Les vétérans de la crise des missiles de Cuba dénoncent la folie nucléaire

MOSCOU, 12 avr - Deux des principaux acteurs américains de la crise des missiles de Cuba de 1962 et des dizaines de diplomates et de militaires russes vétérans de cet épisode se sont remémoré mercredi à Moscou ces 13 jours qui ont mis le monde au bord de la guerre nucléaire.
L'ancien ministre américain de la Défense, Robert McNamara, accompagné de Theodore Sorenson, qui écrivait les discours du président américain John F. Kennedy à l'époque, a réaffirmé sa conviction que le monde est passé "à un cheveu de la destruction". Il s'exprimait à l'occasion de la projection à Moscou du film "13 jours" du réalisateur américain Kevin Costner, qui relate cet épisode de manière romancée.

Le monde "a eu de la chance" à cette époque, mais il "ne peut pas continuer à compter sur la chance" pour prévenir un holocauste nucléaire, a affirmé Robert McNamara devant un auditoire d'officiels américains et russes, dont beaucoup ont pris part aux événements d'octobre 1962.

Selon lui, la leçon du film "13 jours", dont il a fait l'éloge malgré "plusieurs inexactitudes historiques", est que "la combinaison indéfinie de la faillibilité humaine et des armes nucléaires conduira à la destruction de l'humanité".

"Nous devons éliminer les armes nucléaire", a affirmé avec force Robert McNamara, qui a souligné qu'en ce moment même, 6.500 ogives russes étaient pointées sur les Etats-Unis et que 7.500 ogives américaines étaient dirigées sur la Russie, dont 2.500 prêtes à être activées en 15 minutes.

Il a appelé à accélérer le rythme actuel du désarmement et à renforcer les accords de non-prolifération.

Theodore Sorenson s'est déclaré d'accord avec l'opinion de Robert McNamara selon laquelle la crise, à l'issue de laquelle le leader soviétique Nikita Khrouchtchev avait consenti à retirer les missiles soviétiques de Cuba après une série de bluffs et de contre-bluffs très tendue, s'était terminée de manière pacifique "uniquement parce que nous avons eu de la chance".

Il a énuméré une longue liste de questions sur le thème de "Que se serait-il passé si ...", dont la première était: "Que se serait-il passé si le président Kennedy avait cédé aux chefs d'état-major américains, à plusieurs parlementaires et à son propre secrétaire d'Etat (ministre des Affaires étrangères), Dean Acheson, qui voulaient qu'il lance une attaque contre Cuba ?"

Dans chaque cas, a-t-il répondu, la réponse est la même: "Nous ne serions pas là aujourd'hui". Il a ensuite dénoncé "la folie que représentent nos arsenaux nucléaires actuels et leur niveau d'alerte".

Robert McNamara et le général Anatoli Gribkov, qui était chef adjoint de département opérationnel de l'état-major soviétique à l'époque de la crise, ont tous deux souligné que chaque côté avait fait de sérieuses erreurs d'évaluation à propos des intentions et des capacités de l'autre.

Ce n'est que quand Robert McNamara a rencontré Anatoli Gribkov à La Havane en 1992 qu'il a appris que l'Union Soviétique avait installé 162 missiles sur l'île communiste, a-t-il expliqué.

Anatoli Gribkov a affirmé que "les services de renseignement américains n'étaient pas assez bons", mais il a souligné que, contrairement à ce que montre le film, aucun des missiles déployés à Cuba n'étaient équipés d'armes nucléaires, pas plus qu'ils n'étaient approvisionnés en carburant. D'ailleurs, ils n'étaient même pas dressés de façon à pouvoir être tirés, a-t-il ajouté.

Le général Gribkov a regretté que, alors que la Russie s'était formellement engagée il y a deux ou trois ans à ne jamais recourir la première à des frappes nucléaires, pas plus les Etats-Unis, qu'aucun autre pays n'avait fait de même.

Le seul leader de cette époque toujours en vie, le Cubain Fidel Castro, a vu le film "13 jours" lundi au Palais de la Révolution de La Havane, en présence de sa star, kevin Costner, qui en est aussi le producteur, et de plusieurs célébrités.

Fidel Castro, à présent âgé, et qui a vu passer huit présidents américains et six maîtres du Kremlin depuis la crise des missiles, a, dit-on, apprécié le film.

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