PARIS, 31 oct - La
ministre de l'Environnement, Dominique Voynet, estime que le retraitement
des déchets nucléaires est condamné "certainement
à moyen terme et peut-être à court terme",
dans une interview parue mardi dans Les Echos.
Elle souligne par ailleurs que "la France n'acceptera pas
de nouveaux déchets" nucléaires allemands "tant
que l'Allemagne n'aura pas commencé à récupérer
ceux déjà traités" et qu'elle ne donnera
pas son feu vert si le Japon décide de faire retraiter
en France 600 tonnes de combustibles supplémentaires.
"Ce que le monde nucléaire français appelle le retraitement n'en est pas un", fait valoir la ministre des Verts.
"On sépare différentes catégories de corps radioactifs ce qui réduit de 15% les déchets les plus actifs mais entraîne une accumulation importante de déchets qui le sont moins, dit-elle. Au bout du compte ce système complexe permettra d'isoler et de réutiliser 150 tonnes de plutonium sur les 600 qui seront produites par le parc nucléaire français. Mais il n'apporte pas de réponse pour les 450 autres tonnes".
Mme Voynet conteste l'estimation d'Anne Lauvergeon, selon laquelle le retraitement n'augmente le prix du kwh que de 1%. La présidente de la Cogema (Compagnie générale des matières nucléaires) "oublie de signaler qu'en multipliant cette hausse par le nombre de kwh produits, la facture atteint 150 milliards de francs pour l'ensemble du parc nucléaire et encore à condition que les centrales puissent fonctionner 45 ans".
La ministre juge que les 19.800 salariés de la Cogema ne sont pas menacés même si "les perspectives paraissent sombres" pour l'usine de retraitement de La Hague (Manche) après 2005, puisque ses gros clients "risquent de lui faire défaut" après cette date, notamment les Allemands. "Même si on décidait d'arrêter tout recours à l'énergie nucléaire, dit-elle, il y a une telle quantité de déchets à conditionner, à stocker, d'installations à démanteler que l'on a besoin des compétences et du travail des gens de cette filière".
Mme Voynet juge par ailleurs "extravagantes" les demandes de la Cogema concernant de nouvelles capacités de retraitement à Marcoule (Gard) pour faire à une éventuelle fermeture de son installation de Cadarache (Bouches-du-Rhône).