Ouest-france,
24 avril 2026:
Le 26 avril 1986, un des réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait. L'une des plus graves catastrophes industrielles de l'histoire. Quelques jours plus tard, le départ de la Course de la Paix, épreuve cycliste alors la plus prestigieuse dans les pays de l'Est, était donné depuis Kiev. 64 cyclistes y ont participé.
L'anecdote fait froid dans le dos. Il y a quarante
ans, le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4
de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine),
explose et libère un nuage radioactif. La plus grande catastrophe
nucléaire de l'Histoire. Quelques jours plus tard, le 6 mai
1986, à 110 km de là, s'est élancé
la Course de la Paix. L'épreuve cycliste alors la plus
prestigieuse dans les pays de la sphère communiste. Son
nom est donné pour « exprimer la volonté
de tous les participants de défendre une paix durable,
la sécurité et la coopération entre les peuples
de tous les continents de notre planète ».
64 cyclistes ont participé à la course
Pendant quatre jours, le peloton d'une épreuve considérée
comme « Le Tour de France de l'Europe de l'Est »
a parcouru les routes d'une République socialiste soviétique
d'Ukraine contaminée par la radioactivité. Dans leur grande majorité, les
équipes d'Europe occidentale, informées de la situation,
refusent d'envoyer leurs coureurs en Union soviétique.
Pourtant, la Fédération française de cyclisme,
rassurée par le discours officiel [voir aussi "rassurée par le discours
officiel": La Colo de Tchernobyl empoisonne Fontenay],
envoie six coureurs qui ont donné leur accord pour se rendre
à Kiev. « Il n'y avait
pas à hésiter une demi-seconde. Je fais confiance.
S'ils nous proposent d'y aller »,
racontait à Ouest-France l'ex-cycliste Richard Vivien.
Quelques heures avant le coup d'envoi de la course, les Français
décident finalement de ne pas s'aligner au départ.
« Le matin, en ouvrant les volets, on les voyait
arroser pour fixer les poussières au sol »,
se souvenait le coureur qui devait porter, pour la première
fois, le maillot de l'équipe de France. De leur côté,
les autorités de Moscou interdisent aux participants des
pays satellites d'agir de la sorte et leur ordonnent de s'aligner.
Ce que Tchécoslovaques, Polonais et Allemands de l'Est,
firent donc. Au total, 64 cyclistes se rendent à
Kiev, au départ de la course.
Après quatre jours de compétition, un certain Olaf
Ludwig remporte l'épreuve. Cette participation, bien que
dangereuse pour sa santé, ne l'a pas empêché
d'accumuler les victoires. Il est alors devenu l'un des meilleurs
cyclistes allemands durant les années 1980 et 1990.
« Nous ne savions pas grand-chose »
De son côté, le Tchèque, Jozef Regec, qui
avait 21 ans à l'époque, a participé
à cette course. Le cycliste a remporté la première
étape dans la capitale ukrainienne. Obnubilé par
sa carrière, il n'a pas hésité à s'aligner
au départ. Jozef n'avait surtout pas conscience de l'ampleur
de l'accident : « Comme le gros de la population
en Tchécoslovaquie, nous ne savions pas grand-chose. Les
médias s'étaient contentés du strict minimum.
[...] On entendait tout et son contraire », a-t-il
déclaré à Radio Prague, en 2014.
Toutefois, vingt ans plus tard, en 2006, le diagnostic tombe.
Il est atteint d'un cancer du rein. Lui, qui ne s'est jamais posé
de question jusque-là, se demande soudain s'il y a
un lien de cause à effet avec sa participation à
la course. « Je me suis soumis à tout un
tas d'analyses après l'annonce du diagnostic, mais je n'ai
pas trouvé un seul médecin pour me confirmer ou
m'infirmer cette thèse. Cela m'intéresse bien sûr,
mais au fond, cela ne change pas grand-chose non plus. De toute
façon, qu'aurais-je fait ? Attaquer l'État
en justice vingt ans après ? Les régimes ont
changé, beaucoup des responsables de l'époque ne
sont plus là aujourd'hui, et puis, encore une fois, comment
démontrer que la cause de la tumeur était Tchernobyl ?
Impossible », a-t-il avoué au média
tchèque, en 2014.
Après la plainte des citoyens contre X pour danger public causé par négligence, l'Office tchèque de l'enquête sur les crimes du communisme a refermé, en mars 1999, le dossier Tchernobyl pour prescription et amnistie du président de la République. L'un des trois responsables présumés était Antonin Himl, le président du Comité olympique tchécoslovaque. Il est celui qui a dirigé l'envoi des cyclistes à la Course de la Paix...
Célia Olivier