Le quotidien du médecin du 03/12/01
Quatre-vingt-cinq mille dents de lait recueillies entre 1959 et 1970 dans la région de Saint-Louis (Missouri) dans la cadre d'une étude sur les effets des retombées des essais nucléaires dans l'atmosphère vont permettre de procéder à une nouvelle étude sur les adultes qui ont donné leurs dents quand ils étaient enfants.
De notre correspondant
Ce stock de 85 000 dents de lait avait été abandonné dans un local de la Washington University et ses dirigeants s'apprêtaient à le jeter à la poubelle.
Les dents avaient été rassemblées dans le cadre de la Baby Tooth Survey, une vaste étude épidémiologique dont les auteurs, pendant les années cinquante et soixante, voulaient évaluer les effets sur la population des retombées radioactives des essais nucléaires dans l'atmosphère effectués dans l'ouest des Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale.
Cent essais nucléaires
Après 1945, le gouvernement américain
a fait procéder à 100 essais nucléaires dans
l'atmosphère dans le Nevada. De son côté,
l'URSS, elle aussi, a procédé à des essais
dans l'atmosphère. En 1959, une association de Saint-Louis,
le Greater St-Louis Citizens Committee for Nuclear Information,
a lancé un appel à la population de la région
pour qu'elle lui envoie les dents de lait des enfants. L'opération
a eu un succès considérable, malgré les efforts
des autorités pour empêcher la réalisation
de l'étude. D'une zone s'étendant sur un rayon de
240 km autour de la ville de Saint-Louis sont arrivées
au total plus de 300 000 dents de lait, toutes dotées d'une
enveloppe sur laquelle étaient inscrites les coordonnées
de l'enfant. L'étude a été faite et elle
a conclu que ces dents étaient plus ou moins fortement
radioactives. Et c'est sur la base de cette étude que le
gouvernement américain a lancé avec l'URSS des négociations
qui ont abouti à l'accord de 1963 qui interdit les essais
nucléaires dans l'atmosphère.
C'est en 1958 que le directeur des National Institutes of Health
(NIH), le Dr Herman Kalckar, a publié dans « Nature
» un article suggérant de recueillir des dents de
lait pour évaluer l'accumulation de la radioactivité
dans le corps humain. Professeur de biologie à la Washington
University, le scientifique Barry Commoner, immensément
connu aux Etats-Unis pour sa défense de l'environnement,
a lu l'article du Dr Kalckar et a lancé la Baby Tooth Survey
qui a été financée par le Public Health Service,
une agence fédérale, et la Leukemia Society of Missouri
and Illinois.
Un immense projet
Le projet a fait fureur : associations de consommateurs
ou de citoyens, universitaires, chercheurs, étudiants,
clergé, autorités scolaires, dentistes, tous ont
voulu apporter leur contribution à l'étude et ont
organisé le recueil des dents de lait, en expliquant aux
enfants qu'au lieu de donner leur dent à la « petite
souris », ils l'offriraient à la science. L'étude
a été tellement populaire qu'il suffisait d'adresser
la lettre à « Tooth Fairy, Saint-Louis » (1)
pour qu'elle arrive aux chercheurs. C'est un chimiste de Washington
University, Harold Rosenthal, qui a conduit l'étude. Toutes
les dents rassemblées ont été testées
pour le strontium 90, une substance libérée par
l'explosion d'un engin nucléaire et rapidement absorbée
par le squelette des enfants. L'étude a démontré
que le taux de strontium augmentait quand des essais avaient lieu
et diminuait pendant les périodes sans essai. Et Rosenthal
écrivit alors : « On ne sait pas quels effets ultérieurs
l'accumulation du strontium dans le corps des enfants aura quand
ils seront adultes. » L'administration Nixon mit un terme
au financement de l'étude en 1970. Et toute l'affaire fut
oubliée jusqu'à ce jour de novembre où les
85 000 dents furent retrouvées par les autorités
de Washington University. Mais un groupe de recherche, le Radiation
and Public Health Project (RPHP), apprit que les dents allient
être jetées et s'est interposé.
« Quand nous avons appris la nouvelle, nous n'en avons pas
cru nos oreilles, raconte Joseph Mangano, coordinateur du RPHP.
Ç'a été un cadeau de Noël anticipé.
»
Une valeur irremplaçable
Car aujourd'hui, on va pouvoir retrouver les enfants devenus adultes et voir si les effets radioactifs sont durables ou éphémères. Décidé à jeter les cartons où les dents étaient entreposées avec leur identification, un administrateur de Washington University se ravisa et demanda à un professeur de biologie, Danny Kohl, si elles présentaient le moindre intérêt scientifique. Kohl, qui était au courant de l'étude lancée en 1958, répondit que les dents « avaient une valeur irremplaçable ». Il appela Barry Commoner, aujourd'hui à Queens College, à New York. Et Commoner demanda à Kohl d'entrer en contact avec le RPHP. Lequel va lancer la nouvelle étude, pour laquelle il cherche un financement.
Laurent SILBERT
(1) L'équivalent de la légende de « la petite souris » est une fée aux Etats-Unis.
BRENNILIS, 18 déc - Une étude d'impact radiologique des travaux
de démantèlement de la vieille centrale nucléaire
de Brennilis (Finistère) sur la chaîne alimentaire
naturelle, débutera au printemps 2002, ont annoncé
mardi des responsables d'EDF à l'issue d'une réunion
de l'observatoire de surveillance du chantier de démantèlement.
Selon Jean-Michel Guibert, délégué régional
d'EDF, un premier rapport sera rendu en juin et on peut s'attendre
à des "résultats plus élaborés"
à l'automne 2002.
Cette étude radiologique, confiée à l'Institut de protection de sûreté nucléaire (IPSN), vise à mesurer l'impact de ce démantèlement, débuté en 1997, sur la faune et la flore environnantes ainsi que sur l'atmosphère sur le site de Brennilis, en plein coeur des Monts d'Arrée.
Des prélèvements doivent notamment être effectués sur des végétaux ainsi que sur des poissons et des excréments de loutre, des animaux qui interviennent dans la chaîne alimentaire naturelle, a précisé M. Guibert.
Jusqu'à présent, les analyses régulières réalisées par ailleurs sur le site "n'ont rien révélé d'anormal", a assuré ce responsable.
L'observatoire de surveillance de la centrale nucléaire, qui rassemble des élus du Conseil général, les maires des communes environnantes de la centrale, des associations de l'Environnement, EDF, différents services administratifs de l'Etat ainsi que les syndicats des ouvriers du chantier de démantèlement, a dressé mardi un bilan des travaux de démantèlement.
Environ 500 tonnes de déchets sur 1.500 tonnes stockés sur le site au total (métalliques, plastiques, gravats, câbles...) ont été évacués jusqu'à présent pour retraitement. Cette phase d'évacuation va se poursuivre à un rythme régulier tandis que dès 2002 débutera la phase de démolition des bâtiments ayant abrité les déchets solides.
Suivra, en 2003, la déconstruction des bâtiments ayant abrité le combustible irradié et ceux de la station de traitement des effluents liquides.
Il restera ensuite à assainir et à démanteler le bâtiment qui abritait le réacteur, une étape qui devrait s'achever aux alentours de 2017-2018, selon M. Guibert.
Le démantèlement de la centrale de Brennilis, de 70 mégawatts et qui a alimenté la Bretagne en électricité de 1967 à 1985, doit servir de modèle aux futures déconstructions des centrales nucléaires françaises.