PARIS, 9 nov - Le parc nucléaire des pays de l'Est candidats à l'Union européenne est acceptable, mis à part certaines centrales de Lituanie, Bulgarie, Slovaquie et Roumanie, a estimé jeudi l'Association des autorités de sûreté nucléaire d'Europe de l'Ouest (WENRA).
"Il s'agit d'un avis exclusivement technique", a insisté André-Claude Lacoste, directeur de la sûreté des installations nucléaires françaises et président de WENRA (Western European Nuclear Regulators Association), en présentant un rapport à la presse.
WENRA a été créée en 1999 par les chefs de sûreté d'Allemagne, Belgique, Espagne, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse.
"Notre objectif n'était pas de dire si une candidature à l'UE est acceptable ou non", a précisé M. Lacoste. "C'est aux pouvoirs politiques de trancher. Mais nous avons cru devoir porter nos études à la connaissance des institutions européennes."
Le rapport porte à la fois sur la gestion et sur l'état de sûreté des réacteurs de conception ex-soviétique (sauf deux exceptions) de Bulgarie, Hongrie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et République tchèque.
Pas de pitié pour les deux réacteurs lituaniens d'Ignalina, de type RBMK (de même type que Tchernobyl), incapables d'atteindre "un niveau de sûreté comparable à celui des réacteurs occidentaux". Le premier réacteur doit être fermé avant 2005, constate le rapport. (donc un risque de Tchernobyl Bis que pendant 4 ans)
Rien à espérer non plus pour les quatre premières tranches (VVER-440-230) de la centrale bulgare de Kozlodoui, dont les améliorations "nécessiteraient un temps et des moyens importants". Leur fermeture est de toute manière annoncée avant 2003. Les réacteurs 5 et 6 (VVER-1000-230), "si leur programme de modernisation est correctement mis en oeuvre", devraient donner satisfaction.
Mauvaise note aussi à l'autorité de sûreté bulgare pour manque d'indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. (et en France ?????)
Quant à Jaslovské Bohunice (Slovaquie), le premier réacteur (VVER-440-230) doit être fermé entre 2006 et 2008, tandis que le second, de conception plus récente (VVER-440-213), atteindra un niveau à l'occidentale à la fin des travaux en cours. Les deux réacteurs du même type de Mochovce "ont incorporé plusieurs modifications dès le stade de la conception".
A Cernavoda (Roumanie), ce n'est pas la technique qui inquiète. Son réacteur Candu-6 est d'origine canadienne et similaire à ceux en service outre-Atlantique. Le problème vient de la situation financière de la centrale dont la direction, prévient le rapport, "peut avoir de sérieuses difficultés à maintenir un niveau approprié de sûreté".
La Slovénie possède également, à Krsko, un réacteur occidental, américain en l'occurrence (Westinghouse 2-loop PWR), par ailleurs modernisé. WENRA n'en souhaite pas moins quelques "clarifications" concernant sa sûreté à long terme.
La Hongrie a réalisé un "important programme d'amélioration" des quatre réacteurs VVER 440-213 de la centrale de Paks.
Enfin, les Tchèques sont tout aussi bien vus, notamment grâce aux améliorations apportées aux quatre réacteurs VVER 440-213 de Dukovany.
Au sujet de Temelin, vivement critiquée par les antinucléaires de l'Autriche voisine surtout depuis le récent démarrage de la première tranche, le rapport relève que ses deux VVER 1000-320 ont fait l'objet "du programme d'amélioration le plus complet jamais appliqué" à des réacteurs conçus dans l'ancienne URSS. Il admet tout simplement qu'un "petit nombre de problèmes de sûreté doivent encore être résolus".