Un sous-marin nucléaire en panne à Gibraltar donne des maux de crâne à Madrid

MADRID, 5 nov - L'affaire du sous-marin nucléaire britannique HMS Tireless, bloqué à Gibraltar depuis six mois en raison d'une mystérieuse panne, commence à virer au cauchemar pour le gouvernement espagnol, confronté à une avalanche de protestations provenant de tous les horizons.

Manque de transparence, gaffes et conflit de souveraineté entre Madrid et Londres au sujet de Gibraltar sont les ingrédients d'une polémique qui s'est brusquement accentuée ces dernières semaines, après la publication d'informations de presse inquiétantes sur la gravité de l'avarie.

Victime d'un dysfonctionnement du système de réfrigération de son réacteur nucléaire alors qu'il croisait au large de la Sicile, le Tireless est arrivé le 19 mai à la base navale de Gibraltar, colonie britannique de 30.000 habitants à la pointe sud de l'Espagne.

L'apparition impromptue du submersible a aussitôt causé une vive inquiétude parmi les Gibraltariens, mais aussi et surtout dans les villes espagnoles situées près de Gibraltar et qui rassemblent au total 500.000 habitants.

Les craintes d'un risque nucléaire se sont avivées au fur et à mesure que l'escale du Tireless se prolongeait et surtout lorsque la Royal Navy a annoncé qu'elle réparerait de bâtiment à Gibraltar au lieu de le remorquer jusqu'à un port britannique comme elle le prévoyait initialement.

La Grande-Bretagne a ensuite annoncé qu'elle retirait provisoirement du service pour inspection ses onze sous-marins identiques au Tireless.

Madrid et Londres ont multiplié les propos rassurants. "C'était plus drôle quand on chantait Yellow Submarine", s'est même esclaffé le chef du gouvernement José Maria Aznar au cours d'une conférence de presse avec Tony Blair le 27 octobre.

La plaisanterie n'a pas fait rire l'opposition socialiste, les organisations écologistes et les municipalités proches de Gibraltar, qui ont critiqué en choeur "la connivence absolue" de Madrid et Londres sur ce dossier et se sont plaints d'un manque de transparence des deux gouvernements.

Le tollé s'est encore aggravé lorsque le quotidien britannique The Guardian a assuré le 28 octobre que le réacteur du Tireless avait été "sur le point de fondre" et de provoquer une catastrophe en raison d'une fissure dans un élément-clé du système de réfrigération qui ne peut être isolé.

Tout en démentant cette information, le ministère britannique de la Défense a admis que la panne du Tireless était "plus grave que prévu".

A la suite de pressions de Madrid, Londres a accepté le 3 novembre une visite d'experts espagnols à bord du sous-marin, se mettant aussitôt à dos les autorités de la colonie. Toujours méfiant envers les "intromissions" espagnoles dans ses affaires, le gouvernement gibraltarien a dénoncé avec colère "une génuflexion politique" de Blair face à Aznar.

Mais les experts du Conseil de sécurité nucléaire (CSN) se sont vu interdire, pour cause de secret-défense, d'approcher le réacteur et sa salle de contrôle, et n'ont donc pu constater la nature exacte de la panne.

Destinée à rassurer, la visite des experts a eu un effet diamétralement opposé et a envenimé davantage le climat. "Je suis préoccupé car nous avons un gouvernement faible qui est incapable de dire à Tony Blair de remporter son sous-marin", a affirmé le leader de l'opposition socialiste José Luis Rodriguez Zapatero.


------> Les "Tchernobyl" sous-marins

------> Les dépêches des agences de presse sur le Koursk --> Nouvelle Zemble

------> "Anomalie" détectée sur le réacteur d'un sous-marin nucléaire

------> Risques de pollution radioactive liés aux rejets de la marine nationale en rade de Toulon