TF1 21/06/2002
Les enfants d'employés d'une centrale nucléaire britannique risquent-ils plus que d'autres de développer un cancer ? Les résultats d'une étude suscitent une controverse.
L'existence d'enfants cancéreux près de la centrale nucléaire de Sellafield, en Grande-Bretagne, est-elle liée aux radiations reçues par leurs parents travaillant sur le site ? Une étude, financée par l'industrie nucléaire britannique, relance le débat dans ce pays, comme le révèle le magazine New Scientist.
Première étude, premier débat
L'idée d'un lien entre les employés irradiés et les enfants atteints de leucémie a été suggéré une première fois en 1990 par Martin Gardner, un épidémiologiste de l'université de Southampton, rappelle la revue. Cette hypothèse avait été alors très critiquée, des experts affirmant que le nombre d'enfants cancéreux était dû aux importants mouvements de population dans la région. Selon eux, ces va-et-vient ont contribué à propager des infections pouvant accroître les risque de cancer.
Or, l'hypothèse de Gardner pourrait s'avérer juste, selon Heather Dickinson et Louise Parker, de l'université de Newcastle, auteurs de nouveaux travaux complets sur la question. Les scientifiques ont comparé les destins de 9.859 enfants dont les parents ont été exposés à des radiations à la centrale avec ceux de 256.851 enfants nés d'autres parents dans cette région, entre 1950 et 1991. Résultat : les cas de leucémies et de lymphomes (tumeurs malignes) non hodgkiniens étaient deux fois plus élevés chez les "enfants de Sellafield" et quinze fois plus élevés chez les enfants de Seascale, un petit village près de la centrale. Autre découverte : le risque que les enfants développent un cancer augmentait en fonction de la dose de radiation reçue par leurs parents.
Divergences autour des résultats
A Seascale, l'augmentation du risque de cancer s'explique principalement par le mélange de population liée aux déménagements et emménagements, affirment les chercheuses. Mais elles précisent que l'explication ne tient plus pour les enfants de Sellafield. S'il existe de plus en plus de preuves que les dommages créés par des radiations peuvent être transmis d'une génération à une autre, Heather Dickinson et Louise Parker soulignent que ce risque est faible : 13 enfants nés de parent(s) employé(s) à la centrale ont contracté une leucémie en 41 ans. Et parce que les employés sont soumis à des radiations plus faibles aujourd'hui, il est peu probable qu'ils en subissent désormais les effets.
De quoi satisfaire la direction des Carburants
nucléaires britanniques (British nuclear fuels, BNFL),
la société qui gère la centrale de Sellafield
et qui sponsorise le Westlakes research institute, lequel a partiellement
financé l'étude de Dickinson et Parker. Pour les
opposants locaux au nucléaire, au contraire, les travaux
récents réhabilitent ceux de 1990 et BNFL est coupable
de l'ignorer. Le débat n'est pas clos mais il a le mérite
d'exister. Une telle étude, co-financée par EDF,
serait-elle même envisageable en France ?

L'entreprise publique British Nuclear Fuels (BNFL), qui gère l'usine de retraitement nucléaire controversée de Sellafield, a été condamnée jeudi à une amende modique de 24.000 livres sterling (40.000 euros) pour non respect des règles de sécurité.
BNFL répondait devant le tribunal de Whitehaven (nord-ouest de l'Angleterre) de quatre chefs d'accusation, notamment le non respect, entre le 16 février et le 24 mai derniers, de nouvelles consignes de sécurité édictées un an plus tôt.
La société publique était également poursuivie pour n'avoir pas mis en oeuvre des mesures suffisantes pour éviter d'éventuelles fuites de certains conteneurs de matières radioactives ou pour répertorier ces conteneurs scellés.
Les magistrats ont condamné BNFL, qui avait plaidé coupable, à verser une amende de 24.000 livres et payer les frais de justice, qui se montent à 4.817,50 livres.
BNFL a annoncé le 18 avril une profonde réforme de Sellafield, dont la crédibilité et la survie commerciale sont menacées par une série de scandales.
En février, un rapport incendiaire du NII -- un organisme officiel indépendant -- avait dénoncé l'insuffisance des procédures de sécurité de BNFL et révélé la falsification de documents d'accompagnement sur des cargaisons de carburant nucléaire MOX livrées au Japon.
Après ces révélations, la Suisse et l'Allemagne avaient cessé d'envoyer des cargaisons à retraiter à Sellafield et le Japon avait demandé le renvoi en Grande-Bretagne de la cargaison accompagnée de documents falsifiés.
La controverse sur la sécurité à Sellafield a conduit le gouvernement à reporter après 2002, soit après les prochaines élections, ses projets de privatisation de BNFL.
L'usine se retrouve de façon chronique au centre de controverses internationales. L'Irlande et le Danemark ont demandé fin mars dernier la suspension ou l'arrêt immédiat de ses activités en accusant Sellafield de répandre en mer des matières radioactives.
WHITEHAVEN (Grande-Bretagne)
5 oct
------> Contamination à Windscale en 1973
(Cette usine a eu tellement
d'accidents qu'elle a été rebaptisée Sellafield)
------> "Windscale 1957, l'hiver nucléaire" ,
Un documentaire de 50 mn en RealVidéo 21 kb qui explique
le rôle de l'usine et les circonstances de l'accident.
Pour en savoir plus sur le nombre de victimes lire l'article joint
: L'incendie
de Windscale
"l'accident de Windscale a fait au moins quelques dizaines
de victimes, beaucoup plus si l'effet du polonium a été
sous-estimé par le NRPB, il a fallu attendre un quart de
siècle pour savoir qu'il y avait probablement eu des victimes.
C'est vraisemblablement le polonium qui est la clé de l'énigme
: les Britanniques ne voulaient pas que l'on sache qu'ils s'en
servaient pour amorcer leurs bombes."
Décidément à Sellafield
les incidents tous azimuts se suivent et ne se ressemblent pas.
Après le scandale des combustibles MOX défectueux
envoyés en Allemagne et au Japon c'est le centre de stockage
qui cette fois est en cause.
Un article de Nick Paton Walsh dans l'Observer du dimanche
11 février épingle le laxisme des règles
de sûreté au centre de stockage de déchets
nucléaires de Sellafield en Cumbria où un désastre
nucléaire a été évité de peu
le 26 janvier alors que plus de 2000 tonnes de déchets
de haute activité auraient pu exploser. "
Les employés ont négligé pendant près
de 3 heures les alarmes signalant la formation de gaz explosifs
dans les cuves de haute activité. Les gaz se sont accumulés
dans les 21 cuves contenant chacune 100 tonnes de ces déchets
mortels ". D'après les experts, 10 heures de plus
et ces cuves auraient pu devenir explosives. L'autorité
de sûreté a dépêché 4 inspecteurs
des installations nucléaires à Sellafield et l'exploitant
BNFL (British Nuclear Fuel Limited) doit fournir un rapport sur
les procédures de sûreté d'ici 4 semaines.
Pour le représentant d'un groupe antinucléaire de
Cumbria (le groupe CORE, Cumbrians Opposed to a Radioactive Environment)
" le gouvernement et BNFL disent toujours qu'on n'a pas à
s'inquiéter. Cet incident montre combien on peut être
près d'une catastrophe ".
Du côté des politiques un responsable démocrate-libéral
des questions énergétiques déclare "
C'est une situation extrêmement alarmante qui démontre
l'attitude cavalière qui a marqué l'industrie nucléaire
depuis 50 ans ".
Pour BNFL il aurait fallu bien plus de 10 heures pour que la situation
puisse mener à une explosion. Le personnel aurait ignoré
les signaux d'alarme pendant 2h1/2. D'après l'Observer
" l'incident s'est produit à 20h30 alors
que des ingénieurs faisaient des essais d'amélioration
des systèmes de ventilation chargés d'éviter
la formation des gaz explosifs à l'intérieur des
cuves. Les ingénieurs auraient connecté les circuits
électriques des ventilateurs d'une façon incorrecte
" [ !].
L'Observer cite l'opinion d'un ingénieur nucléaire
parmi les plus qualifiés au monde (John Large) " Ces
21 cuves renferment des quantités énormes de produits
les plus dangereux de ce site nucléaire si ce n'est de
toute la planète ". Il rappelle qu'une cuve similaire
de déchets nucléaires a explosé en Russie
en
1957 dans la région de Tchéliabinsk et a dévasté
une zone étendue, aussi étendue que Londres-Centre.
" La seule fois où quelque chose d'analogue s'est
produit en Europe c'est en France, dans les années 70 quand
il a fallu foncer pour trouver d'urgence des générateurs
électriques militaires pour assurer le refroidissement
des cuves et prévenir leur explosion ".
www.guardian.co.uk/Archive/Article/0,4273,4134599,00.html
P. S.
A propos de cet article, une courte lettre d'un responsable de
BNFL dans l'Observer du 18 février dit, comme on
pouvait s'y attendre, que c'est irresponsable et faux, qu'il n'y
avait pas de risque d'explosion compte tenu du temps écoulé
entre l'alarme et la réaction qui a suivi.
Note Infonucléaire
: un tel scénario catastrophe a
failli arriver à l'usine de retraitement de La Hague dans
le Cotentin, le refroidissement des cuves ayant été
interrompu par perte simultanée du réseau et de
l'alimentation de secours. Cet incident était dû
à une grossière erreur de conception de l'alimentation
électrique de l'installation. Il a fallu recourir d'urgence
aux diesels de l'arsenal de Cherbourg.
Rappelons que le biologiste dissident soviétique Jaurès
Medvedev exilé en Angleterre a révélé
en 1976 dans une revue scientifique anglaise le désastre
nucléaire survenu l'hiver 1957 à Kychtym dans l'Oural.
En 1979 il publia en Angleterre Nuclear
disaster in the Urals analysant d'une façon très
détaillée les circonstances et les conséquences
dramatiques des contaminations qui en ont résulté.
Il décrivait les effets sur la faune et la flore de cette
région contaminée sur plus d'un millier de kilomètres
carrés, de nombreux villages ayant été évacués.
La contamination de ces régions est encore aujourd'hui
un grave problème sanitaire pour la population. Cet événement
a été nié par les officiels occidentaux en
accord avec les responsables soviétiques. L'ouvrage de
Jaurès Medvedev fut traduit dans de nombreuses langues.
Après avoir été boycotté par les éditeurs
français il a finalement été édité
en France 9 ans plus tard par les éditions Isoète,
16 rue Orange, Cherbourg, Manche. L'impact médiatique a
été complètement inexistant.