Les anti-nucléaires français demandent la libération de l'expert bélarusse Yuri Bandajevski

PARIS, 26 avr - Des militants anti-nucléaires français ont mené vendredi à Paris une action symbolique pour exiger la libération d'un scientifique bélarusse de réputation internationale, spécialiste de médecine nucléaire et de la catastrophe de Tchernobyl.

Le Pr Yuri Bandajevski, qui avait été arrêté fin 1999, avait été condamné en juin dernier à huit ans de réclusion pour "corruption" par une cour militaire, accusations qu'il a toujours niées en dénonçant une condamnation à caractère "politique". Le Pr Bandajevski, ancien recteur de l'Institut médical de Gomel, était connu pour ses critiques féroces envers le pouvoir qu'il accusait d'irresponsabilité dans la gestion des retombées de Tchernobyl. Près de 90% du territoire du Belarus avait été touché par les retombées de la catastrophe, la pire qu'ait connu le nucléaire civil.

Vendredi soir, un groupe de militants anti-nucléaires, chacun revêtu d'une combinaison blanche de protection comme celles qu'utilisent les travailleurs du nucléaire, et d'un masque blanc a mené une action symbolique devant le Centre Pompidou pour marquer le seizième anniversaire de Tchernobyl.

Dix militants des organisations Greenpeace, "Sortir du nucléaire" et des Amis de la Terre, portant chacun une lettre du mot Tchernobyl, ont fait signer une pétition d'Amnesty international pour la libération du scientifique bélarusse. Selon Amnesty, le Pr Bandajevski "n'a pas eu droit à un procès équitable" et doit être considéré comme un "prisonnier d'opinion".

Plusieurs associations anti-nucléaires ont appelé par ailleurs, dans un communiqué, à manifester samedi après-midi à Genève pour exiger l'intervention de la commission des droits de l'homme de l'ONU sur ce dossier.

Rappel
Le Pr. Bandazhevsky recteur de l'Institut de médecine de Gomel avait été arrêté en juillet 1999 sur une accusation de soi-disant pots de vin qu'il aurait reçus pour favoriser l'inscription d'étudiants à l'institut qu 'il dirigeait. Démis de ses fonctions il a été maintenu en prison dans des conditions très sévères (isolement, maladie) pendant plus de 5 mois et libéré fin décembre 1999 (en attente de son procès) grâce à une rapide réaction internationale. Il a été déclaré comme " prisonnier de conscience potentiel" par Amnesty International. Depuis l'an dernier il a été astreint d'abord à rester à Minsk puis en Belarus (il n'a pas pu venir à Paris recevoir le prix que lui a décerné l'association internationale des médecins pour la prévention des guerres nucléaires). Grâce au Pr. Nesterenko qui dirige l'institut indépendant BELRAD il a pu continuer ses travaux et rédiger des monographies extrêmement importantes sur l'effet sur l'organisme de la contamination interne par le césium 137 chez les enfants, en particulier sur le système cardiovasculaire. Son procès qui a débuté en février 2001 au tribunal militaire de Gomel a montré les faiblesses de l'accusation.
Le verdict est un coup terrible, non seulement pour lui et sa famille, mais pour tous ceux qui veulent connaître les conséquences réelles de la catastrophe de Tchernobyl sur la santé des enfants vivant au Bélarus dans les zones contaminées par les radionucléides. N'oublions pas qu'un accident nucléaire grave est possible partout et aussi chez nous
Entre autres pathologies, le Pr. Bandazhevsky a montré qu'une charge corporelle en césium 137, même relativement faible avec les critères habituels utilisés en radioprotection, pouvait conduire à des dysfonctionnements importants du système cardiovasculaire des enfants. Lorsque les troubles ne sont pas devenus chroniques l'état cardiovasculaire peut être amélioré avec disparition des troubles par l'ingestion d'un absorbant à base de pectine élaboré par l'Institut Belrad et qui permet d'éliminer du césium 137. Mais pour certains enfants il s'agit d'une pathologie irréversible, comme s'ils étaient atteints d'un vieillissement prématuré.
C'est parce que le Pr. Bandazhevsky est " gênant "  pour les autorités de radioprotection non seulement du Bélarus mais de chez nous et des autres pays nucléarisés qu'il est ainsi attaqué et qu'il risque sa santé et sa vie.

 

Le bilan de la catastrophe de Tchernobyl oscille entre 40 000 et 560 000 morts, voir davantage, selon les experts

Le 7/7/2001 : La femme du Prof. Bandazhevsky, prisonnier du dictateur du Bélarus Loukachenko, reçoit son Passeport Européen.

Réagir sans tarder:--> Ecrire au Pt Loukachenko via l'Ambassadeur de la République du Bélarus à Paris pour qu'il gracie le Professeur Bandazhevsky
Un "piège" pour le professeur
Nouvelles de Biélorussie
1999-2001 le cas Yuri Bandazhevsky
Le site sur Yuri Bandazhevsky
Les conséquences de Tchernobyl en République de Bélarus
Interview du Professeur Yuri Bandazhevsky
Aidez les enfants de Bélarus
Texte du recours auprès du Président de la Cour Suprême du Bélarus à Minsk

Plaidoirie pour la libération du professeur

Dernières nouvelles de Bandazhevsky.
Il faut le sortir de prison d'urgence...

Lettre de Galina Bandazhevskaya, épouse de Youri Bandazhevsky, adressée à Wladimir Tchertkoff après la visite à son mari.

Boujour Vladimir Sergueievitch,
A votre demande je décris les derniers événements liés au destin du professeur Bandazhevsky.
Le 10 janvier j'ai eu droit à une brève visite avec mon mari à la colonie à régime renforcé. On a droit à ces visites une fois tous les quatre mois et on peut transmettre au détenu un colis de produits alimentaires de 30 kg. "Brève visite" signifie une rencontre avec le détenu et une conversation par téléphone dans une cabine divisée par un verre transparent. Il est vrai que cette fois-ci le téléphone ne marchait pas et nous avons du communiquer par gestes et par cris. Mais ce n'est pas le pire de ce que nous avons dû endurer ces derniers temps, aussi les petits désagréments de ce genre sont-ils acceptés comme une chose somme toute ordinaire.
Youri fait tout pour ne pas perdre le moral, il ne cesse de travailler même dans les conditions où il se trouve. Il est autorisé à se servir de la bibliothèque où on lui a réservé une place pour travailler. Il travaille énormément, de plus l'éclairage n'est pas excellent et ses yeux s'en ressentent : il a ces derniers temps des problèmes de vue. Il est possible que sa vue ait baissé aussi à cause du terrible stress nerveux qu'il a enduré. Je peux certes me tromper, c'est peut-être tout simplement une question d'âge. On lui permet d'écrire autant qu'il veut mais pour lui faire parvenir de la littérature scientifique, nous nous heurtons à des difficultés. Il n'a droit qu'à un seul colis par an. Aussi sommes-nous obligés de lui envoyer la littérature sous forme de "lettres" (c'est ainsi que la poste appelle tous les plis de moins de 2 kg). Si le livre dépasse ce poids, il faut donc le démembrer en plusieurs parties.
Pour améliorer les conditions de son travail de recherche, il faudrait absolument qu'il ait accès à un ordinateur, même si cet accès est limité et soumis à certaines conditions. Nous sommes au XXI siècle et même dans les colonies il devrait y avoir certaines exceptions pour les scientifiques. Ses recherches ne sont pas un caprice. Elles sont importantes et même indispensables pour toutes les victimes des catastrophes nucléaires. Un ordinateur, ce n'est pas un lit moelleux, une chambre isolée ou une bonne nourriture. C'est un instrument de travail indispensable à un scientifique. Or le travail n'est pas interdit à la colonie! Et le tribunal ne lui a pas enlevé son titre de scientifique. Il faudrait qu'on lui permette de travailler, d'avoir accès à un ordinateur même si c'est sous l'il vigilant des surveillants, à certains jours et à certaines heures. Les conditions sont du ressort de la colonie, à eux de choisir le régime de travail qui leur convient. Mais pour l'instant il ne dispose pas de cette possibilité. Pourtant les avocats disent qu'il faut persévérer à adresser des demandes et que nous serons peut-être entendus. Je pense aux demandes des associations, des médecins, des scientifiques étrangers. Les avocats, c'est notre point faible, on peut difficilement compter sur eux.
L'avocat du Comité Helsinki du Bélarus, G.P. Pogoniaïlo, se consacre à la rédaction de la plainte à l'ONU (au Comité des Droits de l'Homme). C'est un travail ardu et complexe. Le plus important est que la plainte soit composée en parfaite conformité avec les exigences de ce comité.
Quelques mots maintenant sur la recherche dans notre institut (il s'agit de l'Institut fondé par Youri Bandazhevsky à Gomel, dont il a été le recteur pendant 9 ans, jusqu'à son arrestation n.d.t.). Nous avons reçu à l'institut la visite d'une délégation de scientifiques de l'université de Nagasaki, venus dans le but de conclure un contrat de coopération entre les centres médicaux de nos deux villes, victimes toutes les deux du nucléaire - bombes atomiques et accident. Le recteur de l'institut de médecine, qui est pourtant professeur, médecin et chercheur, a demandé aux Japonais s'ils ne savaient pas quels devraient être les sujets de recherches des médecins et scientifiques de la région de Gomel, quels travaux devaient-ils entreprendre pour comprendre l'impact de la catastrophe de Tchernobyl sur l'organisme humain. A l'heure actuelle, les chercheurs de l'institut étudient n'importe quoi sauf l'action du Césium-137 sur l'organisme humain après l'accident à la centrale de Tchernobyl.
Je poursuis ma lettre pour vous, Vladimir Sergueievitch. Deux mois se sont écoulés depuis notre précédente rencontre avec Youri. Je vous informe que les 8-10 mars nous avons eu l'autorisation d'une longue visite. On a le droit à ces visites deux fois par an. Elles durent trois jours. Elles sont certes indispensables pour s'entretenir, pour soutenir son moral, lui redonner des forces et la foi en l'avenir. Cette fois il est venu à la visite un peu malade. L'épidémie de grippe n'a pas épargné son détachement et il l'a attrapée, lui aussi, mais d'après moi sous une forme légère. En trois jours il s'est un peu rétabli. Il est d'humeur sombre, déprimé mais la parution de son livre à la veille de la visite avec l'aide du professeur Nesterenko lui a remonté le moral. Le livre a pour titre "Processus pathologiques dans l'organisme en présence de radionucléides incorporés". La foi qu'il a dans la science et le sentiment d'être utile aux hommes lui donnent des forces. Il voudrait tant que toutes les données scientifiques qu'il a réunies au cours de ses dix années de recherches dans la région de Gomel (et c'est un très gros dossier) soient utiles aux médecins et aux scientifiques qui ne sont pas indifférents à la santé de ceux qui vivent dans les conditions de risques écologiques, c'est à dire dans les territoires contaminés par les radionucléides. Voilà pourquoi il fait tout pour publier ces matériaux sans ménager ni ses forces ni sa santé.
A l'heure actuelle il continue à travailler mais plus les jours et les mois de sa détention s'écoulent, plus il ressent que l'information scientifique lui manque. Tout ce que nous lui envoyons par "lettres" (livres et revues scientifiques) - ce sont surtout des publications biélorusses - ne peut satisfaire ses besoins. Cela le chagrine beaucoup. Il a peur de prendre du retard sur les idées scientifiques d'aujourd'hui. Il a besoin d'échanges avec les scientifiques du monde entier.
Il m'a demandé d'exprimer son énorme gratitude à tous ceux qui le soutiennent, qui lui envoient des lettres et des livres à la colonie. Ce soutien est extrêmement important pour lui.
La veille de la visite j'ai reçu un colis de produits alimentaires pour lui de la part d'Amnesty International. La joie de savoir qu'on pense à lui lui a fait venir les larmes aux yeux. Il dit qu'il n'aurait jamais supposé qu'un jour il devrait être entretenu par d'autres. Actuellement les détenus parlent beaucoup de l'amnistie et l'attendent. Son projet est déjà prêt et remis à Loukachenko. On ne sait pas encore quand il sera adopté et approuvé.
Dans le train à mon retour de Minsk j'ai lu ce qui suit : " Il n'y a rien à donner à manger aux détenus, a déclaré le ministre de l'Intérieur Vladimir Naoumov. Il a informé le pays que le ministère de l'Intérieur présentera au parlement un projet de loi sur une nouvelle amnistie. La dernière amnistie a eu lieu en 2000". (journal Svobodnyié Novosti, N°9, 7-14 mars 2002).
Le plus terrible est que l'article selon lequel Youri a été condamné n'est pratiquement pas amnistiable. La seule possibilité est de diminuer sa peine de détention d'un an. En tous cas, jusqu'à présent c'était comme ça, et peut-on espérer un miracle?
Voici nos nouvelles. Chaque rencontre me coûte beaucoup de forces et de santé mais nous arrivons à tenir, nous essayons de ne pas perdre le moral, la maîtrise de soi et la foi dans les hommes. Et tout cela grâce au soutien général qui nous aide beaucoup, ma famille et moi.
Encore une fois merci à vous et à tous ceux qui soutiennent le professeur Bandazhevsky et sa famille. Merci.
Recevez mon respect et ma gratitude

Galina Bandazhevskaïa