Décidément à Sellafield
les incidents tous azimuts se suivent et ne se ressemblent pas.
Après le
scandale des combustibles MOX défectueux envoyés
en Allemagne et au Japon c'est le centre de stockage qui cette
fois est en cause.
Un article de Nick Paton Walsh dans l'Observer du dimanche
11 février épingle le laxisme des règles
de sûreté au centre de stockage de déchets
nucléaires de Sellafield en Cumbria où un désastre
nucléaire a été évité de peu
le 26 janvier alors que plus de 2000 tonnes de déchets
de haute activité auraient pu exploser. "
Les employés ont négligé pendant près
de 3 heures les alarmes signalant la formation de gaz explosifs
dans les cuves de haute activité. Les gaz se sont accumulés
dans les 21 cuves contenant chacune 100 tonnes de ces déchets
mortels ". D'après les experts, 10 heures de plus
et ces cuves auraient pu devenir explosives. L'autorité
de sûreté a dépêché 4 inspecteurs
des installations nucléaires à Sellafield et l'exploitant
BNFL (British Nuclear Fuel Limited) doit fournir un rapport sur
les procédures de sûreté d'ici 4 semaines.
Pour le représentant d'un groupe antinucléaire de
Cumbria (le groupe CORE, Cumbrians Opposed to a Radioactive Environment)
" le gouvernement et BNFL disent toujours qu'on n'a pas à
s'inquiéter. Cet incident montre combien on peut être
près d'une catastrophe ".
Du côté des politiques un responsable démocrate-libéral
des questions énergétiques déclare "
C'est une situation extrêmement alarmante qui démontre
l'attitude cavalière qui a marqué l'industrie nucléaire
depuis 50 ans ".
Pour BNFL il aurait fallu bien plus de 10 heures pour que la situation
puisse mener à une explosion. Le personnel aurait ignoré
les signaux d'alarme pendant 2h1/2. D'après l'Observer
" l'incident s'est produit à 20h30 alors
que des ingénieurs faisaient des essais d'amélioration
des systèmes de ventilation chargés d'éviter
la formation des gaz explosifs à l'intérieur des
cuves. Les ingénieurs auraient connecté les circuits
électriques des ventilateurs d'une façon incorrecte
" [ !].
L'Observer cite l'opinion d'un ingénieur nucléaire
parmi les plus qualifiés au monde (John Large) " Ces
21 cuves renferment des quantités énormes de produits
les plus dangereux de ce site nucléaire si ce n'est de
toute la planète ". Il rappelle qu'une cuve similaire
de déchets nucléaires a explosé en Russie
en
1957 dans la région de Tchéliabinsk et a dévasté
une zone étendue, aussi étendue que Londres-Centre.
" La seule fois où quelque chose d'analogue s'est
produit en Europe c'est en France, dans les années 70 quand
il a fallu foncer pour trouver d'urgence des générateurs
électriques militaires pour assurer le refroidissement
des cuves et prévenir leur explosion ".
www.guardian.co.uk/Archive/Article/0,4273,4134599,00.html
P. S.
A propos de cet article, une courte lettre d'un responsable de
BNFL dans l'Observer du 18 février dit, comme on
pouvait s'y attendre, que c'est irresponsable et faux, qu'il n'y
avait pas de risque d'explosion compte tenu du temps écoulé
entre l'alarme et la réaction qui a suivi.
Note Infonucléaire
: un tel scénario catastrophe a
failli arriver à l'usine de retraitement de La Hague dans
le Cotentin, le refroidissement des cuves ayant été
interrompu par perte simultanée du réseau et de
l'alimentation de secours. Cet incident était dû
à une grossière erreur de conception de l'alimentation
électrique de l'installation. Il a fallu recourir d'urgence
aux diesels de l'arsenal de Cherbourg.
Rappelons que le biologiste dissident soviétique Jaurès
Medvedev exilé en Angleterre a révélé
en 1976 dans une revue scientifique anglaise le désastre
nucléaire survenu l'hiver 1957 à Kychtym dans l'Oural.
En 1979 il publia en Angleterre Nuclear
disaster in the Urals analysant d'une façon très
détaillée les circonstances et les conséquences
dramatiques des contaminations qui en ont résulté.
Il décrivait les effets sur la faune et la flore de cette
région contaminée sur plus d'un millier de kilomètres
carrés, de nombreux villages ayant été évacués.
La contamination de ces régions est encore aujourd'hui
un grave problème sanitaire pour la population. Cet événement
a été nié par les officiels occidentaux en
accord avec les responsables soviétiques. L'ouvrage de
Jaurès Medvedev fut traduit dans de nombreuses langues.
Après avoir été boycotté par les éditeurs
français il a finalement été édité
en France 9 ans plus tard par les éditions Isoète,
16 rue Orange, Cherbourg, Manche. L'impact médiatique a
été complètement inexistant.