CARLSBAD (Etats-Unis), 19 déc
- Opérationnel depuis le
26 mars après vingt ans de controverses scientifiques,
juridiques et politiques, le centre de stockage de Carlsbad (WIPP),
dans le sud-est du Nouveau-Mexique (Etats-Unis), est prévu
pour fonctionner pendant trente-cinq ans, une durée suffisante
pour y transférer les stocks de déchets nucléaires
militaires actuellement éparpillés sur 23 sites,
selon les responsables du WIPP.
Au total, le WIPP devrait accueillir 186.000 mètres-cubes
de déchets radioactifs, dont 12 tonnes de plutonium. Le
WIPP n'accueillera ni les déchets à très
faible activité, qui continueront d'être entreposés
sur place, ni les déchets radioactifs les plus dangereux,
qui pourraient être stockés à Yucca Mountain, dans le Nevada, si ce
projet controversé destiné principalement aux déchets
venant des centrales nucléaires voit le jour.
Quatorze salles, d'une centaine de mètres de long, ont déjà été creusées dans le sel, le WIPP devant au final compter 54 salles abritant chacune 12.000 futs de quelque 200 litres, desservies par huit galeries.
Le transport des futs, protégés par une triple enveloppe étanche, se fait par la route, considérée par les experts comme plus sûre que le rail. Trente-sept mille voyages seront nécesaires pour acheminer l'ensemble des déchets. Les camions sont suivis à la trace grace à un réseau satellitaire, et les services de sécurité des localités traversées (1.600 au total) ont suivi une formation particulière en cas d'accident.
Placé sous la responsabilité du département de l'énergie, le WIPP est géré par une société privée, Westinghouse, aux termes d'un contrat de 500 millions de dollars sur cinq ans.
L'investissement réalisé à ce jour représente 2 milliards de dollars, selon les responsables du WIPP, mais l'ardoise finale pourrait approcher les 30 milliards de dollars, selon des chiffres cités par une association écologiste locale.
PAHRUMP (Etats-Unis), 20 déc
- Sous les montagnes arides du
désert de Mohave (Nevada), le gouvernement américain
envisage de construire le plus grand site de stockage de déchets
nucléaires du monde, mais l'opposition farouche des autorités
locales risque de mettre à mal ce projet controversé
qui a déjà englouti plusieurs milliards de dollars.
Une vaste bataille juridico-politique est engagée, mettant
en scène la Maison Blanche, le Congrès, l'Etat du
Nevada, les tribus indiennes habitant dans la région et
les compagnies d'électricité gestionnaires des centrales
nucléaires, pour déterminer si ce qui n'est pour
l'instant qu'un laboratoire de recherche sera un jour transformé
en site d'enfouissement à long terme des déchets
radioactifs.
Yucca Mountain doit en effet devenir le cimetière définitif des quelque 105.000 tonnes (environ 5.000 mètres-cubes) de combustibles usés issus des centrales nucléaires, et de 14.000 tonnes de déchets hautement radioactifs d'origine militaire. Le "tout-venant" des déchets d'origine militaire a commencé d'être stocké sur un autre site, opérationnel depuis mars, dans le sud du Nouveau-Mexique.
Ces combustibles usés, hautement radioactifs pendant des milliers d'années, sont entreposés "provisoirement" à proximité des 72 centrales américaines en activité, dont les capacités de stockage arrivent à saturation. Les Etats-Unis tirent 20% de leur électricité de l'énergie nucléaire, mais aucun nouveau réacteur n'a été construit depuis plus de vingt ans.
Neuf sites possibles ont été identifiés, avant que Yucca Mountain soit sélectionné par le Congrès en 1987 pour des études préalables. "Techniquement, Yucca Mountain a toujours été le meilleur site", affirme Allen Benson, l'un des responsables du projet au département de l'énergie, au cours d'une visite de presse.
Les experts américains estiment en effet que la géologie est particulièrement favorable: un climat très sec (moins de 150 mm d'eau par an), réduisant les risques d'infiltration, et une très faible densité de population (moins de 0,5 habitant au kilomètre-carré). La roche, un tuf volcanique de 12 millions d'années, doit constituer une excellente barrière naturelle contre les radiations. Quant aux séismes, ils ne devraient pas mettre à mal la fiabilité des stockages souterrains, assurent les experts.
Quelque 120 kilomètres de galeries doivent être creusées, à 400 mètres sous la crète, mais les experts restent prudents sur les mérites de la géologie: les galeries ne seront pas scellées et une surveillance est prévue pendant au moins 300 ans. Cette "réversibilité du stockage", une notion très discutée dans le petit monde des experts du nucléaire, doit permettre de récupérer ces déchets si on sait un jour comment les traiter et les valoriser.
Dans l'immédiat, les responsables du projet conduisent des recherches poussées sur la roche. Depuis les premiers forages en 1978, 3,5 milliards de dollars ont été investis, l'ardoise finale étant estimée à 50 milliards de dollars sur un siècle (investissement, exploitation et surveillance) si le centre de stockage voit le jour.
Mais le défi est aussi et surtout politique. Une première loi adoptée par le Congrès a déjà essuyé un veto de la Maison Blanche en avril. Depuis, les cartes politiques ont été redistribuées et personne ne sait ce qui sortira de cet imbroglio juridico-technico-politique.
L'Etat du Nevada en particulier craint que le projet fasse fuir les touristes de Las Vegas, la première destination touristique américaine, distante de 160 kilomètres. "N'importe quel incident serait dramatique pour l'image de Las Vegas", explique Steve Frishman, conseiller de l'Etat du Nevada, peu sensible à l'argument de l'emploi dans une région où l'on ne connaît guère le chômage.
Quant aux Indiens Shoshone, qui ont déjà enduré plus d'un milliers d'essais nucléaires, atmosphériques puis souterrains, dans la région, ils expriment leur ras-le-bol du nucléaire: "c'est dangereux pour nous tous. Nous souffrons tous du nucléaire", martèle Corbin Harney, 80 ans, chef spirituel des Shoshone.
CARLSBAD (Etats-Unis), 19 déc- Dans les fins fonds du désert de Chihuahua,
au sud-est du Nouveau-Mexique, les Etats-Unis ont commencé
à enterrer les sous-produits de la guerre froide, un bric-à-brac
de déchets radioactifs issus de la fabrication des armes
nucléaires.
Près de Carlsbad, une bourgade de 30.000 habitants qui
s'enorgueillit d'avoir abrité les derniers exploits de
Billy the Kid, une installation pilote de confinement des déchets
(Waste isolation pilot plant - WIPP) est opérationnelle
depuis le 26 mars, plus de vingt ans après le feu vert
du Congrès.
Selon les responsables du projet, il s'agit de stocker sur un seul site, présentant un maximum de garanties sur le plan géologique, tous les déchets militaires dits transuraniens.
Tous les déchets, contaminés par du plutonium (bottes, gants, vêtements de protection, outils, débris divers etc) lors de la fabrication d'armes nucléaires ou lors d'activités de recherche, se sont accumulés depuis les années quarante et sont actuellement entreposés sur 23 sites (laboratoires, réacteurs de recherche, usines de fabrication d'armes...). Ils restent dangereux pendant des milliers d'années en cas de fuite dans l'environnement.
"Le WIPP est la seule installation de ce type dans le monde et la meilleure solution au problème des déchets", affirme Mark Matthews, chargé des relations internationales au WIPP.
Plutôt que de fabriquer une série d'enveloppes étanches autour des futs de déchets, les experts américains ont préféré tout miser sur la géologie et les propriétés du sel. Une formation salifère, la plus grande des Etats-Unis, a été choisie pour servir de cimetière définitif.
La couche de sel, qui n'a pas bougé
depuis sa formation il y a 250 millions d'années malgré
la dérive des continents, va se refermer sur les futs,
à raison de quelques centimètres par an, formant
une gangue naturelle, sans espace entre la roche et les futs et
donc sans danger d'infiltration d'eau, insistent les experts.
Facile à creuser, le sel constitue une excellente barrière
contre les radiations.
----> Accidents impliquant le stockage de déchets
radioactifs et autres produits de fission provenant des réacteurs
et des usines de séparation du plutonium.
Point souvent controversé dans le débat mondial sur les déchets nucléaires, le projet ne prévoit pas de réversibilité: une fois remplies, les galeries seront scellées, la géologie étant censée faire son oeuvre. "On ne prévoit pas de surveillance sur le long terme. L'idée est de mettre en place un système sûr et de s'en aller", explique Mark Matthews.
Choisie pour ses qualités géologiques et sa très faible densité démographique (donc peut de contestataires), la région de Carlsbad était aussi l'une des rares à accepter d'abriter un site de ce type. "La population était divisée au début", reconnait le maire démocrate de Carlsbad, Gary Perkowski. "Mais le processus de décision a été très ouvert, la région a souffert de la crise économique dans les années 70 et maintenant, au moins 80% de la population soutient le projet", ajoute-t-il. (les pauvres ont droit aux déchets atomiques)
Les responsables du WIPP insistent particulièrement sur l'apport à l'économie locale: 800 emplois directs, plus de 2.000 emplois indirects et une contribution à l'économie de la région estimée à plus de 160 millions de dollars par an.
Pourtant, le WIPP ne fait pas l'unanimité. Une association écologiste locale, qui s'est battue contre le projet sans parvenir à faire reculer le gouvernement, tire la sonnette d'alarme. "Le site n'est pas sûr en raison des innombrables forages pétroliers qui l'entourent", souligne Don Hancock, directeur du Southwest research and information center. Longtemps en déclin, l'exploration pétrolière a repris en effet de plus belle autour du site en raison de l'envolée des prix du pétrole.
Ces forages, à quelques centaines de mètres seulement du périmètre du WIPP, utilisent notamment de la saumure à haute pression pour "pousser" les nappes pétrolières. Et selon l'association écologiste, cette eau salée pourrait un jour atteindre les déchets par infiltration et provoquer des fuites dans les nappes phréatiques.
Pendant la guerre froide: des employés du privé exposés à des radiations nucléaires ------> Les ingénieurs oubliés de la bombe ------> Le scandale des cobayes humains