SALZGITTER (Allemagne), 17 oct - Une plainte déposée par Greenpeace auprès de l'Office pour la protection des radiations (BfS) va retarder le départ des convois de déchets nucléaires prévus à destination de l'usine française de retraitement de La Hague, a indiqué l'Office mardi.
La plainte a été déposée le 12 octobre conjointement par Greenpeace et des particuliers qui résident le long du trajet des convois, a indiqué un porte-parole de l'Office, précisant que tant que l'Office n'aurait pas tranché, les conteneurs ne s'ébranleraient pas.
"Nous ne pouvons dire quand nous allons statuer", il faut analyser scrupuleusement les reproches invoqués, a-t-il ajouté.
L'organisation écologiste reproche à l'Office de n'avoir pas suffisamment examiné les mesures de sécurité prévues par les exploitants énergétiques pour assurer l'étanchéité de ces conteneurs radioactifs, a précisé le porte-parole.
Les convois de déchets radioactifs avaient été interrompus en Allemagne en mai 1998 pour des raisons de sécurité. En septembre, l'Office a donné son accord pour trois transports vers La Hague, depuis les centrales de Philippsburg (sud), Stade (nord) et Biblis (ouest). Ces convois devaient se mettre en route à partir de la fin octobre.
La principal écueil à la reprise des transports vers La Hague est que la France s'y oppose tant que l'Allemagne n'aura pas commencé à rapatrier les déchets qu'elle a fait retraiter par l'usine de la COGEMA et qui sont stockés sur place.
Le chancelier allemand Gerhard Schroeder et le premier ministre français Lionel Jospin ont décidé le week-end dernier de faire de ce dossier une affaire "de chefs", a souligné le porte-parole adjoint du gouvernement allemand, Bela Anda dans une interview parue mardi.
CAEN, 18 oct - La Compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) a indiqué mercredi à l'AFP que l'équivalent de 168 conteneurs de déchets sont toujours en instance de départ de l'usine de la Hague vers l'Allemagne, leur pays d'origine.
Ces déchets se sont retrouvés bloqués à La Hague depuis que les transports ont été interrompus, en mai 1998. Après cette date, le "rythme normal" des retours prévus vers l'Allemagne était de "15 au rythme de deux par an", a précisé par téléphone la direction de la COGEMA à l'AFP.
"Il y a aujourd'hui l'équivalent de 6 chateaux de 28 conteneurs (168 conteneurs, ndlr) qui attendent leur départ pour l'Allemagne", a indiqué la direction qui rappelle que "14 autres retours vers la Belgique sont prévus sur 15 ans" et en tout "16 retours sont prévus avec un rythme de deux par an" vers le Japon.
"La loi 1991 et les engagements internationaux font que quoi qu'il en soit, les résidus repartiront vers les pays d'origine, car la vocation de l'usine est de retraiter et non de stocker", a insisté la direction.
Même si la période du retraitement des combustibles irradiés est relativement longue, "cette durée ne fait pas de COGEMA un centre de stockage", a-t-elle tenu à préciser.
Mardi, Didier Anger, membre du Comité de réflexion, d'information et de lutte anti-nucléaire (CRILAN) et conseiller régional Vert de Basse-Normandie, avait dénoncé la présence d'options "+avec ou sans retour des déchets+" dans certains contrats passés avant 1991 entre la COGEMA et ses clients.
Il s'était interrogé sur le rôle qu'a pu avoir la mise en examen de la COGEMA, en janvier 1999 pour mise en danger de la vie d'autrui, à la suite de plaintes déposées par le CRILAN et lui-même, dans le conflit entre l'Allemagne et la France.
La France refuse en effet actuellement tout nouveau transport de combustibles à retraiter allemands vers La Hague tant que les déchets qui y sont en attente ne sont pas rapatriés.