Ouest-France du17/12/01
Une association de vétérans des essais nucléaires (Aven) s'est créée en juin à Lyon. Tous ont des problèmes de santé. Ils dénoncent l'irresponsabilité de l'armée, réclament la réouverture des dossiers médicaux et demandent à l'État de reconnaître ses responsabilités.
En 1961, Valentin Mentz a 20 ans quand il effectue son service militaire en Algérie. Il participe alors à deux essais nucléaires. Le 1er novembre, il se trouve à 960 m du point d'impact de la bombe atomique. Six mois plus tard, le 1er mai 1962, il voit la montagne d'In Eker exploser. Un essai raté auquel assiste Pierre Messmer, ministre de la Défense. « L'onde de choc a duré 30 secondes, raconte-t-il. On était cramponnés au 4X4. Le vent a tourné et on s'est pris le nuage radioactif. J'étais en short et en chemisette. Je suis passé trente fois sous la douche pour la décontamination. »
Gérard Dellac, lui, est resté 24 heures sous la douche. « Quand je sortais, je bloquais le compteur Geiger. » Depuis, il a des problèmes de dermatose et a subi neuf opérations au visage. A l'époque, un officier lui avait demandé de planter un drapeau français au point zéro d'impact de la première bombe atomique française. C'était le 13 février 1960. Michel Verger, appelé affecté à la poste militaire de Reggane, s'en souvient. Ce jour-là, l'armée lui avait remis un dosimètre, censé mesurer le niveau de contamination au moment de l'explosion. On ne le lui a jamais réclamé.
Quarante ans plus tard, les vétérans des essais nucléaires du Pacifique et du Sahara s'interrogent. Ils sont anciens appelés du contingent, militaires de carrière, personnels civils du Commissariat à l'énergie atomique. Leurs bilans de santé sont inquiétants : cancers, cécité, acouphène, dermatose, hypertension, paralysie faciale... Depuis juin, 250 d'entre eux se sont regroupés au sein d'une association implantée à Lyon. Une antenne régionale a été créée à Angers, en septembre (1). Elle regroupe une cinquantaine de personnes du Grand Ouest et s'est réunie ce week-end dans le Maine-et-Loire.
Reçus au Sénat
Les adhérents réclament la réouverture des dossiers médicaux, et dénoncent l'irresponsabilité de l'armée. De cette époque, Michel Verger a conservé quelques documents militaires internes qui montrent combien les risques encourus avaient été sous-évalués. Dans une note officielle, datée du 6 février 1960, l'armée prévoit la distribution d'une paire de lunettes pour quarante personnes. « Des officiers ont fait venir leur famille pour assister au spectacle. On nous conseillait juste de mettre nos mains dans nos poches et de nous protéger la tête avec un chèche. »
De1960 à 1996, 100 000 personnes auraient été exposées dans le Sahara ou dans le Pacifique. L'armée a reconnu officiellement neuf irradiations. Ceux qui ont voulu attaquer en justice l'armée ou le Commissariat à l'énergie atomique ont été déboutés : la plainte devait intervenir dans les 30 jours suivant la « quille ». Trois demandes de commission d'enquête ont été rejetées par la commission de la Défense nationale.
Une délégation de l'Aven a été reçue, en novembre, à l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Elle a demandé des statistiques sur l'état de santé des populations exposées. Selon le président régional de l'Aven, André Davena, « contrairement à d'autres puissances, la France continue de nier tout effet de ses essais nucléaires sur la santé et l'environnement ».
(1) Aven : 02 41 76 22 88.
William MAUXION
Communiqués de l'association des Vétérans
des essais nucléaires
Les membres fondateurs de l'association des vétérans des essais nucléaires déclarent que nombre d'entre eux ont subi des conséquences dramatiques pour leur santé. Ils pensent que l'origine de leurs maladies est à trouver dans le manque de précautions élémentaires prises pour leur protection lors des essais nucléaires. « Nous estimons que le moment est enfin venu pour la France de reconnaître ses responsabilités, de faire la vérité sur des expériences nucléaires qui ont engagé plusieurs dizaines milliers de personnes, militaires professionnels et militaires du contingent, personnels civils des armées, du Commissariat à l'énergie atomique et des entreprises sous-traitantes, métropolitains, polynésiens ou algériens » a déclaré le docteur Jean-Louis Valatx, président de l'association.
Les vétérans présents ont fait état des nombreux problèmes rencontrés pour faire reconnaître leurs droits devant les tribunaux. L'association a décidé de travailler à la mise en place en France d'une législation similaire à la loi américaine sur les Vétérans, datant de 1988, qui « établit une présomption d'un lien avec le service » pour une liste de maladies dont souffre n'importe quel vétéran ayant été exposé aux radiations dans les 40 années après sa dernière participation à une activité à risque radioactif.
La nouvelle association va établir des liens avec les autres associations, organisations et groupes préoccupés par les conséquences des essais nucléaires dans le monde. Des contacts particuliers vont avoir lieu dans les prochaines semaines avec le « Comité de suivi Moruroa et nous » de Tahiti et l'association algérienne, créée à Reggane et dénommée « 13 février 1960 », date du premier essai français dans le Sahara.
Les membres fondateurs ont adopté les statuts de la nouvelle association et désigné un conseil d' administration de neuf membres. Ils ont élu le Docteur Jean-Louis Valatx, vétéran du Sahara et aujourd'hui directeur de recherche à l'INSERM, président de l'association. Mme Paulette Muller-Dupont, épouse de Jacques Muller, vétéran du Sahara, a été élue secrétaire. M. André Devena, vétéran de Polynésie, a été élu trésorier.
Pour tout contact :
Jean-Louis Valatx Tél
: 04 78 77 71 27
Bruno Barrillot
Tél 04 78 36 93 03
Communiqué de l'Observatoire des armes nucléaires
françaises
Depuis quelques mois, le Centre de Documentation et de recherche sur la Paix et les conflits (CDRPC) et son Observatoire des armes nucléaires ont été sollicités par des "vétérans" (1) des essais nucléaires français tant au Sahara qu'en Polynésie. Plusieurs d'entre eux ont déjà entamé des démarches en justice pour faire reconnaître leurs droits. Mais c'est principalement le débat sur le syndrome du Golfe qui a motivé ces appels, les vétérans des essais s'estimant dans les mêmes conditions que leurs collègues du Golfe et de l'ex-Yougoslavie. Quelques-uns d'entre eux ont donc décidé de lancer une " association des vétérans des essais nucléaires français et leurs familles" pour faire connaître leurs difficultés et défendre leurs intérêts. L'assemblée constitutive de cette association se tiendra donc, en présence de vétérans venus de plusieurs régions de France
Pour tout contact : Bruno Barrillot Tél
04 78 36 93 03
e-mail : brunobarrillot@obsarm.org
(1) anciens militaires, civils du Commissariat à l'énergie atomique ou des entreprises sous-traitantes
Centre de Documentation et de recherche sur
la Paix et les conflits (CDRPC)
Observatoire
des armes nucléaires françaises
187, montée de choulans 69005 Lyon
PARIS, 27 mars - Un
appel à la création d'une association de "Vétérans
des essais nucléaires et de leurs familles" vient
d'être lancé par le Centre de Documentation et de
Recherche sur la Paix et les Conflits (CDRPC) qui entend ainsi
faire "connaître à l'opinion la situation des
vétérans et défendre collectivement leurs
intérêts".
De telles associations ont, depuis des années, pignon sur
rue aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne mais il n'existe pas
encore en France au niveau national de regroupement de personnes
qui, s'estimant victimes des essais nucléaires français,
entendent s'informer et se défendre collectivement face
aux autorités.
Adressé "à tous ceux et celles qui ont participé aux expériences nucléaires de la France, au Sahara ou en Polynésie, à leurs familles ou à leurs proches", cet appel, selon le texte parvenu à l'AFP, fait état de "lettres inquiétantes (décès, maladies)" envoyées au CDRPC par des personnes ayant assisté à ces essais et précise qu'elles "se font plus nombreuses depuis que l'actualité est focalisée sur le syndrome du Golfe et des Balkans" .
"Beaucoup se débattent individuellement dans des démarches difficiles et parfois inextricables pour faire reconnaître leurs droits et le lien entre leur état de santé actuel et la période qu'ils ont vécue du temps des essais nucléaires", écrit le CDRPC qui se propose de servir de relais pour la future association de Vétérans.
Créée en 1984, sous l'impulsion notamment de Bruno Barillot qui signe cet appel, cette organisation non gouvernementale de recherche et de documentation dont le siège est à Lyon, travaille notamment sur les essais nucléaires de la France et leurs conséquences sur la santé et l'environnement, essentiellement en Polynésie.
Le CDRPC a également aidé à la création, en juin 2000 à Tahiti par des polynésiens du "Comité de suivi Mururoa et nous ".
L'autre signataire de cet appel est Michel Berger qui se présente comme "vétéran des essais de Reggane", le nom de l'oasis du Sahara où ont eu lieu au début des années 60 les premières explosions de la bombe A française.
"Trente ou quarante ans après, les vétérans, rappelle par ailleurs Bruno Barillot, se souviennent qu'ils assistaient aux tirs atomiques en short et chemisette, comme au spectacle, et que personne ne les avait mis en garde".
210 essais nucléaires (atmosphériques, puis souterrains) ont été réalisés par la France depuis le premier "Gerboise bleue" au Sahara le 13 février 1960 au dernier sur l'atoll de Fangataufa (Polynésie) le 27 janvier 1996 avant l'arrêt définitif des essais.
-------> « J'ai été irradié à In-Amguel » (base du Sahara, où se sont déroulés les premiers essais atomiques français au début des années 60)
-------> Commission d'enquête sur les essais nucléaires en Polynésie française
-------> Un décès "politiquement non correct"
-------> Mururoa et l'emploi
-------> Cobayes soviétiques aux Kazakhstan : 1ère, 2ème, 3ème partie
| "Hafelife" de Denis O'Rourk 1985; 80 mn en RealVidéo 21 kb. Lors de l'essai "Bravo" les habitants de deux atolls sont délibérément soumis aux radiations. |
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