Irradiation des aliments


Logo signalant que les produits ont été "ionisés".

Voir le dossier CRIIRAD sur l'Irradiation des aliments,
ne pas confondre aliments "contaminés" et aliments "irradiés" (ou "ionisés")

 


Où se trouvent les installations d'irradiation françaises ?

6 installations sont exploitées par la société IONISOS :
- dans l'AIN, à Dagneux ( ZI Les Chartinières). Utilise une source radioactive de cobalt 60.
- En VENDEE, à Pouzauges (ZI de Montlifant). Utilise une source de cobalt 60
- dans la SARTHE, à Sablé-sur-Sarthe (ZI de l'Aubrée)
- dans l'ESSONNE, à Orsay (Domaine de Corbeville Thompson). Rayonnement émis par un accélérateur d'électrons.
- dans l'AUBE, à Chaumesnil (lieu-dit de Beauvoir).
- dans le MORBIHAN, à Berric, (ZA Le Flachec). La société Radient qui exploitait cet accélérateur d'électrons a rejoint en avril 2004 le groupe IONISOS.

1 installation est exploitée par la société ISOTRON à Marseille, dans les BOUCHES-DU-RHONE.

Installation d'irradiation d'Osmanville (Calvados).

L'installation qu'exploitait la SNCS (Société Normande de Conserve et Stérilisation) à Osmanville dans le Calvados a été arrêtée en 1997 (marché insuffisant) et déclassée en 2002. D'après la DGSNR, les contrôles n'ont pas révélé de contamination (source de cobalt 60).



Communiqué de presse du Collectif français contre l'irradiation des aliments
Lundi 21 novembre 2005:

Des citoyens du monde entier se mobilisent contre l'irradiation des aliments

Du 21 au 27 novembre, de multiples actions dans plus de 20 pays (Australie, Etats-Unis, Canada, Italie, Nouvelle-Zélande, Inde, Bangladesh, Philippines,.) marqueront la Semaine internationale d'action contre l'irradiation des aliments.

En France, les associations du Collectif français contre l'irradiation des aliments se mobiliseront dans plusieurs villes du pays :

- Grande journée d'information et de mobilisation mercredi 23 novembre à Paris, de 12h à 17h, Place des Innocents, M° Les Halles
- Caravane contre l'irradiation des aliments et Ecoalertes (www.ecoforum.fr):
· Marseille le 24 novembre 12h précises sur le Vieux Port
· Montpellier le 24 novembre 16 h précises Place de la Comédie
· Aix en Provence le 25 novembre 11h précises Place de la Rotonde
· Avignon le 25 novembre 14h précises devant le Palais des Papes
· Valence le 25 novembre 17h précises devant la mairie
· Lyon le 26 novembre 10h précises Place Louis Pradel
- Grande réunion publique d'information le 26 novembre à Villeurbanne à 15h au Palais du Travail (9 Place Lazare Goujon)

Par ailleurs, une pétition électronique est lancée en partenariat avec l'association Cyberacteurs (www.cyberacteurs.org). Une déclaration européenne et une déclaration mondiale signées par des associations du monde entier présentent nos revendications.

Venez vous informer et manifester avec nous tout au long de la semaine !

Pour plus d'information :
www.actionconsommation.org

www.mdrgf.org
www.ecoforum.fr

Contacts : irradaliments@actionconsommation.org
Véronique Gallais (Action Consommation): 0134133813
Morgan Ody (Public Citizen): 0608041452

Les associations du Collectif français contre l'irradiation des aliments : Action Consommation, Agir pour l'Environnement, Les Amis de la Terre, Association Léo Lagrange pour la Défense des Consommateurs, Association pour l'Information sur la Dénaturation des Aliments et la Santé (AIDAS), ATTAC, Biocoop, Confédération Paysanne, CRiiRAD, Ecoforum, EKWO, Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF) Public Citizen, et Réseau Sortir du Nucléaire.




Irradiation des aliments: les Verts demandent une commission d'enquête

17/5/2005 - Les Verts, appuyés par une quinzaine d'associations écologistes et de consommateurs, ont demandé mardi la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'irradiation des aliments, un procédé de conservation que ses adversaires jugent dangereux pour la santé.

Cette commission devrait se pencher sur la réglementation en vigueur et son respect, déterminer la place de ces denrées dans l'alimentation et évaluer les risques pour la santé humaine et animale, a expliqué devant la presse le député Vert Yves Cochet.

Ce procédé, qui ne rend pas les aliments radioactifs, utilise une source de rayonnement ionisant pour tuer certains micro-organismes responsables de contaminations, empêcher la germination pour certains légumes ou ralentir le mûrissement des fruits.

Deux directives (lois-cadre) européennes limitent son utilisation aux épices et herbes aromatiques séchées, mais plusieurs pays, dont la France, ont obtenu des dérogations pour élargir le champ d'application (pommes de terre, légumes secs, viandes et abats de volailles, cuisses de grenouille, crevettes...).

"Pour que les produits aient l'apparence de la fraîcheur, on irradie", a souligné M. Cochet.

"On permet le commerce d'aliments qui arrivent en France à un niveau sanitaire correct uniquement par subterfuge", a estimé Laurent Leguyader (Action consommation), soulignant que de nombreuses denrées soumises à ce procédé venaient de pays aux "conditions sanitaires beaucoup moins strictes".

Le consommateur n'est plus en mesure de distinguer une denrée fraîche d'une autre "sur-conservée" par irradiation.

"L'irradiation détruit d'autre part une grande partie des bactéries dans les aliments, donc une grande partie de la vie", a expliqué Morgan Ody (Public citizen): des aliments sont modifiés dans leur structure chimique et leur équilibre bactériologique. On constate une diminution de 40 à 80% de certaines vitamines.

Enfin, les associations déplorent l'absence totale d'information, du fait de contrôles insuffisants: absence fréquente d'étiquetage et méconnaissance de la part réelle des denrées irradiées commercialisées en France.

Très utilisée aux Etats-Unis, l'irradiation, ou "ionisation", se développe dans les grands pays émergents comme le Brésil, l'Afrique du Sud, la Thaïlande ou les Philippines.

"Il y a une crainte que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) nous oblige à élargir la liste des produits pouvant être irradiés", a déploré M. Cochet, qui souhaite qu'on en revienne au moins à la stricte réglementation européenne.



Manifestation organisée par le collectif français contre l'irradiation, en mars 2005.

 



Le Monde, 4/3/05:

Des associations se mobilisent contre l'irradiation des aliments en France

Un collectif organise, samedi 5 mars, des manifestations devant sept usines qui pratiquent l'ionisation de certains produits alimentaires. La question de l'innocuité de cette technique de stérilisation suscite une polémique dans le milieu scientifique.

Quel est le point commun entre des cuisses de grenouille, de la gomme arabique, des herbes aromatiques et des abats de volaille ? Ils ont sans doute été soumis, avant de se retrouver dans l'assiette du consommateur, à un traitement peu connu, appelé "irradiation" ou "ionisation" et destiné à les débarrasser de germes nocifs pour la santé. Mais cette technique de stérilisation suscite depuis des années une polémique dans le milieu scientifique, relancée depuis plusieurs mois en Europe.

Samedi 5 mars, sept manifestations sont prévues - notamment devant les usines de Marseille (Bouches-du-Rhône), de Pouzauges (Vendée) ou encore d'Orsay (Essonne) -, à l'appel de nombreuses associations (Les Amis de la Terre, Attac, Confédération paysanne, Nature et progrès, Public Citizen, Sortir du nucléaire, etc.) réunies dans un Collectif français contre l'irradiation des aliments. "Il s'agit d'abord d'informer les consommateurs, indique Morgan Ody, de Public Citizen. On irradie une partie de leurs aliments sans que personne ne le sache."

Installation d'irradiation de Marseille (Bouches-du-Rhône).

À PETITE ÉCHELLE

De surcroît, l'ionisation se pratique parfois frauduleusement. Selon le rapport de la Commission européenne sur "le traitement des denrées alimentaires par ionisation pour l'année 2002", quatre Etats membres ayant effectué des contrôles sur des compléments alimentaires ont découvert que 29,4 % des produits avaient été irradiés, alors même que le traitement n'en est pas autorisé.

En fait, connue depuis les années 1950, la technique de l'irradiation est pratiquée à assez petite échelle. Elle consiste à soumettre des produits à des rayonnements ionisants afin d'inactiver ou de tuer les micro-organismes qu'ils peuvent contenir, par exemple salmonelles ou Listeria, qui sont très toxiques. Elle évite les inconvénients d'autres techniques de stérilisation : la pasteurisation chauffe le produit, ce qui peut en modifier les caractéristiques gustatives ou olfactives, le bromure de méthylène attaque la couche d'ozone stratosphérique.

Cependant, ses opposants critiquent le fait que l'irradiation diminue le taux des vitamines des aliments et ne détruit pas les virus qui s'y trouvent éventuellement présents. "C'est exact, répond Peter Neyssen, directeur d'Isotron France, un des deux industriels français de l'ionisation. Mais cela est aussi vrai des autres techniques de stérilisation." Les industriels soulignent qu'aucune instance officielle n'a jugé l'ionisation dangereuse. Un comité d'experts mixte entre l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) des Nations unies a notamment publié un avis en 1980, confirmé en 1997, indiquant que le procédé est "sans danger pour le consommateur et adéquat d'un point de vue nutritionnel".

Cet avis est cependant contesté à cause de la participation de l'AIEA au comité : "Depuis 1959, écrit le collectif, la responsabilité première de la recherche sur les applications pratiques de l'énergie atomique à des fins pacifiques a été confiée à l'AIEA", qui manquerait d'objectivité puisque cette agence a pour mission de promouvoir l'énergie nucléaire. (lire: Les liens contre-nature de l'OMS avec l'AIEA)

Installation d'irradiation de Pouzauges (Vendée).

LE DÉBAT RELANCÉ

Le débat sur l'innocuité de l'irradiation des aliments a été relancé par une étude scientifique publiée en 2002 par plusieurs laboratoires français et allemands relevant d'instituts tels que le CNRS ou l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). L'étude a porté sur des molécules appelées 2-alkylcyclobutanone (2-acb), et produites par l'ionisation des aliments contenant des matières grasses. Les chercheurs ont montré que la 2-acb était toxique pour les bactéries et pour les cellules humaines et stimulait les tumeurs cancéreuses de rats. "Il s'agit d'études en laboratoire qu'on ne peut extrapoler à l'homme, dit Dominique Burnouf, un des chercheurs, qui appartient à l'Institut de biologie moléculaire et cellulaire (CNRS) de Strasbourg. Il faudrait poursuivre d'autres études. Mais les financements nécessaires manquent." De fait, rien n'est venu infirmer ou confirmer depuis 2002 l'interrogation posée sur les 2-acb.

Le débat se poursuit alors que la réglementation européenne est déjà très restrictive. En 1999, la Commission a adopté deux directives limitant le nombre de produits alimentaires pouvant être irradiés, et imposant que le traitement d'un produit soit signalé au consommateur. "L'étiquetage imposé a dissuadé les industriels, qui craignaient les réactions des consommateurs", dit Peter Neyssen. "La majorité de notre activité, indique Gilles Daneyrolle, directeur des ventes de Ionisos, à Dagnieux (Rhône), concerne la stérilisation des matériels médicaux"- une application de la technique qui n'est pas contestée. L'ionisation des aliments ne représente que 1 % du chiffre d'affaires de Ionisos, 1 % également de celui d'Isotron France. Selon la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, alors qu'on irradiait en France 17 000 tonnes d'aliments en 1994, en 2002, on ne le faisait plus que sur 5 000 tonnes.

Mais la technique est très utilisée aux Etats-Unis et semble se développer dans les grands pays du Sud. Or le Codex alimentarius, une instance de référence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), a rendu en juillet 2003 un avis favorable à l'ionisation, l'Europe pourrait donc être attaquée devant l'OMC en raison de sa législation restrictive.

Des incertitudes qui préoccupent les associations.

Hervé Kempf


Lyon Capitale, 2/3/2005:

Irradiation: un cocktail explosif dans nos assiettes

Santé. Les aliments stérilisés par source radioactive remplissent nos assiettes. Pourtant, les études sur leur toxicité sont controversées. Une manifestation est prévue samedi, devant l'usine Ionisos, à quelques kilomètres de Lyon, l'un des sept centres d'irradiation français.

Des cuisses de grenouilles aux rayons gamma, des ailes de poulet au cobalt 60, des fraises et des haricots au césium 137 (le cobalt 60 et le césium 137 sont deux éléments radioactifs) ... non, il ne s'agit pas de cuisine-fiction, encore moins de gastronomie extraterrestre. Nos assiettes en sont pleines et on en consomme tous les jours. Sans le savoir. Bon appétit !
Tous ces aliments ont un point commun : ils sont traités par rayonnements ionisants. C'est la technique dite de l'irradiation, encore appelée ionisation. Développée à l'origine par la NASA pour nourrir les astronautes dans un environnement confiné, elle a ensuite été développée industriellement par un lyonnais, à la fin des années 70. Autrement dit, avant d'être vendus dans les rayons des supermarchés, les aliments prennent, pendant quelques heures, un bain de "soleil" devant une source hautement radioactive bleuté: le cobalt 60 ou le césium 137 . La société Ionisos, dont le siège social est implanté à Dagneux, dans l'Ain, est l'un des rares centres à irradier toutes sortes de produits - on en compte sept en France et 167 dans le monde. Du matériel médico-chirurgical aux matières plastiques, en passant par les cosmétiques et les composants électroniques, tout y passe. L'agro alimentaire compris. Chez nous, ce sont principalement les cuisses de grenouilles congelées, quasiment toutes importées d'Asie et ionisées à 100% , les volailles, les abats de poulets et les épices (cumin, gingembre, curry, poivre, etc).
Mais bon nombre de fruits et légumes provenant de pays tropicaux et subtropicaux ont de grandes chances d'être irradiées délibérément. En fait, l'ionisation permet de ralentir la dégradation des aliments en empêchant la germination des bulbes et des tubercules, en éliminant les insectes et les micro-organismes (bactéries, levures, moisissures) et en asphyxiant les vers parasites dans les viandes blanches, comme les salmonella ou les listeria. A première vue, l'irradiation peut donc apparaître comme un moyen efficace de lutter contre les intoxications alimentaires.

L'irradiation modifie la structure moléculaire des aliments...
Mais pour de nombreuses associations de consommateurs et de scientifiques, l'amélioration des qualités hygiéniques des aliments n'est pas une fin en soi. Ils pointent du doigt la potentielle toxicité des aliments irradiés. Ainsi, pour sensibiliser le public, une dizaine d'associations, dont Attac, Confédération paysanne, Biocoop, Action Consommation et le réseau Sortir du nucléaire, organisent, samedi prochain, une manifestation devant les grilles de Ionisos pour protester contre cette banalisation. "Au-delà du fait que Ionisos manipule des matières radioactives, nous ne savons pas quel est l'impact des aliments irradiés sur l'organisme humain. Pour cette raison, nous demandons l'arrêt définitif de l'irradiation volontaire des aliments" explique Stéphane Lhomme, porte-parole de Sortir du nucléaire. Chez Ionisos, ça sent le roussi. Les responsables de la société sont sur le qui-vive.
La gendarmerie et la police en alerte rouge. Pas question de courir le moindre risque : huit mètres carrés de Cobalt 60 sont entreposés dans l'enceinte de l'usine. De quoi contaminer une région entière pendant des siècles. La technique, bien au point, impressionne : à peine une heure de rayonnement gamma et toute la structure moléculaire d'un aliment est "cassée", sans que ce dernier change d'apparence. Résultat : l'aliment n'abrite plus le moindre organisme vivant. "L'aliment est mort sur la plan biologique, les tissus sont pulvérisés, l'ADN détruit" explique Roland Desbordes, scientifique à la Criirad **, l'association qui a publié les cartes officielles des vraies retombées de Tchernobyl en France. Il ajoute que les acides aminés et les vitamines sont également tuées - "notamment A, B1, B6, B12, C, E, K, PP". Bref, manger des ananas de Guinée au mois de mars risque de ne vous apporter qu'un effet psychologique. Son irradiation permettra d'allonger considérablement sa durée de conservation. Comme l'explique Esmilaire, directeur industriel de Ionisos France,"c'est l'idéal pour les distributeurs qui peuvent vendre leurs produits plus longtemps, en repoussant la date limite de consommation".

Les rats développent des cancers du colon
Malgré l'agrément de l'Organisation mondiale de la santé et de l'Union européenne pour irradier certains aliments, des craintes subsistent. Les aliments irradiés créent de nouvelles molécules, dont les effets sont encore très peu connus. On les appelle les cyclobutanones. En 2002, une étude franco-allemande réalisée sur des rats a montré que ces "composés peuvent être considérés comme des promoteurs dans le processus de la cancérogenèse intestinale" **. Les militants anti-irradiation ont donc pris cette étude comme base de leurs revendications. Mais chose surprenante, Eric Marchioni, professeur à la Faculté de pharmacie de Strasbourg et l'un des auteurs de l'étude, que nous avons contacté rectifie le tir des associations : "les cyclobutanones produits par les aliments ionisés ne sont pas dangereux en soi. Ils sont un facteur aggravant. En l'état actuelle de nos connaissances, on peut dire qu'il n'y a aucune conséquence sur la santé". Et de conseiller : "entre un aliment ionisé et un autre, choisissez l'ionisé, c'est plus sûr". Un argument que conteste néanmoins Roland Desbordes, directeur de la Criirad, comme beaucoup d'autres scientifiques. "Du moment où l'on observe des réactions chez le rat, dont le patrimoine génétique est similaire à 99% à celui de l'homme, on peut se poser des questions... même s'il y a un pas entre le rat et l'homme. On ne peut donc pas conclure à l'inoccuité de l'irradiation des aliments pour les humains". Même au sein de l'Union européenne, les avis divergent. Un rapport de la commission de l'environnement de l'Union européenne, publié après l'étude franco-allemande, recommande en effet de soumettre à examen scientifique "une recherche sur les effets à long terme", les cancers mettant en effet plusieurs années à se déclarer. Qui a raison ? Qui a tort ? Les aliments ionisés que nous mangeons tous les jours sans le savoir sont-ils nocifs pour l'homme ? Dans le doute, le principe de précaution vaudrait d'être appliqué sur le sujet. C'est en tous cas l'idée de la charte de l'Environnement, votée lundi au Parlement, à Versailles. En attendant, l'obligation d'étiqueter les aliments irradiés comme tels est n'est pas appliquée - exception faite des cuisses de grenouilles congelées. Les distributeurs sont réticents à estampiller leurs produits "irradiés" ou "ionisés". Le consommateur, lui, commence à avoir les crocs.
Guillaume Lamy
* Criirad : commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité
** Etude toxicologique transfrontalière destinée à évaluer le risque encouru lors de la consommation d'aliments gras ionisés. Dominique Burnouf, Henry Delincée, Andrea Hartwig, Eric Marchioni, Michel Miesch, Francis Raul, Dalal Werner. Karlsruhe 2002.

Aliments "contaminés" et aliments "irradiés"
Les aliments "contaminés" contiennent des particules radioactives. Les produits radioactifs peuvent provenir de gaz et d'aérosols radioactifs, de fuites, du recyclage de matériaux contaminés, de retombées d'essais nucléaires, de stockage de déchets nucléaires, etc. L'ingestion d'aliments contaminés provoquent des lésions au sein des tissus qui peuvent être à l'origine de mutations celullaitres et ainsi favoriser l'apparition de cancers ou de maldies génétiques. Les aliments "irradiés" sont soumis à des rayons ionisants afin de détruire la flore pathogène. Ils ne deviennent pas radioactifs mais leur structure est profondément boulversée. Pour l'heure, leur toxicité n'est pas prouvée. leur inocuité non plus. Pourtant, on en mage tous les jours.

Le Codex Alimentarius adoptera-t-il la radioactivité ?
Le Code alimentaire international, plus connu sous le nom de Codex Alimentarius, fixe les normes alimentaires mondiales. D'ici la fin de l'année, une révision révolutionnaire pourrait être adoptée et changer durablement nos modes de consommation et nos comportements. Il s'agit d'autoriser la commercialisation d'aliments contaminés par les installations nucléaires qui fonctionnement normalement. La norme ne sera plus l'absence de contamination mais une contamination considérée comme "acceptable". Aujourd'hui, la règle est de tolérer une telle commercialisation qu'en situation post-accidentelle et pour une durée maximum d'un an. "Ces normes seraient celles adaptées au lendemain de Tchernobyl, sans réserve de temps, c'est scandaleux !" tempeste Roland Desbordes, directeur de de la Criirad (commision de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité). L'enjeu est donc de taille. L'union euroépenne doit donner son avis en avril à Rotterdam.


Les aliments ionisés en France
L'Union européenne autorise l'ionisation de certains produits : "les herbes aromatiques, les épices et les condiments végétaux". Mais l'irradiation est également autorisée pour certains aliments, destinées à l'alimentation directe des consommateurs et pouvant être contaminées par des souches de salmonella ou de listeria : viande de poulets, oeufs, fromages au lait cru, cuisses de grenouilles, crevettes. En France, cela concerne les herbes aromatiques surgelées, les oignons, l'ail, les échalotes, les légumes et les fruits secs, les flocons et germes de céréales pour produits laitiers, la farine de riz, la gomme arabique, la volaille, la viande de poulet, les abats de poulet, les cuisses de grenouilles congelées, le sang séché, le plasma, les coagulats, les crevettes congelées décortiquées ou étêtées, les blancs d'oeuf, la caséine, les caséintaes.

Guillaume Lamy

 


Extrait de Sciences et Avenir n°221, juillet 1965.

 

 

Extrait de Sciences et Avenir n°195, mai 1963.