La situation en Asie du Sud inquiète les experts du nucléaire

CAEN, 25 nov - La situation explosive en Asie du Sud a cristallisé les inquiétudes des experts vendredi lors de la seconde journée d'une rencontre internationale au Mémorial de Caen sur le thème "Le nucléaire fera-t-il sauter la planète ?".
"Après les tests nucléaires de l'Inde et la réponse du Pakistan en mai 1998, le conflit de longue date entre ces deux pays pour le Cachemire s'est transformé en une situation explosive du point de vue nucléaire", a estimé Zamir Akram, chef de mission à l'ambassade du Pakistan à Washington, qui a précisé s'exprimer à titre personnel.

Selon lui, le président des Etats-Unis Bill Clinton a justement décrit "l'Asie du Sud comme l'endroit le plus dangereux au monde" et la CIA la considère comme "l'endroit le plus vraisemblable pour un conflit nucléaire".

M. Akram a souhaité dans son allocution l'intervention de la communauté internationale pour une conciliation dans ce conflit. Cette intervention au niveau politique serait la seule possible, selon François Heisbourg, président du centre de politique de sécurité de Genève (CPSG), qui dépend de la formation internationale dans le cadre du Partenariat pour la Paix (PpP).

"Le problème le plus immédiat c'est le risque de guerre nucléaire en Asie du Sud", a expliqué François Heisbourg, qui est également professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.

La guerre froide y serait "un scénario optimiste", a-t-il affirmé. Il a notamment évoqué "le risque très réel que les doctrines basées sur la dissuasion ne subissent le contre-coup de l'emploi éventuel d'armes nucléaires dans le cadre d'affrontements entre l'Inde et le Pakistan".

 

"Le club nucléaire opaque"

Selon M. Heisbourg, "la doctrine nationale de l'Inde est +Nous n'emploierons jamais en premier l'arme nucléaire+, tandis que les Pakistanais se gardent bien d'employer des arguments de ce type". Un phénomène qui s'explique, selon lui, par la présence dans ce conflit de "deux partenaires en déséquilibre à bien des égards".

"En toute rationalité, ni l'un ni l'autre n'a intérêt à franchir le seuil de la guerre nucléaire", a précisé M. Heisbourg mais "l'Asie du Sud est la région du monde où il est, hélas, de loin le plus facile d'imaginer des scénarios débouchant sur le feu nucléaire".

Il a aussi rappelé les risques de conflit entre la Chine et Taïwan, mais à plus long terme.

"L'Asie développe son arsenal de missiles nucléaires, et la plus puissante nation du monde (les Etats-Unis) a officiellement déployé une nouvelle ogive nucléaire", a commenté Brahma Chellaney, expert en affaires stratégiques de l'Inde.

Avner Cohen, maître de recherche au centre d'études internationales et de sécurité aux Etats-Unis, a rappelé pour sa part la forte contribution d'Israël en matière d'"opacité" des armements nucléaires, un modèle suivi selon lui par la suite par le Pakistan et l'Inde, constituant alors ce qu'il appelle le "club nucléaire opaque".

Pour lui, les Etats-Unis sont impliqués dans la naissance de l'opacité nucléaire israélienne et devraient désormais être impliqués dans sa fin. Il préconise de mettre cartes sur tables avec Israël, l'Afrique du Sud, l'Inde et le Pakistan et de les intégrer dans le programme de non-prolifération des armes nucléaires.

La réunion des experts en nucléaire, venus d'Europe, d'Asie ou d'Amérique, s'est déroulé dans le cadre de la 7e édition des rencontres internationales du Mémorial de Caen sur la prévention des conflits.

 


L'Inde déclare pouvoir construire des bombes nucléaires de 200 kilotonnes

BOMBAY (Inde), 30 oct - L'Inde a la capacité de construire des bombes nucléaires d'une puissance allant jusqu'à 200 kilotonnes, a annoncé lundi un haut responsable indien, cité par l'agence United Press of India (UNI).

Une telle puissance est dix fois supérieure à la bombe lancée en août 1945 par les Américains sur la ville japonaise de Hiroshima, qui était de 20 kilotonnes.

Le président de la Commission de l'énergie atomique indienne, Rajgopal Chidambaram, a déclaré que l'Inde avait mis à profit les données recueillies lors des cinq essais nucléaires souterrains qu'elle a menés en mai 1998.

Ces explosions "nous ont donné la capacité de concevoir et de construire des armes nucléaires d'une puissance allant de charges faibles à environ 200 kilotonnes", a dit M. Chidambaram.

Depuis 1998, "un important développement scientique et technologique a été mené", a déclaré ce responsable, qui parlait lors d'une conférence de scientifiques au Centre de recherches atomique de Bhabha, près de Bombay.

Les essais nucléaires indiens avaient amené le Pakistan, le grand rival régional de l'Inde, à effectuer lui aussi cinq essais nucléaires souterrains. Ces développements avaient gravement accru les tensions dans le sous-continent et suscité la crainte d'une course aux armements dans la région.

 

Islamabad peut mener des frappes nucléaires, selon le général Musharraf

MOSCOU, 31 oct - Le chef du régime militaire pakistanais, le général Pervez Musharraf, ignore la quantité d'armes stratégiques que possède son pays, mais assure que son arsenal nucléaire est assez puissant pour mener des frappes.

"Je ne sais pas combien d'engins nucléaires nous possédons. Je dois vérifier cela. Bien sûr, nous en possédons, mais je ne voudrais pas citer des chiffres que je ne connais pas", a déclaré le général Musharraf, dans un entretien avec le quotidien russe Vremia Novosteï de mardi.

"Nous possédons l'arme nucléaire (...) Nous avons des missiles, des ogives nucléaires, nous sommes une puissance nucléaire et avons les moyens de lancer des ogives, il ne peut y avoir aucun doute à ce propos", a-t-il ajouté.

Le général Musharraf a toutefois souligné que le Pakistan "n'avait pas l'intention d'attaquer aucun pays".

Le Pakistan et l'Inde ont mené en mai 1998 des essais nucléaires qui avaient conduit la communauté internationale à adopter des sanctions économiques à leur encontre.

New Delhi accuse Islamabad d'armer et d'entraîner des rebelles islamistes au Cachemire, ce territoire indien à majorité musulman que les deux pays se disputent depuis 50 ans.

Interrogé sur le rôle que pourrait jouer Islamabad pour aider l'Occident à arrêter le terroriste islamiste Oussama ben Laden, le général Musharraf a été laconique: "Ben Laden se trouve en Afghanistan qui est un pays indépendant. Qu'est-ce que peut faire le Pakistan ?".

Ben Laden, un milliardaire d'origine saoudienne qui finance des groupes islamistes radicaux, réside en Afghanistan en tant qu'"invité" du régime intégriste des taliban, au pouvoir à Kaboul.

Le Pakistan est, avec l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, l'un des trois pays à avoir reconnu le régime islamiste des taliban, et est soupçonné de leur fournir une aide militaire.


A propos de non-prolifération :

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------> Si l'Irak a la bombe c'est grâce à la France

------> Les essais nucléaires ne sont plus nécessaire