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Dossier Gilles Cordillot:

Fort de Vaujours
Le site du fort de Vaujours renferme-t-il des « oubliettes » radioactives qui auraient pu polluer les nappes phréatiques ? Les écologistes le craignent, le CEA le dément formellement.
FORT DE VAUJOURS.
Le commissaire enquêteur était un ancien du CEA Après les révélations d'un ancien ingénieur du CEA sur des tirs d'uranium, habitants et élus réclament la transparence. Alors qu'on découvre que le premier commissaire-enquêteur était lui aussi un ancien du CEA, un médecin révèle une hausse anormale des affections de la hyroïde.

LE FORT de Vaujours qui abritait jusqu'en 1997 le CEA (Commissariat à l'énergie atomique) sera prochainement vendu aux enchères. Auparavant, une enquête publique est nécessaire sur ce site militaire qui a procédé à des tirs d'uranium, préparatoires à la fabrication de la bombe atomique, dans les années 50. Mais élus, population et associations ne veulent plus qu'on leur cache la vérité. Dernière découverte: le commissaire-enquêteur chargé de l'enquête publique initiale était... un ancien ingénieur du CEA. Le 9 mars dernier, le tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne), département sur lequel se trouve également le Fort de Vaujours, désigne une commission d'enquête. Elle est chargée de veiller à ce que le CEA rende le site au public en bon état. Et plus particulièrement à ce que les lieux ne présentent aucun danger pour les futurs acquéreurs. La ville de Courtry entend notamment installer une zone industrielle sur une partie du territoire. Tout aurait pu passer inaperçu, si une employée zélée de la mairie de Courtry ne s'était rendue compte que le commissaire-enquêteur assurant la présidence de la comission d'enquête, n'était autre qu'un ancien du CEA.

ALAIN GOUROD, directeur adjoint des applications militaires (DAM) au CEA se veut rassurant. « Le rôle d'un commissaire-enquêteur est de savoir écouter, écrire et rapporter des informations à un tribunal. Or, c'est l'une des caractéristiques des ingénieurs. Nous ne biaisons pas. Le commissaire-enquêteur qui avait été nommé en premier est un homme de grande expérience capable de rapporter des faits à un tribunal. » Reste qu'il est bien difficile d'être à la fois juge et partie. S'agissant des puits perdus, le directeur ne voit pas comment il pourrait y avoir des quantités significatives de radioactivité dans ces puits. « Nous étions tenus de contrôler la radioactivité de l'eau et de ne la rejeter que si elle se trouvait à l'intérieur des normes admises par la DGS (Direction générale de la santé). Nous sommes parvenus à des normes dix fois moins importantes que celles qui nous étaient imposées. » Seulement, l'ingénieur des mines répond au sujet de ces puits inaccessibles: « Prouvez-le. » Lorsqu'on demande à Alain Gourod si le CEA serait prêt à autoriser un laboratoire indépendant comme la Crii-RAD à effectuer une contre-expertise, le directeur répond: « Sur le site, c'est comme dans votre propre maison, on n'a pas l'habitude de faire procéder à des contre-expertises... Si le préfet le souhaite, des mesures complémentaires seront faites. » Légère différence, le site en question est destiné à revenir au public. Et le préfet préfère ne pas voir construire dessus des logements ou des écoles.

Les Verts veulent une étude épidémiologique...

Pour des raisons de transparence aisément concevables, la loi stipule bien que pour pouvoir devenir commissaire-enquêteur, on ne doit pas avoir travaillé au sein de l'organisme qui assure le contrôle de l'opération soumis à enquête publique, depuis au moins cinq ans. Or ce dernier n'était à la retraite que depuis trois ans. Le tribunal administratif a dû désigner un nouveau commissaire-enquêteur le 13 avril 2000. L'enquête a de ce fait été repoussée et s'est déroulée du 9 mai au 10 juin.

...et l'ouverture des archives du CEA

Au-delà de ces péripéties administratives, élus et associations s'inquiètent. Lundi, les Verts du 93 réclamaient la levée du secret militaire sur cette installation, afin de mener sur le site une contre-expertise, ainsi qu'une étude épidémiologique sur la population et une étude d'impact sur l'environnement du fort et les villes avoisinantes. Laquelle étude d'impact est désormais rendue obligatoire par la nouvelle législation. Ils exigent par ailleurs l'ouverture des archives du CEA et du ministère de la Défense, afin d'informer la population sur les activités réalisées à proximité de leur lieu d'habitation. Le député Alain Calmat a posé hier une question au gouvernement lors de la séance de l'Assemblée nationale, sur les risques possibles. Le maire de Coubron, Raymond Coenne, également conseiller général, s'exprimait quant à lui le 30 mai devant l'assemblée départementale. « L'enquête publique sur la fermeture du CEA de Vaujours a révélé de fortes carences en matière d'information. Je crains aussi un transfert de responsabilité en demandant aux villes, après des décennies de secret d'Etat, d'examiner un dossier puis, dans la lancée, d'approuver y compris des zones d'ombre en matière de risque de pollution pyrotechnique, voire nucléaire. » Et de conclure: « Les citoyens exigent à juste titre d'être informés, associés, d'autant qu'il s'agit là de leur santé et de celle des générations futures. » Le conseil municipal de Coubron a de ce fait voté le refus de l'abandon du site CEA dans son état actuel. D'ailleurs, le rapport de l'ingénieur divisionnaire de la DRIRE Ile-de-France (Direction régionale de l'Industrie et de la recherche) stipule que « ce site qui présente une contamination résiduelle par des substances radioactives et pyrotechniques, devra êre inscrit au recensement national des sites et sols pollués ».

Elus et habitants veulent la vérité

LE PASSÉ et les secrets du fort de Vaujours n'en finissent plus d'inquiéter Seine-et-Marne et Seine-Saint-Denis. A commencer par Courtry, où se trouve en partie cette propriété du CEA (Commissariat à l'énergie atomique). Elus et habitants demandent aujourd'hui des comptes alors que, quotidiennement, s'épaissit la liste des incohérences et des secrets mis au jour. Dernier épisode en date, le commissaire-enquêteur chargé de l'enquête publique nécessaire pour vendre aux enchères ce site où des tirs d'uranium ont eu lieu dans les années cinquante était un ingénieur proche du CEA ! Le 9 mars dernier, le tribunal administratif de Melun désigne une commission d'enquête. Elle est chargée de veiller à ce que le CEA rende le site au public en bon état. La ville de Courtry entend notamment installer une zone industrielle sur une partie du territoire. Tout aurait pu passer inaperçu, sans une employée zélée de la mairie de Courtry qui a finalement identifié l'ancien ingénieur. Or, pour des raisons de transparence aisément concevables, la loi stipule bien que pour pouvoir devenir commissaire-enquêteur, on ne doit pas avoir travaillé au sein de l'organisme qui assure le contrôle de l'opération soumis à enquête publique, depuis au moins cinq ans. Or, ce dernier n'était à la retraite que depuis trois ans. Le tribunal administratif a dû désigner un nouveau commissaire-enquêteur et l'enquête a de ce fait été repoussée et s'est déroulée du 9 mai au 10 juin.

Vers la levée du secret militaire ?

Au-delà de ces péripéties administratives, élus et associations montent au créneau. Lundi, les Verts de Seine-Saint-Denis réclamaient la levée du secret militaire sur cette installation ainsi qu'une étude épidémiologique sur la population et une étude d'impact sur l'environnement du fort et les villes avoisinantes. Ils exigent par ailleurs l'ouverture des archives du CEA et du ministère de la Défense afin d'informer la population sur les activités réalisées à proximité de leur lieu d'habitation. Dernier mystère, Daniel de Beckers, président des Amis de la terre de la Dhuys, une association de Courtry, évoque quant à lui l'existence de trois puits dont on a perdu la trace. « Ont-ils été rebouchés par des matières dangereuses », questionne-t-il. Le rapport de l'ingénieur divisionnaire de la Drire Ile-de-France (Direction régionale de l'industrie et de la recherche) stipule de toute façon que « ce site qui présente une contamination résiduelle par des substances radioactives et pyrotechniques, devra être inscrit au recensement national des sites et sols pollués ».

"Les maladies thyroïdiennes ont doublé en dix ans" Ludovic Toro, médecin généraliste à Coubron

LES ACTIVITÉS PASSÉES du CEA peuvent-elles aujourd'hui avoir des répercussions sur la santé des populations environnantes ? C'est la question qui angoisse les habitants. Psychose ou réalité ? Le maire de Coubron, Raymond Coenne, assure que, dans sa commune et les villes voisines, les affections de la glande thyroïde seraient plus fréquentes qu'ailleurs. Une observation confirmée par le docteur Ludovic Toro, installé à Coubron depuis dix ans, et dont la clientèle se répartit entre Coubron, Courtry et Montfermeil. « Il est vrai que les cas de pathologie thyroïdienne que je rencontre ont doublé en dix ans, confirme le médecin. Pour exemple, rien que sur une population d'environ 5 000 habitants à Coubron, il m'arrive d'en détecter une dizaine par an. Pour une maladie aussi rare, cela fait tout de même beaucoup... » Mais le praticien se garde bien d'établir un lien entre ces maladies et les activités passées du CEA. Cependant, il reconnaît « qu'en cas d'émissions radioactives, la glande thyroïde est le premier organe à être contaminé ». « La thyroïde est un organe qu'on a trop longtemps sous-estimé, ajoute-t-il. Alors je reste vigilant. Et, quand on cherche, on trouve assez souvent. Personnellement, je les détecte très vite. Cela permet d'opérer avant que le mal ne se transforme en cancer. »

« Des fosses pour déchets nucléaires »

ROBIN DES BOIS, association parisienne de protection de l'homme et de l'environnement, n'y va pas par quatre chemins. Elle qualifie de « fosses pour déchets nucléaires ou chimiques » les fameux puits dans lesquels s'écoulaient les eaux de lavage des postes de tir du fort de Vaujours. « Après chaque expérimentation, les blindages des bâtiments d'exercice étaient lavés et les eaux de lavage rejetées en puits perdus d'une profondeur de trente-cinq mètres, explique l'association. Des contrôles en fond de puisard réalisés par le SPR (service de protection radiologique du CEA) ont conduit à des valeurs de l'ordre de dix fois le bruit de fond (entendez par bruit de fond la radioactivité naturelle). Un comblement des puisards et des canalisations avec du béton a été effectué en raison de l'inaccessibilité, empêchant toute décontamination totale. » Et de souligner: « Le dossier d'abandon déposé par le CEA ne se hasarde pas dans les mesures de radioactivité des ruisseaux, cours d'eau, sources ou nappes sur site et hors site et ne dit mot sur le devenir et la migration des effluents radioactifs rejetés dans les puits perdus. » Pour Jacky Bonnemains, président de Robin des Bois, ce sont deux ou trois laboratoires indépendants qu'il faut mettre sur le coup. « Cela demande des moyens techniques importants, ajoute Jacky Bonnemains. Il faut descendre dans les puits, réaliser des carottages dans le gypse, analyser les sédiments, les sources, les ruisseaux... » Il poursuit: « L'enquête publique dit explicitement que le confinement des poussières d'uranium n'était pas totalement assuré. Or, qu'ils s'agisse de pollution chimique ou radioactive, on sait que les sites les plus dangereux sont souvent ceux qui sont fermés. » Enfin: « Etant donné les très grosses lacunes du CEA, je ne vois pas comment le préfet pourrait autoriser l'abandon du site en l'état. »