Le Monde du 22/3/02:
 

Yves Cochet retarde la fermeture d'une usine nucléaire dangereuse

L'USINE Cogema de combustibles MOX (mélange d'uranium et de plutonium) de Cadarache (Bouches-du-Rhône) devra fermer "fin 2002 ou début 2003", ont indiqué, mercredi 20 mars, les responsables de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Le site "ne répond pas aux nouvelles normes anti-séisme et le bâtiment pourrait s'effondrer en cas de secousse majeure", dit l'ASN.

La Cogema (groupe Areva) a accepté de fermer Cadarache, sous réserve de pouvoir en transférer la production dans l'usine Melox de Marcoule (Gard). "Cette demande ne pose pas de problème du côté de la sûreté", assure André-Claude Lacoste, directeur général de l'ASN. Le dossier est pourtant bloqué au ministère de l'environnement, qui n'a toujours pas donné son aval à l'ouverture de l'enquête d'utilité publique que prévoit la procédure. Le regroupement des capacités de production à Marcoule ne peut en effet s'effectuer sans une révision du décret qui limite la production de la société Melox à 115 tonnes de combustibles. Or, avec l'apport de Cadarache, Melox porterait ses capacités à 195 tonnes. Cogema a déposé fin avril 2001 le dossier préalable auprès des ministères concernés.

Les syndicats de Cadarache et de Marcoule ont écrit à Lionel Jospin fin janvier pour dénoncer "l'absence de décision du ministre de l'environnement, bafouant de ce fait les règles élémentaires de la démocratie". Interpellé àl'Assemblée nationale par le député RPR Renaud Muselier, le 10 septembre 2001, M. Cochet avait rappelé qu'une instruction du dossier a été confiée à la direction de la sûreté des installations nucléaires (DSIN), et qu'"on ne peut faire dépendre la fermeture d'une installation jugée dangereuse d'une création de capacité ailleurs."

Mardi 19 mars, M. Jospin a signifié à son ministre de l'environnement son souhait de voir fermer au plus vite Cadarache et transférer la production à Marcoule, mais M. Cochet lui a fait savoir qu'il ne signerait rien avant les élections. Le candidat Verts à l'élection présidentielle, Noël Mamère, devait, jeudi 21 mars, faire une visite de l'usine de Cadarache.

L'ASN, pour sa part, ne veut pas entrer dans la polémique. La fermeture de Cadarache "peut être décidée par voie autoritaire", sous la forme d'un décret, si la Cogema n'en prend pas l'initiative, a rappelé M. Lacoste.

Pascal Galinier

Cadarache : une notion d'urgence très particulière, l'Autorité de Sûreté Nucléaire avait déjà annoncé pour l'automne 2000 la fermeture de l'usine de Cadarache !

 

Réponse du ministre :

Communiqué de presse - jeudi 21 mars 2002

Déclaration de Yves Cochet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement à propos de la fermeture de l'usine de Cadarache

Le Monde a titré dans son édition datée du 22 mars que je m'opposais à la fermeture d'une usine nucléaire dangereuse, en l'occurrence celle de la Cogema à Cadarache.

La DGSNR, placée sous la co-tutelle, et donc l'autorité, de mon ministère - ce qui aurait dû suffire à éviter un tel contresens - a confirmé le 20 mars que la production de MOX devait cesser à Cadarache à horizon fin 2002-début 2003. Il s'agit là d'une décision liée à la sûreté des installations, prise en 1999, qu'il ne saurait être question de remettre en cause. Contrairement à ce qu'indique Le Monde, comme Dominique Voynet l'était avant moi, je suis bien évidemment pleinement partisan de cette fermeture, rapide et si besoin est par voie réglementaire.

Cette fermeture à échéance fin 2002-début 2003 laisse un délai à la Cogema et permet aux pouvoirs publics de prendre toutes les dispositions nécessaires pour gérer dans de bonnes conditions les conséquences sociales de cette fermeture à Cadarache.

Pour ce qui concerne le dossier déposé par la Cogema, demandant l'augmentation de production de MOX à Marcoule, pour une quantité équivalente à celle qui était produite à Cadarache, il n'y a pas de décision a prendre dans l'immédiat. Il reste plusieurs mois pour évaluer exactement les besoins en fonction des contrats en cours ; cela est parfaitement compatible avec le délai d'arrêt de la production annoncé par la DGSNR.

Je reste donc pour ma part plus que jamais favorable à la fermeture de l'usine, dangereuse, de Cadarache, que l'on ne peut faire dépendre de l'ouverture ou de l'extension d'un autre site.

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