Le Monde du 13/10/03

Les sous-traitants du nucléaire dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail

Préavis de grève à la centrale du Bugey (Ain).
Un préavis de grève a été déposé, pour mardi 14 octobre, à l'intention des salariés des sociétés sous-traitantes et prestataires de service des centrales nucléaires de la vallée du Rhône. Le mouvement est parti de la centrale du Bugey (Ain), où les 130 salariés de l'entreprise Techman (groupe Onet) s'inquiètent du non renouvellement du contrat de maintenance qui les liait à EDF. Bien qu'elle n'ait pas été signifiée, la redistribution des contrats résulte de nouvelles règles d'appels d'offres des marchés de sous-traitance, lancées par la société publique sur l'ensemble des sites de la vallée du Rhône. Les syndicats soupçonnent la direction de l'entreprise publique d'avoir favorisé une de ses filiales commune avec Areva.

Grève des sous-traitants de la centrale de Bugey (Ain)
14/10/03 -
Les salariés de quatre entreprises de sous-traitance travaillant à la centrale nucléaire de Bugey (Ain) se sont mis en grève mardi et ont brièvement bloqué un des accès de l'usine pour exprimer leur inquiétude face à la réorganisation des attributions de marché, a-t-on appris de source syndicale.
A l'appel d'une intersyndicale CGT-FO-CFDT-CFTC, des salariés sont également intervenus brièvement lors d'une réunion d'information interne à EDF, a indiqué à l'AFP Maurice Promonet, délégué CGT chez Techman.
Cette entreprise du groupe Onet emploie notamment 130 salariés à Bugey, dont certains depuis plus de 20 ans, à des travaux de propreté en zone nucléaire, manutention et nettoyage des vêtements de travail. Son contrat est menacé par une redistribution du marché que va négocier EDF pour ses quatre centrales de la vallée du Rhône (Bugey, Tricastin, Cruas, Saint-Alban).
"Le nucléaire a besoin de compétences qui se payent, mais la logique d'EDF est d'aller au moins-coûtant", estime Alain Bournat, délégué CGT à la centrale de Bugey.
La direction de la centrale a indiqué de son côté que l'activité avait repris normalement en début d'après-midi. La procédure d'appel d'offre sur le marché de la logistique nucléaire est toujours en cours, et aucune décision n'est donc prise pour l'instant, a-t-elle ajouté.
L'appel d'offres concerne désormais les quatre centrales de la vallée du Rhône regroupées pour donner aux entreprises "une vue sur le long terme", a-t-elle précisé.
La centrale de Bugey emploie environ 1.300 salariés et jusqu'à 250 sous-traitants en permanence. Ce dernier chiffre peut monter à un millier lors des phases d'arrêt de la centrale pour révision.


UN STATUT SPÉCIFIQUE
Jusqu'à présent, la société Techman était chargée des systèmes de manutention du combustible, de protection contre les contaminations et du traitement de la lingerie. L'inquiétude des salariés, qui ont déjà manifesté à deux reprises lors de la semaine écoulée, est d'autant plus vive que la majorité d'entre eux ont plus de quinze ans et parfois vingt à vingt-cinq ans d'ancienneté dans la maintenance des centrales. Victimes de conditions de travail particulièrement pénibles, certains d'entre eux auraient atteint des taux de contamination par la radioactivité plus élevés que la moyenne généralement admise.
Alors qu'EDF a décidé de prolonger de dix ans la durée de vie de ses centrales, les cinq organisations syndicales du groupe public soutiennent ce mouvement. Elles s'inquiètent de "la dégradation des conditions de maintenance à moindre coût" qu'entraîne la logique d'attribution des marchés, selon Jean-Pierre Bernasconi, secrétaire du syndicat CGT de la centrale du Bugey. Dans ce site, un des plus anciens de France, qui emploie
1 240 salariés permanents d'EDF et environ 250 prestataires, "certaines activités ont déjà été externalisées", selon M. Bernasconi : "On ne peut pas accepter que la maintenance soit assurée par des personnels moins formés pour des coûts plus faibles."Et de réclamer, comme la fédération CGT mines-énergie, l'adoption d'un statut spécifique pour les salariés du nucléaire.
De son côté, la direction d'EDF assure que la décision d'attribution n'est pas définitivement prise sur la vallée du Rhône et qu'elle prendra toutes les dispositions pour l'accompagnement social des salariés de sociétés non retenues.
Michel Delberghe

Santé du travail dans l'industrie nucléaire:

------>
Rationalité instrumentale et santé au travail dans l'industrie nucléaire

------> Rapport d'enquète de psychopathologie du travail au Centre de Production Nucléaire de Chinon

------> Les résultats du nouveau management dans le nucléaire (information de la section syndicale FO)

------> NUCLÉAIRE: SANS FOI, NI LOI! (information de la section syndicale FO)



La vie ouvrière

(l'hebdo de l'actualité sociale)

Les sous-traitants se rebiffent

Grenoble - Salariés mal payés, baladés de clients en clients, aux horaires décalés et imposés La sous-traitance fait ce qu'elle veut avec ses salariés. À Grenoble, des conflits se suivent pour imposer de véritables droits et responsabiliser le « donneur d'ordre ». Par Hervé Brezot

CEA ­ Elles sont quinze entreprises en grève ce jeudi 21 septembre. Quinze entreprises de la restauration, du nettoyage, de la maintenance électrique toutes sous-traitantes du Commissariat à l'énergie atomique de Grenoble. Les délégués CGT, CFDT et « sans étiquette » des 300 salariés, en grève à 80 %, souhaitent « faire pression sur les discussions en cours sur la charte de la sous-traitance du CEA au niveau national ». Soutenus par plusieurs centaines d'employés du CEA, venus partager le sandwich des sous-traitants en lutte, ils réclament « l'introduction de véritables clauses sociales dans les appels d'offres, pour éviter que les salariés soient l'objet de marchandage dans le seul but de faire toujours plus de profit » Ainsi, rejettent-ils le blocage des jours de repos RTT sur les jours de fermetures du centre. Repos imposés trois fois depuis le début de l'année : « Sinon, qu'ils nous soient payés. »

SCHNEIDER ­ « Quatre jours de grève, cela ne s'était jamais vu dans cette entreprise », témoigne un élu CGT de Schneider Electric. Ce n'est pas de l'industriel qu'il s'agît, mais d'une entreprise de nettoyage, sous-traitante, et de ses trente « pros » de la surface employés sur le site de Grenoble. Onet, un puissant prestataire de service, spécialiste « ultra-propreté » (40 000 salariés, un chiffre d'affaires de 3,7 milliards de francs), vient de racheter Safen, une entreprise jumelle, et ses 7 900 employés. À Grenoble, la fusion est vécue difficilement avec des disparités salariales, une dispersion des horaires de travail, des mutations arbitraires visant notamment les délégués du tout jeune syndicat CGT Ce jeudi 28 septembre, ils sont une vingtaine à se mettre en grève. Leurs revendications : augmentation des salaires ­ bloqués au Smic ­, 13e mois, embauches en CDD, prime transport, suppléments horaires aux temps partiels imposés pour tous. Au bout de quatre jours, ils ont obtenu que tous bénéficient des acquis « Onet ». C'est un premier pas, explique la CGT, « cette action aura permis à des salariés exploités de retrouver leur dignité ».