dont l'OMS et l'AIEA, qui promeut le nucléaire civil. Il est ressorti que l'OMS a clairement été empêchée de faire son travail sur Tchernobyl, du fait de conflits d'intérêts avec l'AIEA. Savez-vous que Kofi Annan parle de 9 millions de victimes tandis que le représentant international de l'AIEA continue à dire aujourd'hui que Tchernobyl a fait 31 morts ? Controverses nucléaires explique de quelle manière toute information est bâillonnée par l'agence internationale et par le lobby nucléaire, lequel achète presque toute la communauté scientifique.

Avez-vous déjà fait l'objet de pressions du fait de vos films ?

Aucune jusqu'à présent. Il y a des espaces pour que la presse et les médias fassent leur boulot. Bien sûr, sous Staline cela aurait été impossible. Il faut se révolter contre le mensonge qui nous est fait et être solidaires du million et demi de paysans qui n'est informé de rien, qui vit dans des territoires contaminés, qui mange quotidiennement de la radioactivité. Il y a là-bas 500 000 enfants qui naissent mal, croissent mal et meurent prématurément.

La catastrophe continue

Non, elle ne fait que commencer ! Des recherches génétiques ont été faites par des chercheurs sur des rongeurs, du fait de leur cycle de reproduction rapide. On a observé que les anomalies et les malformations se compliquent et s'aggravent de génération en génération. C'est l'héritage que nous laissons à nos descendants.

Un nouveau Tchernobyl pourrait-il se produire ?

Cela, l'AIEA ne l'exclut pas elle-même.

Un tel accident pourrait-il se produire en France ?

Il faut se pencher sur le fonctionnement de l'industrie en Occident, de plus en plus une industrie de marché. La sécurité ne prime pas dans une économie où l'objectif principal est le gain. En Angleterre, depuis qu'on a privatisé les chemins de fer, les trains déraillent. Le nucléaire civil est la seule industrie au monde qui n'est pas assurée. Cela peut arriver n'importe où. Et ne parlons pas de l'excellente cible que les centrales nucléaires constituent pour les terroristes.

En complément de vos films, vous effectuez une action de terrain. C'est important pour vous ?

La société civile française s'intéresse beaucoup à la question nucléaire, d'autant que la France est, je crois, le pays le plus nucléarisé par habitant. On repense au gag du nuage de Tchernobyl qui s'est arrêté à la frontière et aux mensonges de l'État français. A l'époque, tous les pays mitoyens recommandaient des mesures de précautions sur les végétaux qu'on consommait, sur les vaches qui devaient rester dans les étables, etc. Toutes ces mesures n'ont pas été prises en France. Dans ce cadre, je suis là pour soutenir le travail de sources d'information irremplaçables comme le Dr Bandajevski, aujourd'hui en prison en Bélarus.

EN SAVOIR PLUS
· Films et débat sur Tchernobyl Le sacrifice et Controverses nucléaires de Wladimir Tchertkoff, présentés par l'auteur. Ce soir, 20 h 30 à la MJC. Entrée libre.
Wladimir Tchertkoff est né il y a 68 ans, en Serbie, d'une vieille famille de l'émigration russe. Il est l'auteur de plus de 60 docu- mentaires d'approfon- dissement principalement sur des thèmes sociaux, politiques ou économiques. Ses films ont été diffusés dans le monde entier.

Propos recueillis par Thibaut PINSARD


Dans le triangle du nucléaire

On dit souvent que la ville de Brennus est située au coeur de l'Europe, parfaitement desservie par les axes de circulation. On oublie tout aussi fréquemment de rappeler que la ville est « idéalement » située entre trois centrales nucléaires. La plus connue des Sénonais est la centrale de Nogent-sur-Seine (située seulement à 37 kilomètres de Sens à vol d'oiseau), dont les colonnes de vapeur d'eau sont fréquemment visibles de Sens. Pourtant, deux autres centrales sont à une distance orthodromique (l'orthodromie est la ligne de plus courte distance qui sépare deux points de la surface du globe) de Sens inférieure à 100 kilomètres : la centrale de Dampierre, située à Ouzouer dans le Loiret, et la centrale de Belleville-sur-Loire (cf. carte ci-contre).
« L'OMS a fait publier la recommandation que l'iode stable doit être distribué dans un rayon de 500 km autour d'une centrale, ce qui veut dire qu'il faudrait couvrir toute l'Europe. Si vous en trouvez à Sens, dites-le moi. C'est dans l'heure qui suit l'accident que vous devez en prendre et en donner à vos enfants. Moi-même j'ai essayé d'en acheter en Suisse où je travaillais. Il a fallu que la pharmacienne le commande. Les cachets d'iode sont arrivés au bout d'un mois, mais ils étaient périmés ! », explique Wladimir Tchertkoff.