Le Pr Tubiana, éminence grise de la radioprotection en France


Aprés l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en URSS quels sont les risques de pollution encourues par le passage du nuage nucléaire au dessus de la France ?
Réponse du professeur Tubiana cancérologue : "tout à fait infime... comparable à celui que courrait quelqu'un qui fumerait une cigarette tout les 10 ans" (
JT d'A2 le 12/05/1986).

Mais déjà en 1967: Le professeur Tubiana minimisait les risques de leucémie liées aux radiations de la bombe atomique d'Hiroshima.
Au cours du débat consacré à Hiroshima, le cancérologue Maurice TUBIANA est interrogé sur le lien entre l'arme atomique larguée sur la ville d'Hiroshima et les cas de leucémie en augmentation enregistrés sur la population. Même en reconnaissant le nombre anormalement élevé de cas de leucémie constaté à Hiroshima, Maurice TUBIANA trouve négligeable le nombre des victimes liées à la bombe atomique et mortes de leucémie. Selon ses propos, les fumeurs ont plus de risques d'être atteints d'un cancer du poumon que les personnes irradiées à Hiroshima ont de risques d'être atteints d'une leucémie.Voir
l'extrait vidéo des dossiers de l'écran.]


1958

"Récemment, il s'est répandu dans le public de plusieurs pays des rumeurs concernant le danger auquel l'enfant en gestation peut se trouver exposé pendant la grossesse. Pour toutes les raisons déjà exposées, de telles rumeurs, apparemment basées sur un rapport scientifique préliminaire, peuvent avoir des conséquences déplorables, surtout dans les circonstances actuelles où les données scientifiquement établies sont si rares. Il peut même être dangereux, dans ce cas, de diffuser des faits tenus pour certains".

Extrait du Rapport d'un groupe d'étude sur "Questions de santé mentale que pose l'utilisation de l'énergie atomique à des fins pacifiques", Rapport technique n° 151 (1958). Organisation mondiale de la Santé.

En 1958, certains experts de l'OMS considéraient comme dangereux de diffuser des faits tenus pour certains. Il fallait tenir secrets les résultats d'une étude épidémiologique concernant le danger auquel est exposé un enfant en gestation.

Qui étaient ces scientifiques ? Le participant français à ce groupe d'études était le Dr M. Tubiana, alors Directeur du Laboratoire des Isotopes et du Bêtatron, Institut Gustave Roussy (Villejuif).


1977

L'efficacité dans l'information du public

A l'Hôtel Intercontinental à Paris s'est tenu, les 13, 14 et 15 janvier 1977, un très sérieux colloque sur le thème : " Implications psychosociologiques du développement de l'industrie nucléaire " Cette brillante réunion a donné lieu à un épais compte rendu des débats de 562 pages, édité par la Société Française de Radioprotection. Nous conseillerons volontiers à nos lecteurs de lire cet ouvrage, malheureusement son prix élevé est assez dissuasif. Mais rassurez-vous, nous essaierons de vous en dégager les meilleurs morceaux.

Cependant, nous ne résistons pas au plaisir de vous donner un extrait de la dernière page où M. le professeur Tubiana clôt ces journées studieuses :

" Un des points qui ressort de ces débats est la nécessité pour les scientifiques de reconsidérer la façon dont est faite l'information. Il faut que nous cessions de voir celle-ci à travers un schéma simpliste et rationaliste, mais l'acceptions telle qu'elle est. Il est nécessaire que nous réfléchissions sur la façon dont nous considérons le public, il faut que nous étudions la façon dont se forme l'opinion publique, et la façon dont doit être abordée l'information du public, en tenant compte de l'existence des mythes, sans sous-estimer leur importance et leur influence, et en sachant qu'il est toujours plus difficile d'extirper une idée fausse, d'empêcher la propagation d'un mythe, que de répandre des informations exactes. "

Après tout, cela n'est pas faux, il faut en effet réfléchir à la façon de faire comprendre aux technocrates que le salut par le nucléaire c'est un mythe (au sens de M. Tubiana). Mais poursuivons la lecture :

" Il faut que nous recherchions l'efficacité dans l'information du public au lieu de nous contenter d'une information éthérée parfaitement satisfaisante mais inintelligible ou inefficace. Au début de la dernière guerre, il y avait en France un Ministre de l'information qui s'appelait M. Giraudoux et en Allemagne un Ministre de l'information qui s'appelait M. Goebbels. Sans aucun doute, Jean Giraudoux était beaucoup plus intelligent, beaucoup plus subtil que M. Goebbels, et l'écouter était un délice, mais je crains que M. Giraudoux n'ait jamais fait changer d'opinion à une seule personne, alors que l'efficacité de M. Goebbels était redoutable. "

Nous ne ferons pas de commentaires, cela serait superflu !... Et pour ne pas nous faire accuser de couper au bon endroit, nous vous donnons la fin du texte :

" Sans faire de transposition, c'est une leçon dont il faut se rappeler. L'information doit être honnête et elle doit être rigoureuse. Mais il ne faut pas non plus oublier qu'une information, pour être efficace, doit s'effectuer selon certaines règles et qu'on ne peut pas négliger ces règles. C'est pourquoi tout ce qui peut nous aider à comprendre comment se construit une opinion publique, comment chemine l'information, est à la fois utile et intéressant si l'on veut éviter que ne s'approfondisse le fossé entre les scientifiques et l'opinion publique. "

La Gazette Nucléaire n° 20 septembre 1978


1991

M. le Pr Tubiana est intervenu à la "Conférence internationale sur les accidents nucléaires et le futur de l'énergie. Leçons tirées de Tchernobyl" (15 au 17 avril 1991, Paris). On trouve dans son intervention concernant "L'effet cancérogène des radiations à faible dose" le passage suivant: "Par conséquent il est désormais impossible d'exclure l'hypothèse d'un seuil (BEIR V, p. 181 - Acad. Sc.)". Si l'on se reporte à la page 181 du rapport BEIR V on trouve: "Moreover, epidemiologic data cannot rigorously exclude the existence of a threshold in the millisievert dose range". Cela signifie : "D'ailleurs les données épidémiologiques ne peuvent rigoureusement pas exclure l'existence d'un seuil dans le domaine de dose du millisievert" (souligné par nous). M. Tubiana, en citant BEIR V a tout simplement tronqué la citation. Le Comité de l'Académie des Sciences des USA n'excluait pas la possibilité d'un seuil à un niveau très bas, dans le domaine du rayonnement naturel, c'est-à-dire bien en de deçà des niveaux de dose concernant la radioprotection.

M. le Pr Tubiana est actuellement le Président du Conseil supérieur de la sûreté et de l'information nucléaires. Il est membre de l'Académie des Sciences et c'est à ce titre que le Ministre de la recherche, M. H. Curien, l'a consulté pour savoir s'il fallait réviser les normes de radioprotection. (Rapport Ac. Sc. novembre 1989, Risques des rayonnements ionisants et normes de radioprotection). Compte tenu des prestations antérieures du Pr Tubiana il était évident que la réponse ne pouvait être que négative. On peut s'étonner d'ailleurs que la protection des travailleurs et de la population soit du ressort du ministère de la recherche et non pas de celui de la santé.

Secret, censure, mensonges, trucage, tout un programme pour un gouvernement qui s'est fait fort d'introduire de la transparence dans l'information sur les problèmes de l'énergie nucléaire.

La Gazette Nucléaire n°117/118, août 1992.