Réacteur EPR: études pas assez "avancées" pour un "lancement industriel"

PARIS, 21 nov - Lionel Jospin a affirmé mardi à l'Assemblée nationale que les études sur un nouveau type de réacteur nucléaire EPR n'étaient "pas aujourd'hui suffisamment avancées pour qu'un débat sur l'opportunité du lancement industriel" d'un tel prototype "soit posé".

"La demande actuelle d'énergie électrique et la durée de vie de nos centrales actuelles ne justifient pas une telle commande dans l'immédiat", a ajouté le premier ministre.

M. Jospin répondait à une question de Jean-Pierre Chevènement, député MDC du Territoire-de-Belfort, qu'il a gratifié dans l'hémicycle d'un "cher Jean-Pierre". Sa question ayant été applaudie par les communistes et aussi sur les bancs de droite, M. Jospin a salué sa "capacité à rallier au gouvernement, y compris l'opposition".

Il a reconnu que "des choix déterminants pour notre politique énergétique devront être faits dans les années qui viennent" et que "le lancement du programme EPR (Réacteur européen à eau sous pression) en faisait partie".

"La volonté du gouvernement est de préserver la cohérence de la filière énergétique française, sans brusquer ni hâter le déroulement normal des études et des recherches", a dit M. Jospin.

Il a estimé que les recherches sur le réacteur EPR pouvaient avoir des "retombées positives pour l'augmentation de la sûreté du parc nucléaire".

"L'évolution de la place de l'énergie nucléaire dans le futur fera, le moment venu, l'objet d'un débat scientifique et démocratique qui permettra d'examiner toutes les conséquences des choix possibles et de peser tous les arguments", a-t-il promis.

Tout en plaidant pour les économies d'énergie et le développement des énergies renouvelables, le premier ministre a affirmé que le gouvernement "reconnaissait les bénéfices que la France tire actuellement de l'existence d'un parc important de centrales nucléaires". Cela lui "permet de disposer d'une énergie de bon marché et la place en bonne situation dans la lutte contre l'effet de serre", a-t-il dit.

Notant que la construction de centrales neuves "marque inévitablement une pause" parce que le parc électro-nucléaire français est "aujourd'hui formaté à un niveau suffisant", M. Jospin a estimé que la "mobilisation de cette filière (...) dans l'entretien du parc actuel, la participation aux études et l'exportation lui permettront de maintenir ce patrimoine technologique afin que toutes les possibilités soient laissées ouvertes".


Les Verts prennent comme une "provocation" l'évocation de l'EPR

PARIS, 21 nov - Les députés Verts ont très vivement réagi mardi aux déclarations du Premier ministre Lionel Jospin sur le nucléaire, en particulier le programme EPR (Réacteur européen à eau sous pression), en y voyant une "provocation".
Selon leur porte-parole Noël Mamère, "reposer la question du nucléaire le jour où la ministre de l'Environnement est absente de l'hémicycle, (...) donner des gages au lobby nucléaire en disant que la centrale nucléaire de nouvelle génération EPR pourrait être réalisé, alors que les Verts il y a deux ans ont bien indiqué qu'il s'agissait d'un casus belli, je pense que ce n'est pas simplement une provocation de Jean-Pierre Chevènement (qui a posé une question en ce sens au gouvernement), mais aussi du Premier ministre".

"Je pense que nous sommes en train de payer durement les effets secondaires de notre congrès de Toulouse: le Premier ministre s'appuie sur notre faiblesse pour mieux ménager ses alliés", a ajouté M. Mamère dans les couloirs de l'Assemblée, estimant que Lionel Jospin "s'est fait l'allié objectif et le complice du lobby nucléaire, contre les Verts".

"Ouvrir le dossier de l'EPR, c'est ouvrir la boîte à baffes, les possibilités pour les Verts de quitter ce gouvernement", a-t-il déclaré.

"C'est un mauvais coup pour les Verts", a renchéri Marie-Hélène Aubert.

"On attend du Premier ministre et du gouvernement des engagements clairs, chiffrés, précis sur un programme d'énergies renouvelables, sur un plan d'économie d'énergie. Au moment où Dominique Voynet se trouve à La Haye pour défendre tout cela, entendre Lionel Jospin se répandre en circonvolutions sur l'avenir de l'EPR, ça ne nous satisfait pas", a-t-elle poursuivi.

Mme Aubert a également dit qu'elle en avait "marre des discours de Chirac" sur l'environnement "qui sont d'une démagogie totale", car il a "toujours défendu le lobby automobile et pétrolier".