Les Russes retrouvent le contrôle de leurs satellites

MOSCOU jeudi 10 mai - Les autorités militaires russes ont maîtrisé l'incendie d'une importante station-relais au sol à l'origine de la perte de contrôle dans la nuit de quatre satellites militaires.

L'état-major a précisé recevoir à nouveau des données émises par les quatre satellites en perdition.

"Nous sommes en train d'étudier les informations transmises par les satellites", a expliqué le ministère de la Défense, ajoutant que les pompiers étaient toujours en alerte pour prévenir tout redémarrage éventuel de l'incendie de la station-relais proche de Serpokhov, dans la région de la Kalouga, à 200 km au sud-ouest de Moscou.

"Nous n'avons jamais perdu contact avec les satellites", a encore affirmé le ministère, sans toutefois préciser le rôle exact des satellites en question.

Certains experts de la sécurité américaine ont averti que les défaillances du système russe vétuste de préalerte par satellite pourrait conduire Moscou à lancer des missiles nucléaires en réponse à de fausses alertes.

Anatoli Perminov, commandant des forces spatiales russes, avait auparavant fait état de dysfonctionnements, tout en assurant que toutes les dispositions nécessaires étaient prises pour renouer le contact avec les satellites.

"A cause de l'incendie, nous n'avons pas de contact permanent avec les quatre satellites", avait-il dit à la chaîne de télévision publique RTR. "Rétablir un contact permanent avec ces satellites sera techniquement possible une fois que le feu aura été éteint."

Perminov s'était aussi montré rassurant, expliquant que "le système de contrôle des satellites dans son ensemble fonctionne normalement", y compris pour ceux à objectif militaire.

"Personne n'a été blessé et tous les documents secrets, les programmes informatiques, les armes et l'équipement ont été évacués à temps du bâtiment en flammes", avait-il ajouté.

L'agence Itar-Tass, citant des responsables du ministère de la Défense, a précisé que l'incendie avait été provoqué par un court-circuit électrique.


L'incident de 1995

Depuis l'effondrement de l'Union soviétique il y a dix ans, l'armée russe a vu ses crédits baisser de manière drastique. Par conséquent, elle a dû conserver de vieux équipements bien au-delà de leur date limite d'utilisation.

Le spécialiste militaire Alexander Golts a ainsi déclaré que 70% des 100 à 130 satellites militaires russes approchaient de la fin de leur durée de vie.

Les réorganisations bureaucratiques ne facilitent pas non plus le bon fonctionnement du système de satellites.

Geoffrey Forden, chercheur américain spécialiste des questions de sécurité à l'Institut de technologie du Massachussets (MIT), avertit dans un article publié au début du mois que les défaillances du système russe de satellites de préalerte présentent un risque potentiel.

Lors de la plus récente fausse alerte, écrit-il, la flotte de satellites de préalerte n'était plus dans un état de fonctionnement suffisant pour assurer aux dirigeants russes que le pays ne faisait pas l'objet d'une attaque.

Il faisait référence à un incident intervenu en 1995. L'armée russe avait brièvement confondu une fusée scientifique lancée de Norvège avec un missile nucléaire américain.

Des responsables russes ont répondu que cet article était sans fondements.

"La roulette russe"
Le délabrement avancé de l'arsenal nucléaire en ex-URSS (sur 132 bombes valises, seules 48 sur 132 ont été localisées) 50 mn en RealVidéo 41 kb

 
 

Washington doit financer des satellites russes d'alerte nucléaire

WASHINGTON, 10 mai - Les Etats-Unis devraient, dans leur propre intérêt, aider financièrement la Russie à lancer de nouveaux satellites d'alerte pour éviter le risque d'une guerre nucléaire accidentelle, demande un centre d'études ultralibéral américain, dans un rapport cette semaine.
Ce rapport du Cato Institute, intitulé "Réduire un danger commun, en améliorant la détection précoce russe", a été publié avant l'interruption accidentelle des liaisons permanentes avec quatre satellites militaires russes jeudi.

L'étude du Cato Institute, rédigée par Geoffrey Forden, chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology) fait état de quatre fausses alertes à une guerre nucléaire - deux aux Etats-Unis, deux en Russie - au cours des vingt dernières années.

Dans trois cas sur quatre, des données satellites sont venues infirmer de mauvaises données radar.

Mais alors que les Américains disposent de détecteurs opérationnels 24 heures sur 24 dans l'espace, "la Russie ne peut plus se fier à sa flotte délabrée de satellites d'alerte précoce", qui ne fonctionnerait plus au mieux que 17 heures par jour. Le parc de satellites russes "souffre du vieillissement, faute de financement adéquat", a estimé un expert militaire occidental jeudi à Moscou. Cela vaut aussi bien pour les équipements embarqués dans l'espace que pour les centres de gestion au sol.

Que se passerait-il, demande le scientifique, si se répétait l'incident du 25 janvier 1995 ? Les stations radars russes des pays baltes avaient alors cru identifier en mer du Nord un Trident, missile américain qui en explosant dans l'atmosphère est capable brouiller les systèmes d'alerte adverses avant une attaque nucléaire. Heureusement il ne s'agissait que d'une fusée scientifique norvégienne et des satellites russes vinrent corriger l'erreur avant que Moscou ne soit tenté par des "représailles".

"Presque à coup sûr, un événement bénin pourrait être perçu à tort par les militaires russes comme une attaque nucléaire éventuelle", souligne Geoffrey Forden, selon qui une assistance à bon système de satellites d'alerte - mais pas de radars - est dans le meilleur intérêt de la sécurité des Etats-Unis.

La Russie n'ayant plus, selon lui, les moyens de mettre des satellites d'alerte en orbite, Washington pourrait financer le lancement de 5 satellites russes déjà prêts pour un coût de 160 millions de dollars.

M. Forden suggère même au Pentagone de partager aussi avec la Chine, l'Inde et le Pakistan ses données de "early warning" (pré-alerte).

Le Cato Institute fait partie des "think tanks" conservateurs qui ont l'oreille de l'administration républicaine de George W. Bush.

Cependant, celle-ci a tenté récemment de réduire l'assistance financière américaine au programme pour empêcher la prolifération incontrolée de connaissances et matériaux nucléaires russes. Le Congrès s'y est opposé.

 

 

Réduction de l'aide américaine à la Russie pour la non-prolifération nucléaire (responsable)

WASHINGTON, 16 mai - L'administration du George W. Bush souhaite réduire de 101 millions de dollars le programme destiné à contrôler les substances nucléaires en Russie, malgré les craintes grandissantes sur le terrorisme nucléaire, a indiqué mardi un haut responsable américain.

"Il est clair et évident que nous allons devoir réduire nos efforts dans divers domaines et perdre de notre impulsion dans certains d'entre eux", a indiqué devant un sous-comité sénatorial sur les Menaces émergentes le général de l'armée de l'air John Gordon, chef du programme de non-prolifération nucléaire au Département de l'énergie.

Cette annonce intervient au moment où des enquêteurs du Congrès ont découvert que, malgré des injections de plusieurs centaines de millions de dollars pour aider la Russie à protéger ses stocks de matériaux nucléaires de terroristes potentiels, moins d'un tiers de ces réserves peuvent actuellement être considérées comme "sures".

Cette baisse doit réduire le budget fiscal américain 2002 pour la non-prolifération à près de 774 millions de dollars, a précisé le général Gordon.

Elle intervient après une admission par le gouvernement américain que les Etats-unis font face à une "menace réelle" de voir des armes nucléaires -et autres- être utilisées contre eux par des terroristes.

Outre le contrôle des armes nucléaires non inventoriées, le programme de non-prolifération lancé après le démembrement de l'Union soviétique en 1991 vise aussi à faire que les savants nucléaires soviétiques réorientent leur travaux pour la réalisation de projets pacifiques.