Les anciens
travailleurs polynésiens des sites nucléaires de
Moruroa et Fangataufa créent une association.
Papeete,
4 juillet 2001
À loccasion
du 35ème anniversaire du premier essai nucléaire
français à Moruroa (2 juillet 1966), les anciens
travailleurs polynésiens des sites dessais nucléaires
ont décidé de créer en Polynésie française
une association qui portera le nom " Moruroa e tatou "
(Moruroa et nous).
Lobjectif
de cette association est de défendre leurs droits et ceux
de leurs familles notamment pour ceux qui ont subi ou subissent
encore aujourdhui des conséquences sur leur santé.
En effet, lenquête sociologique réalisée
en 1996, à linitiative des ONG Hiti Tau et de lEglise
Evangélique de Polynésie française, auprès
des anciens travailleurs des sites nucléaires de Moruroa
et Fangataufa a révélé que nombre dentre
eux souffraient de diverses pathologiques, dont des cancers et
que dautres étaient décédés
dans la force de lâge.
Le
" Comité de suivi Moruroa e tatou " qui est à
linitiative de la création de cette nouvelle association
avait invité pour cette occasion Sue Rabbitt Roff, chercheuse
à lUniversité de Dundee (Ecosse) et spécialiste
des questions médicales touchant les vétérans
des essais nucléaires britanniques dans le Pacifique. Il
avait également invité Bruno Barrillot, directeur
du Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les
Conflits (Lyon), spécialiste des questions nucléaires
militaires et auteur, notamment, dun livre intitulé
" Les essais nucléaires français (1960
1996). Conséquences sur la santé et lenvironnement.
"
Lassemblée constitutive
de lassociation " Moruroa e tatou " sest
déroulée le 4 juillet dans la salle de conférence
de lEglise Evangélique de Polynésie française
à Papeete et a rassemblé près de 150 anciens
travailleurs des sites nucléaires. Sue Rabbitt Roff a déclaré
: " Daprès mon expérience et les études
que jai réalisées sur les conséquences
des essais nucléaires sur les vétérans britanniques,
australiens, néo-zélandais et fidjiens, je ne crois
pas que la nationalité française des Polynésiens
leur ait permis déchapper aux radiations émises
par toutes les expériences nucléaires, y compris
celles de la France ". Plutôt que des études
épidémiologiques qui nécessitent des statistiques
médicales fiables et qui exigent dimportants délais
de réalisation, Sue Roff préconise la méthode
des tests radio-biologiques. Ces tests qui sont issus de toutes
récentes technologies médicales sont réalisés
à partir déchantillons de sang et de salive.
Ils permettent, en 24 heures, de diagnostiquer déventuelles
lésions de lADN du patient causées par une
irradiation nucléaire.
Bruno
Barrillot a présenté la création récente,
en France, de lassociation des vétérans des
essais nucléaires français et de lassociation
" 13 février 1960 " fondée il y a quelques
mois à Reggane (Algérie) sur les lieux des premières
explosions atomiques réalisées par la France au
Sahara. Ces associations entendent faire reconnaître les
droits de tous ceux, militaires et civils, de France, dAlgérie
et de Polynésie, qui ont eu ou ont encore à subir
des conséquences sur leur santé. Bruno Barrillot
a annoncé que, le 19 janvier 2002, à linvitation
de Madame Marie-Claude Beaudeau, sénatrice, une conférence
où sont invités des vétérans des essais
français, des Polynésiens et des Algériens,
se tiendra dans les locaux du Sénat à Paris. Cette
conférence aura pour objectif de demander à la France
dassumer ses responsabilités vis-à-vis des
victimes de ses expériences nucléaires.
Au terme de longues discussions et après plusieurs
témoignages danciens travailleurs et dépouses
de travailleurs décédés, John Taroanui Doom,
animateur de lassemblée, a déclaré
: " Je crois quaujourdhui, une partie du peuple
de Polynésie sest levée pour faire connaître
sa souffrance et demander la reconnaissance de ses droits. "
Un conseil dadministration a été désigné
en fin de réunion et désignera jours son président.