
Journal de l'énergie, 12 février 2020:
Comme tous les 18 mois, le réacteur
n°2 de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne)
doit renouveler un tiers de son combustible. Mais une cascade
d'erreurs va engendrer des défaillances importantes de
sûreté qui auraient pu affecter le refroidissement
du combustible nucléaire. Il faudra une journée
entière aux équipes d'EDF pour s'en rendre compte
et réagir.
Voici dans quel contexte l'incident s'est déroulé.
Comment procède
EDF pour décharger le combustible du réacteur ?
Pour protéger les travailleurs de la forte radioactivité
des assemblages de combustible déchargés du réacteur
et garantir leur refroidissement, l'opération est faite
entièrement sous eau. Au-dessus de la cuve du réacteur,
dans laquelle il y a le combustible, se trouve la « piscine
réacteur » que l'on remplit d'eau. Le couvercle de
la cuve est ouvert et une machine retire de la cuve un à un les assemblages
de combustible, qui sont acheminés dans la « piscine
réacteur ». Toujours immergé, le combustible
usé est ensuite transféré dans un bâtiment
voisin du réacteur (le bâtiment combustible) dans
une piscine d'entreposage, où il est stocké le temps
que sa radioactivité décroisse.

Schéma du déchargement
de combustible/EDF
L'incident se déroule pendant la préparation du
renouvellement du combustible. Afin de décharger les assemblages,
il faut ôter le couvercle de la cuve et, pour cela, abaisser
le niveau de l'eau dans la cuve en vidant partiellement le circuit
primaire, le circuit dans lequel se trouve immergé le coeur
nucléaire. Cette vidange est une manoeuvre délicate
: il y a moins d'eau qu'en temps normal pour évacuer la
chaleur du combustible. Le niveau d'eau doit donc être surveillé
très attentivement pour éviter toute perturbation
du refroidissement du coeur.

Circuit primaire d'un réacteur
nucléaire à eau sous pression/ASN
Même à l'arrêt, un réacteur doit toujours
être en mesure d'évacuer la puissance thermique du
combustible nucléaire, très radioactif et très
chaud. Sinon le combustible fond et se transforme en un magma
capable de percer la cuve du réacteur en quelques dizaines
de minutes. Tous les réacteurs en fonctionnement en France
sont concernés par cette vulnérabilité
structurelle, qui peut provoquer un accident nucléaire
majeur. Comme celui survenu dans trois réacteurs de la
centrale de Fukushima Daiichi (Japon) en 2011.
Revenons à la préparation
du déchargement. Avant de démarrer la vidange, un
agent EDF doit ouvrir un
robinet connecté au sommet du pressuriseur, un composant qui permet de maintenir l'eau du circuit
primaire sous forte pression afin d'empêcher son ébullition.
Ce robinet permet de faire entrer ou sortir de l'air dans le circuit
primaire. Lors d'une vidange partielle, ce robinet doit être
ouvert pour que la pression dans le circuit reste toujours supérieure
à la pression atmosphérique et éviter in
fine de perturber le refroidissement du combustible. Le haut du
pressuriseur est une zone sensible du réacteur, où
la panne d'une valve avait joué un rôle déterminant
dans l'accident nucléaire à la centrale de Three Mile Island (Etats-Unis) en mars 1979.
Distrait par des prestataires
égarés dans le réacteur nucléaire,
un agent EDF va oublier d'ouvrir le robinet
Mais alors qu'un agent EDF s'apprête à ouvrir
le robinet, des prestataires égarés dans le réacteur
nucléaire lui demandent leur chemin : « L'agent
de terrain a été interrompu dans son activité
par des prestataires qui cherchaient un local dans le bâtiment
réacteur. Après les avoir accompagnés dans
le local, il est revenu auprès du robinet et a coché
sur son document la case « ouvert », certain d'avoir
procédé à cette ouverture. Il a ensuite appelé
la salle de commande pour l'informer que le robinet était
ouvert », raconte Hermine Durand, cheffe de la division
de Bordeaux de l'Autorité de sûreté nucléaire
(ASN), qui a suivi de très près l'incident. L'agent
a oublié d'ouvrir le robinet mais est persuadé de
l'avoir fait.
Or l'ouverture de ce robinet est une tâche importante pour
la sûreté du réacteur : « EDF spécifie
bien à tout agent EDF qu'il ne faut pas interrompre un
lignage[1] en cours », explique
Frédéric Ménage, directeur de l'expertise
de sûreté de l'Institut de radioprotection et de
sûreté nucléaire (IRSN). Le lignage, c'est
la série de manoeuvres pour opérer un changement
d'état du réacteur. Il s'agissait ici de passer
d'un circuit fermé à un circuit entrouvert.
L'agent distrait a pourtant de la bouteille. Il « travaille
depuis 20 ans à la centrale et c'est un technicien très
expérimenté », a expliqué à
La Dépêche le directeur de la centrale nucléaire
de Golfech, Nicolas Brouzeng. Ce travailleur ne va pas être
le seul à gaffer. Avant de lancer la vidange partielle
du circuit primaire, personne ne va vérifier si le robinet
est bien ouvert, une bourde qui s'ajoute à la précédente.
La salle des commandes
n'a plus connaissance du niveau d'eau réel du circuit primaire
Cet oubli en apparence anodin a rapidement des conséquences
sur le réacteur nucléaire. Moins d'une heure après,
la vidange partielle est lancée dans un réacteur
qui n'est pas prêt pour cette opération. Résultat
: la pression baisse dans le circuit primaire, l'eau se met à
bouillir et une bulle de vapeur apparaît sous le couvercle
de la cuve. Le circuit se dépressurise. Les opérateurs
du réacteur n'ont plus une vision claire du niveau d'eau
dans le circuit abritant le combustible nucléaire : «
Dans cette configuration, les mesures du niveau d'eau dans le
circuit primaire ne sont plus représentatives de la situation
réelle », décrit l'ASN dans une note sur l'incident. L'Autorité
y a illustré l'incident avec un dessin du circuit primaire
:

Vue de la vidange partielle
du circuit primaire/ASN/2019
En outre, comme les conducteurs ignorent l'état
réel du réacteur (ils pensent que le robinet est
ouvert), ils désactivent des dispositifs de secours. Or
ces garde-fous permettent de faire l'appoint d'eau automatiquement
en cas de fuite du circuit d'eau, alors en service, pour refroidir
le coeur nucléaire[2]. L'apport
d'eau n'est donc plus possible rapidement, analyse l'IRSN, dans
une
note.
A la salle des commandes du réacteur n°2, personne
ne s'aperçoit de ce qu'il se passe. Pourtant trois équipes
vont se succéder aux manettes du réacteur ce jour-là.
Comment est-ce possible ?
Huit heures vont passer
avant que la salle des commandes ne réalise que quelque
chose ne tourne pas rond
Au-delà du fait qu'ils étaient certains que le robinet
du pressuriseur était ouvert, « les opérateurs
de l'après-midi n'avait pas connaissance du volume d'eau
vidangé par l'équipe du matin », explique
Hermine Durand de l'ASN. Une nouvelle erreur qui a retardé
la détection de l'incident.
Toujours aussi surprenant, au moment de la relève, les
agents EDF n'ont pas transmis cette information capitale pour
la sûreté du réacteur nucléaire. Huit
heures vont passer avant que la salle des commandes ne réalise
que quelque chose ne tourne pas rond : le niveau d'eau du
circuit primaire ne correspond pas aux valeurs normales.
Quand l'équipe comprend qu'il y a un problème, les
opérateurs arrêtent la vidange et font ouvrir le
fameux robinet. Ce qui provoque une chute du niveau d'eau du circuit
primaire et des « mouvements incontrôlés d'eau
et d'air » à l'intérieur, décrit Hermine
Durand de l'ASN. Selon le principe des vases communicants.
« Quand l'évent a été ouvert, toute
l'eau est tombée, le pressuriseur s'est vidé d'un
coup. », complète Frédéric Ménage
de l'IRSN. Le circuit d'eau est malmené mais les pompes
qui font circuler l'eau tiennent bon. Par contre la dépressurisation
entraîne la panne des capteurs de niveau d'eau dans le pressuriseur.
Une panne aggravée par « l'indisponibilité
d'un des deux capteurs de niveau d'eau dans la cuve, isolé
par erreur avant l'ouverture de l'évent », précise
l'ASN.
EDF a pris des décisions
« précipitées », sans réfléchir
à leurs conséquences
Alors le personnel déclenche
préventivement le système de secours d'injection
d'eau dans le circuit primaire[3]. A ce moment les opérateurs
sont dans le noir : ils n'ont pas « une appréciation
correcte du niveau d'eau dans la cuve du réacteur »,
indique l'IRSN. Ont-ils cru que le combustible n'était
plus couvert par l'eau et qu'un accident de fusion du combustible
démarrait ?
En fait EDF aurait d'abord dû rétablir au plus vite
le niveau d'eau du circuit primaire sans ouvrir le robinet et
remettre en marche les dispositifs de secours arrêtés
avant la vidange. L'exploitant n'a pas pris le temps d'analyser
la situation. EDF a pris des décisions « précipitées
», sans réfléchir à leurs conséquences,
juge l'ASN. Un vent de panique a-t-il soufflé dans la salle
de pilotage du réacteur nucléaire ?
Un incident qui aurait
pu dégénérer
Si la vidange s'était poursuivie, les pompes qui font circuler
l'eau pour évacuer la chaleur du combustible se seraient
« dénoyées », « provoquant leur
perte et, à terme, celle du refroidissement du combustible
nucléaire », explique l'IRSN. L'incident aurait tourné à l'accident. Dans ce contexte, des parades existent.
«Mais EDF aurait il pu mettre en oeuvre ces parades ? »,
s'interroge le directeur de l'expertise de sûreté
de l'IRSN. Pour le savoir, l'Institut a démarré
un travail d'enquête qui devrait durer plusieurs mois.
Au final cet incident a « provoqué une dégradation
significative du niveau d'eau dans le circuit primaire détectée
tardivement » par EDF, analyse l'Autorité de sûreté.
L'incident aurait pu dégénérer a fait savoir
la directrice de la division de Bordeaux de l'ASN lors d'une réunion
publique de la commission locale d'information (CLI) de la centrale
de Golfech, rapporte Serge Recly, un membre de la commission qui
y assistait.
Fort heureusement la
série d'erreurs d'EDF n'a pas entraîné un
accident nucléaire grave. Mais l'exploitant s'est fait une belle frayeur. Le
refroidissement du combustible a toujours été assuré
pendant le déroulé de l'incident, qui montre toutefois
une profonde dégradation des compétences à
la centrale EDF de Golfech.
« Un manque de
rigueur quasi-systématique a été mis en évidence
dans pratiquement tous les secteurs » de la centrale
nucléaire
EDF sait pourtant parfaitement que les vidanges sont des manoeuvres
sensibles. L'exploitant nucléaire en avait renforcé
la surveillance sur le parc nucléaire après la survenue
de « défauts de maîtrise » dans plusieurs
réacteurs en 2007 et 2013.
Moins d'une semaine après cet incident, une inspection
poussée de l'ASN a lieu à la centrale de Golfech,
qui compte deux réacteurs de 1300 MWe, sur le thème
du facteur humain et de l'organisation. Le rapport d'inspection qui en résulte est accablant : « Un
manque de rigueur quasi-systématique a été
mis en évidence (...) dans pratiquement tous les secteurs
examinés » de la centrale nucléaire.
En cause : le renouvellement massif des effectifs de la centrale,
qui fragilise les compétences dans tous les domaines. «
Depuis 2007, le site a connu 342 départs à la retraite
et 307 embauches de nouveaux collaborateurs externes, sur un effectif
global de 770 salariés », a précisé
EDF au Journal de l'énergie.
342 départs à
la retraites à Golfech depuis 2007 sur un effectif de 770
salariés
Le regard de l'ASN est particulièrement sévère
sur les effets de la réorganisation par EDF du service
de pilotage du réacteur où s'est déroulé
l'incident : « certaines équipes du réacteur
2 sont en grande difficulté. » Les inspecteurs
de l'ASN vont aussi découvrir que des agents EDF mangent
et boivent au-dessus des pupitres de surveillance en salle de
pilotage du réacteur, des comportements « inacceptables »,
assènent-ils.
« L'inspection a mis en exergue une défaillance dans
la maîtrise des fondamentaux » de la conduite du réacteur.
Exigence n°1 de l'ASN dans ce rapport de 59 pages : «
prendre des mesures réactives afin de permettre aux équipes
de conduite et plus particulièrement celles du réacteur
2 de retrouver la sérénité nécessaire
pour mener à bien leurs activités. » En septembre
2019, l'ASN s'était déjà émue de la
multiplication des incidents à la centrale de Golfech.
EDF avait lancé en juillet 2019 « un plan de rigueur
interne afin de renforcer l'attention des équipes. »
Ses effets tardent à se faire sentir.
« Cet incident
fait froid dans le dos »
Ce constat d'alarme est partagé par le président
de la CLI de la centrale de Golfech, Mathieu Albugues, qui a dénoncé
en réunion publique « le laxisme inadmissible »
d'EDF.
« Cet incident fait froid dans le dos et illustre
à lui seul les problématiques rencontrées
à Golfech depuis plusieurs années, a-t-il confié
au Journal de l'énergie. Ca fait deux ans que nous
alertons sur les problématiques de facteur humain et organisationnel
! Le recours à la sous-traitance est plus important qu'avant
et ça pose problème. »
Le Réseau « Sortir du nucléaire » blâme lui «
la course à la rentabilité menée par EDF,
au détriment de la sûreté et de la sécurité
des populations et des travailleurs. »
EDF a-t-il voulu minimiser
cet incident ?
L'exploitant nucléaire a d'abord classé l'incident
au niveau 1 de l'échelle
INES une échelle de gravité des « événements »
nucléaires destinée à la communication au
grand public. EDF n'a pas mentionné la dégradation
significative du niveau d'eau dans le circuit primaire du réacteur
et le recours à un système de secours pour faire
un appoint en eau, dans son communiqué sur l'incident publié
le 11 octobre, ni dans celui du 2 décembre. Ces deux informations
permettent pourtant de saisir la gravité de l'incident,
qui sera reclassé niveau 2 après des échanges
entre l'ASN et EDF. L'incident a eu lieu le 8 octobre mais il
faudra attendre le 2 décembre pour que l'Autorité
de sûreté en informe le public.
« Comment une
étourderie peut-elle mener à une situation si risquée ? »,
s'interroge « Sortir du nucléaire
». C'est toute la question.
Martin Leers
[1] Le lignage d'un circuit consiste à manuvrer des
vannes et à mettre des organes hors ou sous tension pour
constituer un circuit en vue de réaliser une intervention
de maintenance, tester un circuit afin de s'assurer de sa disponibilité
ou réaliser un changement d'état du réacteur
(source: IRSN).
[2] Il s'agit du circuit de refroidissement du réacteur
à l'arrêt (RRA) qui refroidit le combustible nucléaire
quand le réacteur est à l'arrêt, à
l'aide d'un échangeur de chaleur.
[3] Recours au circuit d'injection de sécurité (RIS)
qui permet d'injecter de l'eau borée dans le coeur du réacteur
afin de stopper la réaction nucléaire et de maintenir
le volume d'eau dans le circuit primaire en cas d'accident de
perte de réfrigérant primaire.
La Dépêche du Midi, 15/06/2020:

Comme les élèves, les installations
nucléaires ont reçu, en cette fin d'année
scolaire, leur bulletin émis par l'Autorité de sûreté
nucléaire (ASN). Cette instance administrative indépendante
a dressé, ce lundi 15 juin, le bilan des actions de contrôle
menées en 2019 par sa division de Bordeaux qui couvre les
centrales du Blayais et Civaux, en Nouvelle-Aquitaine, et une
troisième en Occitanie, Golfech.
Le Centre nucléaire de production d'électricité
(CNPE) fait figure de mauvais élève. Mis en service
voilà une trentaine d'années dans le Tarn-et-Garonne,
il obtient des notes inquiétantes. Dans son appréciation
générale, le gendarme du nucléaire estime
en effet que "les performances de la centrale sont mauvaises,
voire très mauvaises".
La sûreté critiquée
La centrale de Golfech compte deux réacteurs de 1 300 MW
chacun. Si en matière de protection de l'environnement,
elle se situe dans la moyenne du parc nucléaire français,
elle se fait en revanche remonter les bretelles en matière
de sûreté.
Après s'être dégradée en 2018, la qualité
d'exploitation a continué de se détériorer
en 2019. "Les performances sont nettement en retrait
de l'appréciation générale que l'ASN porte
sur le parc nucléaire. L'ASN est très vigilante
sur ce qui se passe actuellement à Golfech. Elle considère,
pour résumer les choses, que les performances de cette
centrale doivent faire l'objet d'une priorité absolue pour
l'exploitant. L'ASN en assurera un suivi rapproché en 2020",
a indiqué Simon Garnier, chef de la division de Bordeaux
de l'ASN, flanqué de Jean-François Vallardeau et
Bertrand Fremaux, ses adjoints.
"Manque de rigueur systémique"
À Golfech, la "détérioration" s'est
traduite par la "déclaration de nombreux événements
significatifs pour la sûreté en 2019. Huit événements
sont survenus pendant l'arrêt du réacteur 2, dont
un, le 11 octobre dernier, classé au niveau 2 sur une échelle
de gravité allant jusqu'à 7".
Une inspection de revue renforcée a été aussitôt
déclenchée. Treize inspecteurs de l'ASN ont débarqué
à la centrale du 11 au 14 octobre. Ils pointeront ainsi
du doigt plusieurs fautes, notamment, "le manque de rigueur
systémique dans la traçabilité des informations,
des insuffisances dans les analyses de risque et dans la maîtrise
des fondamentaux de la conduite".
Concernant la protection des salariés, le gendarme a épinglé
encore "la propreté radiologique des locaux potentiellement
contaminés, ainsi que des défauts dans la préparation
et la réalisation des activités à fort enjeu".
L'ASN a convoqué aussi l'exploitant de la centrale pour
mettre les choses au point. Visiblement, le plan rigueur sûreté
mis en place à Golfech va aujourd'hui dans le bon sens.
"Mais ses résultats ne seront pas visibles immédiatement.
On note aujourd'hui, une fragilité persistante, sans dégradation
supplémentaire", ont précisé les responsables.
Thierry Dupuy
Gazette du Nucléaire n°293, 7/02/20:
Note d'information
Le 27 janvier 2020, le directeur général de l'ASN,
Olivier Gupta, a convoqué le directeur de la centrale nucléaire
EDF de Golfech, Nicolas Brouzeng, à la suite des difficultés
rencontrées dans cette installation depuis 2018. À
cette occasion, M. Brouzeng lui a présenté le plan
d'action qu'il a mis en oeuvre sur le site depuis le milieu de
l'année 2019.
Dans le cadre de ses contrôles, l'ASN a constaté
des déficiences dans la mise en oeuvre des opérations
d'exploitation des réacteurs et un manque de rigueur systémique
dans l'enregistrement et la traçabilité des activités
relatives à la maintenance des installations. Ces constats
ont notamment été mis en évidence lors de
l'inspection de revue qu'elle a conduite sur le site du 14 au
18 octobre 2019 et dans l'analyse de l'événement
significatif du 8 octobre 2019, classé au niveau 2 de l'échelle
INES.
L'ASN constate que les analyses de risque préalables aux
activités présentant des enjeux pour la sûreté
peuvent être insuffisantes, voire inexistantes, et que les
analyses des causes des événements significatifs
survenant dans les installations sont souvent trop superficielles,
ce qui nuit à la prise en compte du retour d'expérience.
Elle considère également que les recommandations
de la filière indépendante de sûreté*
de la centrale nucléaire de Golfech ne sont pas suffisamment
prises en compte par la direction du site.
Au cours de l'audition, l'ASN a attiré l'attention du directeur
de la centrale sur la nécessité de mieux identifier,
afin d'y remédier, les causes organisationnelles des dysfonctionnements,
en complément des actions engagées pour prévenir
les erreurs individuelles, et de s'assurer de la prise de conscience
de la situation du site par l'ensemble des travailleurs, qu'ils
soient salariés d'EDF ou prestataires, afin que les mesures
correctives nécessaires soient partagées par tous
les acteurs. Par ailleurs, l'ASN a demandé au directeur
de veiller à la qualité des éléments
transmis à l'ASN, notamment dans les comptes rendus d'événements
significatifs et les réponses aux lettres de suite d'inspection.
* La filière indépendante de sûreté
est une structure, indépendante de la ligne opérationnelle,
mise en place par EDF afin de s'assurer du respect des exigences
de sûreté.
Gazette du Nucléaire n°293, 2/12/19:
www.asn.fr/Informer/Actualites/Evenement-significatif-de-surete-de-niveau-2-a-la-centrale-de-Golfech
Communiqué de presse
Le 11 octobre 2019, EDF a déclaré
à l'ASN un événement significatif pour la
sûreté relatif au non-respect des règles générales
d'exploitation lors des opérations de vidange du circuit
primaire du réacteur 2 de la centrale nucléaire
de Golfech.
Le 8 octobre 2019, le réacteur
était en cours de mise à l'arrêt pour renouveler
une partie de son combustible. Un agent de terrain s'est rendu
dans le bâtiment réacteur afin d'ouvrir l'évent
du pressuriseur, conformément aux procédures. Cet
agent ayant été interrompu pendant son activité,
l'évent n'a finalement pas été ouvert. Considérant
que l'évent avait été ouvert, les opérateurs
en salle de commande ont débuté les opérations
de vidange du circuit primaire prévues, avec l'évent
fermé, conduisant à la dépressurisation du
circuit. Dans cette configuration, les mesures du niveau d'eau
dans le circuit primaire ne sont plus représentatives de
la situation réelle.
Huit heures plus tard, un opérateur a observé que
l'évolution du niveau d'eau du circuit primaire ne correspondait
pas à l'attendu. Après analyse, l'équipe
de conduite a interrompu la vidange du circuit et envoyé
un agent de terrain dans le bâtiment réacteur afin
de contrôler la position de l'évent du pressuriseur.
Constatant que celui-ci était fermé, elle a demandé
son ouverture sans toutefois procéder au préalable
aux actions requises par les règles générales
d'exploitation.
Cette ouverture a entraîné des mouvements d'eau non
maîtrisés dans le circuit primaire et une chute du
niveau d'eau. L'exploitant a alors procédé à
un appoint afin de restaurer le niveau d'eau dans le circuit primaire.
Les décisions prises et les actions engagées par
l'exploitant ont été précipitées après
la découverte de la non-ouverture de l'évent, sans
évaluation préalable de leurs impacts avérés
et potentiels, alors que le réacteur se trouvait dans une
configuration non-conforme aux règles générales
d'exploitation. L'analyse réalisée a posteriori
par l'exploitant, à la demande de l'ASN, a montré
que le refroidissement des assemblages de combustible situés
dans la cuve du réacteur a été maintenu durant
l'événement.
Cet événement est intervenu quelques jours avant
la réalisation d'une inspection de revue menée par
13 inspecteurs de l'ASN et 11 experts de l'IRSN sur le site de
Golfech. Cette inspection a été l'occasion pour
l'ASN de contrôler notamment les mesures mises en oeuvre
par EDF pour sécuriser la poursuite des opérations
de mise à l'arrêt du réacteur et renforcer
la surveillance des activités de conduite à la suite
de cet événement.
L'ASN a par ailleurs demandé à EDF d'évaluer
les conséquences de la dépressurisation sur les
équipements du circuit primaire, ce qui a conduit à
des contrôles complémentaires des installations.
Leurs résultats ont été analysés par l'ASN
dans le cadre de son instruction de la demande d'accord pour le
redémarrage du réacteur 2, qui a été
délivré le 21 novembre 2019.
Ce non-respect des règles générales d'exploitation
lors des opérations de vidange du circuit primaire n'a
pas eu de conséquence sur les personnes et l'environnement.
En raison de la dégradation des fonctions de sûreté
et des conséquences potentielles pour la sûreté
nucléaire, liées notamment à des défauts
dans la gestion de l'événement et la surveillance
des activités de conduite, ainsi qu'à la prise en
compte insuffisante des enseignements du retour d'expérience,
l'événement est classé au niveau 2 de l'échelle
INES (échelle internationale des événements
nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à
7 par ordre croissant de gravité).