[Les photos dans les articles ont été
rajoutées par Infonucléaire, celles avec les légendes
en anglais sont extraites du rapport de l'AIEA: The radiological accident in Goiania, 1988.]
Brésil, mardi 29 septembre 1987, le journal national télévisé du soir annonce que la ville de Goiânia est contaminée par du césium 137, produit radioactif, provenant d'une bombe de radiothérapie abandonnée.
L'accident débute en fait le 3 septembre
1987, lorsque des chiffonniers retirent la tête d'un appareil
de radiothérapie abandonné d'une clinique désaffectée.
Après avoir gratté le plomb de protection, ils brisent
la fenêtre de la capsule et libèrent une poudre de
césium 137 d'un bleu phosphorescent fascinant. La poudre
manipulée à mains nues est offerte en cadeau, utilisée
pour se maquiller ou comme collier... Très vite, les premiers
symptômes apparaissent : nausées, vomissements, brûlures
aux mains, diarrhées.
Officiellement, l'accident fait quatre morts (et 245 personnes
irradiées à des degrés divers) : Maria Gabriela
(37 ans) et sa nièce Leide (6 ans), qui a ingéré
du césium, décèdent les premières.
Deux employés de la casse, Israël Batista dos Santos
(22 ans) et Admilson Alves de Souza (18 ans), succombent à
leur tour. Mais le drame ne s'arrête pas là : l'Association
des victimes (Associação das Vítimas do Césio-137
"AVCésio") estime (en 2012) que 104 personnes
sont décédées dans les années suivantes
de maladies liées à la contamination, et qu'au moins
1 600 personnes ont été touchées. Les survivants
subissent des séquelles physiques et restent marqués
par l'attente de développer une maladie ou un cancer, à
ces souffrances s'ajoute une discrimination sociale, beaucoup
sont traités comme des "lépreux atomiques".
Face à l'ampleur de la dissémination, la décontamination a exigé de grands moyens, générant de 4 000 à 5 000 m2 de déchets radioactifs.

Extrait
de la Thèse de doctorat "Perline" au CNAM 1994
:
Introduction
Au Brésil, le mardi 29 septembre
1987, dans le journal national télévisé du
soir, on apprend que la ville de Goiânia est contaminée
par du césium 137, produit radioactif, provenant d'une
bombe de radiothérapie abandonnée, récupérée
par des chiffonniers. L'accident restera connu au Brésil
sous le nom de "accident avec du césium".
Goiânia, capitale de l'Etat de Goiàs
(13 millions d'habitants), possède environ 1 million d'habitants.
Elle se situe à plus de 1300 km de l'ancienne capitale
Rio de Janeiro et à 200 de la nouvelle, Brasilia [...].
Elle a été construite dans les années 40,
remplaçant l'ancienne capitale Goiás Velho. Début
1989, l'Etat a été coupé en deux, Goiás
au Sud et Tocantins au Nord.
Historique de l'histoire de l'accident
Savoir qu'un appareil de radiothérapie fut retiré
des décombres d'une ancienne clinique et que, après
avoir été ouvert, la pastille de césium qu'il
contenait fut éparpillée, ne suffit pas.
Le déroulement des événements est important lors d'un accident. Le plus simple était de se faire raconter le cours de l'histoire par les premiers concernés, les victimes. Mais celles-ci étaient très affaiblies. De surcroît, elles avaient été partie prenante de l'affaire et étaient considérées comme des inculpées. On leur reprochait d'avoir récupéré du matériel sur les lieux d'une clinique désaffectée.
Quand Roberto, Wagner et les autres ont vu
qu'on les traitait de voleurs, ils n'ont plus voulu aider ceux
qui cherchaient, médecins, décontamineurs, etc.
"Les informations venant des patients eux-mêmes au
sujet de l'accident étaient très maigres, probablement
à cause de la peur d'être tenus pour responsables
de ce qui était arrivé".
Un technicien de décontamination de la Commission Nationale
de l'Energie Nucléaire (CNEN) a voulu suivre une filière
sûre mais entièrement déconsidérée
: les enfants des rues. Par besoin de survie, ces derniers savent
tout sur les allées et venues des uns et des autres, ainsi
que sur leurs diverses transactions. Mais ce sont des enfants,
souvent seuls, vivant marginalement, parfois illégalement.
Ils n'ont donc aucune reconnaissance sociale, leurs témoignages
sont dévalorisés, et ils ne connaissent l'autorité
que sous sa forme répressive.
Le travail a consisté à obtenir leur confiance, honnêtement et rapidement. Le technicien y est parvenu en les faisant travailler avec lui, en leur donnant à manger et de l'argent (de sa poche). Les indications qu'ils ont données ont toujours été vérifiées, par recoupement avec des papiers officiels ou avec des témoignages issus de sources différentes. Il raconte : "Les enfants des rues sont des chiffonniers et forment un groupe particulièrement difficile. Ils sont très violents et renfermés, ils n'ont confiance en personne. Par exemple, il y en avait un de 14 ans qui avait déjà trois morts à son actif, il était toujours armé d'un couteau. Les techniciens ne sont pas franchement habitués à ce genre de travail, mais ils ont montré qu'ils sont préparés à affronter beaucoup de choses. A cause de la chaleur, les techniciens n'avaient pas faim, seulement soif ; il faisait 45 ou 50°C. J'ai donné mon repas à ces gamins, parfois les autres techniciens aussi, ils étaient capables d'en manger quatre ou cinq à la suite et c'est là que je me suis rendu compte de la faim qu'ils avaient. Ils se sont rapprochés, ils avaient de plus en plus confiance et quand ils proposaient de nous emmener voir tel endroit, à l'endroit en question il y avait un problème, une contamination. Car ils connaissaient très bien la ville, les circuits et le milieu incriminé. On a eu beaucoup d'informations, on a trouvé très rapidement des lieux contaminés, on a résolu beaucoup de problèmes grâce à eux".
Un jour, un homme est venu se faire examiner et subir des mesures avec sa femme et ses huit enfants, tous étaient contaminés. Cet homme était conducteur de camion dans l'entreprise qui rachetait les papiers à recycler aux chiffonniers, la COPEL. "C'est grâce à lui qu'ont été découverts plusieurs lieux contaminés".
La recherche des contacts avec les personnes qui connaissaient les lieux, les gens et la culture locale, comme ce chauffeur de camion, est indispensable, même pour aider le hasard. Le technicien poursuit par une anecdote : "On croise un camion, [le chauffeur] me dit qu'il est de la COPEL. On avait toujours un détecteur avec nous, il était réglé pour prévenir à la moindre contamination. On le pointe vers le camion, il hurle, malgré les 120 km/h de différence entre les deux véhicules. On fait demi-tour et une queue de poisson au camion. On aurait dit un film policier ! Lorsqu'on a expliqué au chauffeur que le camion était contaminé et qu'il devait retourner à Goiânia, il s'est énervé, et c'était une personne violente ! Bon, on a réussi à le convaincre, mais alors que nous voulions qu'il se rendît au stade, où étaient centralisés les déchets radioactifs, lui ne voulait que retourner à la COPEL. Au cours de la discussion, en lui demandant où il allait, on découvre qu'il allait dans un autre dépôt de papiers, à Anapolis, l'ANNAPEL. On a trouvé l'ANNAPEL contaminée puis la COPEL aussi. C'est là qu'on a eu peur, ils vendaient du papier dans tout le Brésil !".
La date du retrait de l'appareil des décombres de la clinique de radiothérapie varie suivant l'origine des publications. L'accident ayant été découvert le 29/09/1987, on a commencé par dire que la pastille de césium avait été retirée quelques jours avant.
Le technicien-enquêteur raconte donc que lors de la découverte de la contamination de la COPEL, il a eu peur que tout le Brésil ne fût contaminé par l'envoi de papier à recycler : "j'ai demandé [au patron] les registres de vente depuis le 15 septembre, par sécurité car tout le monde disait que l'accident datait du 27, mais à voir l'état des gens, les radiodermites qui ne dataient pas de moins de dix jours et l'éparpillement de la contamination, techniquement j'avais vu que ça ne datait pas du 27. J'ai demandé à l'Institut de Recherches Energétiques et Nucléaires (IPEN) [de la CNEN], à Sâo Paulo, d'aller voir tous les endroits où la COPEL avait vendu du papier. Ils ont trouvé du papier contaminé, avant qu'il n'entre en production. Le papier contaminé datait du 18/09". Et même si les enfants des rues racontaient que l'accident était plus ancien, ils affirmaient qu'ils ne pouvaient rien dire de plus, car "on faisait pression sur eux" et que "c'était risqué".
La femme de Wagner, un des premiers protagonistes, passait toute la journée au stade, où avait été installé le Quartier Général (QG) des opérations. Son mari, gravement contaminé, était à l'Hôpital Naval Marcilio Dias (HNMD), à Rio de Janeiro et sa famille, qui l'hébergeait, la rejetait. Elle était seule et racontait beaucoup de choses. Elle se souvenait que son mari n'arrivait pas à prendre quoi que ce soit avec les mains, qu'il ne pouvait pas travailler, car il avait les mains brûlées : "c'est moi qui l'ai soigné avant qu'il n'aille à l'hôpital". Elle faisait remonter cela autour du 3-5 septembre. "Je me souviens que Roberto est venu un jour chercher Wagner en vitesse parce qu'il fallait se dépêcher, car deux autres avaient également des projets pour emporter la pièce". Le technicien en a donc conclu que l'appareil avait été enlevé vers le 03/09. Après pression sur les autorités qui avaient mis les malades au secret, une ligne téléphonique fut installée entre l'hôpital et Goiânia, mais pour une seule journée. Le technicien a récupéré quelques bribes d'informations pour des pistes, en particulier l'adresse d'une casse qui, effectivement, était contaminée.
Roberto se souvenait que lorsqu'ils avaient réussi à emporter la pièce "c'était un dimanche avant la grande fête". Tout le monde a pensé qu'il faisait référence à la première course internationale de motos, le 27/09, mais le technicien était certain que cela ne pouvait pas être la bonne date. Dâo, le propriétaire d'une autre casse, contaminée, a raconté que le 09/09 il devait fêter son anniversaire, mais qu'il avait dû annuler parce que "Roberto était malade, il vomissait et n'avait plus de force". Cet anniversaire était une date de référence, sûre et marquée, proche d'une grande fête qui avait eu lieu à Goiânia : le défilé du 07/09, jour de l'indépendance. En comparant les divers témoignages, le technicien est arrivé à la conclusion que la pièce avait été emportée le 3 septembre chez Wagner. Avec les plaintes des voisins - dix soirs de suite Roberto avait martelé la pièce, les empêchant de dormir - et les dires de Bruno, un gamin de 15 ans qui vivait dans le même groupe de maisons que Roberto, il est arrivé à trouver la date à laquelle la capsule avait été ouverte par Roberto, Wagner et Bruno et le césium libéré : le 13/09.
Les petites histoires ne manquent pas et le même technicien continue : "J'étais alors remonté à la date du 20/09 et un jour, je trouve une voiture avec de nouveaux phares, une nouvelle peinture, refaite à neuf, entièrement contaminée. Au fur et à mesure que je retirais de la peinture, le niveau augmentait. On l'a démontée entièrement, il ne restait plus rien de la voiture, hautement contaminée. Le propriétaire l'avait achetée dans un garage le 18/09, les papiers le prouvaient. C'était Edson, peintre et voisin de Roberto, qui y avait travaillé. Donc, en comptant le temps de faire le travail et de laisser la peinture sécher, on remontait au 15/09".
C'est donc un véritable travail de détective qu'il a fallu effectuer, sans lequel la contamination et l'éparpillement auraient été plus importants. Il aurait fallu beaucoup plus de temps pour retrouver tous les lieux contaminés.
Il semble que beaucoup se soient contentés des dates approximatives. Peut-être parce qu'après coup, ils estimaient que cela n'avait pas grande importance, peut-être pour ne pas reconnaître ce travail de fourmi ou encore parce que cette tâche relevait de l'initiative personnelle et n'avait aucun rapport avec l'institution.
La clinique abandonnée, l'Institut Goianien de Radiothérapie (IGR), d'où fut retiré l'appareil de radiothérapie, était sur le même terrain qu'un hôpital public connu sous le nom de "Santa Casa de Miséricordia", démoli par un gouvernement antérieur afin d'en reconstruire un autre, qui n'a jamais vu le jour. Lorsque l'hôpital a été fermé, en 1984, "on" a dit aux gens intéressés, chiffonniers et enfants des rues en particulier, qu'ils pouvaient tout emporter : lits, chaises roulantes, etc. A cette occasion, on leur a précisé de ne pas toucher à "cette machine" (celle de radiothérapie) car c'était très dangereux. C'est grâce aux gains de cette récupération qu'un des enfants des rues a réussi à réunir l'argent nécessaire pour aller voir un festival de rock, à Rio de Janeiro, dépensant tout ce qui avait été gagné de cette manière, une très grosse somme pour lui. Le gâchis que constitue l'abandon de tout ce matériel médical appartenant à l'Etat n'a jamais été souligné, peut-être parce que cette pratique est courante.
Le déroulement des événements
Du 03 au 06/09/1987 : Roberto et Wagner
cherchent à emporter la tête de l'appareil de radiothérapie,
qui ne se trouve plus dans la casemate, mais devant le bâtiment
délabré de l'ancienne clinique, l'IGR. La tête
à elle seule pèse 800 kg. Ils la remuent si bien
que la roue contenant la source d'un poids de 120 kg s'en détache.
Ils l'emportent chez Roberto (rua 57) et, avec Bruno, ils commencent
à gratter le plomb de protection. La nuit, ils la mettent
sous le lit de Roberto et de sa mère.
09/09/1987 : Anniversaire de Dâo, propriétaire d'une casse, qui annule la fête prévue à cette occasion car Roberto et Wagner se sentent mal, ont des maux de tête, des nausées et des vomissements. Ils pensent à une indigestion.
09-13/09/1987 : Avec des outils, Roberto, Wagner et Bruno grattent petit à petit le plomb de protection, jusqu'à atteindre la fenêtre de 1 mm d'épaisseur qu'ils cassent, mettant à jour la poudre compactée de césium (Cs), dont un peu tombe, en particulier sur le pied de Roberto. Roberto et Wagner manipulent la poudre, alors que Bruno va chercher des allumettes pour essayer de la brûler. Ce dernier sera moins contaminé que les deux autres, et n'aura pas de radiolésions.
Lundi 14/09/1987 : Roberto et Wagner vomissent. Roberto, qui a la main enflée, va à l'hôpital. Wagner a de la diarrhée et un oedème à la main avec laquelle il a transporté la source.
15-17/09/1987 : La roue contenant la source est vendue à Devair, ferrailleur. Elle pèse 23 kg. Le prix convenu est Cr$ 19/kg, soit Cr$ 1600, un peu plus de 20 dollars (environ 110 FF).
17/09/1987 : Devair a son premier contact direct avec le 137CS. Il est émerveillé par la couleur bleu phosphorescente de la "pierre".
18/09/1987 : Wagner est à l'Hôpital Saint Lucas où l'on diagnostique une réaction allergique à l'ingestion d'aliments avariés. On lui conseille de rester chez lui une semaine.
19/09/1987 : Devair et Maria Gabriela, sa femme - dont la maison jouxte la casse où est entreposée la source - commencent à avoir des maux de tête et des vomissements.
20/09/1987 : Les enfants Edson BS et Odesson AFJ vont chez Devair et y jouent pendant environ trois heures.
Maria Gabriela vend le plomb provenant de l'appareil à Joachim, un autre ferrailleur et y inclut la "marmite" (roue contenant le césium) bien que Joachim ne soit pas intéressé, car le métal n'est pas rentable. Le récipient est mis sous la balance.
Lundi 21/09/1987 au matin : Edson va voir Devair et emporte un peu de poudre dans sa poche de pantalon. Plus tard, il en donne un peu à son frère Ernesto qui l'emporte également dans la poche de son pantalon. D'autres personnes passent chez Devair et reçoivent de la poudre en cadeau. Certains s'en passent sur le corps ou l'utilisent pour se maquiller. La fascination pour le brillant et la beauté de la chose fut la cause de l'engouement.
21/09/1987 : Maria Gabriela a des diarrhées. A l'hôpital Saint Lucas, elle reçoit le même diagnostic que Wagner. Appelée, sa mère va la voir et y reste jusqu'au 23, elle retourne chez elle contaminée.
21/09/1987 : Maria Gabriela va à la Division de Contrôle Sanitaire, administration liée à la santé, avec la source de césium, mais c'est fermé.
22-24/09/1987 : Israel et Admilson, employés de Devair, manipulent la pièce pour récupérer le plomb. Au début de ce travail, Zico propose de couper la pièce au chalumeau à acétylène et de revenir le lendemain. Il ne revient pas le faire.
23-27/09/1987 : Wagner est admis à l'Hôpital Santa Maria. Le 27 on diagnostique une maladie de peau et il est transféré immédiatement à l'Hôpital des Maladies Tropicales (HDT).
23/09/1987 : L'un des contaminés va à Anapolis - 60 km de Goiânia - et y contamine des maisons.
24/09/1987 : Ivo, le frère de Devair, met un morceau de césium dans un bout de papier, puis dans sa poche. Arrivé à la maison à l'heure du déjeuner, il le pose sur la table. Son aspect brillant intrigue et fascine. Ses enfants, Leide, 6 ans, et Lucimar, 14 ans, sa femme Lourde et des amis, Kardec, Luiza Odet et Sergio, le manipulent en mangeant. Le chien de la maison en ingère également.
Ivo fait à Luiza Odet un "collier" de césium, quelques grains tombent sur la poitrine, les hanches et le ventre, quelques particules de césium tombent dans le lit.
[Luiza Odete montre les cicatrices laissées par contact
avec le Césium-137. Luiza Odet est la tante de Leide das
Neves et soeur de Lourdes Ferreira, et a vécu avec son
mari, Kardec, et ses enfants dans la masure d'Ivo Ferreira, son
beau-frère. En octobre 1987, elle est transférée
à l'hôpital naval Marcílio Dias de Rio de
Janeiro dans un état grave.]
Voir l'interview de Luiza Odet:
Non daté : Le chien de Maria Gabriela est brûlé à plusieurs endroits de la peau.
25/09/1987 : Devair rencontre une fille dans un bar puis ils vont à l'hôtel. La fille lui fait remarquer qu'il change de couleur, il noircit et perd ses cheveux. L'hôtel est contaminé.
Le sol d'un bar également contaminé
par les radiations à Goiânia.
25/09/1987
au matin : Kardec, employé de Ivo et mari de Luiza Odet,
invite un ami à se rendre à l'ex-clinique de l'IGR
chercher la tête
de la machine, très lourde, d'où avait été
retirée la roue contenant la source. A cette occasion,
ils contaminent le chemin, leurs chaussures ayant du césium
provenant des divers endroits contaminés (Devair, Ivo,
Kardec, ...). Ils enlèvent la carcasse de la machine, qu'ils
emportent chez Ivo. Lorsqu'ils la pèsent, la balance d'Ivo
se casse sous le poids.
25-27/09/92 Joachim vend le plomb provenant de la machine à une autre casse, "Goiàs Velho". Mais la roue renfermant le césium non encore éparpillé - ce qu'il appelle "la marmite" - reste chez lui.
26/09/1987 : Ivo va à la pharmacie chercher une pommade pour soigner les traces du "collier" qu'il a fait à Luiza Odet, avec le césium. Le pharmacien lui dit qu'il est possible que ce soit de l'uranium (il y a des mines dans la région) ; si c'est le cas, c'est dangereux. Ivo va prévenir son frère Devair, dans un bar, et lui explique que la "pierre" est peut-être de l'uranium.
27/09/1987 : Premier Grand Prix International de moto à Goiânia.
[Maria Gabriela Ferreira, l'épouse
de Devair, a joué un rôle clé dans la méfiance
du matériel et son passage à la surveillance de
la santé. Elle est décédée à
l'âge de 37 ans.]
[Geraldo
Guilherme était un employé de la décharge
de Devair Alves et a aidé Maria Gabriela, l'épouse
de Devair, à apporter la «marmite» du césium
137 au siège de la surveillance de la santé, empêchant
la catastrophe de prendre des proportions encore plus grandes.
Geraldo montre la cicatrice sur son épaule, conséquence
d'avoir porté le sac avec la capsule du Césium-137.]
Lundi 28/09/1987 matin : Maria Gabriela décide
d'aller avec l'un des employés, Geraldo, chez Joachim,
récupérer le
récipient de césium. Ils le mettent dans un
sac plastique et vont en autobus à la Division de Contrôle
Sanitaire, Geraldo transportant
le sac sur les épaules. L'arrêt
de bus sera contaminé. Le paquet est posé sur le
bureau du vétérinaire Paulo Roberto qui, effrayé
par les accents dramatiques de Maria Gabriela, le place sur une
chaise dans la cour, près du mur. Ils vont ensuite voir
les malades à l'Hôpital Sâo Lucas et au centre
de santé Juarez Barbosa, où a été
diagnostiquée une maladie tropicale. Dix autres personnes
ont été envoyées à l'Hôpital
des Maladies Tropicales pour la même raison.
[Sac contenant du césium 137 sur une chaise
à la porte de la surveillance de la santé (Photo:
CNEN). A Goiânia, 54 personnes ont reçu des doses
supérieures à 20 rad (0,2 Gy) dont 14 supérieures
à 150 rad (1,5 Gy). La possibilité de développer
des maladies dans des délais (relativement courts) est
donc grande". Par exemple, le technicien de la Division de
Contrôle Sanitaire qui a reçu le sac contenant la
source et l'a placé sur son bureau a reçu une dose
estimée à 1,3 Gy (130 rad).]
Non daté : La mère de Roberto a commencé à perdre cheveux et poils très tôt. Ce symptôme est très important. Il aurait dû constituer une indication clé de la gravité de l'irradiation reçue.
La découverte de l'accident
28/09/1987 : Paulo Roberto et l'un
de ses collègues, suspectant une contamination radioactive,
contactent un toxicologue, surintendant du Centre d'Informations
Toxicologiques de l'Hôpital des Maladies Tropicales. Après
examen des malades, et vu la gravité de la situation, ils
font appel à JP, biomédecin du Secrétariat
d'Etat de l'Environnement. Paulo Roberto pense qu'il s'agit d'une
partie d'un appareil à rayons X. JP propose de faire analyser
le contenu du paquet par son ami Walter, physicien formé
en radioprotection, à l'époque en vacances à
Goiânia.
29/09/1987 : JP appelle Walter et lui explique qu'il y a des malades dont les brûlures pourraient provenir de rayonnements, une espèce de radiodermite, et que ceux-ci lui ont dit qu'ils avaient apporté une pièce, qui serait la cause de leurs maux, à la Division de Contrôle Sanitaire. Il lui demande de bien vouloir y jeter un coup d'oeil.
A 8 h, après avoir reçu le coup de téléphone de JP, Walter se présente au siège des Entreprises Nucléaires Brésiliennes (NUCLEBRAS), qui sont installées à Goiânia à cause de l'exploitation des mines d'uranium. Il emprunte un appareil utilisé pour les mesures géologiques. Sur le chemin, à une distance moyenne de la Division de Contrôle Sanitaire, il met l'appareil en marche. Celui-ci réagit quelle que soit la direction pointée. Incrédule, il revient à la NUCLEBRAS pour changer d'appareil, soupçonnant le premier de défaut de calibrage. Vers 10 h, il repart en direction de la Division de Contrôle Sanitaire avec un appareil similaire, étalonné, dont la réaction est la même. Walter se persuade qu'une puissante source de radiations est présente. Entre-temps, Paulo Roberto, très inquiet, a prévenu les pompiers. Trois d'entre eux examinent le contenu du paquet. Le chef propose de le jeter dans la rivière. Walter l'en dissuade avec peine. Il convainc tout le monde de sortir, et demande aux pompiers et à la Police Militaire d'isoler le local.
29/09/1987 vers midi : Paulo Roberto explique à Walter d'où vient la source. Ils se dirigent tous les deux vers la casse de Devair où, lors des mesures, l'échelle de l'appareil est dépassée. Ils ne peuvent donc pas connaître l'intensité exacte de l'irradiation. Ils ont beaucoup de mal à persuader Devair, sa famille et ses voisins de quitter les lieux ; même en insistant sur le risque de mort. Chez Devair, ils rencontrent son frère Ivo, l'accompagnent chez lui et, sur le chemin, croisent sa fille de 6 ans, Leide, gravement contaminée. Plus tard, grâce à de nouvelles informations, ils vont chez Roberto. La maison était pleine de gens, parmi lesquels des femmes enceintes. Le terrain, totalement contaminé, dut être isolé.
Ils demanderont à la Police Militaire d'isoler le lieu.
Walter, en apprenant que la "pièce" vient du terrain de la Santa Casa, pense tout de suite à la bombe de césium, car il avait travaillé comme physicien à la clinique IGR, précisément sur cet appareil. Afin d'en être sûr, il téléphone aux médecins propriétaires pour leur demander s'ils ont laissé "quelque chose" dans l'ancien bâtiment lorsqu'ils ont déménagé. La réponse est "Oui, la bombe de césium". A la question "Avez-vous prévenu la CNEN ?" la réponse est "Non".
Walter et Paulo Roberto vont au Secrétariat à la Santé de l'Etat de Goiàs, y racontent les faits et demandent de l'aide. Incrédules, les fonctionnaires tergiversent, mais vu l'insistance de Walter, ils l'autorisent à parler au Secrétaire d'Etat à la Santé, Antônio qui est médecin. Ils lui expliquent que la pièce est radioactive et qu'il faut prendre des mesures immédiates.
Vers 15 h : Antônio téléphone à José Julio, directeur du Département d'Installations et Matériaux Nucléaires (DIN/CNEN), à Rio de Janeiro. Walter raconte à José Julio toute l'histoire en détail, y compris les mesures, les évacuations et l'origine de la source et de l'appareil.
29/09/1987 : A la recherche d'une illustration pour un reportage sur les intoxications, Rachel, journaliste de "Televisâo Goiàs", envoyée par son chef Weber, va à l'Hôpital des Maladies Tropicales où on lui a signalé "une famille entière victime d'une intoxication alimentaire et un foyer de méningite". Arrivée sur place, on lui dit qu'il s'agit d'une sorte de brûlure par radiation, mais qu'on n'en sait pas plus. Le médecin explique que l'histoire est liée à une pièce de la Santa Casa. Après s'être informée sur les appareils utilisés en médecine, Rachel annonce à la télévision locale qu'une bombe de cobalt a été éventrée, contaminant plusieurs personnes et pouvant avoir de plus grandes répercussions. Dans le journal national du soir, la nouvelle est divulguée.
29/09/1987 entre 16 h et 22 h : Walter, JP et d'autres prennent les mesures d'urgence, avertissent l'Hôpital des Maladies Tropicales que les dix personnes sont contaminées et qu'elles doivent être isolées. La Défense Civile est alertée, la Division de Contrôle Sanitaire et la casse de Devair réexaminées. Le stade olympique est choisi par Walter comme "camp de base" pour soumettre les gens à des mesures et les isoler.
29/09/1987 vers 18 h/18 h 30 : José Julio part de Rio de Janeiro. Il prend un avion de ligne régulière jusqu'à Brasilia, puis une voiture pour effectuer les 200 km jusqu'à Goiânia.
A l'IRD/CNEN, la directrice, Anamélia, prévient le seul médecin de la CNEN disponible, le médecin du travail Carlos Eduardo, qu'il doit se tenir prêt à aller à Goiânia, à cause d'un incident, pour une mission de quelques jours.
29/09/1987 vers 22 h : Zico, l'un des contaminés qui est allé au stade subir des mesures, apprend à Walter comment la source a été démontée et indique l'endroit où les autres pièces et la carcasse sont déposées.
30/09/1987 vers 0 h 30 : José Julio arrive à Goiânia, va directement sur les lieux de l'ancienne clinique d'où a été retirée la capsule de césium.
30/09/1987 vers 3 h : José Julio informe la CNEN de l'ampleur de l'accident.
30/09/1987 : Dans la nuit du 29 au 30 et la
journée du 30/09/1987, on détecte 249 personnes
contaminées parmi les centaines mesurées. Elles
sont décontaminées de façon externe (eau,
savon, vinaigre). Parmi elles, 120 peuvent rentrer chez elles,
les 129 restantes commencent à recevoir une aide immédiate,
dont 22, hautement contaminées, qui sont isolées.
30/09/1987 vers 8 h : Des techniciens équipés et
le médecin Alexandre de la NUCLEBRAS, spécialiste
des radiations, partent vers Goiânia.
30/09/1987 après-midi : Les deux médecins, Carlos Eduardo de la CNEN et Nelson, spécialiste des radiations de la Compagnie d'Electricité Nationale brésilienne (FURNAS), partent pour Goiânia.
30/09/1987 au soir : L'équipe médicale décide d'envoyer six patients à l'Hôpital Naval Marcilio Dias (HNMD), à Rio de Janeiro .
01/10/1987 vers 12 h : Les six patients accompagnés de Nelson arrivent à l'aéroport Santos Dumont (Rio de Janeiro), transportés par la Force Aérienne Brésilienne (FAB), et sont conduits à l'HNMD.

03/10/1987 vers 12 h : quatre autres patients arrivent à l'aéroport Santos Dumont, transportés par la FAB, accompagnés de Carlos Eduardo, pour être internés à l'HNMD.
Lundi 05/10/1987 : Notification officielle de l'accident à l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), à Vienne.
06-07-08/10/1987 : Arrivée de sept spécialistes étrangers au Brésil.
Les institutions nationales
Voici la liste de la plupart des institutions qui joueront
un rôle dans cette affaire.
Gouvernement fédéral
* Commission Nationale de l'Energie Nucléaire (CNEN)a
le monopole du nucléaire au Brésil.
· Institut de Radioprotection et Dosimétrie (IRD)
· Institut de Recherches Energétiques et Nucléaires
(IPEN)
· Institut de Génie nucléaire (IEN)
· Département d'Installations et Matériaux
Nucléaires (DIN)
· Compagnie d'Electricité Nationale brésilienne
(FURNAS)
· Entreprises nucléaires brésiliennes (NUCLEBRAS)
· Ministère de la Santé
Etat de Goiás
· Secrétariat d'Etat à la Santé
· Organisation de Santé de l'Etat de Goiás
(OSEGO)
· Institut de prévoyance et d'assistance aux fonctionnaires
de l'Etat de Goiás (IPASGO), propriétaire du terrain
où était située la clinique, au moment de
l'accident.
· Surintendance de l'Environnement de l'Etat de Goiás
(SEMAGO) (plus tard FEMAGO).
· Fondation Leide Das Neves (Funleide), créée
après l'accident pour suivre les victimes et faire des
recherches.
Associations
· Société Brésilienne pour le Progrès
de la Science (SBPC), association regroupant des scientifiques.
- Société Brésilienne de Physique (SBF),
association affiliée à la SBPC.
Particuliers
· Institut Goianien de Radiothérapie (IGR). Clinique
privée qui possédait la bombe de césiothérapie.
· Conferência Sâo Vincente de Paulo, ancien
propriétaire du terrain et de l'hôpital construit
dessus, "Santa Casa de Misericordia", jusqu'à
la vente à l'IPASGO.
Extrait de ISTOÉ Brésil, 13 Sept 2012:
[Odesson
Alves Ferreira a subi de graves conséquences physiques,
notamment la perte d'une partie de la main, et a passé
des mois en isolement. Aujourd'hui, il agit comme un militant.
Voir interview
vidéo de 2017]Le temps n'était pas un allié
des victimes du césium 137. Après 25 ans du plus
grand accident radioactif du Brésil, les personnes qui
ont eu un contact direct ou indirect avec la capsule contaminée
souffrent toujours. Ils vivent marqués par l'attente toujours
présente de développer des maladies résultant
de l'exposition ou de la stigmatisation [de] la société
[...]. « Nous subissons des préjugés à
ce jour. Les gens demandent toujours si le fait que vous êtes
proche de nous, ou si vous nous touchez, nous ne les contaminerions
pas, si ce n'est pas dangereux. Ou même si c'est vrai qu'on
brille la nuit. Des questions de ce genre", a déclaré
Odesson Alves Ferreira, 57 ans, président de l'Association
des victimes du Césium 137.
Pour cette raison, ceux qui ont été exposés
au matériel ou qui ont eu un contact avec des contaminés
préfèrent ne pas en parler. "Quand ils vont
à l'hôpital, par exemple, beaucoup, au lieu de raconter
leurs histoires, se taisent, parce qu'ils ont peur de parler",
a déclaré le président de l'association.
Odesson a déclaré qu'il avait environ 50 personnes
de sa famille directement ou indirectement impliquées dans
l'accident. Il est le frère de Devair Ferreira, propriétaire
de la décharge où la capsule a été
ouverte. Dans l'année de l'accident, Devair a perdu la
belle-sur Maria Gabriela et la nièce Leide, fille d'un
autre frère, Ivo Ferreira. Tout cela à cause d'une
contamination radioactive. Il avait lui-même des séquelles
dans les mains, manipulant des fragments de césium lors
d'une visite à la maison de Devair. Il a été
confiné avec d'autres victimes pour un traitement pendant
trois mois. Il avait un doigt amputé dans sa main droite
et un autre doigt rabat dans sa main gauche. Ses deux enfants,
âgés de 12 et 14 ans à l'époque, ont
également été touchés par des radiations.
Camionneur et chauffeur de bus à la retraite à l'âge
de 32 ans en raison des suites dans ses mains, Odesson dit que
les préjugés l'ont empêché de retourner
au travail. "Quand je suis retourné dans l'entreprise
pour laquelle je travaillais, pour essayer d'occuper une autre
fonction, le médecin de l'entreprise ne voulait même
pas prendre le document INSS que je portais. Puis j'ai réalisé
que la chose était sérieuse", a-t-il déclaré.
Odesson se souvient que, avant l'accident, il était fan
de film de science-fiction. "Mais je n'aurais jamais pensé
que ça m'arriverait. Et ce n'était pas de la fiction,
c'était une dure réalité."
Problèmes psychologiques
Odesson estime que l'accident a déclenché un problème
social en ayant psychologiquement affecté les victimes.
Pour lui, beaucoup d'entre eux, même s'ils ne sont pas morts
de maladies directement liées à l'exposition au
césium, ont fini par être consommés par la
tragédie. "Nous ne pouvons pas faire de lien de causalité,
car malheureusement la science ne nous le garantit pas. Dans le
certificat de décès de Devair, par exemple, il est
une cause de décès par cirrhose du foie. Mais qu'est-ce
qui l'a amené à boire quatre bouteilles de cachaça
par jour ? Il a dit qu'il avait causé l'accident, il s'est
senti coupable à ce sujet. Il s'est suicidé. Nous
avons d'autres victimes qui ont tenté de se suicider, plus
de deux fois", a-t-il déclaré. Odesson a également
rappelé l'autre frère: "Ivo est mort d'un enphyzème
pulmonaire, mais quelque chose l'a conduit à fumer six
paquets de cigarettes par jour. Il s'est senti coupable d'avoir
pris des fragments du césium et de l'avoir remis à
sa fille", a-t-il déclaré.
Le président de
l'association a déclaré que la difficulté
de prouver les décès ou les maladies du fait de
la contamination aggrave la situation des victimes. Mais pour
lui, il n'y a aucun moyen d'ignorer l'héritage du césium.
"L'une des indications est la survenue de cinq ou six maladies
à la même demande, ou le déclenchement de
maladies précoces. Au sein du groupe, il y a des personnes
qui développent l'ostéosporose et l'hypertension
artérielle à l'âge de 20 ans. Ce n'est pas
normal", a-t-il souligné.
L'association qu'Odesson dirige a été créée
le 13 décembre 1987, par les résidents de la rue
57, où la capsule de césium 137 a commencé
à être démantelée. [...] La voie à
suivre était de créer une institution pour avoir
la force légale", a-t-il ajouté.
[Rue
57 en 2017 et image aérienne de la maison, 30 ans après
la catastrophe radioactive.]

[La zone Rua 26-A, la casse de Devair,
où la capsule de Césium-137 a été
ouverte.]

[La
zone de la casse de Devair a été vidée et
cimentée... puis laissée à l'abandon.]
[La
zone de la casse de Devair a été utilisée
comme parking sauvage (un muret a été construit
pour faire cesser cet usage). Les herbes qui poussent indiquent
que le ciment n'isole plus du sol contaminé au Césium.]
Aujourd'hui, l'association compte 1.194 inscrits, acceptés
selon certains critères, comme la preuve qu'il s'agissait
d'une victime directe ou indirecte de l'accident, ou ayant vécu
dans l'une des localités touchées, ou même
étant un descendant d'une victime directe. Même sans
avoir son propre siège, l'association fournit une assistance
juridique et d'autres services aux personnes touchées.
« Notre plus grand défi est d'assurer une assistance
complète. Je ne me bats même plus pour une compensation,
mais si l'association décide, nous allons nous battre pour
cela aussi." Selon
lui, seuls les proches des quatre personnes décédées
de manière démontrable de contamination directe
par le césium ont reçu une indemnisation de l'État.
"Dans le cas de mon frère Ivo, il lui a donné
d'acheter à l'époque un chariot et une jument",
a-t-il déclaré. Dans les calculs de l'association,
960 personnes tentent encore de recevoir une indemnisation au
cours des 25 dernières années. "Cela dans un
univers de 1.600 qui a été directement ou indirectement
affecté", a-t-il déclaré.
Odesson donne actuellement des conférences au Brésil
sur l'accident radiologique de Goiânia, mais estime qu'il
y a beaucoup d'impréparation sur le sujet. "Le Brésil
n'est pas préparé à un autre accident, le
Cnem (Commission nationale de l'énergie nucléaire)
n'a jamais fait d'autre formation et aucun atelier pour discuter
de ce qui a été fait à Goiânia. De
nombreux techniciens qui ont agi à l'époque ont
déjà pris leur retraite. Tout tombe au bord du chemin",
déplore-t-il. Enfin, interrogée qui porterait la
faute de l'accident, Odesson blâme la négligence
des propriétaires de l'IGR, de la clinique où la
capsule a été abandonnée, de la surveillance
sanitaire et du Cnem. "Qui était le plus coupable,
je ne sais pas, mais je les condamnerais tous les trois."
Les détails de la tragédie
Le 13 septembre 1987, dans le centre de Goiânia, deux ramasseurs
découvrent un dispositif de radiothérapie abandonné.
Dans l'intention de vendre le métal, le duo l'amène
à une décharge située sur la rue 57 du secteur
aéroportuaire. Le propriétaire de l'établissement,
Devair Alves Ferreira, achète le matériau et, cette
nuit-là, ouvre la capsule et trouve une poudre qui a émis
une lueur bleue [en fait 19,26 grammes de chlorure de césium
137]. Dans l'admiration de la coloration, il l'emporte à
l'intérieur et le montre à la femme, Maria Gabriela
Ferreira, et au reste de la famille. Sans avoir une idée
de ce qu'il avait entre les mains, il a passé des jours
à montrer à des amis, à des voisins et à
des parents, sa trouvaille. Certains ont même pris des portions
de la poussière à la maison, comme son frère
Ivo. Entre-temps, Devair et sa famille commencent à montrer
les symptômes de radiations, tels que des vertiges, des
nausées et des vomissements.
[Brûlures aux mains.]
[Ivo Ferreira, père de Leide das Neves et frère
du propriétaire de la casse de Goiânia.]
Alertée par les voisins, la femme de Devair soupçonnait
que les problèmes de santé provenaient de la capsule.
En bus, elle a apporté le matériel à la surveillance
de la santé. Les patients, qui avaient déjà
des brûlures, ont été traités à
l'hôpital des maladies tropicales. Ce n'est que le 29 septembre
qu'il a été constaté que le produit pris
par Maria Gabriela était radioactif et était le
césium 137, une substance qui n'existe pas dans la nature
et qui résulte de la combustion de l'uranium 235 dans un
réacteur nucléaire.
La Commission nationale
de l'énergie nucléaire (Cnen) a été
activée. La panique s'est répandue à Goiânia.
Le Cnen a surveillé les niveaux de radioactivité
de plus de 110 000 personnes au stade olympique. Il a trouvé
des radiations sur 271 d'entre eux, dont 120 avaient des traces
dans les vêtements.
[Dépistage des cas possibles de contamination radiologique
au stade olympique "Pedro Ludovico Teixeira" de Goiânia
(Photo : Département de la santé de l'État
de Goiás)]
[Extrait thèse CNAM: Le travail de repérage n'est
pas un travail purement technique et l'on doit tenir compte de
la psychologie des gens. Un technicien témoigne : "Un
jour je mesure dans la file une personne, je trouve une valeur
très élevée, je l'isole pour la mesurer,
rien, je mesure la suivante, toujours rien. C'était la
dixième personne dans la file qui était contaminée.
Quand je l'ai isolée pour la mesurer, l'appareil a saturé,
l'alarme aussi, elle est tombée. J'ai lâché
le détecteur, c'était la première fois qu'une
femme s'évanouissait dans mes bras. Je l'ai emmenée
dans le lieu aménagé du stade et je l'ai envoyée
aux toilettes. Elle m'a dit "je n'enlève mes vêtements
pour personne, seulement pour mon mari". Il n'y avait rien
à faire, elle ne voulait pas. Il a fallu que j'appelle
une femme de la défense civile [à qui] j'ai dit
"dis-lui qu'elle enlève ses vêtements sinon
je les lui arrache", on lui a trouvé d'autres habits.
Quand j'ai mesuré ils émettaient 50 rad/h (0,5 Gy/h).
C'est elle qui avait passé le césium sur sa jupe
pour le carnaval".]
[Des
personnes contaminées ont été isolées
et ont donc campé au stade olympique. (Photo : Yoshikazu
Maeda/O Popular)]
Le 1er octobre de cette année-là,
14 personnes, dans un état grave, ont été
emmenées à l'hôpital Marcílio Dias
de Rio de Janeiro. Quelques semaines plus tard, quatre d'entre
eux sont morts. Le premier était Leide das Neves Ferreira, 6 ans, la nièce du propriétaire de la décharge
et qui est devenu le plus grand symbole de la tragédie.
Le même jour, Maria Gabriela Ferreira, 37 ans, a également
perdu la vie. Deux autres jeunes hommes sont morts, Israël
Batista dos Santos, 22 ans, et Admilson Alves de Souza, 18 ans.
Les quatre ont été les seuls tués selon les
données officielles. L'Association des victimes du césium
137 souligne toutefois qu'au cours de ces 25 années, 104
personnes sont décédées et environ 1600 ont
été directement touchées.
[Israel Baptista dos Santos
à la fenêtre d'un Hôpital]
Les responsables de la tragédie ont été reconnus
coupables d'homicide involontaire, c'est-à-dire sans intention
de tuer et ont purger des peines clémentes. En février
1996, près de dix ans après l'accident, les médecins
Carlos Bezerril, Criseide Castro Dourado et Orlando Alves Teixeira
et le physicien hospitalier Flamarion Barbosa Goulart ont été
condamnés à trois ans et deux mois de prison en
régime ouvert. Les médecins et le physicien devaient
fournir des services à la communauté. La décision
a été rendue par la Cour régionale fédérale
de Brasilia, qui a modifié les sanctions imposées
par le juge de Goiânia. En 1992, toutes les personnes impliquées
avaient reçu des peines plus clémentes, mais un
recours déposé auprès du TRF a changé
toute la situation.
Les partenaires de la clinique de radiologie de Goiânia,
Carlos, Criseide et Orlando ont été considérés
comme le principal responsable de l'accident. Ils sont partis,
au siège de la clinique [...]. Avec l'enlèvement
des carreaux, des portes et des fenêtres, le bâtiment
est devenu non protégé et la bombe a fini par attirer
l'attention des récupérateurs. La décharge
et d'autres résidences de la région ont été
détruites, tout comme les affaires des familles impliquées,
générant des tonnes de déchets radioactifs.
Un dépôt a été construit à l'abbaye
de Goiás, une ville à côté de Goiânia.
En 1987, lorsque les résidus ont été pris
là, l'abbaye de Goiás n'était pas encore
une municipalité.
[Voir le stockage des résidus de la comtamination.]
[La CNEN a installé un site de stockage temporaire dans
une réserve naturelle près de l'abbaye de Goiás
à 23 km de Goiânia. Les déchets ont été
classés en trois catégories : non radioactifs (activité
inférieure à 74 kBq/kg), de faible activité
(débit de dose inférieur à 2 mSv/h) et de
moyenne activité (débit de dose compris entre 2
mSv/h et 20 mSv/h). Divers types de conditionnements ont été
utilisés en fonction des niveaux de contamination. Le conditionnement
des déchets a nécessité 3 800 fûts
métalliques (200 l), 1 400 caissons métalliques
(5 tonnes), 10 conteneurs de transport (32 m2) et 6 ensembles
de conteneurs en béton. Le site de stockage temporaire
a été conçu pour accueillir un volume de
déchets de 4 000 à 5 000 m2, répartis dans
environ 12 500 fûts et 1 470 caissons.]
[ En tout, environ 6 000 tonnes de matériaux
contaminés ont été collectées. Parmi
les déchets figuraient des restes 85 foyers touchés,
plus de 50 véhicules et tronçons de 45 rues, ainsi
que des arbres, des trottoirs, des vêtements, des articles
ménagers et d'autres objets frappés par les radiations.
Tout ce qui ne pouvait pas être décontaminé
a été traité comme une résidu nucléaire
et reste stocké sous "contrôle technique".]
[Lourdes das Neves avec
la photo de sa fille Leide. Leide a été contaminé
après avoir ingéré un oeuf dur avec des mains
sales de césium 137.]
« Nous sommes plus de 900 victimes, et ce nombre ne cesse d'augmenter. Nous sommes victimes à la fois du césium et des préjugés de la société. Après deux ans et demi de surveillance, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) a certifié notre décontamination complète. Mais cela n'a pas atténué les préjugés. Nous ne trouvons pas d'emploi et restons marginalisés par la société, au point de ne plus nous considérer comme des personnes normales. » Odesson Alves Ferreira, 2011
Extrait de BBC News Brasil, 26 avril 2011:
Plus de vingt ans plus tard, dans une interview
accordée à BBC Brasil, il se souvient des moments
de dépression et de discrimination qu'il a vécus
depuis. Aujourd'hui, à l'âge de 56 ans, père
de quatre enfants (le plus jeune avait six mois au moment de l'accident),
Ferreira est président de l'Association des victimes du
Césium-137 (AVCésio), formée pour défendre
les droits des victimes de contamination à Goiânia.
Sa famille a été l'une des plus durement touchées.
C'est son frère, Devair, qui a acheté l'ancien appareil
de radiothérapie qui a été à l'origine
de l'accident et a commencé à disséminer
le césium 137 qu'il a trouvé sur l'instrument, ravi
de la luminosité qui est apparue dans l'obscurité.
[...]
Lisez ci-dessous les principaux extraits de l'interview de BBC
Brasil:
BBC Brésil - Vous êtes le frère de Devair,
qui a acheté le matériel pour la décharge.
Comment l'accident a-t-il affecté votre famille ?
Odesson Alves Ferreira - Ma famille a été la
plus durement touchée. Plus de 40 proches ont été
touchés. Mon contact avec le matériel était
chez Devair. Il m'a montré le césium en disant que
c'était très beau, et que je devrais prendre un
morceau pour faire une bague pour ma femme. Dieu merci, j'ai vu
la matière à la lumière du jour et [cella]
n'avais aucune beauté qui attrapait l'oeil. Je suis passé
dans ma main et il s'est écroulé, et je lui ai dit
que ça n'était nul.
C'est comme ça que je me suis contaminé et que j'ai
fini par devenir une source radioactive. Les gens qui m'ont croisé
ont été contaminés par moi, y compris ma
famille. J'ai quand même travaillé huit jours comme
chauffeur de bus sans savoir qu'il était contaminé.
Il transportait en moyenne un millier de personnes par jour. Ce
n'est que le 30 septembre que je le savais. Le 1er, je suis entré
à l'hôpital pour la quarantaine et je suis resté
jusqu'au 23 décembre.
BBC Brésil - Comment était la quarantaine ?
Ferreira - Nous étions 22 personnes [en] quarantaine.
On ne pouvait pas sortir ou avoir des contacts avec des gens en
dehors de notre groupe, juste les médecins. Une autre partie
de la famille a été laissée dans un isolement
plus doux.
Pendant les 17 premiers jours, je n'ai même pas fait de
nettoyage dans notre pavillon. L'espace n'a reçu qu'une
sorte d'hygiène le jour où (le président
de la République de l'époque) José Sarney
est allé rendre visite. Ils sont entrés dans le
pavillon avec leur corps couvert par un [scaphndre] de sécurité,
et nous là dans le coin, assis sur le matelas. On avait
l'impression d'être des gens d'un autre monde. Ça
m'a fait beaucoup de mal.
BBC Brésil - Quand vous avez quitté l'hôpital,
la situation s'est-elle améliorée ?
Ferreira - La situation des préjugés et de
la discrimination a commencé. Les enfants voulaient quitter
le lycée parce qu'ils ne vouvaient plus de problèmes
avec leur petits collègues. À la compagnie de bus,
des collègues qui jusqu'à juste avant sont sortis
boire de la bière avec moi m'ont fui.
Ma femme a commencé à avoir des problèmes
et des troubles nerveux, il a commencé à apparaître
des bosses sur son visage et sa tête. Les gens couraient
[loin] d'elle dans la rue, elle montait dans le bus et ils sortaient
par l'autre porte. Les voisins voulaient lapider notre maison.
[...]
Mon frère Devair a été menacé de mort
par un médecin. Il lui a dit: «Je vais te tuer, parce
que j'ai un cancer et que tu es à blâmer.»
Ce sont des choses que nous avons vécues que nous ne voudrions
pas que quelqu'un d'autre traverse.
BBC Brésil - Et qu'est-il arrivé à la
maison où vous avez vécu avant ?
Ferreira - [Elle] est devenue un résidus radioactifs.
La maison de Devair a été [détruite], il
n'a pas pu sortir une chemise de là. Nous avons perdu des
objets de valeur, comme des photos des enfants, la [...] de mariage.
La voiture était contaminée aussi. Ma femme et mes
enfants étaient dans une auberge parce que nous n'avions
pas de maison, pas de meubles, rien. [...] plus de trois mois
à y vivre en situation de crise.
BBC Brésil - Après la quarantaine, combien de
temps cela a-t-il pris jusqu'à ce que vous soyez exempt
de radiations ?
Ferreira - Nous avons quand même passé deux
ans et demi à mesurer dans un laboratoire que CNEN (Commission
nationale de l'énergie nucléaire). Après
cela, ils ont dit que nous étions décontaminés.
Mais nous étions pleins de doutes. Il y avait plusieurs
inadéquations dans les mesures qu'ils ont faites, ils ne
semblaient pas non plus savoir bien ce qu'ils faisaient. À
tel point que certains techniciens se sont contaminés.
BBC Brésil - Et vos frères ?
Ferreira - Devair
est décédé sept ans après l'accident
de 1994. Le rapport médical a déclaré qu'il
s'agissait d'une cirrhose du foie, mais le rapport d'autopsie
e a révélé qu'il avait un cancer dans trois
organes. L'Ivo (Frère de Devair
et Odesson) est mort en 2003, d'un emphysème pulmonaire.
Ce qui s'est passé, c'est que les addictions ont attrapé
beaucoup de gens. Devair est allé avec la boisson. Avec
Ivo, c'était la cigarette, il fumait même six paquets
par jour.
J'ai réussi à garder les pieds plus sur terre, mais
j'ai aussi traversé des périodes de dépression.
Il y a des heures où je pense que je vais tomber, mais
ensuite je jette un coup d'oeil sur le côté et je
vois qu'il y a quelqu'un qui a besoin de moi. Mais ce n'est pas
facile, car c'est très mauvais quand on se bat, qu'on se
bat pour un certain but et qu'on se rend compte qu'il est plus
loin.
BBC Brésil - Quelles sont les principales revendications
de l'association aujourd'hui ?
Ferreira - La lutte
de l'association est de faire en sorte que le gouvernement aide
toutes les personnes qui ont été manifestement victimes
de l'accident. Nous avons 1 194 membres, mais seulement 468 reçoivent
une pension, et seulement 164 d'entre eux reçoivent une
aide médicale. [...] Aujourd'hui, il y a environ 960 poursuites
devant les tribunaux des personnes qui attendent de l'aide.
BBC Brésil - À quel type
de problèmes de santé les associés sont-ils
confrontés ?
Ferreira - Ce sont généralement des maladies courantes,
mais plus fréquentes et précoces. Par exemple, l'ostéoporose
et l'hypertension sont courantes, mais sont-elles courantes chez
les jeunes de 18 ans et 20 ans? Une autre maladie constante est
l'ulcère. Presque tous les gens l'ont. 100% des gens ont
de la gastrite.
J'aimerais que des recherches sérieuses soient faites avec
ces gens. [...] Le gouvernement nie le lien de causalité
des maladies, dit que les maladies n'ont rien à voir avec
l'accident, mais ne prouvent rien. Même parce qu'à
partir du moment où ils soulignent que les problèmes
de santé sont vraiment des suites de l'accident, la Justice
exigera un peu plus de [...] ils ne veulent pas.
BBC Brésil - Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez
appris l'accident récent à la centrale nucléaire
de Fukushima après le tsunami au Japon ?
Ferreira - Nous revivons tout ce qui s'est passé, tout
revient en mémoire. Ce qui fait le plus mal, c'est que
les choses [sont] là-bas, de la même manière
qu'elle l'a fait ici. Le gouvernement dit aux gens d'être
calmes. Mais nous avons appris que l'effet des radiations est
cumulatif. Chaque gorgée que le citoyen prend [... reste]
dans le corps. Malheureusement, ce n'est que dans quelques années
que les gens ressentiront.
Ça donne un désespoir, car tout ce que nous avons
vécu ici était avec 19 grammes de césium.
L'accident était grave et il n'était que de 19 grammes.
Extrait EcoDebate, 3/9/2010:
La Cour de justice de Goiás a [reçu],
le 17 août 2010, les victimes de l'accident radioactif avec
le césium 137 pour accélérer l'avancement
de la procédure d'indemnisation. Combien de victimes ont
participé à cet événement ?
Odesson Alves Ferreira: Environ 400 personnes étaient présentes
à l'événement. Ce que les gens recherchent,
c'est la reconnaissance lorsqu'ils sont impliqués dans
l'accident afin qu'ils puissent recevoir des pensions et une assistance
médicale complète.
Quel résultat a créé cet événement
? Vous et votre association êtes satisfaits du résultat
?
Odesson: La grande majorité des demandes se trouvent
dans les voies administratives de l'État et des gouvernements
fédéraux. Le tribunal ne pouvait rien faire. Le
résultat [...] avec l'audience est que les citoyens pourront,
à partir de maintenant, retirer leur processus de la sphère
administrative et passer à la sphère judiciaire
et, oui, la Cour de justice en la personne de son président,
le Dr. Paulo Teles, recommandera l'agilité dans l'analyse
et les renvois des juges. Nous le jugeons satisfaisant, si nous
tenons compte du fait que dans les 23 années qui ont suivi
l'accident, c'était la première fois que le pouvoir
judiciaire se disait préoccupé par les accidents
radio.
Plus précisément, en 1987, combien de personnes
ont été contaminées à Goiânia
?
Odesson: Il est très
difficile de dire avec précision le nombre de contaminés.
La Commission nationale de l'énergie nucléaire (CNEN)
dit avoir surveillé 12.800 personnes. Et celui de ceux-ci,
seulement 6.500 présentaient un certain degré d'irradiation
et seulement 249 méritaient l'attention, ne rapportant
pas quel type de soins ils devraient recevoir. Au fil du temps,
les gouvernements des États et du gouvernement fédéral
ont accordé des avantages par volonté politique
ou administrative à 468 personnes.
Nous, à l'AVCésio et au ministère public
de Goiás lui-même, croyons qu'un nombre ne dépassant
pas 1.600 personnes ont eu un certain contact avec des objets
ou des personnes très contaminés. Et donc ces gens
doivent être soutenus. Par conséquent: compte tenu
de 1.600 personnes moins 468, il reste 1.132 à contempler.
Mais il y a environ 860 procédures en cours dans les voies
judiciaires et administratives.
Quels sont les effets sur la santé
de cette contamination radioactive ? Quelles sont les douleurs
des victimes ? Quelles maladies ?
Odesson: Il n'y a pas de maladies spécifiques
des radiations, mais une précocité dans les problèmes
de santé, par exemple: l'ostéoporose, l'hypertension,
la déficience visuelle, l'oubli et les troubles psychologiques
graves et même mentaux.
Parmi les nombreuses maladies qui se sont manifestées figurent
les ulcères digestifs, la gastrite, la dépression
et même certains cancers, bien que les autorités
n'admettent pas [le lien] entre ces maladies et l'accident. Une
question très importante concernant la question sur les
douleurs des victimes: les douleurs sont l'incertitude, le manque
de crédibilité dans la science, car cela ne nous
donne pas de réponse quant aux divers symptômes et
sans diagnostic. Le manque de confiance dans l'avenir des enfants,
certains sont nés avec des [séquelles] et personne
ne nous le clarifie clairement, juste dire qu'ils n'ont aucun
rapport avec les matières radioactives.
Combien de personnes sont mortes [...] de cet accident radioactif
?
Odesson: [...] Je peux dire que 84 personnes impliquées
sont décédées. Parmi [elle] 20 victimes directes,
mais les autorités n'en admettent pas la cause comme l'accident.
[...]
Les contaminés étaient également les militaires
en raison de leur travail dans l'accident du césium 137.
Combien de militaires ont été contaminés
par cela et combien ont déjà obtenu une indemnisation
?
Odesson: Les
MP contaminés, il est impossible de le dire, puisqu'ils
n'étaient pas surveillés par le CNEN à l'époque.
182 militaires perçoivent une pension à vie de 510,00
R$ plus par la force politique que par la reconnaissance.
De nombreux travailleurs
de la construction ont également participé au nettoyage
des rues et des maisons contaminées. Sont-ils également
victimes du césium 137 en raison du manque d'information
et d'équipement adéquats ?
Odesson: Les démolitions
ont été effectuées de manière [habituelle],
le transport idem, les rues balayées normalement et les
voisins ont continué dans les résidences, sauf à
quelques exceptions près, c'est pourquoi plus de 800 personnes
demandent encore leurs droits. Certains
sont affiliés à AVCesius, bien que pour nous ils
soient indépendants de l'affiliation, sauf à condition
de nous convaincre avec des documents valides ou témoignages
de l'implication dans la catastrophe, nous luttons pour tous dans
la même égalité.

[Officiellement, le gouvernement n'a reconnu que quatre décès
causés par le césium-137. Cependant, selon les données
des syndicats, des associations de victimes
et du parquet de Goiás, l'accident avec le césium
137 a déjà fait au moins 66 morts et environ 1.400
personnes ont été contaminées. Cela inclut
les familles qui ont eu un contact direct avec la substance radioactive,
les médecins et les infirmières qui ont pris en
charge les victimes et les pompiers, la police et les travailleurs
qui ont été utilisés dans les efforts de
décontamination et de propreté. Mais seuls quelques-uns
d'entre eux sont reconnus comme victimes et reçoivent une
pension de victime équivalente à un salaire minimum
d'environ 200 euros. De nombreuses victimes non reconnues continuent
de se battre devant les tribunaux pour obtenir une indemnisation
médicale et des soins gratuits.]
[Les techniciens de la Commission de l'énergie nucléaire
manipulent l'un des animaux contaminés par le césium
137, qui ont été sacrifiés pour empêcher
la propagation de la contamination.]
Il existe également l'Association
des victimes militaires du césium 137. Votre association
se bat-elle avec eux ?
Odesson: Quant à l'armée,
nous avons de très bonnes relations, certaines [...] préfèrent
l'Acpésium en raison de sa crédibilité face
à l'opinion publique et aux médias.
Avez-vous appris qu'en Suisse, un événement mondial
a eu lieu en août sur les risques de l'industrie nucléaire,
avec la participation des victimes de cette industrie de divers
pays du monde (www.nuclear-risks.org)
?
Odesson: Mercredi dernier (25 août 2010) J'ai eu une
réunion avec le représentant Ute Koczi du Parti
vert allemand, et elle m'a parlé de cette réunion
en Suisse, nous espérons qu'elle aura de bons résultats.
Votre Association a-t-elle été invitée
à cet événement, pour parler de l'accident
de Goiânia, l'un des plus grands accidents nucléaires
de l'histoire humaine ?
Odesson: Nous n'avons pas été invités,
je comprends à quel point nous sommes très difficiles
[à inviter] pour assister à ces événements
internationaux, nous n'avons pas d'argent pour les dépenses.
Vraiment la catastrophe ici a été le plus grand
accident radioactif dans la zone urbaine du monde, je pense qu'ils
devraient lui donner plus de visibilité.
Merci pour l'interview !
22/3/2006 - Plus
de 2 000 installations nucléaires et sites radioactifs
fonctionnent dans des conditions de sécurité insuffisantes
au Brésil, selon un rapport parlementaire publié
mardi soir. Le président de la Commission nationale de
l'énergie nucléaire (CNEN), Odair Gonçalves
a toutefois contesté les conclusions de ce rapport, déclarant
qu'il contient "des erreurs et des distorsions très
importantes". Sur les 2 000 sites à risque identifiés,
"la plupart, de catégorie 5, sont à très
bas risque et échappent aux recommandations faites par
l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) dans son
code de conduite", a-t-il indiqué.
Selon le rapport approuvé par la Commission de l'environnement
et du développement durable du parlement, la centrale nucléaire
d'Angra II, située dans l'Etat de Rio de Janeiro (sud-est)
et la mine d'uranium de Caetite (Etat de Bahia, nord-est) opèrent
de manière irrégulière avec des autorisations
provisoires.
Le rapport souligne en outre que le stockage des déchets
nucléaires et radioactifs reste précaire. Sur le
site d'Abadia de Goiania (Etat de Goias, centre), sont entreposés
les déchets radioactifs de Goiania, où était
survenu en 1987 un grave accident radioactif.
Des ferrailleurs avaient trouvé dans les ordures une capsule
de Cesium 137 provenant d'une clinique radiologique désaffectée.

[Les ruines de la clinique à Goiania. Des années
plus tard, l'espace a été réoccupé
et abrite aujourd'hui le Centre de Culture et de Conventions de
Goiânia]
Près de 300 personnes avaient été irradiées à des degrés divers. "Le Brésil n'a pas appris la leçon de Goiania", conclut le rapport. M. Gonçalves a toutefois affirmé que le Brésil avait commencé à se pencher "avant les autres pays sur le contrôle des sources (de radioactivité) d'origine médicale" à la suite de cet accident.
Lire: Les risques du "petit nucléaire"
trop souvent négligés

RIO DE JANEIRO, 12 déc 2001 - Plus de mille personnes seront reconnues officiellement
comme ayant été affectées par l'accident
nucléaire de Goiania, ville située à 200
km de Brasilia où s'était produit en septembre 1987
un accident au césium-137, considéré comme
le plus grave après Tchernobyl.
A l'époque de l'accident,
le bilan avait été de quatre morts et 245 personnes
irradiées à divers degrés. Selon
les autorités de Goiania (capitale de l'Etat fédéré
de l'Etat de Goias), mercredi, toutes ces victimes auront droit
à des dédommagements financiers payés par
l'Etat.
L'Assemblée législative de Goiania devra approuver
le projet d'ici la fin de l'année. Les
bénéficiaires recevront quelque 720 reals par mois
(288 USD). "Il faut revoir la situation
de ces personnes qui sont depuis 14 ans sans aucun type d'indemnités,
beaucoup en situation de misère", a déclaré
le procureur, Marcus Antonio Alves.
Selon lui, en neuf mois
d'enquête, le parquet local a relevé une série
de cas de fonctionnaires qui ont eu des contacts avec le matériel
radioactif jusqu'à la construction en 1997 de deux dépôts
souterrains qui renferment 6.000 tonnes de déchets radioactifs
(soit un volume de 3.500 m3) à Abadia, à 20 Km de
Goiania. "Ces personnes ont présenté des
symptômes de contamination par la suite. Il existe de nombreux
cas de cancer de la peau, de la prostate et de la tyroïde", a dit le procureur.
Nénamoins, la Commission Spéciale de l'Energie Nucléaire
(CNEN) qui avait déjà réalisé des
examens sur certains de ces fonctionnaires en 1997, dément
qu'il y ait un lien avec la contamination au césium-137.
[Les
ruines de la clinique à Goiania.]
L'accident de Goiania avait été provoqué
par l'ouverture d'une capsule de césium-137 contenue dans
un appareil de radiothérapie que deux ferrailleurs avaient
trouvé sur un terrain vague, près d'une clinique
privée.
En février 1996,
les quatre médecins et le physicien, propriétaires
de la clinique, avaient été condamnés de
un à trois ans de prison.

En 1988,
le CNEN a annoncé qu'entre le 30 septembre et le 22 décembre
1987, 112 800 personnes étaient surveillées. Sur
ce total, 249 ont été identifiés avec des
taux d'exposition indiquant une contamination interne et externe.
Parmi eux, 120 n'avaient de contamination que
dans les vêtements et les chaussures et 129 avaient une
contamination interne et externe. De ce groupe, 49 personnes ont
été hospitalisées, dont 21 ont nécessité
des soins médicaux intensifs et 14, dans un état
plus grave, avec des complications dans le tableau clinique et
des radiodermites, ont été transférées
à l'hôpital militaire Marcílio Dias, dans
le quartier de Lins de Vasconcelos, à Rio de Janeiro. Parmi
ceux-ci, quatre sont morts et l'une des victimes a subi l'amputation
de l'avant-bras droit. Les autres ont été libérés
après le traitement de la décontamination interne
et externe, restant sous suivi médical à Goiânia.
Depuis le début de la tragédie de septembre 1987,
une longue lutte a été menée par les personnes
contaminées par leurs droits, qui revendiquent des informations
fiables sur leurs états de santé et sur les risques
réels auxquels ils ont été exposés,
en plus du droit aux soins sociaux et médicaux et du droit
fondamental de reconnaissance par l'État de la gravité
de leur état clinique.
Le Monde, 17/11/87:
Sept personnes ont été inculpées à la suite de la contamination radioactive de plus de deux cents personnes par une source de césium 137 faisant partie d'un appareil de radiothérapie abandonné dans la province de Goias (Brésil). Cinq d'entre elles, inculpées pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner - quatre victimes sont décédées fin octobre des suites de l'accident - risquent de quatre à treize ans de prison. Il s'agit de M. Amaurillo Monteiro de Oliveira, ex propriétaire de l'institut dans lequel était installé l'appareil, de trois médecins de l'institut et d'un physicien, responsable des installations nucléaires. Le directeur des installations nucléaires de la Commission nationale d'énergie nucléaire (CNEN), M. Julio Rosental, ainsi que le coordonnateur du contrôle sanitaire de l'Etat de Goias, risquent, quant à eux, des peines d'un an à trois ans de réclusion.
Le Monde, 4/11/87:
GOIANIA (BRÉSIL) correspondance
Utilisés dans tous les grands hôpitaux
du monde, les appareils médicaux de radiothérapie
sont des mini bombes nucléaires en puissance, comme vient
de le révéler l'accident radioactif de Goiania,
au Brésil, première catastrophe de ce type survenue
hors d'une enceinte de centrale nucléaire.
Quatre morts, quatorze malades graves internés dans les
hôpitaux de Rio et de Goiania, vingt trois autres isolés
dans un camp près de Goiania et deux cent quarante quatre
irradiés, tel est le dernier bilan de cet incroyable drame
de la négligence des autorités médicales
et nucléaires, dénoncé à cor et à
cri par les autorités scientifiques du pays. «
C'est une honte internationale », s'est exclamé
José Leite Lopes, président du Centre brésilien
d'enquêtes physiques, exilé durant quinze ans par
l'ancien régime militaire au pouvoir de 1964 à 1985.
A l'heure où le Brésil vient d'annoncer sa capacité
de dominer le cycle de l'enrichissement de l'uranium - porte ouverte
à la fabrication de la bombe atomique, malgré les
dénégations des autorités, - l'affaire de
Goiania témoigne des risques d'éclatement de faits
divers de ce type dans un pays où quelque 30 % de la population
sont analphabètes.
Lorsqu'ils ont enfin réussi à briser à coups de masse le coeur de césium 137 de l'appareil de radiothérapie, de fabrication italo-américaine, abandonné - et acheté 30 dollars par leur patron, Devair Alves, le 13 septembre - sur les ruines de l'Institut goianien de radiologie, les deux ferrailleurs Admilson Alves et Israel Batista étaient loin d'imaginer qu'ils venaient de dégager du corps d'acier de plus de 100 kilos une substance hautement radioactive, et tout simplement mortelle.

« La pierre qui brille », avant de devenir
un enfer pour les 600 000 habitants de la ville, avait fait
office de poudre magique surnaturelle pour les centaines de curieux
qui n'avaient cessé d'admirer le césium 137 ainsi
dispersé aux quatre vents. La petite Leide Das Neves, six
ans, avait tellement aimé cette substance brillant de mille
feux qu'elle en avait absorbé comme une enfant de cet âge
avale du chocolat en poudre.
[Photo : José
Doval/Agência O GLOBO]
Le sang rongé par une
radiation mortelle de plus de six cents rads, Leide, décédée
la semaine dernière à l'hôpital Marcilio Dias
de Rio de Janeiro, est l'une des quatre
premières victimes de l'accident.
Coeur de radio isotopes émettant des radiations ionisantes,
la bombe au césium 137 a un puissant effet curatif pour
les maladies cancéreuses, à l'image de la bombe
au cobalt deux fois plus puissante. L'unité de Goiania
permettait de soigner vingt malades par mois.
Le césium 137 ainsi libéré a irradié
à haute dose tous ceux qui ont été en contact
avec cette substance. Les symptômes relevés sur les
malades, recensés pour la première fois le 28 septembre
à l'hôpital de Goiania, se caractérisent essentiellement
par une perte des défenses immunologiques de l'organisme
sous l'action des radiations atomiques. Chez la plupart des malades
traités à Rio, le nombre des leucocytes (globules
blancs) a fondu de 4 000 par mm3 - minimum habituel - à
300, La moelle osseuse des malades est attaquée, et leur
peau, couverte de tâches brunes, souffre de radiodermite,
type de cancer de la peau. Roberto Santos, l'ami de Devair Alves,
avait transporté l'instrument de radiothérapie dans
ses bras. Il a dû être amputé de l'avant bras
droit en raison de la gravité des lésions subies.


Paranoïa nucléaire
La survie jusqu'à ce jour de Roberto Santos et de Devair
Alves étonne les spécialistes, dans la mesure où
ils ont subi des radiations sur le corps de 620 et 710 rads respectivement,
soit largement au delà de la limite mortelle de 400 rads
établie par les spécialistes.
Faute de résistance de l'organisme, les malades peuvent
ainsi mourir de septicémie, cause officielle du décès
d'Admilson Alves, quatrième victime recensée à
Rio.
L'irradiation de huit zones de Goiania, due à l'éparpillement
du césium 137 et à l'effet de contagion des personnes
en contact avec les malades, a provoqué une véritable
paranoïa nucléaire à Goiania, mais aussi dans
l'ensemble du Brésil, où 1 700 appareils du
type de celui abandonné sur les ruines de l'hôpital
goianien ont été recensés.

Chargés de la surveillance et du contrôle de ce matériel,
les responsables du Centre national de l'énergie atomique
(CNEN) ont été invités à témoigner
devant la police fédérale, mais rejettent d'ores
et déjà toute culpabilité.
L'ignorance de la gravité de l'accident lors des premiers
internements de malades irradiés explique le nombre élevé
- deux cent quarante quatre - de personnes contaminées
par le césium. Devant le stade olympique de Goiania - où
joue habituellement l'équipe de football de première
division de la ville, - érigé en premier centre
d'hébergement pour les victimes, plus de vingt mille personnes
ont fait la queue pendant des jours pour subir les contrôles
de radioactivité devant les spécialistes équipés
d'appareils spéciaux, au risque d'être irradiés
par leurs voisins.
[Un policier a été examiné
pour vérifier son niveau de radiation.] 
Cette hantise du nucléaire a ainsi conduit de Carlos, le
gardien de but de la célèbre équipe du Flamengo
de Rio, en déplacement dimanche 25 octobre à Goiania
sur un autre stade, à demander à passer un tel contrôle,
« pour ne pas contaminer son enfant » qui venait
de naître. Dans un pays où les statistiques sont
généralement irréelles - le nombre des malades
de la lèpre est ainsi officiellement de deux cent mille,
mais atteint le double dans les faits selon un médecin
spécialiste, - l'affaire de Goiania laisse planer des incertitudes
quant à sa dimension réelle.
« Plus de deux mille personnes on été irradiées », vient ainsi d'affirmer le physicien brésilien Alfredo Aveline. Selon lui, de 20 % à 40 % du matériel radioactif de Goiania n'ont pas encore été récupérés.

Goiania, sous l'état de choc, vit
à l'heure de Seveso.
La maison du ferrailleur Devair Alves va être démolie, et ses décombres vont rejoindre les 15 tonnes de débris, terre et matériaux divers entassés dans des fûts avant leur transport sur une zone désaffectée à 30 kilomètres de Goiania.

Danse de guerre à Brasilia
Le sol des huit zones irradiées
va être raclé à l'aide de bulldozers manoeuvrés
comme des robots à 30 mètres de distance, pour éviter
une contamination de l'équipe de vingt cinq militaires
de l'école d'instruction spéciale de l'armée
chargés de cet assainissement.

La question du stockage de ces tonneaux, enfermés dans
des conteneurs plombés, a déjà provoqué
de vives polémiques au Brésil. Le président
José Sarney, qui vient de se rendre à l'hôpital
de Goiania dans un but évident de dédramatisation,
a dû renoncer à son intention de faire abandonner
ces déchets dans la Serra do Cachimbo (au sud de l'Etat
du Para), où existent des installations nucléaires
brésiliennes. Les autorités du Para avaient protesté,
les Indiens Caiapos - cinq mille dans cette région - commencent
leur danse de guerre à Brasilia en guise d'opposition,
et les voisins du lieu menacent d'attaquer les camions de déchets
radioactifs avec des armes à feu.
Sévèrement gardé par des soldats armés
jusqu'aux dents, l'hôpital Marcilio Dias de Rio deJaneiro
a été lui aussi sous le feu des accusations. La
presse a dénoncé l'existence d'une irradiation générale
des locaux faute de mesures sanitaires adéquates, mais
cette information a été démentie par la direction.
Trente et un fûts contenant les eaux usées, les urines
et les selles des malades, instruments médicaux en contact
avec eux et vêtements, vont rejoindre, aux fins d'analyses,
l'Institut d'enquêtes énergétiques et nucléaires
de Sao Paulo. Parmi ces objets radioactifs figurent les poupées
offertes à la petite Leide.
Quatre cercueils spéciaux en plomb, de 600 kilos chacun,
ont été construits « en trois jours et
trois nuits », selon l'entreprise responsable,
pour recueillir les corps des quatre victimes, enterrées
dans le cimetière de Goiania malgré les protestations
- parfois accompagnées de jets de pierre - des habitants.
À
Goiânia, émeute lors de l'inhumation le 26 octobre
1987 de Leide das Neves et Maria Gabriela Ferreira, les cercueils
ont été accueillis par les pierres des habitants.
« C'était l'une des scènes les plus tristes
que j'ai vues dans ma vie. Je n'aurais jamais imaginé que
les gens auraient le courage de jeter des pierres sur des cercueils
» (Photo- Sergio Marques / O Globo Agency)]
Même les arbres de la Rue 57, principale zone irradiée de Goiania, vont être déracinés puis débités et transportés sous conteneurs jusqu'à l'espace réservé aux déchets radioactifs, à 30 kilomètres de la ville.
Pierre Laurent
Le Monde, 28
octobre 1987:
[Les photos rajoutées par
Infonucléaire]

Les corps de deux victimes de l'accident d'irradiation de Goiania (Brésil) ont été placés dans des cercueils blindés en plomb pour être ensevelis dans le cimetière de la ville. Les habitants des quartiers voisins craignaient d'être contaminés et avaient annoncé qu'ils s'opposeaient à l'ensevelissement des corps. L'enterrement a finalement eu lieu le lundi 26 octobre après une vigoueuse intervention de la police contre les manifestants.

Les deux victimes, Gabriela Ferraira et Leide Neves, étaient la femme et la nièce du ferrailleur dans la maison duquel fut ouverte une capsule trouvée dans les décombres d'un institut de radiathérapie. La capsule contenait du césium 137 radioactif. Trois autres personnes irradiées sont dans un état jugé désespéré.
Libération, 26/10/87:
Brasilia, de notre correspondant
Deux des onze personnes gravement
irradiées hospitalisées à l'hopital naval
de Rio de Janeiro à la suite de l'éclatement accidentel
d'une capsule de césium 137 à Goiania (capitale
de l'Etat de Goias) sont décédées vendredi.
Leide Ferreira, agée de six ans, était la fille
du ferrailleur Devair Ferreira également hospitalisé
à Rio dans un état « stationnaire »
qui avait fendu à coups de marteau la fameuse capsule extirpée
d'un appareil de radiothérapie. Elle avait ingéré
des particules radioactives en mangeant un sandwich après
avoir joué avec la poudre de césium. Elle est morte
vendredi en début d'après midi, quelques heures
après sa mère, Maria Gabriela Ferreira. Une source
médicale confidentielle estime qu'aucun des patients traités
à l'hôpital naval ne survivra en raison des taux
élevés de radiation qu'ils ont subi et qui entraîneront
inévitablement des cancers. Des cercueils spéciaux,
commandes à une entreprise de Rio, étaient déjà
prêts pour recevoir les corps. Pour éviter tout risque
de contamination, ils ont été revêtus d'une
couche de plomb de cinq centimètres d'épaisseur
et pesant 650 kg pièce. Les tombes creusées dans
un cimetière de Goiania recevront un coffrage en béton
qui renforcera l'isolation des cadavres irradiés [radioactifs].
[Leide
Ferreira, la petite fille avait mangé un sandwich contaminé.]
Ces deux décès ont eu pour conséquence l'annulation des festivités programmées samedi pour le 54e anniversaire de la fondation de Goiania. Le gouverneur de Goias, Henrique Santilo, qui a par ailleurs promis de s'installer avec sa famille à proximité du site où sont entreposés provisoirement (avec de bonnes chances que le provisoire devienne définitif) les conteneurs de déchets radioactifs en signe de « défi aux rumeurs alarmistes », a décrété trois journées de deuil officiel.
Sur le terrain, les travaux de décontamination se poursuivent. On attend l'arrivée d'un robot cédé par une entreprise pauliste pour « faire le ménage » dans les foyers présentant des taux de radiation dangereux pour l'homme.
Jean Jacques SEVILLA
Le Monde, 13/10/87:
Les trois médecins propriétaires
des appareils de radiothérapie contenant du césium
137 abandonnés dans les ruines d'un hôpital de Goiania,
à 200 kilomètres au sud ouest de Brasilia, ont été
inculpés et seront prochainement traduits en justice. MM.
Orlando Alves Teixeira, trente sept ans, Criseide Castro Duarte,
quarante ans, et Carlos Figueiredo Bezzerril, quarante trois ans,
qui étaient directeurs de cet institut de radiothérapie
avant qu'il ne soit démoli, sont passibles de deux à
huit ans de réclusion.
Ces condamnations pourraient être aggravées si l'une
des deux cent quarante trois victimes - dix neuf d'entre elles
sont dans un état grave - accidentellement contaminées
par le césium venait à mourir. D'autres personnes
pourraient être appelées à comparaître,
selon le quotidien O Globo, de Rio de Janeiro, qui estime
que la responsabilité directe ou indirecte de la Commission
nationale de l'énergie nucléaire et celle du gouvernement
de l'Etat sont engagées.
Libération, 13 octobre 1987:
Nul ne peut encore prévoir les
suites de l'accident de la bombe au césium, qui a irradié
243 personnes dont 10 sont dans un état grave. La contamination
reste toujours possible dans cette ville de plus d'un million
d'habitants. Ce qui réveille les ardeurs antinucléaires.
Brasilia, de notre correspondant
L'accident nucléaire de Goiania, le plus grave après Tchernobyl selon le médecin américain Gerald Hansen de l'Organisation mondiale de la santé (0MS), est devenu le feuilleton le plus populaire des journaux télévisés brésiliens. Les émissions sur la contamination radio active due à la destruction « malencontreuse » d'une bombe de cancérathérapie au césium 137 ont grignoté considérablement l'audience des sacro saintes telenovelas. Les bulletins médicaux de l'Hôpital Naval de Rio où sont hospitalisées les dix victimes sont diffusées quotidiennement, alimentant l'angoisse populaire. Quatre des dix patients sont dans un état considéré comme "très grave". 243 personnes ont été irradiées à des degrés divers.
[Deux victimes hospitalisées (probablement
Israël Batista dos Santos à droite)]
Ne sachant plus quoi faire pour se rendre crédibles,
les officiels prêchent la confiance par tous les moyens,
y compris en réquisitionnant des temps de parole à
la TV. Rex Nazare Alves, le président de la Commission
nationale de l'énergie nucléaire (CNEN), a même
fait le voyage à Goiania accompagné de son épouse.
Histoire de montrer l'exemple de la « confiance ».
Pour la capitale du Goias (1,2 million d'habitants), située
à seulement 200 km de Brasilia, l'accident est d'ores et
déjà une catastrophe. On ne se fait pas impunément
rebaptiser « Goianobyl ». Tous les commerces
proches des zones contaminées sont promis à la faillite.
Le surintendant de la police fédérale, le commissaire
Romeu Tuma, supervise personnellement l'enquête visant à
établir les responsabilités dans ce désastre.
Les trois médecins co propriétaires de l'institut
de radiothérapie local où a été abandonné
l'appareil au césium après la démolition
de l'établissement, viennent d'être officiellement
accusés de « négligence ayant entraîné
de très grave lésions corporelles sur des tiers
». Ils risquent de deux à huit ans de
prison, et plus si l'une des victimes vient à mourir.
Cependant, l'interrogatoire des deux adolescents qui ont «
récupéré » la pièce radio active
a d'autre part permis de tirer au clair la chronologie de l'accident».
A partir du « désossage »
de la pièce vendue à un ferrailleur et l'éclatement
de la capsule de césium à coups de marteau, il s'est
passé pas moins de seize jours avant le déclenchement
de l'alerte sanitaire. Un délai
dont l'équipe de secours de la CNEN n'a pas fini de mesurer
les retombées.
Des hélicoptères équipés de spectromètres
ont survolé la ville sans déceler de contamination
radioactive. Par contre, le
diagnostic des autorités reste moins optimiste sur une
possible pollution des cours d'eau par ruissellement des pluies.
Un risque d'autant plus grand que la ville
est presque quotidiennement noyée sous des trombes d'eau.
Selon les officiels, les réservoirs qui alimentent Goiania
en eau potable se trouvent en amont des zones polluées
et ne font donc « courir aucun risque »
à la population. Sur ce qui se passe en aval, le discours
s'embrume.

Sur le terrain, la situation ne semble guère être
contrôlée malgré les déclarations rassurante
de la CNEN. Quatre nouveaux foyers de contamination viennent d'être
isolés, portant leur nombre à sept dont l'un situé
à 50 km de Goiania. On a en outre établi récemment
que des animaux ont été irradiés, découverte
qui aggrave de façon certaine le risque de contamination
par chats de gouttière et chiens errants interposés.
« Il faudra au moins un an pour décontaminer la ville
», estime un physicien argentin qui suit les opérations
en compagnie d'experts américains, soviétiques et
ouest allemands. Une pléiade de scientifiques n'a pas tardé
à accourir à Goianoby!, site du premier accident
nucléaire de grande envergure survenu en dehors d'une centrale
atomique.
L'affaire a réveillé l'ardeur
anti nucléaire des Verts brésiliens et de leur chef
de file, l'ex « terroriste » kidnappeur d'ambassadeurs,
Fernando[
Gabeira en visite militante à Goiania. Candidat (malheureux)
du Parti des travailleurs au poste de gouverneur de l'Etat de
Rio, Gabeira avait fait, l'an dernier, de la désactivation
de la centrale très contestée d'Angra dos reis l'un
des leitmotivs de sa campagne électorale. L'occasion est
trop belle d'insister aujourd'hui comme le réclame soudainement
le gouverneur du Goias sur « la nécessité
d'un contrôle plus élargi du pouvoir civil sur les
activités nucléaires ».
Début septembre, le président Jose Sarney annonçait
solennellement que le Brésil maîtrisait la technologie
d'enrichissement de l'uranium, aboutissement d'un programme nucléaire
« parallèle » entièrement financé
par des fonds secrets. Une semaine plus tard, il rejetait toute
forme de contrôle de l'Agence internationale de l'énergie
atomique (AIEA) sur les installations nucléaires brésiliennes.
Quelques grammes de césium ont suffi à relancer
le débat sur le bien fondé de cette position à
forts relents nationalistes.
Quant à la destination des objets contaminés une
trentaine de tonnes de déchets radioactifs ont été
récupérées depuis samedi par 4 camions blindés
, le gouvernement vient de trancher. Malgré les protestations
du gouverneur du Para qui refuse que cet Etat amazonnien devienne
une « poubelle atomique », ils seront
entreposés dans la base militaire de Cachimbo, dans une
région isolée à la frontière des Etats
du Para et du Mato Grosso.
L'un des techniciens de
la CNEN a d'ailleurs commis une intéressante in discrétion
à propos de cette base en révélant que des
« activités nucléaires s'y développaient
». Ce que les ministres militaires ont toujours farouchement
nié depuis que ces installations perdues dans la jungle
amazonienne ont fait l'objet, en juillet 86, d'une série
de reportages retentissants dans la Folha de Sao Paulo.
D'après le quotidien pauliste, la base de Cachimbo ressemble
étrangement à un centre d'essais d'engins nucléaires...
Jean Jacques SEVILLA
Lors d'un reportage diffusé dans le Jornal Nacional le 3 octobre 1987, on compare les accidents liés au césium et à Tchernobyl :
La journaliste Valéria Sfeir, sous couvert
de l'anonymat : les techniciens assurent que « la
situation est sous contrôle car les zones de contamination
ont été isolées. Quiconque n'entre pas dans
ces zones contaminées ou n'entre pas en contact avec le
césium ne court aucun risque de contamination. L'accident
au césium de Goiânia est différent de celui
de Tchernobyl. »
La journaliste Valéria Sfeir : Donc, dans ce cas,
il n'y a aucun risque de propagation ?
Coordonnatrice du CNEN : « Il n'y a aucun risque
de propagation car le virus n'est pas présent dans l'air
et n'y est pas disponible. »