Legassov, nucléariste convaincu

Pendant plusieurs années, Legassov s'est employé à marteler l'idée que l'homme ne pouvait rien créer de plus sûr, de plus fiable et économique que des centrales nucléaires...

En 1985, dans un article intitulé « Une source d'énergie particulièrement précieuse » et illustré d'une superbe photographie de la centrale de Tchernobyl, Legassov écrivait: «L'énergie nucléaire, en tant que source d'énergie, est plus que compétitive. Elle dépasse les autres sources au plan de l'économie, de la sécurité et du respect du milieu. »

En 1984, un ouvrage intitulé Energie nucléaire, l'homme et le milieu environnant, publié sous la direction de Legassov et Kouzmine, le médecin S. Iline et l'ingénieur Y. Sivintsev, affirmaient : « Il est aisé de constater que probabilité de mort dans un accident de centrale nucléaire est dix mille fois moins élevée que celle de mort dans un accident de voiture et à peu près cent fois inférieure à celle de mort par la foudre. La comparaison avec le danger de mort dans, d'autres catastrophes naturelles [ ...] montre que le risque d'irradiation est à peu près comparable au risque d'être écrasé par une grosse météorite capable de traverser l'atmosphère et de venir toucher terre. »

Un an plut tôt, un article de la revue Energia, publiée par le Præsidium de l'Académie des sciences de l'U.R.S.S., et dont Legassov est au comité de rédaction, informait ses lecteurs que «la probabilité de mort par suite d'irradiation due à une centrale nucléaire est comparable au risque encouru au cours d'un seul voyage de cent kilomètres en automobile ou au risque que court une personne fumant entre une et trois cigarettes par jour ... ».


Dans un article écrit conjointement avec V. Demine, Y. Chevelev, Legassov adoptait une attitude particulièrement cynique : « Faut-il fixer une limite à la sécurité ? » demandait-il. L'article concernait les centrales nucléaires et les auteurs s'employaient à réfuter la conception occidentale en la matière, qui prévoit un niveau de sécurité maximal tant lors de la construction que dans l'exploitation de ces centrales. L'article débutait par une affirmation péremptoire : « Les spécialistes savent bien qu'il est impossible de provoquer une véritable explosion nucléaire dans une centrale nucléaire et que seul un invraisemblable concours de circonstances peut aboutir à ce genre d'explosion, pas plus destructrice au demeurant qu'un obus d'artillerie. »

Extrait de l'article "Tchernobyl fatalité ou accident programmé ?" publié en 1987,
par le biologiste Valery Stoïfer dans la revue soviétique Kontinent.