COURRIER INTERNATIONAL 14/08
En Caroline du Sud, une usine ultrasophistiquée de retraitement de déchets nucléaires est accusée de pratiques discriminatoires envers ses employés noirs. «The Independent» révèle notamment qu'elle les aurait exposés en priorité aux radiations.
Dans une usine de BNFL (DR)
«Rentre chez toi, sale nègre.» L'inscription
qu'on pouvait lire sur les murs des toilettes du site nucléaire
de Savannah River, dans l'Etat de Caroline du Sud, a disparu lorsque
la société Westinghouse en a pris la charge, en
1989. Dans cet Etat au passé esclavagiste, l'usine baignait
dans un environnement raciste envers les ouvriers noirs, à
qui il arrivait de trouver des cordes déposées dans
leurs casiers.
Apparemment, les choses n'ont pas changé depuis. La Westinghouse Savannah River Company (WSRC), détenue en partie par la société British Nuclear Fuels (BNFL), est poursuivie par 32 travailleurs noirs pour pratiques racistes sur le site de Savannah River. L'entreprise est accusée d'avoir privilégié les employés blancs dans l'attribution des promotions, comme l'explique un retraité noir dans l'enquête menée par le quotidien britannique «The Independent».
Des ouvriers noirs plus exposés aux radiations
Mais la principale accusation à l'encontre
de WSRC est d'une autre nature. Elle concerne la discrimination
systématique dans la répartition des ouvriers sur
le site. Ainsi, les travailleurs noirs étaient affectés
aux postes les plus exposés aux radiations. Cette allégation
s'appuie sur un rapport de l'université de médecine
du Colorado indiquant que «les doses annuelles subies par
les individus noirs sont environ 1,8 fois plus élevées
que celles reçues par les employés blancs».
Même si l'entreprise s'en défend, ce n'est sûrement
pas un hasard si ces postes particulièrement exposés
étaient appelés «la zone des nègres»
par les ouvriers...
Cependant, le juge fédéral en charge de l'affaire
n'a pas retenu le rapport comme pièce à conviction,
sous prétexte que la quantité de radiations reçue
par les Noirs restait dans les limites légales. Pourtant,
le correspondant de «The Independent» en Caroline
du Sud a découvert, dans les documents de la société,
le dossier d'un employé noir qui a reçu une dose
de radiations dues au plutonium supérieure à la
limite légale...
Depuis 1997, WSRC doit faire face à
une vague de procès qui lui a déjà coûté
25 millions de dollars de frais de justice. Sa bataille n'a pas
été vaine, puisqu'elle a obtenu un règlement
à l'amiable avec 62 des 99 plaignants. Les 32 demandeurs
restants (5 ayant abandonné les poursuites), qui réclament
des centaines de milliers de dollars, vont retourner devant le
tribunal en octobre. Ils comptent poursuivre British Nuclear Fuels
(BNFL), entreprise publique britannique, pour sa coresponsabilité
dans les pratiques de WSRC, même s'il n'y a pas pour l'instant
de preuves impliquant BNFL dans l'affaire. «BNFL détient
40 % de WSRC (depuis 1999), mais elle ne participe pas à
la gestion du site de Savannah River», rappelle «The
Independent».
Selon un député du Labour, «personne ne sous-entend
que BNFL est responsable de tout ça, mais comme elle a
fondé son image sur la dépollution, elle devrait
déjà nettoyer devant sa porte».