BBC News Afrique, 28 décembre 2021:·

Armes nucléaires : comment l'Afrique du sud a volontairement détruit son programme

Le 24 mars 1993, le président sud-africain de l'époque, Frederik Willem de Klerk, a confirmé ce qui était une forte rumeur depuis des années : son pays avait développé un projet secret qui en faisait un État doté de l'arme nucléaire. Dans un discours au parlement, il a déclaré que l'Afrique du Sud avait construit six bombes atomiques complètes.

Il a affirmé qu'elles avaient été démantelées, ainsi que l'ensemble de l'armement nucléaire, avant que l'Afrique du Sud ne rejoigne le traité de non-prolifération nucléaire des Nations unies (TNP) en juillet 1991. De Klerk a également accordé à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) un accès total au pays pour inspecter directement les sites du programme nucléaire et vérifier ses affirmations. Avec cet aveu, le président a réussi, en un seul discours, à faire entrer l'Afrique du Sud dans le petit groupe des pays du monde qui ont eu des armes nucléaires et à la placer dans une position unique en tant que seul État au monde qui, après avoir développé ses propres armes nucléaires, y a volontairement renoncé avant d'adhérer au TNP.

L'Ukraine a également accepté dans les années 1990 de détruire ses armes atomiques, mais celles-ci faisaient partie de l'arsenal dont elle avait hérité lorsqu'elle faisait partie de l'URSS. Mais comment l'Afrique du Sud a-t-elle acquis des armes nucléaires et pourquoi a-t-elle décidé de s'en débarrasser ?

[...] Les raisons, selon de Klerk, résident dans l'évolution de la situation politique internationale à la fin des années 1980. Dans son discours au parlement, l'ancien président a mentionné le cessez-le-feu en Angola, l'accord tripartite sur l'indépendance de la Namibie et le retrait de 50 000 soldats cubains d'Angola, ainsi que la chute du mur de Berlin, la fin de la guerre froide et le démembrement progressif du bloc soviétique. "Les perspectives étaient bonnes pour passer d'une relation de confrontation avec la communauté internationale en général, et avec nos voisins africains en particulier, à une relation de coopération et de développement. Dans ces circonstances, la dissuasion nucléaire est devenue non seulement superflue, mais en fait un obstacle au développement des relations internationales de l'Afrique du Sud", a-t-il déclaré.

Dans une interview accordée en 2017 au magazine The Atlantic, l'ancien dirigeant sud-africain a détaillé les raisons pour lesquelles il s'opposait à la possession de la bombe. "J'estimais qu'il était inutile d'utiliser une telle bombe dans ce qui était essentiellement une guerre rurale, qu'il était effrayant de penser que nous pouvions détruire une ville dans l'un de nos pays voisins de quelque manière que ce soit. Dès le début, à mon avis, je l'ai vu comme une corde autour de notre cou", a-t-il argué. "Vous avez quelque chose que vous n'avez jamais l'intention d'utiliser, qui est en fait horrible à utiliser, dont l'utilisation serait moralement indéfendable."

C'est ainsi qu'après l'arrivée au pouvoir de De Klerk en 1989, l'arrêt du programme nucléaire a été mis en route, avec la destruction des bombes, la fermeture des usines nucléaires où était produit l'uranium hautement enrichi et le déclassement de l'uranium, afin qu'il ne puisse pas être utilisé dans des armes. Parallèlement, le gouvernement a entamé le processus d'adhésion au TNP et mis en route les réformes politiques internes qui allaient conduire à la fin de l'apartheid et à la transition politique, laquelle a abouti à l'élection de Nelson Mandela à la présidence.

 

 

Jeune Afrique, 8 juillet 2013:

Quand l'Afrique (du Sud) avait la bombe

Laurent Touchard travaille depuis de nombreuses années sur le terrorisme et l'histoire militaire. Il a collaboré à plusieurs ouvrages et certains de ses travaux sont utilisés par l'université Johns-Hopkins, aux États-Unis. Il revient aujourd'hui sur un épisode un peu oublié de la guerre froide, quand l'Afrique du Sud des Afrikaners a développé un programme nucléaire militaire, sous le régime raciste de l'apartheid.

Une partie des bombes de 500 kilos tombent à côté de l'objectif, mais la marge d'erreur est d'une centaine de mètres. Plus du tiers des 84 000 tonnes larguées ­ 42 bombes par avion ­ réduisent en miettes ce qui est touché. Les postes de garde disparaissent dans des nuages de poussières, de gravats, les sentinelles sont pulvérisées. Les clôtures sont soufflées, les bâtiments éventrés s'effondrent. La voiture d'un technicien qui arrivait à son travail est réduite en charpie et l'amas de métal déchiqueté est propulsé à plusieurs mètres, dans les airs. À vingt mille pieds dans le ciel, les quatre Tu-22M2 Backfire-B partis de Luanda presque trois heures plus tôt, volant d'abord à basse altitude, font déjà demi-tour.

Deux Mirage F1CZ du 3 Squadron, suivis d'une autre patrouille, cette fois-ci de Mirage IIICZ du 2 Squadron, décollent de la base de Waterkloof 16. Il est déjà trop tard. Les officiers de veille de la défense aérienne n'imaginaient pas un tel raid possible. En dehors des Tu-95 Bear-D qui mènent parfois de longues missions de reconnaissance maritime au-dessus de l'Atlantique Sud à partir de Luanda, aucun avion angolais ou cubain n'a l'allonge pour atteindre Pretoria et ses environs En outre, les radars ont été aveuglés par les contre-mesures électroniques de bord des bombardiers. Le bilan est net : les installations sud-africaines de traitement de l'uranium de Valindaba n'existent plus

À l'instar du roman « Vortex » de Larry Bond  (1991), dans lequel Pretoria fait usage d'une arme atomique contre les forces cubaines en Angola, ces lignes relèvent de la pure fiction. Pourtant, comme le rapporte une taupe sud-africaine travaillant pour le GRU  (Service de renseignement militaire russe), en 1976 Moscou aurait envisagé de mener une frappe aérienne préventive contre le centre nucléaire sud-africain de Pelindaba, près de Pretoria, afin d'empêcher l'Afrique du Sud d'achever la construction d'une usine d'enrichissement d'uranium (à Valindaba) et de disposer ainsi des moyens de fabriquer la bombe C'est l'un des épisodes de cette histoire de programme hautement secret, d'une guerre entre grandes puissances par « proxy » interposés, où se mêlent paranoïa et réalité, défis technologiques et chauvinisme, inconscience, rivalités géopolitiques et espionnage au coeur de l'Afrique, que nous allons raconter.

La genèse

Tout commence avec le projet Manhattan, destiné à la conception de la première bombe atomique. Les Américains convoitent alors les ressources en uranium, minerai nécessaire à la réalisation de l'arme. Or, le sous-sol d'Afrique du Sud est riche. À la fin de la Seconde guerre mondiale et le début de la Guerre froide, les Britanniques emboîtent le pas, tandis que des techniques d'extraction sont développées conjointement avec les États-Unis. Pour gérer l'exploitation du minerai, Pretoria met en place une structure dédiée : l'Atomic Energy Board (AEB). À ce stade, 90 techniciens et scientifiques sont formés de l'autre côté de l'Atlantique en contrepartie de 40 000 tonnes d'oxyde d'uranium.

Soucieuse de s'assurer un approvisionnement constant en uranium pour le développement de son arsenal nucléaire et son industrie civile, Washington signe un nouvel accord de collaboration avec Pretoria, en 1957. En échange de l'uranium local, d'autres scientifiques se rendent aux États-Unis qui fournissent aussi un réacteur nucléaire en 1965, implanté à Pelindaba, le SAFARI-1, ainsi que son combustible nucléaire. Deux ans plus tard, Pretoria possède un second réacteur de recherche, lui aussi à Pelindaba, le SAFARI-2.

À la même époque, Américains et Soviétiques s'intéressent à l'utilisation pacifique des explosifs nucléaires pour des travaux d'ampleur. Washington envisage de créer des havres portuaires par ce biais. D'autre part, des essais sont menés pour l'exploitation de ressources naturelles. Pis, en URSS, des explosions de nature économique ou scientifique (études sismiques) ont lieu par dizaines, avec les résultats que l'on imagine pour la santé publique et l'environnement ! L'AEB se penche sur la question en 1969 : la technique explosive aurait son utilité pour l'extraction minière. De fait, en 1971, le ministre des Mines Carl De Wet donne son accord pour le lancement d'un programme de recherche sur les « peaceful nuclear explosion » (PNE). Forts de leur expérience acquise avec les réacteurs de recherche et en Amérique, scientifiques et ingénieurs sud-africains se mettent donc au travail.

Ce programme civil constitue l'origine du cheminement vers le programme nucléaire militaire. Les sources diffèrent pourtant à ce sujet. En effet, certains observateurs et chercheurs évoquent 1968 ou 1969, un rapport de la CIA mentionne 1973 et le président De Klerk, qui dirigera le pays de 1989 à 1994, parlera de 1974, ce que confirmeront par la suite les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), alors qu'ils contrôleront les installations sud-africaines. Enfin, le docteur Waldo Stumpf, directeur de l'agence nucléaire sud-africaine affirmera pour sa part que le programme conservera ­ formellement ­ sa nature civile jusqu'en 1977. Enfin, pour des responsables de la société d'armement nationale (Armaments Corporation, ARMSCOR), le Premier ministre P. W. Botha ordonnera le lancement du programme militaire en octobre 1978.

L'idée d'une arme atomique germe probablement dès la fin des années 1960 dans la tête de ceux qui devinent des périls futurs.

1968 ou 1969, 1971, 1973, 1974, 1977 ou 1978 ? Quoi qu'il en soit, cette étude sur les PNE représente une étape importante du nucléaire militaire sud-africain, à une époque où il apparaît que l'Angola et le Mozambique ne resteront pas éternellement des colonies aux mains des Portugais. Or, les mouvements de guérilla qui affrontent ces derniers sont soutenus (au moins en paroles) par les puissances communistes que sont l'URSS et ses alliés d'une part, la Chine d'autre part. Si le Portugal abandonnait ses territoires africains, il céderait la place à des organisations clairement hostiles au régime de Pretoria. Ces pays désormais indépendants serviraient de sanctuaire au South-West African People Organisation (Swapo), autre guérilla qui se bat pour l'indépendance du Sud-Ouest africain (future Namibie), protectorat sud-africain En conséquence de quoi, l'idée d'une arme atomique germe probablement dès la fin des années 1960 dans la tête de ceux qui devinent des périls futurs.

L'enrichissement de l'uranium

L'année 1974 représente une autre étape importante pour trois raisons. Premièrement, si la République sud-africaine (RSA) dispose de vastes ressources en uranium, elle dépend des États-Unis pour le traitement du minerai qui sert ensuite de combustible aux réacteurs. Pretoria affiche rapidement sa volonté d'indépendance en la matière, en construisant l'usine d'enrichissement de Valindaba (Pelindaba-est), désignée « Usine-Y » (« Y-plant »). Pour se faire, au fil des années, elle bénéficie de l'aide plus ou moins directe d'Israël, de la France, mais aussi, de l'Allemagne de l'Ouest.

Deuxièmement, un rapport conclut à la faisabilité technique des PNE. Le Premier ministre John Vorster approuve donc un programme dans ce sens. Il alloue également des fonds pour la construction d'un site d'essai, à Vastrap, dans le désert du Kalahari ; un premier puits destinés aux tests nucléaires en sous-sol est creusé. Inondé, il doit être abandonné au profit d'un second, de 385 mètres de profondeur. Bien que civil, l'ensemble du projet doit rester secret, en théorie pour éviter les réactions de la communauté internationale, à l'image de celles qu'engendre l'essai nucléaire indien du mois de mai 1974.

Un mémorandum de 1975 recommande l'acquisition d'armes nucléaires, éventuellement israéliennes, montées sur des missiles balistiques israéliens Jericho-1.

Troisièmement, la région sombre dans le chaos avec la confusion qui règne en Angola, au Mozambique et en Rhodésie. Un mémorandum de 1975 recommande l'acquisition d'armes nucléaires, éventuellement israéliennes, montées sur des missiles balistiques israéliens Jericho-1. L'objectif est de décourager tout chantage de la part d'organisations terroristes qui se verraient dotées d'armes nucléaires tactiques par la République populaire de Chine. Il y a là une allusion au soutien chinois dont bénéficie la Zimbabwe African National Liberation Army (ZANLA) en Rhodésie. En ce qui concerne la présence portugaise, la Révolution des illets au Portugal, qui précède un retrait des colonies africaines, conduit les mouvements politiques et de guérilla locaux à s'affronter pour occuper l'espace vide. Fortement encouragée par les États-Unis, l'Afrique du Sud s'implique dans la guerre civile en 1975, aux côtés de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita).

L'intervention n'a pas simplement pour objet d'empêcher l'organisation marxiste qu'est le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) ou d'influence maoïste qu'est le Front national de libération de l'Angola (FNLA) ­ d'ailleurs appuyé directement par le Zaïre et vaguement allié de l'Unita ­ de s'emparer du pouvoir en Angola, mais également de maintenir l'encerclement autour de la Swapo.
Malheureusement pour Pretoria, les activités de la CIA en Angola sont révélées aux États-Unis. Face au Congrès et à une partie de l'opinion publique qui, après le Vietnam, ne veulent plus d'aventures guerrières, Washington est contraint de s'éclipser, même si elle continuera de sous-traiter sa guerre sur place, notamment via le Service de documentation et de contre-espionnage (SDECE) français, ancêtre de la DGSE.

L'interventionnisme de Cuba

Autre conséquence dommageable, l'opération Savannah qui voit les soldats sud-africains encadrer les guérilleros de l'Unita dans leur « chevauchée » vers Luanda, provoque l'intervention massive d'un État communiste : Cuba. Orienté vers ce pays frère par Moscou, le MPLA ne reçoit d'abord qu'une aide limitée, avec des conseillers militaires et l'acheminement de matériel. Toutefois, l'offensive éclair des groupements interarmes sud-africains et de l'Unita amène Fidel Castro à déployer des forces considérables, seul, puis avec l'aide de Moscou. L'Afrique du Sud domine militairement, mais les troupes cubaines constituent un adversaire autrement plus redoutable que les ex-rebelles du MPLA sans entraînement, sans véritable cohésion et mal armés. À la même époque, alors que dessine le péril de voir les T-55 et BTR-60 cubains déferler sur l'Afrique de l'Ouest (Namibie), l'administration américaine ­ qui a lâché la RSA en Angola ­ se montre de plus en plus insistante afin que Pretoria signe le Traité sur la non prolifération des armes nucléaires (TNP). Pour ne rien arranger, un accord de défense naval avec la Grande-Bretagne prend fin et n'est pas reconduit.

Face à ce que les responsables sud-africains perçoivent comme une trahison de Washington, dans un contexte d'isolement diplomatique de plus en plus marqué qu'induit l'apartheid et exacerbe la sanglante répression des émeutes de Soweto en juin 1976, disposer de l'arme nucléaire apparaît comme une impérieuse nécessité. C'est là une question de survie pour des dirigeants dont la paranoïa est alimentée par des événements et des menaces bien réelles. Dans cette logique, ils se rapprochent davantage d'Israël, également esseulé. En avril 1976, le Premier ministre Vorster se rend sur place et il est probablement question d'un renforcement de la collaboration dans le domaine du nucléaire. L'État hébreu fournit de la documentation technique, forme des personnels en échange d'au moins 300 tonnes d'uranium cédées dans le courant des années 1970

Les Soviétiques, quant à eux, sont inquiets de l'avancement des travaux de l'Usine-Y ; ils n'ignorent pas que du PNE à l'arme nucléaire le chemin est court. D'après Deiter Gerhardt, officier de la marine de guerre sud-africaine qui espionne pour le compte de Moscou, l'URSS aurait sollicité une entrevue secrète avec des diplomates américains, en 1976, afin de discuter du problème. Parmi les solutions pour le résoudre, le Kremlin aurait proposé de frapper avec son aviation le chantier de Valindaba, tuant ainsi dans l'uf l'ambition sud-africaine d'enrichir son uranium, et à terme, de concevoir une arme nucléaire.

Outre l'opposition américaine que l'on devine, l'Union soviétique aurait concrètement eu du mal à planifier une opération de ce type. Alors encore mal connus à l'Ouest, les modernes Tu-22M2 Backfire-B sont les seuls bombardiers avec un rayon d'action qui leur permet ­ sans ravitaillement en vol ­ de décoller de Luanda pour atteindre Pelindaba, à plus de 2 400 kilomètres de distance. L'aéroport de la capitale angolaise s'impose : sa piste est une des rares en Afrique ­ avec celui de Conakry ­ à être suffisamment longue pour accueillir les énormes Tu-95 Bear-D, ainsi que les Tu-22M2. Quant aux rapides et récents Su-24, ils ne sont pas encore équipés d'un système de ravitaillement en vol et l'Usine-Y est hors de leur portée.

Enfin, les chasseurs-bombardiers Su-17 sont à la fois incapables de voler aussi loin, ce même depuis les bases avancées de Menonge ou de Cuito Cuanavale et à la fois limités par leur charge offensive relativement faible. À quoi se serait ajouté toute la difficulté de déployer des bombardiers, jusqu'alors quasiment jamais vus par l'Ouest, sans trahir des intentions belliqueuses. Même avec des opérations de déception  réussies (sans le sens de tromper l'ennemi, ce que les russes appellent la Maskirovka), il aurait été difficile de ne pas mettre la puce à l'oreille de Pretoria et encore moins de Washington.

Quasiment irréalisable, la proposition russe n'aurait donc été qu'une manoeuvre pour faire pression sur les États-Unis afin qu'ils bloquent, d'une manière ou d'une autre, les dangereuses velléités atomiques d'un encombrant allié. Pour calmer le jeu, ils prennent donc la décision qui leur paraît la plus judicieuse : ils ne fourniront plus de combustible pour les réacteurs SAFARI-1 et 2

Cosmos vigilant

Démarche sans succès : Washington ne réussit pas à contraindre Pretoria à stopper ses activités nucléaires militaires ou considérées comme telles. Conscientes de cet échec, les autorités soviétiques surveillent de près la RSA. Probablement autant suspicieuses que bien renseignées, elles lancent un satellite de reconnaissance Zenit-2M, Cosmos 922 le 30 juin 1977, dont l'orbite passe curieusement au-dessus du désert du Kalahari Puis, le 20 juillet, une fusée Soyuz arrache du sol de Baïkonour le Cosmos 932, de type Zenit-4MKM, qui, lui est manuvrable. Entre le 22 et le 25 juillet il réalise des clichés du site de Vastrap. Le 02 août 1977, le satellite en fin de vie retombe sur terre ; les Soviétiques récupèrent l'imagerie obtenue et leurs analystes constatent l'existence du premier puits d'essai tandis que s'achève le forage d'un second. Il ne fait aucun doute que Pretoria est sur le point de tester son arme nucléaire. Leonid Brejnev, dirigeant de l'URSS ne l'admet pas et rend publique la découverte, via l'agence de presse officielle Tass.

Penauds, les Américains qui en savaient sans doute davantage qu'ils ne le disaient, ne peuvent que confirmer. Dès lors, la communauté internationale s'insurge et harcèle Pretoria. La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Louis de Guiringaud, menace le 22 août d'annuler le contrat de la construction d'une centrale nucléaire à Koeberg. Dans un premier temps, la RSA clame qu'il s'agit de tester un explosif nucléaire à vocation civile, mais face au tollé général, elle renonce finalement à l'essai. Malgré cette reculade, l'incident n'est pas sans conséquence : un nouvel embargo sur les armes à destination de l'Afrique du Sud est voté par l'ONU. Les États-Unis l'approuvent.

Au milieu des années 1980, le champ des recherches sera étendu aux technologies de l'implosion, du thermonucléaire et des missiles balistiques.

Cette même année 1977, le docteur Neil Barnard, un scientifique, séide de P. W. Botha, rédige un article sur la stratégie de dissuasion des armes nucléaires. À la fin de celui-ci, il établit qu'elles sont un facteur de stabilisation dans un contexte international trouble, en conséquence de quoi, l'Afrique du Sud ne devrait pas s'en priver. Il ajoute en substance que leur acquisition ne changerait de toute manière pas grand chose au statut de paria dont souffre déjà le pays, précisant encore que « sans une solide puissance de base toute la diplomatie moderne est condamnée à l'échec ». Son analyse quant aux éventuels désavantages est évidemment imparable : difficile de faire pire en matière d'isolement, d'autant que le président américain Carter, qui a succédé à Ford, n'aime pas la politique intérieure de Pretoria et qu'en 1978, le Congrès prend des décisions quant au transfert d'équipement et de combustible nucléaire. Ces restrictions concernent au premier chef la RSA, ce aussi longtemps qu'elle n'aura pas signé le TNP.

Qu'à cela ne tienne ! Pretoria opte alors pour l'autosuffisance en matière de nucléaire. La responsabilité du programme d'explosifs nucléaires est transférée de l'agence nucléaire nationale à la branche aérospatiale de l'ARMSCOR. En 1981, un nouveau site, le « Kentron Circle » (« Cercle de Kentron », qui sera désigné par la suite « Advena ») sera construit à une quinzaine de kilomètres de Pelindaba/Valindaba. De plus, au milieu des années 1980, le champ des recherches sera étendu aux technologies de l'implosion, du thermonucléaire et des missiles balistiques.

Quant à la politique américaine, elle est gênée aux entournures par des nations qui ne sont pas décidées à délaisser un commerce lucratif. Puisque Pretoria a renoncé à son essai nucléaire, l
a France construit effectivement la centrale de Koeberg, au grand dam de Washington. Raymond Barre, alors Premier ministre explique avec un fatalisme cynique que les Sud-Africains ont déjà l'arme atomique et que les réacteurs n'ajoutent rien à celle-ci ! Par ailleurs, Pretoria contourne les interdictions et contrôles en profitant de lacunes dans les listes de matériels surveillés, s'adresse à des pays qui font preuve de souplesse, comme la Belgique ou encore l'Italie, récupère des données techniques publiques. La CIA ne manque pas de le constater et de le rapporter Au bout du compte, fin 1978 ­ courant 1979, la RSA dispose de tout ce qui lui est nécessaire pour enrichir son uranium dans des conditions relativement satisfaisantes. Israël est toujours un partenaire privilégié, recevant de 50 à 600 tonnes d'uranium naturel (selon les sources) en contrepartie d'une aide technique ainsi que du tritium, qui permet de concevoir des bombes atomiques plus puissantes.

Vela 6911

Deux ans plus tard, un nouvel incident fait naître une controverse qui se poursuit aujourd'hui. Le 22 septembre 1979, un satellite américain d'alerte, le Vela 6911 enregistre un double éclair lumineux dans l'Atlantique Sud (ou l'océan Indien selon les sources). Conçu pour vérifier que l'URSS respecte le Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires (qui n'autorise que les essais souterrains), signé en 1963, les Vela fonctionnent au-delà de leur durée de vie estimée et sont donc obsolètes. Néanmoins, les faits sont là : les capteurs de l'une de ces antiquités de l'espace repèrent bel et bien ce qui caractérise en théorie un essai nucléaire. Trente ans plus tard, ceux qui étaient alors au pouvoir, ainsi que les militaires et scientifiques sud-africains nient toujours avoir testé une arme atomique. Pour certains, le satellite aurait été victime d'une météorite qui aurait provoqué une défaillance technique.

L'absence de radioactivité constatée par des avions de reconnaissance américain le corroborerait. Cependant, pour de nombreux scientifiques du Laboratoire de recherche navale (Naval Research Laboratory) et plus encore pour des responsables et analystes de la Defense Intelligence Agency  (DIA, service de renseignement militaire américain), les données enregistrées par le Vela 6911 sont celles d'une explosion nucléaire.

L'éventualité d'un test de la part de la RSA seule paraît peu plausible car Pretoria a pris du retard dans l'enrichissement de son uranium.

Difficile de faire la part des choses, d'autant que de nombreux documents sont toujours classifiés ou partiellement publics. Malgré tout, des responsables du renseignement qui ont eu accès à ces informations établissent à 80 ou 90 % la probabilité d'un essai nucléaire. Effectué par qui ? Les hypothèses sont nombreuses : l'Union soviétique, Israël, l'Afrique du Sud, Israël et l'Afrique du Sud ? L'éventualité d'un test de la part de la RSA seule paraît peu plausible car Pretoria a pris du retard dans l'enrichissement de son uranium. Le premier test sud-africain du dispositif de fission, via la technique du canon, survient en laboratoire, en novembre 1979. Or, il lui faudrait davantage de temps pour assembler une bombe fonctionnelle. Restent alors Israël de son côté ou bien, en partenariat avec l'Afrique du Sud.

La nouvelle donne de l'élection de Ronald Reagan

Dans un mémorandum secret du 14 mai 1981 adressé à Washington, Pretoria indique qu'elle n'est pas fermée au TNP et qu'elle n'a effectué aucun essai significatif. En revanche, elle refuse de signer le fameux traité en raison de la situation régionale, des menaces qui pèsent sur le pays. Elle cite le risque que représentent l'Union soviétique et les pays qu'elle soutient dans la zone. Pretoria souligne aussi que la RSA n'a aucun espoir d'une quelconque aide des Nations unies en cas d'attaque de Cuba ou de l'URSS depuis l'Angola. De fait, elle ne veut pas adhérer à un traité qui témoignerait d'une faiblesse relative, permettant à ses agresseurs de ne pas trop se préoccuper des conséquences de menées hostiles envers le pays.

Il convient de noter qu'à cette date, Ronald Reagan succède à Jimmy Carter, battu aux élections. Déterminé à combattre le communisme et à réduire son influence partout dans le monde, le nouveau président est, fort logiquement, moins enclin à sanctionner un État qui s'est révélé être un môle en Afrique contre les « Rouges », même s'il lui faut tenir compte de son opinion publique, globalement très hostile à l'apartheid. Cependant, Reagan se révèle habile à ce sujet : il estime que sortir les Afrikaners de l'isolement diplomatique permettra de faire avancer les choses, tout en contribuant à protéger les intérêts stratégiques américains dans la région et en nuisant à ceux des Soviétiques. Mettre des bâtons dans les roues du programme nucléaire militaire sud-africain n'est donc plus à l'ordre du jour dans l'administration du cow-boy de Washington.

En avril ou décembre 1982, la première bombe est finalement prête, d'une puissance donnée entre 10 et 20 kt selon les sources (soit l'équivalent de la bombe d'Hiroshima), d'un poids d'environ 1 000 kilos, dont 55 kilos d'uranium enrichi, pour une longueur d'environ 1,80 mètre. D'autres suivent : en moyenne une tous les 18 mois. En septembre 1985, P. W. Botha décide qu'un total de sept bombes seront fabriquées. C'est ce que préconisent ceux qui ont défini la doctrine de la dissuasion nationale. Elle repose sur trois jalons : tout d'abord, nier l'existence de l'arme nucléaire de manière à laisser l'ennemi dans l'incertitude et à l'inciter à la retenue. Ensuite, reconnaître auprès d'un pays tiers, de préférence les États-Unis ou la Grande-Bretagne, que l'Afrique du Sud dispose effectivement d'une capacité à fabriquer un arsenal nucléaire. Enfin, réaliser un essai nucléaire, démontrant que Pretoria ne plaisante pas et qu'une bombe pourrait rapidement être disponible. Le quatrième jalon est en réalité un non-dit : si ceux qui précèdent ne sont pas considérés à leur juste valeur, alors vient le moment des frappes nucléaires tactiques.

Pour les mener, deux avions d'attaque biplaces Blackburn Buccaneer S Mk50 sont modifiés, notamment avec de la peinture anti-radiation qui protégera les équipages des émissions après une explosion. Appartenant au 24 Squadron de Waterkloof 8, quinze au total ont été commandés en janvier 1963, dans le cadre des accords de Simonstown. En mai 1965, les pilotes sud-africains accomplissent leur formation à Lossiemouth, en Écosse. Dans le courant des années 1980, la South African Air Force (SAAF) n'en compte plus qu'une demi-douzaine. Particularité de l'appareil, outre des points d'emport externes, il dispose d'une soute susceptible de recevoir quatre bombes de 454 kilos ou, pour les exemplaires britanniques, d'une arme nucléaire WE 177. Sa signature radar (radar cross section) est importante : à 12 200 mètres, il est repérable à 460 kilomètres, à 300 mètres un radar le détectera à une distance de 75 kilomètres. Mais en revanche, s'il vole à très basse altitude, il ne sera repéré qu'une fois sur son objectif. Trappu, robuste, il constitue l'avion de pénétration idéal pour la SAAF, en dépit d'un rayon d'action de combat de 965 kilomètres qui le met hors de portée de Luanda ou même de Cuito Cuanavale et Menonge depuis Waterkloof.

La dissuasion sud-africaine

Vers 1985, les militaires, les ingénieurs et scientifiques qui travaillent au « Cercle » d'Advena jugent nécessaire d'envisager une dissuasion basée sur des missiles balistiques. Malgré leurs performances honorables, les Buccaneer sont trop vulnérables face à une aviation cubaine qui ne cesse de s'améliorer. Que faire si les deux appareils spécialisés sont descendus avant d'avoir accompli leur mission ? Alors sont entreprises des études sur des têtes nucléaires susceptibles d'équiper des missiles balistiques de construction nationale, sur les plans des Jericho II israéliens. Il s'agit en quelque sorte d'un retour au projet de 1975 d'acquérir des Jericho-1 éventuellement munis de têtes nucléaires.

Contrairement aux vieux avions d'attaque, les missiles ne pourraient être interceptés. Autre avantage : leur portée, de près de 2 000 kilomètres, plaçant quasiment Luanda à distance de tir. De « dissuasion nucléaire tactique », les Sud-Africains disposeraient alors d'un véritable outil de dissuasion stratégique. Pour l'horizon 2000, ARMSCOR prévoie ainsi de fabriquer des missiles avec des têtes d'une puissance 100 kt, contre 15 à 20 kt pour les bombes alors en service. L'Afrique du Sud serait en mesure de rayer de la carte ses éventuels ennemis.

Pour l'horizon 2000, les Sud-Africains prévoyaient de fabriquer des missiles avec des têtes d'une puissance 100 kt, contre 15 à 20 kt pour les bombes alors en service.

Le premier jalon de la doctrine de dissuasion telle que définie dans les années 1980 est valable en permanence. La marche vers le second serait dictée par la menace d'une action militaire d'envergure cubaine et/ou soviétique incluant une possibilité d'invasion de l'Afrique de l'Ouest. Le troisième jalon serait atteint avec des certitudes absolues quant à cette dernière menace. Enfin, le jalon « non-dit » impliquerait que des colonnes blindées et mécanisées communistes déferlent sur le territoire namibien et du Botswana, visant directement l'Afrique du Sud attaquée de l'intérieur par des activistes de l'ANC et des infiltrés de la Swapo.
ARMSCOR veille à établir de stricts protocoles de contrôle et de sécurité, en s'inspirant de ceux en vigueur aux Etats-Unis. Pour la décision d'utiliser l'arme nucléaire, l'accord de quatre responsables gouvernementaux ­ dont le Premier ministre ­ est nécessaire, disposant chacun d'une partie de code. La bombe, maintenue en deux éléments est alors assemblée, avant d'être montée sur les Buccaneer. Ils décolleraient de leur base, fonceraient à basse altitude durant une partie du trajet, éventuellement sous la protection de Mirage F1CZ. Ceux-ci auraient la rude tâche d'affronter les MiG-23 ennemis. Sous réserve de ne pas avoir été abattus par une défense antiaérienne puissante, les Buccaneer largueraient alors leur « colis » mortel sur les groupements de manoeuvre adverses, sur des concentrations de troupes plus à l'arrière du front, possiblement moins défendues. Des témoignages évoquent aussi comme cibles potentielles les bases importantes de la SWAPO.

L'intérêt de la bombe réside dans l'"assurance-vie" qu'elle représente pour le régime afrikaner.

Mais bien avant les dégâts qu'elle causerait, l'intérêt de la bombe réside dans l' « assurance-vie » qu'elle représente pour le régime afrikaner. En effet, les dirigeants sud-africains estiment que la menace de recourir à cet arsenal terrifiant obligera l'Ouest en général et les États-Unis en particulier à intervenir au profit de Pretoria, diplomatiquement mais avec fermeté, voire militairement.
À l'épreuve du feu

En 1985, Cuba aligne 40 000 soldats en Angola. Ils ne suffisent pas à remporter la décision, mais l'Afrique du Sud s'essouffle. Le nombre de ses chasseurs-bombardiers se réduit au fil des opérations, elle perd la supériorité aérienne qui lui est pourtant essentielle Si lors de la bataille de Cuito Cuanavale en octobre 1987, les troupes de Fidel Castro ne remportent pas une grande victoire contrairement à ce qu'affirme sa propagande, elles ne sont pas non plus honteusement défaites. La Havane déploie donc davantage de moyens pour venir à bout des solides bataillons de Pretoria. En mars 1988, elles entrent en action dans le sud de l'Angola, pointant vers la Namibie. Le « lider maximo » avertit l'Afrique du Sud qu'une « sérieuse défaite » l'attend. La RSA active sa réserve. À Pretoria, les responsables sont fébriles et songent à faire jouer leur dissuasion. Pourtant, par chance, aucun affrontement sérieux ne survient. Au contraire : cette escalade aboutit à un cessez-le-feu, le 8 août 1988, et des pourparlers sérieux se tiennent enfin.

Du 5 août au 22 décembre, les négociations se poursuivent. Néanmoins, Pretoria redoute toujours une action surprise des Cubains : le cessez-le-feu pourrait n'être qu'une ruse. Leurs brigades blindées et mécanisées ne sont qu'à 200 kilomètres de la frontière namibienne et si elles attaquaient, les Sud-Africains seraient bien en peine de les arrêter. Pretoria joue alors son joker. Présent à Vienne, en Autriche, afin de discuter des conditions de l'adhésion au TNP, P. W. Botha déclare à la presse que son pays est en mesure de fabriquer une arme nucléaire, mais qu'il ne veut pas. Premier jalon. Puis, en septembre et en octobre, les « yeux » des satellites observent une activité désormais inhabituelle à Vastrap. Deuxième jalon. À l'évidence, les techniciens sud-africains réactivent l'un des puits. Gesticulation avec un message en filigrane : en cas de rupture du cessez-le-feu, Pretoria pourrait bien briser le tabou de l'essai nucléaire. Message qu'entendent fort et clair Moscou et Washington. Le 22 décembre 1988, au siège des Nations unies à New York, un accord est trouvé entre l'Angola, Cuba et l'Afrique du Sud. Il prévoie un retrait des forces de Pretoria du sud de l'Angola et un désengagement des Cubains.

Adhésion au Traité de non prolifération

En septembre 1989, nouvellement élu, le président De Klerk ordonne l'arrêt du programme nucléaire militaire.

1989 : le monde vit une période de bouleversements dont l'effondrement du mur de Berlin constitue un point d'orgue. En septembre, nouvellement élu, le président De Klerk ordonne l'arrêt du programme nucléaire militaire. Moins de six mois plus tard, en février il décide du démantèlement des bombes au mois de juillet. Sa volonté de neutraliser l'arsenal est toutefois tempérée par la prudence quant à la réalité du retrait cubain. Celui-ci s'interrompt d'ailleurs temporairement en janvier 1990. Cette relative lenteur s'accompagne enfin d'une méticulosité dans les procédures, de sécurité, ainsi qu'une application à gommer toutes les traces du programme. Au moins 12 000 pages de documents classifiés portant aussi bien sur des questions techniques que d'ordre politico-militaire sont ainsi détruites.

Le 16 juillet 1991, alors que les derniers soldats cubains ont quitté l'Angola, la RSA adhère finalement au TNP. En novembre, les inspecteurs de l'AIEA arrivent. La situation géopolitique ne l'interdit plus, comme l'expliquera par la suite le président De Klerk : « Dans ces circonstances, une dissuasion nucléaire était devenue, non seulement superflue, mais en fait un obstacle au développement des relations internationales de l'Afrique du Sud. »

Ce revirement doit aussi à une autre cause, beaucoup moins évoquée : avec la fin de l'apartheid, les Afrikaners devinent que l'ANC accédera au pouvoir par la voie des urnes. En corollaire, qu'adviendra-t-il alors des bombes atomiques ? L'ANC pourrait-elle se montrer reconnaissante envers des mouvements, des pays qui l'ont soutenu durant ses années de lutte, à l'instar de Cuba ? Question à double-volet, d'ailleurs : quid des extrémistes blancs qui pourraient rejeter la fin de l'apartheid et tenter de s'emparer de bombes ? La décision de De Klerk relève donc aussi du principe de précaution, même si une autre question se posera encore : quel devenir pour les scientifiques impliqués dans le programme nucléaire, comment empêcher leur éventuelle embauche par des États tels que la Libye ?

Le 24 mars 1993, devant l'Assemblée sud-africaine, De Klerk révèle que l'Afrique du Sud a disposé de six bombes atomiques.

Le 24 mars 1993, devant l'Assemblée sud-africaine, De Klerk révèle que l'Afrique du Sud a disposé de six bombes atomiques, une septième étant en cours de fabrication, dans le cadre d'un programme, mené sans assistance étrangère, impliquant un coût d'environ 400 millions de dollars. Il précise que toutes les armes ont été neutralisées durant les mois qui ont précédé l'adhésion au TNP afin d'être en conformité avec celui-ci. Ainsi met-il fin à un secret de polichinelle, dans un discours qui ne satisfait pas tous ceux à qui il s'adresse. En effet, certains subodorent que ces « six bombes et demi » avouées ne sont que la face cachée de l'iceberg. Roger Jardine, par exemple, alors conseiller scientifique de l'ANC indique que la déclaration de de Klerk « n'est ni un mensonge ni la vérité absolue ». Il bat en brèche l'allégation selon laquelle Pretoria n'aurait bénéficié d'aucune aide extérieure, ainsi que le coût estimé de l'ensemble, qu'il considère comme sensiblement plus élevé. En outre, rien n'est dit sur domaine des missiles balistiques à ogives nucléaires, d'éventuelles recherches sur la bombe à neutron, d'études sur des bombes guidées munies de tête nucléaire.

En dépit des quelques 12 000 documents détruits, des précisions pourront sans doute être apportées, des réponses apportées ; tout n'a certainement pas disparu et au fil du temps, des données seront encore retrouvées, déclassifiées. Beaucoup reste probablement à découvrir et à écrire sur ce programme né de la Guerre Froide et disparu avec elle

Laurent Touchard

 

Science & Vie n°749, février 1980:

Deux mystérieux éclairs sur l'océan indien

Que s'est-il passé le 22 septembre dernier, à 15 heures, à 1 000 km au large des côtes d'Afrique du Sud ? Soudain, un double éclair a illuminé le ciel, provoquant la perplexité des scientifiques et des militaires. Pourtant, ces derniers ont des soupçons...

Sur son orbite géostationnaire, à 36 000 km d'altitude, un des plus vieux satellites espions américains, un « Vela », eut tout à coup son « oeil » attiré par une double lueur. L'engin se trouvait alors au sud de l'Afrique, et ses photomètres balayaient une zone de 1540 km de diamètre, comprenant la pointe méridionale du continent, la jonction de l'océan Atlantique et de l'océan Indien, ainsi qu'une partie de l'Antarctique.

S'agissait-il d'un phénomène météorologique ? D'un reflet capricieux ? De la combustion d'une météorite ? Mystère ! Les premiers à avoir la puce à l'oreille furent les militaires américains. Et pour cause. Le satellite « Vela » leur appartient. Il est l'un des trois rescapés d'une série de huit lancés en 1970 pour surveiller les explosions nucléaires atmosphériques clandestines. Les informations qu'il enregistre, relayées par la station de réception de Pinegap, en Australie, sont captées en permanence par une de leurs bases de Floride. Or le double flash lumineux n'a plus de secret pour eux : il est le signe, la signature, d'une explosion atomique atmosphérique. L'éclair initial éclate au démarrage de l'explosion ; c'est la fameuse « boule de feu » bien connue des physiciens. Ensuite, la lueur est occultée pendant une fraction de seconde par l'onde de choc, qui rend l'atmosphère opaque. Puis, la nuée dissipée, le second éclair apparaît.

Jusqu'à ce 22 septembre 1979, les satellites « Vela » avaient observé quarante et une fois le phénomène du double flash, et, chaque fois, les vérifications effectuées par le département américain de la Défense avaient confirmé qu'une explosion nucléaire atmosphérique avait réellement eu lieu. Il s'agissait principalement des expériences nucléaires faites par les Chinois et les Français, qui se sont toujours abstenus de signer le traité international d'interdiction des explosions nucléaires atmosphériques.

Pourtant, cette quarante-deuxième fois, les choses n'étaient pas aussi évidentes. D'abord, bien sûr, aucun pays voisin de la zone intéressée ne revendiquait une quelconque explosion. Ensuite, l'intensité du double éclair avait été si faible que, s'il provenait bien d'un essai atomique, la puissance de la bombe ne devait pas dépasser 2 à 4 kilotonnes, soit le cinquième de la puissance de la bombe d'Hiroshima. Or, généralement, les engins expérimentaux, assez rudimentaires, ont une puissance cinq à dix fois supérieure. Enfin, fait encore plus troublant, les autres capteurs du satellite « Vela », en particulier ceux qui mesurent les rayons X et les rayons gamma, et ceux qui détectent les perturbations électromagnétiques, n'avaient enregistré aucun signal qui pût corroborer ceux des photomètres.

Devant la perplexité des militaires, Frank Press, le conseiller scientifique du président Carter, convoqua une bonne demi-douzaine de spécialistes appartenant aux plus grandes universités américaines. But de la réunion : tenter de faire la lumière sur cette mystérieuse affaire à l'aide des éléments disponibles. Toutes les hypothèses furent envisagées. En premier lieu, les spécialistes se demandèrent si le satellite n'avait pas été victime d'une hallucination, c'est-à-dire d'un mauvais fonctionnement. D'après les militaires, la possibilité d'un incident de ce genre était plus que douteuse : les photomètres de « Vela » avaient été vérifiés et réétalonnés quelques semaines auparavant. Diverses explications «naturelles» furent alors envisagées : les capteurs du satellite n'avaient peut-être rien vu d'autre que la succession rapide de deux éclairs d'orage ; ou bien un éclair orageux avait été fortuitement suivi par la rentrée dans l'atmosphère d'une météorite ; ou bien encore « Vela » avait enregistré quasi simultanément un éclair et un reflet du soleil sur l'océan. Toutes ces hypothèses étaient vraisemblables, car les satellites sont tout à fait capables de voir les éclairs, les sondes « Voyagers » qui, l'an dernier, sont passées à proximité de Jupiter ont photographié les gigantesques éclairs qui déchirent l'atmosphère de cette planète. Malheureusement, ces suppositions présentaient toutes le même défaut : elles étaient invérifiables. Restait une dernière explication, suggérée par le ministère sud-africain de la Défense : le double flash avait pour origine l'explosion accidentelle du réacteur d'un sous-marin atomique soviétique de la classe Delta 2, qui croisait justement dans les parages à cette époque. Les spécialistes américains la rejetèrent, arguant qu'un réacteur de sous-marin ne pouvait en aucun cas exploser à la façon d'une bombe : un accident grave aurait pour effet de faire fondre le réacteur et les appareillages annexes, tout en produisant un fort dégagement de radioactivité qui n'aurait pas manqué d'être détecté.

A tout prendre, l'explication la plus plausible demeurait celle d'un essai atomique atmosphérique. C'est à elle d'ailleurs que se rallièrent les scientifiques de d'Institut des sciences nucléaires de Wellington, en Nouvelle-Zélande : ayant décelé une augmentation de la radioactivité des eaux de pluie, ils conclurent en novembre dernier que cet accroissement apportait la preuve formelle qu'une explosion nucléaire de faible puissance avait eu lieu dans l'hémisphère austral au cours des trois mois précédents. Ils avaient en effet découvert dans leurs prélèvements divers éléments (du baryum 140, du praséodium 143 et de l'yttrium 91) qui ont une période inférieure à cinquante-neuf jours.

Cependant l'affaire se complique encore dans la mesure où un autre institut néo-zélandais, le National Radiation Laboratory, prétend, lui, n'avoir rien trouvé d'anormal dans ses analyses pluviales. Mais peut-être ne disposet-il pas des appareils de mesure adéquats : équipé pour déterminer les seuils de radioactivité dangereux pour la santé publique, il est sans doute moins apte à détecter les faibles variations. Quoi qu'il en soit, des avions américains U2 et C135 dépêchés pour mesurer la radioactivité dans la zone signalée par « Vela » n'ont, eux non plus, rien relevé de particulier.

Alors, explosion nucléaire ou non ?

Pour le moment, il n'existe que des présomptions et... un suspect l'Afrique du Sud. Car l'Afrique du Sud est non seulement l'Etat le plus proche de la zone incriminée, mais elle est aussi le seul pays de la région à posséder les gisements d'uranium, l'infrastructure industrielle et la technologie nécessaires à la mise au point d'un engin atomique (1). Si les soupçons se confirmaient, elle serait la septième puissance nucléaire de la planète.

Questionné sur ce sujet, le directeur de la Commission sud-africaine de l'énergie nucléaire a répondu d'un ton péremptoire que toute affirmation selon laquelle son pays aurait procédé à un essai atomique relevait dé la plus parfaite absurdité. Quant au ministre des Affaires étrangères, il s'est contenté de faire remarquer de façon sibylline que, pour savoir la vérité, le mieux était d'interroger Neptune !

L'affaire en est là. Elle démontre toute la difficulté qu'il y a à établir la vérité en pareille matière. Elle démontre aussi les failles du réseau de surveillance américain, du moins dans cette partie du monde. « La zone où s'est produit le phénomène est trop vaste, et l'explosion a été trop faible pour que nous puissions nous prononcer avec certitude», disent en guise d'excuse les militaires U.S., qui ajoutent cependant: «D'autres explosions nucléaires détectées par les « Vela » n'ont pas pu être confirmées par des mesures ultérieures. Et pourtant elles avaient bien eu lieu ! »

Faut-il en conclure que les Sud-Africains, malins, ont volontairement limité la puissance de leur première bombe pour ne pas alerter les autres nations ? Cela prouverait non seulement une évidente habileté politique, mais une belle maîtrise technologique.

Quant aux militaires américains, échaudés, ils vont sans doute être contraints de revoir tout leur système d'observation en place depuis une dizaine d'années. Car, pour eux, le plus clair de cette ténébreuse affaire est que leur réseau de contrôle, destiné avant tout à surveiller ce qui se passe en U.R.S.S., en Chine et dans les atolls français du Pacifique, n'est plus adapté aux nouveaux problèmes posés par la prolifération nucléaire. Il va donc leur falloir resserrer les mailles du filet et, pour cela, obtenir que l'on desserre les cordons de la bourse à dollars.

(1) Pour plus de détails sur ce sujet voir R Science et Vie " n°8 718, 720, 722, 732.

Jean-René Germain

 

 

Le Monde Diplomatique, septembre 1978:

Comment l'Afrique du Sud a pu mettre au point « sa » bombe nucléaire

En août 1977, l'agence soviétique Tas publiait une dépêche selon laquelle l'Afrique du Sud s'apprêtait à procéder à un essai nucléaire sur son site expérimental au coeur du désert de Kalahari. Cette nouvelle - rapidement confirmée par les services spéciaux en Occident - suscita aussitôt un vaste branle-bas diplomatique à Washington, Bonn, Paris et Londres. Dans les capitales occidentales, les déclarations se succédèrent pour mettre en garde le régime raciste du premier ministre Vorster quant aux conséquences néfastes qui pourraient découler d'une telle initiative sur le plan de la politique internationale. Des pressions plus ou moins fortes furent exercées afin d'y faire obstacle. Temporairement, au moins, les autorités sud-africaines furent ainsi obligées de faire marche arrière en ajournant leurs préparatifs.

Après plus de vingt ans de coopération, entre la République Sud-Africaine (R.S.A.) et les grandes puissances occidentales dans le domaine nucléaire, que le régime de l'apartheid puisse devenir le premier pays d'Afrique à posséder un engin atomique ne devrait plus étonner personne. Pour Zdenek Cervenka et Barbara Rogers, auteurs de l'étude la plus complète sur le programme nucléaire sud-africain depuis ses origines, les responsabilités de l'Occident dans cette évolution - qui menace d'ailleurs tout le continent africain - ne sont plus à démontrer. En effet, ils prétendent que « les Etats-Unis, Israël, l'Allemagne de l'Ouest, la France et la Grande-Bretagne ont tous aidé l'Afrique du Sud par la fourniture d'équipements divers, de matière fissile, de technologie de pointe et d'aides financières qui lui ont permis de fabriquer une bombe atomique ».

En se fondant sur des documents secrets dérobés à l'ambassade sud-africaine à Bonn, les deux auteurs s'attachent à mettre en lumière le rôle particulier de chaque pays dans ce véritable axe nucléaire « dont l'épicentre serait l'Allemagne de l'Ouest. Troisième producteur mondial d'uranium et détenteur de réserves » considérables de ce minerai stratégique, l'Afrique du Sud se trouvait en position de force à l'égard des pays occidentaux. Et, de ce fait, les autorités de Pretoria ont su largement utiliser cet atout pour acquérir la technologie qui devait leur permettre de brûler les étapes sur le chemin conduisant à l'arme atomique.

Au début des années 50, en pleine guerre froide lorsque les Américains commencèrent de fabriquer un immense arsenal nucléaire, ils eurent besoin de s'approvisionner en uranium sud-africain. En contrepartie, Pretoria devint l'un des premiers bénéficiaires du programme de coopération nucléaire Atoms for Peace, qui lui permit, entre autres, de se doter d'un premier réacteur et recherche, Safari-I, entré en service dès 1985. Un deuxième modèle, Safari-Il, lui fut livré trois ans plus tard, de plus, Washington a fourni environ 120 kilos d'uranium très enrichi et a ouvert son centre de recherche d'Oak-Ridge aux scientifiques sud-africains. Mais les Américains n'étaient pas les seuls à offrir de telles facilités aux physiciens de la R.S.A., qui ont également pu suivre des stages en Allemagne de l'Ouest, en Angleterre et en France.
Espoirs allemands

Une fois la technologie de base sur place et l'équipe scientifique en cours de perfectionnement, l'étape suivante, dans la mise au point d'une bombe atomique, consiste en l'acquisition des connaissances liées à l'enrichissement de l'uranium. C'est là que l'Allemagne de l'Ouest a joué un rôle de tout premier plan. En dépit des affirmations fréquentes du Dr Roux, chef de l'Atomic Energy Board sud-africain, selon lesquelles le procédé sud-africain d'enrichissement de l'uranium est à la fois « révolutionnaire » et « authentiquement sud-africain », les experts occidentaux ont estimé qu'il présentait des similitudes pour Ie moins frappantes avec le procédé dit « jet-nozzie », un procédé de séparation isotopique par tuyères, développé par le professeur allemand Erwin Becker.

C'est un secret de polichinelle que des chercheurs sud-africains travaillaient au centre de Karisruhe où le procédé a été mis au point. De là à voir une possible collaboration entre les deux pays - chacun y trouverait son compte - il n'y a qu'un pas que beaucoup n'ont pas hésité à franchir. Cependant, c'est seulement avec Ia publication des documents provenant de l'ambassade sud-africaine et l'affaire Roll qui s'est ensuivie qu'on a pu mesurer toute l'étendue de cette « conspiration nucléaire ».

Depuis sa défaite, l'Allemagne n'a le droit ni de construire ni de posséder des armes nucléaires. Mais, dès 1960, des généraux allemands ont écrit au gouvernement pour souligner la nécessité de doter l'armée des moyens nucléaires pour assurer la « défense » du territoire. Un autre élément entrant en ligne de compte était le souci de rendre le pays plus indépendant de la tutelle américaine au sein de l'OTAN ; afin d'y parvenir, iI fallait contourner les interdictions qui pesaient sur lui. En particulier, il était essentiel de nouer des liens sur le plan nucléaire avec un pays n'ayant pas signé le traité de non-prolifération, car, de cette manière, l'Allemagne pouvait éventuellement avoir accès à l'uranium, enrichi sans qu'un contrôle extérieur puisse s'exercer. C'est exactement là que réside tout l'intérêt de la collaboration nucléaire avec Pretoria. Un exemple parmi d'autres de ce rapport privilégié cité par Zdenek Cervenka et Barbara Rogers : la coopération entre le groupe gouvernemental STEAG et UCOR (la société sud-africaine d'enrichissement de l'uranium) pour la commercialisation du procédé Becker.

Si la France est devenue au cours des années 60 et 70, selon le mot d'un ministre sud-africain, « la meilleure amie de la R.S.A. », c'est notamment grâce à la vente massive d'armes ultra-modernes et de technologie, qui a permis à Pretoria de mettre sur pied un puissant complexe militaro-industriel. Qui plus est, Paris n'a nullement boudé les possibilités de coopération nucléaire qui allaient, par la suite, aboutir à la signature d'un « contrat du siècle » portant sur la livraison de deux centrales nucléaires à la R.S.A. Comme le soulignent les deux auteurs, ce contrat a été conclu avec la France, contre toute attente, pour des raisons hautement politiques. On croit savoir que le consortium français, avec Framatome comme chef de file, avait déjà été éliminé par les techniciens de l'Escom (équivalent sud-africain d'E.D.F.) A cause des garanties techniques nettement insuffisantes qu'il offrait. Alors que les représentants de Framatome pliaient déjà bagages, l'Escom a dû céder aux pressions venant des plus hautes sphères du gouvernement sud-africain et choisir des centrales made in France.

Ce choix découlait de la préoccupation des dirigeants sud-africains qui craignaient les effets de l'opposition grandissante à l'apartheid aux Etats-Unis, en Hollande et en Allemagne. Ultérieurement, la mobilisation de larges secteurs de l'opinion publique dans ces pays contre la coopération de leurs gouvernements avec la R.S.A. aurait pu déboucher sur un embargo empêchant la livraison des centrales commandées. En outre, la décision sud-africaine a aussi été, favorablement influencée par les conditions financières assortissant l'offre française et par l'espoir que le gouvernement français serait peut-être moins regardant quant à l'éventuel retraitement des matières fissiles.

Depuis 1970, on a pu voir se former un axe Pretoria-Paris-Téhéran-Tel-Aviv dans le domaine nucléaire. Dans ce rapport quadrangulaire, la France et Israël fournissent la technologie, l'Iran le pétrole, et la R.S.A. l'uranium. Le chah serait même tenté d'aider à financer une coûteuse usine d'enrichissement de l'uranium sur le territoire sud-africain en échange de quoi ses centrales nucléaires seraient approvisionnées en oxyde d'uranium et, plus tard, en uranium enrichi sans se soumettre aux clauses de sauvegarde internationales actuellement en vigueur. Ce même, en ce qui concerne Israël, ses besoins en uranium sont complémentaires de ceux de la R.S.A. en technologie nucléaire. L'hebdomadaire américain Newsweek rapportait l'année dernière que les services spéciaux américains soupçonnaient fort que la bombe que tes Sud-Africains étaient sur le point de faire exploser aurait pu être de fabrication Israélienne.

A la fin du mois de juin, les gouvernements américain et sud-africain ont achevé une première série de pourparlers sur la coopération nucléaire entre les deux pays. Dans la phase actuelle des négociations, la R.S.A. se serait engagée à signer enfin le traité de non-prolifération, ce qui l'obligerait en principe à accepter le contrôle de son programme nucléaire par l'Agence Internationale de l'énergie atomique. De son côté. Washington va reprendre ses livraisons d'uranium enrichi. Présenté par le président Carter comme preuve de la sagesse de sa nouvelle politique en Afrique australe, cet accord a été en revanche considéré par la presse sud-africaine comme une grande victoire pour le pays. Car il permettrait A la R.S.A. d'épargner des dizaines de millions de dollars sur son programme de recherche nucléaire, et, de surcroît, il porte un coup d'arrêt A l'isolement Inquiétant de Pretoria sur la scène internationale.

En tout cas, il parait pour le moins douteux que l'objet de l'accord, soit un droit de regard plus grand ou un contrôle plus étroit sur les capacités nucléaires sud-africaines. Ne faudrait-il pas y voir plutôt un signe du resserrement des liens entre « gardien » de l'Occident et le « pouvoir pâle » au moment où les luttes se radicalisent en Afrique australe ?