Un procès contre les officiels soviétiques responsables de la gestion post-accidentelle de Tchernobyl

Selon l'agence Tass, 7 février 1991, rapporté par la BBC (Summary of world broadcasts, SU/0991 A feb. 1991): "Le procureur général d'URSS instruit un dossier criminel accusant les officiels de négligence et d'abus de pouvoir dans la gestion post-accidentelle de l'accident de Tchernobyl. Une enquête révèle que les officiels n'ont pas évalué correctement l'ampleur du désastre. La population n'a pas été évacuée de zones contaminées, on n'a pas tenu compte des niveaux de rayonnement présents et des déchets radioactifs n'ont pas été enfouis d'une façon garantissant la sécurité. De nouveaux logements ont été construits dans des zones contaminées et il n'y a pas eu de contrôles sur la vente de produits alimentaires provenant des zones contaminées".

Note Gazette : Gageons que si un jour Iline, Ramzaïev, Borovoï, etc. sont jugés, ils auront comme témoins à décharge Pellerin, Tubiana, etc.

Les pertes économiques causées par l'accident de Tchernobyl

"Une estimation des pertes occasionnées par la contamination des terres suite à l'accident de Tchernobyl s'élève à 94,5 milliards de roubles. Il est clair qu'il sera impossible d'utiliser ces terres pendant des décennies. Le montant total des pertes causées par l'accident avoisinerait 215 milliards de roubles" (Moscou, 24/11/1990, retransmis par la BBC).

Note Gazette : Dans la promotion de l'énergie nucléaire, le coût d'un accident majeur n'est jamais pris en compte pour évaluer le prix du kw heure électrique...

[Note d'Infonucléaire : "L'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 a coûté à l'ex-Union soviétique plus de trois fois la totalité des bénéfices commerciaux enregistrés par l'exploitation de toutes les autres centrales nucléaires soviétiques entre 1954 et 1990." (Richard L. Hudson, "Cost of Chernobyl Nuclear Disaster Soars in New Study," Wall Street Journal, le 29 mars 1990.)]

 

Et la production "sale"

Brève de Biélorussie :

Dans les trois Républiques, il est demandé de ne plus produire d'aliments contaminés. Que devient la production sale ? Elle est complètement écoulée sur le marché, au besoin après mélange avec des produits "propres" (c'est le cas des saucissons fabriqués à Léningrad après broyage et mélange des viandes - Gazelle Nucléaire n° 96/97, p. 14). Parfois les rouages grippent C'est ainsi qu'on apprend que 37 wagons réfrigérés stationnent dans des entrepôts près de Gomel (à Ioltch) parce qu'ils ont été refusés en Géorgie ! Plus de 2 000 tonnes de viande sont dans des frigos (Sovietskaya Bielorussia, 30 mars 1991).

Le système de contrôle de la nourriture est notoirement insuffisant avec l'appareillage existant (qui nécessiterait un temps de comptage long pour que la mesure soit valable). Le correspondant de Biel. Sov. indique qu'à Minsk le système sanitaire ne peut contrôler que 3 à 4 % des produits alimentaires ; il fait d'ailleurs remarquer que le consommateur n'est pas spécialement exigeant puisqu'il y a un manque de produits alimentaires...

La pénurie alimentaire pourrait être une aide précieuse dans la gestion des catastrophes nucléaires !

Gazette Nucléaire n°109/110, juin 1991.