PARIS - Cent-vingt cinq personnes souffrant de cancers ou d'affections de la thyroïde ont déposé plainte à Paris, dans le cadre d'une enquête ouverte en juillet sur les éventuelles conséquences sanitaires en France de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986.
Une quarantaine de plaignants se sont rendus au palais de justice de Paris en compagnie de leur avocat, Me Christian Curtil, qui représentait les autres plaignants.
Chantal L'Hoir, présidente de l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT), s'est plainte devant la presse de l'inaction de l'actuel ministre délégué à la Santé, Bernard Kouchner, sur le sujet.
"Je suis très en colère car on nous avait promis une enquête épidémiologique et, depuis le dépôt des premières plaintes en mars dernier, nous n'avons pas reçu la moindre lettre", a-t-elle déclaré. Cinquante-et-une personnes avaient déjà déposé plainte en mars dernier.
Les plaignants, qui s'y sont joints vendredi,
sont des personnes originaires de la Corse, de l'est de la France
et de la région parisienne, les régions qui auraient
été le plus touchées par le nuage radioactif
issu de l'explosion d'un réacteur de la centrale ukrainienne,
qui a survolé une partie de la France du 27 avril au 5
mai 1986.

Ces personnes entendent dénoncer l'absence supposée de mesures de prévention de la part des autorités françaises en 1986, et visent plus particulièrement Matignon, les ministères de l'Intérieur, de la Santé et de la Recherche.
Parmi les plaignants figurent deux médecins.
Me Christian Curtil a expliqué qu'ils consommaient tous "beaucoup de produits frais" au moment de la catastrophe. Or les produits frais fixent la radioactivité.
Parmi les plaignants, Eliane Bruneel, 71 ans, qui réside à Alfortville (Val-de-Marne). En 1986, elle se trouvait en cure au bord de l'étang de Thau (Hérault), lorsque s'est produite l'explosion d'un des réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Elle a continué, durant sa cure, à acheter ses produits au marché. ''A la fin, j'ai ressenti une grande fatigue et des palpitations''. Trois ans après, elle subi une ablation de la thyroïde.
''Les niveaux de contamination annoncés par l'Etat sont mensonger'', s'insurge André Paris, un géologue qui a concouru à l'Atlas de la contamination après Tchernobyl que va publier la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (CRII-RAD), également plaignante.
Selon les études menées par la CRII-RAD, les niveaux de contamination revendiqués officiellement par la France n'auraient aucune réalité scientifique. Ainsi en Corse, les données officielles donnent des taux de contamination par le césium 137 très inférieur à ceux relevés par la CRII-RAD par prélèvement de carottes de sol.
De son côté, Michel Fernex, un médecin à la retraite qui apporte ses connaissances scientifiques à l'AFMT, souligne que ''les malformations congénitales ont augmenté en Bavière après le survol du nuage radioactif'' et assure, fort de sa caution scientifique, que ''les liens entre les cancers de la thyroïde et les retombées du nuage de Tchernobyl sont avérées''.
En juillet dernier, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour ''violences volontaires'' et ''atteintes involontaires à l'intégrité physique''. En revanche, il n'a pas retenu les qualifications criminelles que sont l'''empoisonnement'' ou l'''administration de substances nuisibles''.
Dans le cadre de cette enquête, le juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy a procédé à plusieurs perquisitions. Elle a par ailleurs demandé à l'Elysée ainsi qu'à Matignon l'autorisation de consulter les archives relatives à cette période, précise-t-on vendredi de sources judiciaires.
Les ministres de l'époque semblent à l'abri de poursuites puisqu'en juin 2000 la Cour de justice de la République, seule compétente, a repoussé une plainte contre Charles Pasqua, Alain Carignon et Michèle Barzach, en estimant qu'il n'existait "aucun lien de causalité scientifiquement démontré" entre la catastrophe et les maladies.